Un général allié de Bachar al-Assad en villégiature à Genève


Syrie • Issam Nassif Khayrbik séjourne depuis mercredi dans la région genevoise. En Syrie, il est actif dans l’appareil de répression du pouvoir.

C’est un des cerveaux du système de répression en Syrie. Le général syrien Issam Nassif Khayrbik séjourne depuis mercredi dans la région genevoise. «Ce haut responsable syrien est arrivé avec sa femme à Genève en provenance de Beyrouth. Il a franchi la frontière suisse avec un visa Schengen», affirme un diplomate arabe qui a croisé le dignitaire syrien dans les rues de Genève. Le couple Nassif n’a pas cherché à se cacher puisqu’il a été vu également par plusieurs Syriens en pleine séance de shopping dans la cité de Calvin.

Faute de place dans les palaces genevois – Salon de l’auto oblige –, cet acteur majeur du pourvoir de Bachar al-Assad s’est installé à Ferney-Voltaire, dans un hôtel de la commune française à la frontière suisse, à 8 km au nord de Genève. «Nous confirmons que Nassif Khayrbik est arrivé à la Résidence la Réserve Ferney-Voltaire le mercredi 6 mars. Il nous a quittés le 11», nous affirme la réception de l’établissement hôtelier. Le général a-t-il regagné la Syrie ou se trouve-t-il toujours en Suisse?

«Je ne pense pas qu’il va regagner la Syrie. Issam Nassif va certainement tenter de rejoindre la ville de Bonn, en Allemagne. C’est dans cette cité allemande que vit une grande partie de sa famille et que le puissant clan alaouite des Nassif s’est établi depuis les années 50», explique une source syrienne qui a fréquenté les cercles du pouvoir. Malgré ses 68 ans, le général Issam est un personnage clé dans le système de Bachar al-Assad. Il a été directeur du Cabinet du ministre de la Défense pendant plusieurs années.

Actif dans la répression

Aujourd’hui, il est actif au côté de son puissant frère Muhammed Nassif Khayrbik dans l’appareil de répression dont le but est le maintien du régime, affirme un militaire syrien qui a fait défection et qui vit aujourd’hui en France. Muhammed n’est autre que le général et chef du puissant service de la sécurité intérieure et du contre-espionnage. Le nom de Muhammed Nassif Khayrbik figure en bonne place sur la liste des personnalités syriennes dont les avoirs ont été gelés par la Suisse.

Connu sous le nom d’Abou-Waël, le général Muhammed, 73ans, occupe la fonction de «vice-président adjoint de la république syrienne». Il est le plus haut conseiller de la famille de Bachar al-Assad. Il est du premier cercle du pouvoir alaouite. Il est même présenté comme l’homme fort du pays au même degré que Bachar al-Assad ou son frère Maher.

Et pour cause: «Les frères Nassif, Muhammed comme Issam, détiennent les dossiers sensibles de sécurité et coordonnent la politique de répression depuis le déclenchement de la révolte syrienne, il y a deux ans», explique un connaisseur du sérail de Damas. «Ils sont également les hommes de l’Iran dans le pays. L’aide de Téhéran, évaluée à plus de six milliards de dollars depuis la révolte, passe essentiellement par le réseau de Muhammed Nassif Khayrbik. Ces derniers mois, face à la résistance farouche de l’opposition armée, les Nassif sont allés chercher du renfort du côté du Hezbollah libanais, qui a envoyé ses meilleurs éléments combattre en Syrie».

Beaucoup de questions

La présence en France et en Suisse du général Issam Nassif Khayrbik a de quoi interpeller. Paris appuie ouvertement la rébellion et appelle au départ de Bachar al-Assad. Quant à la Suisse, elle est à la tête d’une initiative aux Nations Unies pour la traduction du régime syrien devant la Cour pénale internationale pour crimes de guerre. «Issam Nassif bénéficie de la complaisance des autorités européennes qui lui ont accordé un visa. Cherchent-ils à retourner ce général pour faire tomber le régime de Bachar de l’intérieur? Participe-t-il à des négociations secrètes à Genève? Est-il dans la cité du bout du lac pour rencontrer les banquiers d’un régime à court de dollars?», se demande un opposant syrien résidant en Suisse qui s’inquiète de la présence de ce haut dignitaire. I

La voix de Damas

Une belle brochette de personnalités pro Bachar a séjourné la semaine dernière en Suisse. Nabil Fayed, Cherif Chahada et le Père Michel Naaman ont fait le déplacement de Damas à Genève pour défendre le régime devant les instances des droits de l’homme de l’ONU. Ils ont été rejoints par la religieuse Mère Agnès-Mariam de la Croix. Ils ont dénoncé le complot contre la Syrie et affirmé que Bachar fait face à la terreur salafiste.

Sid Ahmed Hammouche

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Mort et torture, quotidien des enfants en Syrie, dit un rapport


mercredi 13 mars 2013, par La Rédaction

Un enfant de douze ans a vu un de ses camarades prendre une balle en plein coeur. Un autre, âgé de quinze ans, a été détenu dans une cellule avec 150 personnes et brûlé chaque jour avec des mégots de cigarettes.
Les enfants syriens sont peut-être les plus grandes victimes du conflit qui déchire leur pays, le traumatisme psychologique s’ajoutant à la violence physique, souligne l’organisation Save the Children, basée à Londres, dans un rapport publié mercredi.
Selon l’ONG, deux millions de mineurs syriens souffrent de malnutrition, de maladies, de traumatismes et sont exposés aux brutalités et aux mariages forcés, victimes innocentes d’une guerre qui a déjà fait plus de 70.000 morts.
« C’est une guerre dont les femmes et les enfants sont les plus grandes victimes », a dit à Reuters le directeur de Save the Children, Justin Forsyth, à l’occasion d’une visite au Liban, où 340.000 Syriens ont trouvé refuge.
Justin Forsyth a rencontré un enfant de 12 ans dont le meilleur ami a été tué devant une boulangerie. « Son ami a reçu une balle en plein coeur. Au début, il a cru qu’il lui faisait une plaisanterie, parce qu’il ne saignait pas. Il n’a compris qu’il était mort que quand on lui a retiré sa chemise », raconte-t-il.
Le rapport de Save the Children cite une étude de l’université Bahcesehir, en Turquie, réalisée auprès des réfugiés syriens, selon laquelle un enfant sur trois dit avoir reçu des coups ou avoir été la cible de tirs.
Deux-tiers des enfants interrogés disent avoir été séparés de membres de leur famille en raison du conflit et un tiers ont été confrontés à la mort d’au moins un de leurs proches.
« Tous ces enfants vous racontent cela sans émotion apparente, puis vous réalisez qu’il y a des couches et des couches de traumatisme émotionnel », précise Justin Forsyth.
Les soldats gouvernementaux comme les rebelles ont été accusés de prendre pour cible les civils et de commettre des crimes de guerre. Selon certains réfugiés, les forces du président Bachar al Assad visent délibérément les enfants.
Parmi les enfants qu’il a rencontrés, le directeur de Save the Children se souvient d’un adolescent de 15 ans qui dit avoir été détenu avec environ 150 autres personnes, dont une cinquantaine d’enfants.
« On le sortait chaque jour de la cellule et il était attaché à une roue géante et brûlé avec des cigarettes. Le traumatisme que subit un enfant est terrible. »
Le viol est devenu un instrument de punition collective, poursuit Justin Forsyth, déplorant que ces violences soient souvent passées sous silence, en particulier dans un pays conservateur comme la Syrie.
« Dans la plupart des conflits, plus de 50% des victimes de viols sont des enfants. Je suis certain que c’est aussi le cas dans ce conflit. »
La peur des violences sexuelles est l’une des raisons les plus souvent invoquées par les réfugiés pour expliquer leur fuite, selon le rapport.
Autre conséquence de ces abus, les mariages arrangés de jeunes filles, parfois dès l’âge de 14 ans.
Des réfugiés syriens au Liban ont expliqué à Justin Forsyth avoir décidé pour cette raison de marier leur fille de 16 ans à un homme âgé.
« La mère m’a dit que sa fille était jolie et qu’à chaque fois que des soldats (syriens) entraient dans sa maison, elle avait peur qu’ils la violent. »

(13-03-2013 – Avec les agences de presse)