Israël : Obama est venu donner sa bénédiction à un gouvernement de colons


lundi 25 mars 2013 – 06h:32

Jonathan Cook


Ceux qui espéraient que Barack Obama viendrait en Israël pour imposer un face-à-face entre dirigeants israéliens et palestiniens, après quatre ans d’impasse dans le processus de paix, ont dû être cruellement déçus.

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Jérusalem – Une femme palestinienne se fait insulter par une clique de fascistes, alors qu’elle tente de récupérer quelques affaires dans sa maison qui vient de lui être volée pour être occupée par une famille de juifs orthodoxes

Le voyage du président américain à partir d’aujourd’hui pourrait être historique – c’est le premier de sa présidence en Israël et dans les territoires palestiniens – mais il a été fait tout son possible pour qu’on en attende pas grand-chose.

Le week-end, les dirigeants arabo-américains ont révélé que M. Obama avait clairement fait savoir qu’il ne présenterait pas de plan de paix, car Israël avat fait savoir qu’il n’était en rien intéressé par un accord avec les Palestiniens.

Les derniers doutes sur les intentions d’Israël ont été levés par l’annonce du nouveau cabinet, qui à la hâte a prêté serment avant la visite du président. Ce gouvernement ferait presque passer pour modéré le dernier conduit par Benjamin Netanyahu, alors qu’il était déjà considéré comme le cabinet le plus extrémiste de l’histoire d’Israël.

Ynet, le site Web d’Israël d’informations, a indiqué que les dirigeants des colons ont salué ce cabinet dont « ils n’osaient pas rêver ».

Zahava Gal-On, chef du parti d’opposition du Meretz, a abondé dans le même sens, en observant qu’il « ferait beaucoup pour les colons et très peu pour le reste de la société israélienne ».

Le parti dévoué aux colons, Le foyer juif, a reçu trois ministères clés – le commerce et l’industrie, Jérusalem, et le logement – ainsi que le contrôle de la commission parlementaire des finances, qui fera en sorte que les colonies se développent au cours du mandat de ce gouvernement.

Il n’y a aucune chanceq que Le foyer juif soit d’accord pour un gel de la colonisation semblable à celui qu’Obama avait voulu lors de son premier mandat. Au contraire, ce parti va accélérer à la fois la construction de logements et le développement industriel au-delà de la Ligne verte, pour rendre les colonies encore plus attirantes pour s’y installer.

Uzi Landau, du parti d’extrême droite d’Avigdor Lieberman, Yisraeli Beiteinu, a le portefeuille du tourisme et sera bien placé pour diriger des fonds vers la Cisjordanie et de nombreux sites bibliques, afin d’encourager les Israéliens et les touristes à s’y rendre.

Le nouveau ministre de la Défense, qui supervise l’occupation et serait le seul officiel en poste à pouvoir entraver de déferlement colonial, est Moshé Yaalon du Likoud, ancien chef d’état-major et connu pour son soutien fanatique aux colons.

Certes, Yair Lapid du grande parti « centriste » Yesh Atid est représenté aussi. Mais son influence sur la diplomatie sera mise en sourdine, parce que ses ministres se chargeront de cinq domaines essentiellement domestiques, tels que la santé et la science.

Une nouveauté, c’est Shai Piron, le ministre de l’éducation nouvelle, qui est un colon et un rabbin, et dont peut attendre qu’il généralise les voyages scolaires dans les colonies, poursuivant les efforts fructueux des colons pour s’intégrer dans le courant dominant.

Loin de se préparer à faire des concessions à l’occasion de la visite du président américain, Netanyahu a déclaré son soutien au plan du Foyer juif pour annexer des parties importantes de la Cisjordanie.

Le seul ministre qui affiche quelque intérêts pour des négociations, et qui est principalement motivée par le souhait de rester en bons termes avec la Maison Blanche, est Tzipi Livni. Elle est bien consciente que les possibilités de négociations sont extrêmement limitées : le processus de paix a été mentionné une seule fois, et de façon tout à fait secondaire, dans l’accord de coalition.

Obama, apparemment tout à fait conscient qu’il est confronté à un gouvernement israélien encore plus intransigeant que le dernier, a choisi de ne pas s’adresser à la Knesset. Au lieu de cela, il fera son discours à un auditoire plus réceptif d’étudiants israéliens, dans ce que les responsables américains ont appelé une « offensive de charme ».

On peut s’attendre à de grands mots, à de vagues promesses et à une inaction face à l’occupation.

Pour prouver à quel point la Maison Blanche est réticente à l’idée de s’attaquer à la question des colonies, ses représentants aux Nations Unies ont refusé lundi de prendre part à un débat au Conseil des droits de l’homme, qui qualifie les colonies comme une forme d« d’annexion rampante » de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est.

Obama se veut non interventionniste pour des raisons purement internes. Un sondage d’ABC-TV a montré cette semaine que la plupart des Américains soutiennent Israël contre les Palestiniens – 55% contre 9%. Une majorité encore plus grande, de 70%t, estime que les États-Unis devrait laisser les deux parties régler leurs litiges eux-mêmes.

Les Israéliens ordinaires, le public ciblé par le président américain, a une opinion qui ne vaut guère mieux. Selon une récente enquête, 53% pensent qu’Obama ne protège pas les intérêts d’Israël, et 80% croient qu’il n’apportera pas de progrès avec les Palestiniens au cours des quatre prochaines années. L’ambiance est plus à l’indifférence qu’à l’attente.

Toutes ces raisons font que ni Obama ni Netanyahu ne parleront trop de la question palestinienne au cours de la visite de trois jours. Comme l’analyste Daniel Levy l’a observé : « Obama vient d’abord faire des déclarations sur les liens américano-israéliens, et non sur l’occupation ».

C’est aussi à quoi s’apparente l’opinion des Palestiniens, qui sont de plus en plus exaspérés par l’obstruction américaine. Les responsables américains qui se sont rendus à Bethléem pour préparer la visite d’Obama vendredi se sont retrouvés pris dans des manifestations anti-Obama. On s’attend à d’autres manifestations aujourd’hui à Ramallah.

D’autres Palestiniens ont protesté contre sa visite en établissant aujourd’hui une nouvelle communauté de tentes près de Jérusalem, sur des terres palestiniennes occupées . Plusieurs campements précédents ont déjà été démolis à la hâte par les soldats israéliens.

Les organisateurs espèrent mettre en évidence l’hypocrisie américaine qui revient à soutenir l’occupation par Israël : les colons juifs sont autorisés à construire avec le soutien officiel de l’État sur les territoires palestiniens, en complète violation du droit international, alors que les Palestiniens se voient empêchés de développer leurs propres terres dans ce qui est maintenant considéré par la plupart des pays comme l’État palestinien
.
Le message implicite de la visite d’Obama, c’est que le gouvernement Netanyahu est libre de faire ce qu’il veut, avec peu de danger de rien de plus qu’une protestation symbolique de Washington.

Le nouveau cabinet israélien n’a pas perdu pas de temps pour dévoiler ses priorités législatives. Le premier projet de loi annoncé est une « loi fondamentale » pour changer la définition officielle de l’État, de sorte que ses aspects « juifs » éclipsent les aspects « démocratiques », une initiative que le journal Haaretz a qualifié de « folle ».

Parmi les principales dispositions se trouve la volonté limiter les financement public aux nouvelles communautés exclusivement juives. Cela met en évidence une solution cynique de Netanyahu pour apaiser le mouvement de protestation sociale qui mijote à Tel-Aviv, et dont une des exigences est avant tout davantage de logements à des prix abordables.

En mettant à disposition encore plus de terrains à bas prix [volés aux Palestiniens] en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, il peut agrandir les colonies, ronger encore plus le territoire palestinien, faire taire les protestations et prendre à contre-pied l’opposition. Tout ce qui lui manquait, c’était la bénédiction de Barack Obama.

* Jonathan Cook a remporté le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont “Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East” (Pluto Press) et “Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair” (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

Du même auteur :

- Le voyage d’Obama en Israël, c’est 4 nouvelles années de colonisation – 28 février 2013
- Israël a déclaré la guerre aux enfants de Jérusalem : 1200 arrestations en un an – 30 janvier 2012
- [Les Palestiniens en Israël attendent peu de choses des élections à la Knesset] – 21 janvier 2013
- Bab al-Shams : les Palestiniens à l’assaut de leurs occupants ! – 15 janvier 2013
- Une carte du ministère du Tourisme israélien annexe plus de 60 % de la Cisjordanie – 1er janvier 2013
- Les sapins de Noël terrorisent les Israéliens – 5 décembre 2012
- Pourquoi Obama ne va pas s’en prendre à Israël – 16 novembre 2012
- Israël éradique l’Histoire : disparition de mosquées – 14 juillet 2012
- La bunkérisation d’Israël en voie d’achèvement, sur fond de nettoyage ethnique permanent – 25 janvier 2012
- Il y a de la méthode dans la folie de Nétanyahou : Israël exclut la non-violence – 21 juillet 2011
- Le plan de paix de l’illusionniste Netanyahu – 14 mars 2011
- Après les « documents palestiniens », l’Autorité palestinienne peut-elle continuer d’exister ? – 3 février 2011
- Israël a déclaré la guerre aux enfants de Jérusalem : 1200 arrestations en un an – 16 décembre 2010

25 février 2013 – Palestine Chronicle – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.jonathan-cook.net/2013-0…
Traduction : Info-Palestine.eu – Claude Zurbach

« Good morning Damascus » : De l’inacceptable


 

actu-match | lundi 25 mars 2013

"Good morning Damascus" : De l’inacceptable

Damas, le 25 mars dernier. | Photo Jean-Pierre Duthion

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Chaque semaine dans «Good Morning Damascus», Jean-Pierre Duthion (@halona) vous raconte le quotidien parfois tragi-comique d’une vie d’expatrié en Syrie sous les bombes.

Jean-Pierre Duthion – Parismatch.com

Mardi, je viens de quitter ma fiancée, je dis au revoir à des amis prés du ministère de l’Énergie, il est 22h, on se croirait en plein été. Près du checkpoint, un soldat a ramené ses trois enfants, assis à l’arrêt de bus, ils jouent à la console pendant que leur père, un moustachu bedonnant contrôle des identités. Un autre soldat que je connais, un jeune sunnite qui n’a pas vu sa famille depuis plus d’un an, fais le pitre pour les amuser. Tout est calme et paisible, comme bien souvent à Damas c’est le calme non pas « avant » mais « pendant » la tempête. Alors que mes amis viennent de s’en aller et que je me dirige vers ma voiture, une détonation surréaliste retentit, le sol autour de moi se met à trembler, un souffle surpuissant me repousse en arrière, j’ai des morceaux de pare brise dans les cheveux, un mortier vient de s’écraser à 30 mètres de moi à peine, explosant deux voitures.

A partir de là, tout se passe comme au ralenti, les balles se mettent à siffler, l’armée libre vient d’attaquer le checkpoint, le père de famille crie à ses enfants de se mettre a l’abri, il ne cesse de leur répéter : courez plus vite ! Plus vite ! Le jeune soldat tire des rafales régulières en l’air pour signifier aux rebelles qu’il reste encore des hommes au barrage. Un pick-up de l’armée surmontée d’une douchka, mitrailleuse lourde, arrive à toute vitesse pour lui prêter renfort. Quant à moi, je suis là au milieu de tout ce chaos sans savoir quoi faire, les sons me semblent atténués, l’explosion m’a en partie assourdi, je ne peux pas rester et si je me mets à courir, les soldats postés un peu plus loin dans cette rue mal éclairée pourraient facilement me prendre pour un ennemi.

Sans vraie solution, je me mets à marcher, je marche lentement sans vraiment réfléchir, assez pour m’éloigner et pas trop vite pour ne pas être considéré comme un élément hostile. Sur ma gauche, un type est caché derrière un bus, un soldat lui ordonne de se montrer :
– Sors de la ! Montre-moi tes mains ! J’ai dit tes mains !
Le type dans l’ombre ne cesse de répéter :
– Je peux pas ! je peux pas !

Blessé à la jambe, il peut à peine marcher, poussé par la même peur qui m’empêche de courir. Il arrive finalement à se trainer vers la lumière. Je continue de marcher, les tirs redoublent d’intensité, les coups de feu se multiplient, de plus en plus violents ; de plus en plus proches, les balles ricochent et moi je marche. Je me dis que tout va peut être se terminer ce soir, dans cette rue de Damas, que, comme pour beaucoup de Syriens, beaucoup trop depuis deux ans, je vais finir ici, sans raison, pour rien. Je souris en me disant que j’ai survécu à Homs, à Talkalakh et à bien d’autres endroits tout aussi dangereux pour prendre bêtement une balle a quelques kilomètres de chez moi. Alors que je suis en train de me faire à cette idée, le jeune soldat m’interpelle, je me retourne et je le trouve prés de moi, il me dit :« Tu peux démarrer ta voiture rapidement ? »
Je lui réponds que oui, il me conduit vers mon véhicule, en faisant en sorte que je reste derrière lui pour m’éviter de prendre une balle perdue. Je commence à reprendre espoir dans le fait que tout ne se terminera pas ce soir, pas ici, pas comme ça.

Je monte dans ma voiture, le remercie, il tape sur le toit alors que les tirs retentissent autour de moi, je démarre sans réfléchir. Après quelques mètres je me rends compte que je conduis les phares éteints, je ne sais plus vraiment ce que je fais, mes oreilles me font mal, je roule à plus de 120 dans les rues étroites qui m’emmènent chez moi. Je ne sens plus mes jambes, j’ai le vertige mais je continue de rouler, de mettre autant distance possible entre la mort et moi.

La guerre civile réclame son dû

Ce soir la cinq autres mortiers s’écraseront prés du même checkpoint, deux frapperont un immeuble faisant des morts et des blessés. Comme chaque jour, chaque soir, chaque heure, la guerre civile réclame son dû. Son lot de morts, de souffrances, de peines, de douleurs, de familles détruites, d’enfants qu’on enterre.

Au tout début de la crise quand j’ai commencé a collaborer avec différents médias, je passais mon temps à répéter que pour le moment je ne faisais qu’entendre les explosions que je ne les voyais pas, que je pouvais accepter cette situation, que lorsque je verrai un missile frapper un immeuble je changerai surement d’avis, j’ai dû en voir des dizaines depuis ces déclarations. Par la suite j’ai dit que lorsque ma vie serait réellement en danger, je penserai peut-être à partir. Alors que je roule à tombeau ouvert a travers la ville je réalise que ce qui était inacceptable pour moi il y a deux ans est devenu supportable aujourd’hui.

Quelques jours plus tard je verrai des dizaines de corps extraits d’une mosquée après l’explosion qui causera la mort d’une cinquantaine de personnes. Ce soir-là, je refuserai de tweeter une ligne et je ne prendrai pas les appels des médias qui chercheront à me joindre. De toute façon quoi leur dire à part que je côtoie l’inacceptable et l’intolérable au quotidien. Vers 7h du matin après une nuit sans sommeil je me déciderai finalement à poster ces quelques mots : « L’humanité a disparu de Syrie, il ne nous en reste plus que de vagues réminiscences… »

La prière de la sérénité tient en ces quelques mots :
Mon Dieu,
Donnez-moi la sérénité
D’accepter
Les choses que je ne peux pas changer,
Le courage
De changer les choses que je peux,
Et la sagesse
D’en connaître la différence.

Accepter, on a tous au fond de soi une limite à ce qu’on peut accepter, une ligne rouge au delà de laquelle on se dit que cela devient inacceptable. Depuis le début de la crise pour moi comme pour le reste des Syriens elle n’a cessé d’évoluer, depuis quelques jours j’ai peur qu’elle disparaisse…Point final