Mort et torture, quotidien des enfants en Syrie, dit un rapport


mercredi 13 mars 2013, par La Rédaction

Un enfant de douze ans a vu un de ses camarades prendre une balle en plein coeur. Un autre, âgé de quinze ans, a été détenu dans une cellule avec 150 personnes et brûlé chaque jour avec des mégots de cigarettes.
Les enfants syriens sont peut-être les plus grandes victimes du conflit qui déchire leur pays, le traumatisme psychologique s’ajoutant à la violence physique, souligne l’organisation Save the Children, basée à Londres, dans un rapport publié mercredi.
Selon l’ONG, deux millions de mineurs syriens souffrent de malnutrition, de maladies, de traumatismes et sont exposés aux brutalités et aux mariages forcés, victimes innocentes d’une guerre qui a déjà fait plus de 70.000 morts.
« C’est une guerre dont les femmes et les enfants sont les plus grandes victimes », a dit à Reuters le directeur de Save the Children, Justin Forsyth, à l’occasion d’une visite au Liban, où 340.000 Syriens ont trouvé refuge.
Justin Forsyth a rencontré un enfant de 12 ans dont le meilleur ami a été tué devant une boulangerie. « Son ami a reçu une balle en plein coeur. Au début, il a cru qu’il lui faisait une plaisanterie, parce qu’il ne saignait pas. Il n’a compris qu’il était mort que quand on lui a retiré sa chemise », raconte-t-il.
Le rapport de Save the Children cite une étude de l’université Bahcesehir, en Turquie, réalisée auprès des réfugiés syriens, selon laquelle un enfant sur trois dit avoir reçu des coups ou avoir été la cible de tirs.
Deux-tiers des enfants interrogés disent avoir été séparés de membres de leur famille en raison du conflit et un tiers ont été confrontés à la mort d’au moins un de leurs proches.
« Tous ces enfants vous racontent cela sans émotion apparente, puis vous réalisez qu’il y a des couches et des couches de traumatisme émotionnel », précise Justin Forsyth.
Les soldats gouvernementaux comme les rebelles ont été accusés de prendre pour cible les civils et de commettre des crimes de guerre. Selon certains réfugiés, les forces du président Bachar al Assad visent délibérément les enfants.
Parmi les enfants qu’il a rencontrés, le directeur de Save the Children se souvient d’un adolescent de 15 ans qui dit avoir été détenu avec environ 150 autres personnes, dont une cinquantaine d’enfants.
« On le sortait chaque jour de la cellule et il était attaché à une roue géante et brûlé avec des cigarettes. Le traumatisme que subit un enfant est terrible. »
Le viol est devenu un instrument de punition collective, poursuit Justin Forsyth, déplorant que ces violences soient souvent passées sous silence, en particulier dans un pays conservateur comme la Syrie.
« Dans la plupart des conflits, plus de 50% des victimes de viols sont des enfants. Je suis certain que c’est aussi le cas dans ce conflit. »
La peur des violences sexuelles est l’une des raisons les plus souvent invoquées par les réfugiés pour expliquer leur fuite, selon le rapport.
Autre conséquence de ces abus, les mariages arrangés de jeunes filles, parfois dès l’âge de 14 ans.
Des réfugiés syriens au Liban ont expliqué à Justin Forsyth avoir décidé pour cette raison de marier leur fille de 16 ans à un homme âgé.
« La mère m’a dit que sa fille était jolie et qu’à chaque fois que des soldats (syriens) entraient dans sa maison, elle avait peur qu’ils la violent. »

(13-03-2013 – Avec les agences de presse)

L’énorme mensonge du régime syrien


Pendant des décennies nous, Arabes et musulmans de tous horizons, avions cru à l’énorme mensonge d’une Syrie, ou plutôt d’un régime syrien fer de lance de la lutte anti sioniste et impérialiste. Mais c’était avant que le clan Assad ne prenne le pouvoir sous couvert du même impérialisme qui a imposé une minorité inaugurant une ère de terreur et d’exclusion semée de crimes sanglants et de pervertissement de toutes les valeurs qui faisaient la caractéristique d’un peuple à l’histoire millénaire. Oui, endoctrinés, aveuglés par les faux semblants, nous n’avions pas remarqué que depuis 40 ans c’est une autre Syrie, un autre pouvoir et une autre armée, une armée tétanisée, soumise qui n’a pas tiré la moindre balle contre l’ennemi commun alors qu’une partie de la mère patrie (le Golan) demeure sous les bottes de l’occupant.

Une armée qui, comme au Liban avec le hizbchaïtan, nous a pourtant envoyé des signaux d’éveil en tournant ses armes vers l’intérieur. Les massacres de Hama en 1982 constitueront un faible signal dans les esprits vite occulté par l’invasion durant la même année du Liban par l’entité sioniste.

Etranges parallèles que ces deux situations l’ancienne et la présente :

Le 2 février 1982, la population de Hama, à majorité sunnite, menée par 150 officiers, s’insurge contre le pouvoir en place, suite à l’arrestation d’imams fondamentalistes. Les forces armées syriennes répliquent en assiégeant et en bombardant la ville 27 jours durant, faisant plus de 35 000 victimes et pratiquant la politique de la terre brûlée. Un tiers de la ville — comptant de nombreux joyaux architecturaux — est alors détruit. Ces événements n’ont pas été, ou peu, relayés dans la presse occidentale et n’ont pas soulevé l’indignation à l’étranger car ils ont été occultés par la fermeture du pays et par la guerre du Liban.
La répression a été décrite comme étant « l’acte isolé le plus meurtrier par un gouvernement arabe contre son propre peuple dans le Moyen-Orient moderne ».

N’est-ce pas ce qui se passe actuellement : Massacres de masses et politique de la terre brûlée ?
Faut-il encore pour certains demeurer encore sous endoctrinement alors que l’histoire ne fait que nous donner des leçons ?

Un dernier commentaire évocateur des techniques d’endormissement des peuples:

Après ces tragiques évènements de Hama dont l’écho n’est même pas parvenu à nos contrées, l’invasion sioniste du Liban est passée quasi inaperçue de la plupart des Algériens. En ces moments où la nation arabe se faisait une fois de plus agresser sous le blanc-seing tacite de l’occident, nous nous pâmions pour notre équipe nationale engagée pour la première fois dans la coupe du monde de football…

(MB)

Libérez Andrey Pshenichnikov


Libérez Andrey Pshenichnikov
1,000
786

786 signatures. Atteignons 1,000

Pourquoi c’est important

Andrey Pshenichnikov, 25 ans, un Russe né au Tadjikistan et émigré en Israël en 2001, à l’âge de 13 ans. Lors de son service militaire au sein de l’armée israélienne, Andrey s’est rendu compte de l’injustice que font subir l’État d’Israël et son armée aux Palestiniens. Andrey a quitté l’armée, puis, il s’est installé au printemps de l’année 2012 dans le camp des réfugiés palestiniens de Dheishé, près de la ville de Bethléem. Il a demandé à renoncer à sa nationalité israélienne et à obtenir la nationalité palestinienne. Très vraisemblablement sur leur ordre, l’Autorité palestinienne l’a extradé aux Israéliens. Andrey a séjourné ensuite en France au cours de l’été et de l’automne 2012, où il a participé activement aux actions de protestation contre les violations des droits de l’Homme perpétrées par l’occupant israélien en Palestine.Andrey avait un rendez-vous avec des amis, tous militants français solidaires de la Palestine au Caire le 25 décembre 2012. Pour s’y rendre, Andrey a demandé et obtenu un visa pour l’Égypte auprès des services consulaires de ce pays à Tel-Aviv. Il se trouve que ses passeports ont été confisqués par les autorités israéliennes à Eilat, afin de l’empêcher de traverser légalement la frontière israélo-égyptienne. Son enthousiasme était grand et sa résolution d’assister à la conférence de ses amis français, tenue en commun avec des Égyptiens, l’était aussi. Étant ainsi privé de son document de voyage et de son visa d’entrée en Égypte, Andrey a effectivement enfreint la loi égyptienne en s’y introduisant sans document de voyage.

Il se trouve que la peine minimale prévue par la loi égyptienne pour ce délit est l’emprisonnement de 6 mois. En général, les tribunaux ne condamnent pas à des peines plus lourdes. L’Égypte aurait pu en rester là : les autorités judiciaires auraient pu tenir compte de cette circonstance atténuante qu’est la demande et la délivrance du visa d’Andrey, mises en apposition avec la confiscation de son passeport par la police israélienne. Il y a, bien entendu, d’autres circonstances atténuantes, de diverses natures, tels le combat pour la justice pour le peuple Palestinien mené par Andrey, son absence de casier judiciaire (à l’exception d’une condamnation israélienne pour avoir séjourné dans un camp des réfugiés Palestiniens), ou encore son jeune âge.

Mais Andrey a été condamné le 11 février 2013 pour infiltration illégale sur son territoire nationale à 2 ans d’emprisonnement par la cour de justice de la ville d’At-Tour, gouvernorat du Sinaï Sud, Égypte. Il s’agit d’une peine sans proportion avec le délit commis, à plus forte raison si l’on tient compte de la personnalité et de la motivation d’Andrey.

A l’évidence, Andrey Pshenichnikov n’a pas pénétré en Égypte afin de nuire à ce pays ni au peuple égyptien.

Nous demandons donc aux autorités égyptiennes de libérer Andrey Pshenichnikov.

Ce sera la plus noble reconnaissance du combat d’Andrey pour un monde plus juste, où le peuple arabe de Palestine puisse recouvrir ses droits aux cotés de ses voisins, ce qui bénéficiera à toute cette région du monde, tant assoiffée de vie et de paix. Il est encore temps pour votre pays d’ouvrir grande la porte de la cellule où se trouve Andrey Pshenichnikov, de lui souhaiter la bienvenue en Égypte, et de lui permettre de repartir vers une destination de son choix.

Publiée Février 26, 2013

Jérusalem, capitale des ressentiments


LE SOIR du 11 mars 2013

REPORTAGE
JERUSALEM
DE NOTRE ENVOYE SPECIAL

Une ambiance à nulle autre pareille. La vieille ville de Jérusalem, derrière ses remparts centenaires, pourrait passer pour le centre du monde… religieux. Moins d’un kilomètre carré en pente, 40.000 habitants presque tous piétons, mais surtout, des lieux saints, tellement saints. Les touristes, nombreux, ne s’y trompent pas : ils viennent pour visiter – vénérer – le Saint-Sépulcre (chrétien), l’esplanade des Mosquées (musulmane) ou le mur des Lamentations (juif). Trois religions révélées qui cohabitent dans une ambiance d’apparence sereine mais la tension politique, pourtant, n’est jamais loin.

Nous entrons par la porte de Jaffa, proche du petit quartier arménien vite traversé. Au sud, le quartier juif rénové ces dernières années accueille nombre de visiteurs américains. Au détour d’un escalier public, le spectacle fait frissonner : à deux cents mètres en contrebas apparaît le mur des Lamentations qui soutient l’esplanade des Mosquées. Le dôme du Rocher y resplendit sous les rayons d’un soleil hésitant. Guide pour un groupe venus d’Atlanta, Daniel nous confie ses impressions un tantinet amères.
« Les journalistes européens se focalisent sur les malheurs des Palestiniens et ignorent la réalité.

Le processus de paix est en panne, OK, mais à qui la faute ? Comment faire confiance aux Arabes ? Vous avez vu ce qui s’est passé à Gaza, on leur a rendu tout le territoire en 2005 et ils en ont fait une base terroriste de lancement de roquettes ! On ne peut prendre le même risque avec la Cisjordanie, cela voudrait dire que le Hamas pourrait prendre pour cibles les grandes villes, dont Tel-Aviv, qui n’est qu’à 20 km de la Cisjordanie, sans parler de l’aéroport, encore plus près, non c’est impossible ! »

Une Américaine d’âge mûr veut se mêler à la conversation. « De toute façon, ils sont éduqués dans la haine des juifs, ils n’accepteront jamais notre présence sur cette terre, donc il faudra nous défendre pendant longtemps encore, et tant pis si cela nous oblige à empêcher l’établissement d’un vrai Etat palestinien, ils devront se contenter d’une autonomie accrue, au mieux, ‘sorry’ ! »

Il ne faut pas parcourir plus de deux cents mètres d’étroites ruelles pavées pour plonger dans un autre monde. A travers le dédale des venelles du souk, côté musulman, les senteurs diffèrent, les couleurs divergent, le bleu et blanc et l’étoile de David disparaissent comme par enchantement. Ici, on s’interpelle d’une boutique à l’autre, on évite les charrettes qui livrent les marchandises, les enfants jouent en criant. Mais la bonne humeur ambiante cache de lourds ressentiments.

Khaled, comme la plupart des boutiquiers, aurait préféré nous vendre les verres peints de Hébron qui font sa spécialité, mais il ne refuse pas un brin de causette. « J’habite une maison de 35 m² louée ici près de la porte d’Hérode, nous dit cet homme sans âge. En dehors de la vieille ville, les loyers sont prohibitifs pour moi. Sans ce logement, je devrais quitter Jérusalem et, alors, je perdrais ma carte de résident et donc l’accès à la ville. Des milliers de Palestiniens sont victimes de ce système inique : après trois ans d’absence pour, par exemple, aller travailler dans le Golfe ou étudier en Europe, ils ont perdu leur carte de résident et ne peuvent plus habiter chez eux ! Alors que les résidents juifs peuvent quitter la ville pendant dix ans sans perdre aucun droit, évidemment… Moi j’appelle cela du racisme. »

Un groupe se forme autour de nous. Adel, plus jeune, intervient dans un anglais approximatif : « Le but des (Israéliens) juifs a toujours été de contrôler le plus grand territoire possible avec le moins d’Arabes. Regardez comme ils cantonnent les Palestiniens dans quatre ‘réserves’, à Gaza, Ramallah, Naplouse, Hébron. »

Le sujet fait vibrer nos interlocuteurs. « Un aspect cruel de plus dans la dépossession, explique encore Khaled en offrant un second thé, c’est que n’importe quel juif de New York, de Kiev ou de Sydney débarque à (l’aéroport) Ben Gurion et il devient israélien en une demi-heure, alors que des millions de réfugiés palestiniens ne pourront jamais – jamais ! – retrouver des terres qu’ils ont dû quitter de force il y a quelques décennies. »

Nous quittons la vieille ville. Dans la partie Ouest, juive, de Jérusalem, un ami israélien nous attend. Un intellectuel qui aime la discrétion mais ne fait aucun effort pour dissimuler son pessimisme. « On s’extasie parce que la formation du soi-disant centriste Yaïr Lapid a fait une percée aux élections de janvier, devenant le second parti israélien. Mais c’est un vote qui n’est pas progressiste, il suffit de voir ce que Lapid pense de Jérusalem. Il explique que ‘l’on avancera quand les Palestiniens comprendront qu’ils n’auront jamais Jérusalem’. Les membres israéliens de l’Initiative de paix de Genève, comme l’ex-colonel Shaul Arieli, invitent régulièrement des députés à venir visiter Jérusalem, constater les ravages causés par le mur de séparation, etc. Eh bien ! Lapid a interdit à ses députés d’y aller ! En outre, il a conclu une alliance pour aller ensemble au futur gouvernement avec le parti de Naftani Bennet, qui représente tout simplement les colons ! »

Se peut-il que les frustrations palestiniennes aboutissent à une troisième intifada (soulèvement) ? « Tous les éléments sont là et la colère de la population palestinienne s’accroît. La crise financière de l’Autorité palestinienne qui peine à payer les salaires, l’absence de négociation qui prive de perspective d’avenir, la colonisation juive qui continue sans relâche, le rejet populaire des deux grands partis, Fatah et Hamas… Pourtant on n’en est pas à la révolte. La population palestinienne se préoccupe d’abord de ses problèmes quotidiens ; elle est notamment très endettée. Mais qui sait ? Les deux intifadas ont débuté par des étincelles imprévisibles… »

BAUDOUIN LOOS »

15 mars : Vague blanche pour la Syrie


  • Devant la Gare Centrale, Bruxelles
  • ActionSyrie vous invite à vous associer à la Vague Blanche pour la Syrie ce vendredi 15 mars 2013!Manifestation internationale à l’occasion des deux ans du début de la révolution syrienne !Le 15 mars prochain marquera les deux ans du début de la révolution syrienne.En deux ans, selon les Nations unies, plus de 70 000 personnes ont été tuées des dizaines de milliers d’autres sont blessées, disparues ou emprisonnées des milliers de Syriens sont victimes d’actes de torture, de mauvais traitements, de violences sexuelles, de pillages, des millions ont été déplacés à l’intérieur et des centaines de milliers sont réfugiés à l’extérieur.

    Pour dire « Stop » aux crimes contre les civils, pour réclamer que justice soit rendue en faveur des victimes, et faire savoir au peuple syrien qu’il n’est pas seul, nous lançons un appel à une manifestation internationale, en solidarité avec le peuple syrien se tiendra le 15 mars 2013 .

    “UNE VAGUE BLANCHE POUR LA SYRIE”

    Le principe en est simple : demander aux peuples du monde entier de s’unir au peuple syrien en manifestant à la même heure locale, de 19h à 19h30, un papier ou un tissu blanc à la main, le mot « Stop » écrit dessus.

    Se déclenchera ainsi au fil des fuseaux horaires et à travers le monde, une «ola» mondiale de protestation, une immense vague blanche, reprise au fil de la journée par les médias.

    http://www.facebook.com/pages/Vague-Blanche-pour-la-Syrie/148989415227675

    http://www.vagueblanchepourlasyrie.org/category/actualites/

« Ce sera Bashar, ou nous détruirons la Syrie »


SYRIE (Idlib) – Reportage et analyse (II) – Crise humanitaire pour une guerre oubliée : « Ce sera Bashar, ou nous détruirons la Syrie »

Publié par le 7 mars 2013 • Dans la catégorie Les dossiers de Grotius InternationalImprimer

Scène habituelle, depuis plusieurs mois : des familles entières se pressent en direction de la frontière turque ; charrettes, remorques tirées par des tracteurs, sur lesquelles s’entassent matelas, couvertures, chaises, valises et baluchons, des camionnettes bondées, tout un peuple fuit les bombardements et la guerre…

 

En traversant Atmeh, on aperçoit de longues files de tentes, sur le flanc de la montagne au pied de laquelle s’étend le village : les réfugiés sans passeport ne peuvent plus entrer en Turquie ; les autorités turques leur interdisent le passage. C’est le cas de la majorité des familles qui fuient les villages et les quartiers défavorisés des villes bombardées.

Ceux qui ont un passeport le peuvent. Mais ils ne sont plus admis dans les camps, surpeuplés, et doivent trouver par eux-mêmes de quoi subsister. Dans certaines agglomérations, comme à Hatay, des manifestations ont eu lieu : la population, dérangée par le flot de ces miséreux en quête d’une aide quelconque, a réclamé leur expulsion. Les forces de l’ordre les ont donc chassés des rues de la ville.

Aussi, les rebelles, l’Armée syrienne libre (ASL), et des notables syriens se sont cotisés pour monter des camps dans les villages frontaliers avec la Turquie.

À Atmeh, beaucoup de réfugiés proviennent d’Homs, de Hama et d’Alep. Mais la localisation de ces camps, en Syrie même, est très dangereuse car, si le régime bombarde les réfugiés, comme il l’a fait à plusieurs reprises des foules qui attendaient une distribution de pain (à Alep notamment –ce dont j’avais été témoin), l’hécatombe est garantie ; et les victimes se compteraient par centaines…

À la sortie du village, nous avons accompagné les miliciens du campement d’Abou Mahmoud. Son lieutenant, Kaies me raconte son histoire : comment il a été envoyé à Deraa avec son régiment, en mars 2011, alors qu’il faisait son service militaire ; les ordres qu’il a reçus, d’ouvrir le feu sur les manifestants ; comment il a alors déserté et rejoint l’ASL.

Combien de fois n’ai-je pas entendu cette même histoire, en Syrie ?

Il était sergent et, avec quatre de ses amis du même grade, il est sorti de la caserne, un matin, à l’aube. La sentinelle les a salués, sans rien leur demander. Ils ont pris le premier  autobus et ont rejoint leur village… et l’ASL.

Kaies est originaire de Hama. Brahim, un des miliciens que nous rencontrons, faisait son service militaire à Zabadani, près de Damas, également un fief de la rébellion.

Escorté par mes deux guides, nous avons parcouru tout le gouvernorat d’Idlid.

En représailles au soulèvement  de la population, l’aviation a pour ainsi dire rasé plusieurs des villages que nous traversons. Leurs habitants les ont tous abandonnés ; il n’en reste le plus souvent que des monceaux de ruines.

Tandis que nous progressons à travers la brume en direction de Taftanaz, sur la route qui longe l’aéroport assiégé par lesbrigades islamistes de Jabhet al-Nosra et  Ahrar al-Sham (l’aéroport tombera quelques jours après notre passage), trois obus nous surprennent, qui s’abattent et explosent dans un champ, soulevant des paquets de boue tout à côté de notre véhicule. C’est l’artillerie de l’aéroport qui bombarde la route. Tout tremblant, le chauffeur accélère et, tous feux éteints, nous filons en trombe dans la purée de poix, sans savoir si nous étions la cible de ces tirs ou si nous les avons croisés fortuitement.

La petite ville de Taftanaz n’a pas non plus échappé aux bombardements ; les deux tiers des habitations sont en ruines et, comme partout ailleurs dans le gouvernorat, la population a fui.

À pied, Kaeis et moi avançons au milieu des décombres ; pas une âme ne se manifeste. Les seuls bruits qui troublent le silence sont ceux des canalisations d’eau, crevées, des explosions, dont le vacarme nous parvient, depuis les environs de l’aéroport, assourdi, et celui d’un hélicoptère qui tourne au-dessus de Taftanaz, sans que nous puissions l’apercevoir derrière l’épais brouillard.

En chemin, nous abordons des miliciens désœuvrés. Ce sont des hommes de l’ASL.

C’est presqu’une constante, dans le gouvernorat : les quelques pelotons de l’ASL que j’y ai croisés, constitués de civils du quartier, quatre ou cinq hommes, guère plus, sont désormais assignés, ici, au maintien de l’ordre, là, à la surveillance d’un camp de réfugiés, plus loin, à verbaliser les habitants qui coupent les arbres dans les jardins publics ou le long des routes (c’est que l’hiver est là et que le gouvernorat n’est plus approvisionné en fuel : ceux qui ont fait le choix de ne pas s’enfuir doivent se chauffer ; mais les maigres ressources en bois de la campagne syrienne ne suffiront pas à traverser la mauvaise saison).

Le soleil ayant percé le brouillard, l’hélicoptère qui la survolait depuis le matin, bénéficiant désormais d’une bonne visibilité, a tiré plusieurs roquettes sur un immeuble encore occupé, qui s’est en partie effondré et dont une escouade de l’ASL essaie d’extirper les habitants coincés par les décombres.

Je filme la scène, lorsqu’un nouveau tir nous surprend. Le projectile est tombé dans la rue, à quelques vingt ou trente mètres de nous. Jeté au sol par le souffle de l’explosion, je me relève au milieu d’une pagaille dramatique, des blessés qui appellent, des morts, des cris de panique, des vivants qui cherchent à fuir et que je distingue à peine dans le nuage de poussière suffocant qui m’entoure : le quotidien des villageois du gouvernorat d’Idlib et de nombreuses autres régions de Syrie, depuis presqu’un an.

De Taftanaz, nous gagnons Binnesh, non loin de l’aéroport militaire, petite ville située sous le feu de l’artillerie de l’armée régulière, stationnée à cinq kilomètres de là, dans l’agglomération de Fuaa.

Après avoir parqué notre véhicule, nous progressons prudemment dans les rues désertes, en rasant  les façades des immeubles, tandis que les obus s’abattent ici et là, au hasard, sur le centre-ville.

Les Juifs ont tué moins de personnes à Gaza que Bashar en Syrie, me lance Kaies. Bashar bombarde les civils sans se soucier des victimes. Au moins, les Juifs, ils ciblent leurs objectifs. Bashar est plus cruel que les Juifs.

Les jours suivants, nous investiguons les villes et villages du gouvernorat : partout, des ruines ; des agglomérations vides de vie, dont les habitants ont essayé de se réfugier derrière la frontière turque, mais dont la plupart ont été refoulés et s’entassent dans les quelques camps de fortune que l’ASL a pu monter, tel celui de Qah, près d’Atmeh.

Plusieurs milliers de personnes y vivent désormais, sous des bâches de plastique, en guise de tentes, bien précaires abris, alors que l’hiver commence ; les enfants s’endorment difficilement dans le froid des longues nuits, qui commencent vers cinq heures, lorsque le soleil se couche –le camp n’est pas raccordé au réseau électrique. Beaucoup tombent malades.

Les files s’allongent devant le petit dispensaire où un seul médecin, un Syrien, assure la permanence quotidienne pour des centaines de patients, dans cette antenne de campagne fournie par Médecins du Monde. Le matériel et les médicaments font défaut et le praticien est débordé, découragé, impuissant. Il refusera de me recevoir. Encore une fois, je constate que l’indifférence dont commençait à témoigner les Syriens à l’égard des Occidentaux se mue peu à peu en haine.

L’ASL a réussi à dresser, à flanc de colline, quelques centaines de tentes, qui sont chacune partagée par plusieurs familles. Trois énormes citernes en pvc ont aussi été acheminées sur les lieux, où les réfugiés peuvent s’approvisionner en eau. L’eau est rationnée et glacée.

Le seul moyen de se réchauffer et de cuisiner, c’est d’allumer un feu. Le bois manque, ici aussi. Cette concentration de population ne permet pas à tous de s’en procurer. Il faut donc faire sans, le plus souvent.

Le camp ne possède pas de sanitaires, pas de toilettes… Et les pluies torrentielles de ces derniers jour ont changé en pataugeoires les abords des tentes et les chemins ; la boue est partout, une gadoue épaisse, dense, froide, faite de cette terre glaise presqu’orange, qui colle aux pattes. Des enfants tout crottés courent çà et là et fouillent les bennes à ordure qui débordent aux abords du camp.

Pas l’ombre d’une ONG dans le camp de réfugiés de Qah, exception faite du petit dispensaire. Pas la moindre présence des Nations Unies…

Plus tard, nous avons poussé vers le midi, traversant des petits villages et les sites archéologiques de l’époque byzantine, dont regorge la région, qui ajoutent la solennité de leurs ruines antiques à celles, misérables, des habitations détruites par les bombardements.

Pour gagner le sud du gouvernorat, nous avons emprunté la grande autoroute qui relie Damas et Alep. Elle était déserte. Nous nous y sommes engagés à une vingtaine de kilomètres au sud d’Alep et l’avons quittée à la hauteur de JaradaRuins. J’avoue avoir été un peu stressé, tout au long de ce bref périple, à l’idée que notre véhicule soit arrêté par une patrouille volante de l’armée régulière…

Nous nous sommes d’abord arrêtés dans la petite ville de KefarNubbol, sous le feu de l’artillerie gouvernementale qui tire de temps en temps une salve, au hasard. À KefarNubbol, nous avons été pris en charge par Raed, un commandant local de l’ASL, qui s’est proposé de nous emmener visualiser la situation à Maraat an-Nouman.

Je connaissais déjà la ville : j’y était passé en juillet 2011, au début des événements. C’était un des points chauds des troubles en Syrie (j’y avais constaté que le siège du parti Baath avait été incendié). Mais, tandis que nous roulions dans la ville martyrisée et nimbée de brouillard, je ne parvenais pas à la reconnaître.

Certaines rues m’ont rappelé le quartier martyr de Salaheddine, que j’ai décrit dans les Chroniques de la révolution syriennne, entre juillet et novembre 2012, lorsque je me trouvais à Alep.

Au centre-ville, un jardin public a été transformé en cimetière : entourées d’immeubles éventrés et de gravats, une centaine de tombes, fraîchement creusées, donnent à l’endroit un air d’apocalypse.

Raed nous emmène au-delà de la banlieue de Maraat an-Nouman ; nous traversons l’autoroute et progressons par les chemins de campagne, en direction de Wadi al-Deaf, une vallée où l’ASL fait face aux réguliers.

Abou Khaled nous y accueille. Il commande deux brigades de l’ASL, qui ont fusionné, les katibasShohada al-Ram et Liwa-Shohada.

Nous  suivons ses hommes, en partance pour la ligne de front, tandis que des obus d’artillerie tombent de temps en temps, ici et là, sur la bourgade. Nous avançons prudemment tout au long d’une longue rue déserte, jonchée de gravats, qui s’achève sur la rase campagne : de l’autre côté des prés, les bâtiments d’une grosse ferme abritent la tête de pont de l’armée régulière. Nous entrons dans un immeuble et escaladons les escaliers encombrés de blocs de béton et de plâtras. Les miliciens de l’ASL prennent position aux fenêtres ; et le jeu des snipers commence, de part et d’autre.

Les tirs d’obus s’intensifiant et se concentrant sur notre position, un repli s’impose. Nous reculons de deux rues ; l’occasion d’interroger les gars :

Moi, je n’étais pas dans l’Armée libre. Mais l’armée de Bashar a détruit ma maison et mon atelier. J’ai tout perdu. Ils ont tout volé, dans la maison. Alors, j’ai rejoint l’Armée libre pour me battre.

L’armée syrienne n’ose pas nous affronter. Alors, ils tirent sur les maisons, sur les civils,  sur les villes. Ils bombardent de loin. Ils visent les mosquées. Toutes les mosquées sont détruites, ici, à Maraat an-Nouman. Ils visent aussi tous les bâtiments publics, les écoles, les musées, les hôpitaux. À Maraat an-Nouman, il n’y a plus aucune infrastructure médicale. Il  y a quelques jours, les Shabihas qui étaient venus renforcer l’armée nous ont crié : « Ce sera Bashar, ou nous détruirons la Syrie. »

Quand on attaque l’armée syrienne, nous, on crie aux soldats de nous rejoindre. On leur dit qu’on ne les tuera pas, qu’ils doivent venir avec nous. Nous sommes le peuple syrien ; nous devons être ensemble. Mais c’est compliqué, pour eux. Chaque fois qu’un soldat quitte sa position et court vers nous pour rejoindre l’Armée libre, leurs snipers lui tirent dans le dos.

Dans cette katiba, trois des miliciens sont d’anciens militaires, des déserteurs. L’un d’eux vient de Homs ; il me montre ses papiers militaires. Le second m’explique que, « dans l’armée syrienne, les officiers affirment aux conscrits que les miliciens de l’Armée syrienne libre sont des terroristes et que, s’ils capturent un soldat de l’armée régulière ou si un soldat tente de les rejoindre, ils le violent, le frappe et lui font subir les pires horreurs ».

Les gars ne sont pas prêts de lâcher prise. Beaucoup ont tout perdu, parfois même leur famille : ilsn’ont plus rien à perdre et sont dorénavant prêts à tout. La guerre n’a pas encore dit son dernier mot.  La misère non plus.

Ainsi, le conflit s’enlise, tandis que les opinions publiques occidentales oublient la Syrie. Et leurs gouvernements aussi…

Janvier 2013

A propos de l’auteur

Pierre Piccinin da Prata est historien – politologue.

Syrie : « Notre rêve de révolution est devenu cauchemar »


Carole Vann | Infosud/Tribune des droits humains
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Manifestation le 8 mars à Alep contre le régime d’Assad (AP Photo/Aleppo Media Center AMC)

Fadwa Suleiman, en exil à Paris (DR)

Comédienne connue dans le monde arabe, la Syrienne Fadwa Suleiman a rejoint la contestation en participant fin 2011 aux manifestations pacifiques à Homs. Elle paie aujourd’hui le prix de l’exil. Sa nouvelle arme : l’écriture.

« C’était l’hiver dernier. Ce jour-là, personne n’osait sortir défiler car la révolution était violemment réprimée. Nous tournions en rond chez nous à Damas, j’ai proposé à mes amies : puisque nous ne pouvons manifester, sortons dessiner sur la place publique !

Nous sommes descendues dans les rues avec nos pinceaux et de la peinture, nous nous sommes mises à dessiner par terre sur d’immenses espaces. Les passants nous regardaient plutôt amusés.

Au bout d’un moment, des agents de la sécurité sont arrivés, ils étaient armés, ils nous ont ordonné de partir. Mais je me suis mise à leur répondre. Je voulais instaurer un dialogue, je voulais essayer de traverser cette barrière entre eux et nous, pour atteindre une partie plus vraie, plus intime.

Je leur ai proposé de peindre avec nous. Deux d’entre eux se sont prêtés au jeu. Mais leur chef est intervenu brutalement. Je ne me suis pas laisseé démonter, j’ai réussi à le convaincre de, lui aussi, prendre le pinceau, il a alors fait un dessin magnifique, très fin.

Nous étions ébahies. Il m’a expliqué que, depuis l’enfance, il était très doué pour les arts, qu’il regrettait de n’avoir pu continuer, et qu’il ne faisait son travail (d’agent de sécurité, chargé entre autres de la répression) que pour gagner sa vie. Ainsi, le meneur de cette bande armée qui terrorisait la population était là devant moi, doux, fragile, sensible. »

Oser tenir tête au régime de Bachar

Fadwa Suleiman a la beauté d’une héroïne de tragédie grecque. Le regard grave inscrit sur un visage pâle d’une grande douceur. Des cheveux noirs et courts en bataille, à la garçonne : elle s’est défaite de sa longue chevelure de jais fin 2011 lorsqu’elle est entrée dans la clandestinité à Homs.

La comédienne syrienne était déjà célèbre dans le monde arabe pour ses séries télévisées et pièces de théâtre. Aujourd’hui, elle est connue aussi en Occident comme « l’actrice alaouite – branche dérivée de l’islam chiite à laquelle appartient le clan Assad – qui a osé tenir tête au régime de Bachar ».

Une étiquette dont se défend farouchement la jeune femme :

« Je suis syrienne, résistante, comme tous ceux qui ont bravé la peur en descendant dans les rues manifester pour la paix.

Je m’étonne qu’on pense que je suis seule dans mon cas. Il y a plein de manifestants issus des minorités qui demandent les changements, seulement ils n’écrivent pas sur leur front : “Je suis alaouite ou kurde ou chrétien ou druze…” Ils s’affichent comme Syriens, résistants et contre les violences ! »

Majorité silencieuse

Encore et toujours, elle rappelle que le peuple ne veut pas la guerre. Mais cette majorité silencieuse (des millions de Syriens), qui n’est ni avec le régime ni avec l’opposition armée, n’est pas visible.

Déjà bien avant le début des soulèvements, ils travaillaient au changement au sein de cellules déstructurées. Journalistes, artistes, blogueurs, intellectuels, ils continuent d’œuvrer, de manière souterraine.

« Nous voulons une vraie révolution pacifique, nous voulons démanteler le régime et ses services secrets, stopper les haines confessionnelles alimentées par ce même régime, construire de nouvelles institutions et de nouvelles lois qui nous permettent de penser et nous exprimer librement. »

Face aux atrocités de la répression, Fadwa, comme bien d’autres, a décidé de ne pas se taire et de participer aux protestations, sans se cacher. Elle a aussi multiplié les vidéos en ligne, appelant ses compatriotes à se soulever pacifiquement et ne pas tomber dans le piège du confessionnalisme.

Ses armes, l’actrice les a choisies dès les premières heures de la révolution : la force tranquille de l’art, dans son sens le plus profond et le plus mystique. Cet art capable de transformer un ogre en agneau, une tyrannie en démocratie, des flèches empoisonnées et mortelles en fleurs enchanteresses et parfumées.

Dans les moments les plus terrifiants, lorsqu’elle menait les manifestations, cette conviction l’habitait et lui permettait de défier la peur. Sur ce point, elle n’a pas changé, même si ses autres certitudes sont quelque peu ébranlées par la réalité de l’exil dans laquelle elle a été jetée depuis une année.

« Là-bas, des actes héroïques s’écrivent »

C’est dans la grisaille de Paris qu’elle écrit « Le Passage », une ode lyrique, étrange, fébrile, dans laquelle dialoguent une jeune fille et une voix.

La première incarne la quête pour une révolution pacifique, tandis que la seconde la presse de prendre les armes, ou alors de se laisser séduire par les « petits avantages » de l’exil.

« Une voix : Ici, il y a la sécurité. Ici tu pourras créer, réfléchir, sans risquer d’être tuée. Tu pourras refaire du théâtre.

La jeune fille : Là-bas, il y a le théâtre, la vie. Là-bas, des actes héroïques s’écrivent. Là-bas, il y a la langue et les mots. Là-bas, la vérité est entière. Qui dit que la sécurité existe quelque part dans le monde ? La mort est partout… La mort est plus proche de nous que notre respiration. Je pleure un mort encore en vie. Bienheureux le mort-vivant. Bienheureux le vivant-vivant. Là-bas, les gens meurent pour revivre.
Là-bas, les gens meurent, tout simplement. Faut pas que tu meures !
Faut pas qu’ils meurent !
Tu voudrais coucher trois jours sur un trottoir ?
Oui, mais un trottoir à mémoire.
Tous les trottoirs possèdent une mémoire.
Mais la mémoire de mon trottoir me ressemble. »

Présentée dans plusieurs espaces culturels (Paris, Limoges, Avignon, Marseille), la pièce raconte son combat partagé avec nombre de Syriens qui l’ont soutenue et suivie. Elle dit aussi l’inquiétude, la peur, le doute et l’espoir et elle interroge sur le sens de la vie et de la mort.

« Le régime a voulu me désintégrer »

« Vous savez, je suis sortie de l’ombre malgré moi, j’en ai été la première surprise », raconte-t-elle en se roulant une cigarette sur les quais de la rade de Genève, où elle a été invitée comme membre du jury du Festival du film et forum international sur les droits Humains (FIFDH) qui s’achève dimanche (et dont Rue89 est partenaire).

« C’était à Homs, j’ai eu un tel choc en découvrant les destructions là-bas et l’état de misère des habitants. Là j’ai compris que la Syrie était en train de sombrer, que quelque chose ne serait plus jamais comme avant.

Et j’ai senti cet appel intérieur monter en moi, j’étais guidée par une puissance incroyable, qui me dépassait, je n’avais plus peur. Et tout d’un coup j’étais devenue une figure médiatique, un emblème.

Alors très vite, le régime a compris que je représentais un réel danger pour lui. Il a voulu me désintégrer, m’anéantir. »

Traquée par les services de sécurité, elle entre dans la clandestinité.

« Mais comme je m’opposais à toute violence armée, y compris celle de l’opposition, je suis devenue dérangeante pour toutes les fractions armées, dont les salafistes et les Frères musulmans. »

« Mon rêve est devenu cauchemar »

Commence une cabale contre elle. Traitée tour à tour d’agent israélien, de fille de mauvaises mœurs, de complice du régime, de collaboratrice des hommes de Hariri (Rafik Hariri, ex-Premier ministre libanais, assassiné en février 2005 dans un attentat-suicide au cœur de Beyrouth. Les soupçons se sont portés sur les services secrets syriens, ndlr).

En danger de mort – sa tête est mise à prix –, elle sort du pays à travers une filière secrète et trouve refuge à Paris.

« J’avais décidé de ne jamais quitter Homs, mais l’étau s’est resserré et le langage des armes a pris le dessus. Surtout, j’étais devenue un danger pour ceux qui me protégeaient. »

A présent, dans le froid, loin de ses proches, elle constate avec tristesse :

« Au lieu de participer à mon histoire sur place, je le fais sur papier, par procuration. Mon rêve, notre rêve, est devenu cauchemar. Tout ce que je craignais pour la Syrie est en train d’avoir lieu. On se trouve acculés à une intervention militaire. Ce n’est pas le choix du peuple. »

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
Tribune des droits humains

Publié initialement sur
Tribune des droits humains

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