Lettres de Syrie (23)


Après quelques semaines d’interruption qu’elle a passées hors de Damas,
Joumana Maarouf
livre de nouvelles pages de sa vie quotidienne,
poursuivant son témoignage sur la manière
dont les Syriens vivent et survivent dans la révolution
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11 juin 2013

Je vais te rapporter aujourd’hui quelques récits venus de Jdaydeh Fadl, une ville des environs de Damas.

Oum Yahya est une femme d’une soixantaine d’années. Elle a deux fils dans l’Armée libre. Elle est sans nouvelles d’eux jusqu’à ce jour.

Lorsque je l’ai rencontrée pour la première fois, j’ai eu du mal à la regarder en raison de la brûlure qui couvre son visage, et qui a complètement déformé sa lèvre inférieure. Mais dès qu’elle s’est-elle mise à parler, je n’y ai plus du tout pensé. Son éloquence est exceptionnelle, ses phrases habiles, et elle sait convaincre ses interlocuteurs. Quant à la brûlure, on dit qu’elle s’est produite quand ses deux fils aujourd’hui disparus étaient petits. Une poêle d’huile bouillante allait se renverser sur l’un d’eux, elle l’a écartée brusquement, une grande quantité d’huile en a jailli, lui brûlant le bras, le cou, et le bas du visage.

« Les garçons ont fait une erreur en entrant à Jdaydeh », dit-elle. « Je leur disais : mes fils, vous êtes peu nombreux, vous ne pourrez pas affronter l’armée et toutes ses armes. On est entouré de tous côtés par des casernes militaires et des zones loyalistes ! Mais voilà, ils sont jeunes, et ils ont la tête dure. « Si vous entrez, ils vont démolir la ville sur ses habitants », leur ai-je dit… Mais que peut-on y faire, c’est notre destin… »

Sa fille prend la parole : « Nous, on n’a pas du tout quitté la maison.. Ma mère allait d’une rue à l’autre pour prendre des nouvelles des gens.. L’armée est entrée par le nord. Les révolutionnaires avaient miné toutes les entrées, mais un espions marchait devant les soldats et les informait précisément de l’emplacement de chaque mine. Le chien ! Il marchait sans même se cacher le visage ! Pendant de longs mois, il a prétendu être un révolutionnaire comme eux. Il a eu connaissance de tous les plans, et il en a informé les services de sécurité. Ils n’étaient que trois cent jeunes avec des armes légères ! Comment auraient-ils pu tenir ? »

Je regarde la mère qui s’apprête à interrompre sa fille, et je vois des traits harmonieux, un visage débordant d’amour. « C’est la volonté qui compte, ma fille. Leur volonté était forte. Et ils auraient pu tenir si l’Armée libre à Quneïtra et Khan al-Cheikh les avait soutenus. On dit qu’ils sont venus, mais que des agents de sécurité se sont déguisés en membres de l’Armée libre, les ont attendus au sud de la ville, et les ont exécutés quand ils sont entrés ».

– « Ce sont des mensonges, personne n’est venu », répond la fille.

La mère reprend : « Le mari de notre voisine est dans l’Armée libre. Quand l’armée régulière a attaqué le quartier, il s’est enfui avec ceux qui l’ont pu. Mais ils sont entrés chez lui et ont emmené sa jeune épouse. Elle est revenue quelques jours après. L’expression de son visage était méconnaissable. Impossible de savoir ce qu’elle avait enduré. Elle nous a raconté qu’ils l’avaient emmenée à la caserne toute proche. « Tourne la tête vers le mur ». En tournant la tête, elle avait vu des lambeaux de chair humaine accrochés à la paroi, reste de fusillés. Elle avait eu envie de vomir, mais elle ne pensait qu’à la balle qui allait l’atteindre. Elle n’a pas dit dans quelles circonstances ils l’avaient libérée, mais elle est complètement brisée. On raconte qu’ils l’ont violée tour à tour une semaine entière ».

« Comme tu vois, nos maisons sont construites sans permis, collées les unes aux autres, et la plupart d’entre nous sont des déplacés venus du plateau du Golan. Quand nous avons quitté le Golan, j’étais petite. Je me souviens que ma mère avait dit qu’il ne fallait pas trop s’éloigner, que nous reviendrions vite à notre village. Il y avait ici dans notre quartier des alaouites de la côte, mais ils se sont tous enfuis quand l’Armée libre a annoncé qu’elle allait libérer la région. Les jeunes de l’Armée libre ont fait des trous dans les murs pour faciliter la fuite de maison en maison en cas d’attaque de l’armée. Quand les agents de sécurité ont vu ça, ils se sont mis dans une colère folle. Ils ont entrepris de casser les murs de toutes les maisons qui ne l’avaient pas déjà été… »

« Regarde la cuisine.. Quand ils ont voulu y entrer, il n’ont pas utilisé la porte, mais ils ont fait un trou dans le mur ! » En riant, Oum Yahya me montre le trou dans le mur de la cuisine, qu’elle a recouvert d’un tissu.

« Mais ils ne sont pas tous mauvais dans l’armée. Une fois je marchais, j’allais chez les voisins, et je suis passée à côté d’un soldat. Il m’a dit : « Hajjti, marche plus près du mur, faudrait pas qu’ils te tirent dessus… » Imagine-toi ! Il vient avec l’armée pour tuer mes enfants, et malgré cela, quand personne ne le voit, il me montre qu’il s’inquiète pour moi ».

« Il y aussi l’histoire de mon voisin. Ils sont entrés chez lui pour fouiller la maison. Un soldat lui a demandé : « S’il te plait, est-ce que je peux appeler ma femme de ton portable, juste deux minutes ? Elle devait accoucher il y a deux jours, et je voudrais prendre de ses nouvelles ». Notre voisin lui a donné son téléphone. Le jeune homme s’est mis dans un coin pour appeler en cachette, puis il est revenu en souriant : « J’ai eu un garçon ». « S’il te plaît, ne dis pas aux autres que j’ai appelé de ton téléphone ! » « Eh bien, prends le portable et parle autant que tu veux ! » a dit le voisin. « Non ! Reprends-le ! S’ils apprennent ça ils vont me pendre ! »

Les histoires d’Oum Yahya n’ont pas de fin. Mais je n’ai pas le temps d’en dire plus aujourd’hui. Je te raconterai d’autres histoires venues de la même ville dans une prochaine lettre.

« Mère du martyr, nous sommes tes enfants »

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Gaza: première visite de famille en prison


En mai Fatma Abu Khatlah a emmené ses deux fils voir leur père dans une prison israélienne. Pour le petit Mohanned c’était la première fois qu’il allait voir son père, détenu depuis 2008 et condamné à une peine de 9 ans et demie de prison.
Le programme de visites familiales organisé par le CICR pour les détenus palestiniens depuis 1967, a été suspendu pour les habitants de Gaza en 2007 et a repris en juillet 2012. Au début, seuls les conjoints et les parents avaient le droit de rendre visite à leurs proches, mais depuis mai 2013 les enfants de moins de 8 ans sont aussi autorisés à rendre visite à leurs pères.

Les visites des familles sont émotionnellement essentielles pour les détenus et leurs familles. En 2012, le CICR a facilité la visite à des proches détenus dans des établissements israéliens de plus de 110 000 membres de leurs familles.

GRÂCE : une lettre d’Ali Aarrass


Posted on juillet 4, 2013 | No comments

Farida Aarrass at Belgian embassy LondonGRÂCE !

 

La libération des détenus serait une décision plein de sagesse, dont les plus heureux seraient les épouses et les enfants. Heureux de voir leur père enfin rentrer à la maison, ce serait une bonne nouvelle. Espérons la libération des détenus politiques.

 

Un Etat digne et vraiment démocratique ne devrait avoir aucun détenu d’opinion derrière les barreaux. Il faudrait qu’ils libèrent ceux qui sont encore en prison afin d’engager les réformes en toute sérénité.

 

Pour ce qui me concerne, je refuse la grâce vu que celle-ci n’intervient qu’après l’accomplissement d’un crime, hors je n’en ai commis aucun !

 

La libération de ces détenus montrerait, que le plat de résistance de la réforme promise par le roi, est justement la réforme de la justice.

 

Au Maroc, il y a des gens en prison qui ne devraient pas y être, et d’autres en liberté qui devraient être en prison.

Je ne me suis jamais intéressé à la politique, mais il m’arrive de lire des choses qui me font sauter au plafond !

 

Aujourd’hui les faits ont prouvé que les vrais obscurantistes sont quelques responsables des services secrets et sécurité de l’Etat, qui commettent des crimes odieux indicibles. S’il y a des réels extrémistes qui constituent un danger pour la sécurité et la transition démocratique, ce sont justement ces sécuritaires hors la loi. Ceux qui commettent ces crimes barbares et dégradants, pour la dignité de l’homme et contraire à toute éthique, méritent d’être trainés en justice !

 

En ce qui concerne la presse et sa fonction, en tant que quatrième pouvoir, et celle des associations civiles, c’est de défendre la dignité humaine, les libertés et la vérité. Par conséquent, la société civile et la presse devraient défendre sans condition les victimes de ce terrible bagne et réclamer ensemble justice, contre ceux qui m’ont enlevé, torturé et injustement condamné.

Le meilleur moyen d’éviter de tomber dans le déni de la transition démocratique est bien sur de rompre avec les comportements inquisiteurs et les méthodes barbares.

 

« Mon emprisonnement, est le prix que je paie pour que la Belgique devienne un état de droit »

 

Ali Aarrass

Égypte : L’armée suspend la Constitution, démet Mohamed Morsi


LE CAIRE (Reuters) – L’armée a repris mercredi la place qu’elle a longtemps occupée au centre du jeu politique en Egypte, annonçant la mise à l’écart du président Mohamed Morsi et la suspension temporaire de la Constitution afin de trouver une solution à la crise que traverse le pays.

 

L’annonce de ces mesures d’exception a été faite à la télévision nationale par le général Abdel Fatah al Sissi, chef de l’état-major, à l’issue d’une rencontre avec les dirigeants de l’opposition et des communautés religieuses ainsi qu’avec les représentants des mouvements de jeunesse.

 

Ces décisions mettent fin à une année d’exercice du pouvoir par les Frères musulmans et ouvrent une période de transition politique qui doit conduire à de nouvelles élections présidentielle et parlementaires dans un délai restreint.

 

L’armée, qui se tenait en retrait des coulisses du pouvoir depuis quelques mois, a démontré qu’elle demeurait un acteur institutionnel majeur lors de cette journée à rebondissements.

 

Les militaires avaient donné au chef de l’Etat jusqu’à 17h00 pour répondre aux attentes des centaines de milliers de manifestants réclamant son départ depuis plusieurs jours.

 

A l’expiration de ce délai, et alors qu’aucun accord n’avait été trouvé, les choses se sont accélérées.

 

L’armée a d’abord pris position dans plusieurs lieux stratégiques du Caire, près du palais présidentiel et devant le siège de la télévision nationale.

 

Elle a ensuite apporté son soutien à la « feuille de route » mise au point par l’opposition, les dignitaires religieux et les organisations de la jeunesse.

 

Enfin, forte de l’appui d’une large partie de la population, elle a informé Mohamed Morsi qu’il n’était plus président de l’Egypte, un an après avoir été démocratiquement élu.

RÉVISER LA CONSTITUTION

Dans son allocution télévisée, Abdel Fatah al Sissi a précisé que le président de la Haute cour constitutionnelle allait devenir chef de l’Etat par intérim en remplacement de Mohamed Morsi. La prestation de serment est attendue jeudi.

Il reviendra au nouveau président, doté du pouvoir de gouverner par décrets, de désigner un gouvernement de technocrates pendant la période de transition.

Au cours de cette période, une commission sera chargée de réviser la Constitution, a ajouté le général Al Sissi.

Par ailleurs, le militaire a annoncé la création d’un comité de réconciliation nationale incluant les mouvements de la jeunesse, en pointe dans la contestation contre Mohamed Morsi.

Ces dispositions ont été approuvées par les dirigeants religieux, le grand cheikh de la mosquée Al Azhar et le patriarche de l’Eglise copte, Théodore II, ainsi que par le chef de file de l’opposition Mohamed ElBaradeï.

Ce dernier est lui aussi intervenu à la télévision pour appeler de ses voeux une élection présidentielle anticipée. Selon lui, la révolution du Nil qui avait été confisquée par les Frères musulmans dont était issu Mohamed Morsi a été relancée par les militaires.

Le calendrier des prochaines échéances électorales sera déterminé par le gouvernement intérimaire, a indiqué un porte-parole de l’armée.

Le parti Nour, deuxième formation islamiste d’Egypte, a annoncé qu’il soutenait la feuille de route afin d’éviter un conflit au pays.

LIESSE SUR LA PLACE TAHRIR

L’annonce d’Abdel Fatah al Sissi a été accueillie par des cris de joie et des scènes de liesse sur la place Tahrir au Caire où se rassemblaient les anti-Morsi. « Le peuple et l’armée sont unis comme les doigts de la main », chantaient les manifestants.

« Nous avions chassé un dictateur, nous en avons chassé un deuxième. Nous recommencerons si cela est nécessaire. Nous avons de l’expérience maintenant », expliquait un manifestant installé dans un café près de la place Tahrir.

De son côté, Mohamed Morsi a dénoncé sur son compte Facebook un « coup d’Etat militaire » et ses partisans, réunis dans la banlieue du Caire, ont réagi avec colère, certains arrachant des pavés et dénonçant les annonces d’Al Sissi comme « nulles ».

Pro et anti-Morsi se sont affrontés à Alexandrie dans la soirée où des coups de feu ont été entendus, selon des témoins.

Un responsable de la police locale a indiqué que des renforts avaient été appelés et que les forces de l’ordre contrôlaient la situation.

Des heurts entre les deux camps auraient fait quatre morts à Marsa Matrouh dans le nord du pays où se sont déployées des forces de sécurité, a indiqué le gouverneur de la région.

Par ailleurs, la chaîne de télévision Egypt25 des Frères musulmans a été suspendue de diffusion et ses dirigeants ont été arrêtés, a rapporté l’agence de presse Mena.

Mohamed Morsi se trouvait, lui, dans une caserne de la Garde républicaine sans que l’on sache s’il était détenu ou restait libre de ses mouvements.

Selon des témoins, les soldats ont dressé des barrières et ont installé des fils de fer barbelés autour de la caserne.

Dans la journée, Mohamed Morsi et de hauts responsables des Frères musulmans s’étaient vu interdire tout déplacement hors d’Egypte.

Dans un message adressé à ses partisans, le chef de l’Etat a appelé à résister pacifiquement « au coup d’Etat militaire » et à ne pas avoir recours à la violence contre les soldats.

Les Etats-Unis se montrent pour l’instant discrets face aux événements en Egypte, ni la Maison blanche, ni le département d’Etat n’ayant fait de commentaire sur le rôle des militaires dans ce basculement politique.

Amr Dalsh et Asma Alshari, Jean-Philippe Lefief et Pierre Sérisier pour le service français

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