Syrie : soutien aux forces vives de la révolution


Une centaine d’écrivains, de journalistes et d’artistes syriens ont publié mercredi 17 juillet 2013 une déclaration dans laquelle ils affirment leur « soutien aux forces vives de la révolution qui militent pour l’instauration d’un régime démocratique, garant des libertés individuelles et collectives et de l’égalité entre tous les citoyens sans aucune forme de discrimination ».

Refusant l’engagement de la Syrie dans les conflits stratégiques et confessionnels entre les puissances régionales, ils considèrent qu’il n’est pas de salut pour la Syrie sans « le départ de Bachar al-Assad et des piliers de son régime, et la dévolution du pouvoir sous l’égide de l’ONU à un gouvernement de transition chargé de réunir les conditions nécessaires à l’élection d’une assemblée constituante ».

Parmi les signataires, on relève les noms de plusieurs figures de l’opposition laïque, comme le philosophe Sadeq al-Azm qui préside l’association des écrivains syriens, la première présidente de la « Déclaration de Damas » Fidaa Haurani, les écrivains Yassine al-Hajj Saleh, Subhi Hadidi et Fayez Sara, les romanciers Rafik Schami, Fawwaz Haddad, Samar Yazbek et Rosa Yassine, les poètes Racha Omran, Hazem Azmeh, Nuri Jarrah et Hala Muhammad, les plasticiens Youssef Abdelké, Assem Al-Bacha et Mounir Chaarani, les cinéastes Haytham Haqqi, Hala Abdallah et Ali Atassi, les comédiens Mayy Skaf, Fares El-Hélou et Darina al-Joundi.

Déclaration

Fidèles aux sacrifices du peuple syrien, à sa longue épreuve, à son courage exemplaire dans la lutte contre la tyrannie et l’arbitraire,
attentifs aux changements en cours sur les plans local, régional et international dont les conséquences seront déterminantes dans les semaines et les mois à venir,
se référant au Pacte national signé au Caire le 3 juillet 2012 par toutes les forces de l’opposition,
les signataires, écrivains, artistes, travailleurs dans les différents secteurs culturels, affirment:

1- Leur totale adhésion aux principes de la révolution populaire déclenchée en mars 2011 et que résument les mots d’ordre de liberté, dignité, justice sociale et unité nationale.

2- Leur soutien aux forces vives de la révolution qui militent pour l’instauration d’un régime démocratique pluraliste, garant de l’indépendance, de la sécurité et de l’intégrité territoriale du pays, ainsi que des libertés individuelles et collectives et de l’égalité entre tous les citoyens sans aucune forme de discrimination.

3- Leur attachement à l’autonomie de décision du peuple syrien et leur refus de toute politique qui engage la Syrie dans les conflits stratégiques et confessionnels entre les puissances régionales.

4- Leur conviction que le régime despotique et corrompu qui sévit en Syrie depuis plus de quarante ans porte l’entière responsabilité de la situation tragique dans laquelle se trouve le pays, et que le salut de la Syrie réside dans le renversement de ce régime.

5- Leur aspiration à une solution pacifique permettant d’arrêter le carnage et de préserver l’unité nationale et l’intégrité territoriale, ce qui implique le départ de Bachar al-Assad et des piliers de son régime, et la dévolution du pouvoir sous l’égide de l’ONU à un gouvernement de transition chargé de réunir les conditions nécessaires à l’élection d’une assemblée constituante dont la mission serait l’adoption d’une constitution démocratique et la supervision d’élections législatives libres et loyales. (lm)

Au 19ème siècle déjà, la réponse cinglante d’un alem marocain à Ibn Abdelwahab


Samedi 13 juillet 2013 à 11h53

Les tentatives wahhabites de s’implanter au Maghreb ne datent pas d’aujourd’hui mais du 19ème siècle. A l’époque, des oulémas marocains leur avaient répondu par des réfutations publiques. Retour sur un épisode méconnu de notre histoire.Au début du 19ème siècle, d’étranges missives, assez nombreuses selon les historiens, furent adressés aux maghrébins et à leurs dirigeants, leur intimant l’ordre de revenir à l’Islam, faute de quoi on allait le leur imposer à la pointe de l’épée.Les Maghrébins d’alors avaient-ils massivement renié leur foi musulmane ? S’abstenaient-ils de prier ou de jeûner ? s’était-ils massivement convertis au bouddhisme ? Rien de tout cela. L’auteur de ces missives menaçantes, Saoud Ibn Abdelaziz, nouveau roi d’Arabie, estimait simplement que leur islam n’était pas assez pur et voulait les convertir au wahhabisme qui est le vrai islam selon lui.L’histoire a gardé la trace de ces missives wahhabites, notamment celles envoyées en Tunisie et au Maroc. Nous n’avons pas de détails au sujet des réactions locales, sauf que des oulémas tunisiens et marocains ont rédigé des réfutations qui ont été rendues publiques et qui ont été transmises à l’auteur, en Arabie.

Des oulémas comme Ahmed Ben Abd Esslam Bennani et Et-Tayeb Benkirane ont envoyé 5 répliques à ces prosélytes d’Arabie. Celles-ci, acerbes et virulentes furent destinées à Saoud Ben Abdelaziz et témoignaient du refus de se soumettre à une «nouvelle forme de l’Islam», de la simplicité de la dernière religion monothéiste, de la clarté de ses textes saints et taxaient la doctrine d’Ibn Abd El Wahhab de procéder à une lecture littéraliste du Coran, de renier l’effort de l’interprétation des textes et d’accuser les musulmans qui s’opposent à leur politique de mécréance (takfir, fondement actuel du wahhabisme).

Le wahhabisme, né à la fin du 18ème puis qui s’est imposé au début du 19è grâce à l’alliance entre le chef militaire Séoud et le prosélyte élève de Ibn Taymiyya, Mohamed Ibn Abelwahab, est une vision puritaine, dure, totalitaire de l’islam. Elle vit la religion comme un ensemble d’interdits.

Dès que les deux alliés ont étendu leur domination sur La Mecque (1803) et Médine (1805), le prosélytisme a commencé, même dans les Lieux saints. Oulémas et pèlerins marocains ont participé à ce processus de contestation en faisant face à la menace du takfirisme wahhabite. Ils ont témoigné, au travers de leurs écrits, des supplices qu’ils ont rencontrés en terre d’Arabie par les fidèles d’Ibn Abelwahab.

Le wahhabisme des origines à nos jours

Le wahhabisme est un courant politico-religieux fondé Au XVIIIe siècle par le théologien Mohammed Ibn Abelwahab. Fixé en 1739 en Arabie, ce hanbalite a fait de cette doctrine un courant littéraliste qui rejette l’exercice de la raison dans la lecture des textes sacrés et le culte des saints. Aussi a-t-il rejeté,tout à la fois, l’adoration des saints, les pratiques et la spiritualité chiites ainsi que tout compromis avec la modernité sociale.

Le théologien trouve, cependant, refuge auprès d’un chef local, nommé Mohammed Al-Saoud, qu’il convertit à ses vues théologiques et politiques. La descendance de ce personnage se fixe comme objectif,  l’établissement d’une théocratie dite sunnite, ce qui revient à bâtir la cité de Dieu décrite par le théologien, et passe de la théorie à la pratique après avoir fondé le royaume d’Arabie Saoudite et fait du wahhabisme, sa doctrine officielle.

Selon les écrits de Mohammed Ibn Abd El-Wahhab, le bon musulman n’est pas celui qui respecte les 5 piliers de sa religion, qui répand le bien autour de lui ou celui qui croit en Dieu et en ses textes saints. Le bon musulman (ou le musulman tout court) est plutôt, un imitateur d’ « Attariqa Assalafiya », appelée par les wahhabis «l’Islam des origines ». Kitab At- Tawhid (le traité de l’unicité divine) du théologien hanbalite devient, alors, l’ouvrage de référence de la théologie wahhabite.

Cette doctrine exige à ses adeptes de se soumettre aux recommandations de leur chef spirituel (Ibn Abelwahab et non le messager de l’Islam). Celui qui n’a pas omis de leur mentionner que la zakat  ne peut être donnée qu’à un pauvre salafi (wahhabi). Aumône qui s’est transformée, au gré des siècles, en financements colossaux, entre extrémistes du même « réseau ».

Depuis la naissance de cette doctrine, les successeurs d’Ibn Abelwahab prétendent être «le groupe sauvé» et que tous ceux qui ne sont pas en accord avec eux sont des égarés. De plus, ils ont imposé leurs principes vidés de toute spiritualité dans la majeure partie de l’Arabie – de la Mecque à Oman – dès le début du dix-neuvième siècle. Mais au début du vingtième siècle, leur influence s’est peu à peu restreinte à la petite république du Nejd dont la capitale est Riyad. C’est cette petite république qui deviendra, par la suite, le royaume d’Arabie saoudite (par fusion du Najd et du Hijaz).

Après la mort d’Ibn Abelwahab, le wahhabisme se replia sur lui-même et ne refera parler de lui qu’en 1902, lorsque El Wahhâb Abd-al-Aziz Ibn Saoud décréta la lutte pour la protection du wahhabisme et contre l’influence turque. Ibn Saoud parvint alors à étendre son influence sur les autres régions de la péninsule arabique. Il s’empara de La Mecque en octobre 1924 et chassa le roi Hussein du royaume du Hijaz, non sans l’appui des Britanniques. Puis il obligea le roi Ali, successeur de Hussayn à céder Jeddah. Abdul Aziz Ibn Saoud se fera couronner roi d’Arabie à la Mecque en 1926.

Nous reprenons en  fac similé, des reproductions des réfutations de Cheikh Et-Tayeb Benkirane aux missives wahabites. Les tentations wahabites continuent jusqu’à nos jours : de Mohamed Ibn Abdelwahab jusqu’aux écoles coraniques salafistes, c’est la même volonté d’imposer une vision fermée, archaïque et totalitaire du monde. Le combat continue.

Bibliographie

«Réfutations maghrébines au wahhabisme», éditions Dar At-Taliâa, Beyrouth, Hamadi Redissi.

 «L’exception islamique», publié aux éditions Seuil en 2004, Hamadi Redissi.

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