Mort d’Ilan Halevi, intellectuel engagé, « 100% juif et 100% arabe »


Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Ilan Halevi lors d’une conférence de presse à Paris en 1983 (M’SADEK/SIPA)

Ilan Halevi, un intellectuel juif engagé au côté des Palestiniens dans l’espoir de favoriser une paix véritable au Proche-Orient, est mort mercredi à Paris, à l’âge de 70 ans, sans avoir réalisé son rêve.

Son décès, suite à des problèmes de santé, a été annoncé par la représentation palestinienne à Paris, et le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, lui a rendu hommage.

Ilan Halevi a longtemps été « le juif de l’OLP », l’Organisation de libération de la Palestine présidée par Yasser Arafat, un choix qui faisait de lui un « traître » pour Israël, une haine tenace qui n’a pas disparu avec le temps.

Né à Lyon en 1943 dans une famille d’origine yéménite, Ilan Halevi a vécu en Israël où il a été membre d’un groupuscule d’extrême gauche antisioniste, avant de rejoindre, dans les années 60, le Fatah, l’organisation de Yasser Arafat, alors considérée comme « terroriste » par Israël. Il appartiendra même au Conseil révolutionnaire du Fatah, la direction du mouvement.

Vice-ministre des Affaires étrangères d’Arafat

Dans les années 80, il est apparu au grand jour sur la scène internationale, nommé représentant de l’OLP auprès de l’Internationale socialiste (IS), prenant la suite du militant palestinien assassiné Issam Sartaoui, abattu lors d’une réunion de l’IS au Portugal en 1983, par des Palestiniens opposés à tout dialogue avec Israël (voir cet article du Monde diplomatique sur l’assassinat de Sartaoui, écrit par Samir Kassir, un journaliste libanais qui sera lui-même assassiné par les Syriens en 2005 à Beyrouth…).

L’Internationale socialiste était à l’époque l’un des canaux privilégiés par Yasser Arafat pour tenter un improbable dialogue avec l’« ennemi sioniste ». Ce dialogue aboutira, une décennie et de nombreux assassinats plus tard, aux accords d’Oslo et à la reconnaissance mutuelle entre Israéliens et Palestiniens d’août 1993.

Pendant cette période dite du processus de paix, Ilan Halevi sera même nommé par Arafat vice-ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, le seul juif à occuper un poste ministériel.

Il était assurément plus crédible, dans ce rôle, que les intégristes juifs du Naturei Karta qu’Arafat avait invités à Gaza lors de son retour de 1993, suite aux accords d’Oslo, et qui étaient une touche folklorique dans cette mise en scène.

Ilan Halevi était un authentique intellectuel, cofondateur de la très respectée Revue d’études palestiniennes, basée à Paris depuis plus d’un quart de siècle, et auteur de plusieurs ouvrages dont « Sous Israël, la Palestine » (Minerve) paru en 1978.


Capture d’écran de JSSNews

Signe que les rancœurs des années de lutte ne sont pas passées, le pas très subtil site pro-israélien francophone JSS News annonçait ainsi sa mort mercredi :

« Le “penseur” juif Ilan Halévi, qui fût longtemps conseiller du terroriste égyptien Yasser Arafat, est mort mercredi. »

La mort d’Ilan Halevi survient alors que le processus de paix auquel il a contribué est dans l’impasse totale, et que les espoirs d’Oslo sont depuis longtemps enterrés.

source

Les Juifs par Pierre Desproges


Ses thèmes favoris

Certains thèmes revenaient de manière fréquente dans ses sketchs : le plaisir sous toutes ses formes (les femmes, la bonne chère, le vin, etc.), mais aussi le cancer, la mort, ou encore le nazisme, l’antisémitisme et autres formes de racismes sont parmi les sujets qu’il aborde régulièrement. Certains éléments narratifs reviennent également, à la manière de gimmicks, dont voici quelques exemples hautement ironiques :

son individualisme viscéral, qui lui fait fuir instinctivement toutes les formes de groupes, qui ne sont pour lui que des lieux où s’exprime la bêtise : « Quand on est plus de quatre, on est une bande de cons, alors a fortiori moins de deux, c’est l’idéal » ;

il prend souvent Dieu à témoin : « Dieu me tripote », « Dieu me turlute », « Einstein, Dieu ait son âme… et moi-même, Dieu lâche la mienne… », le remerciant parfois : « Merci mon Dieu » ;

il parle de Hitler, s’étonnant ironiquement du sentiment général d’antipathie qu’il inspire, parlant alors du « chancelier Hitler », se demandant si ce qui déplaît le plus aux gens chez lui, « c’est le peintre ou l’écrivain »12 ;

de même pour Himmler, à qui il attribue des citations équivoques, comme « Qu’on puisse être juif et allemand, moi, ça me dépasse, il faut choisir son camp »

13, ou, visitant les Pays-Bas, « On ne peut pas être à la fois au four et au moulin »,

ou encore « Mieux vaut entendre ça que d’être juif » ;

il fait référence à la Collaboration comme « l’amitié franco-allemande », disant que c’était « un moyen d’apprendre une jolie langue étrangère à peu de frais » ;

toujours dans cette veine, il s’étonne de la disparition du nazisme, « tombé en désuétude après 1945 »14 ;

il s’en prend aux jeunes, et plus particulièrement « à leurs problèmes de jeunes, quoi » tout en conseillant aux vieux « de mourir sans les déranger » ;

les auditeurs et lecteurs sont malmenés, « sous-doués végétatifs gorgés d’inculture crasse et de Coca-Cola tiède »15,

« drogués de télévision », « bande de légumineuses surgelés du cortex » ;

la Seine-et-Marne — alias le 77 — et Vierzon reviennent souvent ;

l’armée en prend également pour son grade, par exemple lors du réquisitoire contre Jacques Séguéla, où il profite de son temps de parole pour asséner : « En 1939 déjà, tout le monde, en France, savait que le général Gamelin était un con, sauf les militaires. C’est ça, un secret militaire. » ;

l’Académie française, « gérontodrome » où les quarante « papy-la-tremblotte » se réunissent pour que chacun se « déguise périodiquement en guignol vert avec un chapeau à plumes à la con et une épée de panoplie de Zorro », le tout afin de savoir « s’il y a un N ou deux à zigounette »16 ;

Julio Iglesias, Tino Rossi « roucouleur radiophonique » (« le jour de la mort de Tino Rossi, j’ai repris deux fois des moules »), Francis Lalanne et le groupe Indochine font partie de ses têtes de Turc de la musique ;

Yves Montand, dont il raille plusieurs fois dans ses spectacles les prises de position politiques ;

viennent également, en vrac : le Boléro de Ravel, dont il ne connaît jamais l’auteur (« Mozart était tellement précoce, qu’à huit ans et demi, il avait déjà composé le Boléro de Ravel… ! »;

la paroisse Saint-Honoré-d’Eylau, représentative du catholicisme bourgeois ;

la « Tata Rodriguez » et ses « improbables préparations à base de morue, envoyées par paquets fado » à Luis Rego ;

la Troisième Guerre mondiale imminente ;

son amour des femmes (« plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien ; plus je connais les femmes, moins j’aime ma chienne »),

qui n’a d’égal que son amour des bons vins de Saint-Émilion, dont le Figeac 71 ;

sa haine du sport en général et du football en particulier, notamment du duel Saint-Étienne-Sochaux.

source notes

Guantanamo : Israël exporte son savoir-faire pour « gérer » la grève de la faim


Publié le 10 juillet 2013.

Depuis février dernier, une grève de la faim a cours à Guantanamo pour protester contre les détentions illimitées et contre les conditions d’incarcération. Ce sont aujourd’hui plus de 100 prisonniers qui refusent de s’alimenter, parmi lesquels 45 sont nourris de force, au mépris de toutes les conventions internationales et des lois états-uniennes elles-mêmes. La pression monte aux États-Unis pour exiger que cette pratique cesse, comme l’illustre la spectaculaire initiative du rappeur Mos Def (alias Yasiin Bey) qui a rendu publique une vidéo dans laquelle il « expérimente » l’alimentation forcée que subissent les prisonniers de Guantanamo. L’administration US, qui apparaît comme étant de plus en plus incapable de faire face aux développements de la grève de la faim des détenus incarcérés à Cuba, a décidé de faire appel à des spécialistes de la question : des médecins israéliens.

C’est le quotidien israélien Haaretz qui a révélé l’information le 8 juillet. Dans un article de Dan Even (« Israeli doctors to give Washington tips on dealing with hunger strikers »), on apprend en effet que

des représentants de l’Association Médicale Israélienne [AMI] ont été invités aux États-Unis pour présenter à des décideurs politiques leur méthodes de traitement des grévistes de la faim, alors que l’administration US est sous la feu de la critique en raison de son recours à l’alimentation forcée de détenus de Guantanamo qui refusent de se nourrir.

L’alimentation forcée des grévistes de la faim est proscrite en Israël, même si

le Ministère de la Santé a publié de nouvelles directives [lors du dernier mouvement de grève des prisonniers palestiniens en avril 2013] s’appliquant lorsque la grève dure depuis plus de 28 jours. Les directives autorisent [également] l’hospitalisation forcée des prisonniers qui n’ont pas mangé depuis moins de 28 jours au cas où leur vie serait en danger. Des responsables de l’AMI ont alors déclaré que l’organisation estimait que « l’hospitalisation de prisonniers (…) ne devait être ordonnée que sur la base de critères médicaux ».

Les États-Unis ont donc, semble-t-il, décidé de faire appel à l’expertise israélienne pour trouver une alternative à l’alimentation forcée, à la veille d’un mois de Ramadan qui promet de susciter de nouvelles tensions. La requête de quatre détenus, qui demandaient que cesse leur alimentation forcée, a en effet été rejetée ce lundi par une juge états-unienne :

Quatre détenus de la prison ont demandé devant un tribunal fédéral de Washington l’arrêt de l’alimentation forcée pour les grévistes de la faim.

La motion dans laquelle ces quatre prisonniers – Ahmed Belbacha, Shaker Aamer, Abu Wa’el Dhiab et Nabil Hadjarab – demandent l’arrêt de cette pratique qu’ils assimilent à de la « torture », a été déposée fin juin par l’organisation Reprieve, qui les représente, et leur co-défenseur Jon Eisenberg.

La juge Kessler a précisé que Dhiab avait cherché à obtenir une procédure accélérée, craignant que l’alimentation forcée durant la journée ne vienne interférer avec son jeûne durant le mois du Ramadan.

Comme le remarque Adam Horowitz sur le site Mondoweiss, « il s’agit là d’un exemple parfait pour illustrer la collaboration entre Israël et les États-Unis dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » ». La participation des médecins israéliens à la gestion de la crise de Guantanamo est en effet au-delà du cynisme, puisqu’il ne s’agit en aucun cas de trouver une solution pour satisfaire les revendications des prisonniers, mais bel et bien d’aider l’administration US à ne pas répondre à ces revendications tout en maintenant les prisonniers en vie et en sauvant les apparences « éthiques ».Or, la seule véritable solution réellement éthique est, évidemment, la fermeture de Guantanamo et la libération de l’ensemble des détenus arbitrairement emprisonnés, depuis plus de 11 ans pour certains d’entre eux. Mais on doute fort que les médecins israéliens, qui affirment se rendre aux États-Unis pour y prodiguer leurs bons conseils, tentent d’imposer ce point de vue.

Toutefois, ainsi que l’a relevé Michael Omer-Man de +972 Magazine,

l’ironie de cette situation, où les Israéliens apprennent aux Américains comment traiter éthiquement des prisonniers en grève de la faim, réside dans le fait que ces dernières années, bien qu’Israël ait réussi à maintenir en vie des grévistes de la faim de longue durée en respectant dans la plupart des cas leur volonté de refuser toute nourriture, les grèves de la faim ont été, finalement, victorieuses. (…)

Les médecins israéliens qui se rendent aux États-Unis réussiront peut-être en partie à apprendre à leurs homologues américains comment garder en vie des prisonniers en grève de la faim tout en respectant leur autonomie médicale. Mais ils ne seront pas capables de leur apprendre à briser l’esprit de ceux qui entendent se battre pour leurs droits avec les seuls moyens dont ils disposent.

http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/p/depuis-fevrier-dernier-une-greve-de-la.html

Syrie: un chef rebelle tué par des islamistes pro Al-Qaïda


Les combattants d'un groupe affilié à Al-Qaïda ont tué le chef d'un bataillon rebelle de l'Armée syrienne libre (ASL) dans la région de Lattaquié (nord-ouest), rapporte vendredi une ONG syrienne.<br /><br /> (c) Afp

 

Ce genre d’incidents s’est multiplié récemment en Syrie, témoignant d’une montée des tensions entre l’ASL, principale formation de la rébellion syrienne, et les groupes affiliés au réseau Al-Qaïda, formés en majorité de jihadistes non syriens.

Kamal Hamami, connu sous son nom de guerre d’Abou Bassir al-Jeblaoui a été tué jeudi par des tirs de combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), un des deux principaux groupes jihadistes avec le Front Al-Nosra, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

L’incident s’est produit lorsque des combattants de l’EIIL ont tenté de détruire un barrage de l’ASL dans la région de Jabal el-Turkmen, au nord de la ville de Lattaquié.

« Des rebelles de l’ASL ont alors tiré en l’air et par la suite, un combattant de l’EIIL a abattu Abou Bassir et blessé deux autres membres de son bataillon », indique l’OSDH qui se base sur un large réseau de militants et de sources médicales et militaires à travers la Syrie.

Quelques jours auparavant, un chef de brigade avait été décapité par l’EIIL dans la province d’Idleb (nord-ouest) selon l’OSDH. Dans cette même région, des dizaines de rebelles de l’ASL avaient été tués dans une bataille contre des islamistes pro Al-Qaïda, d’après cette ONG.

Pratique extrême de l’islam

Jeudi, à Raqqa, dans le nord-est du pays, l’EILL a libéré un autre chef de brigade, cheikh Jassem el-Awwad, après l’avoir détenu pendant 25 jours dans ses centres de détention avec neuf militants anti-régime, d’après l’OSDH.

L’EIIL est accusé en outre de détenir des dizaines de prisonniers et prisonnières à Raqqa, seule capitale provinciale entre les mains des rebelles.

Au début de la révolte en Syrie, les insurgés syriens qui cherchaient désespérément de l’aide face à la puissance de feu de l’armée régulière avaient accueilli à bras ouverts les jihadistes, dotés d’armes sophistiquées et aguerris au combat.

Mais cet engouement a laissé progressivement la place au rejet en raison de leur pratique extrême de l’islam et d’arrestations arbitraires.

Début juin, l’exécution d’un garçon de 15 ans par des combattants de l’EIIL à Alep dans le nord du pays, tué pour avoir prononcé ironiquement le nom de Mahomet, avait particulièrement choqué.

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Près de 40 morts dans un attentat suicide dans le nord de l’Irak


anniebannie : Qui pense encore à l’Irak ?

Le Monde.fr avec AFP | 12.07.2013 à 23h39

A Mouqdadiya, au nord-est de la capitale, un policier à la retraite a été assassiné devant chez lui par un groupe armé.

Au moins 38 personnes ont été tuées vendredi 12 juillet dans un attentat suicide contre un café à Kirkouk, dans le nord de l’Irak, a-t-on appris auprès du médecin de la morgue. L’explosion, qui a également fait 25 blessés, a été perpétré par un kamikaze portant une ceinture d’explosifs, dans le quartier de Wahd Hozeran, au moment de la rupture du jeûne du ramadan.

Des centaines de personnes se sont précipités à la morgue à la recherche de parents disparus, tandis que les forces de sécurité bouclaient les rues de la ville, a indiqué le docteur responsable de la morgue principale de Kirkouk, à 240 kilomètres au nord de Bagdad. L’attentat porte à plus de 260 le nombre de personnes tuées dans des actes de violence en Irak depuis le début du mois, selon un bilan établi par l’AFP.

Plus tôt ans dans la journée, neuf personnesavaient été tués dans des attaques visant principalement les forces de sécurité, au lendemain d’une série de violences qui ont fait 56 morts. Le général Sabri Abed Issa se rendait dans une mosquée d’un village non loin de Charqat, au nord-ouest de Bagdad, lorsqu’il est tombé dans une embuscade, selon la police et un médecin légiste. A Mouqdadiya, au nord-est de la capitale, un policier à la retraite a été assassiné devant chez lui par un groupe armé. Toujours au nord de Bagdad, un membre des milices anti-Al-Qaida a été tué par une bombe près de Bakouba.

A Mossoul, dans le nord du pays, un kamikaze a tué quatre policiers et en a blessé deux en faisant sauter à un barrage la voiture piégée qu’il conduisait. Un autre policier a été tué par l’explosion d’un engin piégé sur une route au sud de Mossoul, tandis qu’un civil est mort en ville dans l’explosion de sa voiture sur laquelle une bombe avait été fixée.

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Lynx, une femme hors du temps…



Depuis une vingtaine d’années, Lynx, une femme de 45 ans, s’est détournée de la civilisation moderne et vit dans les forêts du nord-ouest des États-Unis. Passée maître dans les techniques de survie, elle transmet son savoir à un groupe d’élèves. Elle les invite à se débarrasser du tissu, du plastique ou du métal, pour les remplacer par cuir, bois, silex, qu’elle leur apprend à façonner eux-mêmes. Ce voyage dans le temps se révèle difficile, et plus de la moitié des participants abandonnent en cours de route, pour des raisons tant physiques que psychologiques. Venus d’horizons professionnels, sociaux et géographiques différents, dix de ses apprentis sont suivis pour comprendre leurs motivations.

En Syrie, des salafistes en recul


LE MONDE | 11.07.2013 à 12h35 • Mis à jour le 11.07.2013 à 14h40 | Thomas Pierret (Maître de conférence à l’université d’Edimbourg)

Un rebelle syrien, dans le sud de la Syrie.

 Jadis réduits à la quasi-clandestinité par la répression, les salafistes syriens comptent aujourd’hui parmi les forces les plus influentes de la rébellion. Si leur représentation au sein de la Coalition Nationale se réduit pour l’essentiel à la figure de Riyad Hassan, « ambassadeur » en Libye, leur influence au sein de l’insurrection est incomparablement plus grande. Outre la frange la plus radicale représentée par le Front Al-Nusra, le salafisme inspire dans une grand mesure les deux principales coalitions insurgées : le Front islamique de libération de la Syrie, rattaché à l’Armée syrienne libre (ASL), et le Front islamique Syrien, indépendant de cette dernière.

Lire le débat : « L’islam politique est-il dans l’impasse ? »

Certains observateurs voient dans ce phénomène le résultat inévitable d’une radicalisation idéologique alimentée par la violence du régime et la polarisation confessionnelle entre sunnites et alaouites. D’autres mettent en exergue l’influence des États-parrains de l’insurrection, et en particulier de l’Arabie Saoudite et du Qatar. Ces deux analyses sont incomplètes, car l’influence acquise par les factions salafistes en Syrie est en réalité la conséquence d’un contexte propre aux premiers mois de l’insurrection. Or, il semble aujourd’hui toucher à sa fin. Les salafistes ne vont pas être mis hors-jeu mais leur poids parmi les rebelles risque de diminuer ; un renforcement des éléments les plus pragmatiques au détriment des plus aventureux paraît probable.

La force relative des factions salafistes est en réalité le produit de l’abondance des financements privés grâce aux donateurs du Golfe. Certains des premiers officiers déserteurs se laissent ainsi pousser la barbe, sous la pression de concurrents civils d’orientation salafiste. Ces derniers sont plus à même de capter l’aide des réseaux du Golfe, notamment grâce à Muhammad Surur Zayn Al-Abidin, expatrié syrien établi en Jordanie, très influent dans la péninsule et auquel le Front islamique de libération de la Syrie doit vraisemblablement une bonne partie de ses ressources.

Le Koweït, État faible et relativement libéral, joue également un rôle crucial dans la collecte de dons provenant des citoyens de l’émirat mais également de l’Arabie Saoudite voisine. Souhaitant contrôler l’aide aux rebelles syriens, les autorités de Riyad ont en effet interdit toute initiative privée dans ce domaine. Alors que les Frères Musulmans koweïtiens et les salafistes quiétistes concentrent leurs efforts sur l’action humanitaire, des figures appartenant à l’aile politisée du salafisme local s’affirment comme les chevilles ouvrières du soutien financier à l’insurrection syrienne : le député Walid Al-Tabtaba’i, le téléprédicateur Hajjaj Al-Ajami ou encore l’idéologue du parti de l’Oumma Hakim Al-Mutayri, salafiste « libéral » farouchement anti-impérialiste.

Lire l’édito :  « L’islamisme n’est pas un projet de gouvernement »

Fin 2012, l’ascension du salafisme semble irrésistible, les rebelles leur doivent alors la plupart des victoires remportées. C’est pourtant à ce moment-là que la situation commence à basculer. Dans la province de Deraa, au sud, les renseignements jordaniens transfèrent aux insurgés des armes croates achetées par l’Arabie Saoudite. Or, Riyad et Amman se méfiant des mouvements islamistes, ces armes sont livrées en priorité aux officiers déserteurs se réclamant de l’ASL du général Salim Idriss et donc à la frange la moins islamiste de la rébellion.

La même politique sera ultérieurement étendue dans le reste du pays au bénéfice de groupes étiquetés ASL comme les Maghawir, Shuhada Suriyya, Ahfad Al-Rasul ou encore les brigades Nur Al-Din Zanki. Le cas de ce dernier groupe illustre bien l’impact de l’aide étatique. Si à l’origine, il s’agissait d’une branche du mouvement salafiste radical Al-Fajr, il représente aujourd’hui à Alep le Front de l’authenticité et du développement, une coalition islamo-nationaliste pro-saoudienne. Ces groupes ont récemment reçu de Riyad de nouveaux missiles antichars chinois qui leur ont permis de repousser une offensive lancée par le régime dans l’ouest d’Alep.

Le Qatar joue il est vrai une partition différente puisqu’il aurait dernièrement livré des missiles provenant de Libye aux salafistes de Suqur Al-Cham et Ahrar Al-Cham. Toutefois, le soutien de Doha ainsi que la crainte de finir un jour sur les listes antiterroristes américaines encouragent ces factions au pragmatisme. Issu de la mouvance jihadiste transnationale, Ahrar al-Cham s’est efforcé de mettre en avant la dimension strictement syrienne de son recours à la lutte armée. Quant au leader de Suqur al-Cham Ahmad al-Cheikh, il affirmait récemment sur Al Jazeera qu’il revenait au « peuple syrien » de décider de l’avenir de ses relations avec Israël.

Ces développements surviennent à un moment où les groupes salafistes font face à de nouvelles difficultés. La principale est indubitablement la division du Front al-Nusra entre ceux qui souhaitent continuer à opérer en tant qu’organisation syrienne et les partisans d’une fusion avec l’État Islamique d’Irak, désormais renommé  » État Islamique d’Irak et du Levant « . À Raqqa, une ville libérée où les salafistes sont particulièrement forts en raison d’alliances passées avec certaines tribus locales, les plaintes de la population auraient contraint les factions concernées à limiter leurs interférences dans la vie quotidienne des habitants.

Tout ceci permet d’entrevoir un avenir où, plutôt que d’être phagocytée par les plus radicaux, l’insurrection syrienne se diviserait de manière croissante, mais pas nécessairement conflictuelle, entre d’une part une aile islamo-nationaliste dominée par les officiers déserteurs et renforcée par l’aide logistique saoudienne, et d’autre part une aile salafiste poussée au pragmatisme par l’influence combinée des partenaires internationaux et des résistances civiles.

Lire le débat : « L’islam politique est-il dans l’impasse ? », avec les contributions de Philippe d’Iribarne (Directeur de recherche au CNRS), Cengiz Aktar (Politologue à l’université de Bahçsehir), Olivier Roy (Politologue, spécialiste de l’islam), Ahmad Salamatian (Ancien vice-ministre des affaires étrangères iranien et ancien député d’Ispahan), Samir Amghar (Chercheur associé à l’Observatoire du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord), et Thomas Pierret (Maître de conférence à l’université d’Edimbourg).

Thomas Pierret (Maître de conférence à l’université d’Edimbourg)

Syrie : les jihadistes coupés du peuple à cause de leurs abus


jeudi 11 juillet 2013, par La Rédaction

Au début de la révolte en Syrie, quand les insurgés cherchaient désespérément de l’aide, ils avaient accueilli les jihadistes à bras ouverts. Mais à force d’abus, ces derniers se sont aliénés une grande partie de la population.

« Dehors ! L’État [islamique en Irak et au Levant] doit dégager, » scandaient des manifestants cette semaine à Manbij, dans le nord, exprimant leur exaspération envers cette organisation affiliée à Al-Qaïda.
De nombreuses vidéos montrent que de plus en plus de civils et de rebelles appartenant à l’Armée syrienne libre (ASL), principale organisation de l’opposition armée, se retournent contre les factions islamistes les plus radicales.

Les insurgés qui cherchent depuis plus de deux ans à renverser le président Bachar al-Assad sont composés d’unités disparates, dont beaucoup adhèrent à divers courants islamistes sans toutefois se reconnaître dans les plus extrémistes.

Les deux principales formations jihadistes en Syrie sont le Front al-Nosra et l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui ont prêté allégeance au chef d’Al-Qaïda.
Il existe aussi une multitude de groupuscules jihadistes, composés exclusivement de combattants étrangers.

L’ASL, reconnue par une partie de la communauté internationale, reçoit des armes et de l’argent principalement des pays du Golfe, tandis que les jihadistes vivent de dons de riches familles arabes.
Dotés d’armes sophistiquées, aguerris au combat, ils ont acquis une influence qui dépasse leur nombre en remportant des victoires contre le régime.
Mais l’engouement du début a laissé progressivement la place au rejet en raison de la forme extrême de leur islam et d’arrestations arbitraires.
Ils répètent les mêmes erreurs qu’en Irak où, après la prise de pouvoir par les chiites dans le sillage de l’invasion américaine en 2003, les sunnites avaient reçus les jihadistes avec enthousiasme avant de les chasser à cause de leurs abus.

A Rakka, seule capitale provinciale aux mains des rebelles, les deux groupes affiliés à Al-Qaïda sont accusés de détenir des dizaines de prisonniers.
« Ils prétendent être de vrais musulmans mais les membres d’Al-Nosra détiennent mon père depuis un mois » sans jugement, pleure une fillette lors d’une manifestation dont des images ont été mises en ligne par des militants anti-régime. « Je veux qu’ils le libèrent ».
« Nous sommes musulmans. Vous êtes des imposteurs, » crie une manifestante dans une autre vidéo, demandant la libération des détenus. Les contestataires de la ville dénoncent aussi la disparition d’un opposant de la première heure et militant des droits de l’Homme, Abdallah al-Khalil.
« Il s’apprêtait à organiser des élections générales à Raqqa mais Al-Nosra était contre. Il a disparu le lendemain », raconte à l’AFP un militant, qui préfère rester anonyme par peur de représailles.
« Bien que leurs méthodes ne soient pas les mêmes que celles du régime, ils sont tout aussi brutaux ». « A mesure qu’ils deviennent plus puissants militairement, ils restreignent les libertés. Ils veulent le pouvoir, pas la démocratie », maugrée-t-il.

Dans la province d’Idleb, frontalière avec la Turquie, par où ont transité nombre de jihadistes étrangers rejoignant la révolte, des dizaines de rebelles de l’ASL ont été tués dans une bataille contre les groupes affiliés à Al-Qaïda, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui s’appuie sur un réseau de militants et sources médicales.
Les combats ont éclaté après que des rebelles ont protesté contre l’arrestation par les jihadistes d’un garçon de 12 ans accusé de blasphème.

« Nous n’avons pas vu beaucoup de batailles de ce genre, mais il est clair que la colère contre l’EIIL et les autres jihadistes est en train de monter en Syrie », note le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.
Ce cas rappelle l’émoi provoqué par l’exécution d’un garçon de 14 ans par des combattants de l’EIIL à Alep dans le nord du pays, tué pour avoir prononcé ironiquement le nom de Mahomet.
Selon Rami Abdel Rahmane, l’ASL est prête à une nouvelle confrontation avec ses rivaux jihadistes à Idlib, après que l’EILL a demandé à tous les autres groupes de déposer les armes.

Pour Nizar, un militant de Deir Ezzor (est), « le temps est compté pour tous ces groupes (jihadistes). Ils utilisent la violence et la religion pour nous contrôler, et même si beaucoup des gens craignent d’afficher leur désaccord, personne ne veut d’eux. »

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