Yasiin Bey (aka Mos Def) alimenté de force style Guantánamo Bay


Que nos lecteurs sensibles soient avertis : ces images peuvent choquer. A la veille du ramadan, le rappeur Mos Def a voulu mettre un coup de projecteur sur les grévistes de la faim dans la prison américaine de Guantanamo. Le rappeur américain, âgé de 39 ans, a participé dans ce but à une vidéo choc, dans laquelle plusieurs personnes essaient de le gaver de force, comme les détenus qui refusent de s’alimenter.

svp diffusez !

A Julien Clerc


 

julien_clerc1

Monsieur,

 

Il y a quelques années, j’avais été scandalisé par une chanson « Utile » qui disait :

 

« A quoi sert une chanson

Si elle est désarmée? »,

Me disaient des chiliens,

Bras ouverts, poings serrés.

Comme une langue ancienne

Qu´on voudrait massacrer,

Je veux être utile

À vivre et à rêver.

 

Elle était chantée par un certain Julien Clerc, un de vos homonymes sans aucun doute, car votre concert à Tel-Aviv démontre bien que vous n’êtes pas de ce bord-là.

 

C’est avec respect que j’ai suivi votre courageuse résistance aux viles protestations des droitsdel’hommistes étrangers et à ces traîtres d’Israéliens qui vous demandaient de ne pas collaborer avec un Etat qui colonise et oppresse un peuple autochtone, vole les maisons, l’eau et les terres, impose des lois d’apartheid, applique le nettoyage ethnique, l’emploi systématique de la torture, même sur des gosses de 12 ans (Rapport de l’ONU du 20/6/2013)… et autres joyeusetés de ce régime qui se prétend démocratique.

Ces ringards de BDS n’ont rien compris à la noblesse de la croisade, vous oui!

 

J’ai apprécié votre clairvoyance en réservant votre premier et unique interview en Israël à « JSS News », sympathisant bien connu de l’extrême droite française.

Preuve supplémentaire, s’il en fallait, des valeurs que vous défendez.

Je ne peux, de plus, qu’approuver votre belle réplique :  » l’engagement des artistes, c’est d’être consensuels. Ce sont des messages d’amour que les artistes envoient « .

Vous l’avez peut-être vu vous-même, pas de populace arabe à votre concert à Tel Aviv.

Le service d’ordre veillait à la « consensualité ».

 

J’ai admiré votre perspicacité en demandant au HCR de vous couvrir moralement – c’est toujours bon à prendre – et de déclarer avec force que vous ne faites pas de politique, rejoignant ainsi d’autres artistes, tels Astor Piazzola – il faisait de la musique, soutenait Videla et traitait les mères de la place de Mai de vieilles putes – Arno Breker (« Je ne fais pas de politique, je fais de la sculpture »), Drieu de la Rochelle (« je ne fais pas de politique, j’écris des poèmes »), Elia Kazan (« je ne fais pas de politique, je fais des films »)… et quelques autres qui méritent votre accolade fraternelle.

 

Toujours bien informé, vous avez aussi déclaré que « Tous les grands artistes sont venus en Israël et ce n’est pas leur vocation de régler les problèmes ».

Et vous aviez parfaitement raison!

Seuls des individus insignifiants ont refusé de venir nous soutenir, sous prétexte qu’ils ont une conscience : Ken Loach, Bruce Springsteen, Desmond Tutu, Eric Clapton, Jonny Depp, Eduardo Galeano, Bon Jovi, Naomi Klein, Pete Seeger, U2, Dustin Hoffman, Stevie Wonder, Henning Mankel, Gilles Vignault, Vanessa Redgrave, Stephen Hawking, etc.

Comme vous voyez, que des intellectuels et artistes de seconde zone!

 

J’espère que nous pourrons vous applaudir aux prochains meetings de ceux et celles qui comme votre Marine nationale, défendent notre Occident et que vous continuerez à afficher l’image de l’artiste souriant qui ne fait pas de politique… mais a « le cœur à gauche ».

 

Rudi Barnet

 

PS : J’aimais certaines de vos chansons et c’est avec tristesse que j’ai découvert l’homme.

A quoi sert une chanson, Monsieur Clerc, si les actes de l’auteur contredisent ses paroles?

Bon vent !

Egypte: le Premier ministre offre aux Frères musulmans d’entrer au gouvernement


 

– Publié le 09/07/2013 à 23:46

Le nouveau Premier ministre égyptien Hazem Beblawi va offrir aux Frères musulmans des postes au sein du gouvernement de transition qu’il a été chargé mardi de former, six jours après que l’armée eut déposé le président islamiste Mohamed Morsi, a annoncé l’agence de presse officielle Mena citant un porte-parole de la présidence.

« Quelques postes au gouvernement seront offerts au Parti de la Liberté et de la Justice » (PLJ), le bras politique des Frères musulmans, a déclaré ce porte-parole, Ahmed al-Muslimani.

Un temps pressenti pour devenir Premier ministre, le Prix Nobel de la Paix Mohamed ElBaradei, figure de l’opposition laïque, devient, quant à lui, vice-président chargé des relations internationales, a précisé le porte-parole de la présidence.

Ces annonces sont survenues le jour-même où les Frères musulmans enterraient les dizaines de manifestants tués lundi au cours d’un rassemblement en faveur de M. Morsi au Caire. Si les Frères ont appelé au « soulèvement » après ce « massacre », aucun incident n’a été rapporté.

Le nouveau Premier ministre est un économiste de tendance libérale âgé de 76 ans qui a fait une longue carrière dans des institutions égyptiennes et internationales.

Hazem Beblawi a été vice-Premier ministre et ministre des Finances en 2011, pendant la période de transition sous la direction militaire ayant suivi la chute de Hosni Moubarak.

Il aura la lourde tâche de redresser une économie en particulier en proie à la chute du tourisme, à un effondrement des investissements étrangers et à une baisse importante de ses réserves en devises.

Peu après cette nomination, l’armée a mis en garde contre toute perturbation du « délicat et complexe » processus de transition, dans une déclaration publique.

Le choix de M. Beblawi intervient après plusieurs jours de discussions et le retrait du principal parti salafiste, al-Nour -qui avait soutenu le coup de force militaire aux côtés de mouvements majoritairement laïques- en raison des violences ayant fait des dizaines de morts parmi les partisans de M. Morsi au Caire.

Dans une tentative de relance de la transition, le président par intérim, Adly Mansour, a émis dans la nuit de lundi à mardi un communiqué dans lequel est prévue une révision de la Constitution de 2012.

La loi fondamentale amendée devra être validée par référendum avant l’organisation d’élections législatives d’ici au début de 2014.

Mais un haut responsable des Frères musulmans a rejeté cette déclaration de M. Mansour : « Un décret constitutionnel par un homme nommé par des putschistes (…) ramène le pays à la case départ », a commenté Essam al-Erian, sur son compte Facebook.

Le groupe Tamarrod, à l’origine de la contestation contre M. Morsi, a de son côté exprimé des réserves, et déclaré préparer avec des experts une série d’améliorations.

Funérailles sous haute tension

Dans le même temps, des funérailles des victimes de lundi se déroulaient dans le climat d’extrême tension prévalant depuis la destitution par l’armée le 3 juillet du président islamiste, trois jours après des manifestations monstres de l’opposition.

Les violences de lundi matin au cours d’une manifestation en faveur de Mohamed Morsi devant le siège de la Garde républicaine au Caire ont fait au moins 51 morts et 435 blessés, selon les services des urgences.

Les Frères musulmans ont publié une liste avec les noms de leurs 42 partisans tués, tandis que police et armée ont fait état de trois morts dans leurs rangs.

Selon la confrérie, des soldats et des policiers ont ouvert le feu sans aucune raison sur les manifestants. Leur bras politique, le PLJ, a appelé au « soulèvement » et mis en garde contre « l’apparition d’une nouvelle Syrie », une allusion au confit qui ravage ce pays.

L’armée a dit avoir répliqué après une attaque de « terroristes armés ».

« Cela n’était pas une manifestation pacifique », les partisans de M. Morsi ont utilisé « des mitraillettes et des pistolets », a affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Badr Abdelatty.

Le président par intérim a ordonné l’ouverture d’une enquête.

Mardi, une source judiciaire a indiqué à l’AFP que 650 personnes soupçonnées d’avoir voulu entrer de force dans le bâtiment de la Garde républicaine étaient interrogées.

Dès lundi, les autorités avaient décidé de fermer le siège du PLJ au Caire en raison de la découverte « de liquides inflammables, de couteaux et d’armes », selon un haut responsable de sécurité.

Malgré un appel de l’armée à lever les sit-in, des islamistes ont manifesté lundi soir dans plusieurs villes et, mardi matin, des milliers de partisans de M. Morsi étaient encore devant la mosquée Rabaa al-Adawiya, où le rassemblement dure depuis près de deux semaines.

Les pays étrangers ont manifesté leur vive inquiétude après les dernières effusions de sang, les heurts en Egypte ayant fait une centaine de morts en moins d’une semaine.

Mardi, les Etats-Unis, qui avaient exprimé leurs craintes face aux violences, ont toutefois affirmé être « prudemment encouragés » par le calendrier des élections.

L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont pour leur part devenus les premiers pays à apporter une aide financière, à hauteur respectivement de cinq et trois milliards de dollars.

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Tour de France BDS


Plus de 200 femmes, hommes et enfants ont participé à l’extraordinaire BDS Tour qui a traversé 15 villes de France en juillet dernier. Ils ont rencontré à cette occasion des dizaines de milliers de personnes avec lesquelles ils ont communiqué, échangé sur la situation en Palestine, la campagne internationale BDS, et sur le pouvoir insoupçonné de la solidarité qui se moque des barrières que nos gouvernements tentent d’instaurer. Merci pour le sous titrage en anglais de cette vidéo !

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Ils remettent ça cette année

Chroniques de la révolution égyptienne


jeudi 17 novembre 2011, par La Rédaction

Chroniques de la révolution égyptienne
Par Alaa El Aswany
Ed. Actes Sud Sciences humaines
Traduit de l’arabe par : Gilles Gauthier
ISBN 978-2-330-00137-7
prix indicatif : 23,00 euros

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Observateur et acteur très engagé dans les bouleversements dont ses romans faisaient pressentir l’urgence, Alaa El Aswany propose ici, tel un état des lieux, un ensemble de chroniques écrites avant, pendant et après le séisme de la révolution égyptienne, et cet homme si jovial, si compréhensif, si plein d’empathie avec les autres, se montre inflexible, inexorable dès qu’il s’en prend aux forces qui oppriment son pays.

Alaa EL ASWANY
Né en 1957, Alaa El Aswany exerce le métier de dentiste dans le centre du Caire. Son roman L’Immeuble Yacoubian, porté à l’écran par Marwan Hamed et publié en France par Actes Sud (2006, et Babel n° 843), est devenu un phénomène éditorial international. Depuis le 25 janvier 2011, il est l’un des principaux relais de la révolution égyptienne auprès des médias français.Actes Sud a également publié ses romans Chicago (2007 ; Babel n° 941) et J’aurais voulu être égyptien (2009 ; Babel n° 1004), ainsi que son essai Chroniques égyptiennes (2011).

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Alors que les législatives du 28 novembre approchent, le romancier égyptien Alaa El Aswany vient de publier ses « Chroniques de la révolution égyptienne » aux éditions Actes Sud. A coups d’instantanés de la réalité égyptienne, l’auteur sonde les maux de son pays et défend inlassablement la nécessité d’instaurer un régime démocratique.

Alaa El Aswany a le sens du détail. S’emparant d’une anecdote entendue, d’un simple geste révélateur ou d’une rencontre avec une personnalité, ses « Chroniques de la révolution égyptienne », publiées ce mois-ci aux éditions Actes Sud, décryptent les forces qui oppriment son pays. Publiées avant et après la révolution dans la presse nationale, ces 50 chroniques dressent le portrait d’une société meurtrie par les lourdes années du régime Moubarak. « Pauvreté, brutale, oppression sociale, répression, fraude, châtiment des innocents, tout cela a rendu la vie impossible pour des millions d’Égyptiens », déplore-t-il. Mais plus qu’un observateur minutieux, Alaa El Aswany se fait un acteur engagé, pourfendeur inlassable de la démocratie et des libertés, à l’instar du mouvement Kifaya, qu’il a co-fondé en 2004.

Face à l’appareil répressif du régime Moubarak, le plus célèbre des écrivains contemporains égyptiens, auteur du best-seller « L’immeuble Yacoubian », pressent avant l’heure le mouvement qui se prépare. « L’Égypte est maintenant submergée par les grèves et les mouvements de protestation, comme cela n’avait pas eu lieu depuis la Révolution de 1952. Cette contestation sociale généralisée annonce un changement inévitable et n’est pas du tout étrangère à la démocratie », prédit-il. Convaincue de la nécessité de cette vague de révolte, sa plume aiguisée fustige sans relâche les rouages du système, huilé à coups de clientélisme et corruption.

Répondant au slogan des Frères musulmans « l’islam est la solution », l’écrivain conclue chaque chronique de façon implacable : « la démocratie est la solution ».

Dénonçant le délitement de la justice et du système de santé, les incarcérations arbitraires et les tortures sauvages, ou encore les droits des femmes bafoués par la « vague impétueuse de pensée salafiste-wahabite », chacune de ses chroniques est un appel clair à la démocratie et à une vision ouverte et éclairée de l’islam. Répondant au slogan des Frères musulmans « l’islam est la solution », l’écrivain conclut chaque chronique de façon implacable : « la démocratie est la solution ».

En filigrane de cette critique du régime, Alaa El Aswany garde son habituelle humanité à fleur de peau, caractéristique de ses précédents romans. Animé d’une foi inébranlable dans son peuple, l’auteur ne cesse de défendre le potentiel de sa nation, brisée, selon lui, par le régime de Moubarak. « Les gens du peuple ne sont pas comme le prétendent les dirigeants égyptiens, une populace qui ne sait pas où se trouve son intérêt. Ils sont au contraire dotés d’une boussole infaillible qui les guide vers la position juste. (…) il nous faut bien prendre conscience de ce que la chute des intellectuels commence toujours par leur mépris du peuple ». Mais dans ses dernières chroniques, écrites après la chute de Moubarak, l’inquiétude de l’écrivain est perceptible. « La Révolution n’est pas terminée », avertit-il, avant de s’interroger sur la portée du mouvement : « la révolution égyptienne s’est-elle trompée ? ».

Marqué d’une conscience historique dont il ne se défait jamais, Alaa El Aswany perçoit la difficulté de bâtir une Egypte nouvelle, alors que l’ancien régime perdure : « Le problème, c’est que la révolution a fait tombé Moubarak, mais que le régime de Moubarak, lui n’est pas tombé ». Mais malgré les entraves, il ne se départit jamais de l’espoir d’une Egypte libre, espoir nourri par les trois semaines passées sur la place Tahrir aux côtés des manifestants. A l’instar de sa dernière chronique, qui rend hommage au caricaturiste syrien Ali Farazat, dont les mains ont été brisées par des hommes du régime, Alaa El Aswany réaffirme par ses chroniques la détermination et la puissance des plumes arabes, plus fortes que les bâtons de la répression.

( Par Céline Girard )

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Syrie: le régime et l’opposition changent de dirigeants


1|507 08.07 La totalité de l'ex-direction du parti Baas syrien a été écartée à l'exception du président Bachar al-Assad
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08.07 La totalité de l’ex-direction du parti Baas syrien a été écartée à l’exception du président Bachar al-Assad

MONDE | lundi 8 juillet 2013 à 23h07

  • Le président syrien Bachar al-Assad a écarté lundi tous les dirigeants de son parti, le Baas, dont le vice-président critique Farouk al-Chareh, tandis que l’opposition, en situation critique à Homs, a décidé de se séparer de son éphémère Premier ministre.

    « Les membres du commandement national ont été renouvelés« , affirme le parti sur son site, donnant les noms des 16 membres de la nouvelle direction, dont Bachar al-Assad. En revanche, le comité central a écarté le vétéran Farouk al-Chareh, très hostile à l’égard de la politique du chef de l’Etat.

    Le Premier ministre syrien Waël al-Halaqi ainsi que le président du Parlement Jihad Lahham ont fait leur entrée dans ce commandement du parti.

    Farouk al-Chareh, qui s’était prononcé fin 2012 pour une solution négociée de la crise en Syrie, reste vice-président. Il détient ce poste depuis 2006 après avoir été pendant 22 ans le chef de la diplomatie syrienne. Il avait été évoqué pour remplacer Bachar al-Assad en cas de transition négociée.

    « Ce coup de balai s’explique par les nombreuses critiques venues de la base du parti Baas sur les mauvais résultats de la direction avant et durant » le conflit, a affirmé Bassam Abou Abdallah, directeur du Centre de Damas pour les études stratégiques.

    « Elle avait de mauvais résultats et un discours trop rigide. Ce changement complet montre le niveau de mécontentement« , a-t-il ajouté.

    Le Baas, au pouvoir en Syrie depuis le 8 mars 1963, n’est plus officiellement depuis 2012 le parti qui « dirige la société« , mais il reste de fait la formation la plus influente du pays.

    Il s’agit du premier renouvellement de sa direction depuis 2005. A l’époque, la plupart des vétérans avait quitté le commandement, qui comptait 14 membres.

    Dans le même temps, le Premier ministre rebelle syrien Ghassan Hitto a annoncé lundi qu’il démissionnait, sans avoir pu former de gouvernement d’opposition, près de quatre mois après sa nomination lors d’une réunion à Istanbul.

    « Je ne continue pas dans ma tâche de Premier ministre chargé de former un gouvernement intérimaire. Je vais continuer à travailler dans l’intérêt de la révolution pour qu’elle mène à bien tous ses objectifs par tous les moyens possibles« , a-t-il indiqué.

    Dans un communiqué, la Coalition nationale de l’opposition syrienne, principale formation de l’opposition, a accepté la démission de Ghassan Hitto et annoncé qu’elle recevrait « les candidatures pour le poste de Premier ministre dans un délai de dix jours« .

    La démission de Hitto intervient deux jours après la nomination de l’opposant de longue date Ahmad Assi Jarba à la tête de Coalition.

    Jarba est considéré comme proche de l’Arabie saoudite, qui s’était opposée à la candidature de Hitto, soutenu par le Qatar, lors des laborieux débats précédant sa nomination en mars.

    Cette démission survient à un moment critique pour les rebelles. Les troupes syriennes ont gagné du terrain dans le centre de Homs, sous une pluie d’obus au dixième jour de leur offensive pour prendre le contrôle du dernier carré de la ville encore aux mains des insurgés, selon une ONG et des militants.

    Homs, ville symbolique pour la rébellion, est également stratégique car elle contrôle les principales routes d’approvisionnement entre le nord et le sud du pays.

    Akrama, un quartier de Homs tenu par le régime, a lui été touché par un attentat suicide à la voiture piégée faisant cinq morts, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Le quartier d’Akrama est à majorité alaouite, communauté dont est issue Bachar al-Assad.

    Les forces du régime ont pénétré dans plusieurs secteurs de Khaldiyé, quartier du centre de Homs « après de violents bombardements et en utilisant la tactique de la terre brûlée« , selon Abou Hilal, un militant anti-régime résidant dans la Vieille ville aux mains des rebelles, joint par l’AFP via Skype.

    Pour éviter de perdre trop d’hommes, l’armée détruit systématiquement les immeubles à l’artillerie, obligeant les rebelles à reculer.
    AFP source

Où sont les felouls ?


4 juillet 2013

Rentrée en France depuis un an maintenant, j’avais laissé ce blog en jachère. Je lis comme tout un chacun la presse internationale, la presse égyptienne en ligne, ou les courriers de mes amis, sans m’autoriser à publier un avis qui n’est pas très éclairé. Mais en ce lendemain de « 2ème révolution », les analyses de l’événement que j’ai pu lire ou entendre m’ont fait l’effet d’une décharge électrique qui m’a précipitée vers mon clavier. Souvenez-vous ! Les commentateurs qui, en janvier 2011, ne voyaient dans les événements d’Egypte que le spectre de l’islamisme, ceux-là même qui, au lendemain de l’élection de Morsy ne se privaient pas de « on vous l’avait bien dit », ceux qui ont fait recette en vendant des essais plus ou moins fouillés discutant doctement du label de révolution (minoré si on lui ajoute arabe), tous ces commentateurs-là aujourd’hui saluent la deuxième révolution d’Egypte et la destitution de Morsy (sans d’ailleurs se confondre en excuses pour avoir annoncé, il y a deux ans, un long hiver islamiste).

Certes la joie des égyptiens de s’être débarrassés de ce régime est immense. Elle explose sur toutes les videos et dans tous les reportages. Les messages de mes amis sont enthousiastes. Mais tout de même, de ce côté de la Méditerranée, ceux qui sont toujours prompts à donner des leçons de démocratie, comment peuvent-ils nous expliquer qu’il y a de bons coups d’Etat ?

armee

Sur le pont de l’Université hier

Alors que 1500 jeunes en 2011 ont perdu la vie pour arracher un début de démocratie aux griffes d’un pouvoir militaire en place depuis 60 ans, alors que l’armée en a torturé des milliers (souvenez-vous des caves du Musée, des tests de virginité), qu’elle a essayé d’étouffer dans l’oeuf  les organisations telle « Asker kazaboun » (militaires menteurs) qui dénonçaient leurs pratiques, il a fallu une mobilisation sans faille et des centaines de manifestations pour faire accepter le processus démocratique des élections présidentielles et législatives.

Souvenez-vous de la femme au soutien-gorge bleu, des massacres de la rue Mohamed Mahmoud, souvenez-vous du massacre des coptes devant Maspero et des autres épisodes racontés sur ce blog.

L’autre avancée a été de permettre à l’Egypte de faire l’expérience d’un gouvernement par les Frères. Ces derniers, auréolés par plus d’un demi-siècle de résistance, durant lequel bon nombre d’entre eux ont connu la torture et la prison, étaient la seule force organisée. Leur participation à l’avenir du pays était incontournable. Pour faire tomber le masque de leur discours religieux il n’y avait rien de mieux que l’épreuve de la conduite du pays. Et ils ont été d’une incompétence au-delà de toute espérance (peut-être l’armée, propriétaire d’une bonne part de la distribution des carburants a-t-elle légèrement savonné la planche). Le pays a rapidement plongé dans une crise économique terrible, et, cerise sur le gâteau, les Frères ont renoué avec la politique autoritaire dont ils avaient souffert, mettant de plus en plus en cause les libertés individuelles, enfermant des journalistes, poursuivant la pratique de la torture (qui n’a jamais vraiment cessé) et menaçant gravement la liberté d’expression. Des coupures d’eau et d’électricité ont achevé de détériorer la vie des égyptiens qui passaient déjà de longues heures à chercher du diesel pour leur voiture… enfin ceux qui avaient encore un travail et une voiture.

C’est alors que s’est lancé le mouvement « tamarod » (rebellion) au printemps dernier. Qui participe à ce mouvement ? Des jeunes, des milliers de jeunes de toute évidence, ceux qui étaient dans les premiers réseaux de la révolution, ceux du « 6 avril », ceux de « al-Ikhouan kazanoun » (les Frères menteurs) et de tas d’autres mouvements généreux et dynamiques. Du Nord au Sud la pétition demandant le départ de Morsy a circulé comme une traînée de poudre, tant la colère était grande.

Mais qui a fait imprimer la pétition ? Qui a fait le choix que la revendication-phare ne soit plus celle d’élections législatives anticipées, ou d’une autre « constituante »  ? On ne mobilise pas 22 millions de personnes sans qu’il y ait débat sur la stratégie, au moins au niveau des responsables politiques existants. D’ailleurs où sont-t-ils ces responsables et comment se fait-il que, dans une situation économique et sociale aussi désastreuse, ils n’aient aucun programme alternatif à faire entendre ?

Tout se passe comme si on avait soigneusement guidé la colère égyptienne vers cette seule revendication, totalement contradictoire avec la conquête d’un processus démocratique et qui va, au bout du compte, redonner aux Frères de quoi lustrer leur couronne de martyrs alors qu’elle allait tomber aux oubliettes de l’histoire (la chasse aux sorcières a déjà commencé).

Une autre information est absente des analyses éclairées d’aujourd’hui. Des centaines de journées de grève ont eu lieu depuis l’hiver dernier, dans l’industrie textile, dans le delta, dans les faubourgs du Caire pour exiger un salaire minimum, et une loi sur la liberté syndicale qui n’existe toujours pas. L’OIT a classé en juin 2013 l’Egypte sur la liste noire des pays où le droit du travail est bafoué. Jamais l’Egypte n’avaient connu autant de conflits sociaux, et les Frères ont tout fait pour faire taire ce mouvement qui clame toujours le slogan du 25 janvier : « pain, liberté, justice sociale ! ». Mais sont-ils les seuls à vouloir faire taire un mouvement ouvrier qui porte des revendications précises posant de véritables questions politiques ?

Au fait, ils sont où les felouls ? Dans les manifestations anti-Morsy bien sûr.

source

*voir cet article sur les feloul

Quand la peur change de camp


samedi 6 juillet 2013

Lettre aux intellectuels en occident – par Yassin Al Haj Saleh

Lettre parue aujourd’hui dans le quotidien Le Monde

Chers amis

Il y a trois mois, je suis parti en direction de la Ghouta orientale libérée (banlieues et faubourgs de la capitale syrienne) quittant un Damas où la vie était devenue étouffante. Mon départ vers la Ghouta a nécessité plusieurs semaines de préparations afin d’assurer la sécurité de mon déplacement clandestin de la capitale que Bachar Al Assad souhaite préserver comme centre de son règne hérité de son père il y a 13 ans et découpée par des centaines de barrages et de check-points militaires.

La Ghouta orientale est une région habitée aujourd’hui par un million de personnes, sur les deux millions qu’elle comptait avant la révolution. Après avoir été la base de la révolution armée et le point de départ des combattants vers Damas, la Ghouta est complètement encerclée depuis quelques mois. Ce renversement de la situation est dû à l’important soutien militaire et logistique fourni au régime par la Russie, l’Iran et les milices libanaises et iraquiennes fidèles à Téhéran. En outre, je suis témoin du manque cruel d’armes et de munitions du côté des combattants de la révolution, de même que du manque de nourriture. Beaucoup de combattants ne prennent que deux repas par jour. La situation serait pire s’ils n’étaient pas les enfants de la région, défendant leurs maisons et familles.

Les villes et les villages de la Ghouta que j’ai visités durant ces trois derniers mois subissent un bombardement quotidien aveugle, de l’aviation comme de l’artillerie lourde, et chaque jour des personnes sont tuées, dont une majorité de civils. J’ai résidé pendant un mois dans un centre médical de la « protection civile » et j’ai vu tous ceux qui sont morts sous les bombes. Certains étaient déchiquetés, dont des enfants, et parmi les victimes un fœtus de six mois, issu d’une fausse couche de la mère effrayée par les obus qui s’abattaient autour de sa maison. Pas un seul jour durant ce mois, sans que 2 ou 3 personnes ne soient tuées. Un jour le nombre s’éleva à 9, un autre à 28, et puis un troisième à 11. Les chiffres grimpent depuis, et il est rare qu’un jour se passe sans qu’il y ait au moins 6 victimes (dont des enfants). De plus, plusieurs jeunes combattants périssent chaque jour sous la puissance de feu du régime nourrie par le grand soutien de ses alliés…

Toute la Ghouta vit depuis 8 mois sans électricité. Cela a poussé les gens à utiliser des générateurs qui tombent régulièrement en panne et qui consomment de l’essence devenant de plus en plus rare vu le siège imposé par le régime. La conservation par le froid n’est plus possible et les produits de consommation ne sont plus à l’abri de la chaleur suffocante de l’été. Les communications cellulaires comme terrestres sont coupées à leur tour, et ces dernières semaines c’est la farine qui se fait rare. Quatorze jours déjà que nous ne recevons plus de pain. Nous mangeons du bourghol et du riz ou nous achetons parfois des repas chez les quelques restaurants toujours ouverts. Je prends de mon côté deux repas par jour. Ce n’est pas grave pour le moment puisque cela m’a permis de perdre les 10 kg que j’avais pris durant les deux années de sédentarité dans la clandestinité de Damas!

Pour ce qui est de la communication, elle se passe via satellite à l’aide d’équipement internet difficilement acheminé dans la région. Nous communiquons des nouvelles et des informations aux autres syriens et au monde. Cette possibilité est donnée à une proportion infime de la population.

Il y a de cela quelques jours, une roquette est tombée près d’ici, ce qui a interrompu momentanément notre connexion internet. Mais le pire aurait pu arriver si la roquette avait touché notre toit car elle aurait anéanti deux mois de travail pour parachever l’installation du matériel. Or ce pire arrive dans l’absolu à un nombre croissant d’habitants. Ils sont instantanément enterrés par les leurs qui viennent à la hâte par crainte d’un autre bombardement. J’ai été témoin de l’enterrement d’un martyr une heure à peine après son décès sans même que sa femme et ses enfants n’aient pu lui faire leurs adieux. Son corps était mutilé, il en manquait des parties entières, il a donc été décidé par les doyens de la famille que sa femme et ses enfants ne devaient pas garder du défunt cette dernière image.

Nous, moi et certains amis et amies, sommes encore en vie. A damas nous étions menacés d’arrestation et de torture dont l’issue aurait été fatale. Ici nous sommes loin de cette menace, mais pas à l’abri d’une roquette susceptible de nous déchiqueter à tout moment.

Nous partageons ce sort avec tous les habitants Ghouta. Notre sort nous échappe totalement et le pire scénario est toujours possible. A chaque fois que je foule le seuil du lieu où je vis en rentrant de l’extérieur, j’ai le sentiment d’avoir une fois de plus échappé à la mort. Il reste que cette dernière peut brusquement s’inviter par la porte ou la fenêtre.

Aujourd’hui, vendredi 28 juin, trois roquettes se sont abattues près d’ici entre 12H et 12h30 peu avant l’heure de la prière du vendredi pour les musulmans pratiquants. Durant les premiers jours de mon séjour, j’ai été intrigué par le fait que l’appel à la prière du vendredi commençait dès 9h du matin et passait toutes les demi-heures d’une mosquée à l’autre. On m’expliqua plus tard les raisons de cet acte étrange : l’objectif était d’éviter une trop grande concentration de prieurs dans un même lieu, à la même heure, pour ne pas donner au régime une opportunité de faire un grand nombre de victimes. Ce qu’il a fait par le passé, cinq mosquées ont déjà été bombardées et détruites.

Encore plus douloureux à vivre est de voir plus de deux tiers des enfants s’abstenir d’aller à l’école à cause de la peur de leurs parents ou d’absence d’école à proximité. Le peu d’écoles qui fonctionne encore se situe en sous-sol, ce qui prive les enfants de jouer et courir à l’air libre. Sous terre se trouvent aussi tous les hôpitaux clandestins.

Les gens frémissent et je frémis de tout mon être à l’idée que ce même régime nous gouverne à nouveau.

Les gens ici luttent avec la conscience d’être potentiellement massacrés si jamais le régime reprenait le contrôle de la région. Celui qui ne sera pas tué sur le coup, périra sous une torture dont la cruauté n’a pas d’égal. Le choix des habitants revient donc soit à mourir en combattant un régime fasciste et criminel soit de mourir entre les mains barbares de ce même régime s’ils arrêtent la résistance.

Durant cette longue période écoulée de la révolution, avec à son actif une demi année de protestations pacifiques, les politiques permissives des puissances mondiales ont laissé les syriens se faire tuer et ont laissé le régime agir en toute impunité. Cela rappelle l’attitude des démocraties occidentales vis-à-vis d’Hitler à la veille de la seconde guerre mondiale. La situation actuelle est la conséquence directe du refus de ces démocraties à soutenir les révolutionnaires syriens, tandis que d’autres forces continuent d’alimenter ouvertement le régime et d’acheminer du renfort militaire, humain et financier.

Finalement, après que l’utilisation de l’arme chimique par Al Assad ait été un fait connu du monde entier (je l’avais publié il y a deux mois ainsi que des amis qui ont personnellement subi cette arme), les occidentaux ont décidé de soutenir militairement les révolutionnaires syriens afin que tout au plus il y ait un équilibrage du rapport de force qu’ils avaient auparavant laissé pencher en faveur du régime. Tout cela après que ce dernier n’ait pas lésiné sur l’utilisation intensive de moyens de destruction tels que l’aviation et les missiles balistiques de longue portée sur les quartiers résidentiels.

La restauration de l’équilibre du rapport de force signifie ramener le conflit à un stade qui ferait à terme perdants les deux camps, ce qui n’est pas une situation méconnue dans l’histoire des démocraties occidentales. Or, ce qui est demandé c’est ce qui garantirait la chute du régime ou du moins une pression qui forcerait ses alliés à renoncer à le soutenir dans sa guerre ouverte.

Cette politique (de soutien minimum) a non seulement une portée de court terme et contribue à prolonger le conflit, mais elle est également extraordinairement inhumaine. Il n’y a pas en Syrie deux « méchants » sur un pied d’égalité comme l’insinuent hélas de nombreux médias et contrairement à ce que prétendent certains rapports d’organisations internationales. Cela ne se réduit pas non plus à un conflit entre des anges et des démons.

Nous sommes en présence d’un régime dictatorial fasciste qui a tué près de 100 mille citoyens. Ceux qui lui résistent sont de pers bords. La durée du conflit ainsi que sa violence a mené certains groupes à se radicaliser et a affaibli le rejet de la société syrienne de la radicalisation. Aussi longtemps que les syriens seront abandonnés à leur sort, il est à craindre une montée encore plus importante des groupes extrémistes au détriment de la logique modérée et rationnelle de bon nombre de syriens. Mon expérience de terrain me l’a prouvé. En effet, à chaque fois que de nouveaux martyrs tombaient, surtout les enfants, je subissais au centre de « protection civile » les regards dubitatifs et furieux de ceux qui mettent de plus en plus en question la pertinence de l’attitude « rationnelle » et modérée que je préconise.

La seule chose qui vaut aujourd’hui du point de vue de l’intérêt général de la Syrie et d’un point de vue humain c’est d’aider les syriens à en venir à bout de la dynastie Assadienne qui considère le pays comme sa propriété privée et les syriens comme ses serfs. Bien sûr tout sera difficile dans la Syrie post Al Assad. Mais se débarrasser du dictateur permettrait d’aller vers la modération dans la société et aux syriens de faire face aux plus radicaux d’entre-eux.

Il n’y a rien de pire que de laisser perdurer le conflit car le cout humain et matériel est exorbitant. Comment peut-on regarder les Syriens se faire tuer avec des armes russes, par des criminels locaux, libanais, iraniens et autres ? Mais le pire encore est de se voir imposer une normalisation qui ne sanctionne pas les criminels et qui n’apporte aucune solution véritable.

On entend parfois des politiques américains et occidentaux que la solution au conflit syrien ne peut être militaire. Mais où est donc la solution politique ? A quel moment Bashar Al Assad a-t-il décrété après 28 mois de révolution et 100 mille morts qu’il était disposé à négocier sérieusement avec l’opposition et partager le pouvoir ? A-t-il au moins cessé de tuer ne serait-ce qu’un jour depuis 850 jours ? La vérité c’est qu’il n’y aura pas de solution politique sans forcer le boucher à quitter le pouvoir sans délai et avec lui les assassins du régime. C’est ce que la révolution syrienne depuis ses débuts pacifiques avait revendiqué. Cela ne ferait que renforcer les rangs des modérés et marginaliser par conséquent les extrémistes, permettant une solution juste dont le monde et la région ont besoin, et dont les syriens avant tout ont besoin.

Chers amis,

Nous ne nous serions pas adressés à vous si la cause syrienne n’avait pas été une des plus grandes et graves causes de ces dernières décennies.

Elle a engendré le déracinement du tiers de la population à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il y a des centaines de milliers de blessés et handicapés. Un quart de million sont emprisonnés et subissent d’atroces tortures. Les femmes et les enfants sont impunément violés selon les rapports d’Amnesty International, Human Rights Watch et plusieurs comités syriens très bien documentés. Les forces d’Al Assad ont commis des massacres rapportés par les Nations Unies. Tout cela pour que Bashar Al Assad reste héritier d’un pouvoir pour lequel il n’a ni mérite ni courage. Un héritage issu d’un père qui a pris le pouvoir par la force et qui a régné par le sang et la terreur.

Nous vous interpellons aujourd’hui en tant que leaders de l’opinion publique dans vos pays pour que vous fassiez pression sur vos gouvernements afin qu’ils prennent clairement position contre l’assassin et pour tourner la page de la dynastie Assadienne.

C’est la seule voie du progrès et de l’humanisme. Il n’y a pas plus réactionnaire et fasciste qu’un Etat qui massacre son peuple, qui invite sur son sol des assassins de pays et d’organisations alliés et qui provoque une guerre confessionnelle. S’il est facile de mettre le feu à une telle guerre, il sera peut-être impossible d’y mettre fin avant de broyer les vies de centaines de milliers de personnes.

Nous attendons plus que jamais votre soutien aujourd’hui car demain il sera peut-être trop tard…

Yassine Al Haj saleh, La Ghouta de Damas, Juillet 2013

Texte traduit de l’arabe par Nadia Aissaoui et Ziad Majed

et publié dans Le Monde

Yassin Al Haj Saleh est médecin et écrivain syrien. Ancien prisonnier politique (il a passé 16 ans dans les geôles d’Al Assad, de 1980 à 1996, pour son appartenance à une des formations de gauche opposées au régime), il vit depuis mars 2011 en clandestinité à l’intérieur de son pays et publie régulièrement des analyses et des témoignages dans la presse arabe.

Publié par à 14:38

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Lettres de Syrie (23)


Après quelques semaines d’interruption qu’elle a passées hors de Damas,
Joumana Maarouf
livre de nouvelles pages de sa vie quotidienne,
poursuivant son témoignage sur la manière
dont les Syriens vivent et survivent dans la révolution
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Pour accéder à ses lettres précédentes :
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21 et 22

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11 juin 2013

Je vais te rapporter aujourd’hui quelques récits venus de Jdaydeh Fadl, une ville des environs de Damas.

Oum Yahya est une femme d’une soixantaine d’années. Elle a deux fils dans l’Armée libre. Elle est sans nouvelles d’eux jusqu’à ce jour.

Lorsque je l’ai rencontrée pour la première fois, j’ai eu du mal à la regarder en raison de la brûlure qui couvre son visage, et qui a complètement déformé sa lèvre inférieure. Mais dès qu’elle s’est-elle mise à parler, je n’y ai plus du tout pensé. Son éloquence est exceptionnelle, ses phrases habiles, et elle sait convaincre ses interlocuteurs. Quant à la brûlure, on dit qu’elle s’est produite quand ses deux fils aujourd’hui disparus étaient petits. Une poêle d’huile bouillante allait se renverser sur l’un d’eux, elle l’a écartée brusquement, une grande quantité d’huile en a jailli, lui brûlant le bras, le cou, et le bas du visage.

« Les garçons ont fait une erreur en entrant à Jdaydeh », dit-elle. « Je leur disais : mes fils, vous êtes peu nombreux, vous ne pourrez pas affronter l’armée et toutes ses armes. On est entouré de tous côtés par des casernes militaires et des zones loyalistes ! Mais voilà, ils sont jeunes, et ils ont la tête dure. « Si vous entrez, ils vont démolir la ville sur ses habitants », leur ai-je dit… Mais que peut-on y faire, c’est notre destin… »

Sa fille prend la parole : « Nous, on n’a pas du tout quitté la maison.. Ma mère allait d’une rue à l’autre pour prendre des nouvelles des gens.. L’armée est entrée par le nord. Les révolutionnaires avaient miné toutes les entrées, mais un espions marchait devant les soldats et les informait précisément de l’emplacement de chaque mine. Le chien ! Il marchait sans même se cacher le visage ! Pendant de longs mois, il a prétendu être un révolutionnaire comme eux. Il a eu connaissance de tous les plans, et il en a informé les services de sécurité. Ils n’étaient que trois cent jeunes avec des armes légères ! Comment auraient-ils pu tenir ? »

Je regarde la mère qui s’apprête à interrompre sa fille, et je vois des traits harmonieux, un visage débordant d’amour. « C’est la volonté qui compte, ma fille. Leur volonté était forte. Et ils auraient pu tenir si l’Armée libre à Quneïtra et Khan al-Cheikh les avait soutenus. On dit qu’ils sont venus, mais que des agents de sécurité se sont déguisés en membres de l’Armée libre, les ont attendus au sud de la ville, et les ont exécutés quand ils sont entrés ».

– « Ce sont des mensonges, personne n’est venu », répond la fille.

La mère reprend : « Le mari de notre voisine est dans l’Armée libre. Quand l’armée régulière a attaqué le quartier, il s’est enfui avec ceux qui l’ont pu. Mais ils sont entrés chez lui et ont emmené sa jeune épouse. Elle est revenue quelques jours après. L’expression de son visage était méconnaissable. Impossible de savoir ce qu’elle avait enduré. Elle nous a raconté qu’ils l’avaient emmenée à la caserne toute proche. « Tourne la tête vers le mur ». En tournant la tête, elle avait vu des lambeaux de chair humaine accrochés à la paroi, reste de fusillés. Elle avait eu envie de vomir, mais elle ne pensait qu’à la balle qui allait l’atteindre. Elle n’a pas dit dans quelles circonstances ils l’avaient libérée, mais elle est complètement brisée. On raconte qu’ils l’ont violée tour à tour une semaine entière ».

« Comme tu vois, nos maisons sont construites sans permis, collées les unes aux autres, et la plupart d’entre nous sont des déplacés venus du plateau du Golan. Quand nous avons quitté le Golan, j’étais petite. Je me souviens que ma mère avait dit qu’il ne fallait pas trop s’éloigner, que nous reviendrions vite à notre village. Il y avait ici dans notre quartier des alaouites de la côte, mais ils se sont tous enfuis quand l’Armée libre a annoncé qu’elle allait libérer la région. Les jeunes de l’Armée libre ont fait des trous dans les murs pour faciliter la fuite de maison en maison en cas d’attaque de l’armée. Quand les agents de sécurité ont vu ça, ils se sont mis dans une colère folle. Ils ont entrepris de casser les murs de toutes les maisons qui ne l’avaient pas déjà été… »

« Regarde la cuisine.. Quand ils ont voulu y entrer, il n’ont pas utilisé la porte, mais ils ont fait un trou dans le mur ! » En riant, Oum Yahya me montre le trou dans le mur de la cuisine, qu’elle a recouvert d’un tissu.

« Mais ils ne sont pas tous mauvais dans l’armée. Une fois je marchais, j’allais chez les voisins, et je suis passée à côté d’un soldat. Il m’a dit : « Hajjti, marche plus près du mur, faudrait pas qu’ils te tirent dessus… » Imagine-toi ! Il vient avec l’armée pour tuer mes enfants, et malgré cela, quand personne ne le voit, il me montre qu’il s’inquiète pour moi ».

« Il y aussi l’histoire de mon voisin. Ils sont entrés chez lui pour fouiller la maison. Un soldat lui a demandé : « S’il te plait, est-ce que je peux appeler ma femme de ton portable, juste deux minutes ? Elle devait accoucher il y a deux jours, et je voudrais prendre de ses nouvelles ». Notre voisin lui a donné son téléphone. Le jeune homme s’est mis dans un coin pour appeler en cachette, puis il est revenu en souriant : « J’ai eu un garçon ». « S’il te plaît, ne dis pas aux autres que j’ai appelé de ton téléphone ! » « Eh bien, prends le portable et parle autant que tu veux ! » a dit le voisin. « Non ! Reprends-le ! S’ils apprennent ça ils vont me pendre ! »

Les histoires d’Oum Yahya n’ont pas de fin. Mais je n’ai pas le temps d’en dire plus aujourd’hui. Je te raconterai d’autres histoires venues de la même ville dans une prochaine lettre.

« Mère du martyr, nous sommes tes enfants »

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