Jérusalem. Elie Wiesel, l’ami des colons israéliens


 

Ha’Aretz

Jewel Samad

Elie Wiesel en avril 2013 – AFP/Jewel Samad

Survivant de la Shoah et prix Nobel de la paix, l’écrivain juif américain est également à la tête d’Elad, une organisation radicale de colons israéliens qui occupe les maisons des Palestiniens à Jérusalem, révèle l’homme politique israélien de gauche Yossi Sarid.

J’ai toujours beaucoup appris des rubriques “potins”, que nos
journaux préfèrent appeler par pudeur “échos”. Sans elles, comment saurions-nous qui roule pour qui, et dans quel intérêt ?

Avant de lire les pages d’information pure, allez donc jeter
un œil à ces pages légères. Vous verrez, cela vous aidera à comprendre les
rouages du système.Renforcer la présence juive

Ainsi, vendredi dernier, Ha’Aretz comportait
un encadré de remerciements, en hébreu, à ces “dizaines de nouvelles
familles qui rejoignent la communauté juive dans la Cité de David” [nom donné au
quartier arabe de Silwan à Jérusalem-Est, site de la Jérusalem antique du roi David,
qui fait l’objet d’une campagne de ‘judaïsation’ démographique].”Nous saluons
l’engagement sioniste de tous les acteurs : nous sommes unis dans la
volonté de renforcer la présence juive à Jérusalem. Avec vous, nous accueillerons les pèlerins qui nous rendront visite pendant les fêtes.”

Le texte est suivi de signatures de proches du mouvement de
colonisation Elad. Certains des noms sont totalement inconnus, mais d’autres
étonnent. Après tout, c’est une organisation connue pour semer le trouble dans
la “ville de la paix” [Jérusalem].Que font-ils là ?

Je ne me suis pas étonné de voir le nom du chanteur israélien Yehoram
Gaon – il voit des drapeaux partout. Mais que viennent faire là l’ancien chef des services de renseignements
militaires, Amos Yadlin, l’ancien chef de la police, Shlomo Aharoniski, et
l’ancien directeur de l’hôpital universitaire Hadassah, Shlomo Mor-Yosef ?
Que fait ici Ilan Cohen, un ancien directeur du cabinet du Premier
ministre ? Peut-être devraient-ils expliquer comment ils peuvent apporter
leur soutien à des gens qui en expulsent d’autres [Palestiniens] pour s’emparer de leurs maisons ?

Et qui y a-t-il à leur tête ? Vous ne le devinerez
jamais. Pas le magnat des casinos [le milliardaire américian] Sheldon Adelson. Pas l’homme d’affaires américain Irving Moskowitz et son épouse Cherna.

Non, à leur tête se trouve un homme étroitement lié à la
mémoire de l’Holocauste, un lauréat du prix Nobel de la paix et de la médaille
de la Liberté de la présidence américaine : Elie Wiesel. Un homme au sujet
duquel le comité Nobel déclarait : “Elie Wiesel est un messager pour
l’humanité ; son message est un message de paix, de pardon et de dignité humaine.”

Voilà un homme dont on attend qu’il manifeste une sensibilité
particulière aux souffrances d’autrui, et ce où qu’il se trouve, aussi bien
dans la ville roumaine de Sighetu Marmatiei, dont il est originaire, que dans
le quartier de Silwan à Jérusalem. Voilà un homme qui se targue d’être l’ami de
Barack Obama mais qui soutient des gens qui insultent publiquement le président américain.

Les saboteurs du processus de paixAvant chaque réunion à Washington [pour la paix israélo-palestinienne], les activistes d’Elad préparent une
énième invasion à Jérusalem, sabotant du même coup les efforts laborieux
accomplis par les négociateurs. Peut-être [le Premier ministre israélien] Benyamin Nétanyahou savait-il pourquoi il
proposa, un temps, la présidence d’Israël à Elie Wiesel – nous en tout cas, nous ne comprenions pas.

Elie Wiesel se déclare en dehors de la vie politique
israélienne. Chaque fois qu’on lui a demandé de
réagir à quelque injustice autour de nous qui rappellerait quelque autre injustice lointaine, il a éludé.

Alors maintenant le voir lui, entre tous les hommes, pénétrant
violemment dans une maison [palestinienne] puis une autre, des maisons acquises par des
transactions douteuses, qu’on peut faire évacuer dans la nuit avant que
les draps et le café aient refroidi ? Lui, entre tous, brandissant le châle de prière pour dissimuler un nettoyage ethnique ?

De toutes les organisations d’Israël, il a choisi Elad, la
plus controversée, un mouvement sans vérité, sans grâce, sans compassion. On ne
comprend que trop bien pourquoi Elad l’a choisi lui à la présidence ; mais pourquoi a-t-il accepté ?

Elie Wiesel est un homme immensément respecté, par les Juifs
et par les nations non-juives, parce que ce survivant est devenu un témoin et
un passeur pour toutes les victimes de l’Holocauste. M. Wiesel, pourquoi ne
rendez-vous pas un peu de ce respect ? Revenez sur votre choix, n’associez pas votre nom à Elad, ne signez pas leurs remerciements infamants.

Yossi Sarid
Source

Premier journal publié en hébreu sous le mandat britannique, en 1919. “Le Pays” est le journal de référence chez les politiques et les intellectuels israéliens. Aujourd’hui situé au centre gauche, Ha’Aretz a toujours cultivé une ligne éditoriale […] Lire la suite

 

Elie Wiesel l’imposteur et Jérusalem


 

par Alain Gresh, 18 avril 2010

Dans une publicité intitulée « For Jerusalem » et reproduite par l’International Herald Tribune (16 avril 2010), Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, réaffirme son inquiétude. Ce texte affirme hautement que « Jérusalem est au-dessus de la politique ». Ce qui, pour l’auteur, signifie qu’elle doit… rester israélienne.

Pour lui, précise-t-il, sa présence dans l’histoire juive est totale, elle est mentionnée « 600 fois dans les écritures et pas une seule fois dans le Coran ». Outre que cela est discutable (je ne vais pas entrer ici dans une interprétation du texte coranique), on ne voit pas en quoi la mention d’une ville dans un texte vieux de quelques milliers d’années donnerait un droit de propriété à quiconque. Ou alors il faudrait redéfinir les frontières de l’Europe en fonction des textes latins du Moyen Age ou des textes grecs de l’Antiquité.

Lire aussi Philippe Rekacewicz& Dominique Vidal, « Comment Israël confisque Jérusalem-Est »,Le Monde diplomatique, février 2007.« Il n’y a pas de prière plus émouvante dans l’histoire juive, poursuit-il, que celle qui exprime notre (les juifs) désir ardent de retourner à Jérusalem. » Cette interprétation politique d’une prière n’a évidemment aucun sens. Pendant des siècles, les juifs religieux ont effectivement prononcé cette prière, mais sans jamais vouloir la mettre en œuvre. Jusqu’en 1948, les juifs pouvaient se rendre à Jérusalem (certains y allaient pour être enterrés). C’est seulement avec la naissance du mouvement sioniste que l’objectif est devenu politique. Comme l’écrit si pertinemment Gilles Perrault dans sa biographie d’Henri Curiel, Un homme à part (Fayard), « la minorité sioniste exceptée, personne ne ressentait la nécessité d’un Etat juif et l’on n’éprouvait pas le besoin de psalmodier “l’an prochain à Jérusalem” quand il suffisait de prendre le train de 9h45 pour s’y rendre ».

« Aujourd’hui, poursuit Wiesel, pour la première fois dans l’histoire, juifs, chrétiens et musulmans peuvent accomplir leurs rites religieux librement. Et, contrairement à certaines affirmations des médias, juifs, chrétiens et musulmans ONT (en capitale) l’autorisation de construire leurs foyers n’importe où dans la ville. »

Il faut le dire clairement : il s’agit d’un honteux mensonge.

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