« La Syrie tous complices… »


Dans les ruines d’Alep, en Syrie, le 22 juillet 2017.

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Dans les ruines d’Alep, en Syrie, le 22 juillet 2017. / George Ourfalian/AFP

• « La Syrie tous complices… », Ali Hamra, édition Y.I.L. 108 p., 23 €.

Le livre s’ouvre sur un dessin d’Alep. Des ruines nues, au milieu desquelles deux yeux percent. « T’as vu l’ONU ? Ils exigent un ultimatum humanitaire », nous informe l’un des civils planqués, au travers d’une petite bulle rappelant le style B.D. « On est sauvé ! » lui répond enjoué son compagnon, dont les paroles contrastent tant avec le décor que le titre du tableau : « Alep… ville martyre. »

Trait fin, symbolisme, ironie : on reconnaît le style de l’auteur, Ali Hamra, caricaturiste et journaliste syrien de renom a quitté son pays en 2012. Aujourd’hui installé en France, le dessinateur publie dans un ouvrage plus de 150 caricatures sur le conflit syrien, exposées à Paris en 2016.

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« Un homme armé de ses crayons »

« Ce livre est un cri, non de peur, mais un cri d’avertissement et de colère, d’un homme seulement armé de ses crayons et de ses feutres », indique en préambule l’éditeur. Répression du régime, terrorisme, crise des migrants : toutes ces thématiques sont déroulées, dépeintes, dénoncées. Pour retranscrire les événements, l’auteur mobilise une arme fatale, la caricature, et les deux pendants de cet art.

Le premier, le symbolisme, s’adonne à une violence crue, voire déconcertante. L’ensemble du conflit est violent : tant les armes en elles-mêmes que les conditions de vie des victimes civiles. Omniprésente, la couleur rouge sur le drapeau syrien, une faucheuse piétinant celui-ci, ou se déversant au pied de la Tour Eiffel.

Complément inéluctable de ce symbolisme, l’humour noir, l’ironie, à travers lesquels se révèle la dimension engagée de l’ouvrage. Le dessinateur démontre la vérité sur le conflit syrien, « l’odeur de la chair humaine » et « la guerre quotidienne qui tuait sans distinction des centaines de victimes par jour. »

Chaîne de responsabilités

Mais au final, qui dénoncer ? Bachar Al Assad, qui apparaît dans chaque dessin, arborant un costume jaune, en référence aux bombardements au chlore produisant une fumée de cette couleur. Le leader syrien, auteur caché des crimes, qu’on retrouve par exemple tendant le bras par-dessus l’épaule d’un djihadiste pour tirer au loin.

Mais pas seulement. À mesure que l’on progresse dans la lecture, Bachar Al Assad apparaît avec des soutiens, officiels ou cachés. Des complices qui apparaissent comme un vaste réseau, donnant ainsi son sens au titre. La Russie, l’Iran, la communauté internationale : tous participent à un « marchandage politique de la situation syrienne », nourrissent un conflit qui ne se limite pas aux frontières du pays.

Au-delà des frontières syriennes

Ali Hamra aborde aussi les conséquences du conflit : la crise des migrants et le terrorisme : « Au travers de mes dessins, il s’agit de « comprendre les liens entre la dictature qui nourrit les « mauvaises herbes » et la naissance du terrorisme…Ce qui se passe au Proche-Orient et particulièrement en Syrie aura un impact sur tout le monde », conclut-il.

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