فدوة (fidwa)


Il n’y a rien de mieux pour connaître le profond caractère d’une personne que d’observer sa réaction spontanée quand un objet tombe par terre et se brise en morceaux. Il y en a qui disent « pas grave », « ce n’est rien » ou quelque chose de ce genre. On a envie de les revoir.

D’autres ne peuvent pas retenir un « mince », « zut », peut-être un peu appuyé. Là on est mal à l’aise. Et quand c’est « ah non ! », « oh la la ! », on regrette d’être présent. Evidemment, il y en a qui laissent échapper un m*** qui montre qu’ils ne tiennent aucun compte de ce que peut ressentir « le coupable ». Naturellement, l’éventail d’expressions dans un tel contexte est très large. Parfois, on sert quelque chose de personnalisé, du genre « quelle nouille ! », mais ne cherchons pas davantage dans cette voie. De toute façon politesse et franchise ne font pas bon ménage dans ce genre de situation.

Mais pourquoi je raconte tout ça ? Ah, c’est pour vous faire connaître à quel point les Irakiens, du moins les Bagdadiens, sont économes dans ce domaine. Un seul mot surgit avec un automatisme implacable : فدوة (fidwa). Inutile d’aller chercher dans le dictionnaire ce que cela veut dire. On y trouverait peut-être « rançon ». Mais quel rapport ?

Longtemps, je me suis demandé comment traduire ce mot. Impossible avec un seul vocable français. Alors, une petite explication s’impose. L’idée derrière ce mot est que le mal qui vient de se produire a évité un autre plus grand, comme si le destin, qui est, comme on le sait, aveugle, a raté sa cible. Donc, le verre, la tasse, la bouteille, etc., qui tombe aurait évité à celui qui l’a laissé tomber de se blesser par exemple ou de trébucher ou de faire une crise cardiaque, etc.

Eh bien, ce mot, qui cache mal parfois l’agacement du locuteur, est malgré tout réconfortant dans un moment où ne ne sait pas où se cacher. Alors, j’ai envie d’écrire à l’Académie française pour adopter ce mot comme marque d’amitié entre mes deux langues : arabe et français. Mais comme ils ne liront même pas la deuxième phrase de ma lettre, je compte sur vous pour populariser ce mot. Pour une fois que tous les sons dans un mot arabe sont faciles d’accès aux francophones ! Il ne faut pas rater ça !