Une grande conférence israélienne à Jérusalem prévoit l’installation de squatters dans la bande de Gaza une fois que le nettoyage ethnique sera terminé


JUAN COLE 01/30/2024

Ann Arbor (Informed Comment) – Le journal israélien Arab 48 rapporte que dimanche soir, 12 membres du cabinet israélien et 15 membres du Parlement (la Knesset) ont assisté à une conférence à Jérusalem sur la recolonisation de la bande de Gaza par les colons israéliens. Ils ont été accueillis par des cris de « Expulsez les Palestiniens et colonisez la terre en long et en large ».

Les participants et les intervenants n’ont manifestement pas été impressionnés par l’injonction préliminaire prononcée vendredi dernier par la Cour internationale de justice à l’encontre d’Israël, lui demandant de mettre fin à ses actes et à ses politiques génocidaires.

La conférence a été organisée par des organisations de squatters afin de promouvoir l’implantation de colonies sur les terres palestiniennes de Gaza après la fin de la guerre actuelle, qui a tué plus de 26 000 personnes et endommagé ou détruit la plupart des bâtiments et habitations de Gaza.

La conférence a été inaugurée par le chef du conseil régional des colonies de Shomron, Yossi Dagan. Il a déclaré : « Les accords d’Oslo sont morts. Nous retournons dans le Gush Katif ».

Entre 1967 et 2005, des squatters israéliens ont établi 17 colonies dans le sud de la bande de Gaza, près de Khan Younis et de Rafah, appelées Gush Katif. L’armée israélienne a ramené les squatters en Israël en 2005 parce qu’elle ne pouvait pas les protéger sur place.

Les milliers de personnes qui sont venues ici ce soir, dont 12 ministres du gouvernement (du Likoud et du parti sioniste religieux) et plus de 15 membres de la Knesset, sont venues commémorer un événement important dans le processus de réforme globale de l’État israélien », a poursuivi M. Dagan.

« Nous avons lutté ensemble, a-t-il dit, pendant 16 ans pour réparer la honte de la rupture des liens, du déplacement et de la déportation des colonies. Il faisait référence au retrait de 2005 sous le Premier ministre de droite Ariel Sharon. À l’époque, M. Sharon avait également retiré quatre colonies du nord de la Cisjordanie palestinienne.

Le ministre de la défense, Yoav Gallant, a rejeté l’idée de renvoyer les squatters israéliens dans la bande de Gaza après la guerre.

Aljazeera English Video : Conférence « Retour à Gaza » : Les ministres du gouvernement disent qu’Israël devrait construire à Gaza »

https://youtu.be/y12mQrhrcEg?si=QB-xrtBE0r-ylMev

Les participants ont brandi une pancarte portant le slogan « Seul le transfert apportera la paix ». Le « transfert » signifie le nettoyage ethnique des Palestiniens.

Les ministres et les membres du Parlement ont signé une déclaration intitulée « Pacte pour aider et renouveler les colonies dans la bande de Gaza et le nord de la Samarie » en réponse à l’attaque du Hamas du 7 octobre, estimant que cette mesure apportera la sécurité à la puissance occupante.

Le plan présenté lors de la conférence prévoit la création de noyaux de colonies dans la bande de Gaza, appelés « yeshi », un acronyme hébreu pour « Tribus unies d’Israël ». Un noyau serait établi à la périphérie de Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, en plus d’un autre, « Maoz », sur la rive sud. Un troisième serait établi à Khan Younis. À Rafah, dans le sud, il y aurait une colonie de squatters pour les juifs ultra-orthodoxes (Haredim).

Les organisateurs ont distribué des rubans orange aux participants en souvenir des colonies du Gush Katif.

Le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, est ensuite entré en scène. Il a commencé sa carrière dans le groupe terroriste kahaniste Kach. Les participants, en le voyant, ont commencé à crier « transfert, transfert ». Il a répondu : « Ils ont raison. Ils [les Palestiniens] doivent être encouragés à partir volontairement. » C’est alors que des membres des forces de sécurité ont commencé à arracher les affiches appelant à l’expulsion des Palestiniens.

(L’utilisation par Ben-Gvir du terme « volontaire » pour l’expulsion des Palestiniens était bien sûr malhonnête, et visait à se protéger de l’accusation d’incitation raciste ou même de promotion du génocide, étant donné que la Cour internationale de justice venait de demander au procureur général israélien de prendre des mesures contre les personnalités politiques prônant des politiques génocidaires).

Ben-Gvir a déclaré : « Le retrait amène la guerre. Nous avons besoin de retourner chez nous, de contrôler la terre, de trouver une solution pour encourager l’émigration et de promulguer une loi punissant le terrorisme de la peine de mort ».

Parmi les autres participants à la conférence figuraient le ministre des finances, Bezalel Smotrich, le ministre des communications, Shlomo Karhi, le ministre de la construction et du logement, Yitzchak Goldknopf, le ministre du tourisme, Haïm Katz, et l’ancien ministre de l’égalité sociale, Amichai Chikli, qui avait récemment présenté sa démission. Le ministre du pouvoir juif pour le Néguev et la Galilée, Yitzhak Wasserlauf, était également présent, ainsi que plusieurs autres ministres de la cabine. Ils sont issus du parti d’extrême droite, le Likoud, ainsi que du sionisme religieux et d’autres petits partis.

Bezalel Smotrich a déclaré : « Le peuple israélien se trouve à un carrefour important et fatidique. Nous devons décider si nous allons fuir le terrorisme une fois de plus et permettre à un nœud de tueries de se développer une fois de plus derrière une clôture ? Ou tirerons-nous la leçon en nous installant sur toute la longueur et la largeur de notre pays, en le dominant, en combattant le terrorisme et, avec l’aide de Dieu, en apportant la sécurité à l’ensemble de la terre d’Israël ?

Il a rappelé qu’il avait été battu en classe de quatrième pour s’être opposé aux accords de paix « stupides et scandaleux » d’Oslo en 1993 et qu’il avait payé le prix de sa liberté personnelle pour avoir protesté contre le démantèlement du Gush Katif en 2005.

Le ministre du tourisme, M. Katz, a déclaré qu’il était le fils de survivants de l’Holocauste qui ont choisi de venir en Israël et de construire la terre plutôt que d’aller au Canada. Il a indiqué qu’il faisait partie d’un « groupe rebelle » qui s’opposait au démantèlement des colonies de Gaza en 2005. Il a ajouté que les Israéliens avaient aujourd’hui, 18 ans plus tard, l’occasion de réparer cette erreur.

M. Goldknopf, ministre de la construction et du logement, a accusé le retrait de Gaza et la fin des colonies d’être à l’origine des effusions de sang contre les Israéliens.

Ces expansionnistes du Grand Israël, qui auraient été mis au ban de la politique israélienne il y a seulement quelques années, sont aujourd’hui des membres éminents du gouvernement. Tout leur discours ignore ce que les Israéliens ont fait à la population de Gaza depuis 1967. Gaza a été soumise à un siège économique illégal, empêchée de cultiver une grande partie de ses terres et de pêcher, avec 10 % d’enfants souffrant de malnutrition et un taux de chômage de 54 %. 70 % de la population est constituée de familles expulsées du sud d’Israël par des bandes sionistes, qui se sont ensuite installées dans leurs maisons et ont cultivé leurs terres. 40 % vivent encore dans des camps de réfugiés. Ils sont illégalement empêchés de rentrer chez eux.

S’imaginer que ces politiques à l’égard des Palestiniens, plus l’arrivée en masse pour le vol de terres et l’installation de colonies de squatters israéliens – s’imaginer que tout cela augmenterait la paix et la sécurité pour les Israéliens est une idée vraiment insensée.

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Auteur

Juan Cole est le fondateur et le rédacteur en chef d’Informed Comment. Il est professeur d’histoire Richard P. Mitchell à l’université du Michigan. Il est l’auteur de nombreux autres ouvrages, Muhammad: Prophet of Peace amid the Clash of Empires and The Rubaiyat of Omar Khayyam. Follow him on Twitter at @jricole or the Informed Comment Facebook Page

Ils ont osé


“Blasphème ! Menteur ! Comment ose-t-il ? Antisémite ! C’est indigne !“

C’est sans doute le genre d’invective qui attend le texte qui suit.

Les tenants de l’idéologie sioniste et la droite “bien-pensante“ occidentale ne manqueront pas d’appeler à la condamnation — certains même, je n’en doute pas, au  lynchage — pour avoir osé ce parallèle entre les ghettos de Varsovie et Gaza.

Et pourtant, à travers le temps, au-delà des différences “techniques“ ou de la densité humaine, de nombreux aspects factuels font apparaître des similitudes effrayantes.

Alors où est le scandale ? Où est l’ignominie?

POLOGNE – JANVIER 01 1944: Six bataillons SS entrent dans le ghetto de Varsovie pour le détruire. L’ordre a été donné par HIMMLER au général SS Jurgen STROOP. La défense juive s’effectue pratiquement sans armes et ne sert à rien face aux SS. Au premier plan, des habitants du ghetto poursuivis par des soldats allemands. (Photo par Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)

Ils ont osé !

Tout semblait calme pourtant.

Ça faisait presque vingt ans, qu’on les surveillait derrière leurs grilles.

Il y avait bien parfois de petites manifestations et nos vaillants snippers devaient alors abattre les gamins qui s’approchaient d’un peu trop près… Mais sinon, tout était tranquille.

Et puis, de quoi pouvaient-ils se plaindre ?

Ils avaient le soleil et la mer… ils pouvaient même y faire trempette.

Bien sûr, nos canonnières les empêchaient d’aller pêcher au large et coulaient parfois leurs barques, mais ils étaient certainement mieux lotis que les Polonais de la rue Twarda qui n’avaient qu’un haut mur pour horizon.

Aucune raison de protester, donc !

Certains disent que Gaza est surpeuplé, que ces Arabes sont encaqués dans leur bande de terre, que c’est une “prison à ciel ouvert“.

C’est vrai qu’ils sont 6.000 par km2, presqu’autant que les Chinois de Hong Kong… mais ceux du ghetto de Varsovie étaient 450 000 à vivre sur 3 km2 !

C’était autrement terrible, non ?

En plus, là-bas, ils étaient obligés de porter un brassard blanc avec l’étoile de David

Absolument rien de comparable avec Gaza !

Jeudi 12 octobre 2023: Des Palestiniens cherchent des corps et des survivants dans les décombres d’un immeuble résidentiel rasé par une frappe aérienne israélienne, dans le camp de réfugiés d’Al Shati.Fatima Shbair/AP

Ces Polonais avaient de vraies raisons de se plaindre alors qu’ici, les Arabes disposaient d’un bel espace pour vivre leur petite vie… En plus on en laissait quelques milliers venir chaque jour ramasser nos poubelles, cueillir nos tomates ou maçonner notre mur de protection.

L’horrible attaque du 7 octobre 2023 était donc totalement injustifiable !

Pour faciliter le travail de nos chars Merkava Mark 4 nous dû dégager le terrain en rasant Gaza city et refouler un bon million de ces Palestiniens vers le sud.

Pareil qu’à Varsovie ? Pas tout à fait.

Là-bas rien n’a été rasé mais on a mis la main sur leurs maisons et ce qu’il y avait dedans… et toute la population a été regroupée dans le quartier de Murnanow.

Un mur de 18 kms, surmonté de barbelés, avait aussi été érigé pour les empêcher de bouger.

Une passerelle a même été fabriquée au-dessus de la rue Chlodna pour aller du petit au grand ghetto.

Tout le monde voulait la photographier.

Ah ! Ces Polonais !

C’est vrai que ces sous-hommes étaient moins nombreux qu’ici, seulement un peu plus de 400.000.

Pourtant, ça n’a pas été facile de les obliger à déménager et il a fallu abattre ceux qui se rebellaient.

Faut dire qu’à cette époque l’armée était moins bien équipée, question missiles et tanks.

Mais on y est arrivé et la paix s’est installée pour un bon bout de temps.

Bizarre ce bégaiement de l’Histoire, non ?

A Gaza, depuis seize ans nous décidons de ce qui entre et sort et éliminons ceux qui ne respectent pas nos ordres, comme le 11 janvier dernier dans la rue Al-Rashid quand nous avons neutralisé quelques dizaines de ces soit-disant civils qui attendaient de recevoir l’aide dite humanitaire.

Pour ce qui est du contrôle de la bouffe, des médicaments, de l’eau, de l’électricité ou de l’essence, on a fait pareil qu’à Varsovie et respecté l’ordre de Yaov Galant, notre ministre de la défense “Pas d’électricité, pas de nourriture, pas d’eau, pas de carburant. Tout est fermé ! Nous combattons les animaux humains et nous agissons en conséquence !« 

Grâce à notre blocus, les maladies infectieuses se sont aussi allègrement propagées, surtout chez les enfants. L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) dit que plus de 150.000 gosses Palestiniens sont contaminés.

A Varsovie aussi, le blocus a permis d’éliminer plusieurs dizaines de milliers de ces “untermenschen“ en les affamant et en facilitant la propagation du typhus et de la tuberculose.

Ainsi, plus de 60.000 Juifs mourront de faim ou de maladie et chaque jour les charrettes ramasseront jusqu’à 200 cadavres jonchant les trottoirs.

Quand on vous dit que l’Histoire bégaie !

Côté communication, il y a évidemment de sacrées différences entre aujourd’hui et les années 40.

Pendant la seconde guerre mondiale il n’y avait pas, par exemple, beaucoup de journalistes en Pologne, pas d’internet, pas de smartphones… Pas tous ces moyens d’informer qu’on a maintenant.

Pendant des années, personne n’a été dérangé ou critiqué et on a pratiquement dû attendre la fin de la guerre pour avoir des informations sur ce qui s’était passé.

Ici, pour avoir la paix et éviter les témoignages, nous avons interdit l’entrée du territoire à tous les journalistes ou observateurs étrangers… même ceux que l’ONU voulait envoyer.

Nous avons aussi abattu les reporters et cameramen — une bonne centaine ! — qui vivaient sur place et contredisaient notre parole… Sans que leurs confrères occidentaux, toujours complaisants avec nous, ne protestent.

Ça nous a permis de répandre nos “fake news“, comme on dit, comme quoi, il y aurait eu un pogrom le 7 octobre, que des dizaines de bébés auraient été décapités, que des tas de femmes avaient été violées, qu’une rescapée d’Auschwitz avait été assassinée…etc.

A partir de ce jour, les médias occidentaux ont docilement relayé notre “point de vue“ et continuent d’ailleurs de le faire… faisant silence sur les révélations de la presse indépendante israélienne et les aveux de l’armée elle-même !

Mais comme un certain ministre de la propagande le disait il y a un peu plus de 80 ans “Plus le mensonge est gros, mieux il passe“.

Et puis, contre toute attente, ces Polaks ont osé se révolter !

Oh, ils n’étaient pas très nombreux, on parle de seulement deux à cinq cent hommes armés, des jeunes dont certains avaient moins de quinze ans.

Pareil pour leurs deux meneurs qui avaient un peu plus de vingt ans.

Et vous savez quoi ?

Ici comme à Gaza, ces terroristes avaient construit des tunnels !

Oh ! Pas aussi nombreux ni aussi sophistiqués que ceux des Palestiniens, mais quand même.

Ils les appelaient les “bunkers“ et il y en avait plusieurs dizaines dont un pouvait accueillir jusque 300 personnes !

Certains avaient même l’électricité et l’eau courante.

On y avait accumulé des armes et des vivres pour plusieurs mois… Comme à Gaza.

C’est de là qu’ils ont surgi pour attaquer les Allemands.

La Wehrmacht a évidemment réagi.

Elle avait bien le droit de se défendre, non ?

Ils n’avaient que des revolvers, de vieux fusils et quelques mitraillettes à opposer aux lance-flammes et aux mitrailleuses des 2.000 policiers et aux SS de la section d’assaut.

On croyait qu’ils ne tiendraient pas longtemps mais ces terroristes ont quand même résisté un mois. L’état-major a alors décidé de raser tout le ghetto.

Durant l’opération, 7 000 résidents ont été tués par balles et 6 000 brûlés vifs ou gazés dans le nettoyage des “bunkers“.

Ça fait bizarre de penser que, près d’un siècle plus tard, les milices palestiniennes sont aussi sorties de leurs tunnels pour attaquer les casernes israéliennes et les kibboutz… Non ?

A Varsovie, quelques rares terroristes ont pu s’échapper, dont Marek Edelman, leur dernier chef.

Ce mauvais Juif, antisioniste de surcroît, refusera ensuite de vivre en Israël et soutiendra la lutte des terroristes palestiniens… qu’il appellera “partisans“.

Il dira même “Chez moi, il n’y a de place ni pour un peuple élu, ni pour une terre promise. Quand on a voulu vivre au milieu de millions d’Arabes, on doit se mêler à eux, et laisser l’assimilation et le métissage faire leur œuvre

C’est Jürgen Stroop, le SS-Gruppenführer qui a été chargé de “brûler les habitations, quartiers par quartiers, maisons par maisons et de tuer ou déporter l’ensemble des habitants“.

Cinquante mille résidents périront… Les autres finiront dans les chambres à gaz de Treblinka.

Dans son rapport à Himmler, Stroop écrira “Le quartier juif de Varsovie n’existe plus !“

Ici aussi ils ont osé !

Et comme la Wehrmacht face aux terroristes , notre premier ministre l’a bien proclamé, nous avons le droit de nous défendre !

C’est Herzi Halevi, notre chef d’état-major qui a été chargé d’appliquer les ordres, d’imposer un blocus total et de raser la bande de Gaza.

Trois mois plus tard, le bilan est positif.

Fin janvier 2024, on constate que plus de vingt-six mille terroristes ont été éliminés, dont 70% de femmes et d’enfants !

Toutes les cultures ont été incendiées ou arrachées, les puits détruits ainsi que la grandes majorité des hôpitaux, écoles et maisons.

Bientôt Halevi pourra, lui aussi, dire à Bibi “Le ghetto de Gaza n’existe plus !“… Et sans doute ajouter “Au tour de la Cisjordanie, maintenant !“

Aujourd’hui, ils sont nombreux — salauds d’antisionistes ! — à vouloir nous traîner devant un tribunal pour, osent-t-ils dire, “crimes contre l’humanité“.

Heureusement, on n’est plus en 1945 et, surtout, nous ne sommes pas seuls…

Rudi Barnet

(30 janvier 2024)

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