Guerre à Gaza : Meta accusé de censurer les contenus pro palestiniens sur les réseaux sociaux


L’ONG Human Rights Watch a accusé, jeudi 21 décembre, Meta de restreindre les contenus favorables aux Palestiniens sur Facebook et Instagram, dénonçant une « censure en ligne systémique » depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas.
  • Vinciane Joly (avec AFP), 
  • le 22/12/2023 à 13:57
Guerre à Gaza : Meta accusé de censurer les contenus pro palestiniens sur les réseaux sociaux
Meta, dont on voit le logo sur l’image ci-dessus, maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, a été accusé jeudi 21 décembre par Human Rights Watch de rendre silencieuses les voix palestiniennes sur les réseaux sociaux.KOVOP / STOCK ADOBE.

Meta, la maison mère des réseaux sociaux Facebook et Instagram, a mis en place une censure « systémique et mondiale » des contenus favorables aux Palestiniens depuis le début du conflit entre Israël et le Hamas le 7 octobre dernier, accuse l’ONG Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié jeudi 21 décembre.

« Les politiques et systèmes de modération de contenus de Meta réduisent de plus en plus au silence les voix en faveur de la Palestine sur Instagram et Facebook », écrit-elle dans le rapport de 51 pages, estimant que « la censure par Meta contribue à l’effacement des souffrances des Palestiniens ».

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Mardi déjà, le conseil de surveillance indépendant de Meta a reproché aux plateformes du géant des réseaux sociaux une politique de modération trop restrictive dans le cadre de la guerre à Gaza, déclenchée le 7 octobre par une attaque terroriste du Hamas sur le sol israélien, faisant environ 1 140 morts, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP basé sur des chiffres israéliens. Plus de 20 000 Palestiniens, majoritairement des femmes, des enfants et des adolescents, ont été tués par Israël, d’après le ministère de la santé de Gaza, gouvernée par le Hamas.

Voix « étouffées »

Cette censure est « particulièrement nocive dans une période de terribles atrocités et de répression qui étouffent déjà les voix des Palestiniens », a déploré Deborah Brown, directrice adjointe par intérim de la division Technologies et droits humains de HRW, citée dans le communiqué de l’ONG. « Les réseaux sociaux constituent une plateforme essentielle permettant aux gens de témoigner et de dénoncer les abus », rappelle-t-elle, tandis que la guerre se double d’une bataille informationnelle en ligne.

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Dans son rapport intitulé, « Les promesses non tenues de Meta : censure systémique de contenus pro palestiniens sur Instagram et Facebook », HRW a documenté 1 050 « cas de censure ou de suppression de contenu » dans plus de 60 pays entre octobre et novembre. Parmi eux, 1 049 concernent des publications de soutien pacifique à la Palestine et un en faveur d’Israël. Un panel d’analyse limité certes, mais qui fait écho aux résultats obtenus par des études de HRW ou d’autres organisations ces dernières années. « Les propres publications d’HRW pour mener à bien son enquête sur la censure en ligne ont été considérées comme des spams », affirme le rapport.

L’ONG met en lumière six modèles récurrents de censure : suppressions de contenus ; suspension ou suppression de comptes ; incapacité d’interagir avec les contenus ; incapacité de suivre ou de marquer des comptes ; restrictions à l’utilisation de fonctionnalités telles qu’Instagram/Facebook Live ; et « shadow banning » (bannissement furtif, en français).

Ce dernier terme désigne une pratique consistant à restreindre drastiquement la visibilité des publications, des stories (contenu publié temporairement) ou du compte d’un individu à son insu. Cette technique de modération des contenus, via l’usage d’algorithmes, permet de limiter le cyberharcèlement, les publications incitant à la violence et la propagation de fausses informations.

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Cette fois-ci, elle a été utilisée pour exclure les internautes partageant des contenus dits pro palestiniens. « Dans des centaines de cas, des commentaires mentionnant les mots de « free Palestine », « ceasefire now » ou « stop the genocide » ont été supprimés », rapporte HRW, indiquant que cela concernait également les émojis de drapeaux palestiniens. « De nombreux utilisateurs ont rapporté que leurs publications étaient effacées si elles contenaient des critiques à l’égard du gouvernement israélien, y compris à l’égard de Benyamin Netanyahou », ajoute l’ONG.

Pour contourner cette mise en sourdine, des internautes ont eu recours à diverses techniques, notamment les fautes d’orthographe intentionnelles ou le remplacement des lettres par des symboles (Palestine devient ainsi P@lest ! ne).

Influence excessive des gouvernements

Dans ce contexte, Human Rights Watch estime que quatre facteurs ont contribué à cette censure. Le premier est la politique de Meta sur les individus et organisations dangereuses (DOI) qui entravent les discours de ceux qui prônent la violence. Or, l’entreprise s’appuie pour cela sur la large liste des organisations désignées terroristes par les États-Unis. Ainsi, « la manière dont Meta applique cette politique bloque dans les faits de nombreux narratifs qui soutiennent les principaux mouvements politiques palestiniens et entrave les discussions autour d’Israël et de la Palestine », dénonce le rapport.

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L’ONG critique également l’influence excessive des gouvernements qui réclament la suppression de contenu, et cite nommément les « demandes de l’unité cyber d’Israël ». Enfin, HRW épingle la dépendance à l’égard d’outils automatisés de modération et l’application opaque et incohérente de ces politiques de modération par Meta de manière générale.

Sollicitée par HRW, Meta a « cité sa responsabilité en matière de droits de l’homme et ses principes fondamentaux en la matière », détaille le communiqué. L’ONG a appelé Meta à « aligner ses politiques et pratiques de modération de contenus sur les normes internationales en matière de droits de l’homme ».

Source La Croix

 


Opinion | Les Israéliens doivent choisir entre la provocation et la main tendue

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une conférence de presse le mois dernier. Photo: Abir Sultan/AP

Yoana Gonen (12 nov. 2023)

Peut-être est-ce la fin de Benjamin Netanyahou. Peut-être qu’après un tel désastre, il n’aura plus sa légendaire capacité de récupération et qu’il disparaîtra de la vie publique, libérant l’État d’Israël de l’étau dans lequel il l’enserre depuis des années. Bien sûr, les cimetières métaphoriques sont pleins de journalistes qui ont parié sur la fin de l’ère Netanyahou, et il est donc préférable de ne pas faire de déclarations grandioses pour le moment.

Mais même si le Premier ministre s’en va, enfin, et même si tout son cortège de flagorneurs et d’imbéciles s’en va dans son sillage, sa destitution n’est pas un exorcisme magique qui résoudra tous nos problèmes. Un mois après le massacre du 7 octobre, il convient d’examiner le chemin parcouru depuis lors et de prêter attention à la manière dont le comportement de chacun d’entre nous affecte l’image de la société qui émergera des ruines.

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À l’heure actuelle, nous nous dirigeons au galop vers l’abîme. L’atmosphère publique est envahie par les vapeurs putrides du nationalisme, du silence et de la violence à l’égard de tout léger écart par rapport à l’unité forcée. Les premières victimes sont bien sûr les citoyens arabes, qui ont vécu ces dernières semaines une campagne de persécution répugnante.

Alors que les citoyens juifs sont autorisés à diffuser des mensonges et des provocations, les Arabes sont arrêtés ou renvoyés de leur emploi pour chaque message mal traduit ou remarque désinvolte. Le mauvais esprit déborde dans certains cas sur la violence physique et les médias, pour leur part, préfèrent traiter de l’antisémitisme plutôt que du racisme à l’intérieur du pays, qui n’est pas un problème moins funeste pour notre avenir collectif.

Nous savons tous que l’histoire ne se répète pas, mais qu’elle a des parallèles. Ainsi, comme un chapitre tiré d’un livre sur l’histoire européenne du XXe siècle, le monde universitaire et la gauche radicale ont été désignés comme des ennemis du peuple, les universités sont exhortées à renvoyer les conférenciers qui ne semblent pas assez patriotiques et les médias sociaux sont remplis de messages faisant publiquement honte aux personnes qui ont exprimé leur tristesse face à la mort d’innocents dans la bande de Gaza.

De nombreux Israéliens sont devenus des tyrans du clavier, se lançant à la poursuite des traîtres et faisant des crises de colère puériles à propos de chaque Islandais pris au hasard sur TikTok qui n’a pas compris la complexité du conflit. Dans ce cas également, les médias attisent le sentiment de persécution et, jusqu’à présent, les tensions internes fermentent comme du pus.

Les personnes qui, il y a encore un mois, s’insurgeaient contre la démagogie vénéneuse de Netanyahou et contre ses partenaires adoptent aujourd’hui avidement leurs méthodes : désigner des ennemis, faire taire les critiques, exiger des condamnations et harceler des citoyens privés au lieu des éléments responsables.

Dans son livre « The Anatomy of Fascism », le chercheur Robert Paxton note que la combinaison d’une crise catastrophique et d’un sentiment accru de victimisation, qui justifie toute action contre les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur, est le terreau toxique sur lequel se développent les tendances fascistes.

Selon lui, les discussions sur le fascisme ont tendance à se concentrer sur les grands drames, mais les régimes fascistes naissent d’un tissu de décisions banales prises par de petites gens : la volonté de fermer les yeux, le soutien implicite ou explicite à la persécution des opposants, les mesures quotidiennes qui s’additionnent pour aboutir à des résultats désastreux.

Il est possible d’en tirer des encouragements, pour ne pas dire un plan d’action : Ces mesures quotidiennes peuvent également constituer une force qui empêchera la détérioration de s’accélérer. Chacun d’entre nous peut choisir à chaque instant de consacrer son temps à harceler un groupe minoritaire ou des personnes dont les échecs et l’insensibilité ont provoqué cette catastrophe.

À chaque instant, il est possible de décider d’investir son temps dans la provocation et de jouer les victimes ou d’aider et de tendre la main. La guerre à Gaza finira par se terminer, mais si nous ne nous redressons pas et ne sortons pas de cette frénésie insensée, une réalité très sombre nous attend de l’autre côté.

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