Décision israélienne: pas de marathon à Bethléem pour les sportifs de Gaza…


JERUSALEM, 18 avr 2013 (AFP)

Israël a refusé d’autoriser 26 coureurs de la bande de Gaza à se rendre en Cisjordanie afin de participer au premier marathon de Bethléem prévu dimanche, a annoncé jeudi le ministère israélien de la Défense.
« La requête de 26 habitants de Gaza comptant participer au marathon de Bethléem a été examinée par les autorités compétentes et il a été décidé de rejeter cette requête car elle ne correspondait pas aux critères fixés pour passer de la bande de Gaza à la Cisjordanie », affirme un communiqué du COGAT, le département du ministère qui
co-gère les affaires civiles avec les Palestiniens. Il précise que les Gazaouis ne sont autorisés à se rendre en Cisjordanie que pour « des raisons humanitaires
exceptionnelles, notamment pour les cas médicaux urgents ».
Selon Gisha, une ONG israélienne qui milite pour la liberté de mouvement des Palestiniens, l’un des membres de ce groupe est le coureur olympique Nader al-Masri. Il s’était inscrit avec quatre autres personnes pour courir les 42,2 kilomètres du marathon, tandis que six autres Gazaouis s’étaient inscrits pour le semi-marathon, soit 21,1 kilomètres. Le groupe compte également au moins une femme et quatre entraîneurs.
La plupart de ces coureurs s’étaient inscrits pour participer au marathon annuel de l’ONU à Gaza le 10 avril mais celui-ci avait été annulé au dernier moment, le Hamas islamiste au pouvoir dans l’enclave côtière ayant affirmé qu’il ne laisserait pas femmes et hommes courir côte à côte.
La présidente de Gisha, Sari Bashi, elle-même marathonienne, a lancé un appel pour les coureurs qui ne disposent plus que de 24 heures pour pouvoir sortir de la bande de Gaza, avant que le point de passage d’Erez ne ferme pour la fête juive de shabbat.
Etidal Abdelghani, vice-directrice générale du Comité olympique palestinien, qui sponsorise l’événement avec l’Autorité palestinienne, a accusé Israël de n’avoir donné « aucune raison » à ce rejet. « Ceci prouve qu’Israël est toujours une force d’occupation et essaye d’empêcher les mouvements dans différents domaines, notamment le sport, ce qui va à l’encontre de tous les accords internationaux sur le sport », a-t-elle déclaré
à l’AFP.
Cette course, dont le départ est fixé devant l’église de la Nativité, est le premier événement de ce genre en Cisjordanie avec plus de 400 participants inscrits, dont la moitié sont Palestiniens, selon les organisateurs. Le parcours de la course, intitulée « Right to Movement Palestine Marathon » et créée par deux coureuses danoises,
traverse les collines de Bethléem ainsi que plusieurs camps de réfugiés. »

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Les djihadistes syriens avec Al-Qaïda


Baudouin Loos
Mis en ligne il y a 3 heures | mis à jour à 09:48

Jabhat al-Nosra, la célèbre organisation armée islamiste en Syrie, s’allie à Al-Qaïda. Du pain bénit pour le régime d’Assad.

jabhat

  • Alep, le 24 décembre 2012. Des combattants de Jabhat al-Nosra en action en première ligne

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ANALYSE

Une information de nature à conforter la propagande du régime de Bachar el-Assad qui affirme faire face, depuis le début de la contestation en mars-avril 2011, non à des rebelles mais à des « terroristes»  ? Sans doute. Ce 10avril, le chef du «Jabhat al-Nosra», le principal groupe djihadiste en Syrie, a annoncé son «allégeance au cheikh Ayman al-Zawahiri», qui a succédé l’an dernier à feu Oussama ben Laden à la tête de la mouvance terroriste Al-Qaïda.

Rien n’est simple, cependant. Dans la foulée de cette déclaration, Abou Mohamed al-Joulani a en effet insisté sur le fait que son organisation n’avait pas été consultée par la branche irakienne d’Al-Qaïda, laquelle avait annoncé la veille sa fusion avec Jabhat al-Nosra.

De quoi parle-t-on au juste? De l’avenir de la Syrie, quand le régime aura été renversé. Par qui le pays sera-t-il géré? Par des rebelles? Par des djihadistes? Par des terroristes? Ces questions hantent les chancelleries du monde entier. Elles concernent avant tout les Syriens.

Dans la mouvance armée qui compose le camp anti-régime, l’Armée syrienne libre (ASL) marque le pas depuis de longs mois. Indisciplinées, inexpérimentées, manquant d’armes et de munitions, ses unités n’attirent plus les jeunes Syriens en révolte. Dans les zones libérées, de nombreuses exactions, vols et pillages surtout leur ont été imputés par une population souvent excédée.

Une myriade de groupes islamistes a peu à peu pris l’ascendant sur le terrain militaire. Parmi eux, Jabhat al-Nosra se profile comme l’organisation la plus connue, la plus efficace, la plus «professionnelle», la plus courageuse au front. Avec un agenda djihadiste non dissimulé, l’avènement d’un Etat islamique, même si la chute du régime constitue la priorité absolue.

Apparue en janvier 2012, Jabhat al-Nosra a pris place dès décembre dans la liste des organisations terroristes tenue par l’administration américaine, qui identifiait déjà son affiliation avec Al-Qaïda. Elle compterait entre 6.000 et 8.000 combattants répartis entre environ 35 katibat (brigades).

Ses premiers «faits d’arme» –des attentats suicides– avaient fait craindre à certains observateurs qu’elle ne fût manipulée par le régime à Damas, soucieux de noircir l’image de l’opposition armée. Mais sa réputation a rapidement évolué en Syrie à mesure que ses actions, tournées vers les forces armées du régime et non vers les civils, gagnaient en efficacité. Et des victoires comme celles de Mayadin, Taftanaz ou Maarat al-Numan ont contribué à forger une image populaire au groupe.

Deux reportages, publiés ces 9 et 10 avril par Reuters et le Washington Post ont montré comment Jabhat al-Nosra se comportait dans la région libérée de Raqqa, dans le nord-ouest syrien. Dans la ville elle-même, le premier chef-lieu de province à tomber aux mains des rebelles, le groupe partage le pouvoir avec « Ahrar al-Sham», un autre groupe islamiste moins radical sur le plan idéologique.

Selon ces reportages, la gestion de la vie quotidienne ne pose pas de problèmes insurmontables; un tribunal religieux a été mis en place, mais certaines exigences des nouveaux maîtres comme l’interdiction du tabac ou l’imposition du voile sont refusées par une partie de la population. Celle-ci, par la voix de quelques personnes interrogées, fait toutefois état de ses inquiétudes pour l’avenir.

Un commandant de l’ALS explique ainsi que la confrontation avec les groupes islamistes radicaux lui semble «inévitable», «si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain», estime-t-il. En fait, des incidents violents ont déjà opposé ces derniers mois ici et là dans le nord du pays des groupes aux idéologies rivales. Mais ces épisodes sont restés sans lendemains.

Critiquant l’annonce de la fusion de Jabhat al-Nosra et d’Al-Qaïda en Irak, le chef du premier groupe ne cachait pas son malaise: «Le Front Al-Nosra restera fidèle à son image. Nous ne voulions pas précipiter les choses avec l’annonce d’un Etat islamique car dans les régions libérées se réalisent déjà la charia, la résolution des conflits, l’aspiration à la sécurité entre musulmans. L’Etat islamique en Syrie sera construit par tout le monde, sans exclusion d’aucune partie ayant participé au djihad et au combat en Syrie.»

Pourtant on peut conjecturer que l’allégeance de Jahbat al-Nosra à Al-Qaïda annonce des problèmes. «Sa déclaration d’allégeance va se retourner contre lui, expliquait mercredi à l’AFP Peter Harling, spécialiste de la Syrie à l’International Crisis Group, car il s’associe à une entité qui est étrangère à la culture syrienne et qui est perçue comme ayant échoué dans ses entreprises précédentes. »

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« Les colons ont gagné ! »


Charles Enderlin, chef du bureau de France 2 à Jérusalem, habite en Israël depuis 1968. Auteur prolixe d’essais et de documentaires de qualité, il récidive avec la sortie au Seuil, le 4 avril, de son dernier livre, « Au nom du Temple » (Israël et l’irrésistible ascension du messianisme juif, 1967-2013), qui fera aussi l’objet d’un documentaire sur FR2. Rencontre à Jérusalem.
Pourquoi ce livre ?
On pourrait dire « les colons ont gagné ! ». Le sionisme religieux a gagné. C’est le message de mon livre qui montre comment pendant la période qui débute après la guerre des Six Jours en 1967, la mouvance des colons est devenue une force dominante dans la société israélienne, avec un discours théologique eschatologique (prévoyant la fin du monde, NDLR).
Une idéologie qui avait de la peine à s’imposer jusque-là…
La simple idée du retour en terre d’Israël était bannie chez les religieux. Quand le sionisme politique fut inventé par Herzl à la fin du XIXe siècle, les ultra-orthodoxes y étaient farouchement opposés, les maîtres rabbins y voyaient trois interdits : les juifs ne peuvent se révolter contre les nations du monde, ils ne doivent pas revenir en masse en Eretz Israël (terre d’Israël) car c’est Dieu qui décidera de ce retour, et enfin il ne faut pas que les nations du monde se montrent trop dures envers le peuple juif. Pour sa part, le sionisme libéral façon Herzl – on ne dira pas laïque – envisageait, lui, la cohabitation avec les minorités comme les Arabes, prévoyait un vice-président arabe, etc. Avec le réveil du sionisme religieux, les interdits susmentionnés sont tombés.
Surtout après le choc de 1967…
Oui, en 1967, lors de la guerre, Israël conquiert les lieux de son histoire biblique. Dont Jérusalem et le mont du Temple. C’est le réveil des nationalistes religieux juifs, qui y voient un processus eschatologique et un dessein de Dieu. Les plus déterminés se dirigent tout de suite vers Hébron (où se trouve, selon la tradition hébraïque, le tombeau des Patriarches, dont celui d’Abraham). Ils proviennent de la mouvance messianique, qui croit que le Messie arrive, qu’il faut préparer sa venue. Ce ne sont donc pas les utra-orthodoxes (hommes en noir, les haredim ou « craignant-Dieu », qui pensent que Dieu décidera quand il le choisira de l’envoi du Messie, que les croyants n’ont pas à s’en mêler, NDLR). Cela dit, on commence maintenant à voir des ponts entre ces deux mouvances : des ultra-orthodoxes qui deviennent sionistes et des religieux sionistes qui deviennent ultra-orthodoxes. Ce phénomène est favorisé par la création dans les territoires occupés d’implantations destinées aux ultra-orthodoxes, comme Beitar Illit, près de Bethléem.
Justement, parlons des colons de 2013. Croyez-vous qu’ils pourraient retourner en Israël en cas d’accord de paix avec les Palestiniens ?
Sans parler des 200.000 Israéliens installés dans des colonies urbaines à Jérusalem-Est (partie arabe de la ville sainte), ils sont environ 350.000 en Cisjordanie occupée. Avec un rythme de croissance de 5% l’an, ils seront donc 400.000 dans trois ans. On n’évacuera pas 300 ou 400.000 colons. Même pas 50.000. Il avait fallu 13.000 soldats et policiers en 2005 pour évacuer 8.000 colons de Gaza et cette démarche, alors, faisait consensus en Israël. Pour les colons, le statu quo est idéal. Parmi eux, les laïcs ne refuseraient pas de voir les Palestiniens dotés d’une autonomie dans les domaines économiques, culturels…
Comment l’Etat israélien les considère-t-il ?
Les autorités sont infiltrées à tous niveaux par les colons, ce qui produit des « miracles » comme quand de nouvelles collines de Cisjordanie appartenant à des Palestiniens sont occupées (illégalement même aux yeux de la loi israélienne) pour y installer des avant-postes de colons destinés à devenir de nouvelles colonies et que l’électricité et l’eau y parviennent. Et il faut de cinq à dix ans à la Cour suprême pour se prononcer sur la légalité de ces faits accomplis.
On constate aussi parmi eux l’émergence d’une jeunesse très radicale, qui n’a jamais habité en Israël même, qui s’en prend volontiers aux Palestiniens…
Il existe une nouvelle génération d’enfants de colons, qu’on appelle « la jeunesse des collines », depuis que Ariel Sharon, après le sommet de Wye Plantation en 1998 avait lancé le slogan « Emparez-vous d’un maximum de collines ! ». Ces jeunes sont quelques centaines, peut-être plus. Des « durs ». Des « salafistes juifs » ! Pour eux, la fin justifie les moyens puisqu’ils se croient investis d’une mission théologique. Dans ce cadre, il n’y a pas la place pour un Etat palestinien. Comme d’ailleurs, pour les extrémistes religieux musulmans, il n’y a pas place pour un Etat juif en Palestine.
Les colons religieux sont des révolutionnaires ; ils ont un but.
Les partis non religieux sont-ils complices ?
En tout cas, la responsabilité des dirigeants de la droite israélienne n’est pas mince. Les Begin, Shamir, Sharon ou Netanyahou ont toujours évoqué « le droit historique des juifs en Eretz Israël » (terre d’Israël au sens biblique). Depuis des décennies, la Cisjordanie n’est pas appelée en Israël autrement que par ses noms bibliques de « Judée et Samarie ». De toute façon, qu’ils soient ou non directement représentés au gouvernement, les colons vont continuer à grandir en nombre.
Propos recueillis par BAUDOUIN LOOS

Photo Joël Saget, AFP.

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Jérusalem, capitale des ressentiments


LE SOIR du 11 mars 2013

REPORTAGE
JERUSALEM
DE NOTRE ENVOYE SPECIAL

Une ambiance à nulle autre pareille. La vieille ville de Jérusalem, derrière ses remparts centenaires, pourrait passer pour le centre du monde… religieux. Moins d’un kilomètre carré en pente, 40.000 habitants presque tous piétons, mais surtout, des lieux saints, tellement saints. Les touristes, nombreux, ne s’y trompent pas : ils viennent pour visiter – vénérer – le Saint-Sépulcre (chrétien), l’esplanade des Mosquées (musulmane) ou le mur des Lamentations (juif). Trois religions révélées qui cohabitent dans une ambiance d’apparence sereine mais la tension politique, pourtant, n’est jamais loin.

Nous entrons par la porte de Jaffa, proche du petit quartier arménien vite traversé. Au sud, le quartier juif rénové ces dernières années accueille nombre de visiteurs américains. Au détour d’un escalier public, le spectacle fait frissonner : à deux cents mètres en contrebas apparaît le mur des Lamentations qui soutient l’esplanade des Mosquées. Le dôme du Rocher y resplendit sous les rayons d’un soleil hésitant. Guide pour un groupe venus d’Atlanta, Daniel nous confie ses impressions un tantinet amères.
« Les journalistes européens se focalisent sur les malheurs des Palestiniens et ignorent la réalité.

Le processus de paix est en panne, OK, mais à qui la faute ? Comment faire confiance aux Arabes ? Vous avez vu ce qui s’est passé à Gaza, on leur a rendu tout le territoire en 2005 et ils en ont fait une base terroriste de lancement de roquettes ! On ne peut prendre le même risque avec la Cisjordanie, cela voudrait dire que le Hamas pourrait prendre pour cibles les grandes villes, dont Tel-Aviv, qui n’est qu’à 20 km de la Cisjordanie, sans parler de l’aéroport, encore plus près, non c’est impossible ! »

Une Américaine d’âge mûr veut se mêler à la conversation. « De toute façon, ils sont éduqués dans la haine des juifs, ils n’accepteront jamais notre présence sur cette terre, donc il faudra nous défendre pendant longtemps encore, et tant pis si cela nous oblige à empêcher l’établissement d’un vrai Etat palestinien, ils devront se contenter d’une autonomie accrue, au mieux, ‘sorry’ ! »

Il ne faut pas parcourir plus de deux cents mètres d’étroites ruelles pavées pour plonger dans un autre monde. A travers le dédale des venelles du souk, côté musulman, les senteurs diffèrent, les couleurs divergent, le bleu et blanc et l’étoile de David disparaissent comme par enchantement. Ici, on s’interpelle d’une boutique à l’autre, on évite les charrettes qui livrent les marchandises, les enfants jouent en criant. Mais la bonne humeur ambiante cache de lourds ressentiments.

Khaled, comme la plupart des boutiquiers, aurait préféré nous vendre les verres peints de Hébron qui font sa spécialité, mais il ne refuse pas un brin de causette. « J’habite une maison de 35 m² louée ici près de la porte d’Hérode, nous dit cet homme sans âge. En dehors de la vieille ville, les loyers sont prohibitifs pour moi. Sans ce logement, je devrais quitter Jérusalem et, alors, je perdrais ma carte de résident et donc l’accès à la ville. Des milliers de Palestiniens sont victimes de ce système inique : après trois ans d’absence pour, par exemple, aller travailler dans le Golfe ou étudier en Europe, ils ont perdu leur carte de résident et ne peuvent plus habiter chez eux ! Alors que les résidents juifs peuvent quitter la ville pendant dix ans sans perdre aucun droit, évidemment… Moi j’appelle cela du racisme. »

Un groupe se forme autour de nous. Adel, plus jeune, intervient dans un anglais approximatif : « Le but des (Israéliens) juifs a toujours été de contrôler le plus grand territoire possible avec le moins d’Arabes. Regardez comme ils cantonnent les Palestiniens dans quatre ‘réserves’, à Gaza, Ramallah, Naplouse, Hébron. »

Le sujet fait vibrer nos interlocuteurs. « Un aspect cruel de plus dans la dépossession, explique encore Khaled en offrant un second thé, c’est que n’importe quel juif de New York, de Kiev ou de Sydney débarque à (l’aéroport) Ben Gurion et il devient israélien en une demi-heure, alors que des millions de réfugiés palestiniens ne pourront jamais – jamais ! – retrouver des terres qu’ils ont dû quitter de force il y a quelques décennies. »

Nous quittons la vieille ville. Dans la partie Ouest, juive, de Jérusalem, un ami israélien nous attend. Un intellectuel qui aime la discrétion mais ne fait aucun effort pour dissimuler son pessimisme. « On s’extasie parce que la formation du soi-disant centriste Yaïr Lapid a fait une percée aux élections de janvier, devenant le second parti israélien. Mais c’est un vote qui n’est pas progressiste, il suffit de voir ce que Lapid pense de Jérusalem. Il explique que ‘l’on avancera quand les Palestiniens comprendront qu’ils n’auront jamais Jérusalem’. Les membres israéliens de l’Initiative de paix de Genève, comme l’ex-colonel Shaul Arieli, invitent régulièrement des députés à venir visiter Jérusalem, constater les ravages causés par le mur de séparation, etc. Eh bien ! Lapid a interdit à ses députés d’y aller ! En outre, il a conclu une alliance pour aller ensemble au futur gouvernement avec le parti de Naftani Bennet, qui représente tout simplement les colons ! »

Se peut-il que les frustrations palestiniennes aboutissent à une troisième intifada (soulèvement) ? « Tous les éléments sont là et la colère de la population palestinienne s’accroît. La crise financière de l’Autorité palestinienne qui peine à payer les salaires, l’absence de négociation qui prive de perspective d’avenir, la colonisation juive qui continue sans relâche, le rejet populaire des deux grands partis, Fatah et Hamas… Pourtant on n’en est pas à la révolte. La population palestinienne se préoccupe d’abord de ses problèmes quotidiens ; elle est notamment très endettée. Mais qui sait ? Les deux intifadas ont débuté par des étincelles imprévisibles… »

BAUDOUIN LOOS »

L’histoire d’un journal qui déplaisait au roi du Maroc


Le Journal hebdomadaire, vous connaissez? Mais oui, cette publication marocaine qui eut ses heures de gloire, entre sa naissance en 1997 et son décès en 2010… Un journal pas comme les autres, au Maroc. Indépendant et compétent. Gênant, donc. Qui devait mourir, et qui est mort.

Une conférence originale s’est tenue à Bruxelles, à l’Espace Magh, le samedi 16 février dernier. De nombreux acteurs de cette expérience originale se sont en effet retrouvés pour l’évoquer, à l’initiative de Radouane Baroudi (1).

Pourquoi donc des hommes et des femmes ont-ils un jour lancé un organe que Hassan Bousetta, admiratif, a appelé « une voix critique dans un contexte d’unanimisme imposé, un travail de transgression de l’ordre politique balisé par des lignes rouges »? Les anciens du Journal en conviennent: c’est Hassan II qui, dans un souci d’ouverture, a permis en fin de règne que l’expérience prenne son envol. Quitte à le regretter? En tout cas, a avancé Aboubakr Jamaï, directeur du Journal, «c’était une des premières fois qu’une entreprise privée marocaine appuyait un projet éditorial respectant la déontologie d’une presse libre tout en ayant le souci de faire du bénéfice. C’est original car, au Maroc, c’est l’un ou l’autre… ».
De quoi une presse libre devrait-elle donc parler? « Nous avons assumé notre « naïveté », a .expliqué Jamaï. Nous considérions que si la Constitution dit que le pouvoir c’est le roi, notre contrat était de parler de celui ou de ceux qui ont un impact sur la vie des gens, de là où le pouvoir se trouve. On nous a accusés de « vendre » en mettant le roi en scène (il est vrai qu’un quart des couvertures lui était consacrée), mais pourquoi les Marocains achètent-ils un journal qui fait de l’investigation à propos du roi? Les gens s’intéressent à la politique quand on les prend pour des adultes. »

« On a cru que c’était le dernier numéro! »

Ali Lmrabet, rédacteur en chef peu après la période initiale, en 98-99, raconte: « On a essayé de faire “autre chose”, sous Hassan II. En se demandant comment asticoter le régime. On a écrit des dossiers. Sur Ben Barka (assassiné à Paris en 1965), sur Abraham Serfaty (juif marocain d’extrême gauche longtemps exilé). A l’époque, ces choses-là étaient en principe impossibles! On essayait des sujets que les autres n’osaient pas traiter. Comme les droits de l’homme. Lorsque nous avons publié l’interview que j’avais faite à Paris de Malika Oufkir (fille aînée du général qui avait tenté un coup d’Etat contre Hassan II en 1972, le roi se vengeant ensuite sur toute sa famille), on a cru que c’était le dernier numéro! »
Fadel Iraki, assureur de son état et, surtout, principal actionnaire du Journal hebdomadaire, confirme l’anecdote. « Je ne me suis jamais mêlé du contenu éditorial, c’était même une condition que j’avais posée pour mettre de l’argent dans cette expérience. La seule fois que Aboubakr Jamaï m’a appelé, c’était pour la une sur Malika Oufkir. Il m’a dit qu’on risquait de se faire interdire une fois pour toutes. J’ai lui ai dit, vas-y si c’est ce que tu veux. »
Ces péripéties funestes qui datent de Hassan II auraient pu – dû – s’arrêter avec Mohammed VI, qui a succédé à son père en juillet 1999. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit! « Nos vrais ennuis ont commencé avec « M6 » en 2000, a souligné Aboubakr Jamaï. Avec notre interview de Mohamed Abdelaziz, chef du Polisario (les indépendantistes du Sahara occidental, pestiférés au Maroc), et un dossier sur la connivence entre une partie de la classe politique et les putschistes des années 70. On a été interdit deux fois, puis on a subi une répression judiciaire basée sur des dossiers fabriqués de diffamation. Mon exil est dû à un Français de Bruxelles qui nous a fait un procès. Je suis parti quand un huissier est venu frapper à ma porte, je devais 250.000 euros… Et je ne parle pas du boycott économique (la pub…) pratiqué par les entreprises publiques mais aussi par la plupart des privées qui craignaient pour leurs contrats. Finalement, notre modèle économique a vécu car le roi l’a souhaité »…

« On m’a dit: ”Aboubakr doit partir” »

Mais le combat a été plutôt long car le Journal a fait de la résistance. Ali Lmrabet quittait certes l’hebdo en 1999 car il estimait, contrairement à Jamaï, que le « makhzen » (le système de pouvoir pyramidal à partir du roi) ne se réformerait pas avec le nouveau roi. L’histoire lui donna raison. « On m’a dit: ”Aboubakr doit partir”, a raconté Fadel Irak; c’était mon seul pouvoir, celui de décider qui était directeur; j’ai refusé. Il y a ensuite eu la censure à propos du Sahraoui Abdelaziz: on a publié des pages blanches et atteint un record de 70.000 exemplaires vendus au lieu de 25.000, on a dû refuser de la pub! Mais cela a vite changé: l’interdiction de décembre 2000 dura cinq à six semaines en raison du papier sur la gauche des années 70 en phase avec les putschistes. En fait, personne ne voulait qu’il soit su que la gauche et les militaires avaient pactisé contre Hassan II ! Il a fallu une brève grève de la faim d’Aboubakr à Paris pour qu’on puisse reparaître mais la pub s’est réduite comme peau de chagrin et on a commencé des procès en cascade. Jusqu’au moment où cela ne fut plus possible, et que survienne une décision de justice de liquidation. »
Omar Brouksy, qui participa à l’aventure entre 2001 et 2010, n’a pas donné une explication très différente, au contraire. «  Aboubakr misait sur le lectorat: on allait parler du vrai pouvoir; ce qui était ressenti comme une menace par le régime car on était vraiment indépendant, ce qui suffisait pour déranger. Notre second point fort: nous n’étions pas un tract antirégime; on partait de l’info, on donnait la parole à toutes les sensibilités, surtout les minorités. Car le Maroc n’est pas une démocratie, l’accès aux infos fiables n’est guère aisé, c’était notre force avec aussi des infos recoupées, démontrées. »
Et d’ailleurs, conclura-t-il, rien n’a vraiment changé. « Actuellement, les thématiques restent les mêmes, malgré la nouvelle constitution, malgré le printemps arabe: l’autoritarisme, la prééminence de la monarchie, la non-indépendance de la justice, les détentions politiques (plus de cent militants du 20 février sont encore en prison), les atteintes à la liberté d’expression, les pressions économiques qui continuent, tout est toujours là. »

« On en a pris plein la gueule »

Que deviennent les journalistes courageux? (2) Ils ont le loisir de méditer: après un séjour en prison, Lmrabet a été condamné en 2005 à une peine inconnue au code pénal, une interdiction d’exercer le métier de journaliste pour dix ans; Aboubakr Jamaï doit toujours payer des centaines de milliers d’euros d’amendes et vit en Espagne; Omar Brouksy, reconverti à l’Agence France Presse, s’est vu retirer son accréditation il y a quelques mois pour avoir écrit dans un reportage que les candidats du PAM (Parti authenticité et modernité) étaient « proches du palais royal », ce qui est pourtant une banalité bien connue au Maroc; quant à l’assureur Fadel Iraki, il a subi un redressement fiscal énorme pour prix de son engagement dans le Journal hebdomadaire.
Il fallait que ces choses soient dites. Comme l’a précisé mi-figue mi-raisin Aboubakr Jamaï, « on a été utilisé comme punching-ball, pour faire un exemple, et on en a pris plein la gueule. La presse marocaine fonctionne avec le bâton et la carotte, on a subi le bâton, d’autres profitent de très grosses carottes, il y a beaucoup de directeurs de publication qui en profitent bien ». Il n’est pas étonnant, dès lors, que le même homme lâche ce jugement amer: « Maintenant, on peut dire que l’état de la presse marocaine est pire que dans les années 90 ». BAUDOUIN LOOS

(1) Il est symptomatique que la rencontre ait eu lieu en Belgique et non au Maroc, mais il est vrai qu’elle n’a pu se tenir qu’en raison de la volonté et de la ténacité du réalisateur Radouane Baroudi, fils de l’exilé politique Mohamed el-Baroudi, qui avait quitté son pays en 1963 et est mort en Belgique en 2007 sans avoir jamais revu son pays. Les efforts de Radouane Baroudi ont été récompensés: le public, plus d’une centaine de personnes, a répondu présent, ainsi que la plupart de ses invités, passionnants. Mais parmi les plus de cent vingt élus belges d’origine marocaine de tous niveaux politiques, seuls trois ont assisté aux travaux: les sénateurs PS Hassan Bousetta (qui a même présidé une partie de la conférence) et Ahmed Laaouej, président de l’Espace Magh, ainsi que le député Ecolo Fouad Lahssaini.
(2) Ali Lmrabet dirige un journal en ligne: www.demainonline.com et Aboubakr Jamaï participe à l’expérience journalistique de fr.lakome.com/

La rencontre du 16 février 2013

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Israël vote ce mardi : à droite toute !


I

Baudouin Loos
Mardi 22 janvier 2013, 08h07 | mis à jour Mardi 22 janvier 2013, 20h14

Si le duo Netanyahou – Lieberman a perdu un peu de son avance dans les sondages, c’est au profit d’un parti d’extrême droite qui veut annexer une majeure partie de la Cisjordanie. La nouvelle Knesset pourrait être la plus nationaliste de l’histoire, à en croire les sondages. La paix n’a quasi pas été évoquée durant la campagne. Analyse

  • Instantané à Jérusalem : cette religieuse orthodoxe marche devant les murailles de la vieille ville utilisées par le Likoud du Premier ministre Binyamin Netanyahou pour faire sa propagande. Sacré le « roi Bibi » par le magazine « Time », M. Netanyahou, champion de la droite, brigue ce 22 janvier un troisième mandat sur le trône d’Israël sans véritable rival. © Ronen Zvulun/Reuters.

Quelque 6,65 millions d’Israéliens sont conviés à voter aujourd’hui pour renouveler leur Parlement (la Knesset) lors d’un vote à la proportionnelle qui leur proposera un choix entre 32 formations politiques. Aucun observateur ne s’attend à de gros bouleversements : la liste du Likoud (nationaliste) du Premier ministre Binyamin Netanyahou qui se présente en alliance avec la formation Israël notre Maison (très à droite également) d’Avidgor Lieberman arrivera largement en tête, et « Bibi » pourra composer son nouveau gouvernement en choisissant les partis nécessaires – qu’ils soient religieux, d’extrême droite ou du centre droit – pour former une majorité confortable. Principal absent du scrutin : le conflit israélo-palestinien. Passons en revue quelques données qui seront la marque de ces élections.

Pourquoi ce scrutin ? Binyamin Netanyahou et Avidgor Lieberman ont avancé la date de ces législatives qui devaient se tenir à l’automne. Cette décision leur était inspirée par des sondages alors très favorables. Toutefois, depuis lors, les instituts de sondage ont quelque peu refroidi les responsables de la liste, qui devrait faire moins de sièges (autour de 33 élus) qu’en 2009 (42 élus si on additionne les deux partis qui se présentaient séparément). Mais Netanyahou n’a rien à craindre : même si ce chiffre décevant était entériné par les urnes, il se succédera à lui-même, le second parti n’arrivant pas à la moitié d’élus, selon toutes les prévisions.

Qu’annoncent les sondages ? Derrière la liste Netanyahou-Lieberman, le parti travailliste devrait refaire surface et prendre la seconde place (une quinzaine de sièges lui sont promis). Revigoré par sa nouvelle patronne, l’ex-journaliste Shelly Yachimovich qui a consacré l’essentiel de son énergie à se donner l’image de défenseur des démunis, de la justice sociale, cela au détriment du dossier palestinien, dont elle fait très peu de cas, montrant même beaucoup de compréhension pour les colons.

En troisième position, on devrait trouver le parti d’un nouveau venu dans la politique, Naftali Bennett (40 ans), un ex-entrepreneur très riche qui a redonné des ailes au vieux Parti national religieux (Mafdal) sous le nom de Foyer juif. On lui prédit entre 12 et 15 élus au lieu des 3 actuels. Ce sont des durs. Le parti des colons juifs. Il préconise l’annexion par Israël des 60 % de la Cisjordanie occupée sur lesquels l’Autorité palestinienne (AP) n’a aucun contrôle en vertu des accords dits d’Oslo. Selon « le plan Bennett », l’AP et ses confettis de territoires seraient dotés d’une plus large autonomie, sans plus.

Derrière ces formations, on devrait trouver un tout nouveau parti, Yesh Atid, lancé par un ex-journaliste charismatique Yaïr Lapid, puis une autre formation tout récemment créée, HaTnouha, dirigée par l’ex-ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni. Celle-ci se démarque des autres en promouvant la reprise du processus de paix avec les Palestiniens. Fermeront la marche, deux (ou trois) partis ultra-orthodoxes, un parti sioniste de gauche (Meretz), le parti mixte juif-arabe Hadash (ex-communiste) et deux autres partis arabes.

La droite laïque et religieuse conservera donc sans problème une très grosse majorité dans cette 19e Knesset, même si les instituts de sondage israéliens n’ont pas toujours été des plus fiables.

Et les Arabes israéliens ? Ceux qu’on devrait plutôt appeler les Palestiniens israéliens – près de 20 % de la population – sont, comme à chaque élection israélienne, partagés entre deux attitudes : participer au scrutin ou le boycotter. Les partisans du boycott gagneraient du terrain. Au motif que, de toute façon, les Arabes resteront toujours des citoyens de seconde zone en Israël, discriminés et souvent considérés avec méfiance par la majorité juive du pays. Fait exceptionnel : la Ligue arabe a émis un communiqué ce lundi à l’adresse de cet électorat, l’enjoignant à aller voter. « La Ligue arabe, dit le texte, appelle les citoyens arabes d’Israël à voter massivement aux élections afin d’être représentés et pouvoir s’opposer aux lois racistes »

Que devient la solution des deux Etats dans ce contexte ? Deux Etats, Israël et Palestine, vivant côte à côte pacifiquement : tel est le but affiché par la totalité de la communauté internationale. Binyamin Netanyahou, sous la pression de Barack Obama, a officiellement embrassé cette perspective en juillet 2009, mais les faits et gestes de son gouvernement dénotent en même temps un sabotage à la fois consciencieux et inlassable de la solution des deux Etats par l’extension de la colonisation juive en Cisjordanie et à Jérusalem-Est qui rendent tout à fait impossible la création dans ces territoires d’un Etat palestinien muni de la souveraineté qu’un tel statut devrait impliquer.

Dimanche encore, Netanyahou faisait étape à Ariel, l’une des plus grandes colonies juives qui s’enfonce profondément dans le nord de la Cisjordanie occupée, et ses propos avaient le mérite de la clarté : « Ariel, capitale de la Samarie, est une composante centrale de la ceinture de sécurité d’Israël (…). Si Dieu le veut, de la même manière que Jérusalem sera pour toujours notre capitale éternelle, Ariel a été et sera toujours inséparable d’Israël ».

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L’Armée syrienne libre dépassée par les jihadistes


LOOS,BAUDOUIN

Page 11

Jeudi 17 janvier 2013

SYRIE Les dérives de certaines factions de l’ASL sont en cause

Plus que jamais, la violence entre l’armée syrienne et les groupes rebelles donne le ton en Syrie. Ce mercredi encore, deux attentats suicides à la voiture piégée ont causé mercredi la mort de 22 personnes à Idlib, une ville du nord-ouest de la Syrie tenue par les forces gouvernementales, a indiqué l’agence officielle Sana, qui a accusé des« terroristes ». Quoi qu’il en soit, depuis des mois, une évolution se confirme en Syrie : l’Armée syrienne libre (ASL), composée de citoyens et de déserteurs, s’efface peu à peu devant les groupes jihadistes.

De récents reportages dans le nord du pays attestent du caractère tangible de ce phénomène qui pourrait changer la face du conflit. Barak Barfi, un chercheur arabe publié sur le site theatlantic.com à Alep, rapportait ainsi le 14 janvier sous le titre « La face sombre de l’opposition syrienne » la mauvaise réputation que l’ASL s’est taillée ces derniers mois. Et de prendre un exemple local connu, celui d’un certain Ahmad Afash, chef de la brigade de l’ASL du village d’Anadan, au nord d’Alep, dont le nom est devenu le symbole même des dérives de l’armée rebelle.

« Afash vole tout, depuis les graines jusqu’aux voitures, témoigne un combattant de l’ASL. Il justifie cela en disant que personne ne lui donne d’argent pour sa brigade. » Un chef de l’ASL, Abou Aharr, reconnaît dans l’article que « trop de gens sont venus nous rejoindre pour de mauvaises raisons ».

Résultat ? « Ces problèmes expliquent pourquoi les Syriens se dirigent de plus en plus vers les brigades islamistes, comme Jabhat al-Nosra », écrit Barak Barfi. Les Etats-Unis ont placé ce groupe dans la liste des organisations terroristes en raison de ses liens avec l’organisation Al-Qaïda, mais les Syriens n’en ont cure ou, pire, s’en offusquent.

Dans le quotidien arabe à capitaux saoudiens diffusé à Londres Al-Hayat, un reportage publié le 14 janvier, cite des commerçants d’Alep qui ont été pillés par des bandes de l’ASL se féliciter de la présence de Jabhat al-Nosra « parce qu’eux ne volent pas ».

Mais le succès des jihadistes ne se limite pas à leur réputation de probité. Leur apport militaire ne fait pas de doute. Un des principaux chefs de l’ASL, le colonel Abdouljabbar Okaïdi, l’a admis récemment à l’agence Reuters :« Nous ne partageons peut-être pas leur philosophie, mais ce sont des combattants acharnés et loyaux (…) et au bout du compte, ils combattent le régime à nos côtés. Et nous n’avons pas vu leur extrémisme. »

Enfin, le meilleur armement des jihadistes explique également leur succès, comme nous le confie l’historien belge Pierre Piccinin de retour de la région d’Idlib : « Les brigades de l’Armée syrienne libre (ASL) ont fondu comme neige au soleil pour une raison claire : les brigades islamistes disposent d’armes flambant neuves, des armes légères certes, surtout, alors que l’ASL semble condamnée à tirer les dernières cartouches de ses vieilles armes. Les jeunes qui veulent rejoindre la rébellion armée se dirigent maintenant vers les groupes islamistes, où ils trouvent armes et entraînement. » (1)

Dans Al-Hayat, un chef de Jabhat al-Nosra se réjouit sans détour de cette asymétrie dans l’armement : « Cela poussera la Syrie dans les mains de Dieu. Tout cela s’accomplira quand les rebelles découvriront que l’Occident les a trompés. » Une « découverte » déjà largement effective, si l’on en croit divers témoignages dont celui de Pierre Piccinin.

Le risque existe-t-il donc de voir l’ASL et les jihadistes comme Jabhat al-Nosra finir par se combattre ? Impossible de l’exclure. Sakr Idlib, un combattant rebelle cité par Reuters dans le reportage repris plus haut, le dit clairement :« Nous craignons qu’après la chute du régime, ils essaient d’imposer leurs vues au peuple syrien. Leur objectif est que la Syrie devienne un Etat islamique et l’Armée syrienne libre est à l’opposé de cela. »

Le chercheur belge Thomas Pierret entend cependant nuancer : « Si on désigne par jihadiste tout islamiste qui porte une arme, alors il faut y inclure une bonne portion de l’ASL. Le commandement unifié de cette dernière, créé en décembre, inclut des représentants de groupes islamistes – et pour certains salafistes – comme Suqur al-Sham, Liwa al-Islam et Liwa al-Tawhid. »

(1) L’interview de Pierre Piccinin sur http://blog.lesoir.be/baudouinloos/

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Gaza et Israël : rien que des victimes ?


Baudouin Loos

On saluera d’emblée le cessez-le-feu survenu hier soir au Proche-Orient. Puisse-t-il perdurer. La journée avait pourtant bien mal commencé. L’attentat à la bombe qui a fait de nombreux blessés dans un bus à Tel-Aviv – une méthode inacceptable – confortait une posture que les autorités israéliennes s’efforcent d’adopter au nom d’Israël avec succès au niveau des gouvernements occidentaux : celle de victime du terrorisme palestinien. Israël est la victime.

L’argument que les diplomates israéliens sont chargés de faire valoir tient en une question de logique : quel pays accepterait d’être la cible de roquettes de son voisin ? La Belgique laisserait-elle les Hollandais tirer des roquettes vers ses civils sans réagir ? Les diplomaties des pays occidentaux qui se sont empressées de proclamer le droit à Israël de se défendre ont perdu une nouvelle occasion de réfléchir à la question en profondeur.

Car tout se passerait alors comme si la violence palestinienne résultait d’un jusqu’au-boutisme borné de Palestiniens qui n’accepteront jamais l’existence d’Israël. Et d’ailleurs, rappelle-t-on en Israël, Gaza a été évacuée de ses soldats et colons israéliens en 2005, tandis que les Palestiniens répondent depuis lors avec des roquettes.

Ce discours israélien ne correspond pas à la réalité. La réalité est celle d’une bande de Gaza sous blocus, où 80 % de la population, ce 1,5 million de gens dont trois quarts de réfugiés, dépendent de l’aide alimentaire. Même la pusillanime Union européenne demande depuis des années à Israël de cesser son siège.

Que vaut la vie d’un Palestinien ? Combien sont morts depuis moins d’une semaine ? Toute forme de résistance qui s’en prend aux civils de l’autre camp constitue un crime de guerre, y compris par l’usage de roquettes. Mais les bombes israéliennes, bien plus meurtrières, comment faut-il alors les qualifier ?

L’errance des Palestiniens ressemble à une dépossession sans fin. Ils ont dû partir et tout perdre en 1948, puis en 1967. Mais cela continue. Les colonies israéliennes croissent encore dans les territoires occupés en 2012, année qui a déjà vu 180 maisons palestiniennes abattues.

Les choses ne sont pas si simples, bien sûr. On a parlé de certaines méthodes palestiniennes repoussantes et les exécutions sommaires de « collaborateurs » à Gaza en font partie. Mais les toutes-puissantes autorités israéliennes n’offrent aucun espoir aux Palestiniens, que le droit international soutient pourtant. La communauté internationale devrait s’en souvenir.

Gaza 2012 : un air désespérant de déjà vu


BAUDOUIN LOOS
gaza

Comme un air de déjà vu. Des peines déjà vues. Des morts, des blessés, des cris de désespoir. Le Proche-Orient semble condamné à répéter année après année les mêmes spirales sanglantes comme si, maudite par sa trop grande sainteté, cette terre ne pouvait engendrer que le malheur.

Gaza, donc. Une énième « escalade de la violence », comme il convient de dire. Qui a commencé ? Ceux qui sont victimes du blocus ou ceux qui l’organisent ? En tout cas, le gouvernement israélien invoque la légitime défense et a choisi d’« éliminer » Ahmad Jaabari, le chef de la branche armée du Hamas. Un acte dont personne au sommet de l’Etat israélien ne pouvait ignorer les conséquences : le Hamas, touché au cœur, allait répondre avec toute la vigueur dont il est capable. Et Israël, dans sa logique implacable, se devrait de répondre à la réponse avec une puissance plus grande encore.

Alors pourquoi prendre ce risque ? Le New York Times, peu suspect de cacher en son sein des plumes anti-israéliennes, expose ses doutes dans un éditorial : « Israël a le droit de se défendre, mais il est difficile de voir en quoi l’opération de mercredi (l’assassinat de Jaabari) pourrait être le moyen le plus efficace de servir ses intérêts à long terme. »

Le quotidien américain évoque les soupçons de certains commentateurs israéliens sur la connexion possible de l’opération avec les élections législatives anticipées qui doivent avoir lieu le 22 janvier prochain en Israël. Un rapprochement tentant, en effet. Mais qui serait alors un jeu bien dangereux : le Hamas vient de montrer pour la toute première fois depuis sa création en décembre 1987 qu’il était capable d’atteindre Tel-Aviv et Jérusalem avec ses roquettes de plus en plus sophistiquées. Une audace qui appelle en punition des « représailles » israéliennes viriles. Qui a dit « escalade » ?

Certes, après le fiasco médiatique de l’opération « Plomb durci » sur Gaza à l’hiver 2008-2009 et les 1.400 morts dont 300 mineurs d’âge, l’armée israélienne est sans doute chargée de minimiser au maximum les pertes civiles sur le territoire palestinien surpeuplé. Mais les dégâts collatéraux, dans ce contexte géographique confiné, restent la règle plutôt que l’exception.

Comme conclut le même texte du New York Times, il y a mieux à faire de la part d’Israël. Et notamment s’engager sérieusement à travailler à une paix durable avec le rival du Hamas, l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. Ce qui implique l’arrêt de la colonisation. Est-ce possible ?

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« Le siège économique de Gaza doit cesser »


chat voyez ici

Nicolas Verstappen (St.)
Jeudi 15 Novembre 2012, 11h5 | mise à jour il y a 42 minutes

 

A nouveau, c’est l’escalade de la violence entre Israéliens et Palestiniens. Pourquoi ? Baudouin Loos a répondu à vos questions.

« Le Hamas envoie des roquettes régulièrement. Imaginez que le pays voisin de la Belgique envoie des roquettes. Qu’attendrez vous de votre gouvernement ? Qu’il dise merci ? », lance un internaut !
C’est une vision très unilatérale des choses, débarrassée du contexte. Il faut analyser cet événement, et ça demande un peu de connaissance du terrain. Je ne pense pas que les Gazaouites soient des dingues qui prennent un malin plaisir à envoyer des bombes sur Israël juste par plaisir. Pour rappel, le territoire de Gaza a été évacué par les Israéliens depuis 2005 mais est depuis lors encerclé. Il est en état de siège, et rien ne sort ni ne rentre sans le bon vouloir d’Israël. Il n’y a qu’à regarder les derniers chiffres concernant Gaza : 34% de la population est au chômage, 80% dépend de l’aide alimentaire, 35% des terres cultivables et 85% des eaux sont inaccessibles pour les Gazaouites. Qu’on le veuille ou non, c’est une prison à ciel ouvert.

Peut-on voir un lien entre ce qui se passe à Gaza et la récente présidentielle américaine ?
Non, je ne vois aucun lien. Personnellement, je lierai ça plutôt à l’élection israélienne anticipée demandée par Netanyahu. Car il se fait que les sondages pour son parti, le Likoud, déclinaient légèrement. Donc, les partis travaillistes regagnaient du terrain mais eux n’en ont cure du processus de paix et se focalisent sur des problèmes sociaux. Ainsi, je pense que Netanyahu a voulu susciter cette crise pour unir les Israéliens derrière le gouvernement et faire oublier les problèmes sociaux. Comme un renforcement du peuple derrière un ennemi commun.

Y a-t-il une corrélation entre les frappes sur Gaza et la volonté d’Abbas de demander un rehaussement du statut de la Palestine à l’ONU ?
Je ne pense pas. Habas avait l’intention le 29 novembre de présenter l’Etat palestinien comme Etat non-membre à l’ONU. Mais cette affaire de Gaza le handicape sérieusement. Habas aurait voulu qu’on appuie la demande mais en vertu de cette flambée de violence mise sur le compte du Hamas, les Européens se diront que les Palestiniens ne sont pas mûrs pour une indépendance.

Israël n’était-elle pas victime des roquettes tirées depuis Gaza ? Et la « liquidation » du chef militaire du Hamas n’est-elle pas dès lors une conséquence directe ?
Non ! Encore une fois, le Hamas est au pouvoir à Gaza, mais il n’a pas commencé ! Le Hamas n’a, très souvent, recours à ce genre de méthode que pour se défendre, riposter ou pour assurer son contrôle sur la bande de Gaza. Mais il existe aussi une infinité de groupuscules plus radicaux que le Hamas à Gaza. Et ces gens-là n’ont pas le même agenda que le Hamas. Il font aussi leurs actions de leur coté. Quant à Ahmad Jaabari, c’est lui qui négociait avec Israël depuis 2005. Israël le connaissait bien. Donc en le tuant, c’est Israël qui met le feu au poudre volontairement à mon sens.

Quels sont les intérêts du Hamas à Gaza ?
Le Hamas aimerait assurer une gestion à Gaza, en faire une réussite. Mais ce n’est pas évident à gérer pour eux car, comme je l’ai dit, ils doivent composer, indirectement et involontairement, avec d’autres groupuscules qui n’ont pas les mêmes volontés et les mêmes visions.

Doit-on parler des Gazaouites en terme de résistants ou de terroristes ?
Pour le gouvernement israélien, toute personne qui résiste est un terroriste. Mais dois-je rappeler ce qu’il a fait à Gaza en 2008 avec l’opération Plomb durci ? Toujours un « deux poids deux mesures ».

L’opinion publique israélienne est massivement derrière son gouvernement. Comment peut-on l’expliquer ?
Parce que l’opinion est conditionnée par le discours de la classe politique qui est majoritairement de dire « Il n’y a pas de partenaire du côté palestinien ». Le Hamas n’est pas une entité monolithique depuis des années. On sait qu’une bonne partie de ces gens ont compris ce qu’il fallait : partager la terre. Ahmad Yassine parlait même de 30 ans de trêve. Mais le gouvernement israélien n’en veut pas. On peut le voir avec la colonisation dans les territoires cisjordaniens qui se poursuit encore à l’heure actuelle.

A nouveau, c’est l’escalade de la violence entre Israéliens et Palestiniens. Pourquoi ? Baudouin Loos a répondu à vos questions.

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Finalement, pourquoi cette recrudescence de violence maintenant ?
C’est un enchaînement comme il y en a eu depuis tant d’années, comme on n’en compte plus d’ailleurs. C’est un ensemble d’éléments qui forment un cocktail qui, un jour, s’avère explosif. Maintenant, avec ce nouvel événement, la question est de savoir jusqu’où ça ira. Quoi qu’il en soit, pour moi, il n’y a qu’une seule issue à ce marasme: que Gaza cesse d’être assiégée économiquement et surtout, que les pourparlers de paix, en vue de la constitution d’un Etat paletinien soient menés à bien au plus vite.

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