Un génocide en cours : les Ouïghours menacés de disparition



Médiapart a déjà documenté le premier génocide technologique de l’histoire : celui qui vise actuellement les Ouïghours en Chine. La journaliste Laurence Defranoux a situé ce terrible épisode en cours. Quand la bombe à retardement va-t-elle exploser ? (Gilles Fumey)

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Comment se battre contre un engrenage génocidaire [1] mis en place par le régime chinois à l’égard des Ouïghours ? Depuis soixante-dix ans, l’étau s’est resserré contre ce peuple aux marges de la Chine. Pourtant, l’ancien président Mao Zedong lui avait promis l’indépendance avant de le coloniser avec force sitôt installée la nouvelle république en 1949…

La journaliste Laurence Defranoux s’est faite, il y a quelque temps, la narratrice d’une persécution programmée de ce peuple. À force d’enquêtes dans les archives, d’interviews des rescapés des camps, des familles des détenus d’aujourd’hui, elle était parvenue à mettre au grand jour l’histoire d’une entreprise d’éradication d’un peuple entier dans une région de l’empire chinois, le Xinjiang, aux frontières de huit pays et qui regorge de richesses naturelles. Aujourd’hui, a lieu dans ce recoin du monde une persécution systématique d’un peuple amené pour les dirigeants chinois à disparaître.

Présentés comme des arriérés, les Ouïghours ont pourtant une histoire brillante qu’on fait remonter à 3 800 ans dans une géographie unique avec des montagnes (jusqu’à plus de 7 000 m d’altitude) dominant deux grands bassins (jusqu’à 154 m sous le niveau marin). Dénommé dans l’histoire « Turkestan », le Xinjiang a vu être enfouies sous les sables des cités antiques. Et les habitants ? Des analyses génomiques montrent qu’ils ne sont ni celtes, ni turciques, ni chinois. On est là sur un lieu de passage entre les mondes chinois et méditerranéen.

La géographie du Tarim montre un désert jalonné d’une quinzaine d’oasis sur ce qu’un géographe allemand appelle au 19e siècle les «Routes de la soie». Évangélisés au 7e siècle, les Ouïghours avaient fondé leur propre empire, qui aide les Chinois au 8e siècle, avant de se séparer, les uns vers le Gansu, les autres vers le Tarim, puis de se sédentariser. « Professeurs de civilisation de Gengis Khan », actifs jusqu’en France où un moine ouïghour est reçu par Philippe le Bel, les Ouïghours vont « s’évanouir » du 15e au 20e siècle, le Xinjiang étant intégré à l’empire Qing, et devenant une province jusqu’à la fondation de la république de Chine en 1912. Peu avant la Longue marche, Mao promettra l’autodétermination. Des républiques du Turkestan sont proclamées en 1933, puis en 1944 avant l’élimination des futurs dirigeants dans un crash d’avion en août 1949.

Les premiers soldats chinois arrivent au Xinjiang en 1954. L’exploitation des terres et des ressources minières y est lancée, la région doit donner des soldats pour la réserve de la Chine populaire. Les premiers camps pour les récalcitrants sont installés sur des terres agricoles. Les colonies militaires deviennent « secret défense », ont leur propre administration : postes, prisons, hôpitaux, tribunaux. Progressivement, la terre devient un goulag où sévit la famine. Les mosquées sont transformées, suprême humiliation, en porcheries.

Après la mort de Mao en 1976 et la « modernisation » de Deng Xiaoping, l’étau se desserre, les frontières sont ouvertes, les religions sont tolérées, la culture connaît un nouveau souffle jusqu’à la mort par overdose d’Exmetjan en 1991, à l’âge de 22 ans. En réalité, le revirement avait démarré dans les années 1980 où le vent de la révolte souffle sur toute la Chine, un sursaut écrasé à Tien’anmen en avril 1989. Dès lors, la colonisation reprend de plus belle. Jacqueries, plasticage, autorisations politiques à la violence, tout est organisé par l’État central qui attise le feu par des décisions absurdes. Laurence Defranoux a détaillé « le long bras de la police chinoise autour de la Terre ». Elle analyse la fabrique du terrorisme chinois de 2001 à 2008, les transferts de population, les quotas ethniques, voire le retour des autodafés… Et une communauté internationale qui ferme les yeux, donne au gouvernement l’occasion d’une publicité mondiale avec les JO de Pékin en 2008. Alors que les procès s’enchaînent comme celui de Liu Xiaobo et que les multinationales s’y installent et prospèrent.

L’enchaînement infernal, c’est 2009-2011 : harcèlement des jeunes, ratonnades, hystérie collective suite à des attaques à la seringue, les politiciens feignant d’agir, sinon par la propagande. À l’arrivée de Xi en 2012, le « rêve chinois » est en marche. Sévit alors un nationalisme outrancier, un listing de « périls » provenant de l’Occident. Les « nouvelles Routes de la soie » tissent activement une toile dont le Xinjiang est le centre, le « carrefour mondial ». Un attentat-suicide sur la place Tian’anmen, des massacres (comme les États-Unis en sont familiers), tout est bon pour désigner les Ouïghours comme responsables, autant de faits relevant de la prophétie réalisatrice.

Surveillance « orwellienne »
Les méthodes brutales de la Révolution culturelle (1966) que Xi a lui-même connues vont être appliquées aux Ouïghours. La guerre du peuple est déclarée, les religions sont traquées, les filles doivent se trouver des « amis » han, des émeutes hystérisent la vie des Ouïghours tandis que le parti islamique du Turkestan s’installe à l’étranger, faisant des Ouïghours une « autre sorte de jihadistes » (dixit les dirigeants chinois). De multiples témoignages confirment le désespoir de la population devant l’État policier qui les asphyxie : lois antiterroristes, « serments de masse » où des milliers d’enseignantes doivent aduler Xi, dénonciations et punitions, absence de protection des données personnelles…

Les 12 millions de Ouïghours sont les cobayes d’une recherche « visant à faire de la Chine une dystopie ». Avec des programmes comme « Devenir une famille », l’interférence dans l’éducation des enfants ouïghours, l’institutionnalisation de la violence sexuelle, l’incitation à la consommation d’alcool (dans une culture musulmane), l’utilisation de l’IA pour surveiller les déplacements et les conversations téléphoniques que les Chinois recoupent avec d’autres données avec des logiciels espions : la vie des Ouïghours devient un enfer.

Des centaines de milliers de Ouïghours dans les camps
Le pire est atteint avec les camps décrits comme des lieux du supplice. On ne dévoile pas ici les informations reçues par Laurence Defranoux mais ils défient l’imagination. Le PC veut « briser les lignées, les liens, les racines, les origines ». Des tortures mentales aux tortures physiques (à l’électricité), des viols en série, des stérilisations et des avortements forcés, des bébés et des enfants enfermés, des familles séparées, tout est exécuté avec un sang-froid qu’on a peine à imaginer d’un pouvoir qui se présente comme respectable au reste du monde. 21% des arrestations de toute la Chine sont le fait des Ouïghours qui ne représentent que 2% de la population ; dans certaines villes, cela représente un adulte sur huit. Le pire ? La Chine nie tout de cette « prison à ciel ouvert ». Aucun déplacement libre n’est possible dans le Xinjiang. Le travail forcé est devenu la règle et toute entreprise chinoise peut demander à l’État des ouvriers ouïghours.

En octobre 2018, volte-face : la Chine est forcée de reconnaître les camps qui sont rebaptisés, par exemple, « centres de formation professionnelle ». La propagande fonctionne à fond : « les Ouïghours sont heureux ». Pékin crie à la désinformation et au « complot anti-chinois ». Dans quelques années, le Xinjiang sera devenu un parc d’attractions pour touristes chinois, où les habitant turciques seront folklorisés.

« Aujourd’hui, aucun Ouïghour n’est libre, leur civilisation se meurt et le monde s’en accommode »,alerte Laurence Defranoux. Cette vaste colonie pénitentiaire a fait l’objet de… félicitations de la part de gouvernements musulmans qui craignent pour leurs juteuses affaires avec Pékin. Amnesty international crie au « génocide et au crime contre l’humanité ». La Chine ne reconnaît pas la compétence de la Cour de justice internationale mais sir Geoffrey Nice parvient à fonder à Londres un Tribunal ouïghour en 2021, reconnu par de nombreux pays européens et l’Assemblée nationale française. En  022, l’ONU a dressé un réquisitoire accablantcontre la politique de Xi Jinping au Xinjiang.

L’heure de la résistance n’a-t-elle pas sonné ? Les États libres doivent réagir devant l’ogre chinois.

[1] Dans Philosophie Magazine, l’historien Jean-Louis Margolin réfute l’idée d’un génocide des Ouïghours au profit d’une violence de l’État chinois depuis le maoïsme que nous feignons d’ignorer. 

À lire/voir
Les Ouïghours sont victimes du premier génocide technologique de l’histoire (Clément Le Foll)
L’empire de l’or rouge (Jean-Baptiste Malet)
La Chine et la persécution des Ouïghours : une enquête au cœur de la machine répressive chinoise (Eric Darbé & Axel Royen)
Chine : le drame ouïghour, un film très documenté et bouleversant de
Romain Franklin et François Reinhardt sur Arte (2024)

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Tombés encore plus bas : les Israéliens préconisent d’affamer la population de Gaza


Analyse:

Dahlia Scheindlin

Pour les extrémistes israéliens, rien n’est hors limites lorsqu’il s’agit de Gaza : lutte contre l’acheminement de l’aide humanitaire, rétablissement des colonies juives, décence humaine. Mais ce serait une erreur de les considérer comme un mouvement marginal

Right wing activists blocking aid trucks to Gaza at the Kerem Shalom border crossing on Sunday, January 28, 2024.

Des militants de droite bloquent les camions d’aide à Gaza au poste frontière de Kerem Shalom, le dimanche 28 janvier 2024. photo : Eliyahu HershkovitzDahlia Scheindlin

Jan 30, 2024 10:14 pm IST

C’est par un vendredi après-midi froid et humide en Israël que la présidente de la Cour internationale de justice, la juge Joan Donoghue, a lu ces mots, retransmis en direct par les médias israéliens : « Israël doit prendre des mesures immédiates et efficaces pour permettre la fourniture des services de base et de l’aide humanitaire dont les Palestiniens de la bande de Gaza ont un besoin urgent, afin de remédier aux conditions de vie difficiles auxquelles ils sont confrontés.

Mais quelle que soit la morosité qui règne en Israël, la situation est pire à Gaza.

La température est la même à Gaza qu’à Tel Aviv, mais le froid n’est pas le même. Ici, nous avons des chauffages et de l’électricité ; là-bas, des gens comme moi vivent dans des tentes plantées sur la boue. Ici, nous avons de l’eau et de la nourriture, des toilettes et du papier hygiénique. Ils sont exposés au risque de choléra, une maladie dangereuse qui se propage par les matières fécales. À Gaza, les gens comme moi n’ont pas accès aux médicaments habituels, aux soins de santé, ni à la nourriture : Au moins la moitié des habitants de Gaza risquent de mourir de faim, et la plupart sautent des repas tous les jours. Lorsque les gens insistent sur le fait qu’Israël doit simplement continuer à pilonner Gaza, j’ai envie de leur demander quand ils se sont fait amputer un bras sans anesthésie pour la dernière fois.

La catastrophe humanitaire de près de 2 millions de Palestiniens déplacés était au cœur de la décision de la CIJ, a écrit le juriste Aeyal Gross. Pourtant, de nombreux Israéliens sont furieux de l’ordre donné à Israël de fournir une aide humanitaire aux civils de Gaza (même si Israël est soulagé que la Cour internationale n’ait pas ordonné un cessez-le-feu). Selon les sondages de l’Institut Agam, près de 60 % des Juifs israéliens s’opposent à l’aide humanitaire – un chiffre stable dans le temps.

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Camions transportant de l’aide humanitaire à destination de Gaza arrivent du côté israélien du poste frontière de Kerem Shalom au début du mois. Photo : Jack Guez/AFP

Permettez-moi de délaisser les artifices de l’analyse : s’opposer à l’approvisionnement en eau, en médicaments et en fournitures des populations les plus misérables de la planète semble grotesque, un comble pour Israël ou pour n’importe qui d’autre. Pourquoi le faire ?

Une logique tortueuse

La semaine dernière, avant même la décision de la plus haute juridiction des Nations unies, un groupe d’Israéliens s’est rassemblé à Kerem Shalom, le point de passage sud entre Israël et Gaza, pour bloquer en personne les camions transportant l’aide humanitaire limitée qu’Israël autorise à passer.

  • Ne posez pas de questions aux Israéliens sur les victimes palestiniennes à Gaza.
  • Le monde veut-il vraiment résoudre le conflit israélo-palestinien ? Il faut l’espérer
  • Les Israéliens ne comprennent pas comment ils peuvent être accusés de génocide

Ils ont bloqué le point de passage pendant plusieurs jours ; vendredi, le groupe israélien de défense des droits de l’homme Gisha a indiqué que seuls neuf camions avaient pu passer, tandis que plus d’une centaine avaient été retardés et réacheminés par le point de passage égyptien de Rafah. Enfin, cette semaine, les forces de défense israéliennes ont déclaré la région zone militaire fermée, bloquant les manifestants et laissant passer l’aide. « Pas d’aide aux meurtriers », a écrit le groupe, qui se fait appeler Tzav9 (du nom des appels d’urgence de l’armée israélienne). « Nous ne nous arrêterons pas tant que le dernier otage ne sera pas revenu. Cette semaine, ils ont bloqué l’aide au point de passage de Nitzana.

Tzav 9 prétend représenter un échantillon représentatif de la société israélienne, en particulier les familles des otages, mais les vidéos des manifestations ont montré que nombre d’entre eux étaient habillés comme les activistes religieux d’extrême droite. Il y a donc deux sous-catégories : la partie qui représente les membres des familles des otages pense qu’affamer toute la population de Gaza est le moyen le plus efficace d’obtenir la libération des captifs. La seconde des idéologues d’extrême droite a un autre objectif : faire passer tous les civils de Gaza pour des membres du Hamas, les transformant en cibles légitimes.

Mais il n’y a pas de distinction nette entre ce que pensent les uns et les autres. C’est le gouvernement Netanyahou qui a commencé par couper les vivres à tous les civils au début de la guerre pour faire pression sur le Hamas, dont on connaît le profond et constant souci pour le bien-être de son peuple. Les livraisons ont été interrompues presque hermétiquement jusqu’à la mi-novembre, lorsqu’Israël a commencé à autoriser un peu de carburant pour alimenter les usines de traitement des eaux usées et de dessalement de l’eau – dans l’intérêt même d’Israël, a déclaré le Premier ministre. Puis vint l’accord sur le cessez-le-feu et la libération des otages, au cours duquel Israël a autorisé de l’aide humanitaire en plus grande quantité mais qui était loin d’être suffisante.

Beaucoup en Israël ont conclu (et le gouvernement confirme) que l’énorme pression humanitaire et les bombardements physiques de cette première phase ont « ramolli » la cible, créant ainsi les conditions de l’accord.

Dans la sphère publique, l’ancien chef du Conseil national de sécurité, Giora Eiland, est devenu un défenseur acharné de la création d’une catastrophe humanitaire à Gaza. Il a présenté cet argument dans le journal Globes le 8 octobre, et l’a encore développé et repris dans les studios de télévision et de radio. Il a affirmé qu’une catastrophe humanitaire – y compris des épidémies – n’était pas un problème, dans une article publié dans le journal Yedioth Ahronoth en novembre. Un groupe de responsables de la santé publique, inquiets, a écrit une lettre ouverte pour demander à Israël de ne pas s’engager dans cette voie, qui serait désastreuse sur le plan régional et moral.

Bien entendu, Eiland n’est pas le seul à considérer tous les habitants de Gaza comme des cibles légitimes. L’Afrique du Sud a réussi à rassembler de nombreuses citations de ministres et de législateurs israéliens dans ce sens pour son procès devant la Cour mondiale, laissant les Israéliens insister, penauds, sur le fait qu’il s’agissait de paroles en l’air prononcées par des fanfarons sans importance.

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Un manifestant portant un obus et un T-shirt sur lequel on peut lire « Seule la colonisation apportera la sécurité », lors d’une manifestation au point de passage de Kerem Shalom, dimanche.

Mais certains coupables savent précisément pourquoi c’est une erreur.

En 2009, un ministre du gouvernement Olmert a été chargé de coordonner les besoins humanitaires de Gaza pendant ce que nous considérions alors comme la mère de tous les bombardements : l’opération « Plomb durci ». Le ministre a rencontré les chefs des délégations de l’ONU et a tenu des propos convaincants pour soutenir les besoins civils des habitants de Gaza. Pourtant, à la fin de l’opération, Gaza était en ruines et une commission nommée par l’ONU a enquêté sur les crimes de guerre commis par les deux parties.

Le ministre, qui a une formation juridique, a déploré que le rapport Goldstone ait trouvé des preuves de crimes de guerre à cause de déclarations incendiaires de politiciens : « Le rapport a établi que le gouvernement d’Israël avait sciemment entrepris de détruire Gaza (…) sur la base de déclarations de dirigeants israéliens qui ne comprennent pas que leurs bavardages ont de graves conséquences. Il s’agit de personnes qui ont des titres respectables mais qui n’ont aucune influence sur les [décisions] de combat. Il s’agit d’une culture de la langue de bois qui n’a aucun sens. Nous devons comprendre que tout ce qui est dit peut en fin de compte nuire aux intérêts d’Israël ».

On peut donc se demander à quoi pensait Isaac Herzog lorsqu’en tant que président de l’État – et non simple ministre du bien-être, comme en 2009 – il a déclaré devant une salle remplie de journalistes étrangers que « c’est toute une nation qui est responsable ». Cette rhétorique des « civils inconscients et non impliqués » n’est pas vraie. Aujourd’hui, il affirme que la Cour mondiale a déformé ses propos, mais l’arrêt dit simplement : « Le 12 octobre 2023, M. Isaac Herzog, président d’Israël, a déclaré, en se référant à Gaza » – et cite l’intégralité du long paragraphe, mot pour mot.

La situation empire

Et pourtant, ce sont les voix les moins dangereuses de la société israélienne qui s’opposent à l’aide humanitaire. Les plus dangereuses représentent ce qui était autrefois une frange idéologique, qui se trouve aujourd’hui au cœur du pouvoir. Cette idéologie s’est manifestée de manière hystérique lors de la conférence de dimanche, prônant la prise de contrôle définitive de Gaza par Israël et la reconstruction des colonies juives qui s’y trouvent. Les orateurs n’ont pas moins plaidé pour l’expansion ou la reconstruction des colonies de Cisjordanie.

Le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, s’exprimant lors de la conférence « recoloniser Gaza », dimanche. Son parti, Otzma Yehudit, obtiendrait huit à neuf sièges à la prochaine Knesset, selon des sondages récents. Photo : Ronen Zvulun/Reuters

La salle était bondée d’hommes aux papillotes flottantes et aux couvre-chefs exagérément immenses – une démonstration ostentatoire d’un judaïsme matérialiste, cultuel et triomphaliste qui viole toutes les valeurs que je chéris. Les orateurs ont hurlé au rétablissement du Gush Katif, à la victoire sur les ennemis, à la destruction d’Amalek – et à la « destruction des ennemis de Dieu ». Ils parlaient peut-être des Palestiniens, mais peut-être que la prochaine fois, ils adopteront l’idéologie takfiri et s’en prendront à d’autres Juifs.

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En attendant, comment réaliser ces plans de colonisation de Gaza ? Des participants enthousiastes brandissaient des banderoles avec la réponse : « Seul le transfert apportera la paix ! « Seul le transfert apportera la paix ! » « Trence-fer » signifie « expulsion » en hébreu. Itamar Ben-Gvir, l’un des orateurs les plus appréciés de la conférence et l’un des principaux ministres du gouvernement actuel, a obtenu dernièrement huit, voire neuf sièges dans les sondages – une progression constante par rapport aux six ou sept sièges qu’il obtenait il y a quelques mois (depuis les dernières élections de novembre 2022, son parti, ainsi que le Sionisme religieux, avaient perdu un grand nombre de leurs 14 sièges à la Knesset dans la plupart des sondages). Aujourd’hui, il est en pleine ascension, et il lui reste beaucoup de temps pour continuer à grimper avant les prochaines élections.

L’excuse de la « frange insignifiante » est morte. En Israël, ce qui paraît insensé un instant devient une politique officielle le lendemain. À partir du milieu des années 2010, le mouvement « souverainiste » – un groupe d’extrême droite et de colons prônant l’annexion par Israël des territoires occupés dans un magazine sur papier glacé, des conférences et des soutiens politiques de haut niveau – a précédé les grandes politiques annexionnistes de l’ère Nétanyahou qui a suivi. Le plan d’élimination du pouvoir judiciaire publié par le Sionisme religieux deux semaines avant les élections de novembre 2022 était un avant-goût du plan dirigé par le Likoud en janvier 2023 – après une décennie d’incitation à l’élimination du pouvoir judiciaire. Un grand nombre de personnalités du Likoud ont participé avec enthousiasme à la conférence sur la « recolonisation de Gaza ».

C’est le cas des législateurs du Likoud Boaz Bismuth, Moshe Saada, Amichai Chikli (ministre dans le gouvernement actuel) et Dan Illouz (anciennement du Kohelet Policy Forum pendant une décennie, et avant cela, un homme d’Im Tirtzu). La semaine dernière, ces quatre personnes ont envoyé une lettre à M. Netanyahou et au ministre de la défense Yoav Gallant, exigeant l’arrêt immédiat de toute aide humanitaire à Gaza dans le cadre des accords actuels. Leur raisonnement : l’aide est distribuée par l’intermédiaire de l’agence pour les réfugiés UNRWA, qu’ils considèrent comme synonyme du Hamas.

Vous ne trouverez aucune différence entre Smotrich et le Plan décisif pour le Hamas des membres du Likoud ; seulement des cartes détaillées et des flèches expliquant comment Israël va regrouper plus de 2 millions de Palestiniens dans des zones exiguës de la bande de Gaza.

Le dossier israélien accusant les employés de l’UNRWA d’avoir participé aux attaques du 7 octobre est à la fois dépravé s’il est vrai, et exploité de manière déraisonnable pour défendre la destruction de l’UNRWA et l’aggravation du supplice collectif des habitants de Gaza. Selon eux, la distribution de l’aide renforce le Hamas. Cela nous ramène à la conférence « recoloniser Gaza », car ce qu’ils proposent pour la distribution de l’aide jette les bases de la réoccupation de Gaza.

Les quatre membres du Likoud font part de leurs réserves générales quant à l’entrée de l’aide, mais s’il doit y en avoir une, ils soutiennent le transit par les zones contrôlées par Israël,  » proposé dans notre plan décisif contre le Hamas ». Il s’agit d’une brochure PDF courte et élégante qu’ils ont publiée sur leurs réseaux sociaux à la mi-janvier ; c’est un bref manifeste pour la prise de contrôle militaire complète de Gaza par Israël.

Le terme « Plan décisif » pourrait vous rappeler quelque chose. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, du sionisme religieux, a publié son propre « Plan décisif » en 2017 – un discours visant l’annexion par Israël de toute la Cisjordanie. Les Palestiniens pouvaient rester et se soumettre, partir ou être tués. Il n’y avait pas grand-chose à propos de Gaza dans le plan de l’époque ; ces jours-ci, Smotrich propose d’annexer la totalité de la Cisjordanie.

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Participants à la conférence de dimanche à Jérusalem appelant Israël à réinstaller les habitants de la bande de Gaza. Photo: Ronen Zvulun/Reuters

Vous ne trouverez aucune différence entre Smotrich et le Plan décisif pour le Hamas des membres du Likoud ; seulement des cartes détaillées et des flèches expliquant comment Israël va regrouper plus de 2 millions de Palestiniens dans des segments étriqués de la bande de Gaza. Les couloirs entre ces zones seront surveillés par l’armée et personne ne sera autorisé à les traverser. La ville de Gaza ne sera pas reconstruite, mais « purifiée des nids de résistance », tandis qu’Israël contrôlera tout le nord, les couloirs et le périmètre à perpétuité. Deux minuscules sous-bandes au nom insupportable de « zones de désescalade » serviront de sites de distribution d’aide, comme des mangeoires. Pour tous ceux qui ne souhaitent pas vivre comme un « animal humain », les Israéliens débattent depuis des mois des options et des incitations au « départ volontaire ».


Il n’y a pas d’échappatoire, pas de défense « juste des franges sauvages ». En temps de guerre, c’est ce que nous sommes. Israël doit mettre fin à l’assaut fou contre l’aide humanitaire maintenant, et réhabiliter son âme lorsque tout cela sera terminé.

Source

Traduction par DEEPL relue par Annie Goossens

Opinion |  C’est le courant dominant d’Israël qui nous a conduits à La Haye, et non ses franges lunatiques


Israeli President Isaac Herzog signs a munition near the Gaza Strip border.           Credit: Haim Tzach / GPO

Gideon Levy

Isaac Herzog, Yoav Gallant, Israel Katz : le président, le ministre de la défense et le ministre des affaires étrangères d’Israël. La présidente de la Cour internationale de justice de La Haye, Joan Donoghue, a choisi de les citer tous les trois comme preuves de soupçons d’incitation au génocide en Israël.

La juge n’a pas cité les franges de l’extrême droite, ni Itamar Ben-Gvir, ni Eyal Golan, ni les généraux à la retraite Giora Eiland (laisser les épidémies se propager à Gaza), ni Yair Golan, l’homme de paix et diagnosticien des processus (laisser Gaza mourir de faim).

La troisième des mesures provisoires émises par le tribunal vendredi, signée par l’ancien président de la Cour suprême israélienne Aharon Barak, juge ad hoc d’Israël dans cette affaire, ordonne à Israël de prendre toutes les mesures en son pouvoir pour empêcher et punir l’incitation directe et publique au génocide des Palestiniens de la bande de Gaza.

  • Même le président israélien ne sait pas quel est le plan d’Israël pour Gaza
  • L’aile droite d’Israël a effacé la Ligne verte et amplifié le discours du Hamas.
  • Un obus d’artillerie signé par le président israélien aurait pu toucher un enfant à Gaza.


Il semblerait qu’Israël doive maintenant enquêter, et éventuellement punir, son président et ses deux ministres les plus importants, et ils auraient dû être convoqués par la police dès dimanche matin. Israël ne le fera pas, bien sûr, mais il est impossible d’ignorer les soupçons soulevés par le tribunal concernant le cœur même d’Israël.


L’arrêt de la CIJ est un chef-d’œuvre de prudence et de modération. Il n’y a qu’en Israël, qui se trompe lui-même et nie jusqu’à la distraction, que l’on peut « pousser un soupir de soulagement » et même « faire la fête » dans son sillage. Un État qui fait l’objet d’un procès pour génocide devant le tribunal des Nations unies devrait avoir honte et ne rien célébrer.

Un État dont le président et les principaux ministres sont soupçonnés d’avoir incité au génocide devrait porter un sac, et non s’émerveiller de sa propre grande réussite imaginaire. Chaque Israélien aurait dû se tortiller sur son siège vendredi du simple fait du procès, et ressentir un profond sentiment de honte et d’humiliation en entendant les explications de la décision.

Un char israélien prend position à l’entrée ouest du camp de réfugiés de Khan Yunis, alors que les Palestiniens fuient avec quelques effets personnels vers des zones plus sûres plus au sud de la bande de Gaza, jeudi. Crédit AFP

l est un peu plus difficile d’accuser ce tribunal d’antisémitisme maintenant, après qu’il n’a pas ordonné à Israël d’arrêter la guerre. Cela n’a pas gêné la correspondante politique de Channel 13 News.

Moriah Asraf Wolberg, qui portait un collier avec un pendentif en forme d’Israël incluant la Cisjordanie, n’a pas cédé aux antisémites de La Haye ; elle a continué à réciter le mantra selon lequel le tribunal est hypocrite, le monde est hypocrite et Israël mène la guerre la plus juste et la plus morale au monde. Quiconque veut croire cela, même après l’ordre du tribunal de La Haye, est le bienvenu ; on peut croire à n’importe quelle fiction.


Une maison détruite par une frappe israélienne meurtrière en janvier 9. L’inscription est la suivante : « Enfants restés sous les décombres : « Enfants restés sous les décombres, Oman, Abdullah et Massa »  Crédit : Mohammed Salem / Reuters


Cependant, nous devons avant tout prêter attention à la sagesse de la Cour, qui s’est concentrée sur le courant principal d’Israël, et non sur ses franges. Herzog, ancien président du parti travailliste et homme d’État le plus fédérateur d’Israël, Gallant, dont le licenciement a été physiquement empêché par les protestations du centre-gauche, et Katz, qui, bien qu’il ait appelé samedi à poursuivre le chef de l’agence pour les réfugiés UNRWA ( !), est considéré comme relativement modéré.

Ils sont les principaux suspects dans l’incitation au génocide. L’incitation au génocide du peuple palestinien a peut-être été inventée par Meir Kahane, mais elle est déjà presque dans le domaine public.

Dans l’Israël de l’après-7 octobre, la réaction appropriée à la punition de Gaza est la suivante : « C’est toute une nation qui est responsable », selon les mots du président qui signe les obus ; « J’ai relâché toutes les contraintes. Nous combattons des animaux humains », a déclaré le ministre de la défense – lorsqu’il était à la tête du commandement sud de Tsahal, il aimait appeler à couper « la tête du serpent » – ou encore : « Ils ne recevront pas une goutte d’eau ni une seule pile », a menacé le 13 octobre le premier diplomate israélien, le ministre des affaires étrangères Katz, alors qu’il était ministre de l’énergie.

Les juges de La Haye ont parfaitement diagnostiqué ce que nous refusons d’admettre ici : le problème d’Israël, c’est son courant dominant, pas ses franges lunatiques. C’est le courant dominant qui nous a amenés à La Haye, c’est le courant dominant qui a incité au génocide, après qu’Israël se soit convaincu avec une facilité incroyable qu’après le 7 octobre, tout est permis. Heureusement, à La Haye, on semble penser différemment, très différemment.

Source (version originale)

Traduction Annie Goossens via Deepl

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