DE TUNIS AU CAIRE, DES PEUPLES LUTTENT POUR SE DÉFAIRE DE LEURS CHAÎNES


Égypte : Un face à face dramatique
Silvia Cattori


Les manifestants mettent le feu au siège du Parti national démocratique (PND) au Caire
(Photo : AFP)

Dimanche 30 janvier 2011

Lorsque, le 17 décembre 2010, un jeune diplômé tunisien, Mohamed Bouazizi, en proie au désespoir s’est immolé par le feu, après qu’une policière ait séquestré les maigres légumes qu’il vendait pour subvenir dignement aux besoins de sa famille, qui aurait imaginé que son geste allait bouleverser le cœur de millions de gens, embraser la Tunisie, conduire un mois plus tard à la fuite de Ben Ali et à la chute de son régime, libérer des peuples entiers de leurs peurs et les conduire à la révolte ?

Bouazizi n’est plus de ce monde. Il ne souffre plus. Paix à son âme. Mais son immense sacrifice a ouvert les portes de l’espérance à des millions de gens dans des pays où l’horizon paraîssait totalement cadenassé. Des gens qui, en Algérie, en Jordanie, au Yémen, en Egypte, ont trouvé en Bouazizi, en son geste tragique, la force d’exprimer avec courage la colère longuement accumulée contre des dirigeants honnis…

Si cette révolution – en train de s’accomplir – a pu se déployer avec cette extraordinaire ampleur, c’est bien évidemment parce que, dans de très nombreux pays arabes, le ressentiment populaire accumulé contre des régimes tyranniques et corrompus est un baril de poudre qui n’attendait que l’étincelle pour exploser.

Des millions de gens de par le monde, qui ne supportent pas l’injustice et l’ensauvagement de leurs sociétés, ont regardé avec espoir, avec inquiétude [1], avec admiration, ces rassemblements d’Égyptiens défier malgré la peur, la fatigue, les gaz asphyxiants, des policiers en uniformes noirs ou en civil, et réussir, en quelques jours seulement, à faire vaciller le régime trentenaire et brutal de Moubarak, le grand allié d’Israël.

En ce 30 janvier 2011, tous les yeux sont tournés vers ces millions d’égyptiens qui sont en train de défier le pouvoir au Caire, sur Tahir Square, et dans d’autres villes, en retenant leur souffle.

Oui, le monde retient aujourd’hui son souffle. Car, après les sacrifices consentis – des centaines de morts, des milliers de blessés graves – le régime de Moubarak, soutenu militairement par les États-Unis, pense sauver les meubles en nommant Omar Souleiman [2] comme vice-président et possible successeur. Or, cette nomination est lourde de dangers.

Il est temps que les gouvernements des grandes puissances « démocratiques » qui soutiennent ces régimes dictatoriaux rendent des comptes à leurs propres peuples. Car, sans le soutien qui leur a été fourni, au nom de la real politique, au nom de la lutte contre le « danger islamique », ces dictateurs n’auraient jamais pu régner durant des décennies et mâter leurs peuples.

Des grandes puissances qui, faut-il le rappeler, n’ont officiellement que la défense des droits de l’Homme et la « démocratie » à la bouche, mais qui s’empressent de liquider la démocratie ou de la mettre en quarantaine quand elle ne produit pas le résultat qui leur convient.

Comme nous l’avons vu en 1992, lorsque l’armée algérienne, soutenue par les pays occidentaux, a interrompu – avec toutes les conséquences douloureuses qui s’en sont suivies pour le peuple algérien [3] – le processus électoral qui avait vu le Front Islamique du Salut arriver en tête du premier tour des législatives du 26 décembre 1991.

Comme nous l’avons vu avec la mise à l’écart du Hamas par ces mêmes gouvernements occidentaux, quand celui-ci a remporté les élections législatives du 26 janvier 2006 à la suite d’un scrutin reconnu comme parfaitement honnête.

Nous avons vu, nous voyons, tout cela se dérouler emplis de dégoût et de honte.

La colère est grande, également en Occident, dans le cœur des gens qui n’acceptent pas de voir des autorités manipuler l’opinion et des journalistes mentir, au sujet des vrais enjeux de notre temps.

La propagande visant à susciter la peur en brandissant la « menace de l’intégrisme islamique » ne convainc plus. C’est pourquoi ceux qui veulent comprendre quels sont les vrais enjeux, savent en ce moment aller trouver des informations non filtrées sur Al-Jazeera ou PressTV [4], n’en déplaise aux détracteurs de ces chaînes.

Aujourd’hui, des milliers de gens de par le monde, communiquent, s’engagent de manière volontaire pour contrer la désinformation et écrire, traduire, diffuser inlassablement sur la toile une contre-information. Et travaillent d’arrache pied pour construire des réseaux de solidarité avec des peuples bâillonnés et leur dire : votre combat est le nôtre.

Les gens ne sont pas dupes. Ils regardent avec dégoût les propagandistes amis d’Israël, se livrer à des manipulations pour tromper l’opinion publique, crier au scandale, comme cela s’est passé en juin 2009, quand le président iranien Ahmadinedjad a été réélu pour un second mandat avec 62,6% des suffrages exprimés [5] et que le candidat, soutenu par les États Unis, la France, la Grande Bretagne, a perdu. Or ces agitateurs (comme, en France, BHL et Alexandre Adler) et ces États en guerre contre le monde arabo musulman, nous ne les avons jamais vu broncher à l’annonce des scores faramineux obtenus par Hosni Moubarak lors de ses réélections successives, ni devant la scandaleuse manipulation des élections législatives égyptiennes de novembre-décembre 2010 [6].

Si les États-Unis sont le principal soutien financier et militaire du régime d’Hosni Moubarak – considéré avec la Jordanie comme le plus sûr allié d’Israël – la France n’est plus en reste depuis l’arrivée à l’Elysée de Nicolas Sarkozy. En visite officielle au Caire en décembre 2007 il déclarait :

« Je voudrais d’abord dire combien je suis heureux d’être en Egypte, à côté du président Moubarak. C’est notre troisième rencontre, puisque je l’avais reçu à Paris au mois d’août, j’ai eu l’occasion d’avoir un long entretien avec lui à Charm el-Cheikh et un entretien aujourd’hui. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, s’est lui-même rendu à deux reprises déjà en Egypte. C’est dire combien la France considère le rôle de l’Egypte essentiel et le rôle du président Moubarak capital, non seulement pour les dossiers de la région qu’il connaît parfaitement mais pour cette question essentielle pour l’avenir du monde d’un dialogue entre l’Orient et l’Occident qui est une question absolument fondamentale.

Je voudrais dire au président Moubarak combien j’apprécie son expérience, sa sagesse et la vision modérée qui est la sienne sur les grands dossiers où il privilégie le dialogue, le consensus, la rencontre dans une région qui a besoin de paix et qui n’a pas besoin de guerre. L’Egypte est, pour la France, un partenaire essentiel et le président Moubarak est, pour nous, un ami.
(…)
J’ai toujours pris mes responsabilités, je soutiens un gouvernement qui lutte contre le terrorisme et j’ai dit au président Moubarak que nous avions besoin de dirigeants de grandes nations comme la nation égyptienne qui soient des dirigeants modérés, non pas dans leur amour de l’Egypte, mais dans la compréhension des problèmes de la région. La France, elle, sera du côté de ceux qui luttent contre le terrorisme et la barbarie. (…) ». [7]

Lors de sa conférence de presse depuis le Palais de l’Elysée en janvier 2008, Nicolas Sarkozy avait été encore plus clair : « Il faut aider monsieur Moubarak en Egypte, (…) parce que, qu’est-ce qu’on veut là-bas, les frères Musulmans ? » [8]

Comme pour la Tunisie, la stratégie qui consiste à susciter la peur du « terrorisme » islamique, a rendu les dirigeants occidentaux aveugles à la souffrance et à la réelle aspiration de liberté de ces peuples.

Ils n’ont rien vu venir.

Ils n’ont pas compris qu’aujourd’hui, dans de nombreux pays, beaucoup de gens n’achètent plus les journaux, ne font plus aucune confiance aux journaux télévisés, ne sont plus aussi perméables à la version officielle de l’histoire déversée par les médias de l’establishment et trouvent sur Internet une information libre.

Tel Aviv veut croire à la survie du régime Moubarak : « Nous assistons à un tremblement de terre au Moyen-Orient. Mais nous croyons que le régime est assez fort et que l’Egypte va surmonter la vague actuelle de manifestations (…) Il est dans l’intérêt fondamental de l’Egypte de maintenir ses rapports privilégiés avec l’Occident, et le maintien de la paix avec Israël s’inscrit dans cette optique » déclarait un ministre du gouvernement Netanyahu qui a requis l’anonymat [9]. Mais, signe de son inquiétude, Benjamin Netanyahou a maintenant demandé à ses ministres de ne pas faire de commentaires aux médias au sujet de ce qui se passe en Égypte.

Compte tenu de l’importance majeure de l’Égypte sur l’échiquier moyen-oriental, et compte tenu des moyens de répression de ce régime qu’Israël a grandement contribué à renforcer, à l’aide d’un grand nombre de conseillers et d’agents secrets, l’épreuve de force engagée sera, comme on le voit et on le déplore, beaucoup plus dure qu’elle ne l’a été jusqu’ici en Tunisie.

Car, comme l’avait ingénument avoué le vice-premier ministre israélien Silvan Shalom, « un monde arabe démocratique (…) serait gouverné par une opinion publique généralement opposée à Israël. » [10].

[1] Des témoins ont rapporté avoir vu des policiers participer à des pillages. Ces provocateurs, sans doute envoyés par le régime, servent à faire peur et permettre à Moubarack de dire que les opposants sont des vandales qui « détruisent ce qu’il a construit ».

[2] Omar Souleiman, est considéré comme un assassin, un tortionnaire qui inspire la terreur absolue, également aux yeux des Palestiniens qui s’opposent à l’occupant israélien et à la direction de Ramallah. Lié au Mossad il a contribué à la liquidation de nombreux patriotes Palestiniens.
On se doute bien que la mise en place des futurs dirigeants égyptiens ne se fera qu’avec l’accord de Washington et de Tel Aviv, car pour les Etats-Unis et Israël, le problème est de savoir si les accords de Camp David vont survivre ou non au changement de dictateur. Si non, cela signifie la fin du blocus de Gaza et la Révolution en Jordanie. Il y aurait alors un très grave risque d’intervention US et de guerre générale.

[3] Voir : « Algérie : Les années de sang et les complicités de la France – Entretien avec Lounis Aggoun », par Silvia Cattori, 15 octobre 2010.

[4] Comme en témoignent encore, il y a quelques jours, les informations capitales divulguées par Al-Jazeera sur les dessous du prétendu « processus de paix » israélo-palestinien. Voir :
« Proche-Orient : Des documents secrets révèlent la lente mort du processus de paix », 24 janvier 2011.

[5] Contre 33,7% à son principal opposant Mir Hossein Moussavi, la participation s’élevant à 85%.
Voir aussi à ce sujet : « Iran : Le bobard de l’ “élection volée” », par James Petras, 19 juin 2009.

[6] Voir : « Les États-Unis sont responsables de la farce électorale égyptienne », par Khalid Amayreh, 1er décembre 2010.

[7] « VISITE OFFICIELLE EN EGYPTE POINT DE PRESSE CONJOINT DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, M. NICOLAS SARKOZY, ET DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ARABE D’EGYPTE, M. HOSNI MOUBARAK
PROPOS DE M. SARKOZY », 30 décembre 2007.

[8] À propos de ces commentaires, Youssef Nada – financier et opposant politique égyptien, condamné in absentia et sans fondement par un Tribunal spécial militaire sur ordre d’Hosni Moubarak – nous disait lors d’un entretien en été 2008 : « Si M. Sarkozy dit qu’il soutient Moubarak, très bien, cela indique qu’il aime la dictature. Cela veut dire que c’est son opinion sur la démocratie ; qu’est-ce que je puis dire d’autre ? ».
Voir : « L’incroyable histoire de Youssef Nada », par Silvia Cattori, 13 juin 2008.

[9] Voir : « Egypte : Israël parie sur le maintien du régime Moubarak », almanar.com.lb, 27 janvier 2011.

[10] Voir : « Israel dreading a democratic Arab world » (« Israël redoute un monde arabe démocratique »), par Saleh Naami, ahramonline, 15 janvier 2011.

Égypte : le bilan des violences s’élève à au moins 92 morts


Mots clés : , , ,

Par lefigaro.fr
29/01/2011 | Mise à jour : 22:18 Réactions (359)

Les manifestations ont continué samedi au Caire.
Les manifestations ont continué samedi au Caire. Crédits photo : Ben Curtis/AP

MINUTE PAR MINUTE – Les nominations annoncées samedi n’ont pas calmé les manifestants. Depuis vendredi, au moins 85 personnes ont trouvé la mort dans des heurts entre manifestants et forces de l’ordre.

21h06 : Le président américain Barack Obama a réuni son conseil à la sécurité nationale pour faire le point sur la situation en Égypte. Il a à nouveau exhorté le pouvoir à mettre en oeuvre des réformes et à faire preuve de retenue envers les manifestants.

20h59 : Douze personnes ont été tuées dans des accrochages entre manifestants et policiers à Béni Soueif, au sud du Caire. En tout vendredi et samedi, au moins 85 personnes ont été tuées et des milliers blessées dans les heurts entre les manifestants et la police.

Ces nouveaux décès portent à 92 le nombre de morts en cinq jours de contestation anti-Moubarak.

20h53 : Le président Nicolas Sarkozy, la chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre britannique David Cameron appellent dans une déclaration conjointe le président Hosni Moubarak à «engager un processus de changement» face aux «revendications légitimes» de son peuple.

«Il est essentiel que les réformes politiques, économiques et sociales à venir que le président Moubarak a promises soient mises en oeuvre pleinement et rapidement et qu’elles répondent aux aspirations du peuple égyptien», déclarent les trois responsables européens.

19h05 : L’opposant Mohamed ElBaradei juge les nominations d’un vice-président et d’un premier ministre «insuffisantes» et appelle de nouveau Hosni Moubarak à partir pour le bien du pays.

18h11 : Alors que des scènes de pillage ont été signalées dans certains quartiers de la capitale égyptienne, le porte-parole du ministère de la Défense a appelé une nouvelle fois la population à respecter le couvre-feu. Une source au sein des services de sécurité a affirmé par ailleurs que des incidents avaient éclaté dans une prison au nord-est du Caire, où des détenus ont tenté de s’échapper. Leur tentative a échoué mais le bilan avancé par cette source est de huit morts et 123 blessés.

Un vice-président et un premier ministre nommés

16h59 : Le ministre de l’Aviation, le général Ahmad Chafic, a été chargé de former un gouvernement par un décret du président Hosni Moubarak.

16h18 : Le chef du Renseignement égyptien Omar Souleiman a prêté serment en tant que vice-président, premier poste du genre depuis que le président Hosni Moubarak a pris le pouvoir en 1981.

16h15 : Le président Hosni Moubarak a tenu en fin d’après-midi «une réunion politique importante»au siège de la présidence, a annoncé la télévision d’État.

15h43 : Des dizaines de milliers de manifestants bravent à présent le couvre-feu au Caire.

Des affrontements se sont tenus dans les rues du Caire.
Des affrontements se sont tenus dans les rues du Caire. Crédits photo : MOHAMMED ABED/AFP

15h33 : Trois manifestants ont été tués samedi au Caire dans une tentative d’assaut contre le ministère égyptien de l’Intérieur, rapporte la chaîne de télévision al-Jezira.

15h14 : Un haut responsable du parti au pouvoir en Égypte, Ahmad Ezz, largement perçu comme un des piliers d’un régime corrompu, a démissionné du Parti national démocrate. Ce magnat de l’acier était membre du secrétariat politique de PND. Il est par ailleurs un proche du fils du président Hosni Moubarak, Gamal.

14h23 : Plusieurs dizaines de milliers de manifestants appellent depuis le Caire au départ du président Hosni Moubarak.

13h57 : Les Frères musulmans appellent à une passation pacifique du pouvoir. Dans un communiqué, la principale force d’opposition en Egypte affirme son soutien au «soulèvement pacifique béni» et demande la mise en place d’«un gouvernement de transition sans le Parti national démocrate [au pouvoir] qui organise des élections honnêtes et une passation pacifique du pouvoir».

Au moins 62 morts vendredi

13h11 : D’après des informations obtenues auprès des hôpitaux, les heurts ont fait vendredi 62 morts, dont 35 au Caire.

12h26 : La durée du couvre-feu pour le Caire, Alexandrie et Suez a été allongée de trois heures. «Les forces armées exhortent tout le monde à commencer à respecter le couvre-feu à partir de 16 heures jusqu’à 8 heures le lendemain jusqu’à nouvel ordre […], sous peine de sanctions légales», indique un communiqué. Le couvre-feu courait jusqu’à présent de 18 heures à 7 heures du matin.

Des scènes de pillage ont été constatées dans les grandes villes.
Des scènes de pillage ont été constatées dans les grandes villes. Crédits photo : Ben Curtis/AP

12h12 : Le roi Abdallah d’Arabie saoudite a téléphoné samedi au président égyptien Hosni Moubarak pour lui exprimer sa solidarité et dénoncer «les atteintes à la sécurité et la stabilité» de l’Egypte. Il est le premier chef d’Etat arabe à réagir publiquement et à prendre position aussi ouvertement en faveur du régime en Egypte, en place depuis 1981.

11h51 : Des milliers de manifestants ont affronté la police à Alexandrie, dans le nord de l’Egypte, et des tirs à balles réelles ont eut lieu. Depuis vendredi, on dénombre 20 morts dans cette ville.

Le gouvernement démissionne

11h49 : Attendue depuis l‘intervention télévisée vendredi soir de Hosni Moubarak, la démission du gouvernement, dirigé par le premier ministre Ahmed Nazif, a été annoncée par la télévision d’Etat. Un nouveau cabinet devrait être formé dans la journée.

11h03 : Hosni Moubarak «doit partir», a déclaré l’opposant Mohamed ElBaradei à la chaîne France 24. Comme vendredi, il a assuré qu’il manifesterait dans la journée «pour contribuer à apporter un changement».

10h58 : L’armée appelle la population à ne pas se rassembler et à respecter le couvre-feu.

10h10 : Des témoins font état de heurts violents entre les manifestants et la police à Ismaïliya, une ville située au nord de Suez.

La téléphonie mobile reprend

9h58 : Un supermarché du géant français Carrefour a été pillé samedi matin à la périphérie du Caire, dans le quartier de Maadi, où réside une important communauté d’expatriés. Tard vendredi soir, des scènes de pillage avaient déjà été constatées dans plusieurs quartiers du Caire.

Tôt dans la matinée, l'armée était déployée pour décourager les manifestants.
Tôt dans la matinée, l’armée était déployée pour décourager les manifestants.

9h23 : Le bilan des manifestations pourrait nettement s’aggraver. Sur la chaîne de télévision al-Jezira, un journaliste affirme avoir vu une vingtaine de cadavres dans la ville d’Alexandrie après les affrontements de la veille entre les manifestants hostiles au président Hosni Moubarak et les forces de l’ordre. Vingt-sept morts avaient été recensés jusqu’alors, selon des sources médicales, dont treize au Caire.

8h55 : Les services de téléphonie mobile, totalement coupés vendredi, reprennent partiellement, selon des témoignages sur place. Il reste toutefois impossible d’envoyer des SMS et l’accès aux sites Internet du pays n’a pas non plus été réactivé. Vendredi, Vodafone avait expliqué que tous les opérateurs présents en Égypte avaient «reçu l’ordre de suspendre leurs services dans certaines zones sélectionnées».

8h41 : Le discours télévisé de Hosni Moubarak, vendredi soir, n’a pas apaisé le pays. Plusieurs milliers d’Égyptiens ont commencé à se rassembler samedi matin dans le centre du Caire. Des tirs de police à proximité des manifestants ont été entendus.

(avec agences)

Comment l’Egypte a coupé Internet


LEMONDE.FR | 28.01.11 | 13h55  •  Mis à jour le 28.01.11 | 15h33

Il y a encore quelques jours, c’était presque inenvisageable : la coupure totale ou quasi totale de l’accès à Internet n’avait jamais été pratiquée par aucun gouvernement, à l’exception de la Birmanie, dont le réseau est peu développé et où les deux fournisseurs d’accès à Internet (FAI) sont contrôlés par l’Etat.

Mais, en quelques heures, les autorités égyptiennes sont parvenues à couper l’accès à l’ensemble du réseau en ordonnant aux FAI d’interrompre à la fois l’accès aux protocoles DNS (Domain name server, qui aiguille les ordinateurs vers les adresses des sites) et BGP (Border gate protocol, qui indique quelles adresses IP sont utilisées par les fournisseurs d’accès).

Si de nombreux pays autoritaires ont mis en place un filtrage du Web qui s’appuie sur le protocole DNS, l’utilisation du BGP pour le filtrage est moins classique. « Par le passé, le BGP a déjà été utilisé pour le filtrage mais toujours de manière ‘chirurgicale' », détaille Rik Ferguson, expert en sécurité pour l’éditeur de logiciels Trend Micro.

DOUBLE BLOCAGE

En pratique, les autorités ont ordonné aux principaux fournisseurs d’accès du pays de bloquer totalement ces deux protocoles, empêchant à la fois les ordinateurs égyptiens de « s’orienter » dans Internet et les sites hébergés dans le domaine « .eg » de signaler leur existence aux internautes à l’étranger. Seul le FAI Noor est encore connecté au réseau, « soit parce qu’il n’a pas reçu l’ordre de couper ses accès, soit parce qu’il a refusé d’obéir », juge Rik Ferguson.

Noor compte proportionnellement peu de clients ; l’entreprise n’était pas joignable, vendredi 28 janvier au matin, pour expliquer pourquoi son service est encore opérationnel. Un élément d’explication pourtant : Noor est le fournisseur d’accès de la Bourse égyptienne, dont le site est l’un des rares à être encore accessibles. D’après les observations des FAI à l’étranger, l’accès du système qui gère la Bourse à la dorsale Internet a été maintenu.

Malgré ce qui semble être une précaution des autorités pour empêcher les manifestants de communiquer tout en préservant son système financier, les conséquences de ce blocage seront multiples et importantes, prévient Rik Ferguson. « Le système de paiement par carte bancaire, par exemple, dépend d’Internet pour valider les transactions : il est aujourd’hui impossible de payer dans un magasin égyptien en utilisant une carte de crédit. »

Un détail, pour les autorités égyptiennes : les réseaux de téléphonie ont également été coupés. D’après les informations du Monde.fr, les antennes relais situées dans les grandes villes et à proximité ont été coupées, paralysant le trafic de tous les opérateurs mobiles. Le système de transmission des SMS a également été coupé à la demande des autorités égyptiennes.

Damien Leloup

Appel à témoignages 

Vous êtes en Egypte, décrivez la situation sur place

Des milliers d’Egyptiens sont descendus dans la rue, mardi 25 janvier, pour défier le président, Hosni Moubarak. Deux manifestants et un policier ont été tués dans des affrontements, au Caire et à Suez. Etes-vous témoins de rassemblements dans votre ville ? La population semble-t-elle massivement prête à renverser le régime ? Comment réagit la police devant ces protestations ?

voir source

Egypte


Les autorités ont bloqué fb et twitter..

صورة أيقونية ليوم الغضب الثاني ستصبح اشهر صورة لأبطال مصر #Jan25

Et voyez ce diaporama

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑