Flottille internationale vers Gaza: la délégation belge est bien arrivée à Athènes


mercredi 22 juin 2011 à 18h30

(Belga) La délégation de quatre Belges qui se joint à la deuxième « flottille de la liberté » est bien arrivée à Athènes mercredi, a confirmé Josy Dubié, l’un d’entre eux, à l’association belgo-palestinienne (ABP). Ils ont décollé de Zaventem mercredi matin afin de rejoindre Athènes d’où ils prendront la mer en direction des côtes de la Bande de Gaza, pour exiger la levée du « blocus israélien ».

« La délégation se trouve quelque part en Grèce, mais l’endroit n’est pas précisé pour ne pas qu’elle soit appréhendée », a indiqué l’ABP, contactée par l’agence Belga. Les quatre Belges ont déjà rencontré mercredi la délégation canadienne qui embarquera avec eux à bord du bateau « Tahrir » (« Libération »), regroupant également les délégations australienne et danoise. Ils prendront part jeudi matin à des « cours de formation à la non-violence », a fait savoir Josy Dubié. Parmi les passagers belges participant à ce mouvement « pacifique » et à « but humanitaire », l’on retrouve Josy Dubié, journaliste et fonctionnaire des Nations Unies retraité et ancien sénateur, Asmaa Seba, artiste photographe, Yannick Vanonckelen, infirmière, et Guido Gorissen, médecin généraliste. La flottille internationale, composée de douze navires emportant un millier de passagers originaires de 24 pays, tentera d’acheminer des vivres, des médicaments, des fournitures scolaires et du matériel de construction. Les responsables politiques israéliens ont d’ores et déjà annoncé que cette année, ils empêcheraient, une nouvelle fois, cette flottille d’atteindre Gaza, et ce par la force. (GFR)

L’Egypte ouvre à partir de samedi sa frontière avec Gaza de façon permanente


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le 25.05.11 | 18h39

L'Egypte va ouvrir le point de passage avec la bande de Gaza de façon permanente à partir de samedi, afin d'alléger le blocus de cette enclave palestinienne contrôlée par les islamistes du Hamas, a indiqué mercredi l'agence officielle égyptienne Mena.

L’Egypte va ouvrir le point de passage avec la bande de Gaza de façon permanente à partir de samedi, afin d’alléger le blocus imposé par Israël à cette enclave palestinienne contrôlée par les islamistes du Hamas, a indiqué mercredi l’agence officielle Mena.
Cette mesure devrait irriter Israël qui s’était inquiété auparavant du projet égyptien d’ouvrir quotidiennement ce passage, le seul de l’enclave palestinienne qui ne soit pas contrôlé par Israël.
Les autorités égyptiennes vont ouvrir « à compter du 28 mai le point de passage de Rafah tous les jours de 09H00 à 17H00 locales, à l’exception des vendredis et des jours fériés », a précisé MENA.
« Les femmes palestiniennes de tout âge seront exemptées de visa, de même que les hommes âgés de moins de 18 ans ou de plus de 40 ans », a-t-elle ajouté. L’exemption s’applique aussi aux Palestiniens voulant étudier en Egypte tant qu’ils ont une preuve de leur acceptation dans une université égyptienne.
« L’ouverture du passage fait partie des efforts égyptiens destinés à mettre fin aux divisions interpalestiniennes et à réaliser la réconciliation nationale », toujours selon Mena.
Malgré de précédents allègements des restrictions, les Palestiniens de Gaza devaient toujours coordonner leur entrée en Egypte avec les services de sécurité ou prouver un besoin d’aide humanitaire pour entrer en Egypte.
Le 29 avril, le ministre égyptien des Affaires étrangères Nabil al-Arabi avait annoncé que son pays s’apprêtait à ouvrir de manière permanente la frontière avec Gaza, deux jours après le parrainage par l’Egypte d’un accord de réconciliation entre les frères ennemis palestiniens le Hamas et le Fatah.
Il avait souligné que son pays n’accepterait plus que le terminal de Rafah reste bloqué et jugé « honteux » de le maintenir fermer.
Depuis que le président égyptien Hosni Moubarak a cédé le pouvoir sous la pression de la rue le 11 février, les nouvelles autorités égyptiennes ont desserré l’étau sur le passage de Rafah, qui n’était auparavant ouvert que de manière exceptionnelle, quelques jours par mois, pour des raisons humanitaires.
Le régime déchu de M. Moubarak était régulièrement accusé de complicité de fait avec le blocus israélien pour son refus de maintenir le terminal ouvert, une décision qu’il justifiait en invoquant la lutte contre les trafics de toutes sortes avec l’enclave palestinienne.
De très nombreux tunnels ont en effet été creusés sous la frontière entre l’Egypte et Gaza pour faire passer toutes sortes de marchandises, y compris des armes.
Imposé en juin 2006 à la suite de l’enlèvement d’un soldat israélien, le blocus de la bande de Gaza a été considérablement renforcé après la prise de contrôle du territoire en juin 2007 par le Hamas.
Israël l’a assoupli à la suite d’intenses pressions internationales après la mort de neuf Turcs dans un assaut de sa marine le 31 mai 2010 contre une flottille humanitaire qui tentait d’atteindre le territoire palestinien. Mais il a maintenu un strict blocus maritime et l’interdiction des exportations.

AFP

Le Hamas affiche un nouveau pragmatisme


Des étudiants palestiniens agitent les drapeaux du Hamas et du Fatah, le 8 mai, à l'université Al-Azhar, à Gaza.

Des étudiants palestiniens agitent les drapeaux du Hamas et du Fatah, le 8 mai, à l’université Al-Azhar, à Gaza.AFP/MAHMUD HAMS

L’accord de réconciliation entre le Fatah et le Hamas, scellé mercredi 4 mai au Caire, ne s’est pas encore traduit sur le terrain. Les dirigeants des deux mouvements rivaux, à couteaux tirés depuis la prise de pouvoir des islamistes dans la bande de Gaza en juin 2007, sont toujours en train de négocier dans la capitale égyptienne les modalités d’application du document. Celui-ci prévoit la formation d’un gouvernement de consensus, préalable à des élections générales d’ici un an.

Dans le bureau de Sami Abou Zuhri, porte-parole du mouvement islamiste, l’effet des retrouvailles du Caire se fait pourtant sentir. Classé parmi les durs du parti, il tient un discours en rupture avec son dogmatisme habituel. « En pratique, il n’y a pas de différence entre le Hamas et le Fatah, avance-t-il. Chacun d’entre eux appelle à la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale et le droit au retour des réfugiés. Le Fatah est prêt à reconnaître Israël, tandis que le Hamas parle d’une trêve de longue durée, mais dans les faits, le résultat serait le même, à savoir l’arrêt de la résistance. »

Cette position qui équivaut à une reconnaissance de fait de l’Etat juif et à une promesse de renoncement à la violence, reste en deçà des trois conditions édictées par le Quartet (Etats-Unis, Union européenne, Russie et Nations unies) pour ouvrir un dialogue avec le Hamas : reconnaissance formelle, renonciation immédiate à la violence et acceptation des accords passés entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Interrogé sur la charte de son mouvement, un document rempli de références antisémites, qui appelle à la libération de la Palestine tout entière, Israël compris, Sami Abou Zuhri s’efforce de minimiser la portée de ce texte, adopté en 1988, lors de la fondation du Hamas, tout en refusant d’envisager son abrogation. « Nous demandons à la communauté internationale de juger notre position à partir des déclarations de nos dirigeants. »

TRÊVE CONTRE ETAT

Ce mélange de flexibilité politique et de rigidité idéologique est typique de la veine creusée par Khaled Mechaal. Ces dernières années, l’homme que le Mossad (service de renseignement extérieur israélien) avait tenté d’empoisonner à Amman, en 1997, a remis au goût du jour la vieille formule de la trêve en échange d’un Etat dans les frontières de 1967, élaborée au début des années 1990 par Ahmed Yassine, le guide spirituel du Hamas, assassiné par Israël en 2004.

En veilleuse durant la seconde Intifada, cette offre est réapparue quand le Hamas a décidé de participer aux élections législatives de janvier 2006. Ce tournant historique l’a conduit à prendre la tête du gouvernement palestinien en mars de cette année-là, puis à gérer la bande de Gaza à partir de juin 2007. Le mouvement tribunicien des débuts, cramponné au dogme de la libération de la Palestine, doit désormais composer avec les impératifs de l’action publique, un facteur de modération inévitable, comme le prouve son souci d’empêcher les tirs sur Israël.

Au Caire, mercredi, le Hamas a fait, sous la conduite de M. Mechaal, un pas supplémentaire dans sa lente mutation. Le chef du bureau politique a solennellement déclaré qu’il partageait avec Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, l’objectif d’établir un Etat palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, « avec Jérusalem pour capitale, sans un seul colon, sans renoncer à un seul pouce ni au droit au retour des réfugiés ». Omission voulue ou non, M. Mechaal n’a pas parlé de trêve, une mention qu’Israël interprète comme la preuve que son ennemi finira toujours par reprendre les armes contre lui, même s’il se retire des territoires occupés.

Le ralliement de plus en plus manifeste du Hamas à la solution à deux Etats coïncide avec une offensive diplomatique de M. Abbas et de son premier ministre,Salam Fayyad. Celle-ci vise à obtenir la reconnaissance par l’ONU d’un Etat de Palestine dans les frontières de 1967. « Sur la scène internationale, c’est bien plus efficace de parler d’une seule voix, se réjouit Mohammed Awad, le ministre des affaires étrangères du gouvernement de Gaza, dirigé par Ismaïl HaniyehOn gagnera beaucoup à être reconnu comme un Etat. »

Soucieux d’adopter un langage conciliant, le mouvement islamiste s’est également démarqué, samedi, de ce dernier, qui avait rendu hommage à Oussama BenLaden, en affirmant que ces propos ne reflétaient pas son point de vue. Cette déclaration, analysée à Gaza comme une tentative de désamorçage des tensions entre le Hamas et les groupuscules djihadistes, avait été vivement critiquée par les pays occidentaux.

Ces efforts politico-sémantiques suffiront-ils à les amadouer ? Impossible à dire pour l’instant. Raji Sourani, le directeur du Centre palestinien pour les droits de l’homme de Gaza, tire la sonnette d’alarme : « Si la communauté internationale n’écoute pas attentivement le Hamas, si Israël n’assimile pas ce qui se passe dans la région, si tous les deux bafouent une nouvelle fois l’intelligence des Palestiniens, ce sera un désastre pour tout le monde. »

Benjamin Barthe, envoyé spécial à Gaza

Le réseau libère les « blogeuses » de Gaza


Ana Carbajosa – El Païs


Les femmes de Gaza jouissent sur leur page web, d’une liberté dont les privent l’embargo israélien et les règles d’une société conservatrice.
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Asma Alghoul

Elles sont plus ou moins jeunes, laïques ou pratiquantes, combatives ou même poétiques. Mais les blogeuses de la bande de Gaza ont quelque chose en commun : pour elles le réseau est un des peu nombreux moyens d’expression et de communication avec le monde. Le blocus israélien qui dure déjà plus de trois ans et qui coïncide avec la prise de pouvoir du mouvement islamiste empêche les hommes et les femmes d’entrer et de sortir de la bande à quelques très rares exceptions près. En ce qui concerne les femmes au manque de liberté de mouvement s’ajoutent les limites propres à une culture conservatrice qui s’islamise de manière continue.

C’est pourquoi, pour les blogeuses de Gaza, l’internet représente une demi-vie et c’est pourquoi elles racontent qu’elles se sentent libres quand elles commencent à taper dans les chambres qu’elles partagent avec une flopée de frères. Voici les idées et projets de quelques unes des ciberactivistes de la bande : Asma Alghoul, probablement la doyenne qui, de loin, fait le plus de bruit dans la bande de Gaza.

Elle a 29 ans, un fils de six ans, et est divorcée. Elle est une des voix les plus critiques de tout le territoire vis-à-vis de Hamas. Elle dit que le mouvement islamiste achète les plus pauvres en leur offrant tout type de services ainsi qu’une place au ciel. Alghoul craint, qu’un jour, Gaza ne devienne une grande université islamique ou les élèves masculins et féminins mèneront des vies séparées et où les femmes seront couvertes des pieds à la tête. « Ici tu ne peux pas être vue en train de parler avec une homme sans être mariée ; dans les mosquées on dit que la société est pleine de prostituées et qu’il faut se couvrir. La femme est toujours suspecte. Parfois je pense que les islamistes sont les plus freudiens, ils voient du sexe partout. Ils se retranchent derrière la religion pour imposer des politiques sexistes et discriminatoires. »

Alghoul, née dans un camp de réfugiés près de la frontière sud de la bande, constitue une véritable exception. Tout d’abord car elle est divorcée et se déplace à son aise, même parfois à bicyclette, dans la bande de Gaza, cheveux au vent. Mais surtout car pour elle il est évident qu’être une femme ne peut signifier que sa vie soit plus misérable que celle de n’importe quel homme. C’est pourquoi elle a notamment rompu avec son mari, un poète égyptien qui, après le mariage s’est révélé un homme extrêmement jaloux qui désirait que sa femme ne quitte pas le foyer pour travailler. « Quand j’ai divorcé tout le monde m’a accusée de m’être trompée en choisissant mon mari. Ensuite mes oncles m’ont obligée à mettre le hijab. Il est nécessaire d’avoir un homme à ses côtés au moment de décider si tu mets ou enlèves le foulard ».

Mais après un certain temps elle s’est rendue compte qu’elle n’avait besoin de l’approbation d’aucun homme pour prendre cette décision. « Je l’ai enlevé et si les gens te critiquent, quoi ? ».

Elle est écrivain et journaliste mais a quitté son travail dans un journal proche du Fatah, le parti gouvernemental à Ramallah, car elle ne se sent liée à aucun parti et n’a pas envie que quelqu’un censure ce qu’elle écrit. C’est pourquoi, en 2009, elle a fait son propre blog et à commencé à y mettre ses articles. Elle y dénonce, convoque, parle de politique ainsi que des crimes d’honneur et des discriminations dont souffrent les femmes comme elle dans la bande de Gaza. « Ici il est très difficile d’être une femme laïque » dit-elle. Elle a reçu des menaces de mort sur son blog. « Bien sûr le plus facile est de ne pas lutter mais si nous ne pouvons pas nous exprimer librement nous sommes perdues ».

Elle a été arrêtée récemment car elle participait à une manifestation de soutien à la révolution égyptienne et elle assure avoir été battue au commissariat. Ceci n’a en rien diminué son esprit combatif. A présent elle prépare de nouvelles protestations de jeunes palestiniens égalant l’expérience de leurs voisins égyptiens.

Rana Baker. Elle est une jeune étudiante d’Administration d’entreprises à l’Université islamique de Gaza, de 19 ans, qui aimerait devenir journaliste et qui fait ses premiers pas dans une radio locale. Elle écrit en anglais dans son blog car, dit-elle, ce qu’elle essaye c’est de « parler au monde à l’extérieur ». Les récits de son blog racontent son enfance, son adolescence mais elle parle également de politique. Comme d’autres jeunes, Baker expérimente un processus rapide de politisation qui a commencé peu après la guerre de Gaza (2008-2009) et qui s’est accéléré avec les révoltes que les jeunes lancent dans tout le monde arabe. « Je me suis rendue compte que les jeunes, hommes ou femmes, peuvent revendiquer auprès de leurs gouvernants. Si nous participons ensemble à la révolution alors nous serons égaux ».

Elle raconte les attaques israéliennes à la première personne et elle est devenue militante du mouvement international qui promeut le boycott des produits israéliens. « Aussi longtemps que nous serons soumis à un embargo je boycotterai les produits israéliens ». Sur le réseau, elle passe également des heures à débattre avec les Israéliens dans les forums bien qu’elle n’ait jamais eu l’occasion de connaître un israélien en chair et en os. Elle n’a pas une meilleure opinion des politiciens palestiniens. « Ils ne sont pas intéressés par les gens mais uniquement par l’argent. La division (entre Fatah et Hamas, les partis politiques) bénéficie uniquement aux Israéliens ». Et elle ajoute : « Nous devons d’abord mettre fin à la corruption et à la division palestinienne et alors seulement nous serons capables de lutter contre l’occupation israélienne ».

Elle reconnaît que ses parents ont peur qu’il lui arrive quelque chose, que certains des groupes politiques qu’elle attaque dans son blog ne la mette en prison. Mais elle affirme ne pas avoir peur et que « si nous devons mourir mieux vaut le faire pour quelque chose, n’est ce pas ? »

Lina al Sharif. Le jour ou j’ai rencontré cette jeune blogeuse de 22 ans elles est venue avec ses parents. Ils voulaient donner leur feu vert pour l’intervieweuse. Leur mission remplie ils se sont discrètement assis à une table proche de celle de leur fille mais sans intervenir. Cette jeune-fille se plaint que le fait d’être une femme l’oblige à se soumettre à des normes qui rendent son travail difficile. « Mes parents sont cool et très modernes mais si je veux sortir pour faire un reportage un homme doit toujours m’accompagner, généralement mon frère, mais ce n’est pas toujours facile. » Même ainsi, Al Sharif pense que la culture est le moins important, que pour les femmes palestiniennes l’occupation est l’obstacle principal. « Comment est-ce possible que les femmes doivent accoucher dans un check point ? Comment est-ce possible pour une mère d’élever des fils à Gaza en sachant qu’il n’y a aucun avenir ? » se plaint-t-elle.

C’est il y a trois ans qu’Al Sharif, qui dit aspirer à être une bonne musulmane, a sauté le pas et a osé publier son premier récit dans le blog. Elle y parlait de son anniversaire, de l’université et y a mis quelques vers. « Mais quand la guerre de Gaza est arrivée, tout à changé, je suis restée muette ».

Ces jours là j’ai senti qu’être exposée aux bombardement sans électricité et quasi sans eau représentait peu de souffrance comparée à celle vécue par des habitants d’autres zones de Gaza encore plus exposés à l’artillerie et aux bombardements israéliens. La guerre a laissé 1400 morts et un traumatisme collectif toujours omniprésent dans le territoire.

Pour Al Sharif, son blog est « une manière de briser l’embargo mental. « Un clic de souris me permet d’être loin de Gaza » », dit-elle. « Bien que ce que je désire vraiment c’est la liberté réelle et non virtuelle », nuance-t-elle. L’été dernier, Al Sharif a réussi à sortir de Gaza grâce à un programme du Département d’Etat américain. Elle a été à Los Angeles, San Francisco et Washington. « C’est incroyable comme il est facile de voyager là bas. Tu montes dans la voiture et tu passes des heures et des heures sans traverser de check point ». Et elle ajoute : « C’est aux Etats-Unis que j’ai ressenti être jeune la seule fois de ma vie ».

Al Sharif est une jeune-fille très intelligente et studieuse. Elle parle l’anglais à la perfection, qu’elle a appris partiellement à l’école publique mais surtout sur Internet avec un programme éducatif de la BBC. Comme elle il y a beaucoup de jeunes de la bande qui se forment eux-mêmes face au manque d’alternatives et de soutiens extérieurs. « Quelques compagnons de classe disent que je suis trop sérieuse mais je dois m’éduquer moi-même si je désire arriver à quelque chose. » C’est pourquoi, pour le moment, le mariage ne fait pas partie de ses projets, dit-elle. « A partir d’un certain âge si tu n’est pas mariée tu es un échec social. Mais d’autre part si tu te maries, tu commences à avoir un enfant après l’autre et ta formation se termine ».

Sameeha Elwan. La famille de Sameeha est une famille de réfugiés originaires du territoire qui est Israël aujourd’hui. Cette palestinienne de 23 ans est diplômée en littérature anglaise et travaille maintenant comme professeur-assistante à l’Université islamique. Elle ne s’est pas mariée et comme toute femme célibataire de la bande elle vit avec ses parents bien qu’elle travaille depuis ses 15 ans et ne dépend pas d’eux économiquement. Elle doit être rentrée à la maison à 10 heures du soir. Même ainsi, elle pense que, peu à peu, les femmes sont en train de gagner des franges de liberté.

La preuve en est son blog, dit-elle. « J’écris ce dont j’ai envie. Personne ne m’ordonne de me taire. » You Tube est sa fenêtre sur le monde. Là elle voit quasiment tout. Ce n’est que quand elle s’arrête un moment pour penser et se rendre compte qu’il ne s’agit que d’un écran, qu’elle se sent coincée et se rappelle qu’elle ne peut voyager ; que ses excellentes notes à l’université ne lui servent pas à grand chose pour traverser les frontières imperméables de la bande de Gaza. Bien que quasi aucun étranger n’envisagerait de vivre à Gaza volontairement, comme beaucoup d’autres jeunes-filles elle aimerait voir les enfants, qu’elle aura un jour, grandir à Gaza.

« C’est l’unique endroit au monde où la vie à un véritable sens. Il y a toujours quelque chose pour lequel se battre ». Comme de nombreux jeunes du territoire elle est déçue par les politiciens et elle souffre de la division politique qui rend la cause palestinienne exsangue. Maintenant, par contre, elle est enthousiasmée par le vent de changement qui souffle sur le monde arabe. Elle passe la journée sur Facebook et Twitter. « La Tunisie et l’Egypte nous ont donné beaucoup d’espoir. Je pense que les nouveaux gouvernements apporteront beaucoup de bonnes choses aux Palestiniens. »

8 mars 2011 – El Païs – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.elpais.com/articulo/soci…
Traduction de l’espagnol : Lisette Cammaerts

source

Adieu, Vittorio!


Communiqué de presse des Éditions Zambon
Giuseppe Zambon
Traduit par  Michèle Mialane

« Un militant italien pro-palestinien a été trouvé mort quelques heures après son enlèvement. D’après un communiqué du Hamas aux premières heures du vendredi, il a été exécuté peu après son enlèvement, le jeudi après-midi. Il était âgé de 36 ans. Il a été tué « de façon atroce » selon un porte-parole du Ministère de l’Intérieur. Les ravisseurs étaient décidés d’emblée à l’assassiner, jamais il n’a été question d’un échange de prisonniers.» ((Voir ici)

Nous sommes bouleversés, tristes et remplis de fureur. Cet homme de 36 ans, Vittorio Arrigoni, était l’auteur d’un livre publié chez nous, « Gaza – rester humain » et militant du Mouvement international de solidarité avec la Palestine (ISM).

Vittorio à Gaza

Un porte-parole du gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza a condamné ce crime « abominable ». Les autres membres du groupe, a-t-il dit, seront découverts et on leur demandera des comptes. L’Autorité palestinienne, en Cisjordanie, avait déjà condamné l’enlèvement. « Cet acte ne sert pas la cause du peuple palestinien, bien au contraire, elle la dessert », selon une déclaration du gouvernement de Ramallah (voir ici).

De fait, qui tire profit du meurtre d’un pacifiste, qui se revendiquait lui-même comme tel et a aidé en 2008, par des moyens pacifiques, le peuple gazaoui à se protéger de la terreur quotidienne que lui inflige le régime d’apartheid israélien ?

Dans une vidéo, une organisation salafiste revendique l’enlèvement de Vittorio. Il s’agirait du groupe dirigé par le Cheikh Abou Walid-al-Maqdasi, arrêté à Gaza au mois de mars. Les ravisseurs demandent sa libération en échange de celle d’Arrigoni. Ce groupe entretiendrait des contacts avec Al Qaida (voir ici).

Ces salafistes ne seraient pas des Palestiniens mais des étrangers, qui selon le Jerusalem Post seraient entrés en Palestine en passant par l’Égypte (voir ici)

À notre connaissance, il s’agit du groupe Tawhid Al Jihad, dirigé par Abou Walid-al-Maqdasi, et qui serait soutenu par l’Arabie saoudite. Nous ne serions pas étonnés que la CIA y soit mêlée d’une façon ou d’une autre en l’instrumentalisant à son profit.

Les circonstances de l’enlèvement laissent pantois. Peu après l’expiration du délai fixé par les ravisseurs, Vittorio a été découvert dans une maison d’habitation, étranglé et portant des traces de tortures. La maison n’a pas été forcée. Les ravisseurs n’ont de toute évidence pas non plus négocié avec le Hamas, mais assassiné de sang-froid leur « précieuse proie », c’est-à-dire Vittorio. C’est un scénario d’enlèvement inhabituel. Le dernier enlèvement à Gaza date de 2007. La victime était le correspondant de la BBC, libéré par le Hamas en juillet 2007. Arrigoni a été assassiné trois heures après son enlèvement et 6 heures avant l’expiration de l’ultimatum. Cela laisse pantois. En outre, nous voudrions savoir pourquoi l’otage a été torturé ? Ce n’est pas non plus pratique courante. Que voulait-on apprendre de lui ? Que de questions sans réponse ! (Voir ici)

Nous nous demandons donc quels autres pouvaient avoir intérêt à ce meurtre ? Doit-on chercher les commanditaires en un tout autre lieu ?

4 avril 2011
L’acteur et pacifiste Juliano Mer-Khamis est abattu à Djénine.
Ce sont des inconnus masqués qui ont tiré sur Mer-Khamis.
14 avril 2011
Exécution du pacifiste Vittorio Arrigoni

Dans les deux cas le meurtre est revendiqué par des salafistes, nous dit-on.

D’abord Juliano, ensuite Vittorio. Est-ce vraiment un hasard ?

Il y a déjà des mois que nous avions découvert que Vittorio figurait en tête d’une liste de personnes à exécuter dressée par des extrémistes sionistes.
Nous nous demandons à qui profitent ces meurtres. Certainement pas à la lutte de libération du peuple palestinien. À qui donc ?

Il faut intimider les militants pacifistes et les faire taire. Ils doivent quitter Gaza, cette prison à ciel ouvert, afin que plus personne ne puisse informer sur les conditions de vie de ses habitants.
Les Israéliens doivent pouvoir perpétrer leurs crimes de guerre à l’abri du regard du reste du monde.
Les pacifistes « gênent le processus de paix » car leur pacifisme gagne au peuple palestinien sympathie et solidarité.

Et désormais ce sont des Palestiniens, bien sûr plus « radicaux» encore que le Hamas, qui tuent leurs propres sympathisants. La boucle se referme ; ce sont eux les ennemis. Cela sèmera le trouble dans une opinion mal informée. Provoquera des réactions du genre : « Vous voyez bien, ce sont des fous extrémistes, qui tuent ceux qui les soutiennent. Sympathisants, ouvrez les yeux, cessez de soutenir les Palestiniens. Et quittez Gaza avant qu’ils ne vous tuent. »

Il faut faire peur aux futurs militants pacifistes, ou les intimider.
Bien sûr, il fallait parler d’Al-Qaida. À lui seul le mouvement sert de repoussoir. Tout le monde dira : « Vous voyez, ils étaient là aussi ! ». On suggère ainsi de façon subliminale qu’Al-Qaida se mêle aussi de la Palestine. Bonjour, le 11 septembre !

Parallèlement on essaie de faire passer une image sanguinaire des Palestiniens. « Voilà qu’ils s’entretuent. Et bien sûr ils se comportent de même envers les pauvres Israéliens, obligés de se défendre en permanence contre ces terroristes. ». Nous connaissons bien, le « Bild », entre autres nous le répète. Et bien sûr « l’Islam » ne doit pas être épargné. Ce sont des salafistes qui sont à l’œuvre. Le tableau est complet.

Ces meurtres ne servent qu’Israël et sa propagande. Et donc les ennemis des Palestiniens.

C’est pourquoi nous nous demandons : les commanditaires ne seraient-ils pas d’aventure en Israël ? N’aurait-on pu infiltrer les salafistes pour les pousser à assassiner Vittorio ? Ne pourrait-il y avoir des agents provocateurs, chez les Palestiniens, bien « payés » par le Mossad ou quelque autre ?
Ci-après quelques photos de la présentation du livre au DGB Haus (Maison des syndicats) de Francfort en mars 2009.


Merci à Tlaxcala
Source: http://www.zambon.net/de/VittorioArrigoni.php
Date de parution de l’article original: 14/04/2011
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=4589

« Rester Humain à Gaza »


samedi 16 avril 2011

Une oeuvre de Vittorio Arrigoni, à lire et à poursuivre.

Communiqué à la mémoire de Vittorio Arrigoni

Aujourd’hui, 15 avril 2011, la grande famille des défenseurs des droits humains à travers le monde est orpheline, une fois de plus, une fois de trop comme à chaque fois : Vittorio Arrigoni, journaliste et militant pacifiste d’ISM vient d’être lâchement assassiné à Gaza. Après Juliano Mer-Khamis, le directeur israélo-palestinien du Théâtre de la Liberté à Jénine. Après tant d’autres, journalistes, syndicalistes, artistes, défenseurs des droits pour la justice, citons pour rappel le dessinateur de presse et caricaturiste palestinien Naji al-Ali, assassiné à Londres en 1987.

Ces empêcheurs de tourner en rond dont les seules armes sont un stylo, un carnet de notes ou de dessins, un clavier pour animer un blog sur internet ou lancer une pétition, une pièce de théâtre, un livre, une vidéo ou un film… et que les puissants de ce monde surveillent comme le lait sur le feu !

Vittorio Arrigoni était (comme ça fait mal d’utiliser ce verbe au passé !) de la race des tenaces, ceux qui ne lâchent pas le morceau facilement. Voici ce qu’écrit à son sujet son ami et compagnon d’ISM, Alberto Arce* : « Vittorio était arrivé à Gaza en août 2008. Pendant plusieurs semaines, il a accompagné les pêcheurs palestiniens sur lesquels tiraient les patrouilles israéliennes, les empêchant de réaliser leur travail au large de la bande de Gaza. Vittorio a été enlevé par une patrouille israélienne, menotté, emprisonné et expulsé vers l’Italie. Son crime : filmer avec une caméra vidéo comment l’armée israélienne, violant toutes les normes internationales, empêchait les pêcheurs palestiniens de travailler en mer. À peine deux semaines plus tard, Vittorio retournait à nouveau en bateau à Gaza. Une volonté tenace. La droiture de celui qui est prêt à aller jusqu’au bout. Au nom de ses principes et de ses convictions. Vittorio n’est pas un aventurier. Vittorio est un combattant. Comme il n’y en a plus. Et en plus il écrit, et plutôt bien… »

Fin 2008, au moment de l’opération Plomb durci menée contre Gaza par l’armée israélienne, Vittorio Arrigoni avait refusé de partir. Il s’en explique dans son vibrant et insoutenable témoignage** écrit sur place : « Dans la bande de Gaza, nous sommes tous devenus des cibles mobiles, sans la moindre exception. Le consulat italien m’a contacté à l’instant : demain, ils vont évacuer notre dernière ressortissante, une religieuse âgée qui vit depuis vingt ans à proximité de l’église catholique de Gaza et qui avait été totalement acceptée ici par les Palestiniens. Le consul me pria amicalement de profiter de cette dernière occasion pour me joindre à la sœur afin de fuir à mon tour cet enfer. Je le remerciai pour son offre généreuse, mais je ne bougerai pas d’ici, je ne peux pas. » Et il conclut, en parlant de ses compagnons d’ISM : « À travers l’affliction vécue sur place, nous sommes tous, Italiens, Espagnols, Anglais ou Australiens devenus entre-temps des Palestiniens. »…

Hélas, Vittorio Arrigoni ne sera plus là pour venir à la barre des témoins, mais sa parole et son témoignage resteront à jamais vivants. À travers ses écrits et articles largement diffusés. Et surtout son livre « Rester humain à Gaza, décembre 2008-juillet 2009, journal d’un survivant » *

Élias Samouni, Strasbourg, 15 avril 2011.

* adaptation française par SCRIBEST qui annonce :

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CAPJPO-EuroPalestine

Le reniement honteux de Goldstone


6 avril 2011(The Electronic Intifada) Ilan PAPPE
le juge Richard Goldstone dans la bande de Gaza, juin 2009. (Photo ONU)

« Si j’avais su ce que je sais aujourd’hui, le rapport Goldstone aurait été différent ». C’est ainsi que commence le papier que Goldstone a fait paraître dans le Washington Post et qui soulève tant de commentaires. J’ai vraiment l’impression que l’éditeur a probablement modifié le texte et que la phrase originelle devait être quelque chose comme : « Si j’avais su que cela ferait de moi un Juif qui a la haine de soi (self-hating Jew dans le texte) aux yeux d’Israël ma bien aimée, et aux yeux de ma propre communauté juive d’Afrique du Sud, le rapport Goldstone n’aurait jamais existé. » Si ce n’est pas ce qu’il avait écrit initialement, c’est certainement ce qu’il faut lire entre les lignes.

Ce vil retournement de veste n’a pas eu lieu cette semaine. Il s’est produit après une année et demi de campagne incessante d’intimidation et de diffamation contre le juge, une campagne semblable à celles qui ont détruit des personnalités importantes comme le sénateur étasunien William Fulbright qui a été politiquement assassiné à cause de sa tentative courageuse de révéler les affaires illégales de l’AIPAC avec l’état d’Israël.

Déjà en octobre 2009, Goldstone avait dit sur CNN : « Je porte un grand amour à Israël » et « J’ai travaillé à la promotion de beaucoup de causes israéliennes et je continuerai à le faire » (Video : « Fareed Zakaria GPS, » 4 October 2009).

A l’époque où il avait fait cette déclaration d’amour à Israël, il ne pouvait pas avoir de nouveaux éléments comme il prétend maintenant en avoir et on peut se demander pourquoi son amour pour Israël n’avait pas été le moins du monde entamé par ce qu’il avait découvert en rédigeant son rapport initial avec les autres membres de l’ONU.

Mais le pire était à venir et il y a exactement un an, en avril 2010, la campagne contre lui a atteint de nouveaux sommets et plutôt de nouvelles abîmes. Elle était menée par le président de la Fédération sioniste d’Afrique du Sud Avrom Krengel qui a essayé d’empêcher Goldstone de participer à la bar mitzvah de son petit fils à Johannesburg parce que selon lui « Goldstone avait causé un dommage irréparable à tout le peuple juif. »

La Fédération sioniste sud africaine a menacé de mettre des gardes devant la synagogue pendant toute la cérémonie. Pire encore, Warren Goldstein, le grand Rabbin d’Afrique du sud, a condamné Goldstone pour « avoir causé du tort à l’état d’Israël. » En février dernier, Golstone a dit que « le Hamas avait commis des crimes de guerres mais pas Israël, « dans un interview qui n’a pas été diffusé selon une information du 3 avril du site Web de la chaîne 2 israélienne. Ce n’était pas assez : Israël voulait davantage.

Les lecteurs peuvent se demander « Quelle importance cela a-t-il ? » et « Pourquoi Goldstone n’a-t-il pas été capable de résister à la pression ? » Ce sont de bonnes questions mais hélas, la sionisation des communautés juives et l’identification erronée du fait d’être juif avec le sionisme constitue un obstacle si grand qu’il empêche les Juifs libéraux de dénoncer activement les crimes d’Israël.

De temps en temps, de nombreux Juifs libéraux donnent l’impression de se libérer de ce joug et d’écouter leur conscience plutôt que leur peur. Cependant les convictions universalistes de la plupart semblent être incapables de résister longtemps quand il s’agit d’Israël. Le risque d’être traité de « Juif qui a la haine de soi » avec tout ce qu’une telle accusation implique, est une perspective trop effrayante pour eux. Il faut être à leur place pour comprendre à quel point c’est terrifiant.

Il y a seulement quelques semaines, les services secrets israéliens ont annoncé la création d’une unité spéciale dont la mission est d’espionner les individus ou organismes soupçonnés de « délégitimer » Israël pour leur demander des comptes et peut-être même les traquer. Cette nouvelle a peut-être convaincu un certain nombre de ceux qui n’étaient pas vraiment déterminés que cela ne valait pas la peine de tenir tête à Israël.

On aurait dû se rendre compte que Golstone était l’un d’entre eux lorsqu’il a affirmé que, en dépit de son rapport, il demeurait sioniste. Ce qualificatif de « sioniste » a beaucoup plus de sens et de poids qu’on ne le croit habituellement. On ne peut pas se dire sioniste et s’opposer à l’état d’apartheid d’Israël. On peut rester sioniste par contre si on se contente de critiquer cet état pour une certaine politique criminelle en omettant de faire le lien entre l’idéologie et la politique. « Je suis un sioniste » est une déclaration d’adhésion à des manières de penser qui sont antinomiques avec le rapport Godstone de 2009. On peut soit être sioniste soit accuser Israël de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité -celui qui fait les deux ensemble, ne tiendra pas longtemps le coup.

Que ce mea culpa n’ait rien à voir avec de nouveaux éléments, est évident lorsqu’on examine les « preuves » que Goldstone a présentées pour justifier sa rétractation. Pour être honnête il faut dire qu’on n’avait pas besoin d’être un expert international pour savoir que Israël avait commis des crimes de guerre à Gaza en 2009. Les rapports d’organismes comme Breaking the Silence (briser le silence) et les représentants de l’ONU sur le terrain ont démontré ces faits avant et après le rapport de Golstone. Et ce n’était pas non plus la seule preuve.

Les photos et les images que nous avons vues sur nos écrans et celles que nous avons vues sur le terrain nous ont montré qu’il s’agissait d’une politique criminelle destinée à tuer, blesser et estropier à la manière d’un châtiment collectif. « Les Palestiniens vont s’attirer un Holocauste » avait promis Matan Vilnai, le secrétaire d’état à la défense d’Israël au peuple de Gaza le 29 février 2008.

La seule nouvelle pièce que Goldstone apporte au dossier est une enquête intérieure de l’armée israélienne qui explique qu’un des cas suspectés d’être un crime de guerre était dû en fait à une erreur de l’armée sur laquelle elle est en train d’enquêter. Cela doit être sa carte maîtresse : une affirmation de l’armée israélienne que l’assassinat de masse des Palestiniens était une « erreur. »

Depuis la création de l’état d’Israël, les dizaines de milliers de Palestiniens tués par Israël étaient des terroristes ou avaient été tués par « erreur ». Donc 29 des 1400 morts ont été tués suite à une regrettable erreur ? Seul un engagement idéologique peut inciter quelqu’un à demander une révision de ce rapport sur la base d’une enquête intérieure de l’armée israélienne concernant un seul cas alors qu’il y a eu des douzaines de massacres et de tueries illégaux. Ce n’est donc pas cette nouvelle preuve qui a conduit Goldstone à écrire cet article. C’est plutôt son désir de retrouver son confort au sein du sionisme qui l’a incité à écrire ce papier aussi bizarre que contestable.

La manière dont il accentue sa critique du Hamas dans cet article et diminue la critique d’Israël va dans le même sens. Et il croit que cela le fera échapper à la fureur vengeresse d’Israël. Il se trompe lourdement, très lourdement. Peu de temps après la parution de l’article, le ministre de la Défense d’Israël, Ehud Barak, le premier ministre Benjamin Netanyahu et bien sur le lauréat du prix Nobel de la Paix, Shimon Perez, exigeaient de Goldsone un autre service : aller de campus en campus et d’une conférence à une autre au service d’un nouvel Israël, noble et pieux. Il peut refuser ; mais alors il lui sera sans doute interdit d’aller à la bar mitzvah de son petit fils par mesure de rétorsion.

Goldstone et ses collègues ont rédigé un rapport très détaillé mais ils se sont montré très réservés sur les conclusions. Le tableau présenté par les organisations des droits de l’homme israéliennes et palestiniennes était bien plus horrible et leurs rapports n’étaient pas rédigé dans ce langage clinique et légaliste qui ne traduit généralement pas toute l’horreur des événements. L’opinion publique occidentale a compris avant Goldstone et mieux que lui toutes les implications de son rapport. La légitimité internationale d’Israël a subi un dommage sans précédent. Goldstone a été sincèrement ébranlé quand il s’en est rendu compte.

Ce n’est pas la première fois que tout cela se produit. A la fin des années 1980, l’historien israélien Benny Morris a écrit en vain un rapport similaire sur le nettoyage ethnique de la Palestine en 1948. Ce sont des universitaires palestiniens comme Edward Said, Nur Masalha et Walid Khalidi qui ont fait apparaître les conséquences que les archives qu’il avait exhumées avaient sur l’image et l’identité d’Israël.

Morris n’a pas non plus résisté à la pression et a demandé à être réintégré dans la tribu. Il est allé très loin dans le mea culpa et est devenu un raciste extrémiste anti-arabe et anti-musulman allant même jusqu’à suggérer de mettre les Arabes dans des cages et à militer pour un autre nettoyage ethnique. Goldstone en fera peut-être autant : en tous cas, c’est ce que les Israéliens veulent qu’il fasse.

Sur le plan professionnel, Morris et Goldstone ont concrétisé leur marche arrière en revendiquant que Israël soit jugé sur ses intentions et non sur les conséquences de ses actions, ainsi qu’on le constate dans l’article de Goldstone du Washington Post. C’est pourquoi selon eux, seule l’armée israélienne peut être considérée comme une source d’information fiable puisqu’elle seule connaît ses propres intentions. Peu de personnes honnêtes et intelligentes dans le monde considéreraient comme acceptables une analyse et une explication aussi bizarre.

Goldstone n’a pas encore adhéré au groupe le plus fou d’ultra-sionistes comme l’a fait Morris. Mais s’il ne se méfie pas, ce qui l’attend c’est sans doute, une vie d’agréables déplacements en compagnie de gens comme Morris, Alan Dershowitz (qui a déjà qualifié Goldstone de « Juif repentant ») des meetings annuels des rottweilers (race de chiens de berger NdT) de l’AIPAC aux conventions farfelues des chrétiens sionistes. Il se rendra vite compte qu’une fois qu’on a capitulé devant les sionistes, ils s’attendent à ce qu’on aille jusqu’au bout et qu’on revienne à l’endroit même qu’on croyait avoir réussi à dépasser.

Regagner l’affection des sionistes à court terme est bien moins important que de perdre le respect du monde entier sur le long terme. La Palestine devrait choisir ses amis avec grand soin : ils ne doivent pas être pusillanimes et ils ne peuvent pas se proclamer à la fois sionistes et défenseurs de la paix, des droits de l’homme et de la justice en Palestine.

Ilan Pappe est professeur d’histoire et directeur du European Centre for Palestine Studies à l’Université d’Exeter. Son dernier livre est : Out of the Frame : The Struggle for Academic Freedom in Israel (Pluto Press, 2010).

Pour consulter l’original : http://electronicintifada.net/v2/ar…

Traduction : D. Muselet ici

Le drame du juge Goldstone


par M. Saadoune

Objet d’une campagne intense de dénigrement et d’insultes depuis deux ans, le juge sud-africain Richard Goldstone a commis un article alambiqué où, sans se rétracter, il semble essayer d’atténuer les conclusions de son fameux rapport. Israël a immédiatement embrayé dessus en lançant une campagne internationale pour «exiger» l’annulation du rapport Goldstone. 

On peut parier que les amis occidentaux, ceux qui s’émeuvent tant des méfaits des «mauvaises dictatures» – les «bonnes» resteront des amies jusqu’à ce que des peuples « inconscients » les abattent -, vont être de la partie. On va sortir les mouchoirs pour pleurer ce pauvre Israël attaqué injustement par des antisémites. La preuve ? Richard Goldstone se rétracte.

Il faut bien lire le texte de Goldstone. C’est un texte remarquable, comme ces mots lâchés par les torturés, par bribes et sous l’effet de l’épuisement. Dans le cas de Goldstone, qui est de confession juive, cette torture a dû être particulièrement éprouvante. Car ce texte équivoque, qui n’est pas vraiment une rétractation, respire clairement la honte d’un homme libre qui se soumet et s’aligne. Il le sait le juge. Il vient d’Afrique du Sud où l’on ne se paye pas de mots pour savoir ce que sont la ségrégation et l’apartheid et où l’on ne ferme pas les yeux quand on les voit appliqués aux Palestiniens.

Mais le juge Goldstone aurait beau essayer d’introduire de la nuance dans son rapport, cela n’empêchera pas Israël de lui demander de s’humilier davantage devant le monde entier et d’humilier sa raison et son bon sens. L’homme sait parfaitement que son rapport est juste. Ce rapport était inacceptable pour Israël et ses soutiens occidentaux. Israël a le «droit de se défendre», répètent-ils, ce qu’il faut traduire simplement par «droit de massacrer».

Ce qui était insupportable dans le rapport Goldstone est qu’il a commis le crime de vérité sur Israël. Et le juge doit payer. Son article n’est pas suffisant pour Israël. L’Etat hébreu exige de lui des excuses.

Le drame du juge Goldstone est qu’il n’est pas un imbécile. Il sait qu’on lui demande de faire l’imbécile. La «légitime défense» n’avait aucun sens dans les raids sur Ghaza qui ont fait plus de 1.400 morts, dont une écrasante majorité de gens sans arme. Ce qu’on lui demande est de faire accroire que ces morts n’étaient que ces fameux «dommages collatéraux», ce terme horrible et barbare que la «civilisation» a inventé pour ne pas parler de carnages et de crimes de masse.

Ces crimes «civilisés» massifs ont été documentés par d’autres organisations des droits de l’homme. Amnesty International soulignait dans son rapport que «1.400 Palestiniens, dont quelque 300 enfants et des centaines d’autres civils non armés, avaient été tués. Des quartiers entiers de la bande de Gaza ont été rasés, des milliers de personnes se sont retrouvées sans logement, et l’économie, déjà dans une situation désastreuse, est complètement ruinée. La plupart des destructions étaient injustifiées et résultaient d’attaques visant directement des biens civils, ou encore d’attaques aveugles frappant indistinctement des objectifs militaires légitimes et des biens de caractère civil».

Ce sont là des faits sanglants établis qu’aucune rétractation ne peut gommer. Pour les Occidentaux, parions qu’ils suivront les demandes d’Israël, eux qui n’ont jamais vu le peuple arabe de Palestine se battre sans fin pour en finir avec le régime de l’apartheid et du racisme qui l’écrase.

Le pauvre Goldstone, qu’il se rétracte ou non, ne sera qu’une victime de plus de la guerre contre Ghaza qui se poursuit.

Massacre de Gaza : le juge Goldstone capitule, et déchire son propre rapport


Les dirigeants israéliens peuvent légitimement sabler le champagne, et trinquer sur la tombe des 1.400 martyrs palestiniens massacrés pendant l’attaque « Plomb durci » contre la population de la bande de Gaza en décembre 2008 – janvier 2009.

Le juge sud-africain à la retraite Richard Goldstone, qui avait dirigé la commission d’enquête sur les événements, à la demande du Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies, concluant à des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité de la part des forces israéliennes, a en effet fini par se rétracter.

D’origine juive, se déclarant lui-même sioniste, Goldstone se pensait peut-être à l’abri d’accusations de partialité, voire d’antisémitisme, de la part des dirigeants israéliens, lorsqu’il rendit son rapport sur « Plomb durci » en septembre 2009.

Il se trompait. Forts de leur impunité –puisqu’aussi bien, le rapport Goldstone n’a été suivi au niveau de l’ ONU et des puissances qui dirigent cette institution d’aucune mesure de rétorsion et encore moins de sanctions- les dirigeants israéliens et leurs alliés dans les « communautés juives » du monde ont lancé fatwa sur fatwa contre Goldstone, le bannissant de la tribu en tant que « Juif traître ».

La pression alla jusqu’à s’exercer, avec succès, à l’intérieur du cercle familial de Goldstone, lui interdisant par exemple d’assister à la bar mitzvah (cérémonie religieuse marquant le passage d’un garçon à l’âge adulte) de l’un de ses propres petits-fils.

Parallèlement, la propagande israélienne eut l’impudence d’accuser Goldstone d’avoir servi le régime d’apartheid en Afrique du Sud dans les années 1970 et 1980 : un mensonge éhonté, Goldstone ayant été l’un des très rares magistrats sud-africains à s’opposer publiquement au régime raciste. Et ce, à une époque où c’est au contraire l’Etat d’Israël qui était l’allié numéro un du pouvoir blanc !

Les menaces et calomnies de la propagande israélienne sont donc aujourd’hui récompensées.

Dans une tribune publiée samedi par le quotidien états-unien Washington Post, Goldstone se rétracte carrément, et suggère que le rapport portant son nom soit jeté aux orties.

(pour lire, en anglais, le contenu de la tribune de Goldstone, cliquer ici http://www.washingtonpost.com/opinions/reconsidering-the-goldstone-report-on-israel-and-war-crimes/2011/04/01/AFg111JC_story.html?hpid=z3)

Avec « Plomb Durci », Israël n’a fait finalement qu’exercer un droit inaliénable à la légitime défense, y écrit en substance le vieux juge à l’honneur perdu.

Certes, Goldstone ne peut faire totalement l’impasse sur les centaines de civils, hommes, femmes et enfants, massacrés au cours de ces trois semaines d’horreur. C’est regrettable, dit-il, mais Israël ne l’a pas fait exprès, et comme chacun sait, toute guerre a son lot de bavures techniques et dommages collatéraux inévitables. « La faute à pas de chance », quoi !

Au final, si des responsabilités doivent être pointées, il ne reste pour Goldstone que celles du Hamas, accusé pour ses tirs aveugles de roquettes artisanales vers le territoire israélien, dont les dommages sont pourtant dérisoires au regard des morts et des destructions semées par l’une des plus puissantes armées de la planète.

En phase avec l’agenda de la propagande israélienne, Goldstone, dans son exercice de « Juif repenti » (salué comme tel, depuis samedi, par des politiciens israéliens et commentateurs sionistes), pousse l’ignominie jusqu’à accuser le Hamas d’un autre crime, tout récent, pour lequel il n’a pourtant aucune compétence, ni personnelle, ni professionnelle : à savoir, l’assassinat de cinq membres d’une même famille, y compris un nourrisson de trois mois, dans la colonie juive d’Itamar en Cisjordanie.

La tuerie d’Itamar, au cours de laquelle le couple Fogel et trois de ses enfants ont été poignardés dans leur sommeil le mois dernier, n’a fait l’objet d’aucune revendication, et elle a été dénoncée comme un crime monstrueux par tous les partis palestiniens, y compris les entités militarisées de ces derniers (brigades Ezzedine al Qassam, Al Qods, martyrs d’Al Aqsa …).

Trois semaines après les faits, l’enquête policière, frappée de secret, n’a débouché sur aucune inculpation, malgré la terreur (bouclages, arrestations de masse) imposée aux populations palestiniennes survivant dans le voisinage de la colonie d’Itamar.

Des rumeurs sur l’interrogatoire d’un salarié thaïlandais de la famille Fogel (les travailleurs palestiniens étant interdits de séjour à Itamar, même comme bêtes de somme) continuent de circuler, sans être démenties ni confirmées côté israélien, où l’on évoque au contraire des recherches ADN sur des dizaines de Palestiniens raflés. Et faute d’avoir trouvé de vrais coupables, Israël est fort capable d’en inculper d’autres, de préférence des Palestiniens, bien entendu. Ce ne serait pas la première fois que la grande diplomatie israélienne se livre à ce genre d’exploits.

Quand on voit comment elle a réussi à faire plaider coupable Salah Hamouri, alors qu’il n’a commis aucun délit, et à infliger 7 ans de prison au jeune Franco-Palestinien pour lui apprendre à renoncer à toute idée de résistance, on ne se fait aucun souci sur les capacités du gouvernement israélien à se trouver des coupables… et même à fomenter des crimes pour contrer toute menace de paix.

Candidat à la rédemption, l’inspecteur Goldstone a pour sa part déjà trouvé le coupable.

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