“Pas de quartier” ? Ma réponse à Ali Abunimah & Co.


Gilad Atzmon جيلاد أتزمون گيلاد آتزمون
Translated by  Fausto Giudice فاوستو جيوديشي

Notre ami Gilad Atzmon, qui est indirectement à l’origine de la création de Tlaxcala en 2005 – c’est à l’occasion de traductions en diverses langues d’une interview de lui que le noyau fondateur de ce réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique s’était connu -, vient de faire l’objet d’une attaque insensée aux USA, où il se trouve en tournée pour présenter son livre The Wandering Who ? Cette attaque a la forme d’une pétition intitulée « sans quartier ». Cet appel calomnieux semble avoir été rédigé et lancé par Ali Abunimah, un citoyen usaméricain d ‘origine palestinienne résidant à Chicago qui dirige le site Electronic Intifada, dont est en droit de se demander quels buts il poursuit avec cet appel au lynchage et s’il est le seul auteur de ce texte. Nous publions la réponse de Gilad Atzmon, ainsi que l’appel de ceux qui lui déclarent la guerre.-Tlaxcala

– 1 –

Pas de quartier : Un appel à désavouer le racisme et l’antisémitisme de Gilad Atzmon

Note : cet appel a d’abord été publié par le Réseau de la communauté US palestinienne (USPCN) et a pour auteurs tous les signataires.
Depuis de nombreuses années, Gilad Atzmon, un musicien né en Israël et vivant actuellement au Royaume-Uni, s’est auto-assigné la tâche de définir pour le mouvement palestinien la nature de notre lutte et la philosophie devant la sous-tendre. C’est ce qu’il a fait dans ses divers messages publiés sur Internet, dans des discours et des articles. Il est actuellement en tournée aux USA pour faire la promotion de son dernier livre, intitulé The Wandering Who (sic).
Par cette lettre, nous appelons au désaveu d’Atzmon par les camarades d’organisations palestiniennes ainsi que par les militants de la solidarité avec la Palestine et les alliés du peuple palestinien, et signalons le danger qu’il y a à soutenir le travail et les écrits politiques d’Atzmon et à fournir une quelconque plateforme pour leur  diffusion. Nous faisons cela en tant qu’organisateurs et militants palestiniens, travaillant à travers les continents, les campagnes et les positions idéologiques.
La politique d’Atzmon repose sur une affirmation majeure qui lui sert de trempli pour lancer des attaques odieuses contre quiconque n’est pas d’accord avec son obsession de la “ judéité ”. Il proclame que toute politique juive est “tribale” et fondamentalement sioniste. Pour Atzmon, le sionisme n’est pas un projet colonialiste, mais un projet transhistorique “ juif ”, partie intégrante de l’autodéfinition comme juif. C’est pourquoi, proclame-t-il, quelqu’un ne peut pas se décrire comme juif et en même temps travailler à la solidarité avec la Palestine, car s’identifier comme juif , c’est être sioniste. Nous sommes d’un avis diamétralement opposé. De fait, nous croyons que l’argument d’Atzmon est lui-même sioniste car il est en accord avec l’idéologie du sionisme et d’Israël selon laquelle la seule manière d’être juif est d’être sioniste.
Nous Palestiniens avons subi deux siècles de domination orientaliste (sic), colonialiste et impérialiste de notre terre natale. Et en tant que Palestiniens, nous considérons ce langage comme immoral et complètement étranger aux valeurs fondamentales de l’humanisme, de l’égalité et de la justice sur lesquelles repose la lutte pour la Palestine et son mouvement national. Comme d’innombrables militants et organisateurs palestiniens, leurs partis, associations et campagnes l’ont attesté durant le siècle dernier, notre lutte n’a jamais été, et ne sera jamais dirigée contre les juifs ou le judaïsme, malgré l’insistance des sionistes à nous faire dire que nos ennemis sont les Juifs. Notre lutte est plutôt dirigée contre le sionisme, un mouvement colonialiste moderne né en Europe et semblable à des mouvements dans d’autres parties du monde dont le but est de déplacer les autochtones et de construire de nouvelles sociétés européennes sur leurs terres.
Nous réaffirmons qu’il n’y a pas de place dans cette analyse de l’histoire et des fondements de notre lutte pour une quelconque attaque contre nos alliés juifs, les Juifs ou le judaïsme, ni pour une négation de l’Holocauste, ni pour une association, sous quelque forme que ce soit, avec quelque théorie conspirationniste que ce soit, quelques arguments , associations et entités d’extrême-droite, orientalistes et racistes que ce soit. Affronter le sionisme, y compris le pouvoir illégitime d’institutions qui soutiennent l’oppression des Palestiniens, et l’usage illégitime d’identités juives pour protéger et légitimer l’oppression, ne doit jamais devenir une attaque contre des identités juives, ni le dénigrement et la négation d’histoires juives dans toute leur diversité.
De fait, nous considérons toute tentative de lier ou d’adopter un langage antisémite ou raciste, même si c’est dans le cadre d’une politique se présentant comme anti-impérialiste et antisioniste, comme une réaffirmation et une légitimation du sionisme. En plus d’être immoral, ce langage occulte le rôle fondamental de l’impérialisme et du colonialisme dans la destruction de notre patrie, dans l’expulsion de son peuple et le maintien de systèmes et d’idéologies d’oppression, d’apartheid et d’occupation. Il met celui qui l’adopte totalement en dehors de la véritable solidarité avec la Palestine et son peuple.
L’objectif du peuple palestinien a toujours été clair : l’autodétermination. Et nous ne pouvons exercer ce droit inaliénable que par la libération, le retour de nos réfugiés (qui sont la majorité absolue de notre peuple) et par l’obtention de droits égaux pour tous par la décolonisation. En tant que tels, nous sommes aux côtés de tout et chaque mouvement réclamant la justice, la dignité humaine, l’égalité et les droits sociaux, économiques, culturels et politiques. Nous ne ferons jamais de compromis sur les principes et l’esprit de notre lutte de libération. Nous ne nous laisserons pas l’opportunisme nous pousser à des alliances avec ceux qui attaquent, dénigrent ou s’en prennent de tout autre manière à notre fraternité politique avec toutes les luttes de libérations et tous les mouvements pour la justice.
C’est notre devoir collectif, en tant que Palestiniens, que nous soyons en Palestine ou en exil, d’assurer la bonne orientation de notre lutte de libération à la base. Nous devons protéger l’intégrité de notre mouvement, et pour cela nous devons continuer à être vigilants à ce que ceux auxquels nous fournissons des estrades parlent vraiment en respectant ces principes.Quand le peuple palestinien appelle à l’autodétermination et à al décolonisation de notre patrie, nous le faisons avec la promesse et dans l’espoir d’une communauté fondée sur la justice, où tous sont libres, égaux et où tous sont bienvenus.Jusqu’à la libération et au retour.

Signataires:

  • Ali Abunimah
  • Naseer Aruri, Professeur émérite, University of Massachusetts, Dartmouth
  • Omar Barghouti, militant des droits humains
  • Hatem Bazian, president des Musulmans américains pour la Palestine
  • Andrew Dalack, Comité national de coordination, Réseau de la communauté US palestinienne
  • Haidar Eid, Gaza
  • Nada Elia, Boycott universitaire et culturel d’Israël aux USA
  • Toufic Haddad
  • Kathryn Hamoudah
  • Adam Hanieh, chargé de cours, Ecole d’études orientales et africaines (SOAS), Londres
  • Mostafa Henaway, Tadamon! Canada
  • Monadel Herzallah, Comité national de coordination, Réseau de la communauté US palestinienne
  • Nadia Hijab, auteur et défenseure des droits humains
  • Andrew Kadi
  • Abir Kobty, blogueur et militant palestinien
  • Joseph Massad, Professeur, Université Columbia, NY
  • Danya Mustafa, coordinateur national US de la Semaine apartheid israélien  & Etudiants pour la Justice en Palestine- Université du Nouveau-Mexique
  • Dina Omar, Etudiants pour la Justice en Palestine Columbia
  • Haitham Salawdeh, Comité national de coordination, Réseau de la communauté US palestinienne
  • Sobhi Samour, Ecole d’études orientales et africaines (SOAS), Londres
  • Khaled Ziada, SOAS Palestine Society de l’ Ecole d’études orientales et africaines (SOAS), Londres
  • Rafeef Ziadah, poétesse et défenseure des droits humains

Fuente: http://uspcn.org/2012/03/13/granting-no-quarter-a-call-for-the-disavowal-of-the-racism-and-antisemitism-of-gilad-atzmon/

– 2 –

Réponse à Ali Abunimah & Co.

Gilad Azmon
Le fait qu’Ali Abunimah & Co. se présentent comme des défenseurs d’un “ seul État démocratique en Palestine ” me laisse perplexe : quel genre de démocratie ont-ils exactement en tête ? Car en appelant à me “ désavouer ”, ils démontrent sans ambigüités qu’ils ne peuvent pas même tolérer la plus élémentaire critique culturelle, une critique qui est endossée et appréciée par quelques-uns des penseurs les plus respectés dans notre mouvement et au-delà.

De fait, je suis plutôt ravi des réactions indignées que suscitent mes idées. Je suppose que cela nous permet de cartographier le discours et ses frontières et signifie que ces frontières sont maintenant officielles. Mon dernier livre , The Wandering Who? Le…quoi? errant) ne fait pas seulement des vagues, il a aussi réussi à mettre d’accord Alan Dershowitz et Abe Foxman avec Ali Abunimah et Max Blumenthal. C’est plutôt encourageant : la paix est donc possible.

Mais j’ai une mauvaise nouvelle pour ceux qui voudraient me réduire au silence, qu’ils soient palestiniens ou juifs. Je n’ai aucune intention de baisser la garde ou de changer de cap. Je suis un musicien de jazz et quelqu’un qui pense en toute indépendance. Je suis fondamentalement un électron libre : je dis ce que je pense et je pense ce que je dis. La popularité de mes écrits parmi les Palestiniens, les militants de la solidarité et ceux qui cherchent la vérité est le résultat direct de mon approche sincère de cette thématique.

Que mes détracteurs le veuillent ou non, la force de mes arguments est fondée sur la transparence et la véracité de mes prémisses. Jusqu’à présent, aucun de mes adversaires n’a été en mesure de pointer la moindre contradiction dans mon argumentation ou dans les faits que j’expose. J’affirme par exemple que puisque Israël se définit lui-même comme l’État juif – avec ses tanks et ses avions ornés de symboles juifs –, il est de notre devoir de poser la question : qui sont les Juifs ? Qu’est-ce que le judaïsme ? Et qu’entend-on par judéité ?

Le fait que certains militants craignent et évitent de poser ces questions ne veut pas dire que tous les autres devraient adopter la même attitude lâche.

Au cas où mes détracteurs – qu’ils soient sionistes, sionistes antisionistes ou Palestiniens – ne s’en seraient pas encore rendus compte, la Palestine n’est plus seule, et elle n’est plus l’objet d’un discours isolé et lointain. Au moment même où j’écris ces lignes, l’AIPAC continue publiquement et inexorablement à pousser l’Amérique vers un nouveau conflit mondial. En Grande-Bretagne, 80% des députés conservateurs font partie des Amis conservateurs d’Israël. Nous sommes en train d’assister à un passage très clair du discours sioniste de la “ terre promise ” à la “ planète promise ”. Je suis convaincu que cela pourrait réellement sauver le monde –y compris les Américains, les Britanniques, les Iraniens et les Palestiniens – que d’appeler un chat un chat. Mais cela peut aussi sauver les Juifs des graves conséquences potentielles que leur infligeraient les lobbies juifs.

Malheureusement, Ali Abunimah a dénaturé ma pensée. Il est évident qu’il n’y a dans mes écrits aucun racisme, aucun antisémitisme et aucune négation de l’holocauste. Aussi déterminés soient-ils à en trouver trace, mes détracteurs n’ont pas pu trouver le moindre début de preuve de telles tendances dans mon travail. Ali Abunimah me fait dire que “ l’on ne peut pas se définir comme Juif et en même temps faire un travail de solidarité avec la Palestine, car s’identifier comme juif, c’est être sioniste ”. C’est là une interprétation grotesque de mes écrits, dans lesquels je m’efforce toujours de définir la question en termes catégoriques. Ce à quoi je m’oppose de toute évidence, c’est l’exclusivité raciale juive. Si Israël a tout faux en voulant être un État-pour-les-seuls-Juifs – c’est mon argument -, alors ses critiques juifs seraient mieux avisés de le combattre en recourant à une idéologie et à une pratique inclusive et universaliste.

Je suis bien critique à l’égard de toute politique identitaire juive, culture juive et idéologie juive. Je suis aussi critique vis-à-vis de l’attitude culturelle juive face à l’histoire. Je critique la judéité et toute forme de militantisme politique exclusivement juif. Et je me demande pourquoi quiconque cherche la justice et la paix devrait faire des objections à ma démarche. La culture ou la politique identitaire juives sont-elles à l’abri de toute critique ? Les Juifs seraient-ils après tout les élus ?

Désolé de décevoir la ligue de mes opposants palestiniens et juifs, mais il semble bien que leur terminologie soit défectueuse et induise en erreur : le sionisme n’est pas un colonialisme, car le colonialisme est défini comme l’échange matériel entre une mère patrie et un État de colons. Le fait qu’il n’existe pas de mère partie juive indique que le sionisme ne rentre pas dans le modèle colonial.

Israël n’est pas non plus un État d’apartheid, car l’apartheid est défini par l’exploitation de résidents indigènes. Mais l’État juif préfèrerait la disparition pure et simple des Palestiniens. En d’autres termes, nous avons affaire ici à une philosophie expansionniste à base raciale pas vraiment différente du Lebensraum nazi.

Israël n’est pas le sionisme et vice-versa. Israël est le produit du projet sioniste. Si le sionisme est la promesse d’établir un “ foyer national juif en Palestine ”, Israël est son produit postrévolutionnaire. D’ailleurs, les Israéliens sont très peu familiarisés avec la pensée et l’idéologie sioniste. De leur pont de vue, les rengaines antisionistes sont un discours lointain émanant de la diaspora.

Shalom ne veut pas dire paix, réconciliation ou harmonie. Sa traduction exacte est “ sécurité pour les Juifs ”. La culture israélienne manque d’une notion claire de la “ paix ” telle que nous l’entendons, c’est-à-dire harmonie et réconciliation.

Je suggère à mes détracteurs de consacrer un certain temps à réfléchir à cela, afin qu’ils comprennent que les questions liées à ce conflit et à sa résolution vont bien au-delà du simple discours politique.

Je saisis l’occasion pour signaler à mes adversaires que leur campagne est contre-productive. Ceux que mes idées intéressent se rendent compte que nous vivons à une époque post-politique et post-idéologique. Tout comme moi, ce qui les intéresse, c’est l’argument éthique. Ils ne sont pas encartés et ne reçoivent pas d’ordres de groupes ou d’appareils idéologiques sectaires. Ils ne font qu’écouter leur cœur. Les organisations pro-palestiniennes qui sponsorisent mon actuelle tournée aux USA réalisent très bien que mon travail galvanise le traçage d’une ligne de démarcation entre la vérité et ses ennemis.

La campagne acharnée de dénigrement de mes écrits n’a abouti à rien d’autre qu’à mettre au jour une accablante intolérance intellectuelle dans nos propres rangs. Si ceux qui s’opposent à moi sont intéressés par mes idées, ils devront apprendre à débattre. Mais avant cela, j’imagine, il faudra que mes détracteurs commencent par lire mon livre et décident contre quoi ils sont exactement.


Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.gilad.co.uk/writings/washington-report-to-disavow-or-debate-gilad-atzmon.html
Publication date of original article: 14/03/2012
URL of this page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=7021

A propos de Gilad Atzmon


samedi 12 novembre 2011 – 06h:24

Excellent article de Jean Bricmont


« Un des fondateurs de l’International Solidarity Movement m’a dit qu’il préférait de beaucoup se battre contre un soldat israélien à un barrage routier que de se battre contre nos détracteurs juifs ’anti’-sionistes. Je n’aurais pas pu être plus d’accord. »
Gilad Atzmon, interview avec Silvia Cattori.

Gilad Atzmon, musicien d’origine israélienne vivant en Angleterre, est sans doute une des personnes les plus controversées au monde. Son nouveau livre, The Wandering Who ?, est une réflexion critique sur l’identité juive (1). Ce livre se vend apparemment comme des petits pains et a reçu le soutien d’une liste impressionnante d’intellectuels , y compris John Mearsheimer, co-auteur avec Stephen Walt du livre Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine et Richard Falk, qui a été deux fois représentant des Nations-Unies pour la Palestine. Par contre, le livre et son auteur sont attaqués, pour antisémitisme évidemment, par un grand nombre de personnalités juives, y compris « pro-palestiniennes ». Un juif israélien, exilé volontaire, qui est accusé d’antisémitisme par des juifs pro-palestiniens, le sujet vaut peut-être qu’on s’y arrête.

Il est très facile de « démontrer » l’antisémitisme d’Atzmon : celui-ci explique fréquemment, y compris au début de son livre, qu’il distingue trois sens du mot « juif » : les gens d’origine juive, avec lesquelles il n’a aucune querelle, les gens de religion juive, avec lesquelles il n’a également aucune querelle et ceux qu’il appelle de la troisième catégorie, c’est-à-dire ceux qui, sans être particulièrement religieux, mettent constamment en avant leur « identité » juive et la font passer avant et au-dessus de leur simple appartenance au genre humain. Il suffit alors d’interpréter dans le premier sens (les gens d’origine juive) le mot « juif » chez Atzmon, alors qu’il est utilisé dans le troisième sens, dans un discours dont le style est souvent extrêmement polémique, pour « démontrer » son antisémitisme.

Est-il légitime de critiquer les juifs au sens de la troisième catégorie ? Tout d’abord, je dois souligner que, pour moi, les gens ont parfaitement le droit de se « sentir » appartenir à un groupe dont ils sont fiers, ou dont ils pensent qu’il apporte quelque chose d’important à leur image d’eux-mêmes, qu’il s’agisse des juifs, des bretons, des français, des catholiques, des noirs, des musulmans etc. Comme toutes ces identités sont liées aux hasards de la naissance, ces sentiments de fierté me semblent complètement irrationnels, mais qui penserait forcer les êtres humains à être rationnels ? Par ailleurs, je n’ai personnellement aucun intérêt pour les discours sur les « identités » et les « cultures », qui sont en général très peu scientifiques, mais je ne souhaite pas empêcher d’autres de s’y intéresser.

Le problème se pose quand ces identités acquièrent une signification politique, exactement comme lorsque les religions acquièrent un tel statut. Aujourd’hui, on appelle cela la politique de l’identité ; dans le temps, on appelait cela le nationalisme. Quand une communauté, groupée autour de son « identité », revendique certains droits, ou compensations, ou privilèges, il doit être permis à d’autres, ne partageant pas l’identité en question, de critiquer ces revendications (étant Belge, je suis malheureusement habitué à ce genre de débats). Exactement comme lorsqu’une religion cherche à imposer sa morale au reste de la société.

Mais il doit également être permis à des personnes ayant grandi dans une certaine identité ou religion de rompre avec elle, de se révolter contre elle, et d’en faire la critique d’une certaine façon « de l’intérieur ». Il ne manque pas de gens d’origine catholique, musulmane, française, allemande etc. qui deviennent hyper-critiques à l’égard de leur culture d’origine ; en général, on les considère comme des libre-penseurs. Mais pas quand ils sont d’origine juive comme Atzmon. Celui-ci est certes obsédé par l’identité juive et par la critique de celle-ci ; il est souvent excessif, provocateur, irritant même. Mais au nom de quoi un juif ne pourrait-il pas être hyper-critique de sa culture d’origine, et ne pourrait-il pas être excessif, provocateur, irritant ? Je sais, par expérience personnelle, que Atzmon est loin d’être le seul dans son genre, même s’il est un des rares à l’être publiquement. N’est-ce pas une forme subtile d’antisémitisme que de refuser à un juif le droit d’être un révolté par rapport à ses origines, alors que ce type de révolte est admis et même respecté lorsqu’il s’agit d’autres origines ? Un juif n’a-t-il pas droit aux excès de langage que l’on admire chez Sade ou Nietzsche ?   Mais il est probable que ceux qui attaquent Atzmon n’espèrent pas l’empêcher de s’exprimer (des juifs progressistes anglais s’y emploient d’ailleurs, sans succès) mais plutôt empêcher les non-juifs de s’intéresser de trop près à ce « sulfureux » personnage, parce que cela risquerait d’engendrer chez eux de mauvaises pensées.

Alors que les Allemands anti-nationalistes ont toujours étés accueillis à bras ouverts en France, que les ex-catholiques ou les ex-musulmans le sont par les laïcs, pour ne pas parler des ex-communistes ou ex-maoïstes devenus thuriféraires des droits de l’homme, du marché libre et des guerres américaines, qui le sont par à peu près tout le monde, il serait imprudent, pour un non-juif, d’avoir la même attitude envers un ex-israélien tel que Atzmon.

Et c’est là que la discussion autour du « cas » Atzmon devient fondamentale. Est-il vraiment raisonnable, ou même légitime de tenter de verrouiller certains débats, celui sur la signification et les conséquences de l’identité juive par exemple, au nom de la « lutte contre l’antisémitisme » ?

Il existe en France des lois interdisant de contester l’existence de faits historiques liés à la Deuxième Guerre mondiale, alors qu’une telle interdiction n’existe pour aucun autre événement historique. Des gens sont poursuivis pour avoir prôné le boycott d’Israël (mais pas d’autres pays). Les spectacles ou les écrits qui heurtent des sensibilités des uns ou des autres sont multiples, et il est banal d’insulter ce qui est sacré aux yeux des musulmans ou des chrétiens, mais seuls les spectacles de Dieudonné sont régulièrement interdits. Il est risqué de discuter publiquement du lobby pro-israélien. Lors d’une émission de Daniel Mermet consacrée au lobby pro-israélien, John Mearsheimer a déclaré que Tony Judt (historien américain des idées, spécialiste de la France et cible lui-même du lobby pro-israélien aux Etats-Unis, bien que d’origine juive) lui avait dit que la France serait le pays où il lui serait le plus difficile de se faire entendre, ce qu’au départ Mearsheimer ne croyait pas, mais qu’il a pu vérifier par la suite.

Le récent incendie des locaux de Charlie Hebdo a provoqué une réaction absolument unanime en faveur de la liberté d’expression, au moment où ce journal heurte une fois de plus les sentiments des musulmans. Mais y aurait-il eu la même unanimité si Charlie Hebdo avait fait un compte-rendu favorable d’un spectacle de Dieudonné, avait publié des extraits du livre d’Atzmon, ou avait dressé une liste de groupes et d’individus soutenant la politique israélienne en France ?

Il me semble que si on est « démocrate », comme tout le monde prétend l’être, la première chose à faire est d’exiger l’égalité, au moins en principe, entre tous les êtres humains, en tout cas en ce qui concerne l’accès à la parole. Or, pour tout ce qui concerne Israël et les communautés juives, ce n’est pas le cas. Il est par ailleurs impossible de combattre le communautarisme si on ne met pas d’abord tout le monde sur un pied d’égalité en ce qui concerne le droit à l’expression d’idées.

Il ne faut d’ailleurs pas s’étonner que, le climat intellectuel étant ce qu’il est, et toutes les identités, françaises, catholiques, musulmanes, étant régulièrement attaquées, un livre critique de l’identité juive suscite autant d’intérêt que, dans l’Angleterre victorienne, un livre sur l’amour libre.

De plus, avant de demander le droit à l’autodétermination pour les Palestiniens, peuple lointain et relativement inconnu, le mouvement de solidarité avec la Palestine, y compris les progressistes juifs qui en font partie, devraient exiger le droit à l’autodétermination pour le peuple français en ce qui concerne toutes les questions soulevées ci-dessus, autodétermination par rapport aux incessantes pressions dont il est victime de la part des organisations sionistes.

En effet, la société civile française peut faire très peu de choses pour « libérer la Palestine », le conflit étant fondé sur des rapports de force militaires sur lesquels elle n’a aucune prise. Elle pourrait espérer influencer ses propres « élites » politiques, médiatiques et économiques, ce qui pourrait, à terme, avoir un certain effet, mais celles-ci ne bougeront pas tant qu’elles seront terrorisées par les accusations d’antisémitisme manipulées par les organisations sionistes. C’est à ces accusations qu’il faudrait s’attaquer en premier lieu, au lieu d’en lancer de nouvelles, fondées sur une lecture partisane des écrits d’Atzmon.

On me répondra peut-être : mais quid du véritable antisémitisme ? Et les propos d’Atzmon (ou les miens) ne l’encouragent-ils pas ? Bien que je n’aie pas les moyens de mesurer cela objectivement, je suis absolument convaincu (par simple observation) que le véritable antisémitisme (entendu comme hostilité généralisée à l’encontre des personnes d’origine juive) monte, et cela de façon inquiétante. Mais cette montée est due avant tout à l’incroyable arrogance de la politique israélienne, à celle de ses soutiens en France, à leur volonté suicidaire d’imposer au peuple français à la fois une politique dont il ne veut pas et une censure de fait qui le musèle lorsqu’il cherche à protester. La « lutte contre l’antisémitisme », telle qu’elle est menée actuellement, sans doute avec les meilleurs intentions du monde, ne fait que renforcer l’irritation que provoque toute censure et, dans ce cas d’espèce, ne fait que renforcer l’antisémitisme. Lutter réellement contre l’antisémitisme nécessite d’en finir avec la « lutte contre l’antisémitisme » fondée sur l’intimidation et la censure. Les gens qui ne comprennent pas cela devraient réfléchir un peu plus à l’histoire du socialisme réel ou du catholicisme à l’heure de sa gloire.

(JPG)

* Jean Bricmont est Docteur en Sciences et a travaillé comme chercheur à l’Université Rutgers puis a enseigné à l’Université de Princeton, situées toutes deux dans l’Etat du New Jersey (États-Unis). Il enseigne aujourd’hui la physique théorique en Belgique et est l’auteur de Impérialisme humanitaire : Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ?

Note :

(1) Ce livre n’existe qu’en anglais (http://www.amazon.com/Wandering-Who…), mais il existe une interview de lui en français à propos de son livre (http://www.silviacattori.net/articl…).

Du même auteur :

-  L’impérialisme humanitaire et la Palestine (3 vidéos)
-  La Libye face à l’impérialisme humanitaire
-  Libye : la gauche européenne et le retour de l’impérialisme humanitaire
-  Un monde plus juste et la « responsabilité de protéger »
-  Sur le retour du ni-ni, l’islamisme et l’antisémitisme dans les manifestations
-  Entretien avec Jean Bricmont
-  Trois idées simples
-  Pour en finir avec « l’antisémitisme »

9 octobre 2011 – Communiqué par l’auteur

Gilad Atzmon répond à ses détracteurs


mardi 25 octobre 2011 – 15h:27

Gilad Atzmon


info-palestine.net dit : Suite à notre publication d’une interview de Gilad Atzmon traitant de son dernier ouvrage The Wandering Who, nous avons été sommés de retirer l’article en question, et Gilad Atzmon a été traité de raciste et d’antisémite.
Refusant de nous laisser entraîner dans une polémique stérile et sans fin qui ne peut que nous écarter de notre objectif fondamental qui est notre soutien à la cause palestinienne, nous avons retiré l’article en question, alors que les questions soulevées ne justifiaient en rien les accusations proférées de façon tout à fait incantatoire contre l’auteur du livre.

Informé des accusations dont il était l’objet, Gilad Atzmon a souhaité réagir par ce premier courrier, que nous avons traduit et mettons en ligne ici.

Nous considérons que les questions soulevées par G. Atzmon méritent discussion, et non pas simple dénonciation. A croire qu’il ait mis le doigt là où cela fait vraiment mal… Il est légitime de questionner l’engagement anti-sioniste de n’importe quel composante du mouvement de solidarité avec la Palestine, et c’est par un argumentaire qu’il faut répondre et non pas par des anathèmes.

Gilad Atzmon a souhaité que nous lui donnions la parole, et c’est ce que nous décidons de faire car la censure ne fait pas partie de nos méthodes. Mais nous considérons aussi que pour notre site, la question est à présent close.

Nous nous permettons de regretter une dernière fois que certaines composantes du mouvement de solidarité s’arrogent un droit de censure et lancent des accusations sans fondement plutôt que de faire le choix du débat. Les arguments d’autorité, dont nous avons tous trop souvent souffert dans la vie politique, ne génèrent que des rancoeurs et des unanimismes de façade…

A bon entendeur !…

La rédaction d’info-Palestine.net

(JPG)

Gilad Atzmon est né en Israël en 1963 et il a suivi une formation musicale à l’Académie de musique Rubin de Jérusalem (Composition et Jazz). En tant que multi-instrumentiste, il joue du saxo soprano, alto, ténor et baryton, de la clarinette et de la flûte. Son album Exil a été couronné par la BBC « l’album de jazz de l’année » en 2003. Ses albums – il en a enregistré neuf à ce jour – explorent souvent des thèmes politiques et la musique du Moyen-Orient. Gilad Atzmon est aussi un écrivain prolifique, très souvent traduit en de nombreuses langues. Son dernier ouvrage The Wandering Who traitant de l’identité politique juive est en cours de publication.

Courrier de Gilad Atzmon, daté du 22 octobre 2011

Il est plutôt triste que les « « deux cellules politiques » (UJFP et IJAN) persistent à m’attribuer certaines idées « antisémites » ou « racistes ». Je suppose que chacun est en mesure de constater que toutes les citations qu’ils reprennent (dans la lettre de l’UJFP) se réfèrent à la culture juive et non au peuple juif. Dans l’intégralité de mes travaux, il n’y a aucune référence aux Juifs en tant que peuple, race ou ethnie. Ce que je critique, ce sont la politique, la politique identitaire et la culture juives.

Voici une liste des gens qui apprécient mon livre. Comme vous pouvez le voir, dans cette liste, vous trouvez les plus grands humanistes de notre temps. Seraient-ils tous des fous, des racistes, des antisémites ? Je ne le pense pas…

Les promoteurs du livre :

« Gilad Atzmon a décidé d’ouvrir la boîte de Pandore, et il lance un débat qui, depuis trop longtemps, est resté désespérément en sommeil. Ses expériences sont plus authentiques, ses opinions sont sans concession, et, parfois, provocatrices. Il doit être lu et débattu. » Ramzy Baroud, Palestine Chronicle

« Une histoire transformatrice racontée avec une intégrité à toute épreuve que tous ceux (spécialement les Juifs) qui se préoccupent d’une paix véritable, de même que de leur identité propre, ne devraient pas seulement lire, mais y réfléchir et en débattre largement. » Professeur Richard Falk.

« Fascinant et provocateur. » Professeur John J. Mearsheimer

« L’idée d’Atzmon sur l’organisme créé par le mouvement sioniste est explosive. » Professeur William A. Cook

« Un travail de pionnier qui mérite d’être lu et Gilad Atzmon est courageux d’avoir écrit ce livre ! » Dr Samir Abed-Rabbo

« L’évasion de Gilad d’une claustrophobie spirituelle vers un humanitarisme libre et ouvert est sans peur. » Robert Wyatt

« Dans son style imperturbable inimitable, Atzmon diagnostique l’abcès dans la dent de sagesse juive – le tribalisme de l’exil – et l’incise. Ouch ! » Eric Walberg, Al Ahram Weekly

« C’est plus qu’un exercice universitaire, c’est une révélation ! » Lauren Booth, Press TV

« Une analyse brillante qui montre que ce qui semble être des contradictions dans l’identité juive est basé sur un comportement politique non seulement intelligible mais prévisible. » Jeff Blankfort

« Atzmon possède le courage – si profondément absent chez les intellectuels occidentaux. » Professeur James Petras

« Après avoir connu Gilad pendant 25 ans, j’ai lu le livre en anglais, je l’ai entendu en hébreu et j’y ai réfléchi en arabe. Gilad Atzmon est d’un courage incroyable. » Dr Makram Khoury-Machool

« Une réalisation fascinante. » Dr Oren Ben Dor

« Gilad Atzmon est quelqu’un qui comprend ce que veut dire être intellectuel. » Kim Petersen, Dissident Voice

« Gilad Atzmon est le Moïse de notre temps, qui nous appelle tous à sortir de l’Égypte de nos nationalismes, racismes, exceptionnalismes et peuple-choisismes absurdes pour aller vers une forme d’universalisme humaniste. » Dr Kevin Barrett

« Peut-être que seul un musicien pouvait écrire cette complainte sensible, pertinente, sur la façon dont tant de Juifs qui croient faire « ce qui est bon pour les Juifs », ont réussi à extraire le cœur de la nation palestinienne et faire que cette tragédie soit considérée comme dans l’ordre naturel des choses. » Kathleen Christison

« The Wandering Who ? (L’Errance de qui ?) de Gilad aurait enchanté Albert Einstein de même qu’il sera un ennemi horripilant pour les idéologues d’Abe Foxman (directeur de la Ligue anti-diffamation américaine). » Dr Paul Balles

« Un livre qui va en secouer quelques-uns… » Gordon Duff

« Stimulant, provocateur et persuasif. » Jeff Gates

« Quand vous aurez fini de lire ce livre, vous verrez probablement un autre visage dans le miroir. » Professeur Garrison Fewell

« The Wandering Who déconstruit l’identité politique unique qui façonne la réalité de la nation juive et les crimes commis en son nom. En tant que non-juif, je l’ai trouvé éclairant ! » Sameh Habeeb, Palestine Telegraph

« Gilad Atzmon explore les dilemmes que le sionisme a créés chez ses membres. » Neil Berry, Arab News

« C’est un témoignage très touchant qui devrait être lu par tout le monde. » Silvia Cattori

« Le dernier prophète juif. » Professeur William T. Hathaway

« Atzmon est un iconoclaste. » Dr Paul Larudee

« Une brillante, courageuse étude de même qu’une réflexion critique sur l’ethnocentrisme juif. » Rainlore’s World of Music

« Comme les vrais conteurs de valeur, Atzmon peut s’attendre au courroux des pouvoirs en place et de leurs sous-fifres, en récompense de ce qu’il révèle. Les gens comme Atzmon auront joué un rôle crucial dans notre libération de nous-mêmes si effectivement nous réussissons à survivre. Amour et respect à mon frère Gilad Atzmon. » Ken O’Keefe

« Le cadeau magique et pourtant extrêmement subtil que Gilad Atzmon offre à travers ses cheminements personnels dans The Wandering Who ? est la sagesse de la désillusion. » Shahram Vahdany, MWC News

« L’écriture d’Atzmon ne respecte pas les vaches sacrées. Son esprit est mordant, son idée et sa logique indiscutables. » Richard A. Siegel

« Parfois, ce qu’il faut, c’est un provocateur bravache, abrasif comme catalyseur pour un véritable débat. » Sunny Singh

« C’est un livre très perspicace et instructif. » Roy Ratclifffe

« L’appréciation la plus exacte à ce jour sur l’identité et la conduite politique juives. » Today’s Jewsih Heroes

(Appréciations également sur : http://www.gilad.co.uk/the-wanderin…)


De Gilat Atzmon, publié sur le site Info-Palestine ces dix-huit derniers mois :

-  Liam Fox n’est pas un « idiot utile »
-  « Être dans le temps »
-  « Palestine, Israël, Allemagne : les limites du débat ouvert » Conférence, Fribourg, Allemagne – 10 et 11 septembre
-  Massacre en Norvège : en savoir plus sur le lien avec la droite juive
-  La loi ’herem’ dans le contexte du passé et du présent juifs
-  Civilisation israélienne ?
-  Le Mur
-  Israël et le sionisme : Un projet unique dans l’histoire
-  Ce que j’ai dit à Stuttgart
-  Lévy, le philosophe français
-  Ein Hod, ‘Aïn ‘Awd et le péché originel israélien
-  Le buisson ardent
-  Tout ce que peuvent espérer les 200 criminels de guerre israéliens, c’est une amnistie palestinienne…
-  Changement : les sionistes font preuve de tolérance
-  Les vandales proisraéliens à l’assaut de Wikipédia
-  Les tirs et les larmes
-  Crucifixion de la gentillesse
-  L’idéologie juive et la paix mondiale
-  Boucherie israélienne en pleine mer
-  Le temps qu’il reste… pas des masses, pour Israël
-  En route pour Athènes
-  Bienvenue au club des humoristes juifs !

22 octobre 2011 – Communiqué par l’auteur – Traduction : JPP

Gilad Atzmon parle de son livre « The Wandering Who ? »


vendredi 14 octobre 2011 – 21h:12

Gilad Atzmon – Silvia Cattori


(JPG) Gilad Atzmon parvient à s’exprimer de manière originale, et à mettre en question des idées reçues en faisant abstraction de tous les tabous, dans un style novateur, frais, et toujours bien informé. C’est avec grand intérêt que nous avons lu son dernier livre The Wandering Who ? A Study of Jewish Identity (*) [« L’errance de qui ? Une étude de l’identité juive »]. C’est un récit très émouvant et éclairant que chacun devrait lire.
Silvia Cattori : The Wandering Who ? [« L’errance de qui ? »] – Que recouvre ce titre provocateur ?

Gilad Atzmon : Mon livre The Wandering Who ? s’efforce d’atteindre à une compréhension plus profonde de la culture juive et de la politique identitaire juive. Il cherche à aborder certaines questions que la plupart d’entre nous préfèrent éviter. Il y a trois ans, l’historien israélien Shlomo Sand publiait son ouvrage révolutionnaire démantelant le récit fantasmatique de l’histoire juive.

Dans mon livre, j’essaye de pousser la recherche de Sand un pas plus loin ; d’examiner la très problématique attitude juive envers l’histoire, le passé, et la temporalité en général. Il y a cinq ans, les universitaires états-uniens Mearsheimer et Walt ont publié une très précieuse étude sur le lobby israélien aux États-Unis (1). Là aussi, je m’efforce de reprendre leur recherche au point où ils se sont arrêtés. J’essaye d’expliquer pourquoi le lobbying est inhérent à la politique et à la culture juives.

Il y a deux décennies qu’Israel Shahak a publié son étude d’une importance cruciale sur le Talmud et, dans mon ouvrage, je cherche à la prolonger et à saisir l’attitude profondément raciste et anti-goy (2) qui est intrinsèque à toute forme de politique identitaire juive laïque, qu’il s’agisse du sionisme, du socialisme juif, et même de l’antisionisme juif. Dans The Wandering Who ? j’essaye de passer au crible toutes les perceptions reçues concernant la politique identitaire juive.

Silvia Cattori : The Wandering Who ? est un témoignage très impressionnant. Il ne pourra pas être ignoré, y compris de vos adversaires. Je crois pouvoir dire sans me tromper qu’avant vous, personne n’a explicité certains aspects critiques de la question israélo-palestinienne de manière aussi franche. Votre analyse est importante pour quiconque cherche à comprendre ce que certains s’attachent à cacher, et pourquoi. Et elle devrait conduire les gens qui ont été délibérément maintenus dans le noir et la confusion, à y voir plus clair. Cela inclut bien évidemment les milieux « progressistes ».

Gilad Atzmon : Merci pour votre soutien et vos compliments.

Silvia Cattori : Cependant, vous marchez sur un terrain miné. On se demande du reste si vous n’exposez pas vos idées et vos points de vue avec une telle force, parce que, en tant qu’ex-Israélien, vous éprouvez de la honte ?

Gilad Atzmon : C’est une bonne question. Je suppose qu’à un certain moment, dans le passé, il est exact de dire que j’ai commencé à ressentir de la honte et de la culpabilité. Cependant j’ai réalisé, il y a déjà plusieurs années, que la culpabilité ne devient un sentiment qui a un sens qu’à partir du moment où il se transforme en responsabilité. Contrairement à certains juifs antisionistes qui déclarent joyeusement et vertueusement « pas en mon nom », je sais très bien que chaque crime israélien est en effet commis en mon nom, en dépit du fait que je ne vis plus là-bas depuis de nombreuses années. J’en suis très troublé.

Silvia Cattori : Est-ce à dire que l’écriture de The Wandering Who ? a été pour vous une manière de régler un contentieux personnel avec la « tribu » ?

Gilad Atzmon : Pour être plus précis, ce n’est pas tellement « la tribu » que je critique, mais le sentiment racialement orienté du « tribalisme » qui est au cœur de toute forme de politique identitaire juive.

Silvia Cattori : Cette formidable remise à plat n’est-t-elle pas motivée par le désir d’encourager l’humanité à résister à ce que vous considérez être le réel danger, à savoir l’idéologie juive ?

Gilad Atzmon : Je suis en effet principalement préoccupé par l’idéologie. Je soutiens aussi que ce ne sont pas seulement les Palestiniens qui sont concernés. Je suis très alarmé par le lobbying juif acharné et sa puissance globale de déstabilisation. Le fait que l’AJC (American Jewish Committee) prône la guerre contre l’Iran est très inquiétant. Mais je surveille également de près l’activisme juif de gauche ; et je suis très troublé par ce que je découvre.

Silvia Cattori : Ce livre est-il aussi une tentative d’expliquer à vos lecteurs pourquoi il est si difficile de lutter contre la politique israélienne ?

Gilad Atzmon : Lutter contre Israël pour ce qu’il est – c’est-à-dire l’État juif – signifie tout simplement un conflit ouvert avec le plus grand pouvoir de lobbying existant au monde. D’une part on se confronte à des institutions sionistes puissamment financées. Et d’autre part on est pris en chasse par le réseau juif soi-disant « progressiste » qui est en fait principalement engagé à contrôler le discours. Il faut comprendre que, contrairement aux sionistes qui agissent ouvertement, les juifs antisionistes travaillent aux mêmes buts mais de façon clandestine.

Silvia Cattori : Vous dites qu’il convient de mettre au centre du problème le « pouvoir juif ». Et qu’en même temps il convient de s’opposer au discours de certains « antisionistes », que vous considérez comme trompeur. Quand vous écrivez : «  Le sionisme n’est pas un mouvement colonial ayant un intérêt dans la Palestine, comme le suggèrent certains chercheurs. Le sionisme est en fait un mouvement mondial qui est alimenté par la solidarité tribale unique d’une tierce partie…  », vous mettez en question ceux qui caractérisent Israël comme un simple fait « colonial ». C’est en effet un point crucial. En quoi serait-il si difficile d’affirmer que ce n’est pas simplement du colonialisme ?

Gilad Atzmon : En effet, je suis troublé par le manque d’intégrité intellectuelle et de cohérence dans le débat et au-delà. Il m’a fallu un certain temps pour comprendre que des années d’hégémonie juive (intellectuelle) au sein du discours de la solidarité avec la Palestine a conduit à une situation absurde dans laquelle la critique de l’État juif est principalement façonnée par des sensibilités juives.

Essayez, par exemple, d’imaginer une situation dans laquelle notre critique du capitalisme serait formulée délibérément d’une manière excessivement prudente – juste pour s’assurer que les riches ne soient pas offensés. De même, essayez d’imaginer une autre situation tout aussi absurde, dans laquelle notre critique de l’idéologie nazie aurait à prendre en compte les sensibilités des tenants du déterminisme biologique et des antisémites. Il semble tout aussi absurde que nous nous trouvions dans une situation où nous devons prendre garde soigneusement à ce que nous disons au sujet des droits palestiniens- de manière à ne pas offenser les juifs.

Et, oui, je le dis ouvertement. Le sionisme n’est pas un mouvement colonial et n’en a jamais été un. Le colonialisme établit une relation claire entre une mère-patrie et un État colonial ; alors que le sionisme n’a jamais eu une mère-patrie. Il est vrai qu’Israël présente quelques symptômes coloniaux, mais il se limite à ça. Le sionisme est entraîné par l’esprit de la suprématie juive et une notion fantasmatique de « retour chez soi ».

Le trompeur paradigme colonial a été introduit par quelques penseurs « progressistes » juste pour s’assurer que Marx n’est pas laissé en-dehors du discours. À tout le moins intellectuellement, ce que nous voyons là est seulement amusant.

Cependant, il est important de mentionner ici que le seul aspect véritablement colonial dans la réalité sioniste est la relation entre l’État israélien et les colonies : là, les échanges indiquent clairement qui est la « mère-patrie » et qui est le « colon ».

Silvia Cattori : Je voudrais comprendre pourquoi des défenseurs des droits des Palestiniens, devraient s’abstenir de désigner Israël pour ce qu’il est véritablement ? Quelle est selon vous la véritable raison de leur refus de traiter du « pouvoir juif » et de son impact politique désastreux ?

Gilad Atzmon : Je pense que, quand il s’agit d’Israël et du « pouvoir juif », tout humaniste – moi y compris – a un conflit à gérer. Je le formulerais ainsi : « Comment puis-je dire la vérité sur Israël, le lobby, et le sionisme, tout en maintenant ma position en tant qu’humaniste ? » Il m’a fallu de très nombreuses années pour apprendre à faire la différence entre le grain et la paille. J’ai appris à distinguer entre les juifs (les gens), le judaïsme (la religion) et la judéité (l’idéologie). Cette différenciation n’est pas exempte de problèmes, parce que, comme nous le savons, la plupart des juifs eux-mêmes ne savent pas où ils se situent dans ces trois registres. La plupart des juifs ne savent pas où le judaïsme finit et où la judéité commence.

De même, la plupart des juifs antisionistes ne parviennent pas à admettre qu’ils fonctionnent en fait dans des cellules politiques exclusivement juives. Nous avons affaire, en effet, à une identité politique très particulière. Elle est racialement orientée et profondément raciste. Elle est suprématiste, mais imprégnée de victimisation. Cette identité véhicule une image universelle mais, en réalité, elle est nourrie par des intérêts tribaux.

Toutefois, dans mes écrits, je me limite à des questions concernant l’idéologie (judéité). J’essaye de saisir le sens unique de « peuple élu » et d’observer comment il entre en jeu dans la politique, la culture et la pratique. Il est évident que, pour le moment, il n’y a pas d’outils intellectuels pour limiter la critique de l’idéologie. Et cela signifie vraiment que mes détracteurs se trouvent dans une situation désespérée. Ils n’ont pas les moyens intellectuels pour me réduire au silence, moi ou ma critique, alors ils se rabattent sur des campagnes de diffamation : ils me qualifient d’« antisémite », de « néo-nazi », de « raciste » etc. Assez tragiquement pour eux, personne en-dehors du circuit politique juif ne prend plus au sérieux aucune de ces accusations gratuites.

Je voudrais aussi signaler que la notion de « pouvoir juif » pourrait prêter à confusion ou induire en erreur : elle doit être précisée. Quand je parle de pouvoir juif, je me réfère strictement à la capacité des groupes d’intérêt juifs à exercer une pression politique. Et il est très important de comprendre ici, et je dois le souligner, que le pouvoir juif n’est pas du tout une conspiration. Il est affirmé – très ouvertement – au travers d’organisations mises en place pour exercer une pression et servir les intérêts juifs. Parmi ces groupes, on peut mentionner l’AIPAC (3), l’AJC (4), le CFI (5), le LFI (6), etc. Les sionistes sont fiers de leurs pouvoirs de lobbying et en parlent ouvertement. Ils s’en vantent – ils se réjouissent de voir les membres du Congrès des États-Unis se mettre docilement debout pour ovationner le Premier Ministre Netanyahou.

Silvia Cattori : Il est facile de vous suivre sur ce point et d’être d’accord avec vous quand vous dites qu’Israël et le sionisme représentent un projet unique dans l’histoire (7) et que la relation entre Israël et le lobby juif est également unique. Mais, comme vous l’expliquez fort bien, quand vous et d’autres suggérez que c’est le « pouvoir juif » qui doit être affronté, la « gauche juive », « l’intelligentsia juive », les associations juives pour la paix, vont se dresser pour vous stopper. Est-ce à dire que ces groupes font, eux aussi, clairement partie de ce que vous appelez le « pouvoir juif » ?

Gilad Atzmon : Absolument ! Ou, au moins, elles font partie du problème. Dans mon livre, j’explique très clairement qu’il y a une continuité idéologique complète entre le sionisme et le soi-disant « anti »-sionisme ou la gauche juive en général.

Je fais une distinction entre l’ « antisionisme juif » qui est le plus souvent motivé par le tribalisme juif et se préoccupe principalement des juifs, et « les antisionistes qui se trouvent être juifs ». Ces derniers représentent une catégorie complètement innocente. Inutile de dire que beaucoup de mes partisans se trouvent appartenir à ce dernier groupe.

L’antisionisme juif est là pour donner une apparence de pluralisme au discours de la diaspora juive. Pour quelque raison vous verrez vingt juifs antisionistes venir perturber un concert philarmonique juif, mais vous ne verrez pas ces mêmes activistes venir soutenir un concert palestinien une semaine plus tard. En résumé, leur antisionisme n’est guère plus qu’une affaire interne juive.

Silvia Cattori : Cette question du lobbying est absente du livre Gaza en crise de Chomsky et Pappé (8). Est-ce une surprise pour vous ?

Gilad Atzmon : Pas vraiment. Comme nous le savons, Chomsky s’est montré très critique à l’égard de l’étude de Mearsheimer et Walt sur le lobby juif (9) Je ne connais pas le point de vue de Pappé sur la question. Autant que je sache, il s’abstient de tout commentaire sur le lobby. Je pense que l’on ne peut pas s’attendre à ce que chacun fasse tout le temps des commentaires sur tous les sujets.

Silvia Cattori : Compte tenu de son influence et de sa capacité à orienter les positions du mouvement de solidarité avec les Palestiniens, cette « gauche juive » doit représenter un casse-tête pour une personne comme vous.

Gilad Atzmon : Je ne dirais pas que c’est un grand casse-tête. C’est une chose légèrement bruyante à l’arrière-plan ; c’est comme d’avoir une mouche dans la salle. C’est une nuisance, mais qui ne va pas vous tuer. Cependant, il y a deux manières de la traiter : l’écraser avec un vieux numéro du Guardian, ou ouvrir la fenêtre pour la laisser partir. Je préfère la seconde option. Elle est certainement bien plus humaniste. Il devient de plus en plus évident que ces éléments au sein de la gauche, dominés par l’idéologie juive, se sont rendus eux-mêmes non pertinents dans ce conflit et dans le discours.

La gauche, qui a échoué à saisir l’impact anti-impérialiste de l’Islam, est de toute évidence complètement coupée des affaires actuelles du monde. Ce n’est pas un secret que la gauche juive s’est opposée au Hamas, et s’y oppose toujours. Ce n’est pas un secret que la gauche occidentale est dans la confusion au sujet de l’Islam. La gauche anglo-américaine est aux prises avec une crise d’identité et d’autres formes de lutte pour la justice sociale. Pour ma part, je suis très attiré par l’attitude espagnole et latino-américaine envers la Palestine et l’Islam.

Silvia Cattori : Quand vous évoquez le « pouvoir juif », vous touchez un nerf très sensible. N’êtes-vous pas préoccupé par le fait que cela peut faire venir à l’esprit la question des «  Protocoles des sages de Sion  » ? Ne jouez-vous pas avec le feu ?

Gilad Atzmon : Pour commencer, il est évidemment clair que je navigue au plus près du vent. Toutefois, vu l’état instable de notre monde, quelqu’un doit le faire, et il se trouve que c’est moi. En fait, au fil des années, j’ai beaucoup écrit sur les « Protocoles des sages de Sion », et j’ai maintes fois soutenu que les questions relatives à l’authenticité des Protocoles sont, en réalité, complètement hors de propos : le triste panorama que nous dévoile l’AIPAC, ou Haim Saban, – qui se proposent ouvertement de transformer la politique états-unienne par l’intermédiaire du lobbying, des donations et du contrôle des médias – parle de lui-même. Sans parler de Lord Levy qui est le collecteur de fonds numéro un du parti travailliste britannique, au moment où le pays lance une guerre illégale contre un État arabe !

Il est parfaitement clair qu’il n’y a pas ici de complot, et qu’il n’y en a jamais eu : les lobbies juifs agissent – ouvertement – pour promouvoir ce qu’ils croient être les intérêts juifs. L’explication de tout cela est très simple : les sionistes et les Israéliens se sont rendus compte, il y a déjà de nombreuses années, qu’il est beaucoup moins coûteux d’acheter un politicien occidental que d’acheter un tank.

Silvia Cattori : Un chapitre de votre livre est consacré au statut de l’Holocauste. Pouvez-vous développer ?

Gilad Atzmon : Il ne fait aucun doute dans mon esprit que le maintien au premier plan de l’Holocauste sert à maintenir la primauté de la souffrance juive au centre de tout débat politique. Avec ce lourd nuage au-dessus de notre tête, nous n’allons pas être en mesure de répondre correctement (éthiquement) aux crimes commis par Israël au nom du peuple juif. Par conséquent, je crois vraiment que l’Holocauste doit être dépouillé de son statut religieux ou, de façon générale, de sa primauté. Il doit être discuté ouvertement et traité comme un chapitre historique. Je pense que cela arrivera bientôt et je suis très fier d’être parmi ceux qui poussent dans cette direction.

Et, une fois encore, mes principaux détracteurs sur ce front là ne sont pas les sionistes, mais en réalité les soi-disant juifs « anti »-sionistes. Cette semaine, nous organisons une conférence à Freiburg, en Allemagne, au cours de laquelle nous nous proposons de discuter la question de la liberté d’expression concernant l’Allemagne, Israël et la Palestine. Comme on pouvait s’y attendre, les juifs « anti »-sionistes on mené une vaine bataille pour saboter la conférence : ils ont fait pression sur les orateurs et les organisateurs.

Silvia Cattori : Peut-on connaître leurs noms ?

Gilad Atzmon : Parmi ces détracteurs on trouve l’« anti »-sioniste américain Jeff Halper (qui habite en Palestine occupée et s’oppose également à la démolition de maisons) ; Sarah Kershnar ; Mich Levy du Réseau juif antisioniste ; (réseau qui cherche désespérément à me stopper) ; Naomi Idrissi Wimborne (elle exploite ouvertement la pression montante de la campagne Boycott Disvestissement, Sanctions, en cherchant à démanteler la liberté d’expression) ; le (peu actif) journaliste israélien Shraga Elam (10) ; l’infâme et très actif Tony Greenstein ; et d’autres.

Ils ont tous opéré exactement comme on pouvait s’y attendre : ils ont sali, diffamé, étiqueté, ils ont fait pression, mais ils ont été complètement ignorés. Chose intéressante, les sionistes, eux, ont agi avec plus de dignité, en lançant une contre-conférence, le même jour, à Fribourg. Chose également intéressante, un des fondateurs de l’International Solidarity Movement m’a dit qu’il préférait de beaucoup se battre contre un soldat israélien à un barrage routier que de se battre contre nos détracteurs juifs « anti »-sionistes. Je n’aurais pas pu être plus d’accord.

C’est une vraie honte : ces gens auraient pu apporter une grande contribution au débat au lieu de se réduire à un cliché d’activisme tribal. Inutile de dire que nous avons ouvertement invité tous nos détracteurs à venir à notre conférence et à y exposer leur opposition à la liberté d’expression. Mais, comme vous pouvez l’imaginer, ils se sont bien gardés de répondre positivement.

Silvia Cattori : Le sionisme est souvent présenté, même à gauche, comme étant à l’origine une bonne chose. Du reste certains sionistes, comme Uri Avnery, sont considérés également par les progressistes comme une bonne référence. Vous soutenez que le sionisme, présenté à l’origine comme un projet laïc, n’avait rien de plaisant…

Gilad Atzmon : Au début, le sionisme n’était pas du tout un mouvement monolithique ; il avait plus d’un visage et d’une voix. Nous connaissons tous la dispute entre le sionisme de gauche et les révisionnistes, mais il y a quelques autres variantes du sionisme qui ont disparu au fil des années. Cependant, il est difficile d’interpréter l’action israélienne dans le cadre d’un modèle sioniste parce qu’Israël n’est plus guidé par le sionisme. Si le sionisme a été créé pour résoudre la question juive, Israël a introduit une série de nouvelles questions qui ont trait à l’identité juive, au tribalisme, à la suprématie, etc.

De plus en plus, dans mes écrits, je fais une distinction entre Israël et le sionisme. Le sionisme ne signifie plus grand chose pour les Israéliens. Le sionisme s’est largement réduit à un discours de la diaspora juive. Le sionisme n’est là que pour faire une distinction entre la grande majorité des juifs dans le monde et une demi-douzaine de juifs laïcs qui se présentent comme « anti »-sionistes.

Vous avez mentionné Uri Avnery. Je me rends compte que certaines personnes dans ce mouvement sont critiques à l’égard d’Avnery qu’ils considèrent comme un sioniste. En fait, j’ai beaucoup de respect pour l’homme ; je pense qu’il est un écrivain incroyable et prolifique. Nous devons apprécier où il vit et ce qu’il essaye de faire. Je ne suis évidemment pas d’accord avec Avnery sur certaines questions mais je n’ai aucun doute qu’il se prêterait à un débat ouvert avec moi et d’autres, et c’est une qualité qui manque vraiment dans notre débat.

Silvia Cattori : La gauche israélienne et la plupart des voix juives dissidentes soutiennent clairement le « droit d’Israël à exister ». Et vous ?

Gilad Atzmon : Je ne suis pas en position de déterminer qui a, et qui n’a pas le droit d’exister. Mais je suis qualifié pour prétendre qu’on ne devrait pas célébrer sa propre existence au détriment de celle des autres. Je trouve qu’il est difficile de traiter avec la gauche israélienne, mais ne vous méprenez pas ; il y a certains éléments au sein de la dissidence israélienne qui ont un courage au-delà de toute expression. Ces gens prennent un risque personnel très réel en soutenant la justice. J’ai beaucoup de respect pour leur action.

Silvia Cattori : On se demande en lisant The Wandering Who ? si ce n’est-ce pas un comportement un peu judéo-centrique d’attacher autant d’attention à l’identité juive ?

Gilad Atzmon : Je le reconnais ; j’ai passé beaucoup de temps à traiter de ces questions. Parvenu à la trentaine, j’ai commencé à comprendre que j’étais profondément impliqué dans un crime à grande échelle. J’ai quitté Israël parce que je voulais croire que ce serait suffisant pour me libérer, et pour débarrasser les Palestiniens de ma présence.

Mais ensuite j’ai rapidement pris conscience de ce que sont le lobby sioniste et les opérations du sionisme à l’échelle mondiale. Et puis il ne m’a pas fallu longtemps pour commencer à saisir la nature trompeuse de certains éléments au sein du réseau juif de gauche. Je n’ai jamais été impliqué dans aucune activité politique. Je n’ai jamais été membre d’un parti ; mais cette question de la politique juive m’a intrigué, à la fois sur le plan intellectuel et sur le plan éthique. J’ai commencé à lire à ce sujet. J’ai commence à suivre leur activité. Et, à un certain moment, j’ai commencé à écrire sur ce sujet. Je me suis fait très vite quelques ennemis qui, en fait, m’ont fourni une compréhension plus profonde du discours politique juif. Et nous y voilà : j’ai écrit The Wandering Who ? Ce sont mes réflexions sur la politique identitaire juive.

Silvia Cattori : En vous lisant attentivement on en vient parfois à se demander si vous évitez de parler de la religion juive juste pour « protéger » la religion en général ?

Gilad Atzmon : En effet, c’est une observation très subtile. Je ne suis pas un gauchiste, et je suis loin d’être un athée. Je suis un musicien, et je suppose que cela fait de moi une personne religieuse, ou au moins une personne ouverte au spirituel. Quand je joue, je ne sais vraiment pas d’où viennent les notes. Pour moi, la beauté est divine, et, de ce fait, j’ai beaucoup de respect pour les croyants et pour les gens ouverts au spirituel.

J’ai beaucoup d’admiration pour les musulmans. Mais je pense aussi que les seuls juifs antisionistes cohérents et authentiques sont en fait les Torah Jews [une secte juive ultra-orthodoxe, les Naturei Karta qui ne compte que très peu de membres. Ndt]. Je comprends leur position. Et, comme chacun peut le voir, ils n’essayent pas de diriger le mouvement de solidarité. Ils font, au contraire, tout ce qu’ils peuvent pour soutenir les Palestiniens. Et ils sont remarquablement humbles et modestes. Je les aime beaucoup.

Silvia Cattori : Mais, à votre avis, le judaïsme n’est-il pas tout aussi « tribal » que l’identité politique juive ?

Gilad Atzmon : Le judaïsme est en effet une religion tribale, nationale, et racialement orientée. Et pourtant, le judaïsme a sa manière de contenir tout cela. Assez tragiquement, quelque chose s’est terriblement mal passé dans le processus de la sécularisation juive et dans l’émergence du discours politique juif.

Les juifs peuvent avoir laissé tomber leur Dieu, mais ils ont conservé la haine du « goy » et les idéologies racistes qui sont au cœur de leur nouvelle identité politique laïque. Ceci explique pourquoi certains éléments talmudiques de haine du goy se sont transformés en pratiques génocidaires dans le discours sioniste.

Silvia Cattori : Selon vous, comment le nationalisme entre-t-il en jeu dans d’autres religions, comme l’Islam ou le christianisme ? Est-il différent du nationalisme juif ?

Gilad Atzmon : Contrairement au judaïsme, qui est tribalement orienté, l’Islam et le christianisme sont des préceptes universels. Ces derniers tentent d’apporter une réponse à l’ensemble de l’humanité, plutôt que de favoriser une tribu aux dépens des autres.

Silvia Cattori : Cela m’a amusée de lire sous votre plume : «  À cette époque déjà, j’aspirais à devenir un goy ou au moins à être entouré par des goys. » Qu’entendez-vous par là ?

Gilad Atzmon : C’est assez simple ; pour devenir un ex-juif, il faut arrêter de se sentir « élu ». Ce n’est pas une tâche facile ; je dois encore la pratiquer quotidiennement.

Silvia Cattori : Lorsqu’on visite Israël, on se demande sans cesse comment ces colons venus de l’étranger peuvent-ils prétendre être chez eux sur des terres volées simplement parce qu’ils sont de confession juive ? Qu’en pensez-vous ?

Gilad Atzmon : Je suis né là-bas. J’ai adoré cet endroit. J’ai eu une enfance très heureuse et une carrière réussie en tant que jeune adulte. Il m’a en effet fallu plusieurs années pour comprendre que quelque chose n’allait pas. J’ai ressenti quelque chose pendant la première guerre du Liban (1981). Au Liban, j’ai commencé à me demander d’où venaient tous ces réfugiés. Puis, lors de la première Intifada (1987) j’ai cru comprendre que certains, là-bas (en Palestine occupée), étaient extrêmement malheureux. Au début des années 1990, je travaillais avec de nombreux Palestiniens de Gaza. J’ai alors réalisé que mon existence dans la région était mêlée à un crime insupportable.

En 1994, j’ai quitté Israël pour de bon. Et depuis 1996 je n’y suis plus retourné. Mais vous devez comprendre que les Israéliens ne voient ni les Palestiniens ni leur sort. Être « élu » est une forme de cécité. Israël ne peut que se voir lui-même. Et cela pourrait bien signifier qu’il n’y a pas de remède à ce conflit.

Silvia Cattori : Ce qui est fascinant en vous lisant est de voir que vous semblez presque heureux d’avoir été ostracisé et accusé d’antisémitisme. Ne craignez-vous pas la prochaine campagne visant à discréditer The Wandering Who ? et à vous étiqueter antisémite ?

Gilad Atzmon : Les choses étant ce qu’elles sont, je crois que ceux qui distribuent l’étiquette d’antisémite ne font qu’exposer leur profonde affiliation au sionisme et au judéo-centrisme.

La campagne contre mon livre a déjà commencé. Mais j’ai aussi reçu beaucoup de soutien. J’accepte que ce soit là mon karma. À présent, je sais que, aussi longtemps que l’on m’attaque, cela veut dire que je fais ce qu’il faut faire. Je suppose que, plus on s’oppose à moi, mieux les gens peuvent comprendre ma position.

Comme vous l’avez sans doute remarqué, autrefois les antisémites étaient ceux qui n’aimaient pas les juifs. Aujourd’hui, les antisémites sont ceux que les juifs n’aiment pas. Certains juifs, là-bas, n’apprécient vraiment pas mes efforts. Mais la bonne nouvelle est que personne ne prend plus garde à l’accusation d’antisémitisme. Elle a été trop exploitée.

Silvia Cattori : Vous avez écrit que les jours d’Israël sont comptés. Comment l’envisagez-vous exactement ?

Gilad Atzmon : Indépendamment de la lutte des Palestiniens, Israël ne pourra plus tenir. C’est une société morbide mue par une avidité implacable. Elle est sur le point d’imploser. L’État juif a amplifié la question juive plutôt que de l’éliminer. Et je crois que le temps est venu d’admettre qu’il n’y a peut-être pas de réponse collective à la question. Je suppose que si, avec le temps, les Israéliens apprennent à aimer leurs voisins, la paix pourrait l’emporter. Toutefois, si cela arrive, ils pourraient bien avoir cessé de se considérer comme des élus. Ils seront devenus des gens ordinaires.

Silvia Cattori : Merci Gilad Atzmon. S’entretenir avec vous est un vrai régal.

Gilad Atzmon : Merci beaucoup pour votre attention et votre engagement. C’est toujours aussi un grand plaisir de parler avec vous.

Silvia Cattori

(*) Gilad Atzmon : The Wandering Who ? A Study of Jewish Identity Politics. (« L’errance de qui ? Une étude de l’identité juive »), Zero Books 2011.

L’identité juive est liée à certaines des questions les plus difficiles et les plus controversées d’aujourd’hui. Le but de ce livre est d’ouvrir nombre de ces questions à la discussion. Depuis qu’Israël se définit lui-même ouvertement comme l’« État juif », nous devrions nous demander ce que recouvrent les notions de « judaïsme », « judéité », « culture juive » et « idéologie juive ». Gilad examine les aspects tribaux intégrés dans le discours laïc juif, aussi bien sioniste qu’antisioniste ; la « religion de l’Holocauste » ; le sens des mots « histoire » et « temps » dans le discours politique juif ; les idéologies anti-goys entremêlées aux différentes formes du discours politique juif laïc, et même au sein de la gauche juive. Il s’interroge sur ce qui conduit les juifs de la diaspora à s’identifier à Israël et à s’aligner sur sa politique. L’état désastreux de la situation mondiale suscite la demande pressante d’un changement conceptuel dans notre attitude intellectuelle et philosophique envers la politique, la politique identitaire, et l’histoire.

Vous pouvez commander le livre sur Amazon.com ou Amazon.co.uk

Premières réactions à ce livre, voir :

-  Tearing the Veil From Israel’s Civility, par William A. Cook, Counterpunch, 17-18 septembre 2011.[traduction de cet article en français : Arracher le voile de la civilité israélienne

-  London JC launched an attack on Prof’ John Mearsheimer, par Gilad Atzmon, gilad.co.uk, 22 septembre 2011.

-  Mearsheimer responds to Goldberg’s latest smear, par John Mearsheimer (et publié par Stephen M. Walt), walt.foreignpolicy.com, 26 septembre 2011.

[1] The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy, John J. Mearsheimer and Stephen M. Walt. (Farrar, Straus & Giroux)

[2] Le terme de goy (pluriel : des goys) désigne les non-Juifs. On lui attribue une connotation négative

[3] American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), un groupe de pression né aux États-Unis après la création de l’Etat d’Israël visant à soutenir Israël et à faire la promotion de l’idéologie sioniste

[4] L’AJC : http://www.ajc.org/

[5] Le CFI : http://www.powerbase.info/index.php…

[6] Labour Friends of Israel : http://www.imemc.org/article/60469

[7] Voir : Israël et le sionisme : Un projet unique dans l’histoire – Entretien avec Gilad Atzmon, par Silvia Cattori, 2 mars 2011.

[8] Gaza in Crisis : Reflections on Israel’s War Against the Palestinians, Noam Chomsky and Ilan Pappe. (Frank Barat Editor)

[9] Voir note (1).

[10] Il réside à Zurich (Ndt)

(JPG) Gilad Atzmon est né en Israël et il a servi dans l’armée israélienne. Il habite Londres et est l’auteur de deux romans, le premier : A Guide to the Perplexed et le second : My One and Only Love. Atzmon est aussi le meilleur saxophoniste d’Europe. On peut le joindre à : giladatzmon@mac.com. Son site : http://www.gilad.co.uk/

De Gilad Atzmon :

-  Gilad Atzmon : « Être dans le temps »
-  Massacre en Norvège : en savoir plus sur le lien avec la droite juive
-  La loi ’herem’ dans le contexte du passé et du présent juifs
-  Civilisation israélienne ?
-  Le Mur
-  Israël et le sionisme : Un projet unique dans l’histoire
-  Ein Hod, ‘Aïn ‘Awd et le péché originel israélien

27 septembre 2011 – Silvia Cattori – Traduit de l’anglais par JPH – Texte original en anglais : http://www.silviacattori.net/articl…

Gilad Atzmon parle de son dernier livre « The Wandering Who ? »


Entretien avec Gilad Atzmon
Gilad Atzmon parle de son dernier livre « The Wandering Who ? »
Gilad Atzmon parvient à s’exprimer de manière originale, et à mettre en question des idées reçues en faisant abstraction de tous les tabous, dans un style novateur, frais, et toujours bien informé. C’est avec grand intérêt que nous avons lu son dernier livre « The Wandering Who ? A Study of Jewish Identity » (*) [« L’errance de qui ? Une étude de l’identité juive »]. C’est un récit très émouvant et éclairant que chacun devrait lire.
27 septembre 2011 | Thèmes (S.Cattori) :

Silvia Cattori : « The Wandering Who ? » [« L’errance de qui ? »] — Que recouvre ce titre provocateur ?

Gilad Atzmon : Mon livre « The Wandering Who ? » s’efforce d’atteindre à une compréhension plus profonde de la culture juive et de la politique identitaire juive. Il cherche à aborder certaines questions que la plupart d’entre nous préfèrent éviter. Il y a trois ans, l’historien israélien Shlomo Sand publiait son ouvrage révolutionnaire démantelant le récit fantasmatique de l’histoire juive.

Dans mon livre, j’essaye de pousser la recherche de Sand un pas plus loin ; d’examiner la très problématique attitude juive envers l’histoire, le passé, et la temporalité en général. Il y a cinq ans, les universitaires états-uniens Mearsheimer et Walt ont publié une très précieuse étude sur le lobby israélien aux États-Unis [1]. Là aussi, je m’efforce de reprendre leur recherche au point où ils se sont arrêtés. J’essaye d’expliquer pourquoi le lobbying est inhérent à la politique et à la culture juives.

lire la suite ici

Tournée européenne : Gilad Atzmon & the Orient House Ensemble-


Spring Tour

Gilad Atzmon & the Orient House Ensemble-

The Tide Has Changed –The 2011 Spring  Tour: France, Austria, Germany, Switzerland, Luxemburg, UK & Costa Rica.
Catch us live….


The Tide Has Changed by Gilad Atzmon

UK
February 24 Th     Birmingham/UK          Mary’s Church, Selly Oak, 923 Bristol Road,  talk  (Israeli Palestine conflict) & concert
February   25 Fr   London/UK                         Vortex

February  26 Sa    London/UK                        Vortex

February  27 Su    Colchester/UK                   Fleece

Europe

March  6,  su        Vienna/AU                   Porgy & Bess

March 7, Mo         Paris/Fr                        Libraire Résistances (talk & concert)

March  8, tue        Redange/Lux                L’inouï

March  9, we         Frankfurt/Ger               Kulturfabrik

March 11, fri         Klosters/Sw                  Kulturverein

March 12, sa         Chur/Sw                        3 Könige

March  13, Su        Freiburg/Ger                  Cafe Palestine (a talk)

March 13, su         Freiburg/Ger                   Jazzhaus

March 14, mo         Pforzheim/Ger                 Domicile

March 15, tue         Saarwellingen/Ger           Jazzclub

March 16, we          Zürich/Sw                       Moods

March 17, thu          Karlsruhe/Ger                 Tempel  (Talk & Concert)

March 18, fr             Köln/Ger                       Altes Pfandhaus

March 19, sa            Heilbronn/Ger                Jazzclub

Latin America

source

March 20 -31      Touring Costa Rica and Latin America (more details to follow)

Tout ce que peuvent espérer les 200 criminels de guerre israéliens, c’est une amnistie palestinienne…


Voici de cela quelques jours, le chef d’état-major de l’armée britannique, le général (Sir) David Richards reconnaissait que la victoire en Afghanistan est impossible. « Dans une guerre conventionnelle », a-t-il déclaré, « la défaite et la victoire sont clairement tranchées et cela est symbolisé par l’entrée des troupes dans la capitale du pays vaincu ».

Il a fallu un certain nombre d’années à l’élite militaire britannique pour comprendre que la guerre en Afghanistan ne mène nulle part : leçon très utile, à retirer des conflits du milieu et de la fin du vingtième siècle, c’est que la puissance d’une armée conventionnelle ne peut vaincre aisément une résistance civile.

Il est intéressant, aussi, d’étudier le cas de l’Etat juif, qui a pratiqué une « stratégie » d’occupation depuis soixante-deux ans. Et voici que pour une raison que j’ignore, cela n’a toujours pas fait « tilt » : les Israéliens restent convaincus qu’ils sont en mesure de vaincre des Palestiniens particulièrement résilients au moyen de l’état de siège, des tueries aveugles, de bombardements en tapis et de guerre chimique.

Le résultat est on ne peut plus évident : si, par ailleurs, on tient présent à l’esprit qu’Israël se considère lui-même comme « une démocratie réservée aux seuls juifs », alors tout Israélien juif est complice d’un crime de guerre colossal perpétré contre une population civile.

Mais cela va plus loin : de plus en plus nombreux, des militaires israéliens de tous les grades sont directement impliqués dans d’interminables listes de crimes : des femmes enceintes se voyant refuser toute assistance médicale d’urgence, tandis que d’autres balancent des bombes sur des quartiers densément peuplés. Certains utilisent des enfants comme boucliers humains, tandis qu’une poignée d’entre eux procèdent à des exécutions de militants de la paix. Et d’autres se contentent d’alimenter les canons avec des bombes au phosphore.

Ceux qui commettent ces crimes tombent en réalité sous le coup de lois universelles. Ils peuvent être emprisonnés n’importe où, dans le monde entier ; ils risquent de passer le restant de leurs jours en prison.

Quelques Israéliens courageux doivent être particulièrement préoccupés par la situation morale de leur pays ; en effet, il y a de cela quelques jours, un document identifiant 200 soldats israéliens soupçonnés de crimes de guerre a fuité à l’extérieur d’Israël. Ce document a pu être affiché sur Internet ; la liste comporte les noms, les grades, les postes militaires, les photos et les adresses.

Les personnes ayant fait fuiter l’info et l’ayant postée sur le net ont indiqué que les noms listés étaient ceux « des responsables directs, des agents travaillant pour l’Etat d’Israël, qui, durant les mois de décembre 2008 et janvier 2009, avaient attaqué des dizaines de civils dans Gaza assiégée. Les personnes énumérées… occupaient des postes de commandement à l’époque de l’offensive ; par conséquent, non seulement ils agissaient au nom d’un mécanisme étatique criminel, mais ils encourageaient d’autres qu’elles à faire la même chose. Ils endossent une claire responsabilité personnelle. Leurs grades vont de commandants d’infanterie jusqu’aux échelons les plus élevés de l’armée israélienne. Tous ont pris un rôle actif et direct dans l’offensive (« opération plomb durci », ndt).

Le 17 novembre, je décidai de faire rapidement allusion à cette histoire : j’ai affiché le lien avec le site Israeli War Criminal sur mon blogue. Le 18, j’ai été fallacieusement accusé par la chaîne d’infos en continu israélienne Channel 10, ainsi que par quelques autres blogues israéliens, d’avoir été la personne à l’origine de la publication de ces nom et de ces photos.

Nul n’est besoin de préciser que cela ne m’a pas rendu particulièrement populaire en Israël. Ma boîte mél ressembla très vite à une zone de combat israélienne, et un de mes récents clips youtube [cliquer !] qui avait été tourné par la télé israélienne est très vite devenu une plateforme d’expression pour la vile laideur israélienne.

Tout cela me rappelait la raison pour laquelle j’avais dénoncé ma judéité et pour laquelle j’avais quitté Israël. Cela ravivait mes souvenirs, me rappelant pour quelle raison, il y a quelques années de cela, j’avais décidé de ne plus jamais remettre les pieds dans ce lieu maudit. Les Israéliens étaient désemparés et en colère. Il leur fallait un bouc émissaire. Et, après tout, « faire retomber la faute sur quelqu’un d’autre » est bien plus facile que de reconnaître que quelque chose ne tourne systématiquement et catégoriquement pas rond chez soi./p>

Le 19, la chaîne d’infos israélienne a réussi à me joindre : ils étaient sur la piste du tireur de sonnette d’alarme… Evidemment, je ne pouvais les aider ; d’ailleurs je ne souhaitais pas le faire. A ce que je sache, personne ne sait quelles sont les personnes qui ont été à l’initiative de la publication de cette liste. Bien qu’initialement les Israéliens eurent prétendu que la liste était controuvée et qu’elle comportait de nombreux noms qui n’avaient rien à voir avec les crimes commis à Gaza (en 2008-2009), les médias israéliens reconnurent très vite que cette liste avait été fuitée par une source interne aux Forces Israéliennes de Défense et qu’elle était probablement authentique.

Je me suis efforcé de faire remarquer à l’investigateur de la chaîne israéliennne Channel 10 que la publication de la liste set la meilleure chose qui se soit produite en Israël depuis des années : cette liste constitue un avertissement très clair pour les futurs combattants israéliens. Elle aura pour effet de leur suggérer qu’une conduite non-éthique pourrait avoir des conséquences très lourdes et directes pour eux. Une telle reconnaissance est vitale pour les Israéliens, afin qu’ils puissent commencer à amender leur comportement et à trouver une façon de vivre en paix avec leurs voisins.

L’on est fondé à trouver bizarre que dans la soi-disant « unique démocratie au Moyen-Orient » une liste de 200 criminels de guerre suspects ait pu faire l’objet d’une fuite : voilà que tous les médias se mettent en chasse d’un tireur d’alarmes au lieu de se colleter avec le véritable problème. Cela montre sous son vrai jour une société à la dérive en train de s’éloigner de toute forme de reconnaissance du droit international, pour ne pas parler de prise de conscience en matière éthique.

Toutefois, je sais très bien pour quelle raison les Israéliens sont tellement furieux : les gens, dans le monde entier, ne se rendent pas compte du fait que, pour les Israéliens, l’Etat juif n’est pas autre chose qu’une prison. Autant les Israéliens clament aimer leur pays, il n’est rien qu’ils aiment autant que de laisser ce pays derrière eux, et j’imagine que les Israéliens sont en train de commencer à comprendre la véritable signification de la dé-légitimation de leur Etat : celle-ci est en train d’atteindre un point de non-retour, et elle est devenue une affaire personnelle, parce que les gens dont le nom est couché sur la liste devront y réfléchir à deux fois avant de mettre les pieds dans un avion.

De façon piquante, les gens qui ont publié la liste ont eu recours à une tactique utilisée par les institutions juives et sionistes après la Seconde guerre mondiale : au lieu de pourchasser les dirigeants et les commandants militaires, les chasseurs de nazis avaient recueilli des informations concernant des gens ordinaires : officiers du rang, simples soldats, gardiens ; bref, ces gens ordinaires qui avaient perpétré des crimes contre l’humanité…

Cette tactique s’était avérée efficace dans l’incrimination de générations entières d’Européens qualifiés de vils antisémites. Après la guerre, la culpabilité européenne fut promptement traduite en pouvoir sioniste.

A l’évidence, les personnes qui sont à l’initiative de la publication de cette liste de criminels de guerre israéliens sont en train de faire goûter à Israël sa propre potion ; en listant 200 soldats de tous grades, le message est clair : la société israélienne elle-même est profondément malade. Ce n’est pas seulement les gens qui sont au sommet, c’est, en réalité, les gens les plus ordinaires qui sont en cause. Plus que d’Israël, il s’agit, de fait, de l’« Israélien ». Le malaise semble profondément ancré dans la société et dans sa culture.

Dans les cas de l’Allemagne et d’autres pays européens, c’est à Israël et aux dirigeants juifs qu’avait été donné le choix de savoir s’ils voulaient pardonner, ou s’abstenir de le faire. Ce furent les Israéliens et les juifs qui, en se faisant tirer l’oreille et sous conditions, ont accordé aux pays européens une amnistie cachère.

J’imagine qu’Israël connaît le même sort. Mais pour le moment, ce sont les Palestiniens et eux seuls qui peuvent sauver les Israéliens d’eux-mêmes et de leur brutalité. Seuls les Palestiniens ont quelque titre à pardonner aux criminels israéliens. Plus Israël commet aujourd’hui de crimes, plus y aura d’Israéliens qui dépendront de la gentillesse future des Palestiniens. Une fois que la Commission Vérité et Réconciliation pour les crimes de guerre israéliens aura été fondée en Palestine, ce sera le peuple palestinien qui décidera à qui pardonner ou non.

Source

Hanté par les fantômes – Rencontre avec Gilad Atzmon


Longue interview, mais elle mérite d’être lue ; le personnage est assez exceptionnel.

jeudi 11 novembre 2010

Yaron Frid


Le saxophoniste Gilad Atzmon, qui se proclame anti-israélien, et la légende du rock progressif, Robert Wyatt, ont joint leurs efforts pour créer de la magie musicale et faire du « bruit politique »
(JPG) 

Gilad Atzmon

En 1963, un enfant naît en Israël. En 1972, un homme tombe du troisième étage (ou du quatrième – les avis diffèrent) en Angleterre, en pleine nuit. Tous les deux ont pris leur envol sur les ailes de la musique et un jour la vie les réunira dans une rencontre surprenante. Ceci est une histoire triste avec une bande sonore cahotante faite du hurlement d’un saxophone et de la clameur d’une clarinette. C’est l’histoire de personnes déplacées qui n’ont pas d’autre pays et dans laquelle figurent des criminels de guerre, des chasseurs de nazis et Dieu en caméo, une histoire tempérée par de grandes doses d’ironie et quelques miettes d’espoir.

Un matin. Il pleut. Les trains sont en grève. Soho, Londres. Qui est le grand gaillard gloussant dans un café italien qui engloutit un sandwich au schnitzel (arrosé de thé) et qui m’accueille avec des commentaires du genre « Il n’y a pas de lumière à la fin du tunnel israélien ? » Ou encore, « Je crois qu’il y a quelque chose d’ indéfendable, simplement indéfendable dans le fait que les juifs qui ont souffert de tellement de discrimination raciale aillent établir un État fondé sur des lois raciales ». Et pour faire mieux : « Je suis absolument contre l’existence de l’État juif ». Ceci, tôt le matin, je vous le rappelle. Je suis-absolument-contre-l’existence-de-l’État-juif et passe-moi la sucrette, s’il te plaît.

Bonjour à toi aussi, Gilad Atzmon.

Que le café se trouve en face du fameux club de jazz de Ronnie Scott donne un indice subtil quant à l’identité d’Atzmon. Il est l’un des musiciens de jazz les plus acclamés et les plus demandés du monde et il n’accroît sa gloire – ou la détruit totalement, selon à qui vous vous adressez – qu’en occupant sa bouche à autre chose qu’un saxophone (ou un schnitzel).

Atzmon dit qu’il ne s’occupe pas de politique, mais d’éthique. Peut-être que dans son cas, ce n’est pas juste une question de sémantique. Ou de cosmétique. Mais nous sommes ici pour parler de musique. Et de beauté. « Cette beauté qui déborde simplement de toi », dit-il, « sans effort, inconsciemment, dans les moments de créativité les plus merveilleux, et quand cela arrive tu comprends que tu n’es que le vecteur de l’esprit, de quelque chose de plus grand que toi, sur quoi tu n’as absolument aucun contrôle. Je n’ai pas de connexion avec cette beauté, je me contente de manger des schnitzels. Je ne suis que le messager. Je ne cherche pas la beauté, c’est la beauté qui me trouve et à travers moi elle se fraie son chemin dans le monde ».

Et il y a beaucoup de beauté qui se faufile jusqu’au monde dans « For the Ghosts Within, » (Pour les fantômes qui nous habitent), le nouvel album d’Atzmon et de ses partenaires musicaux sur lequel la critique de la presse musicale britannique s’est déjà extasiée avec des compliments tels que « la surprise de l’année » et des descriptions extatiques sur les anges qui entrent dans le cœur de l’auditeur. Pour cet album, Atzmon a associé ses forces d’interprète, de compositeur, d’arrangeur et de producteur musical avec Ros Stephen et Robert Wyatt.

Il s’agit du Grand Robert Wyatt en personne. Figure culte ; un des pionniers du rock progressif. L’un appelle l’autre un génie (« Nous avons un pacte mutuel entre génies », glousse Atzmon) tandis que Wyatt dit : « C’est un très grand honneur pour moi et il n’allait pas de soi que Gilad accepte de travailler avec moi. C’est un musicien étonnant, étonnant. » Mais à en juger par les personnes avec lesquelles Wyatt a joué – Jimi Hendrix, Mike Oldfield, David Gilmour, Paul Weller, Syd Barrett, Brian Eno, Bjork (une « créature céleste », soupire Wyatt) parmi d’autres- il est évident que c’est aussi un honneur pour Atzmon, absolument. Il a joué avec Paul McCartney, mais sa collaboration avec Wyatt, 65 ans, objet unique d’admiration qui transcende les goûts, les générations et les catégories (demandez donc à Thom Yorke de Radiohead) représente une ascension et un certificat d’honneur qui cimente davantage le statut d’Atzmon dans l’industrie de la musique britannique.

Wyatt est l’enfant terrible hippie qui est devenu un gourou à la barbe blanche, une sorte de trésor national secret, un authentique survivant qui est presque inclassable. À la batterie chez Soft Machine (dont il s’est fait jeter – il maintient jusqu’ici que « rien n’est plus terrible dans la vie que l’humiliation ») et chez Matching Mole, il est revenu à la vie comme chanteur-compositeur après être tombé de cette fenêtre à Londres pendant une beuverie qui a dérapé. (Pink Floyd s’est immédiatement porté à son secours et a organisé un concert à son profit). La chute l’a cloué à vie dans une chaise roulante.

Peu de musiciens ont fait tout ce qu’il a fait – psychédélique, punk, post- punk, avant-garde, fusion est maintenant jazz « pur » avec ses propres convolutions.

Wyatt est marié avec Alfreda (Alfie) Benge, qui est venue enfant en Angleterre de Pologne comme réfugiée de guerre. Elle dessine les couvertures de ses albums, elle a écrit un jour une chanson déchirante sur son alcoolisme (il a depuis arrêté de boire, ou peut-être pas) et l’appelle un « bébé attardé » tandis qu’il l’appelle « la face sombre de ma lune ». Il enregistre ses albums, qui ne ressemblent à rien d’autre, et qui sont toujours reçus comme un « événement », dans un studio de sa maison. Il a une voix chevrotante reconnaissable (une espèce de marque de fabrique) que le compositeur-interprète Ryuichi Sakamoto a appelé « le son le plus triste du monde ». Wyatt a survécu à des périodes suicidaires de dépression sans fond, et pendant des décennies entières il a évité de jouer en direct. (« Je crois que c’est son trac, » dit Atzmon).

Lors d’une interview avec le Guardian en juin 2009, Wyatt a désigné Atzmon comme le « plus grand artiste en vie » et a signalé que celui-ci est « né en Israël, que je préfère appeler Palestine occupée ». Atzmon, pour sa part, dit que Wyatt est « un génie du type que Kant a tellement bien décrit – un génie qui en apparence n’a rien à voir avec son propre génie, qui créé la beauté comme à partir de rien. Tout ce qu’il touche a un son nouveau et est complètement différent et est entièrement à lui. Il est totalement transparent et à travers lui tu vois la lumière ».

(JPG) 

Robert Wyatt, Gilad Atzmon et Ros Stephen

La tranquillité de la tempête

Leur histoire d’amour a commencé « il y a environ 10 ans », dit Atzmon. Lors d’un festival, une femme appelée Alfie est venue me voir et m’a dit que son mari était musicien mais très timide ; qu’il aimait ma musique et qu’il aimerait me parler. « Bien sûr, pas de problème », ai-je dit. Robert s’est approché, il a dit qu’il était musicien amateur ou musicien nul, quelque chose dans ce genre ; il est très modeste et il m’a donné sa carte. Je ne me doutais absolument pas que c’était lui et j’ai fourré la carte dans ma poche sans regarder. Après, quelqu’un m’a demandé de quoi j’avais parlé avec Robert Wyatt et j’ai dit : « Merde ! ça c’était Robert Wyatt ? J’ai grandi avec sa musique ! ».

Ils se sont invités à l’enregistrement de leurs albums respectifs, notamment le succès de Wyatt intitulé « Cuckooland » (2003 ) et « For the Ghosts Within. » (La chanson dans « For the Ghosts Within » fait plus qu’allusion aux Palestiniens assis sous leurs oliviers dans l’attente de la rédemption, sur les rives du Fleuve de la Honte). L’album est sorti sous le label tendance Domino – qui édite des groupes comme Arctic Monkeys. Wyatt a le rôle du chanteur maison ; il chante des classiques du jazz tels que « In a sentimental mood » ainsi que du nouveau matériel écrit et arrangé par Atzmon et la violoniste Ros Stephen.

Le résultat est presque une affaire de famille (l’épouse de Gilad, Tali, chante un merveilleux solo, la femme de Bob, Alfie, a écrit les puissantes paroles et le partenaire de Ros est un des musiciens). Tendresse et mélancolie, l’album n’est qu’une partie de la panoplie de contradictions illusoires et insaisissables d’Atzmon qui est hanté par les fantômes et les démons, plein de douceur et de rage, de naïveté et de profondeur, d’obstination et d’ouverture, de remous et de tranquillité.

« La première fois que je l’ai invité à jouer pour un de mes albums », se souvient Wyatt, « Gilad m’a averti qu’il pourrait y avoir des problèmes. Je ne pense pas qu’il cherche délibérément des ennuis, mais les ennuis le trouvent. Cela ne m’a pas effrayé. On m’a appelé « stalinien » et « traître » et pire encore, simplement parce que je n’étais pas accord avec la politique étrangère du gouvernement britannique. Mais cela n’est rien comparé à la diffamation systématique dont Gilad est l’objet. Il prend tellement de risques avec ses remarques, dont la plupart sont sorties de leur contexte ou présentées de façon tordue de manière que leur sens véritable échappe.

« J’éprouve parfois le besoin de le protéger », poursuit Wyatt, « c’est un instinct presque paternel – après tout, il à l’âge de mon fils. Mon amitié pour lui est une des choses les plus importantes et les plus significatives qui me soient arrivées. Je l’aime vraiment. Et j’admire son courage. Certains diront qu’il est casse-cou ou sans complexes, mais il ose dire des choses que personne d’autre n’oserait dire. Moi, je serais mort de peur. Il reçoit des menaces de mort, mais j’espère qu’elles ne sont pas sérieuses. Il ne prend pas plaisir aux marques de haine à son endroit, mais peu lui importe de causer du chagrin ou de l’angoisse parce que ça, c’est sa vérité et contrairement aux politiciens ou aux diplomates, il est attaché à sa vérité. De fait, il est tellement gentil, vraiment, il ne ferait pas de mal à une mouche et j’aime sa chutzpah [culot en yiddish, NdE] ; je crois que c’est fantastique. Il y a en lui quelque chose de la tradition des grands comédiens juifs comme Lenny Bruce, qui n’ont jamais eu peur de fâcher les gens ».

Il serait absolument faux de présumer que la musique d’Atzmon est marginale et négligeable par rapport au bruit qu’il arrive à faire non stop en tant que militant pro-palestinien et antisioniste, populaire et renommé. Sa musique est importante, superbe, au-delà du sublime et elle est reconnue à ce titre par les prix internationaux qui lui sont décernés.

« Mes concerts affichent toujours complet, où que je me produise dans le monde », dit le musicien de jazz le plus occupé de Grande-Bretagne, presque sur un ton sec. Mais dans la foulée, de qui se moque-t-on ? Même quand Robert Wyatt chante dans le nouvel album « At Last I Am Free » (je suis enfin libre), sans parler du rap arabe (« les gens meurent de soif/les gens meurent de faim/nous n’avons pas oublié/et nous n’oublierons jamais jusqu’au jour de notre retour ») ; il ne laisse aucun doute, ou encore la « flûte du berger palestinien », un des instruments qu’ Atzmon joue dans l’album d’après les notes d’accompagnement. Le bruit pénètre toujours, si ce n’est par la porte alors par la fenêtre – ce n’est pas qu’Atzmon dévie de son chemin pour le faire sortir.

Pathétique et absurde

Gilad Atzmon est né à Tel-Aviv en 1963 et a il grandi à Jérusalem. « J’ai eu une enfance laïque ordinaire », dit-il, « avec un grand-père de droite, partisan de Jabotinsky. Je n’avais absolument pas honte de lui. Je comprenais d’où il venait comme je comprenais d’où moi, je venais ». Gilad a passé la plus grande partie de son service militaire dans l’orchestre de la Force aérienne après une période comme infirmier de combat. « La première semaine de la guerre du Liban en 1982, j’ai vu beaucoup de soldats blessés, mais contrairement aux rumeurs, ce ne fut pas là le tournant dans ma vie. Je crois qu’ en fait le grand changement s’est produit avec l’orchestre, lorsque nous sommes allés à Ansar, le camp de concentration » – une prison construite par l’armée israélienne au Liban- « et c’est alors que je me rendu compte que j’étais dans le mauvais camp ».

En Israël, il a joué et il a été le producteur musical des chanteurs Yardena Arazi – tu parles de diversité : chapitre un, Arazi, chapitre deux, Wyatt -, Si Himan et Yehuda Poliker, parmi d’autres.

« Poliker m’ a ouvert les oreilles à la musique grecque et m’a influencé sur le plan musical. Ma musique est populaire en Grèce – plus que la sienne, je dirais – mais la Grèce, comme le monde entier, est en dégringolade, donc cela ne m’avance pas à grand-chose ».

En 1994, Atzmon comptait étudier à l’étranger, à New York ou à Chicago, mais il a finalement trouvé une université en Angleterre avec un programme intéressant combinant la psychanalyse, la philosophie et l’histoire de l’art. « Je n’avais pas un plan quinquennal pour quitter le pays ou quoi que ce soit de ce genre », se souvient-il. « La vérité est que j’étais fatigué de tout : du pays, de la musique, de la vie. Tout m’épuisait. Je ne voulais pas jouer ou produire quoi que ce soit. Je pensais commencer une nouvelle carrière comme pilote commercial. Je voulais être comme les pilotes d’ El Al, qui saluent sous les applaudissements des passagers après l’atterrissage [il glousse]. J’aimais piloter des avions, mais je n’étais pas assez bon.

« J’avais 30 ans et je pensais me concentrer sur une carrière universitaire. Mais alors, je suis tombé amoureux de Londres, qui était comme un petit village. Depuis, Londres a complètement changé et pas en mieux – et le milieu musical local me donnait tellement d’amour. Je me suis donc dit : nous allons jouer du jazz pour le jazz, nous vivrons pour l’art. Nous n’avons pas besoin de beaucoup d’argent, nous avons tout ce qu’il nous faut. Donc nous resterons. Et nous sommes restés ».

« Nous » c’est Atzmon et sa femme, Tali, une excellente chanteuse et une actrice de théâtre dont la carrière est en plein essor. Ils se sont rencontrés – nous vous avions promis de l’ironie, en voici donc – au Festival de chant hassidique en Israël. « Je n’aimais pas Israël et ce qui s’y passait, mais je n’avais aucune activité politique. Je ne comprenais pas non plus la question palestinienne, la véritable histoire. D’une façon ou d’une autre des choses se sont produites et j’ai commencé à parler et à écrire dans toutes sortes de forums, et brusquement, j’étais partout. J’avais mon intimité et des opinions privées et brusquement, je suis devenu un personnage public parce que les gens voulaient entendre ce que j’avais à dire. Je crois que les gens sentent que je dis la vérité, que je ne réécris pas les faits pour qui que ce soit, que je n’ai pas besoin de mentir parce que je ne fais partie d’aucun organe politique. Moi, Gilad Atzmon, je représente Gilad Atzmon et c’est tout. Au début, on me considérait comme un bon juif qui disait du mal d’Israël, ce qui plaisait aux goys. Mais il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que je ne suis pas un bon juif, parce que je ne veux pas être un juif, parce que les valeurs juives ne me branchent vraiment pas et que tous ces trucs de « déverse ta colère sur les nations » ne m’impressionnent pas.

Donc, tu déverses ta colère sur les juifs.

« J’ai vu ’Metzitzim’ il y a quelques jours. Tu sais où Uri Zohar en est aujourd’hui [Zohar, réalisateur, acteur et scénariste, est maintenant un rabbin et un enseignant ultra orthodoxe] alors qu’il était la personne absolument la plus laïque, le laïc suprême. Pourquoi les Israéliens laïcs ont-ils peur d’Uri Zohar ? Parce qu’il les a lâchés dans le noir face à des questions telles que : pourquoi suis-je ici ? Pourquoi est-ce que je vis sur des terres qui ne m’appartiennent pas, les terres confisquées à un autre peuple dont les propriétaires veulent rentrer chez eux et ne le peuvent pas ? Pourquoi est-ce que j’envoie mes enfants tuer et se faire tuer après que j’ai été moi-même soldat ? Pourquoi est-ce que je crois toutes ces conneries qui disent « parce que c’est la terre de nos aïeux et notre patrimoine » alors que je ne suis même pas religieux ? Rien à foutre ! C’est une chose à laquelle les juifs laïques n’arrivent pas à faire face. Ils ont terriblement peur de ces questions. Je vois qu’il y a plus de vérité chez les colons que parmi les plus grands laïques juifs du pays.

« Les Israéliens peuvent mettre fin au conflit en un clin d’œil : demain matin à son lever, Netanyahou rend aux Palestiniens les terres qui leur appartiennent, leurs champs et leurs maisons et c’est tout. Les réfugiés rentreront chez eux et les juifs seront aussi finalement libérés : ils seront libres dans leur pays et ils pourront être comme toutes les nations, continuer leur vie et même se remettre de la mauvaise réputation qu’ils ont accumulée ces 2000 dernières années. Mais pour que Netanyahou et les Israéliens le fassent, ils doivent passer par une déjudaïsation et accepter le fait qu’ils sont comme tout le monde et qu’ils ne sont pas le peuple élu. Ainsi, dans mon analyse, ceci n’est pas une question politique, sociopolitique ou socio-économique ; c’est une question fondamentale qui concerne l’identité juive.

« Réfléchis une minute à la dialectique de l’identité juive, à ’Aime ton prochain comme toi-même.’ Qui est ton prochain ? Un autre juif bien sûr. En d’autres termes, à partir du moment où tu as été choisi pour être le ’ peuple élu’ tu as perdu tout respect pour les autres peuples et pour l’autre en tant que tel.

« Prends par exemple la manière dont les gays sont traités en Israël. Ça sent trop :’ regardez comme nous sommes tolérants, nous avons des homosexuels en Israël’. Max Nordau [dirigeant sioniste 1849 – 1923] a écrit au sujet de l’émancipation des juifs, de la manière dont les Européens n’aiment pas vraiment les juifs, mais s’aiment eux-mêmes pour leur amour supposé des juifs. Je vois beaucoup de similarités entre les juifs et les gays en tant que philosophies séparatistes et marginales. C’est très intéressant.

« Il y a des valeurs intéressantes dans le judaïsme et la preuve en est que les meilleurs partisans des Palestiniens sont les juifs de la Torah, Neturei Karta [secte ultra-orthodoxe]. Notre problème – et il m’a fallu du temps pour le comprendre – ce sont les juifs laïques et même davantage, les juifs de gauche. L’idée de juifs de gauche est fondamentalement malade. Cette gauche contient une contradiction interne absolue. Si vous êtes de gauche, il importe peu que vous soyez juifs ou non ; donc, en principe, lorsque vous vous présentez comme des juifs de gauche, vous acceptez l’idée du national-socialisme. Du nazisme. C’est pathétique. C’est la raison pour laquelle la gauche israélienne n’a jamais réussi à faire quoi que ce soit pour les Palestiniens. L’absurdité absolue est que c’est en fait la droite qui mène vers une solution à un État et un accord sur le statut final ».

Illogisme et merveille

Atzmon a fait le jeu de politiciens tels que le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui lors d’un débat avec le président Shimon Peres a cité nommément Atzmon qui avait dit : « la barbarie israélienne est pire que de la cruauté [ordinaire] ». Atzmon a été accusé par toutes les plateformes possibles de vitrioler les juifs. Pourtant, il maintient qu’il  » hait tout le monde dans la même mesure ». On l’a aussi accusé de haine de soi, mais cela il est le premier à l’admettre, et pour ce qui est d’ Otto Weininger, le philosophe autrichien juif qui s’est converti au christianisme et dont Hitler a dit  » il y avait un bon juif en Allemagne et il s’est tué  » il en est même fier. »Otto et moi sommes de bons amis ».

Allez, sérieusement ?

« Quoi sérieusement ? Je suis marié avec une juive, je travaille et je joue avec des juifs dans un orchestre. J’ai adopté l’identité palestinienne, c’est vrai, mais m’accuser d’antisémitisme est ridicule. Une partie de mon succès tient au fait que l’on reconnaît que je viens de ’ là-bas’. ’ Je n’essaye pas de le cacher ou de l’estomper ou de le nier. J’ai l’allure, je parle et je me comporte comme quelqu’un qui vient de là-bas ».

Je lui parle en hébreu et il me répond dans un anglais, avec un accent nettement israélien, émaillé de mots d’hébreu. Il est parfois étonné des excellents mots d’hébreu qu’il sort.

Cette langue hybride est par moments amusante. Quand je lui demande par exemple si Israël lui manque, il répond : « Ce n’est pas la médina [l’État] qui me manque, ce qui me manque c’est eretz [le pays] et il explique : « quand j’ai commencé à me languir de la terre, des paysages, des odeurs, j’ai compris que c’était en fait la Palestine qui me manquait. La Palestine est la terre et Israël et l’État. Il m’a fallu du temps pour me rendre compte qu’Israël n’a jamais été chez moi, que ce n’était qu’une fantaisie saturée de sang et de sueur ».

Il parle de « sueur », mais en fait il veut dire « larmes ». Comme nous l’avons dit, c’est une histoire triste.

Ses enfants, Mai, 14 ans et Yan, 10 ans, n’ont pas d’amis juifs. Yan n’a pas été circoncis et les bar ou les bat mitzvah sont hors de question. Sur son ordinateur, Atzmon n’a pas de clavier en hébreu. Il dit qu’il écrit, qu’il pense et qu’il rêve en anglais. Il ne remettra pas les pieds en Israël jusqu’à ce qu’Israël redevienne la Palestine.

Ça ne te fait pas mal de te couper ainsi ? De brûler tous les ponts ?

« Non, mais il se peut que c’était vrai ce que toutes les petites amies que j’ai eues avant Tal me disaient quand elles me laissaient tomber ».

Qu’est-ce qu’elles disaient ?

« Que je suis un infirme émotionnel ».

Et c’est vrai ?

« Peut-être mais je ne me suis pas laissé tomber. Je suis en paix avec moi-même ». Apparemment, il réserve son intelligence émotionnelle à son art. Il n’y a rien d’un infirme dans « For the Ghosts Within« . Dans la musique, ils prennent tous leur envol jusqu’aux plus hautes cimes qui touchent peut-être au divin. Un vrai talent, comme une vraie passion ne peuvent être simulés. Le problème est alors uniquement les grincements – c’est ainsi que les entendent beaucoup de gens – que l’homme hanté par les fantômes et les démons produit en dehors de son studio d’enregistrement.

Wyatt, qui joue au dalaï-lama, se dit étonné par « la lutte de Gilad contre le racisme et l’oppression en tous genres et par l’entreprise de sa vie : rechercher la signification de l’identité juive. Gilad est l’exemple traumatique, mais optimiste, d’un phénomène répandu parmi les migrants qui essayent de repousser leur contexte tribal et de se reconnecter au monde et à l’humanité. C’est ce que les juifs de la diaspora ont toujours fait. Regardez leur contribution à la culture mondiale. Ronnie Scott venait d’une famille d’émigrés juifs de Russie et il y a eu aussi les frères Gershwin et Bob Dylan et Léonard Cohen et Noam Chomsky et Naomi Klein, sans parler de Jésus et de Karl Marx, deux bons juifs qui ont fait quelques dégâts dans le monde.

« Le point de départ de Gilad est humanitaire, pas immobilier. Grâce à lui, j’ai appris à être plus tolérant à l’égard de la religion, de toutes les religions, et à leur témoigner du respect. Grâce à lui par exemple, cela ne me pose aucun problème qu’Evyatar Banai, un musicien fantastique que j’ai rencontré il y a quelques années, soit devenu un religieux pratiquant, tout comme j’espère que mes opinions politiques ne lui en posent pas non plus. Gilad croit que la religion est une affaire spirituelle et non pas un permis pour piller les oliveraies d’autrui, quelque chose que je peux comprendre.

« Le problème » poursuit Wyatt « c’est lorsque l’illogisme religieux devient la base de la politique. La religion est fondée sur des légendes illogiques : la mère de Jésus était une vierge et le Père Noël descend des cheminées pour apporter des jouets. Tout cela est très bien, mais ce n’est pas une fondation sérieuse pour la politique qui est censée faire tourner le monde. Il est impensable de prendre des terres qui ne sont pas à toi uniquement parce qu’il est écrit dans la Bible – c’est-à-dire l’Ancien Testament qui est fondé sur la férocité tribale – que Dieu a dit qu’elles t’appartiennent. Et qu’en est-il des autres peuples ? Qu’est-ce qu’on leur a dit ? Quel Dieu leur a distribué quelles terres ? Et qu’en est-il de ceux qui lisent un livre différent ? Il n’y a pas moyen d’en sortir.

« On a recours à n’importe quelle excuse pour baiser le Moyen-Orient, imposer des sentiments de culpabilité aux Palestiniens et les comparer aux nazis, ce qui est scandaleux. Le conflit israélo-palestinien est le nœud le plus difficile à défaire, mais des personnes comme Gilad rêvent vraiment d’une solution et luttent pour la réaliser de leur vivant ».

Vous l’avez appelé un jour « Don Quichotte ». Croyez-vous qu’il mène une bataille perdue ?

« Je l’ai appelé Don Quichotte pour rire et il a un grand sens de l’humour. Je savais qu’il ne s’en offenserait pas. Il se peut que sa bataille soit perdue, mais la guerre contre le crime par exemple est également perdue ; pourtant, je veux quand même que la police continue à le combattre. Gilad est un artiste qui essaie de trouver un sens à un monde chaotique et fou. Pour lui, comme pour moi, la politique est la chose la plus personnelle qui soit. Lui et moi ne pouvons pas garder le silence face aux torts, aux injustices et aux inégalités. Tous les artistes n’éprouvent pas le besoin de s’exprimer ou d’agir sur le plan politique et vous ne pouvez forcer personne à le faire. Pendant la seconde guerre mondiale, Picasso a choisi d’élever la voix et Matisse a choisi de garder le silence et de disparaître ; pourtant, tous deux étaient, et restent, de grands artistes qui ont embelli le monde. Gilad aime choquer et surprendre dans tout ce qu’il fait, et son existence même embellit le monde ».

Et ce monde, si délabré et détruit et compliqué qu’il soit, est le même monde qui figure dans le dernier morceau de « For the Ghosts Within » et qui termine aussi tous les concerts d’Atzmon : « What a Wonderful World ».

« Dans les bulletins de nouvelles, on ne parle que de désastres et de guerres, et c’est naturel », remarque Wyatt. « Je suis né à la fin de la deuxième guerre mondiale et depuis, le monde n’a pas arrêté de se battre et de s’effondrer sous nos yeux. Mais si nous oublions qu’il y a de la beauté et de la joie et de l’amour et tout le reste, pourquoi rester en vie du tout ? Dire que le monde est uniquement perturbé est une insulte à tous ceux qui partent au travail tous les jours, qui construisent une maison pour leurs enfants et cuisinent pour leurs amis. Il est important de jouer cette chanson avec tout son sens et son sérieux. Je ne peux pas la chanter autrement. Cette chanson rappelle ce que nous faisons en fait ici ».

Éloge de l’étincelle

Atzmon, qui a joué et a enregistré avec des artistes tels que Sinead O’Connor, Ian Dury et Robbie Williams, lance également ce mois « The Tide Has Changed, », dernier album de son orchestre de jazz, the Orient House Ensemble, qui célèbre son 10e anniversaire. (Les autres membres de l’ensemble sont Frank Harrison, Eddie Hick et Yaron Stavi, fils de Zissi Stavi, ancien éditeur légendaire du supplément littéraire de Yedioth Ahronoth). Parmi les pistes instrumentales figurent « London Gaza » et « We Lament. » Surpris ?

Atzmon a même été accusé de déni de l’holocauste.

« Ça c’est très imprécis », dit-il. « Je me bats contre toutes les infâmes lois et persécutions à l’encontre de ceux qu’on appelle les négationnistes, étiquette, que je n’accepte pas. Je crois que l’holocauste, comme tout épisode historique, doit pouvoir faire l’objet de recherches, être examiné et discuté et débattu. Je regrette qu’Hitler n’ait pas eu le temps d’écrire avec ses propres mots un résumé des événements. Et je ne regrette pas que les gens lancent des œufs sur le criminel de guerre Tony Blair, qui lors des procès de Nuremberg de la guerre d’ Irak sera traduit en justice, incha’Allah, avec tous ceux qui ont encouragé et financé cette guerre maudite et inutile. Par la même occasion, Il serait bon que les chasseurs de nazis traquent plutôt [Shaul] Mofaz et [Ehud] Barak, par exemple, au lieu de vieillards de 96 ans qui sont à peine encore en vie. C’est pathétique ».

Atzmon sait être incisif, précis et tranchant tout en étant absurde et nébuleux ; il y a tellement de « positif » mais aussi tellement de « négatif » – grossier et raffiné, bruyant et discret, pédant et extrêmement professionnel avec des déclarations telles que « je n’ai jamais fait de devoirs. J’ai écrit mes deux livres chaque fois en deux semaines, je les ai vomis sur la page et le premier a commencé comme une blague. »

Les romans sont – « A Guide to the Perplexed » (2001 ; situé en 2052 dans l’État palestinien qui a succédé à Israël) [Éd. fr. Le Guide des égarés, Phébus, 2005) et « My One and Only Love » (2005 ; sur un joueur de trompette qui choisit de ne jouer qu’une seule note et aussi sur les chasseurs de nazis ; vous remarquez l’obsession ?). Ces romans ont été traduits dans 27 langues. Il y a quelque chose de l’enfance, sinon d’enfantin, dans Le Guide des égarés » alors qu’il est lui-même occasionnellement perplexe, qu’il exhale un charme personnel, qu’il glousse souvent et fait le malin et le provocateur, capable d’électriser et d’hypnotiser son public.

« Il y a une étincelle chez Gilad, une passion et une joie naturelle comme celle que l’on trouve chez les enfants », résume Robert Wyatt. « Sa joie de créer est absolument pure. Picasso a dit qu’il a essayé toute sa vie de peindre comme il peignait lorsqu’il était enfant. D’après moi, Gilad n’a pas perdu cela. Il reste plein de curiosité et de vie de façon très positive et adorable ».

« Je serai clair », dit Atzmon. « Il y a une guerre de libération du peuple palestinien et je l’appuie sans réserve. J’ai aussi un sentiment de culpabilité. J’ai essayé de communiquer avec les Israéliens et j’ai échoué et c’est important de le dire. Je ne sais plus comment communiquer avec les Israéliens ».

Pour quelqu’un qui est tellement coupé de son pays (« je suis un exilé volontaire, mais aussi une personne déplacée et un réfugié de mon pays natal »), Atzmon a l’air tout à fait connecté. Peu importe « Metzitzim » ; il a aussi entendu dire par exemple que Poliker est sorti du placard et que Miri Aloni joue dans la rue (il aimerait toutefois savoir si c’est pour des raisons idéologiques ou « uniquement pour l’argent »).

Pourquoi ne fais-tu pas la distinction entre les individus et les gouvernements ? Par exemple ce qui s’est passé avec la Flottille pour Gaza, ça n’était pas « nous ».

« C’était vous ».

Pas moi.

« Si, toi. Sans équivoque. Quand tu vis dans une démocratie, tout crime commis par ton gouvernement est un crime que tu commets ».

Même si je n’ai pas voté pour ce gouvernement ?

« Absolument. Dans une dictature, le dictateur assume la responsabilité, dans une démocratie tous les citoyens ont la même responsabilité ».

Alors qu’est-ce qu’on fait ? Comment réparer ?

« C’est la grande question ».

Qu’est-ce que je fais, je descends Netanyahou ?

« C’est toi qui l’as dit, pas moi. Et en passant, Netanyahou est bien meilleur pour les Palestiniens que Barak ou Pérès. Moi aussi, en tant que citoyen britannique, j’ai ma part dans les crimes de la guerre d’Irak. Mais le public britannique au moins a constamment exprimé son opposition à la guerre, tandis qu’en Israël, 94 % du pays a soutenu l’opération Plomb durci. D’une part, vous voulez vous comporter comme un État post-Lumières et me parler d’individualisme, mais d’autre part vous vous entourez d’un mur et vous restez attachés à une identité tribale. Vous ne pouvez pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Il y a un prix à paLes romans sont yer et tout le monde paye, moi y compris ».

Atzmon, qui a été couronné comme le successeur de Charlie Parker, ne s’attarde toutefois pas sur le prix.

« Parfois je me demande pourquoi j’ai besoin de tous ces casse-tête. Tali dit qu’elle a épousé un musicien et que maintenant elle a un Premier ministre chez elle ».

Tu n’es peut-être pas triste de nous avoir perdus, mais moi je suis triste de t’avoir perdu.

« C’est bon, il y a une place dans le monde pour les personnes sentimentales. Je sais que j’ai beaucoup de lecteurs en Israël et ils savent comment me contacter ».

Je pense à Gilad Atzmon de la même manière qu’Arik Einstein pensait à la fille qu’il avait vue sur le chemin de l’école dans une chanson emblématique : que pour nous, il est perdu. La diplomatie publique israélienne a perdu quelqu’un qui aurait pu être une de ses plus belles voix : claire, charismatique, brillante. Le score est actuellement de 1 à 0 en faveur de la Palestine.

Yaron Frid

15 octobre 2010 – Haaretz – Cet article peut être consulté ici :
http://www.haaretz.com/weekend/maga…
Traduit de l’anglais par Anne-Marie Goossens
Edité par Fausto Giudice

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=9655

Changement : les sionistes font preuve de tolérance


Gilad Atzmon


J’ai passé les 10 dernières années à parler de l’idéologie nationale et de la politique tribale juives.

(JPG) Pendant mon exploration de ce que représentent le sionisme et Israël, j’ai finalement compris que c’est en fait la gauche juive – et les marxistes juifs en particulier – qui nous fournissent un aperçu adéquat de l’identité juive contemporaine, la suprématie tribale, les politiques marginales et le tribalisme.

« La gauche juive » est essentiellement un oxymore. C’est une contradiction dans les termes parce que la « judéité » est une idéologie tribale, tandis que « la gauche » est traditionnellement censée aspirer à l’universalisme. Au premier abord, la « gauche juive » ne se distingue pas, du moins catégoriquement, d’Israël ou du sionisme : après tout, c’est une tentative de former encore un autre « club politique réservé aux seuls juifs ».

Mais en ce qui concerne le mouvement de solidarité palestinienne, son rôle est de plus en plus discuté, parce que d’une part, on peut voir l’ avantage politique qu’il y a à pouvoir signaler quelques « bons juifs » et d’insister sur le fait qu’il y a des juifs qui « s’opposent au sionisme en leur qualité de juifs ».

Néanmoins, en revanche, accepter la légitimité d’une telle affaire politique à orientation raciale équivaut en soi à accepter encore une autre forme ou expression du sionisme, parce que le sionisme prétend que les juifs sont avant tout juifs et qu’ils ont intérêt à fonctionner politiquement en tant que juifs.(1)

Dans une certaine mesure, il est donc clair que l’antisionisme juif est en soi encore une autre forme de sionisme.

La « dissidence juive » joue deux rôles principaux : d’abord elle s’efforce de représenter et de soutenir une image positive des juifs en général.(2) Deuxièmement, elle est là pour réduire au silence et brouiller toute tentative faite par un outsider pour appréhender la signification de l’identité juive et des politiques juives dans le contexte des machinations de l’État juif. Sa fonction est également d’empêcher les éléments de ce mouvement de pénétrer dans les détails du rôle crucial du lobby juif.

La gauche juive est donc là pour mettre en sourdine toute critique éventuelle des politiques juives dans les mouvements de gauche plus larges. Elle est là pour empêcher les goys de mettre le nez dans les affaires juives.

Il y a 10 ans, j’ai rencontré la brigade des dissidents kasher pour la première fois ; dès que j’ai commencé à critiquer Israël et le sionisme, ils se sont empressés autour de moi.

Pendant une brève période, je me suis très bien inséré dans leur discours : j’étais jeune et énergique. J’étais un musicien primé ainsi qu’un écrivain prometteur. À leurs yeux, j’étais une célébrité ou je leur donnais du moins une bonne raison de célébrer. Leurs commissaires en chef réservaient les meilleurs tables, les plus chères, aux concerts de mon ensemble Orient House. Les cinq militants de base sans le sou ont suivi le mouvement et venaient aux concerts Jazz Combo gratuits que je donnais en matinée au foyer du centre Barbican. Ils voulaient tous croire que je suivrais leur programme et que je deviendrais moi-même un commissaire. Ils se sont empressés aussi de me dire qui étaient les « mauvais », ceux qui devraient brûler en enfer. Israel Shahak, Paul Eisen, Israel Shamir et Otto Weininger n’étaient que quelques uns de ces nombreux méchants.

Comme on peut déjà le deviner, il ne m’a pas fallu longtemps pour me dire qu’il y avait plus de sagesse dans une seule phrase d’Israel Shahak, Paul Eisen, Israel Shamir et Otto Weininger que dans toute la production de la gauche juive mise ensemble. Je me suis empressé de dire clairement à mes nouveaux fans « rouges » que ça n’allait pas marcher. J’étais un ex- Israélien et je ne me considérais plus comme juif. Je n’avais rien en commun avec eux et je ne croyais pas dans leur programme. En fait, j’avais quitté Israël parce que je voulais m’éloigner aussi loin que possible de toute forme de politique tribale.

Patauger dans la soupe au poulet n’a jamais été mon truc.

Évidemment, je me suis fait au moins une demi-douzaine d’ennemis qui, sans tarder, ont fait campagne contre moi. Ils ont essayé de me réduire au silence ; ils ont essayé désespérément (et sans espoir) de briser ma carrière musicale ; ils ont fait pression sur des institutions politiques, les médias et les salles de concert. L’un d’eux a même essayé de me traîner en justice.

Toutefois, ils ont complètement échoué et cela à tous les niveaux. Plus ils mettaient de pression, plus les gens me lisaient. À un moment donné, mon entourage était convaincu que mes détracteurs dirigeaient en fait ma campagne de publicité. En outre, les tentatives constantes de me réduire au silence ne pouvaient que prouver ce que je disais. Ils étaient là pour détourner l’attention du rôle crucial des politiques juives et des politiques de l’identité juive.

Je me suis souvent demandé pourquoi ils ont échoué dans mon cas . Mais je suppose que le même Internet qui a réussi à mettre en échec la hasbara israélienne, a également causé la déroute de la gauche juive et de son hégémonie dans le mouvement. A plus grande échelle, il est absolument évident que le discours marxiste juif est bien marginal. Sa voix dans le mouvement dissident est en fait insignifiante.

Je suppose aussi que ma popularité comme musicien de jazz ne leur a pas facilité la vie. À l’époque où ces commissaires juifs me taxaient de racisme et d’antisémitisme, je faisais une tournée mondiale avec deux juifs ex-israéliens, un juif argentin, un gitan roumain et un joueur de oud palestinien. Leur campagne de dénigrement ne pouvait pas marcher, et elle n’a pas marché.

Mais il y a un détail intéressant : comparé au terrorisme rouge juif contemporain, le sionisme apparaît comme relativement tolérant. Ces derniers mois, j’ai été approché par tous les médias israéliens possibles. Au cours de l’été, Ouvda, principale émission télévisée israélienne d’investigation a demandé à plusieurs reprises de m’accompagner en tournée avec mon orchestre . Les journalistes voulaient lancer le débat et discuter de mes idées aux heures de grande écoute. Cette semaine, la deuxième chaîne israélienne m’a approché pour une émission de news. Encore une fois, on s’intéressait à mes opinions. Hier, j’en ai discuté pendant une heure avec Guy Elhanan à la radio israélienne ’Kol ha-shalom’ (la voix de la paix).

Pour des raisons extrêmement évidentes, je suis très prudent lorsque j’ai affaire aux médias israéliens. Je les choisis très soigneusement. Habituellement, j’ai tendance à décliner leurs invitations. Mais je reconnais aussi que pour quelqu’un qui se soucie des perspectives de paix, je dois maintenir la communication ouverte avec le public israélien ; c’est ainsi qu’il y a deux semaines, j’ai accepté une interview avec Yaron Frid du journal Haaretz. C’était ma première interview à être publiée en Israël depuis plus de 10 ans. Je dois avouer que j’ai eu un choc quand j’ai vu que l’on n’avait effacé ni censuré aucune de mes paroles. Haaretz m’a laissé dire tout ce que les « socialistes » kasher avaient constamment essayé de me faire taire.

En ce qui concerne ma « haine de moi » et ma judéité, le journal israélien Haaretz m’a laissé dire :

« Je ne suis pas un bon juif, parce que je ne veux pas être un juif, parce que les valeurs juives ne me branchent pas vraiment et tous ces trucs de « déverse ta colère sur les nations » ne m’impressionnent pas ».

On m’a aussi laissé contester toute la philosophie sioniste ; la réalité du pillage et l’historicisme illusoire : « Pourquoi est-ce que je vis sur des terres qui ne m’appartiennent pas, les terres pillées d’un autre peuple dont les propriétaires veulent rentrer chez eux et ne le peuvent pas ? Pourquoi est-ce que j’envoie mes enfants tuer et être tués après que j’ai été moi-même soldat ? Pourquoi est-ce que je crois toutes ces conneries sur « parce que c’est la terre de nos aïeux et notre patrimoine » alors que je ne suis même pas religieux ?

Et concernant le droit au retour des Palestiniens, j’ai dit :

« Les Israéliens peuvent mettre fin au conflit en un clin d’oeil : demain matin à son lever, Nétanyahou rend aux Palestiniens les terres qui leur appartiennent ».

Ils m’ont laissé expliquer la distinction que je faisais entre Israël et la Palestine et comment je les définissais : « La Palestine est la terre et Israël est l’État. Il m’a fallu du temps pour me rendre compte qu’Israël n’a jamais été mon chez moi, que c’est uniquement une fantaisie saturée de sang et de sueur ».

Pour ce qui est du peuple élu, de la dé-judéisation et de l’identité juive j’ai dit « pour que Netanyahu et les Israéliens le fassent (acceptent le droit au retour des Palestiniens), ils doivent passer par la dé-judéisation et accepter le fait qu’ils sont comme tout le monde et qu’ils ne sont pas le peuple élu. Ainsi, dans mon analyse, ceci n’est pas une question politique, socio-politique ou socio-économique ; c’est une question fondamentale qui concerne l’identité juive ».

Au cours de l’interview, j’ai comparé la gauche juive au national-socialisme-… et Haaretz a laissé passer ça : « L’idée de juifs de gauche est fondamentalement malade. Cette gauche contient une contradiction interne absolue. Si vous êtes de gauche, il importe peu que vous soyez juif ou non ; donc, en principe, lorsque vous vous présentez comme juifs de gauche, vous acceptez l’idée du national-socialisme. Du nazisme. »

Comme on pouvait s’y attendre, Haaretz a contesté mon opposition à la politique juive : « Atzmon a été accusé par toutes les plateformes possibles de vitrioler les juifs. Pourtant, il maintient qu’il  » hait tout le monde dans la même mesure ». On l’a aussi accusé de haine de soi, mais cela il est le premier à l’admettre, et pour ce qui est d’ Otto Weininger, le philosophe autrichien juif qui s’est converti au christianisme et dont Hitler a dit  » il y avait un bon juif en Allemagne et il s’est tué  » il en est même fier. »Otto et moi sommes de bons amis « . »

De toute évidence des Israéliens peuvent au moins aborder Otto Weininger et son idéologie. Pourtant, lorsque j’ai fait un exposé au sujet d’Otto Weininger dans une librairie marxiste de Londres (Bookmarks) il y a cinq ans, une synagogue de 14 juifs marxistes à essayé sans succès de boycotter l’événement et de faire pression sur le Socialist Workers Party.

Devinez quoi ; ils n’ont pas réussi.

Haaretz a contesté ma position sur l’holocauste ; et pourtant, ils ont publié ma réponse sans changer un iota, « Je me bats contre toutes les infâmes lois et persécutions à l’encontre de ceux qui nieraient prétendument l’holocauste, caractérisation que je n’accepte pas. Je crois que l’holocauste, comme tout épisode historique, doit pouvoir faire l’objet de recherches, être examiné et discuté et débattu.

Et Haaretz, évidemment un journal sioniste israélien, m’a laissé m’exprimer au sujet des coupables israéliens de massacres et de leur destinée. « Il serait bon que les chasseurs de nazis traquent plutôt[Shaul] Mofaz et [Ehud] Barak,par exemple, au lieu de vieillards de 96 ans dont c’est à peine s’ils sont encore en vie. C’est pathétique ».

Haaretz me laisse aussi dire aux Israéliens qu’ils sont tous à blâmer : « En Israël, 94 % du pays a soutenu l’opération Plomb durci. D’une part vous voulez vous comporter comme un État post-Lumières et vous me parlez d’individualisme, mais d’autre part vous vous entourez d’un mur et vous restez attachés à une identité tribale ».

Yaron Frid termine son article en disant « Israël a perdu Gilad » et « le score est maintenant 1-0 pour la Palestine ».

J’étais content de l’article. Mais également jaloux, parce qu’ici en Grande-Bretagne, nous sommes loin de pouvoir explorer ces questions.

Le message est direct et simple — Haaretz, journal sioniste m’a laissé discuter de tous ces parcours intellectuels que les « socialistes kasher » s’acharnent à bloquer. Une semaine avant la parution de l’article dans Haaretz, le journal israélien a parlé du héros du Mavi Marmara, Ken O’keefe . Là encore, Haaretz a présenté le sujet de façon assez équilibrée ; certainement plus impartiale que BBC panorama.

La morale est évidente : aussi répugnant et meurtrier que soit le sionisme, il est encore en avance par rapport à la gauche juive, simplement parce qu’il tient toujours, à certains égards du moins, un discours permanent et ouvert.

Il n’y a pas de doute que parmi les ennemis les plus prolifiques d’Israël et de l’identité juive vous trouverez des Israéliens et des ex- israéliens tels que Ilan Pappe, Gideon Levi, Amira Hass, Tali Fahima, Israel Shamir, Israel Shahak, Nurit Peled , Rami Elhanan, Guy Elhanan, Jonathan Shapira, Yeshayahu Leibowitz, Mordechai Vanunu, Uri Avneri, Shimon Tzabar, moi-même, et d’autres.

Nous ne sommes pas toujours d’accord entre nous, mais nous nous fichons la paix.

Le sionisme était une tentative de créer un juif nouveau : un être éthique, productif et authentique. Mais le sionisme a complètement échoué. Israël est un État criminel et les Israéliens sont collectivement complices des crimes constants commis contre l’humanité. Et pourtant, le sionisme a également réussi à ériger une école solide d’Israéliens animés de la haine de soi, éloquents et fiers. On enseigne aux Israéliens à être francs et critiques, contrairement à la gauche juive de la diaspora, qui pour une raison ou une autre opère comme la police de la pensée, la dissidence israélienne parle haut et fort. Les Israéliens sont formés à célébrer leurs « symptômes » – et cela est également valable dans le cas de la dissidence.

À l’encontre du marxisme juif qui fonctionne en grande partie comme une campagne de pub tribale, la dissidence israélienne participe d’une approche éthique : vous n’entendrez pas des militants israéliens s’écrier « pas en mon nom ». Les Israéliens mentionnés ci-dessus acceptent que chaque crime israélien est commis en leur nom. Ils reconnaissent aussi que le militantisme est le passage crucial de la culpabilité à la responsabilité. Il s’ensuit qu’il est loin d’être surprenant que lors de la mission « un bateau juif pour Gaza », Shapira, ancien pilote de l’armée de l’air israélienne ainsi que Elahanan ont tous deux parlé d’éthique et de questions humanitaires, tandis que le juif britannique Kuper, s’inquiétait apparemment davantage, à en juger par ses paroles, de corriger l’image du judaïsme mondial.

En ma qualité d’ex-Israélien, je crois que la seule chose que je peux faire pour la Palestine, l’Irak, l’Afghanistan, moi-même, ma famille, mes voisins et l’humanité est de rester ferme et de parler du fond du coeur en dépit de tout.

Je crois aussi que nous connaissons tous la vérité.

Il nous faut simplement être suffisamment courageux pour la dire.

Notes

1. Si bizarre que cela puisse paraître pour certains, les groupes « Juifs contre les sionistes » (JAZ) et « Juifs pour le BDS » (boycott, désinvestissement des marchandises israéliennes) récitent la mantra sioniste : ils opèrent principalement en tant que juifs. Tout comme il est impossible à des Palestiniens déracinés de s’établir en Israël et de devenir des citoyens dotés des mêmes droits civils, il leur est aussi impossible de se joindre à un groupe militant pour la Palestine, principalement juif.

2. Richard Kuper, qui est à l’origine du projet « Irene, le bateau juif pour Gaza » a été assez franc pour l’admettre : « notre objectif est de montrer que tous les juifs ne soutiennent pas les politiques israéliennes envers les Palestiniens » a-t-il dit. On sait maintenant que le bateau juif ne transportait pas grand chose en aide humanitaire pour les Gazaouis : sa principale mission, en ce qui concerne Kuper, semble d’avoir été de restaurer la réputation des juifs.

29 octobre 2010 – Cet article peut être consulté ici :
http://www.gilad.co.uk/writings/gil…

source