Israël. «Ce n’est pas la campagne BDS qui est criminelle»


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Par Gideon Levy

La lutte contre le mouvement pour boycotter Israël (BDS – Boycott, désinvestissement, sanctions) a atteint en Israël un niveau inédit – celui de la criminalisation. A partir de maintenant il ne s’agit pas simplement d’une campagne de propagande contre BDS (qui ne fait d’ailleurs que le renforcer), ni de l’attitude habituelle qui consiste à se poser en victime, ni même des bobards colonialistes prétendant que le boycott fait du tort aux travailleurs palestiniens. Il ne s’agit même plus d’une diabolisation, qui implique d’accuser les partisans du boycott d’antisémitisme, soit la mère de toutes les accusations.
Non, maintenant le boycott est devenu un crime. C’est devenu un crime de boycotter le criminel [l’Etat colonisateur]. C’est un crime d’éviter d’acheter des denrées produites dans des territoires du crime. C’est un crime d’éviter de soutenir une fabrique de crime. C’est un crime de lutter contre les violations du droit international.

Le puissant travail du lobby juif-israélien est en train de marquer des points. Le feu vert a été donné par la Cour suprême en France, qui, l’année dernière, a jugé – cela paraît incroyable – que le fait de boycotter Israël était un «crime de haine» [1]. Ce ne sont donc ni les colonies ni les exécutions aux check-points, ni la violence des colons ni les arrestations de masse qui sont un crime. Non, c’est le fait de les boycotter qui constitue un crime.

Les Etats-Unis ne sont bien sûr pas à la traîne. Ils ne manquent jamais une opportunité de cultiver, de financer et d’encourager l’occupation. Vingt Etats ont promulgué – ou sont sur le point de le faire – des amendements contre le boycott d’Israël. Le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, a même été jusqu’à annoncer cette semaine qu’il avait signé un décret administratif stipulant que son Etat boycottera toute organisation ou compagnie qui oserait participer au boycott. «Nous voulons qu’Israël sache que nous sommes de son côté», a déclaré ce pseudo-ami d’Israël lors d’une conférence juive à Manhattan. Dans un tweet il clarifie: «Si vous boycottez Israël, New York vous boycottera.»

Merci New York! Merci monsieur le gouverneur! Votre action a prouvé que New York était du côté des occupants, du côté du crime. Une fois de plus vous avez prouvé à quel point les Etats-Unis sont indignes de porter le titre de «leader du monde libre». Une fois de plus vous avez prouvé que lorsqu’il s’agit d’Israël toutes les valeurs que vous préconisez sont du coup déformées. Qui peut imaginer qu’un décret de ce genre aurait pu être publié contre le mouvement international anti-apartheid en Afrique du Sud? Qui peut imaginer une criminalisation des sanctions contre la Russie suite à son invasion de la Crimée?
On peut ne pas soutenir le boycott, on peut aussi ne pas croire à son efficacité. Mais il faut admettre qu’on ne peut pas être une personne dotée de conscience et acheter des produits des colonies. Au même titre où des personnes soucieuses de respecter la loi n’achèteraient pas des produits volés doivent de même éviter d’acheter des biens produits sur des terres volées et tenter de dissuader les gens de le faire. On a le droit d’encourager les gens à boycotter de tels produits. Mais c’est très difficile, car il est devenu impossible d’établir une distinction claire entre les colonies et Israël, ce qui a estompé la Ligne verte [établie par l’Etat Israélien après 1967].

Israël est totalement investi dans l’entreprise d’occupation, au point qu’il est devenu impossible de distinguer entre l’Etat d’Israël et l’occupation. Quelle banque israélienne n’a pas des comptes en Cisjordanie? Quelle structure de santé n’a pas une branche à Ariel [colonie établie en Cisjordanie]? Quelle chaîne de supermarchés n’a pas des filiales desservant les colons?
Même ceux qui ne croient pas au boycott ou qui pensent qu’il y a de meilleures manières de combattre l’occupation (lesquelles?) ne doivent pas se joindre à cette entreprise dévastatrice de criminalisation. Le boycott est un moyen légitime, non-violent, qui a été – et est encore – utilisé par de nombreux Etats, y compris par Israël.

En effet, que sont les sanctions internationales contre Hamas, encouragées par Israël, sinon un boycott? Et qu’en est-il des mesures contre l’Iran? Est-ce qu’Israël n’a pas également violé la loi internationale? Les propagandistes israéliens se délectent des réussites contre BDS. La semaine passée le commandant de ce combat, l’ambassadeur d’Israël auprès des Nations Unies, Danny Danon, a tenu une conférence propagandiste dans le bâtiment de l’ONU, où ses efforts visaient à briefer quelque 1500 étudiants juifs crédules en récitant: «Chaque deuxième mot qui sort de vos bouches doit être “paix”.»
Cela est bien sûr très émouvant. Mais l’heure de vérité arrivera et alors tous ceux qui ont agi pour criminaliser le boycott devront répondre honnêtement à quelques questions: Qui est le criminel ici? Quel est le véritable crime, et qu’avez-vous entrepris pour lutter contre ce crime? (Article publié dans le quotidien Haaretz, le 9 juin 2016. Traduction A l’Encontre)
____
[1] Selon l’article du Monde du 6 novembre 2015 : «Pour la haute juridiction française, cela est néanmoins constitutif du délit de « ? provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race, ou une religion déterminée ?» (article 24 alinéa 8 de la loi sur la presse).» (Réd. A l’Encontre)

source

Ilan Pappé à Bruxelles le 10 mai à 15 heures


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La NAKBA Palestinienne

 

Nettoyage ethnique depuis 1948 un autre regard sur l’histoire

Conférence-Débat avec Ilan Pappé

Historien, Professeur à l’Université d’Exeter(Angleterre) et directeur du centre européen d’études sur la Palestine

le samedi 10 Mai à 15H

 

Adresse: Centre Culturel Arabe de Bruxelles 2, Rue de l’Alliance 1210 Bruxelles (Saint-Josse-ten-Noode)

 

Conférence organisée par La Communauté Palestinienne en Belgique et au Luxembourg

Entrée libre

Pour Amira Hass


mercredi 17 avril 2013 – 05h:30

Lawrence Davidson


La Palestine et la résistance.

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Amira Hass vit à Ramallah, en Palestine occupée

Amira Hass est journaliste au quotidien israélien Haaretz. Elle documente ce qui se passe en Palestine occupée et, d’année en année, en est arrivée à voir le calvaire des Palestiniens à travers leurs yeux. Le 3 avril 2013, Hass a publié une chronique dans son journal intitulée : « Ce que lancer des pierres signifie vraiment pour les Palestiniens » :

On comprendrait qu’on donne des cours de résistance dans les écoles palestiniennes : comment construire des villages défendus par des « tours et des palissades » ; …. comment se comporter quand des soldats font irruption chez vous ; … comment filmer les violences des représentants du régime pour les diffuser ; … comment identifier les soldats qui vous ont jeté menotté au fond d’une jeep pour pouvoir les poursuivre en justice.

C’est comme cela que Hass écrit depuis 1991. Elle et Gideon Levy, un autre reporter d’Haaretz, font partie des quelques rares journalistes israéliens qui disent la vérité sur l’occupation israélienne. Et, pour autant que je sache, ils sont les seuls à être régulièrement traduits en anglais.

Dans cet article particulier, Hass s’attache à remettre dans son contexte la principale action de résistance de la jeunesse palestinienne, lancer des pierres :

Lancer des pierres est le droit et le devoir de tous ceux qui vivent sous le joug d’une puissance étrangère. Lancer des pierres est une action concrète de résistance en même temps qu’un acte symbolique. Persécuter ceux qui lancent des pierres – jusqu’aux enfants de 8 ans- fait partie, même si ce n’est pas dit clairement, de l’arsenal des qualifications nécessaires à un occupant étranger au même titre que tirer, torturer, voler la terre, restreindre la libre circulation et s’approprier la plus grande partie des ressources en eau.

La violence des soldats de 19 ans, de leurs commandants de 45 ans et des bureaucrates, juristes et autres hommes de loi se calque sur la réalité. Leur travail est de protéger les fruits de violence générés par l’occupation étrangère -les ressources, les profits, le pouvoir et les privilèges.

Hass conclut son article en demandant pourquoi il n’y a pas en Palestine d’enseignement de la résistance et sa réponse est que l’Autorité Palestinienne a décidé de « s’adapter à la situation existante ». Ce qui fait que l’AP craint la résistance autant que les occupants israéliens.

Les réactions à son analyse

La sincérité de Hass a suscité une vague de protestations de la part des nationalistes et des expansionnistes israéliens. Hass et son journal ont reçu des quantités de lettres d’injures haineuses et des groupes de droite et des organisations de colons ont demandé qu’elle soit poursuivie pour « incitation à la haine ». Une Israélienne, la mère d’un enfant gravement blessé par une pierre, a accusé Hass d’encourager les Palestiniens à aller jusqu’à la violence meurtrière dans leur lutte. « Personne sur terre ne se libérera en semant la mort » a-t-elle dit. Malheureusement c’est historiquement faux. C’est même le contraire qui est vrai. Il est en effet très rare qu’un groupe obtienne sa liberté autrement qu’en utilisant des « instruments de mort ». En fait la résistance armée pour se libérer d’une « domination coloniale étrangère et de régimes racistes » est un droit reconnu par le Premier Protocole Additionnel des Conventions de Genève. Le fait qu’Israël ait choisi, sans surprise, de ne pas signer cet accord ne change rien à l’affaire.

La critique la plus intéressante peut-être de l’analyse de Hass a été faite le 4 avril 2013 par Cellu Rozenberg, un historien et « spécialiste de sécurité nationale ». Elle a aussi paru dans Haaretz sous le titre « La maison de verre d’Amira Hass ». Dans sa critique, Rozenberg déforme parfois les propos de Hass comme par exemple quand il écrit que « dire que lancer des pierres est le droit de tout être humain… est sans fondement et sans valeur, du moins du point de vue moral », alors que Hass a écrit en réalité ceci : « lancer des pierres est le droit et le devoir de tous ceux qui vivent sous le joug d’une puissance étrangère. »

Mais ne nous attardons pas sur cette erreur et concentrons-nous sur un argument plus important. Selon Rozenberg :

* Lancer des pierres est un acte potentiellement mortel et il est inacceptable de lancer des pierres à des civils.

* Rozenberg dit que pour Hass cette forme de résistance violente est légitime aussi bien en Palestine occupée qu’en Israël parce que les Palestiniens sont soumis à une « violence institutionnelle » (sous des formes diverses) dans les deux territoires. Selon Rozenberg, « cette position est inacceptable et dangereuse car elle implique le rejet de l’entreprise sioniste. »

* Selon Rozenberg, ce que dit Hass revient à dire que « le Sionisme et l’établissement de l’état d’Israël sont un crime contre les Palestiniens. » Ce faisant il attribue à Hass la même position que le Hamas.

Mais Rozenberg est de mauvaise foi. Il déforme les propos de Hass et fait semblant d’ignorer que Hass appelle les Palestiniens à faire une distinction entre les occupants armés et ceux qui ne le sont pas. Hass précise aussi dans son article qu’il y a des limites et des « règles » à intégrer quand on est dans la résistance « y compris les problèmes et les limites de l’usage des armes ». Cela la distingue sans aucun doute du Hamas. Malgré tout, Rozenberg met en lumière la question qui est au coeur de la lutte palestinienne : l’existence d’Israël est-elle légitime ou est-ce un « crime » ?

Nation versus Idéologie

Si Israël est une entreprise criminelle, alors il n’a pas plus le droit d’exister que n’importe quelle autre organisation criminelle. Mais il faut noter que Rozenberg, comme tout bon sioniste, fait l’amalgame entre deux choses différentes : le pays d’Israël, et la doctrine et l’appareil d’état sionistes qui dirigent ce pays. Est-ce qu’ils ne sont qu’une seule et même chose ? Et si ce n’est pas le cas, alors peut-on accuser seulement l’une des deux d’être criminelle ?

Les sionistes affirment avec vigueur que le pays d’Israël est né de la vision sioniste et que par conséquent il est inséparable de cette idéologie. Mais ce n’est pas comme cela que l’histoire fonctionne. L’Afrique du Sud est née d’une vision européenne raciste et l’apartheid a longtemps été considérée comme son système. Mais il s’est avéré que ce n’était qu’une situation temporaire et depuis 1994 l’Afrique du Sud fonctionne avec un autre système. La Russie, qui s’est constituée au 15ième siècle grâce à une idéologie*, s’est transformée en un état très différent en 1917 et en quelque chose d’autre encore en 1991. Si l’histoire des états-nations prouve quelque chose, c’est que les idéologies qui animent les états durent moins longtemps que les pays avec lesquels elles se sont identifiées au départ.

Et donc que peut-on dire d’Israël ? On peut dire que ce pays, qui est maintenant un membre reconnu de la communauté des nations modernes, a le droit d’exister. Mais en même temps, on peut affirmer que son actuel appareil d’état raciste qui pratique le nettoyage ethnique et la discrimination institutionnalisée ainsi que l’idéologie sioniste qui justifie ces pratiques, sont de plus en plus intolérables dans le monde moderne et par conséquent ne peuvent revendiquer aucun droit à l’existence.

Imaginer une nation israélienne dotée d’un système de gouvernement tout à fait différent, un gouvernement qui garantirait les mêmes droits à tous ses citoyens, n’a rien d’extravagant. Cet objectif est poursuivi de mille manière (le BDS en est une) et finira par aboutir. Et je le dis clairement, pour être acceptable, un système de gouvernement doit être universel. Cela est vrai pour tous les pays qui marginalisent un groupe ou un autre, les non-Juifs en Israël, les Sunnites dans l’Iran Shiite, les Shiites dans l’Arabie Saoudite ou le Barhein sunnite, les Tamils au Sri Lanka, les Musulmans au Myanmar, les Amerindiens aux Etats-Unis, et., etc. (la liste est si longue que ça en est déprimant). Il faut mettre la pression à tous les gouvernements pour qu’ils fassent des réformes pour garantir l’égalité démocratique.

On peut penser que c’est de l’idéalisme naïf, mais le cas de l’Afrique du Sud montre qu’il n’en est rien. Et quelles sont d’ailleurs les alternatives pour un militant ? Accepter sans rien faire les crimes planétaires ? Mettre la tête dans le sable de notre petit coin de paradis ? Collaborer avec les exploiteurs et les oppresseurs pour accumuler des profits ? Il y a beaucoup de possibilités. Et pourquoi ne pas suivre l’exemple d’Amira Hass et faire le choix de travailler à rendre ce monde meilleur ?

* Lawrence Davidson est professeur d’histoire à West Chester University à West Chester PA.

Note :

* Le panslavisme, défini par un idéologue croate Vinko Pribojević dès le XVe siècle, est une doctrine politique, culturelle et sociale qui valorise l’identité commune que partageraient les différents peuples slaves (Polonais, Tchèques, Slovaques, Slovènes, Croates, Serbes, Monténégrins, Macédoniens, Bosniaques, Bulgares, Russes, Biélorusses, Ukrainiens, Cachoubes, Sorabes et Ruthènes) et qui préconise leur union politique sur la base de cette identité.

15 avril 2013 – CounterPunch – Pour consulter l’original :
http://www.counterpunch.org/2013/04…

Traduction : Info-Palestine.eu – Dominique Muselet

La grammaire intérieure du jet de pierre, article d’Amira Hass


08 avril 2013 Par Joelle Marelli


L’article qui suit a suscité une tempête en Israël. Différents groupes réclament des poursuites judiciaires contre elle.

La grammaire intérieure du jet de pierres

Amira Hass

Haaretz, 3.4.2013

 Lancer des pierres est un droit et un devoir de naissance pour qui se trouve sous domination étrangère. Lancer des pierres, essentiellement, est une métaphore de la résistance. La poursuite des lanceur de pierres, qui comprend l’arrestation de gamins de huit ans, fait inséparablement partie, même si ce n’est pas toujours écrit, de la description du rôle des représentants de la domination étrangère – non moins que les tirs, les tortures pendant les interrogatoires, la spoliation des terres, les entraves à la liberté de mouvement et même la distribution de l’eau. La violence de soldats âgés de dix-neuf ans, de commandants âgés de quarante-cinq ou de bureaucrates et de juristes, cette violence est réelle. Ils sont enrôlés pour défendre les fruits d’une violence impliquée par le fait même de la domination étrangère – ressources, bénéfices, privilèges, jouissance de la force.

La résistance et le fait de se tenir debout (soumoud) face à la violence physique et surtout institutionnelle : c’est la phrase fondamentale de la grammaire intérieure de la vie palestinienne dans ce pays. Jour après jour, heure après heure, instant après instant. Sans répit, sans trève. Et, malheureusement, non seulement en Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est) et dans la bande de Gaza, mais aussi dans les frontières de la souveraineté israélienne (avec quelques différences dans les modes de violence et de résistance). Mais des deux côtés de la Ligne verte s’entassent des couches sédimentaires de suffocation, de souffrance, d’amertume, d’angoisse, de colère et d’interrogation: comment les Israéliens peuvent-ils être aveugles au point de croire que leur violence pourra durer toujours ?

Souvent, lancer des pierres, dans les faits, dérive du désœuvrement, de l’excès d’hormones, de l’imitation, de la bravade, de la concurrence. Mais dans la grammaire intérieure des rapports entre le dominant étranger et le dominé, le lancer de pierre est le prédicat du sujet : Je n’en peux plus de toi, le dominant. Après tout ces jeunes pourraient choisir d’autres manières de dissiper l’excès d’hormones, sans risquer d’être arrêtés, condamnés à de lourdes amendes, voire blessés ou tués.

Même si le droit et le devoir sont de naissance, il faut apprendre à développer les modes de résistance et de la station debout, les règles et les limites (un exemple : la distinction entre citoyen et homme armé, entre enfant et porteur d’uniforme. Un autre exemple : les limites de l’arme et ses échecs dans le passé). Il serait logique que dans les écoles palestiniennes on donne aux élèves des cours élémentaires de résistance : comment réaliser des actions massives de terrain[1], en zone C ; comment se conduire en cas d’irruption de soldats au domicile privé ; comparer différentes luttes anticoloniales dans différents pays ; comment se servir de caméras vidéo pour documenter la violence des représentants du régime ; méthodes pour fatiguer le système militaire et ses représentants ; journée hebdomadaire de participation au travail sur les terres situées par-delà le mur de séparation ; comment mémoriser les éléments d’identification du soldat qui t’a jeté menotté sur le sol de la jeep pour pouvoir porter plainte par la suite ; quels sont les droits lors d’un interrogatoire et comment les faire reconnaître en temps réel ; comment surmonter la peur devant les enquêteurs ; essais d’actions de masse destinées à faire respecter la liberté de mouvement. À dire vrai, cela ne ferait pas de mal aux adultes de suivre aussi de tels cours, au lieu peut-être des exercices de marche au pas, de dispersion de manifestations et de recherches de posts suspects sur Facebook.

L’engagement des élèves des écoles, il y a deux ans, dans le programme de boycott des produits en provenance des colonies semblait un pas dans la bonne direction. Mais ça s’est arrêté là, sans suite, sans élargir le contexte. Et pourtant des cours comme ceux-là conviendrait comme un gant à la tactique qui a présidé à la démarche auprès de l’ONU. Révolte civile en diplomatie et sur le terrain. Alors pourquoi ces cours sont-ils absents du cursus d’études des enfants palestiniens ? L’opposition prêtée par avance aux Etats donateurs et les représailles de la part d’Israël comptent parmi les moyens de la domination étrangère – et font partie de la Hasbara. Mais il y a aussi l’inertie, la paresse, l’intérêt personnel de certaines couches sociales, des calculs erronés, une mauvaise compréhension de la situation. Le système de raisonnement de l’Autorité palestinienne a créé depuis presque vingt ans un principe fondamental – l’adaptation à ce qui existe. Et c’est ainsi qu’est née la contradiction, le conflit entre la grammaire intérieure de l’Autorité palestinienne et celle de son peuple.

Traduit de l’hébreu par Joëlle Marelli


[1] L’auteure se réfère implicitement aux villages de tentes récemment construits par des Palestiniens sur des terres confisquées par les autorités israéliennes, actions collectives qu’elle compare à des actions similaires effectuées par des groupes juifs sionistes à l’époque du Mandat britannique.

Libérez Andrey Pshenichnikov


Libérez Andrey Pshenichnikov
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Pourquoi c’est important

Andrey Pshenichnikov, 25 ans, un Russe né au Tadjikistan et émigré en Israël en 2001, à l’âge de 13 ans. Lors de son service militaire au sein de l’armée israélienne, Andrey s’est rendu compte de l’injustice que font subir l’État d’Israël et son armée aux Palestiniens. Andrey a quitté l’armée, puis, il s’est installé au printemps de l’année 2012 dans le camp des réfugiés palestiniens de Dheishé, près de la ville de Bethléem. Il a demandé à renoncer à sa nationalité israélienne et à obtenir la nationalité palestinienne. Très vraisemblablement sur leur ordre, l’Autorité palestinienne l’a extradé aux Israéliens. Andrey a séjourné ensuite en France au cours de l’été et de l’automne 2012, où il a participé activement aux actions de protestation contre les violations des droits de l’Homme perpétrées par l’occupant israélien en Palestine.Andrey avait un rendez-vous avec des amis, tous militants français solidaires de la Palestine au Caire le 25 décembre 2012. Pour s’y rendre, Andrey a demandé et obtenu un visa pour l’Égypte auprès des services consulaires de ce pays à Tel-Aviv. Il se trouve que ses passeports ont été confisqués par les autorités israéliennes à Eilat, afin de l’empêcher de traverser légalement la frontière israélo-égyptienne. Son enthousiasme était grand et sa résolution d’assister à la conférence de ses amis français, tenue en commun avec des Égyptiens, l’était aussi. Étant ainsi privé de son document de voyage et de son visa d’entrée en Égypte, Andrey a effectivement enfreint la loi égyptienne en s’y introduisant sans document de voyage.

Il se trouve que la peine minimale prévue par la loi égyptienne pour ce délit est l’emprisonnement de 6 mois. En général, les tribunaux ne condamnent pas à des peines plus lourdes. L’Égypte aurait pu en rester là : les autorités judiciaires auraient pu tenir compte de cette circonstance atténuante qu’est la demande et la délivrance du visa d’Andrey, mises en apposition avec la confiscation de son passeport par la police israélienne. Il y a, bien entendu, d’autres circonstances atténuantes, de diverses natures, tels le combat pour la justice pour le peuple Palestinien mené par Andrey, son absence de casier judiciaire (à l’exception d’une condamnation israélienne pour avoir séjourné dans un camp des réfugiés Palestiniens), ou encore son jeune âge.

Mais Andrey a été condamné le 11 février 2013 pour infiltration illégale sur son territoire nationale à 2 ans d’emprisonnement par la cour de justice de la ville d’At-Tour, gouvernorat du Sinaï Sud, Égypte. Il s’agit d’une peine sans proportion avec le délit commis, à plus forte raison si l’on tient compte de la personnalité et de la motivation d’Andrey.

A l’évidence, Andrey Pshenichnikov n’a pas pénétré en Égypte afin de nuire à ce pays ni au peuple égyptien.

Nous demandons donc aux autorités égyptiennes de libérer Andrey Pshenichnikov.

Ce sera la plus noble reconnaissance du combat d’Andrey pour un monde plus juste, où le peuple arabe de Palestine puisse recouvrir ses droits aux cotés de ses voisins, ce qui bénéficiera à toute cette région du monde, tant assoiffée de vie et de paix. Il est encore temps pour votre pays d’ouvrir grande la porte de la cellule où se trouve Andrey Pshenichnikov, de lui souhaiter la bienvenue en Égypte, et de lui permettre de repartir vers une destination de son choix.

Publiée Février 26, 2013

Discours d’une mère israélienne devant le Parlement Européen


Dr  Nurit Peled-Elhanan est la maman de Smadar Elhanan, une fille de 13 ans tuée en septembre 1997 lors d’un attentant suicide à Jérusalem.

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Nurit Peled-Elhanan

Nurit a prononcé le discours ci-après à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme, organisée en début du mois en cours (juillet 2010) à Strasbourg.

Je vous invite à bien écouter et à comprendre les paroles d’une mère endeuillée par la perte de sa fille, tombée victime d’une attaque terroriste brutale et aveugle. Ainsi, j’ose espérer que ses propos soient assimilés par tous ceux en quête de paix dans notre monde tant agité et divisé.

Pour des jours meilleurs, Professeur Avraham Oz, Université de Haïfa – Département de Littérature Hébraïque et Comparée.

FEMMES

Nurit Peled-Elhanan

Nurit Peled-Elhanan

Permettez-moi, tout d’abord, de vous remercier pour votre invitation à cette journée. C’est toujours un honneur et un plaisir d’être ici parmi vous, au sein du Parlement Européen.

Toutefois, je dois avouer qu’il aurait été plus judicieux si vous aviez invité une femme Palestinienne à ma place, car les femmes qui souffrent le plus dans mon pays sont les femmes Palestiniennes. C’est pourquoi je voudrais dédier mon discours à Miriam R’aban et son époux Kamal de Bet Lahiya dans la Bande de Gaza, dont les cinq petits enfants avaient été tués par des soldats israéliens alors qu’ils cueillaient des fraises dans la fraiseraie familiale. Evidemment, ce meurtre ne sera jamais jugé. Lorsque j’ai demandé aux organisateurs la raison pour laquelle une invitation n’a pas été adressée à une femme Palestinienne, on m’a répondu que cela risquerait de trop focaliser les discussions.

J’ignore ce qu’est la violence non localisée. Je sais par contre que le racisme et la discrimination, bien qu’ils soient des concepts théoriques et des phénomènes universels, ont toujours un impact local. La douleur, tout comme l’humiliation, l’abus sexuel, la torture, la mort et même les cicatrices sont tous locaux.

Cependant, il est quand même déplorable de constater que la violence qu’exercent le gouvernement israélien et son armée sur les femmes Palestiniennes se soit répandue à travers tout le globe. En fait, la violence, quelle soit de l’état ou de l’armée, collective ou individuelle est aujourd’hui le sort des femmes musulmanes, pas uniquement en Palestine, mais partout dans le monde ; dans chaque contrée où le monde occidental émancipé tend et impose son empreinte impérialiste. C’est une violence qui n’est presque jamais abordée et qui est passivement tolérée par la plupart des personnes en Europe et au Etats-Unis. Tout cela parce que le soi-disant monde libre craint la matrice musulmane.

La Grande France, par exemple, dont la devise est « Liberté, Egalité, Fraternité » a peur des petites filles voilées. De son côté, le Grand Israël craint la matrice Musulmane que ses ministres désignent comme une menace démographique.

La toute-puissante Amérique et la Grande Bretagne sont en train de corrompre, respectivement, leurs citoyens en leur transmettant une peur aveugle à l’égard des Musulmans. Ces derniers sont appelés de tous les noms d’oiseaux et décrits comme étant des ignobles, des primitifs, des sanguinaires en dehors du fait qu’ils soient anti-démocratie, chauvins et producteurs en masse de futurs terroristes. Pourtant, les individus qui détruisent le monde aujourd’hui ne sont pas Musulmans ; l’un d’entre eux est un fervent Chrétien, l’autre est Anglican et un troisième qui est juif non pratiquant.

Je n’ai jamais fait l’expérience des souffrances subies chaque jour et chaque heure par les femmes Palestiniennes, et j’ignore la nature de la violence qui transforme la vie d’une femme en un enfer permanent. Ces femmes souffrent le martyre à cause de la torture mentale et physique endurée au quotidien. Elles sont privées de leurs droits humains les plus fondamentaux et du droit de chacun à jouir d’une dignité et d’une intimité. En effet, à n’importe quel moment de la journée, comme de la nuit, leurs maisons sont prises d’assaut et ces femmes, sous la menace de l’arme, sont forcées de se dévêtir, laissées nues devant des étrangers et sous les yeux de leurs propres enfants. Ces femmes, dont les maisons sont démolies, sont privées de tous moyens d’existence et d’une vie familiale normale. Tout cela ne fait pas partie de mon expérience personnelle. Cependant, je suis victime de la violence à l’encontre des femmes dans la mesure où la violence contre les enfants n’est autre qu’une violence contre les mères.

En effet, je considère les femmes Palestiniennes, Irakiennes et Afghanes comme mes sœurs car nous sommes toutes à la merci des mêmes criminels sans scrupule qui se sont autoproclamés leaders du monde libre et émancipé. Hélas, c’est au nom de cette liberté et de cette émancipation qu’ils volent nos enfants.

En outre, un véritable conditionnement et un lavage de cerveau intense ont aveuglé les mères Israéliennes, Américaines, Italiennes et Britanniques. Elles ne peuvent plus réaliser que les seules sœurs et alliées qu’elles peuvent avoir dans ce monde sont les mères Musulmanes Palestiniennes, Irakiennes ou Afghanes, dont les enfants sont tués par les nôtres, ou bien, choisissent de se faire exploser et de voler en morceaux en emportant notre progéniture avec eux.

Elles ont donc perdu la faculté d’analyser puisque leur cerveau a été conditionné ou même infecté par des virus produits par les politiciens. Ces virus, bien que dissimulés sous plusieurs appellations glorieuses comme Démocratie, Patriotisme, Dieu ou Patrie, sont en réalité identiques. Ainsi, ils découlent d’idéologies fausses et erronées visant à enrichir les riches et à donner le pouvoir aux puissants.

C’est pourquoi, nous sommes toutes victimes d’une violence à la fois mentale, psychologique et culturelle qui nous transforme en un groupe homogène constitué de mères endeuillées ou potentiellement endeuillées.

Les mères occidentales, du fait de tous les enseignements qu’elles reçoivent, sont persuadées que leur matrice est un atout national alors que celle des Musulmanes n’est qu’une menace internationale. On leur a malheureusement enseigné de ne jamais s’écrier : « Je l’ai mis au monde, je l’ai allaité, il est à moi et je n’accepterais jamais qu’il fasse partie de ceux dont la vie est ne vaut pas un sou, puisque moins précieuse que le pétrole, et dont l’avenir ne vaut pas un morceau de terre ».

En fait, nous sommes toutes terrorisées par une éducation qui envenime nos esprits et qui nous pousse à croire que tout ce que nous pouvons faire est de prier pour que nos enfants retournent chez eux, ou bien de se montrer fières devant leurs corps sans vie.

Nous avons toutes été, faut-il le souligner, élevées de manière à supporter en silence toutes ces épreuves, à contenir notre peur et notre frustration, à soigner notre anxiété avec le Prozac, mais à ne jamais acclamer Mère Courage en public. Ne jamais être une véritable maman juive, italienne ou irlandaise.

Je suis une victime de la violence d’Etat. Mes droits naturels et civils en tant que mère ont été violés et continuent de l’être car j’appréhende le jour où mon fils, ses 18 ans fêtés, me sera arraché et sera emmené loin de moi pour servir de pion entre les mains des criminels appelés Sharon, Bush et Blair ainsi que leur clan des généraux assoiffés de sang, de pétrole et de terre. Eu égard au monde dans lequel je vis, à l’état dans lequel je vis, au régime auquel je suis soumise, je n’oserais sûrement pas proposer aux femmes Musulmanes des idées pour changer leurs vies. Je ne voudrais pas qu’elles se dévoilent la tête ou qu’elles adoptent une méthode différente pour élever leurs enfants. Je ne me permettrais pas de les conseiller vivement de bâtir et d’instaurer des Démocraties suivant le modèle occidental qui les méprise, elles et les leurs.

Je voudrais seulement leur demander humblement d’accepter d’être mes sœurs. Je voudrais leur avouer que je reste admirative devant leur persévérance et leur courage pour ne pas abandonner, pour continuer à avoir des enfants et surtout, pour préserver une vie familiale empreinte de dignité en dépit des conditions de vie absurdes imposées par mon monde.

Je voudrais également leur assurer que la même douleur qui nous déchire nous a unies car nous sommes toutes victimes de la même violence, même s’il faut reconnaître que leur souffrance surpasse la nôtre puisque ce sont elles que mon gouvernement et son armée, financés par mes impôts, maltraitent et malmènent.

Par ailleurs, je tiens à signaler que l’Islam en soi, comme le Judaïsme en soi et même le Christianisme, ne constituent aucune menace pour moi. Par contre, la véritable menace émane de l’impérialisme américain, de l’indifférence et de la coopération européenne, du racisme israélien et de son système d’occupation hostile. Et c’est le racisme, la propagande pédagogique et la xénophobie imprimée dans les esprits qui incitent et amènent les soldats israéliens, pour des « prétendus » motifs de sécurité à sommer les femmes Palestiniennes, sous la menace de l’arme, de se déshabiller sous les yeux de leurs enfants. C’est aussi l’extrême mépris et manque de respect et de considération qui conduisent les soldats américains à violer des femmes Irakiennes. Les même raisons autorisent les geôliers israéliens à enfermer des jeunes femmes dans des conditions des plus inhumaines et barbares, en l’absence d’un minimum d’hygiène.

Les femmes prisonnières sont privées d’électricité pendant l’hiver, d’eau ou de matelas propres. Pire encore, elles sont séparées de leurs bébés nourris au sein et de leurs petits enfants. Le supplice se poursuit pour ces femmes pour lesquelles le chemin de l’hôpital est barré, celui de l’éducation bloqué, leurs terres confisquées, leurs arbres déracinés, et travailler leurs terres et champs leur est désormais interdit.

J’essaie de me mettre à la place des femmes Palestiniennes, mais je peine à les comprendre ou à comprendre et à sentir leur douleur. J’ignore aussi combien j’aurais survécu à une telle humiliation et à un tel irrespect de la part du monde entier.

Par contre, ce dont je suis entièrement consciente est que la voix des mères à été très longtemps étouffée dans cette planète dévastée par la guerre. Comment peut-on ouïr et témoigner des pleurs des mères si elles ne sont pas invitées à des forums internationaux comme celui d’aujourd’hui ?

Même si tout ce que je possède n’est pas exhaustif, je demeure convaincue, sans jamais l’oublier, que ces femmes sont mes sœurs et que mon devoir envers elles consiste à pleurer pour elles, à me battre pour elles. Il faudrait se rappeler que ces femmes perdent leurs enfants dans des fraiseraies ou sur des routes crasseuses près des check-points. Sur le chemin de l’école, ils sont ciblés par les tirs de nos enfants qui ont été élevés suivant le concept leur dictant que l’amour et la compassion sont liés à la race et à la religion.

Devant toutes ces femmes et tous ces enfants trahis, je ne peux qu’apporter mon soutien tout en reprenant la question d’Anna Akhmatova (une autre femme ayant vécu sous un régime de violence contre les femmes et les enfants) : Pourquoi est-ce que ce filet de sang déchire le pétale de ta joue ?

4 juillet 2010 – JFJFP – Vous pouvez consulter cet article à :
http://jfjfp.com/?p=7720
Traduction de l’anglais : Niha

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