Marianne BLUME
Membre de l’Association Belgo-Palestinienne, ex-coopérante APEFE en Palestine
Si vous connaissez l'anglais, il y a aussi mon site parallèle, mais non identique http://bandannie.wordpress.com
Marianne BLUME
Membre de l’Association Belgo-Palestinienne, ex-coopérante APEFE en Palestine
Vue de la colonie israélienne de Qadumim, dans le nord de la Cisjordanie/Copyright AFPPascal Lacorie, à Jérusalem
Certains pays, comme le Danemark ou l’Afrique du Sud, ont décidé d’étiqueter les produits israéliens en provenance des colonies de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Si l’impact est marginal, le gouvernement et le patronat craignent que cette démarche débouche sur un boycott plus important.
Israël redoute d’être la cible d’un boycottage international. En quelques jours, l’Afrique du sud et le Danemark ont annoncé leur intention d’imposer des étiquettes spéciales sur les produits provenant des colonies de Cisjordanie et de Jérusalem-est considérés par la communauté internationale comme des territoires occupés depuis la guerre de juin 1967. L’objectif est clair : établir pour les consommateurs une claire distinction dans les magasins entre les exportations des colonies et celles d’entreprises installées en territoire israélien. La réaction ne s’est pas faite attendre. « Un tel estampillage a des relents de racisme. On commence par cibler les produits des implantations, mais en fait c’est tout ce qui vient d’Israël qui est visé », déplore Ygal Palmor, porte-parole des Affaires Etrangères.
Pression des groupes pro-palestiniens ?
Shalom Simhon, le ministre du Commerce et de l’Industrie, ainsi que l’Association des Industriels, la plus importante organisation patronale, sont également montés au créneau. « La part des implantations dans nos exportations est négligeable, un boycottage sud-africain et danois pourrait toutefois déclencher une réaction en chaîne et toucher d’autres pays », prévient Shalom Simhon. L’inquiétude est d’autant plus vive que Co-Op, la cinquième chaîne de distribution alimentaire britannique, a récemment décidé de boycotter les distributeurs de produits se fournissant dans les colonies israéliennes. Selon les responsables israéliens, ces initiatives ont été prises sous la pression de groupes pro-palestiniens.
Effets marginaux pour l’instant
Sur le plan strictement statistiques, les effets d’un tel boycottage restent pour le moment marginaux. Les ventes aux pays de l’Union Européenne des entreprises installées en Cisjordanie, qui emploient 15.000 ouvriers palestiniens, ou à Jérusalem-est ne portent que sur quelques dizaines de millions de dollars, alors que les exportations totales se sont élevées à 15,2 milliards de dollars l’an dernier. Jusqu’à présent, les produits des colonies sous forme surtout de fruits, de légumes et de cosmétiques provenant de la Mer Morte, entrent sur le marché européen avec la seule mention « Made in Israël ».
Aux termes d’un accord conclu il y a 8 ans, seul le code postal de l’entreprise exportatrice est mentionné sur le paquetage sans préciser à quelle localité ce code correspond. Résultat : le client ne sait pas d’où provient son achat. En revanche, ce discret étiquetage permet aux douanes européennes, qui disposent d’une liste des codes postaux israéliens, de faire le tri afin de savoir si tel ou tel produit a été fabriqué dans une colonie de Cisjordanie où vivent plus de 300.000 Israéliens parmi 1,7 millions de Palestiniens ou dans un quartier israélien de Jérusalem-est.
Exemption des droits de douane
Les produits en provenance du territoire israélien bénéficient de tarifs préférentiels qui les exemptent pratiquement de droits de douane aux termes d’un accord d’association conclu entre l’Etat hébreu et l’Union européenne. Les exportations des colonies sont, en revanche, taxées au maximum. Détail important : les chefs d’entreprises des colonies qui s’estiment ainsi « discriminés » sont indemnisés par un fonds spécial public, qui leur rembourse le surplus de droits de douane qu’ils ont dû acquitter.

jeudi 24 mai 2012, par La Rédaction
Le ministre israélien de l’Intérieur Elie Yishaï a affirmé jeudi qu’il fallait « mettre derrière les barreaux » tous les immigrés illégaux africains au lendemain d’une violente manifestation xénophobe à Tel-Aviv.
« Il faut mettre ces illégaux derrière les barreaux dans des centres de détention et de rétention, puis les renvoyer chez eux, car ils viennent prendre le travail des Israéliens et il faut protéger la caractère juif de l’Etat d’Israël », a affirmé M. Yishaï à la radio militaire.
Mercredi soir, un millier de manifestants israéliens ont défilé dans le sud de Tel-Aviv aux cris notamment de : « les Soudanais au Soudan » et en vilipendant « les belles âmes gauchistes » qui défendent ces étrangers.
Le porte-parole de la police Micky Rosenfeld a précisé jeudi que 17 personnes soupçonnées d’avoir attaqué des magasins et des voitures à bord desquelles se trouvaient des immigrés avaient été arrêtées et étaient toujours détenues jeudi matin.
« Aucun immigré n’a été blessé », a ajouté le porte-parole tout en soulignant que des renforts de police sont restés « dans le secteur afin de maintenir le calme ».
Selon M. Yishaï, si le gouvernement n’agit pas, « ils seront bientôt un demi-million voire un million, on ne pas accepter de perdre ainsi notre pays ».
Selon les chiffres officiels, quelque 60.000 immigrés illégaux se sont infiltrés en Israël en provenance surtout du Soudan, du Sud-Soudan et de l’Erytrée via le Sinaï égyptien.
Pour tenter d’endiguer cet afflux, le gouvernement a accéléré la construction d’une clôture de 250 km le long de la frontière égyptienne. L’ouvrage devrait être achevé à la fin de l’année.
M. Yishaï a toutefois estimé que cette clôture ne suffira pas. « Même si elle fait 12 m de haut, il y aura des échelles de 13 m. Il faut les empêcher de travailler ». Mardi, le ministre de l’Intérieur avait affirmé à la Knesset (Parlement) : « si le gouvernement m’en donne les moyens, il n’y aura plus un seul immigré illégal d’ici un an ».
Les journaux ont fait jeudi leurs gros titres sur les incidents de Tel-Aviv. « Colère, violence et xénophobie à Tel-Aviv », titre en une le quotidien Maariv. Un des commentateurs de la radio militaire a pour sa part parlé de « pogrome ».
Le quotidien Yédiot Aharonot titre pour sa part sur un projet de déploiement « d’une unité de gardes-frontière dans le sud de Tel-Aviv pour faire face à la criminalité croissante parmi les immigrés africains et empêcher des agressions anti-immigrés de la part des habitants ».
A la suite de récents délits de droit commun impliquant des immigrés illégaux, un vif débat s’est engagé en Israël sur la présence d’une communauté africaine.
« Le phénomène de l’infiltration illégale à partir de l’Afrique est extrêmement grave et menace les fondements de la société israélienne, la sécurité nationale et l’identité nationale », avait estimé dimanche le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
(24 mai 2012 – Avec les agences de presse)

mardi 22 mai 2012, par La Rédaction
Accès aux 2 vidéos :
www.Assawra.Info/video1.htm
www.Assawra.Info/video2.htm
***
C’est une scène qui fait couler beaucoup d’encre. Une vidéo publiée par l’ONG israélienne des droits de l’homme B’Tselem montre des colons israéliens de Cisjordanie en train de tirer sur des manifestants palestiniens, sans que les forces de sécurité israéliennes présentes n’interviennent pour les en empêcher. D’après B’Tselem, l’incident s’est produit samedi après-midi, lorsqu’un important groupe de colons ultraradicaux de la colonie de Yitzhar s’est approché du village palestinien d’Asira al-Qibliya.
Masqués et armés, certains colons extrémistes deviennent violents. D’après l’ONG, ils se mettent à lancer des pierres en direction de maisons palestiniennes, tout en faisant feu. Parmi eux, B’Tselem remarque un colon masqué, armé d’un fusil « Tavor ». Cette arme, équipant uniquement les soldats d’infanterie, suggère que son porteur serait un soldat en permission. Très vite, les jeunes Palestiniens du village arrivent sur les lieux et jettent des pierres en retour. La scène s’embrase. Alertés par l’incident, les soldats et les officiers de la police israélienne des frontières font leur apparition. Mais ils ne s’interposent pas, malgré leur fonction, qui est d’assurer le contrôle exclusif des territoires palestiniens en zone C. Plusieurs tirs à balles réelles sont entendus, sans que l’on sache exactement d’où ils proviennent, indique l’organisation.
La première vidéo montre un groupe de trois colons accompagnés d’un soldat, ciblés par des jets de pierres. Derrière eux surgit la fumée d’un brasier. D’après B’Tselem, deux des colons sont armés d’un fusil M4, tandis qu’un troisième possède un pistolet. Les trois hommes tiennent les Palestiniens en joue, avant de faire feu. L’un des villageois, Fathi Asayira, âgé de 24 ans, s’effondre. Touché au visage, il est évacué par une groupe de jeunes. Hospitalisé à Napouse, il demeure dans un état stable.
La seconde vidéo, prise d’un autre angle, illustre encore mieux la passivité des soldats israéliens, qui sont au nombre de trois. « La vidéo lève de graves soupçons sur le fait que les soldats présents n’ont pas agi pour empêcher les colons de jeter des pierres et tirer à balles réelles sur les Palestiniens », affirme B’Tselem. « Non seulement, les soldats n’ont pas essayé de renvoyer les colons, mais ils se sont en fait tenus à leurs côtés alors qu’ils tiraient et jetaient des pierres. » Une opinion que partage l’Autorité palestinienne.
« La gravité de la séquence ne tient pas seulement dans les provocations des colons et les tirs à balles réelles à l’égard des résidents non armés, mais aussi dans l’irresponsabilité des soldats israéliens qui se trouvaient là à regarder les événements », a déclaré un communiqué du bureau du Premier ministre, Mahmoud Abbas, qui a réclamé une action de la communauté internationale pour mettre fin aux « attaques et provocations » des colons.
De son côté, l’armée israélienne, qui a annoncé l’ouverture d’une enquête sur l’incident, a expliqué que les forces de sécurité étaient arrivées sur place dans le but de séparer les deux camps qui se lançaient des pierres. « Il y a eu des tirs au cours de l’incident et la question est sous investigation », ajoute l’armée israélienne, selon le Guardian. « Mais au premier abord, la vidéo qui a été publiée ne paraît pas relater l’incident dans sa totalité. » Pour Avraham Binyamin, le porte-parole des colons, une de ses équipes de sécurité est arrivée sous une pluie de pierres alors qu’elle tentait d’éteindre un incendie allumé par les Palestiniens. « Il est clair que l’utilisation d’armes par les forces armées israéliennes ou l’équipe de sécurité a été effectuée dans un contexte de danger de mort », précise le porte-parole.
Les attaques de colons israéliens extrémistes se sont multipliées ces derniers mois, les jeunes ultras mettant en application leur théorie du « prix à payer » aux Palestiniens. À chaque décision gouvernementale israélienne considérée comme défavorable, ils exercent des actes de représailles contre des mosquées ou des champs d’oliviers appartenant à des Palestiniens. D’après le Guardian, le ministère israélien de l’Éducation a fermé en novembre une yeshiva (école religieuse) après que les agents du Shin Beth (services secrets intérieurs) ont eu la preuve que ses étudiants se rendaient coupables d’actes de violence contre les villageois palestiniens.
Toutefois, les condamnations juridiques restent rares. Sur 642 plaintes déposées par des Palestiniens contre des colons depuis 2005, 91 % ont été classées sans suite, faute de preuves ou en raison de l’impossibilité d’identifier les délinquants.
(22 mai 2012 – Par Armin Arefi)
BRUXELLES, 14 mai 2012 (AFP)
Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, réunis à Bruxelles, ont adopté lundi une déclaration critiquant durement la politique israélienne de colonisation en Cisjordanie et dénonçant au passage l' »extrémisme » et la « violence » des colons.
La politique de colonisation en Cisjordanie menace de rendre « impossible » l’existence de deux Etats, israélien et palestinien, vivant côte à côte, affirme l’UE dans un communiqué. L’UE dénonce notamment « l’accélération » de la politique de colonisation enregistrée, selon elle, depuis la fin du moratoire sur la colonisation en 2010. L’UE critique également le fait que le gouvernement de Benjamin Netanyahu a décidé de reloger les colons de Migron, un avant-poste situé en Cisjordanie, sur des terres privées palestiniennes. Les Européens condamnent aussi les destructions de maisons palestiniennes à Jérusalem-Est.
« Les conditions de vie des Palestiniens s’aggravent » dans la partie de la Cisjordanie administrée par Israël, déplore l’UE qui s’inquiète en outre des « sérieuses limitations » imposées par les Israéliens à l’Autorité palestinienne pour promouvoir le développement économique en Cisjordanie occupée.
La politique de colonisation des Territoires palestiniens est « illégale » selon le droit international, rappelle l’UE qui dit ne reconnaître « aucune modification » au tracé des frontières d’avant la guerre de 1967, y compris concernant Jérusalem, à moins qu’elle ne soit agréée par les deux parties.
Le statut de Jérusalem doit être réglé par la négociation, ont souligné les Européens qui expriment aussi leur « profonde préoccupation » concernant « l’extrémisme » des colons juifs. « L’UE condamne la violence continue des colons et les provocations délibérées contre des civils palestiniens », dit la déclaration. Les coupables de ces violences doivent être traduits en justice et « le gouvernement israélien doit se conformer à ses obligations en vertu du droit international », souligne le texte.
En réponse, le ministère israélien des Affaires étrangères a fustigé la déclaration européenne qui, selon lui, « comprend une longue liste d’allégations et de critiques basées sur un tableau partial, biaisé et à sens unique de la réalité sur le terrain ». « Une telle présentation publique ne contribue pas à faire avancer le processus de paix », déplore le communiqué israélien. Les négociations directes entre Israël et les Palestiniens sont gelées depuis septembre 2010 à la suite du refus du gouvernement Netanyahu de prolonger son moratoire sur la colonisation en Cisjordanie.
En revanche, la position de l’UE a été saluée comme « très exhaustive et politiquement responsable » par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).
« Elle répond à toutes les questions qui ont vraiment abouti à cette rupture (des pourparlers), y compris la colonisation, y compris le non respect par Israël du droit international et des résolutions de l’ONU », s’est félicitée Hanane Achraoui, une des dirigeantes de l’OLP. Mais Mme Achraoui a, une nouvelle fois, regretté que les Européens « ne décident pas d’une initiative, d’un mécanisme, de gestes concrets » pour débloquer les négociations.
Concernant les attaques dont Israël est la cible, l’UE se dit « consternée » par les « récurrents tirs de roquettes » en provenance de la bande de Gaza. L’UE « condamne dans les termes les plus forts la violence qui vise délibérément des civils » israéliens, selon le texte qui contient un appel « à tous les partenaires de la région » pour prévenir d’une façon « efficace » la contrebande d’armes vers Gaza.

Les informations relatives aux lieux et aux dates ne seront pas mentionnées dans le texte, pas plus que le nom de mon interlocuteur ou l’organisation à laquelle il appartient. Il s’agit de protéger l’interviewé, qui est de toute évidence loin d’en avoir fini avec les autorités israéliennes. Récemment, plusieurs de ses proches, y compris des membres de sa famille, ont été arrêtés et d’autres convoqués par les services israéliens qui leur ont posé des questions sur les activités de A. depuis qu’il est sorti de prison. Je me contente juste du strict minimum : A. a entre 20 et 30 ans, il vit dans un camp de réfugiés de Cisjordanie, reconnaît avoir appartenu à une organisation armée considérée comme terroriste par l’Etat d’Israël, et affirme ne plus avoir exercé d’activité en son sein depuis sa libération. La conversation a eu lieu à son domicile, dans la nuit du 19 au 20 avril. Nous n’étions que tous les deux.
Comment s’est déroulée ton arrestation ?
Il faisait nuit. J’étais chez moi. J’ai entendu beaucoup de bruit dehors et j’ai compris que les soldats israéliens étaient en train d’encercler le quartier où j’habite. Lorsque j’ai entendu du bruit à la porte, j’ai immédiatement su qu’ils étaient venus pour me chercher. Je me suis rendu tout de suite, sans opposer de résistance, car il était trop tard pour essayer de m’enfuir. Ils étaient plusieurs dizaines. Ils m’ont attaché les mains, bandé les yeux et jeté dans un véhicule. Ils m’ont directement conduit à la prison de …, un lieu réservé aux Palestiniens qui viennent d’être arrêtés et dans lequel se déroulent les interrogatoires, sous la responsabilité du Shabak [acronyme de Shine Beit Klali, « Service Général de la Sûreté » en Hébreu, connu aussi sous le nom de Shin Beit].
Combien de temps es-tu resté là-bas et dans quelles conditions étais-tu détenu ?
J’ai passé trois mois et demi dans cette prison. J’ai été détenu, seul, pendant quatre semaines, dans une cellule minuscule, dans laquelle je ne pouvais même pas m’allonger, ou alors en pliant les jambes. Puis j’ai passé trois semaines, toujours seul, dans une cellule de la même taille, mais avec des murs moins épais, ce qui me permettait d’entendre les détenus des cellules d’à côté et de communiquer avec eux. Enfin je suis resté près de deux mois dans une cellule d’environ 9 m2, dans laquelle nous étions en général 5 ou 6 prisonniers. Dans les cellules il n’y avait rien. Les toilettes, c’était un trou dans le sol avec une arrivée d’eau au-dessus pour nettoyer. C’est tout. Et ce sont des cellules hermétiquement fermées. Il n’y a pas de barreaux, juste une porte avec deux trappes, une pour observer à l’intérieur et l’autre pour faire passer la nourriture.
Durant ces trois mois et demi je ne suis pas sorti une seule fois, même pour une « promenade ». Et comme il n’y avait pas de fenêtre aux cellules, je n’ai pas vu la lumière du soleil pendant toute cette longue période. Je n’ai en fait rien vu d’autre que les cellules, la douche et la salle d’interrogatoire. En effet à chaque fois qu’ils me déplaçaient j’étais menotté et il me bandaient les yeux. En revanche j’ai vu beaucoup de lumière artificielle ! Les lampes sont en effet allumées 24/24h. Parfois j’en avais tellement marre que je mettais du papier toilette imbibé d’eau sur l’ampoule afin de réduire l’intensité de l’éclairage… Mais à chaque fois, très vite, ils me disaient de l’enlever.
Quand je suis arrivé ils m’ont laissé plus d’une semaine sans prendre de douche. Après j’avais le droit à une douche chaque jour, mais en général vers 1 ou 2 heures du matin, quand je dormais. Et pas plus de 5 minutes ! Ils ne m’ont pas donné de vêtements de rechange pendant 3 semaines. Et lorsqu’ils m’en ont apporté, je me suis vite aperçu qu’ils n’étaient pas propres et qu’ils avaient été portés par quelqu’un d’autre : ils sentaient mauvais ! Les serviettes, pour la douche, sentaient très mauvais elles aussi : il y en avait trois ou quatre, par terre, à côté de la douche, qui servaient à tous les détenus de la prison, soit près d’une centaine. Et le savon, lui aussi, sentait horriblement mauvais… Alors je préférais garder les morceaux de savon qu’ils nous distribuaient pour sculpter des petits objets, comme des dominos ou des pièces de jeu d’échecs, et me laver à l’eau.
Que vous distribuaient-ils à part du savon ?
De la nourriture, 3 fois par jour, dégoûtante et en très petite quantité. En général on avait le droit, le matin, à 5 olives et un petit morceau de pain, le midi à de la soupe et l’après-midi une bouillie bizarre au goût atroce. Et puis des œufs. Beaucoup d’œufs. Dégoûtants. Je ne peux plus manger d’œufs aujourd’hui, c’est un trop mauvais souvenir. Les repas étaient distribués vers 6 heures du matin, vers 11 heures puis vers 14 heures. Et après plus rien. Donc en général, on ne mangeait pas le repas du matin et on le mettait de côté pour le soir. Pas de sel, pas de sucre. Nous avons entamé une grève de la faim pour obtenir le droit d’avoir du sucre. Et ce que nous avons obtenu, c’est un petit morceau de mauvais chocolat, un samedi sur deux en général… J’ai passé trois mois et demi dans cette prison : quand je suis entré, je pesais 60 kilos, et quand je suis sorti, 48 kilos. Mieux qu’un régime !
On avait aussi droit à 4 cigarettes chaque jour, qu’ils distribuaient le matin. Pour moi, qui à l’extérieur fumais entre 30 et 40 cigarettes par jour, ça a été très difficile, surtout au début. Mais quand ils m’ont transféré dans la deuxième cellule, celle depuis laquelle je pouvais communiquer avec mes voisins, j’ai réussi à convaincre des prisonniers non-fumeurs de me donner leurs cigarettes. Ce qu’ils faisaient c’est qu’ils les cachaient dans les serviettes, au moment de la douche. Et quand je passais juste après eux, je pouvais les récupérer… On n’avait pas le droit d’avoir du feu pour allumer les cigarettes et donc on devait le demander aux soldats, qui mettaient parfois plus d’une heure avant d’en donner. Mais au bout d’un moment j’ai eu une idée : je roulais du papier toilette très serré pour fabriquer de longes tiges, je l’humidifiais légèrement pour qu’il se consume moins vite et je l’allumais, au bout, avec ma cigarette. Comme ça je pouvais avoir du feu quand je le souhaitais.
Evidemment on n’avait pas le droit aux visites et donc personne ne pouvait rien transmettre de l’extérieur.
Tu dis qu’au bout de quatre semaines tu as été transféré dans une deuxième cellule depuis laquelle tu pouvais communiquer avec tes co-détenus… Comment communiquiez-vous ?

En criant, le plus souvent. Mais généralement les soldats arrivaient et nous disaient de nous taire. Alors on communiquait en tapant sur les murs. Il y a des codes, que l’on apprend très vite car on n’a que ça à faire… Donc on discutait beaucoup, on se racontait nos vies, mais pas trop, car même dans ces cellules il y a des collaborateurs. On discutait de politique, ou d’autre chose…
Durant la période où j’étais dans ma « deuxième cellule », parfois, pour s’amuser et pour passer le temps, on organisait de petits « événements ». Par exemple on se mettait tous, en même temps, à taper du genou contre la porte des cellules, le plus fort possible. Au bout d’un moment les soldats arrivaient et on arrêtait. Ils criaient « Qui a tapé contre sa porte ? ». Et personne ne répondait.
Parfois on jouait au marché. C’était très drôle [sourires]. Comme les cellules étaient alignées, on faisait comme si on tenait chacun un stand. Il y en a un qui criait « Qui veut mes tomates ? », un autre « Qui veut mes pommes de terre ? », un autre « Qui veut mes falafels ? », on marchandait pour échanger nos produits… Tout ça sans se voir, évidemment. Les soldats arrivaient et hurlaient « Silence ! ». Un jour, alors que les soldats étaient là, un détenu a crié « Qui veut mes kalachnikovs ? » [éclats de rire]… Les soldats n’ont pas trouvé ça drôle du tout et ils l’ont immédiatement envoyé dans une cellule isolée. Mais on a quand même beaucoup ri ce jour-là…
Si je comprends bien, les seules personnes que tu as vues pendant un mois et demi ce sont les soldats qui gardent les cellules et les membres du Shabak qui mènent les interrogatoires. Tu n’as pas vu un médecin, un avocat ?
Tant qu’on est sous la responsabilité du Shabak et à l’isolement, on n’a pas le droit d’être vu par un avocat. Pendant un mois et demi je n’ai donc pas pu en rencontrer. C’est la loi, en Israël. Mes proches avaient contacté un avocat pour s’occuper de mon cas mais il n’a rien pu faire pendant 3 mois et demi. En effet, bien que la loi impose que l’on passe devant un juge, tous les mois, pour que soit reconduite la période d’interrogatoire, c’est par une cour militaire que l’on est jugé. Trois gradés, assis derrière une table, qui se contentent de dire : « Vous appartenez à une organisation illégale, l’enquête vous concernant n’est pas finie, en conséquence nous renouvelons votre détention pour un mois ». Il y a un avocat, commis d’office, mais lui aussi appartient à l’armée israélienne. Autant dire qu’il ne fait rien pour nous défendre… Cela dure quelques minutes et hop, on retourne en cellule pour un mois.
Un médecin ? Oui, on a le droit de voir un médecin. Mais c’est le médecin de la prison et autant dire que la santé des prisonniers de l’intéresse pas. En raison de la mauvaise qualité de l’eau et à cause de mes vêtements sales, j’ai développé une maladie de la peau. J’avais des plaques blanches un peu partout. Donc j’ai demandé à le voir. Il m’a reçu, m’a examiné et m’a dit en souriant que j’étais en bonne santé et que mon problème venait probablement du fait que ma peau était trop exposée au soleil… Le soleil ! Que je n’avais pas vu depuis des semaines… Il m’a juste donné un comprimé d’Acamol [Paracétamol] et m’a renvoyé en cellule. Quand un détenu allait chez le médecin, il avait le droit à un verre d’eau et, s’il semblait vraiment souffrir, à un comprimé d’Acamol. Et rien d’autre. Certains détenus atteints de maladies graves, comme des infections ou des problèmes au foie ou aux reins, ont parfois attendu des semaines avant d’être envoyés à l’hôpital.
Comment se déroulaient les interrogatoires ? Et que voulaient-ils savoir exactement ?
Ils venaient me chercher à deux dans ma cellule, me menottaient, me bandaient les yeux et m’emmenaient dans la salle d’interrogatoire. Là ils me faisaient asseoir et me menottaient les mains et les pieds à la chaise. Puis ils m’enlevaient le bandeau des yeux et il y avait un homme du Shabak, pas toujours le même, avec un dossier, qui me posait des questions. C’était toujours les mêmes questions qui revenaient :
« Etes-vous membre de … ? »
« Comment avez-vous été recruté ? »
« Qui vous a recruté ? »
« Quel est le nom des gens qui faisaient partie de notre groupe ? »
« Avez-vous recruté des gens dans votre groupe ? »
« Connaissez-vous untel ? Et untel ? »
« Avez-vous participé à telle ou telle opération ? »
« Par qui a-t-elle été préparée ? Où ? Quand ? Comment ? … »
Enfin voilà, ce genre de questions. Parfois il leur arrivait de ne pas m’emmener en salle d’interrogatoire pendant des jours et des jours. Je crois que le plus long ça a été deux semaines. Deux longues semaines pendant lesquelles ils ne m’ont rien demandé. Je pensais qu’ils n’avaient plus de questions à me poser… Et peu de temps après j’ai passé 3 jours consécutifs dans la salle d’interrogatoire, pendant lesquels ils n’ont pas arrêté de me poser les mêmes questions. Pendant trois jours j’ai eu les pieds et les mains menottés à une chaise, je n’avais le droit de me lever que pour aller à la douche (5 minutes) et aux toilettes (2 fois par jour).
Alors ils peuvent toujours dire qu’ils ne m’ont pas frappé pour me faire parler. Mais ce genre de méthodes, moi, j’appelle cela de la torture.
Tu n’as jamais été frappé pendant ces trois mois et demi ?
Si tu entends par « être frappé » recevoir des gifles, des coups de poing ou des coups de pied, non. J’ai eu de la chance car ce n’est pas le cas de tout le monde. Mais en revanche, c’est sûr que pendant les transferts, vers la douche ou vers la salle d’interrogatoire, ils étaient assez brutaux avec moi, en serrant les menottes au maximum, et en me poussant alors que j’avais les yeux bandés.
Et surtout plusieurs fois j’ai été « puni ». Par exemple, ils ne supportaient pas que je fabrique des dominos et des pièces de jeu d’échecs avec le savon. Et comme ils nous fouillaient et qu’ils inspectaient la cellule tous les trois jours, plusieurs fois ils en ont trouvé. Quand j’étais dans la cellule à 6, ils m’ont renvoyé plusieurs fois dans la cellule d’isolement. Pendant une heure, deux heures, parfois plus. Une fois j’ai passé 6 ou 7 heures à genoux, avec les pieds et les poings liés, et c’était vraiment très douloureux. Ils voulaient me dissuader d’essayer de trouver des moyens de passer le temps. Mais je préférais être parfois surpris et puni que de ne rien pouvoir faire dans ma cellule.
Et comment faisais-tu pour passer le temps ?
Le temps, c’est étrange en prison. On n’a évidemment pas de montre, et comme il n’y a pas de fenêtre par laquelle on pourrait voir la lumière du jour, il est difficile de savoir l’heure qu’il est. Le seul moyen qu’on avait pour le savoir, c’est lorsqu’ils apportaient les repas. On savait alors qu’il était à peu près 6 heures, 11 heures ou 14 heures. Quand on n’a rien à faire et qu’on ne sait pas l’heure qu’il est, tout semble tellement long… C’est pour ça que je prenais le risque de fabriquer ces petites choses, pour me distraire.

Pendant les deux derniers mois, quand j’étais avec des co-détenus, les choses étaient plus faciles. À plusieurs on s’ennuie moins. On discute, on essaie de trouver des occupations ensemble. Mais à la fin j’en avais tellement marre que j’essayais de dormir le plus possible. Le jour, la nuit, j’essayais de dormir. Mais on avait un problème car la cellule était trop petite pour que l’on dorme tous en même temps : au maximum, en se serrant, seules quatre personnes pouvaient s’allonger et dormir. Donc on se relayait : deux qui discutaient ensemble et quatre qui dormaient. Quand on n’était que cinq, seuls trois dormaient, pour ne pas laisser le cinquième seul.
Mais ces trois mois et demi ont vraiment été très, très longs. Et très durs. Lorsque j’ai fini par voir mon avocat qui m’a dit que j’allais être très bientôt jugé et condamné à deux ans et demi de prison, j’étais heureux de savoir que j’allais quitter cet endroit. Après être passé devant le juge, j’ai été envoyé dans la prison de…, puis dans celle de… J’ai également passé plusieurs mois dans la prison du Négev, dans le désert, où les détenus sont sous la tente et où il fait une chaleur insupportable. Partout les conditions de vie étaient très difficiles. Mais ces trois mois et demi resteront les pires.
A m’a donné bien d’autres détails et raconté de nombreuses autres histoires concernant la suite de sa détention. Puis il s’est brusquement interrompu et m’a montré une vidéo tournée le jour de son retour à la maison, après deux ans et demi d’emprisonnement. A la fin du film il m’a dit : « Il faut que je dorme, maintenant ». Il était alors plus de quatre heures du matin. Cela faisait donc plus de trois heures que nous discutions. Nous nous sommes installés sur des matelas de fortune et il s’est immédiatement assoupi. Juste après m’avoir précisé qu’il préférait dormir la lumière allumée…

mardi 8 mai 2012, par La Rédaction
La Croix-Rouge, l’Union européenne (UE) et le gouvernement palestinien ont exprimé mardi leur inquiétude pour les détenus palestiniens d’Israël en grève de la faim, certains depuis plus de deux mois, l’UE appelant à leur fournir l’assistance médicale nécessaire.
« Les missions de l’UE à Jérusalem et Ramallah sont préoccupées par la détérioration de l’état de santé des Palestiniens en détention administrative en grève de la faim depuis plus de deux mois. L’UE demande au gouvernement d’Israël de mettre à leur disposition toute l’assistance médicale nécessaire et d’autoriser les familles à leur rendre visite, à titre d’urgence », selon un communiqué.
L’UE réaffirme son opposition à la pratique des détentions administratives en Israël : « les détenus ont le droit d’être informés des raisons de leur détention et d’avoir un procès équitable sans délai injustifié ».
A Genève, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s’est déclaré « extrêmement préoccupé » par la détérioration de l’état de santé de six détenus palestiniens en « danger de mort imminent » après une grève de la faim qui dure depuis 45 à 71 jours selon les cas.
« Nous demandons instamment aux autorités pénitentiaires de transférer les six détenus dans un hôpital correct de telle sorte que leur état puisse être constamment surveillé et qu’ils puissent recevoir les soins médicaux et infirmiers spécialisés, adaptés à leur état », a insisté Juan Pedro Schaerer, chef de la délégation du CICR en Israël et dans les Territoires occupés.
L’ONG palestinienne de soutien aux prisonniers Addameer a souligné dans un communiqué que Thaër Halahla et Bilal Diab, soupçonnés d’appartenance au mouvement radical Jihad islamique, étaient entrés mardi dans leur 71ème jour de grève de la faim.
L’organisation cite aussi les cas de Hassan Safadi (65ème jour), Omar Abou Chalal (63ème), Mohammad Taj (52ème), Mahmoud Sarsak (51ème) et Jaafar Ezzeddine (48ème).
Le CICR a aussi « regretté que les autorités israéliennes aient suspendu les visites des familles auprès des grévistes de la faim ».
Mardi, l’ONG Médecins pour les droits de l’Homme-Israël (PHR-Israël) a précisé à l’AFP que les autorités pénitentiaires refusait tout visite à la famille Diab sous prétexte que son état n’était « pas si grave que cela ».
« En vertu du droit international et de la législation israélienne, tout patient a le droit de voir sa famille », a protesté l’ONG.
De son côté, le gouvernement du Premier ministre palestinien Salam Fayyad a affirmé mardi « tenir Israël pour pleinement responsable de la sécurité des prisonniers en grève de la faim dans les prisons de l’occupation ».
Dans un communiqué, il a appelé à une intervention internationale « immédiate pour sauver les prisonniers de l’occupation et forcer le gouvernement israélien à répondre à leurs revendications légitimes », citant « la fin des punitions collectives, des fouilles au corps humiliantes et de l’isolement carcéral », ainsi que la privation de visites, en particulier pour les prisonniers originaires de la bande de Gaza.
Le Hamas, qui gouverne Gaza, a jugé l’appel de l’UE « insuffisant » et réclamé des « mesures concrètes et sérieuses pour assurer la sauvegarde de nos prisonniers dans les prisons de l’occupation, répondre à leurs revendications justes et humanitaires et mettre fin à leurs souffrances, compte tenu de la gravité de leur état de santé ».
Capture d’écran du site Internet de G4S Israël, présentant des photos de la prison de « haute sécurité » d’Ofer, dans les TPO (présentation de novembre 2011).
La société de sécurité britannico-danoise G4S a été sévèrement critiquée pour ses opérations dans les territoires palestiniens occupés et dans les prisons et centres de détention en Israël, y compris ceux qui accueillent des enfants et des « détenus administratifs » emprisonnés sans accusation ou procès.
Le 17 avril, des organisations palestiniennes ont appelé à des actions contre G4S pour son rôle dans les prisons palestiniennes où des prisonniers politiques palestiniens en provenance des territoires occupés sont détenus en violation des lois internationales.
Le Business & Human Rights Resource Centre de Londres a publié le rapport de Michael Dea à propos de cet appel et a invité G4S à fournir une réponse. G4S a proposé une mise à jour reprenant d’anciennes déclarations ne répondant pas aux critiques suscitées par les services fournis par la firme aux prisons israéliennes. Pendant ce temps, quelque 2.000 prisonniers palestiniens dénoncent par une grève de la faim massive les mauvais traitements auxquels ils sont soumis.
Who Profits – un projet de recherche de la Coalition des femmes pour la paix – a fourni à propos des activités de G4S en Israël les informations reprises dans le texte ci-dessous, dans lequel on retrouve son rapport complet de mars 2011 sur les activités de G4S.
Statu quo dans les affaires des entreprises privées dans les colonies
Who Profits confirme que G4S fournit équipement et personnel de sécurité à des magasins, des supermarchés et autres entreprises dans les colonies illégales de Modi’in Illit, Ma’ale Adumim et Har Adar, en Cisjordanie, et dans les quartiers colonisés de Jérusalem-Est occupée. Via sa fusion avec la firme de sécurité israélienne Aminut, G4S a incorporé les services de sécurité aux entreprises de la zone industrielle de Barkan, en Cisjordanie. La poursuite des opérations commerciales d’Aminut a été annoncée sur le site Internet de G4S Israël.
Les colonies israéliennes dans les territoires occupés et l’annexion de Jérusalem-Est sont illégales, aux yeux des lois internationales. Nombre de résolutions de l’ONU, de même que l’avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ) à propos du mur d’Israël en Cisjordanie ont confirmé que les colonies violent l’article 49 de la Quatrième Convention de Genève – qui stipule que « la Puissance occupante ne pourra procéder à la déportation ou au transfert d’une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle ».
Le fait d’organiser des activités commerciales dans les colonies conforte la position de ces colonies illégales et peut également assurer leur développement. G4S contribue à ce processus en fournissant ses services de sécurité aux entreprises impliquées dans le processus. De plus, son action est discriminatoire, puisque les services qu’elle fournit aux colonies ne peuvent être utilisés par les Palestiniens. La remarque de G4S disant qu’ « un certain nombre de contrats avec des entreprises privées [en Cisjordanie] n’étaient ni discriminatoires ni controversés » est de ce fait absolument déplacée.
L’assistance aux check-points israéliens
G4S Israël fait état de ses « activités de sécurité intérieure » dans une présentation publiée en novembre 2011 (et rédigée en hébreu). Les services incluent la fourniture de scanners aux check-points de la « zone fermée » et au check-point d’Erez à Gaza. La zone fermée est située dans les territoires occupés entre la Ligne verte – la ligne d’armistice travée en 1949 et qui sépare Israël (dans ses frontières de 1948) et la Cisjordanie – et le mur. Who Profits a bien vérifié que les check-points de Qalandia, Bethléem et Irtah en faisaient partie. Le projet a déposé une requête dans le cadre de la Loi israélienne sur la liberté d’information en vue de disposer de renseignements complets sur l’éventail des services assurés par G4S Israël aux check-points.
Le système des check-points reliés au mur est destiné à limiter et contrôler les allées et venues des Palestiniens à l’intérieur de la Cisjordanie. En tant que tels, les check-points servent la politique israélienne des implantations. La CIJ a décrété que, « en contribuant aux changements démographiques mentionnés plus haut, la construction du mur et son régime associé enfreignaient l’article 49, paragraphe 6, de la Quatrième Convention de Genève ». Le « régime associé » au mur comprend les check-points. On pourrait prétendre qu’en fournissant des équipements sécuritaires destinés aux check-points et en assurant leur fonctionnement, G4S Israël contribue aux infractions à la Convention de Genève.
D’étroits liens avec la police israélienne
Il existe des liens étroits entre G4S Israël et la police israélienne. Sur son site Internet, G4S Israël dit à ce propos qu’il est le seul fournisseur de systèmes électroniques de sécurité à la police israélienne. Dans sa présentation de novembre 2011, la société confirme qu’elle fournit toujours des services de sécurité au département de la police israélienne en Cisjordanie. En outre, G4S Israël déclare qu’il fournit des systèmes de contrôle d’accès, des portiques de détection des métaux, des systèmes d’annonce publique, des systèmes de détection en cas de cambriolage, des systèmes de détection d’incendie et des systèmes d’inspection de bâtiments aux commissariats de police à l’intérieur même d’Israël.
Les liens entre G4S et la police israélienne se sont encore resserrés lorsque – l’an dernier – le groupe Policity a empoché un contrat de 25 ans prévoyant la construction, la mise en opération et l’entretien du nouveau centre de formation de la police israélienne dans la ville israélienne de Beit Shemesh. G4S détient 50 pour 100 des actions de Policity et il sera le contractant opérationnel du projet.
G4S doit être conscient du rôle instrumental que la police israélienne joue en faisant appliquer les lois discriminatoires et répressives du pays, par exemple, dans la démolition de propriétés palestiniennes, l’expulsion forcée de Palestiniens de leur propre maison, la répression des protestations contre la politique israélienne, le blocage par la violence de l’accès des Palestiniens à la prière dans la mosquée d’Al-Aqsa et le silence imposé aux médias palestiniens. En fournissant des services à la police israélienne, G4S s’est rangé aux côtés des forces qui foulent aux pieds les droits fondamentaux de l’homme.
L’assistance aux Services carcéraux israéliens
G4S Israël est profondément impliqué dans les prisons israéliennes en fournissant des services sécuritaires à toutes les prisons générées par les Services carcéraux israéliens, y compris les fameuses « prisons de haute sécurité » en Israël même et en Cisjordanie. Les autorités israéliennes qualifient les prisonniers politiques palestiniens de « prisonniers de haute sécurité » et, partant, les prisons où ils sont détenus de « prisons de haute sécurité ».
Par exemple, G4S à installé les systèmes périphériques de défense sur les murs entourant la prison de « haute sécurité » d’Ofer, dans les territoires occupés, et il assure le fonctionnement d’un bureau de contrôle central couvrant la totalité du complexe d’Ofer, qui abrite également un tribunal militaire. En Israël, G4S a également fourni la totalité des systèmes de sécurité des prisons de « haute sécurité » de Ketziot et de Megiddo. Le site Internet de G4S mentionne clairement que la prison de Ketziot compte « 2.200 détenus de haute sécurité ». La même source révèle que G4S a aussi équipé le bureau de contrôle central de tout le système de sécurité de la prison de Megiddo, où sont enfermés plus de « 1.200 détenus de haute sécurité ».
Par ailleurs, G4S fournit des services de sécurité à la prison de « haute sécurité » de Damon, aux bâtiments destinés à la détention à aux interrogatoires d’Abu Kabir, à Jaffa, aux « Complexe russe » de Jérusalem et au centre de détention d’« Al-Jalameh » (Kishon) à Haïfa. Des organisations des droits de l’homme ont rassemblé des preuves indiquant que les prisonniers palestiniens sont régulièrement soumis à des tortures et à de mauvais traitements dans ces installations. La « cellule 36e de la prison d’Al Jalame est l’une des cellules dans lesquelles on enferme des enfants palestiniens en isolement complet pendant des jours et même des semaines », écrivait le quotidien The Guardian en janvier.
Systématiquement, Israël bafoue les droits fondamentaux des prisonniers politiques palestiniens, y compris le droit à un procès régulier et à la protection contre les détentions arbitraires, droits qui figurent pourtant en toutes lettres dans la législation internationale. Actuellement, Israël détient plus de 300 Palestiniens – y compris 27 avocats et juristes – en détention arbitraire, appelée également détention administrative.
De plus, Israël n’a pas le droit de transférer des prisonniers palestiniens depuis les territoires occupés vers les prisons situées en Israël. D’ailleurs, l’article 76 de la Quatrième Convention de Genève l’interdit explicitement. Des milliers de prisonniers palestiniens sont donc détenus illégalement dans des prisons situées en Israël. En fournissant des services essentiels pour la sécurité à des prisons en Israël, G4S aide Israël à violer les lois internationales.
Dans sa réponse au rapport de Dea, G4S ne dit mot des services qu’il fournit aux Services carcéraux israéliens. Il est évident que la société n’a pas du tout l’intention de résilier ces contrats.
La critique à l’encontre des conseils juridiques fournis à G4S
Suite aux critiques virulentes dont fait l’objet G4S à propos de son implication dans l’occupation israélienne, la société s’est adjoint les services du professeur Hjalte Rasmussen pour qu’il examine ses affaires en Cisjordanie et qu’il lui fournisse un avis juridique à ce propos. Au cours d’un périple de trois jours en Israël et en Cisjordanie, Rasmussen a visité un certain nombre de banques et de supermarchés à Jérusalem-Est, ainsi qu’un shopping center dans la colonie de Maale Adumim. Il a également rassemblé des informations émanant de G4S à Londres et en Israël. Rasmussen n’a visité aucune prison israélienne.
Au même moment, Dan Church Aid et Amnesty International Danemark ont exprimé leur mécontentement quand à la piètre qualité du rapport de Rasmussen ; la première association l’a même qualifié de « honteux » parce qu’il contient un nombre incroyable d’erreurs. Le secrétaire général d’Amnesty International Danemark, Lars Normann Jorgensen, a déclaré de son côté qu’« un cas aussi sérieux que celui-ci requiert davantage d’observations fouillées dans les domaines en question que n’en a fait Hjalte Rasmussen ».
N’empêche que G4S écrit à l’adresse de Business & Human Rights que Rasmussen a conclu que « G4S ne violait aucune loi nationale ou internationale ». Compte tenu de ses faiblesses, G4S serait mal avisé de ne s’appuyer que sur l’avis de Rasmussen en concluant que ses activités ne violent pas les lois internationales.
Des obligations contractuelles ne justifient pas la poursuite de la complicité dans l’occupation
Cependant, G4S concluait qu’il « aurait l’intention de résilier un certain nombre de contrats impliquant la fourniture de matériel sécuritaire aux check-points, à une prison et à un poste de police situés en Cisjordanie », excluant explicitement la fourniture de services à des entreprises privées installées dans les colonies. En outre, G4S n’affiche pas l’intention de mettre un terme à ses services dans les prisons situées en Israël. Tant que G4S sera impliqué de quelque façon que ce soit dans la détention de prisonniers politiques palestiniens en Israël ou en Cisjordanie, l’entreprise ne progressera pas dans la bonne direction.
En outre, la réalisation des contrats concernant les check-points, une prison et un poste de police en Cisjordanie pourrait traîner jusqu’en 2015. La société a décidé qu’elle avait besoin de la permission de ses clients – qui sont engagés dans le processus d’occupation et de répression – pour se retirer des contrats avant leur date d’expiration. Des obligations contractuelles vis-à-vis d’institutions de l’État d’Israël ne peuvent justifier la poursuite de la complicité de la société dans l’occupation.
Par conséquent, G4S devrait continuer à être la cible du mouvement international de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) aussi longtemps qu’il continuera à fournir des services à la police, au ministère de la Défense, aux Services carcéraux et à l’armée de l’État d’Israël, ainsi qu’aux entreprises des colonies et à tout autre client, puisque tous exercent d’importantes activités dans le cadre de l’oppression du peuple palestinien.
Article publié le 6 mai 2012 sur Electronic Intifadah. Traduction pour ce site : JM Flémal.

Adri Nieuwhof est une avocate des Droits de l’Homme installée en Suisse et collaboratice de l’Electronic Intifadah.
Interview de Jeff Halper par Frank Barat
J’ai rencontré Jeff Halper, militant israélien pour la paix depuis de nombreuses années et directeur de l’Israeli Committee Against House Demolition (ICAHD) et également auteur de nombreux ouvrages. Jeff Halper réalise actuellement une série de conférences à travers l’Europe, qui le mènera du Royaume-Uni à la Pologne. Voici ses propos sur la situation en Palestine et en Israël.

Pourriez-vous nous donner des nouvelles de la situation concernant les démolitions de maisons palestiniennes et de la situation que nombre de personnes qualifient désormais de « nettoyage ethnique » ?
Je crois qu’à ce jour, Israël en a terminé avec tout ça. Nous sommes aujourd’hui au-delà de l’occupation. Les mouvements palestiniens sont apaisés et du point de vue d’Israël, la situation dans son ensemble a été normalisée. Netanyahu s’est rendu à Washington le mois dernier pour y rencontrer Obama. A son retour, on a demandé à son conseiller comment s’était passée cette réunion et il a répondu ceci : « C’est la première fois qu’un Premier Ministre israélien rencontre un Président des Etats-Unis sans que le problème palestinien soit évoqué. »
Ainsi, dans la mesure où les Etats-Unis sont paralysés du fait de l’influence de Netanyahu sur les deux partis du Congrès et de l’absence de volonté d’action de la part d’Obama, Netanyahu s’apprête à donner le coup de grâce. Israël pourrait très ben annexer la Zone C qui représente 60% de la Cisjordanie. Il y a environ deux mois, les diplomates du Conseil de l’Europe à Jérusalem et à Ramallah, ont envoyé un rapport à l’Union Européenne déclarant qu’Israël avait expulsé par la force les Palestiniens de la Zone C. Dans la bouche de diplomates, l’expression ‘expulser par la force’ est très forte.
La Zone C abrite moins de 5 pour cent de la population palestinienne. En 1967, 250 000 personnes vivaient dans la vallée du Jourdain. Aujourd’hui, le chiffre est inférieur à 50 000. Les Palestiniens ont donc, soit été expulsés du pays, en particulier la classe moyenne, soit poussés vers les Zones A et B. 96 à 97 pour cent d’entre eux vivent dans ces zones. Dans la zone C, le chiffre de la population palestinienne a été ramenée à un niveau tellement bas, probablement autour de 125 000 personnes, qu’Israël pourrait annexer la Zone C et leur donner la pleine citoyenneté.
En résumé, Israël peut se permettre d’absorber 125 000 personnes sans mettre en péril l’équilibre démographique. Que va dire le reste du monde ? Ce n’est pas l’apartheid puisque Israël leur a donnés la citoyenneté. Je pense donc qu’Israël espère s’en tirer comme ça. Personne ne s’inquiète de ce qui se passe dans les Zones A et B. S’ils veulent déclarer un Etat palestinien, ils peuvent le faire, Israël n’a aucun intérêt à Ramallah, Naplouse et Hébron.
Autrement dit, le dossier est clos. Israël est désormais présent de la côte méditerranéenne jusqu’au Jourdain, les Palestiniens sont confinés dans les Zones A et B ou dans de petites enclaves de Jérusalem Est.
Donc, quand les gens évoquent un Etat palestinien représentant 22 pour cent de la Palestine historique, on est loin de la vérité, n’est-ce pas ? Le chiffre est inférieur ?
Oui. Salam Fayyad (Premier Ministre de l’Autorité Nationale Palestinienne) dit : « Notre Etat n’a pas à occuper une proportion spécifique du territoire. Notre Etat est un état économique et nous pouvons travailler sur cette base en annexant telle ou telle partie de territoire selon l’endroit où nous pouvons implanter nos villes ». L’idée est qu’Israël leur donne une partie de la Zone C et rassembler les enclaves. Ainsi, le nord, le sud et Gaza seront toujours isolés mais Fayyad explique : « nous pouvons travailler sur cette base ». Netanyahu et Fayyad sont passés d’une conception à deux États à une conception économique à deux États, ce qui est tout à fait différent. Le problème qui se présente aujourd’hui aux responsables, c’est comment vendre cette idée aux Palestiniens. Mais c’est selon moi ce qui nous attend. Israël a l’impression que les Palestiniens ont perdu. C’est fini. La résistance est impossible à cause de l’armée israélienne, de l’armée palestinienne mandatée, du mur… une troisième Intifada n’est pas envisageable. La politique d’Israël depuis 1923 et le Mur d’acier n’ont fait que décupler le désespoir. J’ai écrit un article à ce sujet (« The mounting despair in Palestine » ).
Les sionistes ont toujours dit qu’une fois que le seuil du désespoir serait atteint – la formulation de Ze’ev Jabotinsky à ce sujet est d’ailleurs intéressante puisqu’il évoque « le désespoir de la terre d’Israël devenant la Palestine » – ce serait la fin et la victoire leur serait acquise. Israël pense qu’on en est là. Si vous vous rendez en Cisjordanie aujourd’hui (Gaza est peut-être différent), vous entendrez les gens dire qu’ils en ont assez et qu’ils souhaitent uniquement trouver un emploi, vivre leurs vies et être heureux. D’une certaine manière, Fayyad pense pouvoir répondre à ça.
Des « pogroms » ont récemment eu lieu à Jérusalem. Un groupe de supporters du Beitar Jerusalem a attaqué des ouvriers palestiniens dans un centre commercial. Ces gens sont-ils des exceptions ou ce type d’évènement est-il représentatif de la société israélienne ?
On est ici au-delà de l’exception. Ils ne représentent pas non plus l’ensemble de la société israélienne. Cette équipe de football de Jérusalem est liée au Likoud. En Israël, de nombreux clubs de football sont associés à des partis politiques. Il existe un lien très fort entre l’idéologie du Likoud, de Begin et l’équipe du Beitar. Pour eux, l’Arabe est l’ennemi. Cela reflète donc environ un tiers de la société israélienne, celle-la même qui est pour une politique d’expansion, de colonisation et qui considère que les Arabes sont des ennemis. Au sein du Beitar, il n’y a pas que les agressions, il y a aussi les chants. A chaque fois que leur équipe marque un but, ils chantent ‘Mort aux Arabes’. On parle ici de 20 000 personnes reprenant en cœur le même slogan. Aucun Arabe n’a jamais joué pour le Beitar.
Les Arabes sont pourtant de plus en plus nombreux dans les équipes israéliennes. Mais pas au Beitar. Cette agression est une sorte de prolongement de ce comportement. On est là dans un contexte de gamins qui ont vu la société israélienne se transformer en économie néo-libérale, à la Thatcher. Et les écarts de revenus sont gigantesques en Israël. Le pays fait désormais partie de l’OCDE mais il fait aussi partie des pays ayant les plus grands écarts de revenus entre les riches et les pauvres.
Ces gamins n’ont aucun moyen de se projeter dans le futur. Ils viennent de cités, un peu comme ces jeunes qui soutiennent le Front National en France ou l’English Defense League en Angleterre. Ce sont des individus qui n’ont pas d’autre choix que de se soumettre à leurs émotions racistes pour évacuer la frustration, et le football est parfait pour ça. Il permet d’évacuer la colère, plutôt que de la diriger contre le gouvernement. C’est pour cela que ce même gouvernement sponsorise des équipes de foot !
Quelle importance ont les mots que nous utilisons, lorsque nous donnons notre avis sur le sujet de la Palestine et d’Israël. Ilan Pappé m’a récemment confié que nous devrions repenser notre vocabulaire. Peut-on encore légitimement parler de paix ou d’occupation ? Ne devrions-nous pas plutôt parler de « droit à la résistance » et d’ »apartheid ».
Bien sûr. Nos analyses comportent un certain nombre de termes. Il y en a deux en particulier : je crois qu’aujourd’hui, nous sommes au-delà de l’occupation et de l’apartheid.
Il y a donc deux mots qui reflètent une réalité politique mais qui n’ont aucune substance légale. L’un de ces termes est la « judaïsation ». Le pays entier est en train d’être judaïsé. C’est un terme que le gouvernement utilise pour « judaïser » Jérusalem, la Galilée et ce processus est donc au cœur de la situation présente. Mais elle n’a aucune référence légale. Aussi, nous travaillons avec Michael Sfard et un certain nombre d’avocats pour introduire ces termes dans le discours, avec l’idée de leur donner un cadre légal. Nous devons essayer de faire coïncider le processus et la réalité politique parce qu’il n’existe pas de précédent dans le monde.
L’autre terme est la détention (« warehousing » dans la version originale, littéralement « entrepôsage » – Ndt) car je pense qu’il a plus de sens que le terme apartheid. La détention est permanente alors que l’apartheid reconnaît qu’il y a quelque chose de l’autre côté. Le terme « warehousing » est comme une prison. Il n’existe rien de l’autre côté. Il y a nous et ces gens que nous contrôlons, qui n’ont ni droits, ni identité. Ce sont des prisonniers. Cela n’a rien de politique, c’est permanent et statique. Vous pouvez résister face à l’apartheid. Le principe de cette détention repose sur le fait que vous ne pouvez pas résister parce que vous êtes prisonnier.
Les prisonniers peuvent organiser une mutinerie dans la cour de promenade mais les gardiens ont tous les droits pour les réprimer. Israël en est à ce point. Ce sont des terroristes et nous avons le droit de les réprimer. Dans un sens, Israël est venu à bout de la communauté internationale et des Etats-Unis en particulier, en évacuant l’aspect politique de cette situation. Il ne s’agit plus aujourd’hui que de sécurité, comme c’est le cas dans les prisons. C’est un autre concept dénué de cadre légal et nous aimerions parvenir à lui en donner un parce que la détention ne se produit pas seulement en Israël. La détention existe dans tout le monde capitaliste. Deux tiers de la population mondiale subit ou a subi ce type de détention. C’est pour cela que je parle de « Global Palestine ». J’explique que la Palestine est le modèle réduit de ce qui se déroule dans la reste du monde.
Frank Barat est un activiste pour la paix, vivant a Londres. Il est le coordinateur du Tribunal Russell sur la Palestine.
Twitter@frankbarat22
De Frank Barat :
La Charte du Likoud ne reconnaît pas à la Palestine le droit d’exister
Un Israélien dans Gaza : tour d’horizon avec Jeff Halper
Pappé/Chomsky : « Le champ du possible », entretiens
De Jeff Halper :
Et maintenant, où allons-nous ?
Israël travaille au changement du droit international (2/2)
Israël travaille au changement du droit international (1/2)
Aucun partenaire pour la paix : c’est notre problème avec l’Amérique
La Palestine est un os en travers de la gorge d’Obama
Palestiniens : le stockage d’un « peuple en trop »
Fin d’une odyssée
Un juif israélien à Gaza
L’Esprit frappeur palestinien
Et aussi :
Entretien avec Jeff Halper – 2e partie – interview par Matthieu Walleser
Entretien avec Jeff Halper – 1ère partie
Jeff Halper : « Alors, un Etat commun » – interview par Jürgen Rose
Jeff Halper, lauréat 2009 du Prix « Citoyen du monde » – L’équipe de l’ICAHD
Jeff Halper entame son tour d’Australie – Sonja Karkar
Jeff Halper à Gaza : “Nous sommes l’oppresseur” – Interview par Rami Almeghari
Free Gaza revient à Chypre pour un autre groupe – Jeff Halper arrêté – PNN
2 mai 2012 – Agence Medias Palestine – Publié en anglais sur : New Internationaliste Magazine
Jeudi 3 mai 2012
L’armée israélienne a annoncé avoir commencé en début de semaine à ériger un mur de plus d’un kilomètre de long à sa frontière avec le Liban, à la hauteur de la localité israélienne de Metulla. En janvier, l’armée israélienne avait annoncé ce projet en précisant que ce mur devait protéger des blocs d’immeubles récemment construits à Metulla contre des tirs provenant du village libanais de Kfar Kila, situé à 1 km en face et qui surplombe l’actuelle barrière de sécurité.
Israël et le Liban sont techniquement en guerre, mais les responsables militaires des deux pays se rencontrent régulièrement pour discuter des problèmes à la frontière. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle construction amène à un constat : Israël ne sera bientôt qu’un pays de murs. Même si les 500 km de mur de séparation d’avec la Cisjordanie ne sont pas achevés, l’Etat hébreu en construit vers l’Egypte et vers le Liban, donc. Il imagine aussi un gigantesque camp de réfugiés dans le Sinaï.
DORVAL,SABINE; HURY,DAVID; DUMONT,SERGE
Jeudi 3 mai 2012
Israël ne sera bientôt qu’un pays de murs. Même si les 500 km de mur de séparation d’avec la Cisjordanie ne sont pas achevés, l’Etat hébreu en construit vers l’Egypte, vers le Liban. Et imagine un gigantesque camp de réfugiés dans le Sinaï.
Tel-Aviv
De notre correspondant
Erigé à partir de 2002, le Mur de séparation de Cisjordanie, qui fait 500 kilomètres, n’est toujours pas achevé faute de crédits et parce que plusieurs procédures dénonçant son tracé sont toujours en cours devant la Cour suprême de l’Etat hébreu. Pourtant, cela n’empêche pas les dirigeants israéliens de multiplier les projets semblables. En effet, parallèlement au chantier en cours le long de la frontière avec l’Egypte, le ministère de la Défense finance l’érection d’une muraille métallique de plusieurs mètres de haut sur le plateau du Golan. Un obstacle censé empêcher les infiltrations provenant de Syrie et qui atteint déjà dix kilomètres de longueur sur les 120 prévus.
A quelques kilomètres de là, à Metulla, une petite ville touristique située le long de la frontière avec le Liban, débutera cette semaine l’érection d’une barrière semblable. Celle-ci sera longue de deux kilomètres dans un premier temps. Elle « protégera » les ressortissants du nord de l’Etat hébreu de tirs de roquettes pouvant provenir de Kfar Kila, le village libanais situé en face. Dans le même temps, l’armée israélienne procède au renforcement de la « ligne bleue », un ensemble de fortifications la séparant du Liban.
Pour l’heure, la seule barrière vraiment opérationnelle est celle entourant la bande de Gaza. Mais d’autres chantiers importants sont à l’étude. A commencer par la construction d’une clôture fortifiée semblable à celle courant le long de l’Egypte et qui séparerait la Jordanie de la Cisjordanie. Certes, pour l’heure, le gouvernement israélien n’a pas encore approuvé le projet mais Binyamin Netanyahou a d’ores et déjà annoncé son intention de le mener à bien à partir de l’année prochaine. Parce qu’il participera au renforcement des colonies de la vallée du Jourdain et parce qu’il achèvera l’encerclement physique de l’Autorité palestinienne en la rendant plus dépendante encore de l’Etat hébreu.
Désert du Néguev
De notre envoyé spécial
Le long de la frontière israélo-égyptienne, la route numéro 12 s’étend entre des dunes de sable jaune pâle, ornée de quelques barbelés rouillés. C’est une bande de goudron gris pâle à deux voies. Craquelée en certains endroits.
Mais depuis l’attentat du 17 août 2011 au cours duquel huit touristes israéliens et plusieurs soldats israéliens ont été tués par un commando islamiste, elle est l’une des voies de circulation les plus connues de l’Etat hébreu. Un axe où l’on ne croise personne à part des patrouilles de Tsahal (l’armée israélienne) et, en face, des soldats égyptiens stationnés dans des postes de surveillance d’un autre âge.
« Soyez prudent. Aujourd’hui c’est calme, demain qui sait ce qui peut se passer ici ?, lâche un capitaine à l’air avenant pendant que ses hommes contrôlent minutieusement notre véhicule. Depuis le Printemps arabe, c’est devenu instable. Et dangereux. Si vous n’avez pas de raison de vous promener par ici, faites un détour. »
120 km ont été construits en moins d’un an
La frontière est longue de 240 km. Une zone difficilement contrôlable que les contrebandiers bédouins et les infiltrés franchissent quotidiennement en quad, ces véhicules tout-terrain dotés de quatre roues motrices. C’est pour la rendre moins poreuse que le gouvernement de Binyamin Netanyahou a décidé d’accélérer la réalisation d’une nouvelle barrière de séparation semblable à celle érigée en Cisjordanie durant la deuxième intifada. Un projet approuvé en janvier 2010, mais qui avait été imaginé par Yitzhak Rabin lorsque ce dernier était Premier ministre, de 1993 à 1995, et qui traînait dans les tiroirs depuis lors faute de volonté politique.
Après l’attentat de 2011, quatre entrepreneurs ont été désignés via à une procédure expéditive et plus de cent vingt kilomètres ont été construits en moins d’un an. L’ouvrage devrait d’ailleurs être achevé à la fin de l’année.
Car le temps presse pour les dirigeants israéliens nostalgiques du régime d’Hosni Moubarak. A les entendre, la dégradation des rapports avec l’Egypte et les relations qu’entretiennent les Frères musulmans et les autres formations islamistes avec le Hamas de la bande de Gaza devraient, à terme, favoriser de nouveaux attentats le long de la frontière avec l’Etat hébreu ou à l’intérieur de celui-ci.
Binyamin Netanayahou : « C’est une priorité nationale »
Ce qui explique pourquoi Binyamin Netanyahou s’est déjà rendu sur le chantier à quatre reprises et pourquoi il a, à l’occasion de sa dernière visite le 27 mars, insisté pour que « tous les moyens soient mis en œuvre » pour que le chantier s’achève le plus rapidement possible.
Mais la nouvelle barrière frontalière ambitionne également de perturber les filières permettant aux réfugiés africains de s’infiltrer dans l’Etat hébreu. « C’est une priorité nationale, affirme-t-on au cabinet de Binyamin Netanyahou. Nous avons dégagé un budget de 45 millions d’euros pour cela. Nous obtiendrons plus si nécessaire. »
A première vue, l’ouvrage en construction se présente comme une double clôture de cinq mètres de haut surélevée par des barbelés et dotée de senseurs. Les deux rangées métalliques sont séparées par une route de service réservée aux patrouilles. De part et d’autre de chaque clôture, une bande de sable permet de détecter les tentatives d’intrusion pédestre et de loin en loin, des postes d’observation bétonnés sont installés sur des collines artificielles. En outre, des jeeps Hummer dotées de postes de tir surnommés Katlanit (la meurtrière) sont placées aux endroits stratégiques.
Lorsqu’elle sera achevée, cette barrière sera renforcée par un réseau de radars placés sur de hauts pylônes. Ceux-ci constitueront une muraille virtuelle digne des histoires de science-fiction. Une barrière électronique contrôlée à partir d’un centre de commandes classé secret défense et qui repérera les personnes – pas les animaux – se rapprochant de l’Etat hébreu à partir du désert du Sinaï, en Egypte.
Ketziot
De notre envoyé spécial.
Selon les statistiques officielles, de trente à septante mille migrants originaires des pays subsahariens se sont installés clandestinement dans l’Etat hébreu depuis 2002. Principalement des Soudanais (un pays avec lequel Israël est en état de guerre), des Erythréens et, désormais aussi, des ressortissants du Sud-Soudan. « Off the record », des responsables de la police relayés par les ONG défendant les droits de ces migrants affirment cependant que ce chiffre est beaucoup plus élevé. Et qu’il approcherait les 300.000.
Quoi qu’il en soit, tout porte à croire que ce flux ne s’interrompra pas. Parce que l’économie israélienne est florissante et parce que de nouveaux conflits tels la guerre entre le Soudan et le Sud-Soudan (soutenu par l’Etat hébreu) alimentent de nouveaux flux migratoires.
Il leur suffira d’avoir été arrêtés en rue
Après avoir traversé le Sinaï où certains Bédouins les retiennent en otages dans des conditions inhumaines, les réfugiés sont souvent abandonnés sur le bord d’une route israélienne ou aux abords d’une ville dont ils ne connaissent pas le nom.
La plupart dorment dans les parcs publics et sur les trottoirs. Les plus chanceux s’entassent dans des abris désaffectés ou dans des hangars insalubres. Le matin, on peut les voir errant de chantier en chantier dans les rues à la recherche d’un emploi précaire et payé au tiers du minimex.
C’est pour se débarrasser de cette population que Binyamin Netanyahou et le ministre de la Défense Ehoud Barak ont décidé d’ériger un immense camp de détention dans le désert du Néguev. Une prison qui contiendra 3.000 détenus dans un premier temps puis 8.000, 11.000, voire 50.000 si nécessaire.
Le projet a été soutenu par l’ensemble des partis de la majorité et par certains députés de l’opposition. Il prévoit que ce centre de détention qualifié de modèle sera installé à Ketziot, à la place d’une prison de tentes qui avait accueilli 10.000 Palestiniens durant la première intifada et un peu moins durant la deuxième.
Ce centre sera la plus grand du monde. Il s’étendra sur cent hectares et aura la taille d’une petite ville. Selon les plans dressés par un célèbre cabinet d’architecte, il comptera plusieurs dispensaires médicaux, des terrains de sport ainsi que des lieux de culte. Chaque détenu y disposera d’un espace personnel de 4 mètres carrés.
Vu la proximité de la bande de Gaza, des abris anti-roquettes seront ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre si la situation le nécessite. En outre, les autorités israéliennes promettent de dispenser aux détenus une formation professionnelle ou les rudiments d’une éducation.
Les aspects sociaux du camp mis en avant par les autorités israéliennes cachent cependant mal le fait que les migrants africains seront détenus à Ketziot de manière arbitraire. Sans instruction, sans procès ni jugement. En fait, il leur suffira d’avoir été arrêtés en rue au cours d’un banal contrôle ou raflés au cours d’opérations menées par la police dans les quartiers défavorisés pour s’y retrouver.
« Israël n’est pas une Terre promise »
Car le 11 janvier, la Knesset a approuvé la loi anti-infiltration autorisant la police, les gardes frontières et les services de sécurité à incarcérer pendant trois ans ou plus tout immigrant clandestin, étranger en séjour illégal ou demandeur d’asile qu’ils interpelleraient.
Qualifié de « monstrueux » et d’« inhumain » par ses rares opposants, ce texte a été voté majorité contre opposition. Dans le désintérêt général.
« Israël n’a pas vocation à devenir la Terre promise de tous les Africains », a alors déclaré le ministre de l’Intérieur Elie Yshaï, un rabbin pour lequel cet afflux d’immigrés « met en péril le caractère juif de notre pays. »
Quant à Netanyahou, il se flatte des initiatives gouvernementales en la matière. « Dans une décennie, nos frontières seront entièrement sûres et nous aurons expédié tous les clandestins chez eux, a proclamé le Premier ministre israélien lors de sa dernière tournée d’inspection dans le Néguev. Les Israéliens comprendront alors l’importance stratégique de ce qui a été fait. » .
Beyrouth
De notre correspondant
Cela fait plusieurs jours que les avions israéliens survolent le Sud-Liban à basse altitude, raconte Aziz, un habitant de Marjayoun, joint par téléphone. On se demandait ce qui se tramait ! »
Huit kilomètres plus au sud : la frontière. D’un côté, la petite localité de Kfar Kila au Liban, toute proche de la Porte de Fatima, site symbolique pour de nombreux Libanais ; de l’autre, la colonie de Metulla à l’extrême nord d’Israël. La frontière, relativement calme depuis la fin de la Guerre de Juillet 2006, est marquée par deux rangées de clôtures de barbelés et des routes parallèles longeant avec précision le tracé sinueux des clôtures. Aujourd’hui, les patrouilles de l’armée israélienne et de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban, présente depuis 1978) veillent sur près de 200 km.
Mais mardi dernier, les avions de chasse ne sont pas arrivés seuls. Venus de Metulla, pelleteuses et bulldozers ont entamé des travaux devant durer plusieurs semaines : comme en Cisjordanie, un mur de séparation va être érigé, sur 2 kilomètres de long dans un premier temps. Objectif selon l’armée israélienne : empêcher des tirs de snipers depuis le Liban. Une explication peu convaincante au vu du relief, Kfar Kila surplombant la colonie.
Les travaux ont débuté en fin de matinée, des ouvriers israéliens creusant une tranchée afin de mettre en terre les barricades de béton entreposées dans la colonie de Metulla, pendant que d’autres démantelaient la clôture de barbelés. Le tout sous étroite surveillance des militaires. De l’autre côté du grillage, la Finul et l’armée libanaise ont interdit l’accès à la zone frontalière pour éviter tout contact et pour s’assurer que le mur en construction n’empiète pas sur le territoire libanais.
Plus que les tirs de snipers, ce sont peut-être les « incursions humaines » qui inquiètent côté israélien. En juin 2011, à l’occasion de la commémoration de la Guerre des Six-Jours, des dizaines de Palestiniens réfugiés au Liban avaient brisé la barrière métallique au niveau de la porte de Fatima, pourtant renforcée quelques jours plus tôt par l’armée israélienne. Cet épisode avait coûté la vie à six Palestiniens.
Et mercredi dernier, un jeune père de famille palestinien et ses deux enfants ont également passé la frontière à la Porte de Fatima, immédiatement arrêtés par les soldats israéliens.
Mitzpe Ramon
De notre envoyé spécial
Pour la plupart des Israéliens, Mitzpe Ramon est un trou mortifère situé au beau milieu du désert du Néguev. Un bourg sans éclat créé en 1951 et qui a occupé pendant un demi-siècle la première place sur la liste des villes de l’Etat hébreu où le taux de chômage est le plus élevé. Mais pas pour Ilan (62 ans), qui a choisi la zone industrielle à moitié désaffectée de cette cité endormie pour planter son « coin d’amour et de réflexion ». Une sorte de salon à ciel ouvert dédié à la poésie et à l’ouverture aux autres. « Ceux qui le veulent peuvent s’asseoir sur mes canapés et discuter de tout et de rien. J’offre le café, raconte-t-il. L’air et les paysages du désert ouvrent l’esprit. Ils poussent à réfléchir et à se retrouver. Si je peux aider les gens à progresser, c’est avec plaisir. C’est pour cela que je me suis installé ici : les gens ne communiquent plus. »
Certes, à Mitzpe Ramon, ce retraité vêtu de son éternel blouson bleu marine et s’exprimant d’une voix douce passe plutôt pour un « coucou », un illuminé. La mairie ne lui tient d’ailleurs pas rigueur d’avoir accaparé une partie de la voirie à des fins poétiques, et les patrouilles de police ne se formalisent plus en le voyant soliloquer devant sa Sussita d’amour, un véhicule fabriqué en Israël dans le courant des années 1960-1970 et qu’il a transformé en un jardin ambulant symbolisant sa croisade.
Pourtant, le poète n’est pas isolé. Comme lui, des dizaines de milliers de citadins reviennent désormais vers le désert. Pour fuir temporairement la ville, parce qu’ils ont besoin d’autre chose, ou parce qu’ils recherchent des opportunités nouvelles. Certains y viennent régulièrement en vacances ou y résident une partie de leur temps. Mais d’autres s’y installent carrément en lâchant tout derrière eux.
C’est le cas d’Arnaud Rodrigue (45 ans), un ancien conseiller en management venu de France il y a six ans et qui vient d’ouvrir Chez Eugène, un hôtel de charme doublé d’un restaurant. Une oasis de classe dans un environnement décati. « Qu’ils soient Israéliens ou étrangers, les touristes redécouvrent cette région méconnue car elle est magnifique. » C’est dur ? « Oui, c’est dur. Mais le potentiel du Néguev est énorme. Des fermes produisent des fromages que l’on ne trouve nulle part ailleurs en Israël et qui filent directement à l’exportation, il y a des vins extraordinaires et même d’immenses piscines où des poissons sont élevés artificiellement. Ici, il y a un avenir pour ceux qui ont des idées et qui osent. »
« On y ressent des vibrations »
Les paysages changent rapidement le long de la route menant de Tel-Aviv au milieu du Néguev. Aux plantations verdoyantes du centre de l’Etat hébreu succèdent des dunes semi-arides puis des étendues de sables jaunâtres. Viennent ensuite les roches parsemées de fractures volcaniques et de sommets anguleux qui donnent à cette région un petit air de décor pour western. A part les camions de 36 tonnes à la calandre étincelante et quelques autobus, on ne croise pas grand monde lorsque l’on quitte Mitzpe Ramon pour s’enfoncer plus au sud en direction d’Eilat. Près d’un croisement sans nom, quelques Bédouins surveillent leur maigre troupeau de chèvres pendant que les épouses s’affairent sous la tente. Dehors, des enfants habillés de vêtements troués s’amusent à exciter un chien famélique en lui lançant des pierres.
C’est là, dans cet endroit sans nom situé au bout d’un chemin caillouteux, que Yoav Stern (38 ans) a installé sa vieille caravane achetée à des Australiens. Chaque fin de semaine, il y dispense des séminaires de méditation pour cadres surmenés venus de Tel-Aviv, de Londres ou d’ailleurs. Des formations qui affichent complet et qui comprennent un séjour au milieu du Néguev. A la belle étoile et, si possible, à la pleine lune. « J’ai également reçu des Suisses de Zurich, affirme-t-il. Trois jours de cure désertique à base de silence, de réflexion et d’authenticité les ont transformés. Ils sont repartis à regret et différents. » A en croire ce « thérapeute » qui fait penser à un gourou, il se passerait « quelque chose de vraiment spécial » dans le Néguev : « On y ressent des vibrations. Les Israéliens y viennent pour oublier leur vie difficile, les menaces de guerre avec l’Iran, etc. Les étrangers y trouvent de quoi combler le vide de leur vie un peu terne. »
A Mitzpe Ramon, l’hôtel cinq étoiles Beresheet fait désormais partie des palaces les plus fréquentés du Proche-Orient. On trouve aussi plein d’alternatives plus démocratiques autour : fermes proposant des chambres d’hôtes, kibboutzim accueillant les voyageurs de passage, village de véritables tipis indiens.
« Pendant soixante ans, le Néguev n’était rien d’autre qu’un immense terrain de manœuvre pour l’armée, qui en avait transformé le tiers en zone militaire fermée, raconte Michaël, tenancier d’une aubette située à la sortie de Beer Sheva. Aujourd’hui, c’est le nouveau terrain d’aventure des bobos à la recherche d’authenticité. »