Publié par Gilles Munier sur 29 Avril 2024, 06:57am
Par Manlio Dinucci (26 avril 2024)*
Le Congrès USA a approuvé une loi de 95 milliards de dollars pour les “aides” à l’Ukraine, Israël et Taïwan. La Loi, votée par une grande majorité bi-partisane de Démocrates et Républicains, prévoit 60,8 milliards des dollars pour l’Ukraine, 26,4 milliards pour Israël et 8,1 milliards pour Taïwan dans la région de l’Indo-Pacifique. Le président des Services Armés du Sénat, le républicain Mike Rogers, a déclaré : “Chine, Russie et Iran sont en train de travailler ensemble dans un nouvel Axe du Mal pour porter préjudice à nos alliances et miner notre sécurité nationale”. Le président Biden, qui a immédiatement signé la Loi, a déclaré : “C’est un bon jour pour l’Amérique, c’est un bon jour pour l’Europe et c’est un bon jour pour la paix dans le monde. Il rendra l’Amérique plus sûre. Il rendra le monde plus sûr et continuera le leadership de l’Amérique dans le monde”. Il a ensuite ajouté concernant Israël : “Mon engagement à l’égard d’Israël, je veux le clarifier une fois de plus, est de fer. La sécurité d’Israël est fondamentale. Je garantirai toujours qu’Israël aie ce qui lui sert pour se défendre de l’Iran et des terroristes qu’il soutient”.
La Loi -qui alimente les guerres et les préparatifs de guerre depuis l’Europe jusqu’au Moyen-Orient et à l’Asie Orientale contre Russie, Iran, Palestine, Chine et autres pays- renforce ultérieurement l’appareil militaire étasunien. Sur 60 milliards d’”aides” à l’Ukraine, 48 milliards financent les Forces Armées étasuniennes : 23,2 milliards de dollars sont destinés à reconstituer les réserves étasuniennes d’armes utilisées pour armer l’Ukraine ; 11,3 milliards de dollars sont destinés aux actuelles opérations militaires étasuniennes dans la région ; 13,8 milliards de dollars sont destinés à l’achat de systèmes d’armes avancés, matériels et services pour la Défense. En même temps la Loi requiert aux Alliés des États-Unis, dont l’Italie, de payer leur “juste quota” des coûts de la guerre contre le “nouvel Axe du Mal”.
*Bref résumé de la revue de presse internationale Grandangolo de vendredi 26 avril 2024 sur la chaîne TV Byoblu
Ann Arbor (Informed Comment) – Le journaliste israélien Yuval Abraham, incroyablement courageux et plein de ressources, a révélé mercredi dans un article d’investigation percutant que l’armée israélienne a utilisé deux programmes d’intelligence artificielle, « Lavender » et « Where’s Daddy », pour cibler quelque 37.000 membres présumés des ailes militaires du Hamas et du Djihad islamique. Les programmes utilisaient le GPS pour découvrir quand un membre du Hamas était rentré chez lui, car il était plus facile de le frapper à cet endroit, en s’assurant que sa femme et ses enfants seraient également tués. S’il vivait dans un immeuble, ce qui était le cas de la plupart d’entre eux, tous les civils des appartements voisins pouvaient également être tués – enfants, femmes, hommes non combattants.
L’écrivain de science-fiction Martha Wells a écrit une série de romans et de nouvelles sur un « Murderbot », une intelligence artificielle dans le corps d’un guerrier en armure. Son Murderbot, bien que mortel, est un bon gars qui, dans un style noir, se libère de l’emprise de ses supérieurs pour protéger ses amis.
L’armée israélienne, en revanche, agit de manière beaucoup plus robotique.
Lavender n’est qu’un programme et n’a pas de corps, mais il utilise les pilotes d’avions de chasse israéliens comme une extension de lui-même.
Les programmes d’IA ont identifié les militants du Hamas selon des spécifications vagues. On sait que le taux d’erreur est de 10 % et que, dans d’autres cas, le militant supposé peut n’avoir que des liens ténus avec le groupe paramilitaire des Brigades Qassam ou avec la JI. Abraham écrit que le fonctionnement de l’algorithme n’a fait l’objet d’aucune supervision humaine.
L’IA Lavender, avec un taux d’erreur de 10 %, aurait pu identifier 3 700 hommes à Gaza comme des guérilleros du Hamas alors qu’ils ne l’étaient pas. Elle aurait pu permettre que 20 civils soient tués lors de chaque frappe sur chacun de ces innocents, ce qui donnerait un total de 77 700 non-combattants éliminés arbitrairement par une machine imprécise.
L’une des sources d’Abraham au sein de l’armée israélienne a déclaré : « Nous n’étions pas intéressés par le fait de tuer des agents [du Hamas] uniquement lorsqu’ils se trouvaient dans un bâtiment militaire ou qu’ils étaient engagés dans une activité militaire », a déclaré A., un officier de renseignement, à +972 et Local Call. « Au contraire, les FDI les ont bombardés dans leurs maisons sans hésitation, comme première option. Il est beaucoup plus facile de bombarder la maison d’une famille. Le système est conçu pour les rechercher dans ces situations ».
J’espère que la Cour internationale de justice, qui examine la question de savoir si Israël commet un génocide, lit la publication +972 Mag.
Le programme d’IA comprend des règles d’engagement extrêmement souples en ce qui concerne les victimes civiles. Il permet de tuer de 10 à 20 civils dans le cadre d’une frappe contre un membre du Hamas de bas niveau, et jusqu’à 100 civils peuvent être tués pour atteindre un membre de haut rang. Ces nouvelles règles d’engagement sont sans précédent, même dans la brutale armée israélienne.
Le programme « Where’s Daddy » a permis d’identifier et de suivre les membres.
37 000 combattants paramilitaires du Hamas n’ont pas perpétré l’attentat du 7 octobre. La plupart d’entre eux n’étaient pas au courant. C’est une toute petite clique qui l’a planifié et exécuté. L’aile civile du Hamas était le gouvernement élu de Gaza, et ses forces de sécurité assuraient le maintien de l’ordre (les camps de réfugiés sont le plus souvent des zones de non-droit). Il se peut que Lavender et « Where’s Daddy » aient englobé des policiers ordinaires dans la définition des combattants de bas niveau du Hamas, ce qui expliquerait beaucoup de choses.
“Gaza Guernica 12: Terminator,” par Juan Cole, Digital, Dream, PS Express, IbisPaint, 2023
Ce nouveau mode de guerre par le jeu vidéo viole les règles d’engagement de l’armée américaine et tous les préceptes du droit international humanitaire. Les règles d’engagement du corps des Marines sont:
c. Ne frappez aucun des éléments suivants, sauf en cas d’autodéfense pour vous protéger, protéger votre unité, les forces amies et les personnes ou biens désignés sous votre contrôle :
– Les civils.
– Hôpitaux, mosquées, églises, sanctuaires, écoles, musées, monuments nationaux et autres sites historiques et culturels.
d. Ne tirez pas sur des zones ou des bâtiments habités par des civils, sauf si l’ennemi les utilise à des fins militaires ou si cela est nécessaire à votre autodéfense. Minimiser les dommages collatéraux.
e. Ne prenez pas pour cible les infrastructures ennemies (travaux publics, installations de communication commerciale, barrages), les lignes de communication (routes, autoroutes, tunnels, ponts, chemins de fer) et les objets économiques (installations de stockage commercial, oléoducs), sauf si cela est nécessaire à votre autodéfense ou si votre commandant l’ordonne. Si vous devez tirer sur ces objets pour engager une force hostile, mettez-les hors d’état de nuire et perturbez-les, mais évitez de les détruire, si possible.
Aucun des « soldats » israéliens opérant sur Lavender n’a été mis en danger par les civils qu’ils ont tués. Ils n’ont fait aucun effort pour « minimiser les dommages collatéraux ». En fait, ils ont intégré des dommages collatéraux très importants dans leur procédure opérationnelle standard.
Si l’armée israélienne tuait en moyenne 20 civils chaque fois qu’elle frappait l’un des 37 000 militants présumés, cela ferait 740 000 morts, soit trois quarts de million. Des bébés, des enfants en bas âge, des mères enceintes, des femmes non armées, des adolescents non armés, etc. Cela représenterait environ un tiers de la population totale de Gaza.
Il s’agit certainement d’un génocide, quelle que soit la définition que l’on souhaite donner à ce terme.
Et il est impossible que Joe Biden et Antony Blinken n’aient pas su tout cela depuis le début. C’est leur faute.
Auteur
Juan Cole est le fondateur et le rédacteur en chef d’Informed Comment. Il est professeur d’histoire Richard P. Mitchell à l’université du Michigan. Il est l’auteur, entre autres, de Muhammad : Prophet of Peace amid the Clash of Empires et The Rubaiyat of Omar Khayyam. Suivez-le sur Twitter à @jricole ou sur la page Facebook Informed Comment.
Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l’Atlantique. Traduction d’articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.
Publié par Gilles Munier sur 5 Avril 2024, 06:48am
ParAl Manar (revue de presse – 4 avril 2024)*
Le numéro Un iranien est décidé à venger le martyre des deux commandants du Corps des gardiens de la révolution islamique et de leurs 5 conseillers, tués lundi dans un raid aérien israélien sur le consulat iranien dans la capitale syrienne.
Sur sa page X, l’ayatollah Ali Khamenei a tweeté : «Par la volonté de Dieu, nous ferons que les sionistes regretteront le crime qu’ils ont commis en s’attaquant au consulat iranien en Syrie et d’autres crimes similaires».
Il avait auparavant rendu hommage aux martyrs dont le bilan a été revu à la hausse s’élevant à 13, d’après la télévision d’État iranienne, selon laquelle sept sont Iraniens et six Syriens.
«Paix et miséricorde de Dieu et ses saints pour les martyrs Zahedi, Haj-Rahimi et les autres martyrs de cet incident. Malédiction et imprécation sur les dirigeants du régime oppresseur et agressif», a écrit aussi l’imam Khamenei.
Il a qualifié le général de division Mohamad-Reza Zahedi de «brave général dévoué» rapportant qu’il «attendait le martyre dans les fronts de danger et de lutte depuis les années 1980».
Et de poursuivre : «Ils n’ont rien perdu et ont reçu leur récompense. Mais le chagrin de leur perte est lourd pour la nation iranienne. En particulier pour ceux qui les ont connus».
Il a conclu en s’engageant : «Le régime sioniste maléfique sera puni aux mains de nos combattants courageux».
L’Iran et par la voix entre autres de son ambassadeur à Damas a accusé l’entité sioniste d’avoir tiré 6 missiles sur le bâtiment du consulat depuis ses F-35, dans le Golan syrien occupé.
Pourquoi Netanyahou l’a-t-il commandité ?
Selon le média libanais al-Khanadeq, proche des Gardiens, le général Zahedi se trouvait au Liban quelques heures avant le raid meurtrier.
Il figurait sur la liste israélienne des liquidations. Les médias israéliens avaient publié depuis quelque mois un rapport l’accusant de fournir l’aide logistique et militaire à l’axe de la résistance, notamment au Liban, en Syrie et en Palestine, celle surtout lié aux drones, aux systèmes anti aériens et aux missiles.
Le site assure que les informations sur une infiltration israélienne au sein du consulat sont inexactes. Selon lui, les drones israéliens surveillaient le bâtiment du consulat depuis le Golan syrien occupé. Ils ont attendu de voir le responsable sortir pour tirer 6 missiles air-sol sur le consulat.
D’après al-Khanadeq, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a commandité ce crime dans le but d’entrainer l’Iran vers une confrontation directe avec les États-Unis.
Le site proche des gardiens estime qu’il était inquiet de la récente visite des dirigeants du Hamas et du Jihad islamique en Iran au cours de laquelle ils ont été invités à une réunion de haut niveau avec les chefs de l’état-major iranien. Toujours selon al-Khanadeq, Netanyahou craignait qu’ils ne préparent ensemble une attaque similaire à l’opération réalisée par le Hamas le 7 octobre.
Les USA n’étaient pas au courant ?
Aucune position officielle n’a été exprimée ni par les dirigeants israéliens ni américains.
Le site américain Axios, citant un responsable américain sous le couvert de l’anonymat, rapporte que les États-Unis ont informé l’Iran qu’ils n’étaient pas au courant au préalable du raid israélien contre le consulat iranien à Damas.
D’autres responsables américains et Israéliens rapportent quant a eux qu’Israël n’a informé Washington que quelques minutes avant l’exécution de la frappe aérienne de lundi.
Israël «n’a pas demandé le feu vert américain pour la déclencher», ont-ils insisté.
Selon Axios, «ce message rare» envoyé par Washington à Téhéran illustre que «l’administration Biden s’inquiète et appréhende que la frappe israélienne n’aboutisse à une escalade régionale».
DÉBUT JANVIER, un compte TikTok affilié au parti ultra-orthodoxe israélien Shas a publié une vidéo qu’un soldat israélien a filmée à Gaza. Quelque part dans le nord de la bande de Gaza, le soldat se tient à l’intérieur de la chambre d’une maison palestinienne. Il vient de finir de s’envelopper dans les tefillin – des bracelets avec de petites boîtes en cuir contenant des rouleaux de la Torah que les hommes juifs orthodoxes portent habituellement pendant les prières du matin.
Sur une bande sonore composée de rythmes de danse, le soldat souriant s’exclame en hébreu : « Je n’arrive pas à croire que je suis en train de dire cela. Je mets des teffilin dans une maison de Gaza. Une maison à Gaza ! »
La séquence de 22 secondes offre aux téléspectateurs une brève visite d’une maison laissée à la hâte. Des sacs à main sont entassés dans un placard, des vêtements jonchent le sol et l’arme du soldat repose sur un lit à moitié fait.
« Regardez cette pièce, regardez la pièce qu’ils ont ici. Un palais. Regardons un peu à l’extérieur. »
En se penchant par la fenêtre, le soldat fait un panoramique sur un paysage urbain en ruine : des façades d’immeubles tailladées par le mortier, des fenêtres brisées par les bombes et des pâtés de maisons entiers démolis par les bulldozers. Il tourne la caméra vers lui, lève le pouce et sourit.
Le post TikTok symbolise un genre familier de médias de guerre israéliens, popularisé en octobre 2023, au début de la guerre entre Israël et le Hamas, et qui fait aujourd’hui le tour de la presse internationale. Depuis des mois, des soldats posent pour l’appareil photo dans des salons vidés ou au sommet de complexes d’appartements réduits à l’état de ruines. Ennuyés par la guerre qui s’éternise, certains mettent à jour leur profil Tinder avec des photos d’action. Sur TikTok et Instagram, ils montrent des camarades fumant le narguilé, mangeant du houmous et priant dans des maisons palestiniennes vides[1]. [1]
Des preuves de crimes de guerre circulent parallèlement aux aspects les plus banals du métier de soldat. Dans certaines scènes, les soldats jouent au backgammon en sirotant du thé dans de la vaisselle pillée. Dans d’autres, ils drapent les captifs dans des drapeaux israéliens, les forçant à chanter « Am Yisrael Chai » – « le peuple d’Israël vit ».
En tant qu’anthropologue ayant passé du temps dans les archives militaires israéliennes, j’ai trouvé nombre de ces scènes familières. Au cours des 75 dernières années d’effusion de sang, la photographie a longtemps servi à banaliser les atrocités de la guerre.
Ce genre n’est guère propre à Israël. Mais aujourd’hui, l’abondance des smartphones sur le champ de bataille, la facilité des médias sociaux et le militantisme sans concession de la majorité israélienne ont rendu ces photographies de guerre plus visibles que jamais.
TROPHÉES DE GUERRE
La récente tendance photographique a débuté peu après que les militants du Hamas ont franchi la barrière frontalière entre Israël et la bande de Gaza et massacré environ 1 200 Israéliens et travailleurs migrants le 7 octobre 2023. Alors que les troupes des Forces de défense israéliennes (FDI) affluaient à Gaza dans les semaines qui ont suivi, beaucoup se sont présentés comme les vainqueurs d’une guerre de représailles. L’opération, qui a duré des mois, a tué à ce jour plus de 30 000 Palestiniens, en majorité des femmes et des enfants, et n’a pas encore permis de ramener les derniers otages israéliens à la maison.
Les médias sociaux israéliens continuent de diffuser des montages de maisons vides, de villes détruites et de Palestiniens maltraités, voire mutilés, par les forces israéliennes. Selon les déclarations des FDI aux médias internationaux, ce comportement « n’est pas conforme aux ordres de l’armée » et « ne correspond pas à la morale et aux valeurs attendues des soldats des FDI ». Mais on ne sait pas si des sanctions ou des mesures préventives ont été prises.
En revanche, les médias sociaux palestiniens témoignent du coût humain effarant de la guerre : des dizaines de milliers de civils tués et des millions de personnes déplacées dans des camps de fortune où elles souffrent de la faim, de la déshydratation et de maladies.
Les images des soldats remontent à la guerre israélo-arabe de 1948 et à l’expulsion d’au moins 750 000 Palestiniens de leur terre natale – le début de ce que les Palestiniens appellent la Nakba ou « la catastrophe » en cours et ce que les Israéliens se souviennent comme la guerre d’indépendance. Des images du champ de bataille ont ensuite été diffusées par des soldats israéliens, des photographes militaires et des journalistes intégrés à l’armée pour témoigner d’une victoire éclatante.
Les images les plus emblématiques figurent dans l’article « Déclarer l’État d’Israël, déclarer un État de guerre », publié en 2011 par la critique Ariella Azoulay dans la revue académique Critical Inquiry. Des soldats écoutant des disques sur un gramophone pris dans une maison palestinienne du village de Salame. Les ruines de la vieille ville de Haïfa, 220 bâtiments réduits à l’état de ruines pour s’assurer que les personnes déplacées ne reviendraient pas. Un peloton érigeant un drapeau israélien à Umm Rashrash, aujourd’hui Eilat.
Certains combattants ont ramené des tirages de ces photos chez eux, les exposant dans leur salon comme des trophées. Ces scènes racontent les atrocités de 1948, selon Azoulay, « comme une série d’événements non problématiques, quasi-naturels et justifiés comme des effets secondaires du projet d’édification de l’État ».
L’anthropologue Rebecca Stein note dans l’International Journal of Middle East Studies que des images similaires ont circulé immédiatement après la guerre des six jours de 1967, lorsque les troupes israéliennes ont occupé la Cisjordanie, annexant Jérusalem-Est et la bande de Gaza, entre autres régions. Dans les territoires occupés, la presse israélienne a rapporté que les soldats « se promenaient avec un fusil dans une main et un appareil photo dans l’autre ».
Une fois de plus, les photos présentent toutes les destructions comme des preuves de la victoire. Les troupes sourient devant la mosquée Al-Aqsa et prient au Mur occidental. Les soldats israéliens ont traversé les villes palestiniennes de Jénine et de Naplouse dans des jeeps de l’armée, admirant les vues « exotiques » et les destructions. Mises en scène après que le sang a été nettoyé et les corps emportés, ces images, écrit Stein, « ont servi à stabiliser et à banaliser » les opérations militaires qu’elles représentaient.
Les soldats déployés au cœur de la bande de Gaza depuis octobre dernier mettent à jour ces archives historiques. Ils ont peut-être grandi en feuilletant des photos emblématiques d’anciens soldats souriant devant des villages détruits, brandissant des Uzis devant le Mur occidental et pillant des maisons évacuées.
Ils ont reproduit ces scènes en entrant dans Gaza, juxtaposant leur violence à des scènes de piété religieuse, de fierté nationale ou simplement de jeu. Des images de troupes jouant sur la plage ou pillant des résidences privées tournent en boucle sur TikTok, tandis que des tireurs d’élite sur Instagram brandissent des mitrailleuses devant des menorahs.
Au cours des cinq derniers mois, de telles images ont inondé mon fil d’actualité sur les médias sociaux. Bien que mon défilement ne constitue pas une étude systémique, une chose est tout à fait claire : les mêmes vieux trophées de guerre sont capturés et diffusés par le biais des nouveaux médias.
DES LARMES AUX ÉMOJIS DE FLAMME
Même si elles représentaient les Israéliens comme des vainqueurs, les anciennes photographies de guerre dans les médias israéliens étaient souvent accompagnées de lamentations. Les dirigeants politiques israéliens ont exploité les remords pour contrer les allégations, nombreuses, selon lesquelles la violence était beaucoup trop brutale.
Ces refrains se sont sédimentés dans une forme narrative – des tirs et des pleurs – qui a façonné la manière dont des générations d’écrivains et de cinéastes israéliens ont représenté les batailles marquantes des 50 dernières années. Le drame de guerre animé Valse avec Bachir (2008), la série Netflix Fauda (2015-2023), et d’autres encore – ce type de récit dépeint la violence des opérations militaires décisives comme des atrocités regrettables qui étaient néanmoins vitales pour la survie nationale d’Israël.
Comme le note Gil Hochberg, professeur d’hébreu et de littérature comparée, s’attarder sur les blessures subies par les soldats israéliens a éclipsé les impératifs politiques de déplacement, d’expansion et de colonisation qui ont motivé le militarisme israélien.
Mais aujourd’hui, le ton a changé. Les soldats israéliens ne tirent plus pour pleurer.
Ils tirent et dansent, tirent et grillent, tirent et prient, ou tout simplement tirent et mutilent. Les soldats postent sur TikTok des images de la ligne de front remplies de rires, de chants de célébration, de prières et de messages d’inspiration. D’éminents politiciens et des milliers d’utilisateurs réguliers répondent par des points d’exclamation et des émojis de flamme dans de vastes manifestations de soutien.
Ces messages contrastent sinistrement avec la destruction en arrière-plan. Mais dans une guerre de représailles, c’est la destruction qui compte.
MARCHE VERS LA DROITE
Ce changement de genre correspond à la marche constante d’Israël vers l’extrême droite au cours des dernières décennies. L’occupation, autrefois considérée comme une flexion temporaire de la puissance militaire, a été adoptée comme un statu quo permanent. L’idéologie suprématiste juive, auparavant considérée comme marginale, est aujourd’hui au cœur de l’actualité politique. Les engagements nominaux en faveur de la démocratie libérale cèdent la place à une adhésion sans réserve à l’autoritarisme, reflétant la tendance de la droite mondiale à dire tout haut ce qu’elle ne dit pas.
« Nous avons amené toute l’armée contre vous et nous jurons qu’il n’y aura pas de pardon », disent les paroles de la nouvelle chanson israélienne à succès, « Charbu Darbu ». Jouée en arrière-plan de nombreuses vidéos provenant des lignes de front, elle est devenue l’hymne officiel des 400 000 réservistes appelés à la guerre, en particulier la réplique « Chaque chien a son jour ».
De nombreux responsables gouvernementaux et leurs partisans affirment haut et fort les objectifs expansionnistes de cette guerre. Moins d’une semaine après l’entrée des troupes dans la bande de Gaza, des ministres de droite ont élaboré des plans de colonisation juive dans la bande de Gaza. D’autres ont participé à des conférences sur la réinstallation auxquelles ont assisté des milliers de personnes. Alors que les bombardements aériens israéliens incessants ont tué plus de 31 000 Palestiniens en cinq mois, des militants enhardis bloquent les routes pour empêcher l’aide humanitaire d’entrer dans la bande de Gaza assiégée.
UNE VOIE VOUÉE À L’ÉCHEC
Certains médias internationaux affirment que la plupart des Israéliens ne sont pas au courant des souffrances de Gaza en raison de la fatigue de l’empathie, d’un préjugé de confirmation ou de la censure militaire rigoureuse de la presse locale. D’autres rapportent que les flux d’informations déterminés par des algorithmes ont empêché de nombreux Israéliens de voir des images de la souffrance palestinienne.
Mais dire que « si seulement les Israéliens pouvaient voir ce qui se passe à Gaza, ils exigeraient la fin des violences », c’est ignorer la réalité politique et la majorité. Cette guerre est sans doute l’une des plus documentées de l’histoire. Les comptes rendus de la catastrophe humanitaire et de la mort massive à Gaza saturent la presse étrangère et les fils d’actualité des médias sociaux du monde entier.
La vérité dérangeante est que des décennies de guerre et de déshumanisation – tacitement soutenues par les États-Unis et les autres alliés fidèles d’Israël – ont largement fermé une partie à la souffrance de l’autre.
En 2002, au plus fort de la deuxième Intifada – une période sanglante de cinq ans marquée par des attentats suicides dans les villes israéliennes et des raids militaires sur les communautés palestiniennes – la critique Susan Sontag a fait remarquer que « [pour] ceux qui, dans une situation donnée, ne voient pas d’autre solution que la lutte armée, la violence peut exalter celui qui en est l’objet et en faire un martyr ou un héros ».
Comme l’attestent 75 ans de photographies, c’est depuis longtemps le cas en Israël. Mais ce sentiment est peut-être plus populaire que jamais : Selon une enquête réalisée par le groupe de réflexion Israel Democracy Institute, basé à Jérusalem, en décembre 2023, 75 % des Israéliens juifs étaient opposés à la demande des États-Unis qu’Israël réduise les bombardements intensifs des zones densément peuplées de la bande de Gaza. Seuls 1,8 % d’entre eux considèrent que l’usage de la force par Israël est disproportionné.
La contestation de la stratégie militaire d’Israël reste marginale, mais elle s’étend. Début mars, 12 organisations de défense des droits de l’homme en Israël ont signé une lettre ouverte accusant le gouvernement de ne pas faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza, comme l’a ordonné la Cour internationale de justice. Des milliers de personnes ont participé à des manifestations pour exiger une prise d’otages et la démission du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Même les manifestations appelant à un cessez-le-feu se multiplient.
En fin de compte, la guerre pourrait causer la perte de l’actuel gouvernement israélien. Les informations en provenance de la ligne de front donnent lieu à des poursuites pénales, à des sanctions à l’encontre de l’establishment politique israélien et à des manifestations sans précédent contre les crimes de guerre israéliens à l’étranger. Une guerre sans fin pour Israël peut entraîner une catastrophe économique, un statut de paria sur la scène internationale et une insécurité galopante, obligeant de plus en plus d’Israéliens à réaliser qu’il n’y a pas de solution militaire à des décennies d’occupation inextricable.
Mais dans l’immédiat, les scènes de Gaza montrent des camps de réfugiés remplis de millions de personnes qui ne peuvent pas rentrer chez elles et des enfants palestiniens affamés jusqu’à l’os, tandis que les troupes israéliennes tirent et dansent avec joie. Ces images ne laissent entrevoir nulle part un avenir politique viable pour qui que ce soit dans la région.
En retraçant 75 ans de photographie de guerre israélienne, une anthropologue explique comment les images qui présentent la violence disproportionnée comme une preuve de victoire se sont intensifiées lors de la guerre contre Gaza qui a éclaté en 2023.
Dans un post X/Twitter, des soldats brandissent leurs fusils à l’intérieur d’une maison palestinienne à Gaza.
Sophia Goodfriend écrit dans Sapiens Anthropology Magazine le 20 mars 2024 :
Début janvier, un compte TikTok affilié au parti ultra-orthodoxe israélien Shas a publié une vidéo filmée par un soldat israélien à Gaza. Quelque part dans le nord de la bande de Gaza, le soldat se tient à l’intérieur de la chambre d’une maison palestinienne. Il vient de finir de s’envelopper dans des tefillin – des bracelets avec de petites boîtes en cuir contenant des rouleaux de la Torah que les hommes juifs orthodoxes portent habituellement pendant les prières du matin.
Sur une bande sonore de rythmes de danse, le soldat souriant s’exclame en hébreu : « Je n’arrive pas à croire que je suis en train de dire cela. Je mets des teffilin dans une maison de Gaza. Une maison à Gaza ! »
La bobine de 22 secondes offre aux téléspectateurs une brève visite d’une maison laissée à la hâte. Des sacs à main sont entassés dans un placard, des vêtements jonchent le sol et l’arme du soldat gît sur un lit à moitié fait : « Regardez cette pièce, regardez la pièce qu’ils ont ici. Un palais. Regardons un peu à l’extérieur. »
Penché par la fenêtre, le soldat fait un panoramique sur un paysage urbain en ruine : des façades d’immeubles tailladées par le mortier, des fenêtres brisées par les bombes et des pâtés de maisons entiers démolis par les bulldozers. Il tourne la caméra vers lui, lève le pouce et sourit.
Le post TikTok symbolise un genre familier de médias de guerre israéliens, popularisé en octobre 2023, au début de la guerre entre Israël et le Hamas, et qui fait aujourd’hui le tour de la presse internationale. Depuis des mois, des soldats posent pour l’appareil photo dans des salons vidés ou au sommet de complexes d’appartements réduits à l’état de ruines. Ennuyés par la guerre qui s’éternise, certains mettent à jour leur profil Tinder avec des photos d’action. Sur TikTok et Instagram, ils montrent des camarades fumant le narguilé, mangeant du houmous et priant dans des maisons palestiniennes vides[1]. [1]
Des preuves de crimes de guerre circulent à côté des aspects les plus banals de la vie de soldat. Dans certaines scènes, les soldats jouent au backgammon en sirotant du thé dans de la vaisselle pillée. Dans d’autres, ils drapent les captifs dans des drapeaux israéliens, les forçant à chanter « Am Yisrael Chai » – « le peuple d’Israël vit ».
En tant qu’anthropologue ayant passé du temps dans les archives militaires israéliennes, j’ai trouvé nombre de ces scènes familières. Au cours des 75 dernières années d’effusion de sang, la photographie a longtemps servi à banaliser les atrocités de la guerre.
Le genre n’est guère propre à Israël. Mais aujourd’hui, l’abondance des smartphones sur le champ de bataille, la facilité des médias sociaux et le militantisme sans équivoque de la majorité israélienne ont rendu ces photographies de guerre plus visibles que jamais.
Trophées de guerre La récente tendance photographique est apparue peu après que les militants du Hamas ont franchi la barrière frontalière entre Israël et Gaza et massacré environ 1 200 Israéliens et travailleurs migrants le 7 octobre 2023. Lorsque les troupes des Forces de défense israéliennes (FDI) ont afflué à Gaza dans les semaines qui ont suivi, beaucoup se sont présentés comme les vainqueurs d’une guerre de représailles. L’opération, qui dure depuis des mois, a tué, à ce jour, plus de 30 000 Palestiniens – en majorité des femmes et des enfants – et n’a pas encore permis de ramener les derniers otages israéliens à la maison.
Les médias sociaux israéliens continuent de diffuser des montages de maisons vides, de villes détruites et de Palestiniens maltraités ou même mutilés par les forces israéliennes. Selon les déclarations des FDI aux médias internationaux, ce comportement « n’est pas conforme aux ordres de l’armée » et « ne correspond pas à la morale et aux valeurs attendues des soldats des FDI ». Mais on ne sait pas si des sanctions ou des mesures préventives ont été prises.
En revanche, les médias sociaux palestiniens documentent le coût humain stupéfiant de la guerre : des dizaines de milliers de civils tués et des millions de personnes déplacées dans des camps de fortune où elles souffrent de la faim, de la déshydratation et de la maladie.
Une femme palestinienne devant un garçon blessé après un bombardement israélien dans le centre de la ville de Gaza, la semaine dernière. Crédit : AFP
28 mars 2024 11:58 pm IST
Le rapporteur spécial des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a publié cette semaine un rapport affirmant que la nature et l’ampleur des attaques menées par les forces de défense israéliennes dans la bande de Gaza, ainsi que les conditions de vie désastreuses créées par Israël, « ne peuvent être interprétées que comme constituant des preuves prima facie d’une intention de détruire systématiquement les Palestiniens en tant que groupe ».
Un Israélien m’a dit qu’il pensait qu’il n’était pas nécessaire d’utiliser une terminologie aussi explosive, tandis qu’un autre m’a demandé s’il existait des preuves de ces affirmations.
Une femme qui, jusqu’au 7 octobre, était affiliée à l’aile gauche et qui s’est depuis dégrisée, ou réveillée, avait vu – de l’autre côté du rideau de fer israélien – une photo d’un enfant gazaoui qui n’avait plus que la peau sur les os. Elle m’a dit : « Si ces images sont vraies, nous devons les voir.
Les Israéliens peuvent donc s’interroger, poser des questions, douter, minimiser ou nier les Palestiniens et leur tragédie, même lorsqu’elle est évidente, publiée dans un rapport des Nations unies ou diffusée en direct sur une chaîne d’information non israélienne. Je me suis souvenu qu’après le 7 octobre, il était interdit aux Palestiniens et à d’autres de poser des questions, de remettre en cause des « faits » ou de demander des preuves.
Il est bien connu que les affirmations du côté israélien sont considérées comme parole d’évangile et que quiconque les rejette est un partisan antisémite du Hamas. Mais lorsque cela se produit du côté palestinien, toutes les affirmations sont considérées comme une exagération, une conspiration, des fake-news, et les Israéliens peuvent et sont même obligés de contester leur authenticité.
Il est intéressant de voir à quel point il est important de se demander si les photographies sont réelles ou si ces affirmations sont étayées par la moindre preuve, alors qu’il existe de nombreuses preuves que des enfants meurent de malnutrition à Gaza.
Ce doute jeté sur chaque image, vidéo ou rapport palestinien fait partie du rideau de fer israélien, avec l’hypothèse sous-jacente que tous les Palestiniens sont des menteurs.
Les Israéliens s’infligent à eux-mêmes et aux Palestiniens un« gaslighting » (manipulation psychologique) d’une ampleur considérable, afin de continuer à ignorer le génocide contre lequel le monde entier n’a cessé de les mettre en garde. Les Israéliens refusent de voir ou d’écouter et restent convaincus que tout va bien.
Les Israéliens sont accros au rideau de fer, et cette pratique du déni de la réalité est profondément ancrée dans l’ADN israélien. Elle fait partie intégrante des problèmes que les Israéliens s’infligent à eux-mêmes par leur arrogance et leurs fanfaronnades.
Ce déni de la réalité est présent à presque tous les niveaux. La plupart des Israéliens savent-ils, par exemple, qu’au cœur des négociations actuelles entre Israël et le Hamas, ou plutôt au cœur de l’absence de progrès dans ces négociations, se trouve le problème des réfugiés ? Israël ne veut pas permettre aux Palestiniens évacués de retourner dans la zone nord de la bande de Gaza.
Les Israéliens se demandent-ils quel est l’intérêt de les déraciner définitivement du nord et de laisser la zone sous le contrôle d’Israël ? Peut-être Israël veut-il procéder à un nettoyage ethnique de la bande de Gaza, accompagné de l’établissement de colonies comme en Cisjordanie, ce qui conduirait au même état inéluctable de guerre permanente et à la destruction des relations avec les Palestiniens, où qu’ils se trouvent ?
De l’autre côté du rideau de fer israélien, la réalité semble essentiellement bonne à la plupart des Israéliens. Cependant, plus ils continueront à se cantonner derrière ce rideau de fer, plus ils s’éloigneront de la réalité, jusqu’à l’inévitable chute dans le gouffre béant. Seront-ils encore capables de briser ce rideau ?
Violences, humiliations, surpopulation effroyable, cellules froides et stériles, entraves pendant des jours. Un Palestinien qui a passé trois mois en détention administrative israélienne pendant la guerre de Gaza décrit son expérience à la prison d’Ofer.
Amira, chez lui dans le camp d’Aida cette semaine, après sa libération de la prison d’Ofer. « J’ai déjà été à Ofer, mais ça n’a jamais été comme ça » Photo : Alex Levac Gideon Levy
23 mars 2024 5:31 am IST
Munther Amira a été libéré de « Guantanamo ». Il avait déjà été arrêté plusieurs fois par le passé, mais ce qu’il a vécu lors de son incarcération dans une prison israélienne pendant la guerre de Gaza ne ressemble à rien de ce qu’il a pu vivre auparavant. Un ami qui a passé 10 ans dans une prison israélienne lui a dit que l’impact de sa propre incarcération au cours des trois derniers mois équivalait à 10 ans de prison en temps normal.
Le témoignage détaillé qu’Amira nous a livré cette semaine dans sa maison du camp de réfugiés d’Aida, à Bethléem, est choquant. Il a exprimé son calvaire avec son corps, s’agenouillant à plusieurs reprises sur le sol, décrivant les choses dans les moindres détails, sans aucun sentiment, jusqu’à ce que les mots deviennent insupportables. Il était impossible de continuer à écouter ces descriptions déchirantes.
Mais on avait l’impression qu’il attendait l’occasion de raconter ce qu’il avait enduré dans une prison israélienne au cours des derniers mois. Les descriptions se succédaient sans interruption – horreur sur horreur, humiliation sur humiliation – à mesure qu’il décrivait l’enfer qu’il avait vécu, dans un anglais courant entrecoupé de termes hébraïques relatifs à la prison. En trois mois, il a perdu 33 kilos.
Deux grandes photos trônent dans son salon. L’une représente son ami Nasser Abu Srour, emprisonné depuis 32 ans pour le meurtre d’un agent du service de sécurité du Shin Bet ; l’autre le représente le jour de sa libération, il y a exactement deux semaines. Cette semaine, Amira est apparu physiquement et mentalement résilient, semblant être une personne différente de celle qu’il était le jour de sa sortie de prison.
Amira a 53 ans, il est marié et père de cinq enfants. Il est né dans ce camp de réfugiés, dont la population comprend les descendants des habitants de 27 villages palestiniens détruits. Il a conçu la grande clé du retour qui est accrochée à la porte d’entrée du camp et qui porte l’inscription « Pas à vendre ». Amira est un militant politique qui croit en la lutte non violente, un principe qu’il défend toujours, même après le nombre considérable de morts à Gaza pendant la guerre, souligne-t-il. Membre du Fatah, il travaille au Bureau des colonies et de la clôture de l’Autorité palestinienne et est diplômé de la faculté des sciences sociales de l’université de Bethléem.
18 décembre 2023, 1 heure du matin Bruits sourds. Amira regarde par la fenêtre et voit des soldats israéliens frapper son jeune frère Karim, âgé de 40 ans. Les soldats traînent Karim au deuxième étage, dans l’appartement d’Amira, et le jettent à terre au milieu du salon. Amira affirme que son frère s’est évanoui. Karim est le directeur administratif du service de cardiologie de l’hôpital Al-Jumaya al-Arabiya de Bethléem, et il n’est pas habitué à ce genre de violence.
La pièce est remplie de soldats, des dizaines peut-être. La fille d’Amira, Yomana, se tenait derrière lui. L’officier a dit : « Emmenez-la », et le cœur d’Amira a battu la chamade. Étaient-ils venus arrêter sa fille étudiante de 18 ans ? Quelle était sa transgression ? Les soldats ont ensuite ligoté son fils Mohammed, âgé de 13 ans, et son fils Ghassan, âgé de 22 ans. Mohammed portait un tee-shirt orné d’une carte de toute la Palestine – les soldats le lui ont arraché.
Amira n’a pas compris ce qui se passait. Les soldats ont pris sa photo et l’ont envoyée à l’endroit où ils l’ont envoyée : « C’est lui », a-t-il entendu dire par la suite. Il a été ligoté et emmené dans une base militaire, où des soldats l’ont jeté par terre et lui ont donné des coups de pied, raconte-t-il. Environ une heure plus tard, il a été ramené chez lui. On lui a bandé les yeux, mais dans l’obscurité, il a entendu Yomana crier « Je t’aime ». Ce moment fugace et doux l’accompagnera pendant les trois mois suivants en prison. Il a répondu : « Je t’aime et n’aie pas peur ». Il a été puni pour cela, mais au moins il s’est senti plus calme, sachant que Yomana n’avait pas été arrêtée.
Il a de nouveau été emmené et jeté dans un véhicule militaire, où les soldats n’ont cessé de lui donner des coups de pied. Il a l’âge des pères de beaucoup de ces mêmes soldats. Il a ensuite été placé dans le coffre de la voiture, et ils ont commencé à se déplacer. Au bout d’une demi-heure, ils ont atteint une base militaire, où il a été laissé dehors par une froide nuit d’hiver. Les soldats parlaient entre eux de Gaza. L’un d’eux lui a dit : « Aujourd’hui, nous allons réaliser ton rêve. Tu voulais être un shahid [martyr religieux] ? Nous t’enverrons à Gaza. » Amira a frémi et a répondu : « Je veux vivre, pas mourir. » Il craint que les troupes ne fassent ce qu’elles menacent et imagine déjà sa mort à Gaza.
Le matin arrive et il se retrouve au centre de détention d’Etzion. « Maintenant, le spectacle commence », disent les soldats. Amira a été emmené dans un bureau, où les menottes, qui laissaient déjà des bleus sur ses poignets, lui ont été retirées, et on lui a ordonné de se déshabiller. Lorsqu’il est arrivé à son caleçon, il a refusé de continuer. Les soldats lui ont donné un coup de pied et il est tombé à terre. « Soudain, j’ai compris ce qu’est un viol, ce qu’est le harcèlement sexuel. Ils voulaient me déshabiller et me prendre en photo ». Il s’est mis nu, les soldats lui ont dit d’écarter les jambes, il s’est senti humilié comme jamais auparavant dans sa vie. Il avait peur qu’ils publient les vidéos qu’ils avaient prises. Finalement, il a été emmené dans une cellule.
Le dîner se composait d’une petite assiette de fromage frais et d’une tranche de pain. Mais c’est le déjeuner du lendemain qui a véritablement sidéré Amira. Les soldats ont placé quatre plateaux aux quatre coins de la pièce, et huit détenus ont reçu l’ordre de s’agenouiller et de manger sur les plateaux avec leurs mains. L’image qui lui vient à l’esprit est celle des chats des rues, se souvient-il. La nourriture consistait en une bouillie méconnaissable et immangeable. Il dit que c’était un mélange des restes des repas des soldats. Il a demandé ce qu’était la partie blanche et on lui a répondu qu’elle provenait d’un œuf. Il est prêt à jurer que ce n’était pas un œuf. Amira n’a pas touché à la nourriture.
Le lendemain, il a été transféré à la prison d’Ofer, près de Ramallah, où il a été interrogé sur quelques messages que les interrogateurs prétendaient qu’il avait téléchargés et qu’il niait. « Il n’y a rien dans mon Facebook qui soutienne la violence », déclare-t-il. Les messages s’identifiaient notamment au sort des habitants de Gaza. L’interrogateur a dit : « Mabruk [félicitations]. Vous allez être placé en détention administrative » – une incarcération sans procès.
Tel fut le sort d’Amira pendant les trois mois qui suivirent. Il a été condamné à quatre mois de prison, sans aucune preuve, sans parler d’un procès. « J’ai déjà été à Ofer, mais ça n’a jamais été comme ça. La combinaison d’une guerre au cours de laquelle les Palestiniens, où qu’ils soient, peuvent être soumis à des abus, et le fait que l’administration pénitentiaire israélienne soit sous la tutelle d’Itamar Ben-Gvir, le ministre de la sécurité nationale, laisse des traces. Amira a décidé de ne résister à rien pour survivre.
Il a reçu un uniforme marron de l’administration pénitentiaire, sans sous-vêtements et sans rapport avec sa taille. Plus tard, il a échangé ses vêtements avec un autre détenu. Il avait un matelas de 5 centimètres d’épaisseur et une couverture en laine ; il dormait avec 12 autres détenus dans une cellule prévue pour cinq. « C’est contraire à une décision de la Haute Cour de justice », note-t-il. Huit détenus dormaient à même le sol ; en raison de son âge, il a eu droit à un lit.
Amira a découvert qu’il se trouvait dans l’aile 24 de la prison, réservée aux détenus problématiques. « Je pensais que j’étais quelqu’un de bien », dit-il en souriant. Les nouveaux prisonniers en provenance de Gaza sont détenus dans l’aile adjacente. Il pense que certains d’entre eux faisaient partie de l’unité Nukhba du Hamas. Il n’est pas près d’oublier leurs cris. « Les gens crient, aboient, pleurent, enfermés 24 heures sur 24, les yeux bandés, et les gardiens les battent sans arrêt.
Les choses n’étaient pas faciles dans son aile. Cinq fois au cours des trois mois, des agents des opérations spéciales de l’administration pénitentiaire faisant preuve d’une violence aiguë ont fait irruption dans leur cellule, à chaque fois sous un prétexte différent. La cellule n’avait pas l’aspect habituel d’une cellule d’Ofer : Elle était complètement vide. La télévision, la bouilloire électrique, le brûleur, la radio, les livres, le papier et le crayon, les échecs, le backgammon – il ne restait rien, et bien sûr, il n’y avait pas de cantine. Je m’en suis accommodée, dit Amira. C’est le prix de la résistance à l’occupation et à la guerre à Gaza.
Ils ont assemblé un plateau de backgammon à l’aide d’un carton à pain et ont tracé les marques du jeu à l’aide d’une solution composée des comprimés d’anxiolytiques écrasés d’une prisonnière et d’eau. Les pions étaient fabriqués à partir de coquilles d’œuf. Un soir, la patrouille a confisqué le jeu improvisé. La punition ne se fait pas attendre. À 6 heures du matin, la force d’opérations spéciales Keter Ofer s’est présentée avec deux chiens et a agressé les détenus. Ils les ont ensuite emmenés dans les douches et les ont lavés avec leurs vêtements. Le lendemain matin, ils ont pris les couvertures et les matelas et les ont gardés jusqu’à 22 heures.
Pas de café, pas de cigarettes. C’était un cauchemar pour les fumeurs. Parfois, les prisonniers passaient et fumaient dans la cellule pour exacerber leurs souffrances. L’arôme du café des gardiens rendait également les détenus fous. Deux petits plats de confiture pour 13 prisonniers, qui se battaient pour y goûter.
« J’ai compté les secondes », dit Amira, mais le temps semblait s’être arrêté en prison. Pour la première fois, il a vu un détenu qui a tenté de se suicider en se jetant du deuxième étage sur la clôture à l’extérieur. Ces derniers temps, les tentatives de suicide se sont multipliées dans la prison, dit-il, ce qui va totalement à l’encontre de l’éthique des Palestiniens qui ont décidé de lutter contre l’occupation. Le détenu qui a sauté saignait, ses codétenus ont essayé d’appeler une ambulance. Mais à Ofer, on n’a pas le droit d’appeler qui que ce soit – ils ont donc été à nouveau punis. L’équipe du Keter Ofer est réapparue et, cette fois, les a fait s’allonger sur le sol et les a frappés avec des matraques. Ils ont également frappé Amira dans les testicules. Selon lui, il s’agit là aussi d’une agression sexuelle. Je me suis dit : « Je vais mourir : Je vais mourir. J’ai un problème de tension artérielle et mon cœur battait la chamade. Certains d’entre nous saignaient du nez ».
Les œufs servis n’étaient pas cuits. Quelques jours plus tard, il a décidé de tout manger pour survivre. Une fois, lorsqu’ils ont été emmenés dans des cellules « d’attente » (cellules d’isolement pour ceux qui allaient être transférés), il a été menotté pendant toute une journée et toute une nuit. Il a dû se soulager dans son pantalon parce qu’il ne pouvait pas le baisser. « Et tout est lié au 7 octobre. Tout ce que j’ai demandé, ils ont dit ‘7 octobre’. Lorsque nous avons demandé que les œufs soient cuits, ils ont dit : ‘7 octobre’. C’est Guantanamo, je vous le dis ».
Le porte-parole de l’administration pénitentiaire israélienne a déclaré cette semaine en réponse à une enquête de Haaretz : « Nous ne sommes pas au courant des allégations décrites et, pour autant que nous le sachions, elles sont incorrectes. Si une plainte en bonne et due forme est déposée, elle sera examinée par les personnes compétentes ».
L’unité du porte-parole de l’IDF a déclaré à Haaretz : « Le suspect a été arrêté le 18 décembre 2023, soupçonné d’incitation et d’activité dans une organisation hostile. Au cours d’une audience au tribunal militaire sur la demande du procureur militaire de prolonger son emprisonnement, le suspect a soulevé des revendications concernant le traitement que lui ont réservé les soldats pendant son incarcération. Ces allégations sont en train d’être clarifiées.
Amira a été libéré au bout de trois mois, soit un mois plus tôt que prévu. Personne ne lui a rien dit, il a juste reçu des vêtements fournis par la Croix-Rouge et pensait qu’il était libéré dans le cadre d’un accord (ce qui n’a pas été le cas). Il nous a raconté cette semaine dans sa maison : « Mahmoud Darwish a écrit que les prisonniers sont la source d’espoir du peuple palestinien. Ce n’est plus vrai. C’est la première fois que des détenus tentent de se suicider. C’est la première fois que je sens que la porte de la cellule est la porte d’une tombe. Une prison israélienne est désormais un cimetière pour les vivants ».
anniebannie a trouvé ce texte sur X et n’a pas pu résister au profond sarcasme qu’il contient. Vous êtes probablement au courant du scandale provoqué par le discours de Jonathan Glazer lors de la réception de son oscar pour le film «Zone of interest »
Personnellement, je pense que c’est une bonne chose que 450 créateurs juifs aient dénoncé Jonathan Glazer pour son sentiment d’horreur devant les 160 jours de massacre d’Israël à Gaza. Mais ce n’est pas suffisant. C’est loin d’être suffisant. Les créateurs juifs devraient aller plus loin et exiger qu’Israël tue beaucoup plus d’enfants et de bébés. Ils devraient appeler à une campagne de famine bien plus importante, tuant non seulement les enfants palestiniens, mais aussi tout simplement les musulmans et les Arabes du monde entier. Parce que c’est la chose juive créative à faire : refuser l’accès à la nourriture à tous ceux qui sympathisent avec les Palestiniens.
Ils devraient appeler à bombarder davantage de personnes, et pas seulement en Palestine : pourquoi l’Irlande serait-elle épargnée alors qu’elle condamne si ouvertement Israël ? N’est-ce pas le propre de la créativité juive que de bombarder Belfast jusqu’à ce qu’elle soit détruite ?
Et pourquoi n’appellent-ils pas à une campagne d’assassinat contre tous les dissidents ? Quel genre de patriotisme juif est-ce là ? Il faut appeler à beaucoup plus de meurtres, de morts et de destructions dans le monde entier. L’Amérique devrait fournir tout son PIB et toutes ses munitions à Israël pour qu’il puisse bombarder n’importe quelle partie du monde si Netanyahou le souhaite.
Et tous les pays du monde doivent jeter les non-sionistes dans des goulags, où ils seront eux aussi privés de soins médicaux et subiront des amputations sans anesthésie. C’est le strict minimum. Alors oui, dénoncer Galzer est un bon pas, mais ce n’est qu’un premier petit pas vers un monde entièrement engagé et dédié au meurtre de masse (fierement juif).
Le soldat américain de l’U.S. Air Force Aaaron Bushnell, qui s’est sacrifié par le feu dimanche devant l’ambassade d’Israël à Washington pour protester contre le génocide du peuple palestinien, avait enregistré une courte vidéo avant son geste fatal.https://www.dailymail.co.uk/embed/video/3133011.html
« Je ne me rendrai pas complice plus longtemps de ce génocide », y déclare ce jeune homme de 25 ans. « Je suis sur le point de faire quelque chose d’extrême en signe de protestation, mais comparé à ce que les gens subissent en Palestine aux mains des colonisateurs, ce n’est pas du tout extrémiste. Ce qui se passe, c’est ce que notre classe dirigeante considère comme normal », commente le martyr, bouteilles inflammables déjà en mains.
Transporté dans un état critique dimanche à la mi-journée, le jeune Bushnell est décédé peu après son arrivée à l’hôpital. A noter que son geste héroïque a rapidement fait la « une » de nombreux médias dans le monde, y compris en Israël, alors que dans l’Hexagone, on glosait toujours sur le cirque des politiciens au Salon de l’Agriculture.
Une photo récente du martyrAaron Bushnell au moment où il s’immole, dimanche midi devant l’ambassade d’IsraëlEt le garde de l’ambassade d’Israel pointe son flingue, plutôt que de chercher un extincteur. Normal !