Israël commence à s’inquiéter du boycott économique palestinien


05/07/2010

Reportage : « Le boycott, c’est du terrorisme économique ! » fulmine Avi Elkayam, un homme d’affaires israélien qui dirige l’Association des industriels de Mishor Adoumim, une colonie juive de Cisjordanie. Même s’il reconnaît que ce boycott « n’a qu’un impact minime » sur les affaires, M. Elkayam s’inquiète pour l’avenir.

Avec l’ambition de préparer l’avènement d’un État indépendant, l’Autorité palestinienne organise un boycottage des produits provenant des 120 implantations juives de Cisjordanie occupée, une décision qui a l’assentiment de la « rue palestinienne ». L’Autorité envisage aussi de sanctionner les Palestiniens qui continueraient d’aller travailler dans les colonies après le 1er janvier prochain, une mesure beaucoup moins populaire.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fustigé l’appel au boycott de l’Autorité palestinienne, jugeant que « malgré nos efforts pour développer une paix économique, les Palestiniens prennent des décisions qui vont à l’encontre avant tout de leurs intérêts ». Avec ses 300 industries, la zone industrielle de Mishor Adoumim fournit plus de 3 000 emplois aux Palestiniens de la région sur les 22 000 travaillant dans des entreprises israéliennes en Cisjordanie.

Avi Elkayam, 35 ans, dirige une société de confiserie avec un chiffre d’affaires d’un million de shekels (200 000 euros), dont 5 % proviennent des territoires palestiniens. « Nous savons comment contourner ce boycottage, en changeant les étiquettes sur nos produits, par exemple », explique-t-il, assurant qu’aucune entreprise de Mishor Adoumim n’a fermé à cause de l’embargo palestinien.

Mais quand on évoque l’assèchement de la main-d’œuvre palestinienne, il s’emporte : « Depuis 20 ans, nous sommes ensemble ici, Palestiniens et Israéliens, pourquoi vouloir tenter de briser cette coexistence ? Nous sommes un exemple pour la paix et personne ne le comprend ! » s’insurge-t-il. Une responsable de l’entreprise voisine, qui préfère garder l’anonymat, ne cache pas ses craintes. Elle vend ses produits dans le monde entier, parfois avec des étiquettes affichant une autre provenance que celle de son usine de Cisjordanie afin de contourner les campagnes internationales de boycott. Les colonies sont considérées comme illégales par la communauté internationale. Plus de 200 Palestiniens, en majorité de Jéricho, se rendent chaque matin dans cette usine. « Nous dépendons de ces Palestiniens pour la fabrication de nos produits et ils dépendent de nous pour nourrir leurs familles », précise-t-elle.

Au supermarché Rami Lévy, dans la colonie du Gush Etzion, près de Bethléem, troisième magasin de cette chaîne installé en Cisjordanie, les clients palestiniens côtoient les Israéliens, en majorité des colons venus des implantations voisines. Pour Salamat, un directeur d’école palestinien de Bethléem, qui vient pour la première fois dans ce magasin faire ses courses, Salam « Fayyad (le Premier ministre palestinien) peut dire ce qu’il veut. Il devrait plutôt venir faire ses courses ici ». Le directeur du supermarché, Ovadia Lévy, dont plus de la moitié des 110 employés sont des Palestiniens, est confiant : « Ils continueront d’acheter chez nous car les prix sont attractifs, il y a un plus grand choix de produits que chez eux », assure-t-il. Il est convaincu que les premières victimes du boycottage seront les Palestiniens eux-mêmes. « Ils ont besoin de nourrir leurs enfants, l’Autorité palestinienne ne leur offre aucune alternative », souligne-t-il.

C’est ce que pense Moussa Johar, un Palestinien de 55 ans, habitant d’un village voisin, qui déclare : « Personne ne va me dire comment je vais gagner ma vie. » « Nous ne faisons pas de politique, nous voulons continuer à pouvoir ramener de l’argent à la maison et ce n’est pas l’Autorité palestinienne qui va me nourrir », argue cet ouvrier du BTP.

http://www.lorientlejour.com/category/%C3%89conomie/article/663380/_Israel_commence_a_s%27inquieter_du_boycott_economique_palestinien.html

Jacob COHEN, LE PRINTEMPS DES SAYANIM, éditions l’HARMATTAN


Interview de l’auteur.

Pourquoi ce titre ?
J’ai voulu que le terme « sayanim » apparaisse d’emblée et interpelle le lecteur. On se pose la question, et la définition se trouve juste dans les premières lignes de la 4e. La problématique est installée, sans faux-fuyants, et sans réserve. Idéalement, j’aimerais que ce terme entre dans le vocabulaire courant, dans les analyses, et dans les commentaires.

Voulez-vous nous la rappeler ?
Les sayanim – informateurs en hébreu – sont des juifs de la diaspora qui, par « patriotisme », acceptent de collaborer ponctuellement avec le Mossad, ou autres institutions sionistes, leur apportant l’aide nécessaire dans le domaine de leur compétence.

Comment avez-vous eu l’idée d’écrire sur les sayanim ?
C’est la conjugaison de plusieurs éléments. La lecture de tout livre sérieux sur le Mossad montre l’importance essentielle de ces citoyens juifs qui décident de travailler pour les services secrets israéliens. Imaginez des dizaines de milliers d’agents, occupant des fonctions dans toutes les couches sociales, et qui obéissent au doigt et à l’œil au Mossad. Il est à noter que les auteurs anglo-saxons sont beaucoup plus prolifiques sur ce sujet.
Je suis d’assez près l’actualité proche-orientale, et je consulte les médias des 2 bords. Et je suis sidéré, presque fasciné, par la puissance médiatique du lobby pro-israélien. Et comment il arrive à faire rentrer dans les esprits, jusqu’à devenir des banalités admises, des concepts comme « la seule démocratie de la région », ou tellement aberrants, comme « assurer la sécurité d’Israël ».
Le fait de savoir que des sayanim sont en grande partie le moteur de cette propagande permet une lecture plus lucide et plus pertinente de l’actualité.

Est-ce une réalité ?
Je comprends le sens de la question. Je cite Gordon Thomas au début du livre. C’est un spécialiste reconnu des services secrets, en particulier du Mossad. Tellement reconnu qu’il a interviewé tous les chefs du Mossad depuis les années 60, et tous ont admis, en s’en glorifiant, l’apport crucial des sayanim à travers le monde.
Je cite également Victor Ostrovsky, l’un des rares agents du Mossad à avoir publié, après son départ de l’institution, un témoignage unique et inédit sur le service secret, ses méthodes, ses objectifs, ses ressources.

Quel est leur nombre ?
En France ils seraient près de 3000. Ostrovski, ex-agent du Mossad, estime leur nombre à 3000 rien qu’à Londres. On peut imaginer leur importance aux Etats-Unis. Mais le « réservoir » est infini. Si on associe le Bnai Brit (franc-maçonnerie juive internationale), la WIZO (organisation internationale des femmes sionistes), les organisations judéo-sionistes nationales, comme l’UPJF, l’UEJF, le CRIF… en France, et dans les autres pays, ainsi que les sympathisants, on arrive facilement au chiffre de un million de juifs prêts à travailler pour le Mossad. Evidemment ils ne sont pas tous recrutés à cette tâche. Car il faudrait des centaines d’agents pour les traiter. Le Mossad se contente d’en avoir dans tous les secteurs d’activité, avec un accent particulier sur les plus sensibles : les médias, les grands hôtels et les agences de voyage (pour surveiller les allées et venues des Arabes en général, des agents de renseignement, des hommes d’affaire, enfin de toute personne susceptible d’atteindre les intérêts israéliens.

Un cas concret pour en comprendre le mécanisme?

Pour revenir à Victor Ostrovsky. Lorsque la France a construit une centrale nucléaire en Irak dans les années 70, des scientifiques irakiens étaient venus à Saclay pour se perfectionner. Le Mossad était bien sûr intéressé à les connaître pour pouvoir agir sur eux. N’importe quel autre service secret aurait eu besoin de moyens en hommes, de filature, d’argent pour corrompre, peut-^tre de tentatives d’effraction, et de temps, pour y arriver éventuellement. Le Mossad, et c’est sa supériorité, s’est tout simplement adressé à un informateur juif (sayan) qui travaillait à Saclay. Et a demandé que lui fussent fournis les dossiers complets originaux. Car il se méfiait des photocopies. La majorité des renseignements étant en arabe, c’est lui-même qui s’est acquitté de cette tâche. Quel autre service de renseignements peut bénéficier de telles complicités ? Après, ce fut un jeu d’enfant pour piéger l’un de ces scientifiques, remonter jusqu’à leur responsable, et l’assassiner lors de sa visite à Paris.

Ces agents juifs n’interviennent-ils que dans des cas d’espionnage ?

Pas du tout. Les sayanim interviennent aussi et surtout dans les manipulations médiatiques. D’ailleurs le Mossad possède un département important, appelé le LAP, pour « guerre de propagande ». Il me revient un exemple historique. Rappelez-vous le film EXODUS. Il a réécrit l’histoire de 1948 et imposé la vision sioniste pour au moins une génération. En 1961, c’est le premier ministre israélien en personne qui a accueilli l’équipe du film à l’aéroport. C’est dire l’importance qu’on lui accordait.

Rappelons l’importance du Bnai Brit. 500 000 membres dans le monde, probablement 400 000 aux Etats-Unis, dont 6 000 dans le secteur du cinéma. Comment imaginer qu’un film ou qu’une série défavorable à Israël puisse voir le jour ?

Et plus récemment ?

Le cas le plus flagrant est celui du soldat israélien enlevé par le Hamas. Le réseau des sayanim à travers le monde a fait en sorte que son nom soit tellement matraqué que personne ou presque n’ignore son nom. Par ailleurs, son père a été reçu à plusieurs reprises par tous les dirigeants occidentaux, par Sarkozy, Merkel, Blair, Berluscuni, Zapatero, Barroso, par le secrétaire général de l’ONU, par le parlement européen, par l’assemblée de l’UNESCO, enfin le gratin mondial. Comment est-ce possible sans l’intervention de sayanim bien placés dans les instances gouvernementales, économiques, culturelles, médiatiques ? Je rappelle qu’il s’agit d’un caporal d’une armée d’occupation. Quel autre prisonnier peut bénéficier d’une telle sollicitude internationale ? Et avoir son portrait géant sur l’édifice de la Mairie du 16e arrondissement ? Des hommes politiques français, dont Sarkozy et Kouchner, ont exigé sa libération pour raisons humanitaires. Sans dire un mot des milliers de prisonniers palestiniens.

Dans quel but ?

Il s’agit de faire pénétrer dans l’opinion internationale qu’Israël a un « otage » (un seul !) aux mains du Hamas. Cela fait oublier les 11 000 prisonniers palestiniens détenus dans les geôles israéliennes. L’écrasante majorité d’entre eux sont des prisonniers politiques, c’est-à-dire condamnés pour leur lutte pacifique pour l’indépendance. Rappelons qu’Israël est le seul pays « démocratique » au monde qui applique la détention administrative : pouvoir emprisonner n’importe quel citoyen sans avocat, sans jugement, sans motif, sans limitation dans le temps.
Et c’est sur cette base que les forces d’occupation ont kidnappé, juste après l’enlèvement du soldat, 45 personnalités politiques du Hamas, en majorité des élus du peuple. Sans qu’elles aient rien à leur reprocher. Cela s’appelle des « représailles collectives » condamnées par le droit international, et rappelle le comportement de l’occupant nazi en France.
Ainsi, pendant que les médias nous matraquent avec le soldat « otage », on oublie le plus important, et le plus horrible.

Une expérience personnelle : Le 26 juin, le journal du matin de TV5 avait encore fait un reportage sur le drame de ce soldat « otage ». J’ai écrit en rappelant que l’honnêteté journalistique aurait exigé de mentionner les prisonniers soumis à la détention administrative et le kidnapping des 45 élus du Hamas. Aucune réponse, aucun correctif.

Comment se fait-il qu’on ne parle pas beaucoup des sayanim ?

Cela reste un mystère. Comment des journalistes aguerris ont pu disserter sur Israël sans mettre sur le doigt sur cet aspect capital ! Je mets cela sur la puissance des sayanim qui ont réussi l’exploit de ne pas faire parler d’eux. Il ne faut pas oublier que la chape qui écrasait les médias pour diffuser la pensée unique favorable à Israël n’a commencé à se fissurer que depuis quelques années.

Pourquoi des citoyens juifs français par exemple deviennent des sayanim ?
Vous savez, l’idéologie sioniste, jusqu’en 1948, était loin d’être majoritaire dans les communautés juives. Je me souviens qu’au Maroc, dans les années 50, les rabbins vilipendaient les sionistes. Et puis la création d’Israël, la propagande, la hantise d’un nouveau génocide, ont fait en sorte que les institutions juives ont basculé dans un appui inconditionnel à l’Etat juif. Aujourd’hui en France il n’est pas admissible d’exprimer la moindre réserve dans le cadre des institutions juives. La propagande est telle que les citoyens juifs qui vivent dans le cadre de ces institutions développent un second patriotisme et un nationalisme hors du commun. Au besoin, comme illustré dans le roman (l’épisode du cardiologue), le Mossad fera appel au chantage patriotique.

Vous donnez une grande importance à la franc-maçonnerie dans votre livre. Pourquoi ?
La franc-maçonnerie me paraît une illustration parfaite du travail d’infiltration et de propagande mené par les sayanim. D’abord pour montrer qu’aucun domaine ne leur échappe. Il n’y a pas de petits profits. Là où on peut pousser à la défense d’Israël, on le fait sans états d’âme. Par ailleurs, cela montre que les juifs sionistes ne reculent devant rien. Car peu de gens ignorent – même si on n’est pas familier avec la franc-maçonnerie – que celle-ci est d’abord laïque, ouverte à tous sans distinction de race, de religion, ou d’orientation politique. Et voilà que des franc-maçons juifs et sionistes créent en 2002 une loge spécifiquement juive, et sioniste pour défendre Israël. Je l’ai vécu personnellement, car j’ai été franc-maçon pendant près de 17 ans. Cela s’est passé en 2002, au plus fort de la seconde intifada. Cela n’était pas dit expressément, car c’est contraire à l’éthique maçonnique, mais dans les faits cela revenait au même. Ne devinant pas de quel bord j’étais, ces frères m’ont mis au parfum sans ambages. Et à mon avis c’était couvert par les instances supérieures. Tout ce qui se disait dans la loge était favorable à Israël (voir le 1er chapitre et la conférence tendant à faire un parallèle entre les réfugiés palestiniens et les juifs partis des pays arabes, souvent à l’instigation du Mossad). Et chaque année, la loge organise un « voyage d’information » en Israël, encadré par des fonctionnaires du ministère israélien des Affaires étrangères.

Un de mes personnages principaux, Youssef El Kouhen, va subir les foudres des sayanim franc-maçons. Fils d’immigrés maghrébins, il pense faire un pas décisif dans son intégration républicaine en étant admis au sein du Grand Orient. Mais ayant découvert l’existence de cette loge « judéo-sioniste », il va tenter, avec d’autres frères arabes de contrer leur propagande en créant une loge pro-palestinienne. Mais là il va se heurter à la puissance du lobby sioniste implanté au Grand Orient de France et subira une défaite cinglante. Ce lobby va agir au mépris de toutes les lois de l’Obédience.

En parcourant le livre, on s’aperçoit que certains personnages ressemblent étrangement à des personnes connues, surtout pour leurs sympathies sionistes.
Parmi les 3 000 sayanim français, certains sont connus. Pas en tant que sayanim. Par définition, ce sont des agents secret. Mais étant donné leur soutien constant à Israël et leur participation active à des campagnes savamment orchestrées, il est probable qu’ils agissent dans ce cadre. J’ai voulu les montrer en action, par exemple pour recruter pour monter en épingle une rencontre sportive israélo-palestinienne à Paris, sans autre finalité que de donner l’illusion d’un processus de paix.

Et plus explicitement ?
Il y a plusieurs années, un match de football a eu lieu au Parc des Princes entre des jeunes israéliens et palestiniens. Ce qui avait donné lieu à un battage publicitaire démesuré. J’ai repris cet événement en tentant d’imaginer les coulisses, les pressions, les manipulations, les interventions. Pour obtenir gratuitement le stade, pour le remplir avec des jeunes de banlieue en faisant intervenir le rectorat, en sollicitant des subventions de l’Union européenne et de la Mairie de Paris, en faisant pression sur les dirigeants musulmans « modérés » pour qu’ils apportent leur caution. Une opération de propagande rondement menée grâce aux sayanim, et leurs alliés, dont les plus indéfectibles : SOS Racisme et la Mairie de Paris.

On retrouve souvent SOS Racisme. Pourquoi ?
Pour moi, cette organisation sert de courroie de transmission aux idéologies sionistes. Sa proximité incestueuse avec l’UEJF, un des piliers du soutien à Israël, en est une illustration. Jamais SOS Racisme n’a lancé par exemple une campagne contre l’occupation israélienne, alors qu’elle se démène contre le Soudan. En occupant le terrain, grâce à des subventions généreuses, SOS Racisme empêche l’émergence d’autres organisations anti-racistes plus proches des exigences de la majorité de ses membres. On entend d’ailleurs plusieurs voix, dont celle de Joey Star, réclamer une autre organisation anti-raciste, issue des quartiers, et les représentant légitimement.

Dans le roman, je développe un point de vue qui ne doit pas être loin de la réalité. En fait, c’est l’UEJF et ses alliés sionistes qui cherchent un candidat pour remplacer l’actuel président. D’ailleurs, quand un président de l’UEJF quitte son poste, il devient vice-président de SOS Racisme. Après un noir, les sionistes cherchent un beur présentable qui appliquera les consignes. Tout prétendant à ce poste connaît les enjeux.

Tout un chapitre est consacré à la Mairie du 16e arrondissement. Pour quelle raison ?
Cette Mairie est un des châteaux forts des sionistes. Le Bnai Brit (franc-maçonnerie juive internationale) s’y réunit régulièrement et y organise son salon du livre. Son maire est un ardent défenseur d’Israël. Un portrait géant du soldat israélien enlevé par le Hamas orne la façade de la Mairie.

Il y a ce personnage, MST, qui traverse tout le roman, et qui ressemble furieusement à BHL…
Je vous laisse la responsabilité de ce constat. Il est vrai qu’il y quelques ressemblances, mais en principe ce n’est pas lui. Ceci dit, il ne me déplait pas que certains fassent ce rapprochement. Michel-Samuel Taïeb est effectivement un personnage central, correspondant à son rôle flamboyant, à ses nombreux réseaux, à son implication sans réserve en faveur d’Israël, à l’acharnement avec lequel il recrute d’autres sayanim. C’est lui qui va recruter le cardiologue, qui va intervenir à l’Elysée pour donner l’ordre aux rectorats de remplir le stade de jeunes beurs, qui va appeler un responsable d’émission à Canal Plus pour humilier en direct des militantes de SOS Palestine, qui va faire pression sur le recteur de la Mosquée de Paris pour soutenir ce prétendu « match pour la paix », etc.

On a l’impression que vous vous êtes pas mal amusé avec les noms des sayanim.
Je n’ai pas pu m’en empêcher. Le fait de trouver ces noms, que d’aucuns pourraient rapprocher de personnages réels, me remplissait de joie à chaque fois. Il est vrai que mes sympathies vont là où vous savez. Je n’avais aucune raison de les épargner.

Est-ce à dire que c’est un roman politique ?
Si on entend par là qu’il prend position de façon claire et nette, tout en dénonçant les pratiques de chantages et de manipulations au profit d’une politique impérialiste, alors oui, c’est un roman politique. D’ailleurs il est dédié « à tous ceux qui se battent pour la justice en Palestine ». La forme romanesque n’est qu’un méthode pour y arriver. Bien qu’une grande partie du livre se base sur des faits réels, ou exprime une réalité telle qu’elle pourrait se dérouler. Lorsque MST appelle Canal Plus, je n’étais pas à l’écoute, mais la façon dont la plupart des grands médias lui déroulent le tapis rouge me fait penser que c’est sa manière d’agir. Et d’être obéi.

Est-ce qu’on vous mettra des bâtons des les roues ?
Certainement. Les sayanim et leurs complices, et ils sont nombreux et occupent des postes stratégiques, feront tout pour élever un mur de silence. Ou bien ce sera le déni. Ou enfin le recours à ces vieilles méthodes de l’amalgame. Une critique d’Israël équivaut à de l’antisémitisme. Parler des sayanim, c’est revenir à cette accusation de complot que certains antisémites au tournant du 20e siècle lançaient aux juifs pour les discréditer. Le discours du déni, et d’un certain terrorisme intellectuel, est bien rodé.

Que peut-on vous souhaiter ?
J’espère d’abord que ce livre ouvrira les yeux sur cette force puissante et insidieuse mise au service d’une idéologie de domination. Qu’il permette ensuite un décryptage plus pointu des événements. Et enfin qu’il favorise l’émergence de contre-pouvoirs.

Email de l’auteur : yacobous@yahoo.fr

« Feu vert » de l’ONU à une attaque préventive américano-israélienne contre l’Iran?


La résolution du Conseil de sécurité transforme l’Iran en proie facile

par Michel Chossudovsky

«Une proie facile est une victime sans défense, une cible facile, vulnérable à l’attaque. »

Cette dernière résolution laisse non seulement entendre que Washington et ses alliés de l’OTAN ont le contrôle du Conseil de sécurité de l’ONU, mais qu’en définitive ils donnent un coup fatal à la politique étrangère de Moscou et de Pékin.

Cette résolution du Conseil de sécurité devrait dissiper le mythe de la rivalité des superpuissances. La Chine et la Russie sont un appendice du nouvel ordre mondial.

En ce qui concerne la diplomatie internationale, la Chine et la Russie sont des « tigres de papier », sans dents. «Un tigre de papier [纸老虎 (Zhǐ lǎohǔ)], signifie quelque chose qui semble représenter une menace tel un tigre, mais qui est totalement sans danger ».

La Chine et la Russie sont les victimes de l’échec de leur propre décision au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Une attaque contre l’Iran engendrerait immédiatement une escalade militaire. La Syrie et le Liban seraient également visés. L’ensemble du Moyen-Orient et de l’Asie centrale exploserait, une situation qui pourrait potentiellement évoluer vers un scénario de Troisième Guerre mondiale.

De façon très réelle, l’aventure militaire États-Unis-OTAN-Israël menace l’avenir de l’humanité.

SUITE

Grande-Bretagne : magnifique victoire judiciaire pour les militants ayant saboté un fournisseur de l’armée israélienne


C’est une victoire splendide qu’ont obtenue jeudi 5 militants britanniques, qui avaient ouvertement saccagé les bureaux d’une usine fournissant les systèmes de bombardement de l’aviation israélienne. Le 17 janvier 2009, alors que les massacres de la population de Gaza se poursuivaient, ces militants anti-guerre, qui manifestent depuis des années contre le fabricant d’engins de mort EDO-MBM, s’étaient introduits dans son établissement de Brighton Hove (Sussex, sud de l’Angleterre), non sans avoir préalablement enregistré des vidéos dans lesquelles ils revendiquaient l’action à venir.

Une fois dans la place, ils avaient fracassé le plus grand nombre possible d’ordinateurs, jetés par les fenêtres, et détruit ce qu’ils pouvaient de classeurs et fichiers de cette entreprise puante, avant de se laisser tranquillement arrêter par la police au petit matin, fiers de l’œuvre de salubrité publique qu’ils venaient d’accomplir. Quand les dommages furent chiffrés, à 200.000 € en l’occurrence, l’un des participants répondit avec flegme : « 200.000 seulement ? On croyait en avoir fait un peu plus ! ».

EDO-MBM est une filiale du conglomérat américain ITT Corporation, un groupe industriel dont le passé criminel est l’un des plus sordides, sinon le plus sordide, de l’histoire du XXème siècle. On doit entre autres à ITT ses subventions à Hitler et à son chef des camps de la mort Heinrich Himmler, ses investissements dans l’aviation militaire du régime nazi, sa participation au coup d’Etat du général Pinochet au Chili, et d’innombrables coups tordus en Afrique.

Sa filiale EDO-MBM, régulièrement touchée par des scandales de corruption au sein du complexe militaro-industriel, a développé un système de bombardement vertical exclusivement utilisé par les F-16 de l’armée israélienne, principal instrument de terreur aérienne contre les populations du Liban et de Palestine.

Au procès, qui vient de se dérouler à Brighton, les accusés (Robert Nicholls, 52 ans ; Ornella Saibene, 50 ans ; Tom Woodhead, 25 ans ; Harvey Tadman, 25 ans, et Simon Levin, 35 ans) ont confirmé que leur action citoyenne n’était pas seulement légitime, mais qu’elle était légale. Entre autres, parce que le Statut de Rome fondant la Cour Pénale Internationale (CPI), désormais ratifié par le Royaume-Uni, fait obligation à tout citoyen ou tout institution témoin de crimes de guerre –ce qui est bien le cas de l’aviation israélienne contre le peuple palestinien, avec les matériels fournis par EDO-MBM- de s’y opposer.

Citée par la défense, la député britannique du Green (Verts) Party Caroline Lucas a justifié l’opération de sabotage, estimant que « tous les recours démocratiques pour s’opposer à l’œuvre de mort de EDO-MBM ont été épuisés », et que le passage à l’action directe était donc une nécessité.

Après avoir entendu également le plaignant, le patron de l’usine EDO-MBM qui fut rapidement confondu pour une série de mensonges, le jury a déclaré les cinq accusés non coupables. Le cas de deux autres prévenus doit être examiné ultérieurement.

Commentant le verdict d’acquittement, le magistrat George Bathurst-Norman a déclaré pour sa part : « Il n’est pas exagéré de dire que la population de Gaza a véritablement enduré les maux de l’enfer, au cours de l’attaque israélienne ‘Plomb Durci’ ».

CAPJPO-EuroPalestine

Pourquoi cette obsession avec Israël et les Palestiniens ?


mercredi 30 juin 2010 – 06h:15

Robert Fowke – The Guardian

Je ne suis pas le seul à manifester un intérêt excessif à l’égard d’Israël ; mais pourquoi sommes-nous si nombreux à nous acharner sur ce conflit comme sur une énorme ulcération ?


Quand je vois Benyamin Netanyahu et ses collègues nous présenter leur côté de certains événements, ce ne sont pas des honnêtes gens que je vois. Photo : Reuters

Je me considère comme un Anglais moyen, un peu centre- gauche sur le plan politique, mais je fais partie de la moyenne modérée. J’aime une bonne bière et une promenade dans la campagne. J’ai des goûts des plus banals.

Alors pourquoi, moi, qui suis si loin de cette région et qui reflète tellement l’image de mon propre pays, suis-je à ce point interpellé par le conflit israélo-palestinien ? À quoi tient mon intérêt disproportionné alors qu’il y a d’autres conflits dans le monde aussi déplaisants, voire pires ?

Je dévore les articles au sujet d’Israël-Palestine sur Comment is Free ; je consulte Haaretz, le Jerusalem Post, Al-Jazeera et d’autres sources. Quand la situation s’aggrave, j’en deviens accro. Pourquoi est-ce que je ne m’excite pas autant sur le Zimbabwe ? La Corée du Nord ? Le Soudan ? La Tibet ? La Birmanie ?

Je ne suis pas le seul. Les commentaires postés sur Internet par les partisans d’Israël, par les partisans de la Palestine et par des trolls des deux bords montrent qu’il y a des millions d’entre nous dans le monde, des millions et des millions, qui s’acharnent sur ce conflit comme sur la croûte d’une énorme plaie.

Qu’est-ce qui sous-tend un intérêt aussi passionné ? Peut-être suis-je antisémite ? Pour les sionistes, pratiquement tout ce que fait Israël est justifié, et ce doit être la première explication la plus plausible de l’intérêt que je porte au sujet. Si on limite la définition du mot antisémite à celle du Concise Oxford Dictionary et en ignorant toutes les acceptions auxquelles on étend actuellement de façon irresponsable le mot « antisémitisme », j’ai le droit de me poser une simple question : mon intérêt pour Israël provient-il de mon hostilité à l’égard des juifs ?

Serait-ce une horrible antipathie qui remonte à la surface de mes os européens chaque fois que l’on mentionne Israël ? Je suis bien obligé de me poser la question.

Mais si je vais dans les tréfonds de mon coeur, je ne peux honnêtement pas dire que je suis plus hostile à l’égard des juifs qu’à l’égard des Écossais et des Gallois. Et comme normalement, loin de leur être hostile, j’aime plutôt les Écossais, les Gallois et les juifs que je rencontre, l’antisémitisme peut difficilement être la raison de mon intérêt pour le conflit israélo-palestinien. Voilà une chose de réglée avant que je ne commence. Sorry.

Il y a toutefois un autre aspect de ma relation avec les juifs qui affecte de façon significative l’intérêt que je porte à Israël. J’ai beaucoup d’amis juifs. Je suis allé à l’école avec des garçons d’origine juive et par conséquent je ne considère pas les juifs comme des étrangers. Il serait aussi absurde de dire de mes amis juifs qu’ils sont étrangers que si je disais cela de mes amis quakers ; ils sont aussi Anglais que moi. Pour moi, c’est une catégorie religieuse et rien de plus, et avec raison.

Le problème c’est qu’Israël se targue d’être l’État de tous les juifs, y compris – malgré eux – celui de mes amis. Et parce que certains de mes amis sont juifs et que c’est par conséquent leur pays, il devient aussi le mien à un niveau subliminal. Il s’ensuit que j’ai une attitude spéciale à l’égard d’Israël – à savoir que je ne considère pas Israël comme un pays étranger non plus. Bien sûr qu’il est étranger, mais pas au niveau émotionnel comme la Thaïlande ou l’Ouzbékistan et je ne réagis pas à l’égard de ce pays comme je le fais à l’égard de la plupart des autres pays étrangers. Du point de vue émotionnel, c’est presque un comté anglais implanté sur les rivages de la Méditerranée.

Le statut non étranger d’Israël est amplifié du fait de l’appui extraordinaire dont il bénéficie dans les coulisses du pouvoir en Grande-Bretagne. Près de 80 % des membres du Parlement conservateur sont membres de l’association Conservative Friends of Israel. Ce n’est pas le cas des amis conservateurs de la Thaïlande ou de l’Ouzbékistan.

Donc, non seulement c’est en fait un comté anglais, mais bon nombre de mes dirigeants semblent compter parmi ses citoyens dévoués, dans le sens subjectif. Toutes ces disputes bruyantes au sujet de l’eau ou des colonies, toutes ces tueries, cette peur et cette haine, ne sont pas loin pour moi, ils ne sont pas plus loin que Belfast.

J’évalue donc la situation au moyen de normes nationales et non pas étrangères. Je ne compte pas que les Israéliens se comportent comme des généraux birmans. Je m’attends à ce qu’ils se comporteront comme des Anglais, comme mes amis.

Les partisans d’Israël se plaignent fréquemment et à grands cris de ce qu’on leur réserve une attention et des critiques spéciales. Qu’en est-il des méfaits de votre propre pays, ou de la Chine disent-ils ? Et ils ont raison. On réserve effectivement une attention spéciale à Israël. Par rapport à l’attention que nous portons aux Palestiniens, c’est à peine si notre regard s’attarde sur les Tibétains.

Le nombre de nouvelles dans les médias au sujet d’Israël-Palestine a créé un cycle qui se renforce lui-même – chaque nouvel article ou nouvelle tragédie aiguise mon appétit ; je veux en savoir davantage. Tout cela semblerait justifier les plaintes du lobby pro israélien – si ce n’est que celui-ci devrait se demander comment il y contribue lui-même.

Une raison pour laquelle Israël retient tellement l’attention tient au fait que ses partisans vocifèrent tellement, et reviennent à leur cause à chaque occasion. En tant que consommateurs de nouvelles, la rapidité de leur réaction et leur ubiquité manifeste enflamment mon intérêt et mon antipathie. Pourquoi est-ce qu’ils s’obstinent à défendre l’indéfendable ?

Une autre raison pour laquelle je porte un intérêt disproportionné à ce conflit tient au fait que j’ai le sentiment que l’on m’a menti et je vois que certains continuent à essayer de me mentir et je n’aime pas ça. Pourquoi essayer de me convaincre que les militants turcs à bord du Marvi Marmara étaient des terroristes ? Quoi qu’ils aient pu être, ils ne l’étaient manifestement pas. Si le mot « terroriste » doit avoir un sens quelconque, il faut qu’il désigne ceux qui attaquent des civils innocents. Dans l’intérêt de la propagande israélienne, il serait préférable de garder le silence plutôt que de mentir.

Je me souviens des années 60 lorsque je croyais qu’Israël était un petit État courageux, plein de kibboutz travaillant à dompter le désert. À l’époque, j’avais à peine entendu parler des Palestiniens. Ensuite j’ai découvert l’autre narration.

Mon objectif ici n’est pas de parler des torts et des raisons, mais de signaler que si Israël avait été dépeint dès le début comme étant issu de l’expropriation impitoyable des terres d’autrui (je sais, ce n’est pas que ça) la question aurait sans doute cessé de m’intéresser.

Mais comme on m’a dit combien Israël était héroïque et merveilleux et que j’ai découvert par la suite une histoire parallèle à tout le moins différente et plus dérangeante, cela me touche émotionnellement.

Quand je vois Benyamin Netanyahu et ses collègues présenter leur côté d’un événement, je ne vois pas des honnêtes hommes et j’ai la même réaction que devant des cambrioleurs et des escrocs : du dégoût et de la désapprobation. Et pourtant, ils refusent de la fermer.

Je ne suis sûr où tout cela nous mène, nous, ces millions qui nous acharnons sur cette plaie particulière. Le nombre incroyable de ceux qui s’intéressent si passionnément pour la cause est en soi dangereux. Les chiens doivent aboyer avant de mordre. Ce conflit relativement petit a un potentiel destructeur à une échelle colossale.

22 juin 2010 – The Guardian – Cet article peut être consulté ici :
http://www.guardian.co.uk/commentis…

Peut-on critiquer Israël ?


En quoi les sionistes sont-ils légitimés pour instrumentaliser l’antisémitisme ?

le 29/06/2010

Pierre Stambul

Luxembourg

le 28/06/2010

L’expulsion des Palestiniens de leur propre pays s’est faite, il y a 62 ans. Ce nettoyage ethnique (800 000 personnes expulsées de leur propre pays) s’est réalisé avec la complicité de la communauté internationale. Après des siècles d’un antisémitisme européen jalonné de nombreux pogroms, et immédiatement après le génocide nazi qui a entraîné la mort de 6 millions de Juifs (la moitié des Juifs européens), l’Occident s’est « débarrassé » de sa responsabilité … sur le dos du peuple palestinien qui n’avait joué aucun rôle dans cette persécution.

Alors que la décolonisation (certes très imparfaite) a été la règle partout, la question palestinienne évolue à contre-courant. Plusieurs facteurs bloquent toute solution. Il y a la manipulation de l’histoire, des mémoires et des identités.

L’Etat d’Israël et celles ou ceux qui soutiennent sa politique nient le crime fondateur, les droits du peuple autochtone, voire même l’existence de ce peuple. Pour eux la « légitimité » d’un Etat qui s’est proclamé « Etat Juif » et refuse toute citoyenneté aux autres habitants de la région est indiscutable et les Palestiniens sont des intrus. Ils en sont toujours aux mensonges initiaux : « une terre sans peuple pour un peuple sans terre », « du désert, nous avons fait un jardin », « les Arabes sont partis d’eux-mêmes » et ils défendent contre toute vraisemblance historique l’idée qu’après 2000 ans d’exil, les Juifs sont retournés dans leur pays.

Le sionisme est devenu une idéologie totalitaire qui prétend parler au nom de tous les Juifs. Depuis des années, une technique s’est bien rodée. Quiconque critique Israël et sa politique, quiconque défend les droits du peuple palestinien, est forcément un antisémite s’il n’est pas juif et un traître ayant la haine de soi s’il est juif. Quiconque dit ce qui est à l’œuvre : nettoyage ethnique, colonialisme, apartheid, crimes de guerre … est forcément un négationniste nostalgique d’Hitler.

Traître ou complice ?

Refusant d’avoir le choix entre être complice ou être un traître, je me sens donc sommé de dire « d’où je parle ». Je suis né en 1950 dans le souvenir omniprésent du génocide nazi. Mère née Dvoira Vainberg, communiste résistante dans la MOI, seule rescapée d’une famille nombreuse disparue (sans qu’on sache même où et comment) en Bessarabie. Père Yakov Stambul, membre du groupe Manouchian (l’Affiche Rouge), en « triangle » avec Jozsef Boczor et Emeric Glasz fusillés au mont Valérien. Il a été déporté à Buchenwald. Sa mère avait été 40 ans plus tôt une survivante du pogrom de Kichinev. J’utilise volontairement mes origines pour contester tout droit des sionistes à parler au nom de tous les Juifs ou au nom de l’antisémitisme et du génocide.

En 1948, Menachem Begin (le responsable du massacre de Deir Yassin) projetait de visiter les Etats-Unis. Les plus grands intellectuels juifs américains de l’époque (Hannah Arendt, Albert Einstein …) avaient signé une pétition demandant au président Truman d’arrêter ou d’expulser ce terroriste. Encore à cette époque, le mot « juif » évoquait Einstein, Arendt, Freud, Rosa Luxembourg… et pas Liberman, Barak , Livni ou Nétanyahou.
Aujourd’hui, on assiste à un véritable acharnement consistant à effacer ce passé, à manipuler l’histoire, la mémoire et les identités juives.

La caricature de ce hold-up, c’est un avocat sioniste français osant intenter un procès à Edgar Morin pour antisémitisme. Edgar Morin a été un grand résistant et il a écrit dans « Vidal et les siens », à partir de son histoire familiale, une étude de la trajectoire des Juifs venus de Salonique. Edgar Morin, comme de nombreuses personnalités françaises d’origine juive, trouve que la politique israélienne actuelle n’est pas seulement criminelle pour les Palestiniens et suicidaire pour les Israéliens, c’est aussi une caricature d’une histoire riche qui n’a rien à voir avec le militarisme colonial actuel.

Sionisme et antisémitisme

L’idéologie sioniste est une réponse, fausse à mes yeux, à l’antisémitisme. En 1880, environ 60% des Juifs du monde entier vivent dans un seul pays : l’empire russe et ils forment environ 10% de la population de la « zone de résidence » entre Baltique et Mer Noire. La société juive est en butte à un terrible antisémitisme d’état qui essaie de détourner la colère populaire contre les Juifs. Une partie de la population juive abandonne la religion. Les idées révolutionnaires influencent massivement les Juifs qui se sont prolétarisés et adhèrent en nombre à différents partis révolutionnaires dont le Bund. À contre-courant de ces idées, le sionisme considère que l’antisémitisme est inéluctable, que la lutte pour la citoyenneté ou l’égalité des droits n’a aucun sens et que la seule solution est la fuite et la colonisation de la Palestine.

Dès le départ, le sionisme est une théorie de la séparation : juifs et non juifs ne peuvent pas vivre ensemble. Dès le départ, les sionistes n’ont qu’un seul but : construire le futur Etat juif et ils ne participeront que de façon très marginale aux luttes sociales, au combat pour l’émancipation ou à la résistance antifasciste. Dès le départ, le sionisme se sert de l’antisémitisme pour faire avancer son projet. Peu avant sa mort, Herzl rencontre un des pires ministres antisémites du Tsar (Plehve) pour lui expliquer que l’un et l’autre ont les mêmes intérêts : qu’un maximum de Juifs quittent la Russie.

La persécution antisémite sera toujours décrite, notamment plus tard par Ben Gourion, comme une aide décisive pour convaincre les Juifs de partir en Palestine. Dès le départ, les sionistes qui prétendent réagir au pire des racismes se montrent totalement négationnistes vis-à-vis du peuple palestinien autochtone. Ils organisent sa dépossession bien avant le génocide nazi et envisagent très tôt l’expulsion qui sera réalisée en 1948.

Instrumentalisation du génocide

À la sortie du musée Yad Vashem de Jérusalem consacré au génocide, un monument symbolise l’issue « rédemptrice » selon les sionistes : la création de l’Etat d’Israël. Certes, le projet de création d’un Etat juif n’aurait pas abouti et même serait resté très minoritaire parmi les Juifs sans le génocide. Les Juifs qui avaient été considérés comme des parias en Europe, sont soudainement devenus dès 1945 de bons européens établissant une tête de pont au Proche-Orient et il y a eu un consensus international pour soutenir la création de l’Etat d’Israël et le nettoyage ethnique qui l’a accompagnée.

Et pourtant, le sionisme a-t-il joué un rôle notable face au nazisme et au fascisme ? En fait, aucun mouvement politique et aucun Etat n’a voulu ou su faire face à cette « résistible ascension » du fascisme. Les Occidentaux ont refusé l’intervention en Espagne, ont signé les accords de Munich et plus tard pendant la guerre, n’ont rien fait pour empêcher l’extermination des Juifs. Les Soviétiques ont signé le pacte germano-soviétique. Ne parlons pas du Parlement français qui a voté les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Mais les sionistes n’ont pas fait mieux et les faits qui suivent sont facilement vérifiables.

L’idéologue du courant révisionniste du sionisme, Vladimir Jabotinsky était un admirateur du fascisme italien et les méthodes qu’il a préconisées dès 1930 (le « transfert » des Palestiniens au-delà du Jourdain) s’inspirent du fascisme. Quand en 1933, les Juifs américains organisent un boycott contre l’Allemagne Nazi, Ben Gourion le brise aussitôt.

L’organisation sioniste mondiale aura un bureau en Allemagne nazi jusqu’en 1941 et les Nazis favoriseront l’émigration des Juifs allemands ou autrichiens expulsés vers la Palestine (avec transfert de fonds) alors que la grande majorité d’entre eux préféraient partir en Occident. Pire, celui qui sera Premier ministre sous le nom d’Itzhak Shamir a dirigé avec Stern un groupe terroriste qui assassinera de nombreux soldats britanniques entre 1940 et 1943, ce qui en dit long sur l’intérêt que ce groupe portait au génocide en cours.

Il y a eu une résistance spécifiquement juive pendant la guerre, essentiellement communiste et bundiste (dans la MOI avec d’autres, en Pologne avec l’insurrection du ghetto de Varsovie). Les sionistes n’y ont joué qu’un rôle marginal.

Israël s’est souvent présenté comme le havre de paix pour les Juifs après la guerre. Il n’y a qu’à écouter le discours de Sharon lors du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz, expliquant que l’extermination n’aurait pas eu lieu si Israël avait existé et accessoirement qu’Auschwitz justifiait ce qu’Israël inflige aux Palestiniens.

Il y a pourtant à dire sur l’arrivée des rescapés du génocide. À la fin de la guerre, des centaines de milliers d’entre eux sont dans des camps de réfugiés, essentiellement en Allemagne. Le Yiddishland a disparu. Ils attendent des visas pour l’Occident que la plupart n’obtiendront pas. En 1951, le dernier camp se révolte en Bavière et les derniers réfugiés sont expulsés … en Israël.

Ces rescapés seront très mal accueillis en Israël. On opposera la prétendue résignation des victimes face à l’extermination, à l’Israélien nouveau fier de lui qui se bat et défriche son pays. Il reste aujourd’hui un peu plus de 200000 rescapés en Israël. La moitié d’entre eux touchent des pensions misérables et vivent sous le seuil de pauvreté, en particulier ceux qui sont venus des pays de l’Est. Régulièrement, des rabbins et non des moindres, insultent la mémoire des victimes en affirmant qu’ils ont pêché et que Dieu les a punis. Entre deux injures racistes contre les Palestiniens, le grand rabbin Ovadia Yossef, idéologue du parti Shass (Salah Hamouri est accusé sans preuve d’avoir voulu attenter à sa vie) s’est plusieurs fois livré à des diatribes contre les victimes du génocide.

La question du racisme en Israël

Pourquoi les institutions communautaires juives, si promptes à voir partout l’antisémitisme sont-elles aussi silencieuses face au racisme et aux discriminations en Israël ?

Il existe un racisme institutionnel contre les Palestiniens. Ceux qui ont la nationalité israélienne dans un Etat qui se dit « juif et démocratique » vivent les discriminations au travail (un grand nombre de métiers leur étant interdits), au logement, à la possession de la terre dans un pays où « légalement », 98% des terres sont réservées aux Juifs. Plus de 60 ans après la création de l’Etat d’Israël, plus de 100000 Bédouins du Néguev vivent dans des bidonvilles en plein désert. Leurs villages non reconnus sont détruits. Ils n’ont pas le droit de construire en dur, ils n’ont ni route, ni eau, ni électricité, ni école. On détruit leurs maisons dès qu’ils construisent en dur.

De très nombreux dirigeants israéliens profèrent régulièrement des injures racistes qui sont parfois des appels au meurtre contre les « Arabes » en toute impunité. Dans le cadre du « choc des civilisations » et de la « guerre du bien contre le mal », les médias israéliens considèrent le Hezbollah ou le Hamas comme des êtres démoniaques. D’où l’indifférence de l’opinion israélienne face aux crimes de guerre commis au Liban (2006) ou à Gaza (décembre-janvier 2008-9).

Que dire des Juifs séfarades ou Mizrahis venus des pays musulmans ? Avant l’avènement du sionisme, ils n’avaient jamais connu quelque chose d’équivalent à l’antisémitisme européen. Au contraire, quand les Juifs ont été expulsés d’Espagne, ils ont été accueillis au Maghreb et dans l’Empire Ottoman. C’est à la fois la construction d’un Etat juif expulsant les Palestiniens et le colonialisme européen qui vont déstabiliser ces communautés. Bien sûr, les régimes arabes ou le colonialisme français ont une responsabilité évidente dans le départ de communautés vieilles parfois de 2000 ans.

Mais la propagande sioniste a joué un rôle essentiel. Il s’agissait de donner au nouvel Etat israélien le prolétariat qui lui faisait défaut après l’expulsion des Palestiniens. Quand les Juifs hésitaient à partir, tout a été fait pour les convaincre et par exemple les attentats de Bagdad de 1950-51 qui ont décidé la plus vieille communauté juive (celle d’Irak) à émigrer, ont été réalisés par des sionistes.

On a raconté une histoire assez fantastique aux Juifs venus des pays musulmans : « vous viviez dans des pays de sauvages au milieu des Arabes et les Ashkénazes (les juifs européens) vous ont sauvés en vous offrant un pays ». Ils se retrouvent aujourd’hui coupés de leur histoire, de leur culture, de leurs langues, de leurs racines. Les Juifs algériens qui étaient des autochtones ont dû quitter leur pays avec les colons à cause du décret Crémieux qui les a coupés de la population musulmane en les faisant passer du côté des colons.
Les Juifs du monde arabe ont souffert dès leur arrivée en Israël d’un racisme violent. On les a envoyés dans les régions périphériques ou désertiques. Ils ont occupé les emplois les plus dévalorisants, et leur niveau de vie en Israël est très nettement inférieur à celui des Juifs européens.

Dans les années 50, des rayons X ont été expérimentés sur des enfants de Juifs marocains, on estime que le nombre de victimes tourne autour de 6000 morts. Il y a eu des révoltes dont celles des Panthères Noires. Les Juifs du monde arabe ont été éduqués à adopter une histoire, celle de l’antisémitisme européen, qui n’est pas la leur. Leur traumatisme, être coupé des Arabes avec lesquels ils avaient toujours vécu et être définitivement éloignés de leurs terres ancestrales, a été totalement nié et refoulé. Sans passé, ni présent, ni avenir, ils ont été une proie facile pour les partis de droite.

Enfin il est difficile d’évoquer le racisme en Israël sans parler des Falachas. La fameuse opération visant à les sauver tourne à la farce sinistre. Il y a aujourd’hui près de 100000 Ethiopiens en Israël dont beaucoup n’ont rien à voir avec le judaïsme. Ils subissent un racisme violent, et pas seulement de la part des autorités religieuses.

La société israélienne est à l’unisson de l’occident sur les questions du tiers-monde et des migrations. Plusieurs milliers de Sans Papiers venus d’Afrique de l’Est sont enfermés dans des centres de rétention. Leurs enfants ne sont pas scolarisés et le gouvernement construit une barrière entre Gaza et la Mer Rouge pour les empêcher d’entrer. Il y a en Israël des centaines de milliers de travailleurs immigrés notamment venus de l’Est de l’Asie et ils subissent les mêmes discriminations que les immigrés vivant en Europe.

Devoir de mémoire ou devoir de soutien inconditionnel ?

Il aura fallu du temps pour que le nouvel Etat israélien réalise tout le profit qu’il y avait à créer une religion du souvenir. La mémoire ne peut pas être un devoir. La mémoire n’est pas un rite. Elle a un sens évident, comprendre ce qui a produit les horreurs et faire en sorte qu’il n’y ait « plus jamais cela ». Ce sens a été perverti.

Avec la création du musée Yad Vashem et le procès Eichmann, l’Etat israélien s’est autoproclamé seul dépositaire de la mémoire du génocide. C’est lui qui nomme les « Justes », celles et ceux qui ont sauvé des Juifs. Tous les ans, chaque Israélien doit s’arrêter au garde-à-vous pour célébrer la Shoah et le voyage à Auschwitz pendant les années d’études est obligatoire.

Et pourtant ! Dès les années 50, pour pouvoir retrouver sa place dans le concert des nations, l’Allemagne fédérale a décidé d’indemniser les victimes juives du nazisme (pas les autres, pourquoi ?). L’Etat d’Israël a reçu des milliards de marks qui ont joué un rôle décisif dans son développement économique. Or le chancelier Adenauer a un passé douteux sur la question juive et plusieurs de ses conseillers qui ont mis en place l’aide à Israël sont des anciens nazis. Les Israéliens ont fermé les yeux.

Aujourd’hui c’est pire. Un président polonais se fait élire avec le soutien décisif d’une radio antisémite (Radio Marya) et il est décrit par tout le monde comme un ami d’Israël. Dans les pays baltes ou en Croatie, des partis héritiers des collaborateurs qui ont joué un rôle majeur dans l’extermination des Juifs, se retrouvent au pouvoir. Peu importe, ce sont des amis d’Israël ! En France, des anciens du groupe fasciste Occident se retrouvent dans les Amitiés France-Israël.

Aux Etats-Unis, les « Chrétiens sionistes » sont très puissants. Ces intégristes affirment que les « Arabes, c’est Armageddon, c’est le mal », que les Juifs doivent les expulser de la terre sainte, mais que bien sûr après, ils devront se convertir au christianisme ou disparaître. Ce sont des antisémites, héritiers de l’antijudaïsme chrétien traditionnel. Les Chrétiens sionistes ont donné une aide financière décisive pour coloniser la Cisjordanie et en particulier pour construire Maale Adoumim qui coupe la Cisjordanie en deux et qui rend non-viable dans ces conditions tout hypothétique Etat Palestinien. Bref, il faut le dire, la colonisation est financée par d’authentiques antisémites.

Mais en Israël et chez ceux qui défendent inconditionnellement les gouvernements israéliens, le curseur s’est déplacé. Tous les dirigeants politiques ont proclamé « qu’Arafat est un nouvel Hitler », que les Palestiniens sont les héritiers du nazisme (alors que, comme le montre Gilbert Achkar dans son livre « les Arabes et la Shoah », les sympathies arabes pour le nazisme ont été rares, à l’exception du mufti Amin al-Husseini).
Le complexe de Massada fonctionne à fond qui persuade les Israéliens que les victimes, ce sont eux, et pas le peuple occupé.

On ne traque plus les antisémites, on traque ceux qui critiquent Israël et qui sont « forcément » quelque part des antisémites. On a passé sous silence en Israël le fait qu’en 2002, les plus grands intellectuels palestiniens (Elias Sanbar mais aussi Edward Saïd et Mahmoud Darwish aujourd’hui décédés) ont empêché la tenue d’un colloque négationniste de Garaudy à Beyrouth.

L’antisémitisme aujourd’hui

Il n’y a pas eu dans l’histoire un seul antisémitisme. Il y a d’abord eu pendant des siècles en Europe l’antijudaïsme chrétien. Les deux religions ont été en concurrence au début de l’ère chrétienne et le christianisme est issu du judaïsme. Quand le christianisme devient religion d’Etat, les persécutions antijuives commencent.

Ce sont les interdits, notamment la possession de la terre, l’enfermement dans les juderias ou les ghettos, les stéréotypes racistes, l’accusation de déicide, les expulsions et les massacres de masse.
Quand l’émancipation des Juifs européens commence au XVIIIe siècle, cet antijudaïsme chrétien va se transformer en antisémitisme racial. Tous les nationalismes européens ont en commun l’équation simpliste « 1 peuple = 1 Etat » (idée reprise par les sionistes) et il y a un consensus antisémite considérant que les Juifs sont « apatrides et cosmopolites » et constituent un obstacle à la construction d’Etats ethniquement purs. Cet antisémitisme racial a produit les horreurs du nazisme.

Après 1945, c’est principalement l’extrême droite qui propage l’antisémitisme avec le renfort d’un petit courant venu de l’ultra-gauche (Rassinier) qui nie l’existence de l’extermination. Les principaux courants politiques n’affichent plus l’antisémitisme d’avant-guerre, mais il ne faut pas se méprendre. Il ne s’agit pas d’un sentiment de culpabilité, mais d’une joie que les Juifs aient un Etat et donc éventuellement qu’ils puissent partir. Déjà en 1917, Balfour, le créateur du « Foyer National Juif » était un antisémite. Son projet politique visait à la fois à créer une tête de pont européenne au Proche-Orient et à se débarrasser des Juifs européens.

Il y a aujourd’hui un risque que se développe une troisième phase de l’antisémitisme. Edgar Morin a utilisé le terme d’antiisraélisme. À partir du moment où les partisans de l’Etat d’Israël mélangent sciemment juif, sioniste et israélien, il est logique que les mêmes confusions aient lieu dans les rangs de celles ou ceux qui défendent les droits des Palestiniens.

Il est tout à fait illusoire, face à ce phénomène, de hurler à l’antisémitisme aux côtés de ceux qui nient les crimes commis par l’armée israélienne. La meilleure parade à cette possible montée d’un nouvel antisémitisme, c’est de faire ce que font les anticolonialistes israéliens ou ce que fait l’Union Juive Française pour la Paix : montrer en tant que juifs que nous sommes solidaires des Palestiniens, parce que cette guerre n’est ni une guerre raciale, ni un conflit communautaire, ni une guerre religieuse. Elle porte sur des questions universelles : l’égalité des droits et le refus du colonialisme. Et nous sommes solidaires aussi au nom de notre identité et de notre histoire.

En même temps, il existe et il a toujours existé en petit nombre d’authentiques antisémites qui se dissimulent derrière le combat pour la Palestine. Je citerai les groupies d’Israël Shamir, un curieux Israélien d’origine soviétique, le parti dit « antisioniste » dont le fondateur (Dieudonné) est devenu un familier de Le Pen ou le « parti des musulmans de France ». Ces groupes sont totalement infréquentables et faire un bout de chemin avec eux discrédite un combat mené au nom des droits fondamentaux.

L’antisémitisme est-il un racisme « à part », « hors norme » ? Il l’a été car en général les communautés discriminées ne sont pas victimes d’un génocide systématique. Mais l’antisémitisme actuel n’est en rien comparable à ce qu’a été l’antisémitisme des années 30 ou 40 et par exemple en France, le racisme frappe beaucoup plus massivement les Noirs, les Roms et les Arabes.

La confusion organisée

Quand l’ONU a publié le rapport Goldstone confirmant que les troupes israéliennes avaient commis des crimes de guerre à Gaza, des défenseurs d’Israël ont affirmé qu’il s’agissait d’un rapport antisémite. Richard Goldstone est pourtant un Juif sud-africain réputé proche du sionisme.

Quand « l’association pour le bien-être du soldat israélien » (ABSI) n’a pas trouvé de salle pour faire sa réunion à Lyon, celle-ci s’est faite dans une synagogue. Mais si bien sûr, une synagogue est caillassée, il s’agira d’un acte antisémite.

Quand des militants se lancent activement dans la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions contre Israël) initiée par la société civile palestinienne, ils sont accusés d’antisémitisme et menacés directement par la ministre de la Justice.

Quand un conseiller régional interpelle M. Frèche, président de la région Languedoc-Roussillon, sur le soutien qu’il apporte à la construction du terminal Agrexco, compagnie qui exporte les produits des colonies de Cisjordanie, il est traité d’antisémite.

Quand la plupart des élus français vont au dîner du CRIF et acceptent benoîtement des propos considérant que toute critique d’Israël est antisémite, on marche sur la tête.

Ça suffit ! J’apporte publiquement mon appui et celui de l’Ujfp à Madame Biermann, citoyenne luxembourgeoise engagée, victime d’une accusation infamante d’antisémitisme lancée contre elle par le consistoire israélite. Oui, il existe un lobby qui use et abuse de l’antisémitisme pour interdire toute critique d’une politique criminelle.

Oui, face à Etat qui se dit Juif, qui a installé des colonies « juives », qui prétend parler au nom de tous les Juifs et face à des institutions communautaires ou religieuses qui sont devenues les auxiliaires de cette politique, il est logique et normal d’interpeller les Juifs. Le crime se fait en leur nom, et c’est une des raisons de l’existence de l’Ujfp.

Qu’ils cessent de soutenir une politique criminelle et suicidaire et qu’ils se souviennent de ce qu’a produit le soutien d’un grand nombre de pieds-noirs à l’OAS pendant la guerre d’Algérie.
À tous et à toutes ! Ne vous laissez pas intimider ! Ne confondez jamais juif, sioniste et israélien ! Et rappelez-vous que ceux qui défendent jour après jour et quoi qu’il arrive la politique israélienne n’ont aucun droit à vous traiter d’antisémite. Défendre les droits du peuple palestinien comme ceux de tout peuple est un devoir universel, quelles que soient nos origines.

Pierre Stambul

http://www.ujfp.org/modules/news/article.php?storyid=778

Des intellectuels israéliens appellent au boycott d’Israël


Un groupe d’intellectuels juifs israéliens a œuvré à élargir la campagne mondiale de boycott d’Israël, en vue de l’amener à changer sa politique envers les Palestiniens, à arrêter toutes les formes d’oppression et de persécution à leur encontre, et à conclure la paix avec eux.

Matan Cohen, chef de file de la campagne mondiale de boycott des universités israéliennes, a déclaré « qu’il existe près de 100 organisations dans le monde qu’il a réussies, avec ses compagnons, à mobiliser afin de boycotter les universités israéliennes ». Cette campagne rencontre un franc succès particulièrement aux Etats-Unis.

Pour Matan Cohen, « les crimes de guerre commis par les gouvernements israéliens contre les Palestiniens nécessitent une forte dissuasion de par le monde, et il n’y a pas mieux qu’une action israélienne déclarée pour les combattre ». Et de poursuivre : « le ministre israélien qui contribue aux crimes de guerre est illégitime. Et l’université qui entretient des relations normales avec Israël est, elle aussi, illégitime ».

Un autre groupe d’intellectuels israéliens agit à travers Internet pour convaincre des groupes musicaux occidentaux de ne pas se produire dans des concerts en Israël. Au cours des dernières semaines, trois groupes ont été persuadés d’y annuler leurs présentations. Un maître de conférences de mathématiques, et l’un des instigateurs de la campagne, a souligné : « nous nous sommes adressés à ces groupes à travers Facebook, en nous présentant comme des militants des droits de l’Homme en Israël ; nous les avons interrogés, comment ils acceptent de venir chanter en Israël à l’heure où l’armée israélienne commet des crimes contre les Palestiniens, et ceux qui les soutiennent ».

Un autre professeur israélien de mathématiques, membre de cette campagne, a souligné « qu’Israël a prouvé qu’il se plie facilement aux pressions internationales. C’est pour cela, qu’on essaie de mobiliser le monde contre les crimes israéliens jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent, et nous avons , pour ce faire, des soutiens de par le monde ». Selon les membres de la campagne, « il y a des actions qui sont menées, sans être ébruitées dans les médias, comme celle des hommes d’affaires israéliens ou d’hommes politiques qui ont fait l’objet d’un traitement humiliant à l’étranger, ou le boycott des marchandises des colonies qui a commencé en Israël, et s’est répandu, a posteriori, en Europe ».

Un Juif britannique, professeur de son état, a suscité un grand bruit en Israël, à travers des actions analogues. Interrogé sur ses actions à travers lesquelles il cherche à prouver qu’Israël a commis des crimes de guerre pendant la dernière guerre contre Gaza, il a répondu , »qu’il s’agit là d’une forme de défense d’Israël qu’il aime », en ajoutant : « moi, je veux sauver Israël de ses dirigeants. Ces derniers montrent Israël comme un Etat de guerre qui ne connaît pas la morale, ni les valeurs. Un Etat qui nuit à ses voisins et est responsable d’effusions de sang. Ces caractéristiques ont accompagné par le passé le régime d’apartheid jusqu’à sa chute. Israël ne changera pas sa politique, sauf s’il constate que le monde entier se dresse contre lui, et est prêt à lui faire subir des pressions économiques ».

Et de poursuivre : « Si l’on est rassuré que cette action n’inspire pas inquiétude, et qu’elle ne concerne que quelques centaines d’individus, notre assurance n’est pas à sa place. Le boycott d’Israël prend une ampleur inquiétante. Soit, vous sortez dans la rue contre le gouvernement pour en préparer la chute, soit vous supportez les conséquences de la politique de boycott ».

http://www.gnet.tn/revue-de-presse-internationale/des-intellectuels-israeliens-appellent-au-boycott-disrael/id-menu-957.html

Le Parlement européen : « Le phénomène de boycott contre Israël gagne en dynamique »


Le monde entier est-il contre nous ?

Les dirigeants de EFI (European Friends of Israel – les Amis européens d’Israël), le lobby européen en faveur d’Israël et de son économie, ont mis en garde hier contre la détérioration d’un climat politique en Europe à l’encontre Israël, et une montée du phénomène de boycotts des produits et du monde des affaires israéliens à travers l’Europe.

Ils insistent sur l’existence d’un phénomène croissant de financements d’investissements européens qui se retirent des entreprises israéliennes, les raisons invoquées étant « l’éthique des affaires ».

Ronny Bruckner, leader de ce lobby qui comprend des membres du Parlement de l’Union européenne et des hommes d’affaires européens de premier plan, a demandé hier au président Shimon Peres d’utiliser sa réputation internationale exceptionnelle et d’intervenir devant le Parlement européen. Bruckner a également demandé au président d’intensifier son activité en direction des institutions de l’UE et d’investir dans les petits Etats européens qui ont récemment rejoint l’UE.

Selon Bruckner, le développement important de la population arabe dans les grands pays européens peut pousser les organismes musulmans à se joindre aux coalitions radicales et au boycott des produits venant d’Israël, et pas seulement des produits venant de l’est de la Ligne verte. Il indique que les militants se sont déjà mis à harceler des hommes d’affaires et que, récemment, des entreprises qui se lancent dans des relations commerciales avec des entreprises israéliennes ont reçu des menaces.

Les principaux dirigeants d’EFI ont dit au président Shimon Peres qu’un mouvement s’amplifie où de plus en plus de fonds d’investissements européens annoncent leur retrait de sociétés israéliennes, avançant comme raison, « l’éthique des affaires ». Et d’après ces dirigeants, il y a à craindre que ce phénomène ne prenne encore plus d’ampleur.

Michelle Gorari, directeur général d’EFI, a dit à Asakim que le boycott économique d’Israël s’accélérait en Europe en raison des dernières évolutions politiques. Il croit que suite à des pressions croissantes, le boycott des exportations israéliennes affecte quelque 30% de ces exportations vers l’Europe. Il y a une tendance dangereuse à vouloir imposer une interdiction totale de vente des produits israéliens sur certains marchés européens.

Goari souligne que le lobby proisraélien a réussi à contrecarrer un courant qui émergeait et qui montrait que le Parlement européen envisageait de ne pas ratifier un nouvel accord dans le domaine aéronautique entre Israël et l’UE. EFI a multiplié les efforts pour obtenir un soutien à Israël, et l’accord a finalement été approuvé par une majorité de 465 voix contre 65. EFI se demande actuellement si c’est le bon moment pour solliciter du Parlement européen son approbation à un accord sur l’harmonisation des normes entre Israël et l’UE, car il est à craindre, étant donné l’atmosphère anti-Israël actuelle, qu’il soit difficile d’atteindre une majorité pour l’obtenir.

29 juin 2010 – Coteret – traduction : JPP
http://coteret.com/2010/06/29/maariv-meps-warn-peres-of-gathering-boycott-momentum/

Cet « Appel à la raison » est irréaliste et immoral


samedi 26 juin 2010 – 15h:24

Michel Staszewski

Article paru dans Points Critiques (mensuel de L’Union des Progressistes Juifs de Belgique) N° 307, juin 2010, p. 9.

L’Etat d’Israël n’a jamais été aussi impopulaire. Ce n’est pas étonnant après sa sauvage agression contre le Liban en 2006, le massacre de Gaza en 2008-2009 qui reste une prison à ciel ouvert soumise à un blocus cruel et alors que la colonisation de Jérusalem-est, de la Cisjordanie et du plateau du Golan se poursuit sans désemparer. Il fallait bien que, finalement, la « gauche » sioniste se réveille pour « œuvrer à la survie d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique ».

Pour cette « gauche » sioniste, Israël demeurera un Etat « juif et démocratique » si les juifs restent majoritaires dans cet Etat. C’est essentiellement pour cette raison que l’Appel s’oppose à « la colonisation et la poursuite ininterrompue des implantations en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem-est » qu’il qualifie d’« erreur politique ».

Curieuse conception de la démocratie que celle qui accepte le principe de la dictature de la majorité sur les minorités. Car c’est bien de cela qu’il s’agit en Israël : aucune loi fondamentale n’y garantit les droits des individus et de nombreuses lois sont éminemment discriminatoires à commencer par la fameuse « loi du retour » qui permet à toute personne considérée comme juive par les autorités israéliennes de devenir citoyen de l’« Etat des Juifs » alors que cela est interdit aux Palestiniens exilés.

L’Appel qualifie tout de même aussi cette colonisation de « faute morale ». Fort bien. Mais pourquoi passe-t-il sous silence l’immoralité du processus qui a permis aux juifs de devenir majoritaires sur le territoire israélien d’avant 1967 ? Le nettoyage ethnique serait-il moral en deçà de la « ligne verte » ?

Si les auteurs de l’Appel désirent sincèrement la paix avec le peuple palestinien, la moindre des choses ne serait-elle pas d’appeler à la reconnaissance des torts immenses que la réalisation du projet sioniste lui a fait subir bien avant 1967 ? Et d’œuvrer à les réparer ? Il est irréaliste de penser que les Palestiniens pourraient se satisfaire d’une paix sans cette reconnaissance et ces réparations.

Le but déclaré des initiateurs de l’Appel n’est pas l’évacuation de tous les territoires occupés depuis 1967 : pour Jérusalem, dont-ils ne définissent pas les limites, ils ne condamnent que la poursuite des implantations et ceci uniquement dans les quartiers arabes de Jérusalem-est. Alors que de nombreux quartiers y sont désormais peuplés de juifs. C’est sans doute pour cette raison qu’ils demandent à l’Union européenne et aux Etats-Unis de faire pression « sur les deux parties ».

Car depuis 1988 le Conseil national palestinien accepte le principe du partage de la Palestine selon les frontières internationalement reconnues (soit 78 % pour Israël et 22 % pour l’Etat palestinien). Mais quelles pressions ces initiateurs sont-ils prêts à accepter sur Israël, eux dont la plupart se sont jusqu’ici toujours opposés à la moindre sanction contre cet Etat malgré son non respect systématique des résolutions de l’ONU et ses violations innombrables du droit international ? Ils n’en disent rien … tout en affirmant que « la décision ultime appartient au peuple souverain d’Israël ».

Il est irréaliste d’espérer qu’une majorité d’Israéliens décide, sans pressions extérieures dignes de ce nom, de se choisir des dirigeants susceptibles d’accepter la création d’un « Etat palestinien souverain et viable », eux qui, mus par une terrible peur de l’Autre soigneusement entretenue, n’ont cessé depuis des dizaines d’années d’opter pour des dirigeants de plus en plus intransigeants.

Et, d’un point de vue moral, comment des démocrates peuvent-ils accepter que le sort des territoires occupés et des personnes vivant sous occupation soit déterminé par les citoyens de la puissance occupante ? Et que celui des exilés (près des deux tiers des Palestiniens) soit complétement ignoré ?



* Michel Staszewski est professeur d’histoire dans le secondaire et membre de l’Union des Progressistes Juifs de Belgique – Bruxelles.


repris d’ici

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