Rapport de INTAL
Jean-Luc Dehaene fait l’autruche devant les nouvelles révélations
Ce mercredi 12 mai 2010 quelques 150 participants ont protesté devant le siège social, contre les crédits que la banque Franco-Belge Dexia accorde aux colonies israéliennes en territoires palestiniens occupés. (toutes ces colonies sont illégales). Parallèlement à l’assemblée une vingtaine d’actionnaires ont cuisiné le président Jean-Luc Dehaene sur la politique de Dexia en Israël.
Nous voulions commémorer la Nekba le 15 mai, mais ce fut impossible pour cause de Gay Pride à Bruxelles et de refus à Saint-Gilles. Nous avons donc organisé une action de bouche à oreille dans la confidentialité vu l’interdiction.
POURQUOI SHAME ON H&M?
H&M ouvre son premier magasin en Israël
Le 11 mars H&M (entreprise suédoise commercialisant des vêtements) ouvre le premier des six magasins prévus en Israël. La familière enseigne rouge H&M sera visible dans le centre commercial de Malha à Jérusalem, une ville peu à peu débarrassée de sa population palestinienne, remplacée par des colons israéliens.
H&M est donc sur le point d’investir en Israël au moment même où la Commission Goldstone et les organisations internationales avec lesquelles H&M coopère, comme lUNICEF et lONU, enquêtent sur les crimes dIsraël contre le droit international et des droits de l’homme.
Il y a environ un an, plusieurs organisations suédoises se sont intéressées à H&M qui prévoyait de s’installer en Israël et ont exigé une déclaration de H&M. La direction a dénoncé les rumeurs, mais a refusé de faire une déclaration écrite. Aujourd’hui, cet établissement a été rendu public.
« Nous croyons que notre projet d’entreprise va bien travailler en Israël. Grâce à notre partenaire de franchise, nous aurons accès à de nombreuses années d’expérience et à des réseaux en Israël », explique Rolf Eriksen, PDG de H&M.
Dror Feiler, président de Juifs européens pour une paix juste, dit que le choix par H&M du moment de son implantation en Israël est particulièrement désagréable, quand les crimes d’Israël sont pointés du doigt dans le rapport Goldstone et sont condamnés par les autres organisations internationales.
« H&M contribue à un déplacement de l’attention depuis les crimes de guerre d’Israël vers la mode, les investissements et le commerce », dit Dror Feiler.
Aujourd’hui, les organisations suivantes demandent que H&M retarde son installation en Israël jusqu’à ce qu’Israël respecte le droit international, en conformité avec les résolutions de lONU. Alors que H&M ouvre son premier magasin en Israël, les clients de H&M en Suède seront mis au courant de l’absence d’un jugement équitable et des doubles standards de la compagnie.
Jews for Israeli Palestinian Peace – Sweden
Palestine Solidarity Association in Sweden
The Palestinian Association in Stockholm
Alternative Information Centre – Israel/Palestine
Jüdische Stimme für einen gerechten Frieden in Nahost – Austria
Jeudi, 13 Mai 2010 09:57 Luc Delval Le Boycott (BDS)
L’organisation d’une manifestation de rue dont on ne choisit ni la date, puisque c’est l’assemblée des actionnaires de DEXIA qui décide de l’agenda (en l’occurrence un pluvieux mercredi de printemps en pleine journée, à la veille d’un « week-end » de quatre jours) ni le lieu (déplacé tardivement à la « demande » de la police), n’est pas une sinécure. Pas non plus un pari facile et gagné d’avance.
En modifiant, pour des raisons d’ordre public bien entendu, le lieu de départ de la manifestation (initialement prévu rue Neuve, en plein centre commercial), la police en a évidemment aussi modifié le trajet, de sorte que les manifestants, de la gare centrale au siège de Dexia (Bd Pacheco) ont défilé sous les fenêtres de la Banque nationale et face au fantôme à l’abandon de la « Cité administrative de l’Etat »… un quartier désert et sans vie…
La manifestation, il faut en convenir, si elle n’a pas été un échec n’a donc pas non plus été un énorme succès, même si pour ce qui concerne la Plate-forme Charleroi-Palestine nous pouvons nous réjouir de l’arrivée récente de jeunes et dynamiques militants qui « en veulent » et dont plusieurs étaient présents pour brandir très haut la banderole que nous avons fait confectionner il y a quelques jours et qui nous a assuré une visibilité certaine.
Grâce à la « Plate-forme Dexia », il y avait aussi une bonne vingtaine « d’infiltrés » au sein même de l’assemblée des actionnaires de DEXIA, dans l’auditorium auquel on accède par le « Passage 44 » (boulevard du Jardin Botanique, axe stratégique sur lequel il n’est évidemment pas question de manifester sans paralyser une bonne partie de la ville).
L’univers feutré des actionnaires
Une assemblée d’actionnaires constitue, pour presque tous ces « infiltrés », un univers totalement étranger, et à bien des égards étrange. Il faut bien dire aussi que, dans une entreprise bancaire comme Dexia, c’est un rituel qui, pour être imposé par la loi, n’a pas énormément de sens, dans la mesure où la répartition du capital assure un actionnariat stable et où les « petits porteurs », qu’ils soient des investisseurs « sérieux » ou des trublions comme nos « infiltrés » pro-palestiniens – ne sont que des moucherons insignifiants.
Il y a en effet actuellement 1,76 milliard d’actions DEXIA en circulation [1], et la plupart des « infiltrés » (dont le but n’était évidemment pas d’apporter leurs économies à DEXIA, dont ils dénoncent les agissements) en détenaient… une.
Ces assemblées constituent des cérémonies au cours desquelles les dirigeants de la banque viennent théoriquement rendre des comptes aux actionnaires, grands et petits. Les « grands », bien entendu, n’ont pas attendu ce rendez-vous annuel pour s’informer, ils sont associés à la gestion et leur vote est acquis d’avance.
Quant aux « petits », pour la plupart ils ne sont pas là. La salle où se déroule l’assemblée ne contient pas plus de monde que le cortège des manifestants à l’extérieur.
L’assistance est massivement masculine, avec une forte proportion de quinquagénaires (au moins) au crâne dégarni. Plus d’un, c’est un classique dans toutes les assemblées des sociétés cotées en Bourse, n’est là que pour passer le temps et se faire offrir à boire et de quoi grignoter, champagne tiède et petits fours… Quelques uns posent des questions sur des détails, tentent de prendre en défaut le réviseur ou s’indignent de l’énormité des « bonus » accordés à l’administrateur-délégué français, Pierre Mariani, qui en plus de ses 1.000.000 € de salaire annuel percevra un total de 800.000 € de bonus pour l’année 2009 [2].
Au début de l’assemblée, dans un cadre feutré et high-tech à la fois, Jean-Luc Dehaene, président du C.A. [3], puis Pierre Mariani, lisent leur rapport sur la marche des affaires de Dexia, les options stratégiques, la compression des coûts, les négociations avec la Commission européenne et les Etats (France, Belgique, G-D de Luxembourg), le redressement des bénéfices,… En résumé, ils sont contents, les affaires reprennent…
A noter que le groupe Dexia [4] a pris l’engagement vis-à-vis de la Commission Européenne, de réduire fortement sa taille et de « sortir des territoires et des activités non stratégiques ». D’où il peut se déduire que, puisqu’il n’est pas jusqu’à présent question que Dexia quitte Israël, ce territoire est considéré comme « stratégique », quoique Dexia-Israël représente très très peu de choses dans le bilan du groupe.
Pendant cet exposé, plusieurs de mes voisins dans la salle se sont endormis. Le monsieur en costume-trois-pièces bleu strict, qui somnole à ma gauche avec « Gazet van Antwerpen » sur les genoux, grogne de temps en temps, remet machinalement en place ses lunettes qui glissent obstinément vers le bout de son nez, et se rendort… Pendant que Mariani parle, Dehaene lui-même, semble tenté de piquer du nez un bref instant. Un trop copieux déjeuner avant l’assemblée, peut-être ?
Question time : DEXIA exercerait des représailles
contre des communes opposées à sa complicité avec la colonisation
Vient le moment où les actionnaires peuvent poser des questions. En fait, la plupart des questions, comme le prévoit la procédure, ont été transmises depuis au moins huit jours par écrit au Président du C.A., Jean-Luc Dehaene.
D’emblée, Dehaene se dit « étonné » d’avoir reçu « beaucoup de courrier » d’actionnaires à propos de l’activié de Dexia en Israël, car – dit-il – « il n’y a rien de nouveau ». Il réaffirme tout d’abord que Dexia-Israël « agit aussi bien au bénéfice des municipalités israéliennes que des municipalités arabes », et précise que celles-ci « s’en félicitent ». On relève quand même alors que si la population arabe et la population juive israélienne représentent grosso-modo chacune 50% de la population de la « Palestine historique », ce que J-L Dehaene appelle « les municipalités » arabes ne bénéficieraient que de moins de 10% des prêts accordés par Dexia-Israël. Pas vraiment de quoi se présenter comme des promoteurs de l’égalité entre les deux populations, donc…
Le président de Dexia poursuit en rappelant que la direction du groupe a « clairement dit depuis septembre 2008, et même en fait depuis juin 2008, qu’aucun nouvel engagement de crédit n’est consenti par rapport aux colonies » israéliennes. « En ce qui concerne les engagements pris dans le passé, il n’est pas commercialement possible d’y mettre fin, et donc nous respectons les engagements pris mais il y a déjà une forte réduction de l’en-cours des prêts : de juin 2008 à ce jour la réduction est de 41% ».
J-L Dehaene confirme qu’il n’y « plus aucun engagement nouveau, et qu’on est donc dans une stratégie d’extinction progressive ».
Ces propos relativement lénifiants ne convainquent guère. suite
Les syndicats de Dexia ont dénoncé, lors de l’assemblée générale des actionnaires, les bonus programmés entre 2010 et 2012 pour les membres du comité de direction, alors que 1.526 emplois ont été supprimés l’an dernier.
La banque programme de distribuer 1,875 million d’euros aux cinq membres du comité de direction, dirigé par le Français Pierre Mariani.
« Plutôt que des remerciements au personnel, nous aurions préféré moins de bonus (pour les directeurs, ndlr) », a lancé en assemblée un représentant des membres du personnel et actionnaires de la banque.
« Je comprends, mais ce n’est pas comme cela que ça fonctionne ! », lui a rétorqué le président du conseil d’administration, Jean-Luc Dehaene.
Celui-ci a justifié cette décision par les efforts importants réalisés par le management pour redresser la banque, et le fait qu’aucun bonus n’ait été octroyé en 2009.
Les syndicats ont également dénoncé mercredi le recours à de coûteux consultants extérieurs pour guider la restructuration du groupe, et exigé de connaître leurs émoluments.
« Je ne connais aucune banque où les restructurations (suite au krach de 2008, ndlr) s’est faite sans aide extérieure. Il est sain d’avoir un éclairage extérieur », a encore défendu M. Dehaene.
Celui-ci a d’ailleurs livré aux syndicats le coût de ces consultants extérieurs : 162 millions d’euros en 2008, 124 en 2009, et quelque 110 millions d’euros pour 2010.
Les colonies en Israël
Plusieurs dizaines de défenseurs de droits de l’homme et de la cause palestinienne ont manifesté mercredi en marge de l’assemblée générale des actionnaires de Dexia pour dénoncer le financement, par sa filiale Dexia Israël Bank, de colonies israéliennes dans les territoires occupés.
Présents à l’extérieur, certains militants, détenteurs d’actions de la banque, ont également dénoncé la politique de Dexia au sein même de l’assemblée des actionnaires.
La banque s’était en effet engagée, dans une déclaration du président du conseil d’administration Jean-Luc Dehaene lors de la dernière assemblée générale en mai 2009, à ne plus prêter d’argent à des colonies juives. « Aucun engagement nouveau n’a été pris par rapport aux colonies », a répété mercredi Jean-Luc Dehaene devant les critiques.
Mais selon ces militants, ces promesses n’ont pas été respectées puisque, le 31 mai 2009, soit deux semaines après l’AG, un prêt de 6,8 millions de shekels (1,4 million d’euros) aurait été accordé à une colonie juive établie au sud de Bethléem.
Affirmant ne pas être au courant de cette opération par Dexia Israël, M. Dehaene a assuré devant l’assemblée que la chose serait vérifiée. « Selon moi, cela a été arrêté. Mais nous examinerons la chose et des mesures seront prises », a-t-il promis.
Aujourd’hui un Palestinien de 60 ans n’a jamais rien connu d’autre que l’exil ou l’occupation. L’écrasement sous les bombes de la Bande de Gaza, peuplée à 70% de réfugiés et de descendants de réfugiés, pour la plupart originaires des villes et villages de la côte méditerranéenne, montre que la Nakba (la catastrophe en arabe) qui a démarré avec l’expulsion massive et violente de 800 000 Palestiniens en 1948, n’est pas terminée.
Pour les dirigeants sionistes, elle doit être effacée de l’histoire. Lors des cérémonies commémorant le 60ème anniversaire de l’État d’Israël, Tzipi Livni, qui sait parfaitement que les Palestiniens ne renonceront jamais à leurs droits, avait déclaré que tant que les Palestiniens n’auront pas banni le mot Nakba de leur vocabulaire, il n’y aura pas de cession de territoire. La Nakba n’est pas un souvenir, c’est une menace permanente démarrée il y a 62 ans, et à laquelle est intrinsèquement reliée la revendication du droit au retour.
Pourquoi le leader arabe israélien Amir Makhoul ainsi que le militant nationaliste arabe Omar Sayid ont-ils été arrêtés ?
Ces derniers jours, il était inutile de poser la question aux responsables de l’Etat hébreu car toute allusion à cette mystérieuse affaire était interdite par la censure. Jusqu’à lundi, les journalistes israéliens ne pouvaient pas l’évoquer publiquement et ceux qui s’y risquaient se contentaient d’allusions alambiquées qui n’apprenaient pas grand-chose.
Ce que la justice israélienne et le Shabak (la Sûreté générale de ce pays) ont voulu cacher à l’opinion publique de leur pays est pourtant simple : jeudi dernier, une vingtaine de policiers dont seize agents du Shabak ont perquisitionné aux domiciles de Makhoul avant de l’interpeller sous les yeux de ses proches.
Quelques jours auparavant, Sayed avait également été arrêté alors qu’il tentait de se rendre en Jordanie avec sa famille. Au profit du Hezbollah ? Les appartements ont été entièrement retournés et de nombreux documents emportés. Parmi ceux-ci, une partie des archives de « Itijah », une importante et influente ONG arabe israélienne dont Makhoul est le responsable.
Chez Sayed, ce sont des papiers relatifs au parti « Balad », une formation qui n’avait pu se présenter aux dernières élections législatives parce que son leader de l’époque avait été accusé d’espionnage au profit du Hezbollah, qui ont été saisis.
Pour ce que l’on en sait, Makhoul et Sayid sont soupçonnés d’avoir entretenu des contacts avec l’organisation chiite libanaise. Ce qui explique pourquoi ils sont maintenus au secret. Avant même d’être confirmées par la justice sous la pression des médias israéliens, les arrestations de Makhoul et de Sayid s’étaient répandues comme une traînée de poudre au sein de la communauté arabe israélienne (20 % de la population de l’Etat hébreu). Car au-delà de son influence locale, le dirigeant d’Itijah est un écrivain réputé et un membre du « Comité de suivi », une structure qui représente les Arabes israéliens face aux autorités israéliennes.
Mobilisation
Voilà pourquoi les quinze journaux et périodiques arabes d’Israël, mais aussi les représentants de cette communauté à la Knesset, les ONGet les élus locaux se sont mobilisés pour sa libération ainsi que pour celle de Sayed.Al’appel de l’ensemble des organisations arabes israéliennes, plusieurs milliers de membres de cette communauté ont manifesté ce lundi afin de dénoncer le « racisme permanent » dont ils se proclament les victimes. ■ SERGEDUMONT
Deux militantes israéliennes des droits humains, présentes à Bruxelles, témoignent : selon elles, l’économie israélienne profite de l’occupation. Propos recueillis par Baudouin Loos
Deux militantes israéliennes des droits de l’homme sont à Bruxelles. Pour elles, l’économie israélienne profite de l’occupation et seules de vraies pressions pourraient faire bouger Israël.
Deux Israéliennes différentes. Qui se sont écartées du « consensus » qui règne dans leur pays. Dont elles critiquent sévèrement la politique dans le contentieux israélo-palestinien. Esti Micenmacher et Angela Godfrey-Goldstein étaient à Bruxelles ces derniers jours pour participer à diverses conférences, pour appuyer, aussi, l’action en cours contre la continuation du financement de la colonisation des territoires occupés par la filiale israélienne de la banque Dexia. Rencontre avec deux militantes motivées.
« Je suis membre de l’ONG ‘Who Profits’ (1), explique Esti Micenmacher. Nous recensons les firmes israéliennes ou autres qui profitent de l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Nous avons répertorié quelque mille firmes dans notre base de données. Cette ONG a été créée il y a cinq ans par une coalition de onze associations israélo-palestiniennes féministes. Au début, nous nous étions concentrées sur les productions des colonies juives, ce qui ne représente finalement que peu d’enjeu financier. En revanche, on s’est aperçu qu’il existait une grande implication de l’économie israélienne dans les territoires occupés. »
Une implication à dimensions multiples. « Beaucoup de secteurs sont concernés : la construction, les infrastructures, les services (banques, téléphone, etc.), les subventions aux zones industrielles. Nous avons aussi identifié les terrains d’exploitation économique de la main-d’œuvre palestinienne – ainsi, les ouvriers palestiniens, faute de travail, sont amenés à bâtir les colonies, et participent ainsi à leur propre dépossession ! –, l’exploitation des ressources naturelles, d’ailleurs également contraire au droit international (eau, carrières diverses, dépôts de déchets, etc.), sans oublier que les accords dits de Paris (1995) après le processus de paix entamé à Oslo en 1993 ont rendu l’économie palestinienne captive de l’économie israélienne. »
Ce n’est d’ailleurs pas tout, selon notre interlocutrice. « Dans la recherche de ‘qui profite de l’occupation’, il faut aussi citer le paramètre ‘contrôle de la population occupée’, qui génère pas mal de fruits économiques en Israël : les check-points ont été souvent privatisés et confiés à des sociétés de gardes armés, tout comme la sécurité des colonies ; le long du mur de séparation, les autorités ont installé des appareils de détection sophistiqués ; elles sont de même très fières d’un nouvel appareil appelé ‘Elle-voit-elle-tire’ déployé sur la barrière autour de Gaza et qui permet à un opérateur travaillant à Tel-Aviv d’abattre des cibles en appuyant sur un bouton… L’économie israélienne est ainsi très présente dans ces territoires occupés et les vingt familles qui contrôlent 50 % de la bourse israélienne en profitent donc. »
Une campagne de boycott controversée
Esti Micenmacher et Angela Godfrey-Goldstein font partie de la très petite minorité d’Israéliens qui appuient la campagne mondiale menées par des organisations palestiniennes ou sympathisantes sous la dénomination BDS (boycott, désinvestissement, sanctions). Même la gauche radicale israélienne n’est pas unie sur ce thème. « Pourtant, sans pressions réelles de la communauté internationale, il n’y aura pas de progrès, estime Esti Micenmacher, éditrice de son état. Le fait qu’Israël a été accepté ce lundi 10 mai au sein de l’OCDE n’est pas un bon signal : c’est comme si le monde assurait ce pays d’une impunité totale, renonçait aux pressions. »
Pour sa part, Angela Godfrey-Goldstein travaille à plein-temps depuis six ans pour le Comité israélien contre la démolition de maisons (2), qui travaille non seulement sur le terrain mais tente en même temps un travail d’explication dans la communauté internationale, notamment à travers la campagne BDS susmentionnée.
« Les décideurs européens savent très bien de quoi il retourne, confie-t-elle. Ils disposent de bons rapports, comme celui des consuls généraux de Jérusalem. Malgré quoi, ils choisissent d’aborder les questions sensibles avec Israël avec une extrême prudence, comme s’ils n’avaient que des carottes à montrer et aucun bâton. Ils se rassurent en disant que les Américains, avec Obama, feront bouger les choses. Mais c’est inexact. Seules les vraies pressions fonctionnent. »
Angela Godfrey-Goldstein ne cache pas l’ombre qui plane au-dessus des ONG israéliennes comme celle qui l’emploie : « Une prochaine loi veut s’en prendre aux ONG qui travaillent sur les droits de l’homme en s’attaquant aux subventions qui les font vivre. Cette loi rencontre un certain succès dans l’opinion israélienne soumise à un lavage de cerveau qui la convainc par exemple qu’Israël ‘n’a pas le choix’, ‘est entouré d’ennemis pour toujours’. Cette atmosphère ressemble à une forme de maccarthysme et est en réalité destinée à faire pression sur les donateurs, les Etats ou groupements d’Etats. Nous faisons face à ces difficultés qui mettent en lumière la vanité du slogan ‘Israël est la seule démocratie au Proche-Orient’. Dans cette ‘démocratie’, par exemple, une décision de la Cour suprême de détourner ‘le mur de sécurité’ à certains endroits en territoires occupés dans un sens favorable aux Palestiniens lésés n’est tout simplement pas appliquée sur le terrain. »
Israël a été admis ce lundi, en même temps de l’Estonie et la Slovénie, au sein du club très select de l’OCDE. Cette adhésion a soulevé un certain nombre de protestations.
Derrière le sigle OCDE (l’Organisation pour la coopération et le développement économique) se niche un organisme international influent basé à Paris, qui réunit « les gouvernements attachés aux principes de la démocratie et de l’économie de marché » (et les économies les plus prospères au monde), désormais au nombre de 34.
La coordination des politiques économiques des pays membres est au centre des préoccupations de l’OCDE qui veut aussi agir contre les paradis fiscaux et la corruption internationale. Isolé ces derniers mois sur le plan politique, le gouvernement israélien s’est félicité de cette promotion, fruit de près de quatre années d’efforts.
« Cette adhésion constitue un succès historique vu qu’elle donne une légitimité à Israël comme pays avancé et éclairé, a déclaré le ministre des Finances Youval Steinitz. L’importance est immense. C’est le club international le plus respectable au sein duquel un petit pays comme Israël peut être accepté. »
Ce sont précisément ces respectabilité et légitimité qui font problème, selon certains. « Ce n’est pas un bon signal, nous déclare Esti Micenmacher, une militante israélienne des droits de l’homme en visite à Bruxelles, c’est comme si le monde assurait ce pays d’une impunité totale, renonçait aux pressions contre l’occupation et la colonisation des territoires palestiniens. »
Cela, ajoute sa compatriote Angela Godfrey-Goldstein qui voyage avec elle « alors que la communauté internationale, et même beaucoup d’amis d’Israël, commençait à comprendre la nature du problème, surtout depuis l’offensive contre Gaza en 2008-2009 ».
A Ramallah, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad al-Malki, exprimé son dépit : « L’accord de l’OCDE à l’adhésion d’Israël est une bataille que nous avons perdue, a-t-il dit à l’AFP, évoquant des lettres envoyées aux pays membres. Cette décision est en complète opposition avec les principes fondateurs de l’organisation, qui a accepté un Etat occupant violant quotidiennement les droits de l’homme et le droit international ». ■ B.L. (1) On trouvera sur notre site www.lesoir.be une interview des deux militantes israéliennes Voir aussi post suivant sur ce site-ci.