Appel de l’UJFP : NOUS BOYCOTTONS ET NOUS CONTINUERONS A BOYCOTTER ISRAEL


TANT QUE CET ETAT NE SE CONFORMERA PAS AU DROIT INTERNATIONAL !
Parce que nous sommes une association juive attachée à la justice et aux droits des peuples,

Parce que les valeurs juives dont nous nous réclamons se sont nourries de la résistance aux fascismes et à toutes les oppressions racistes, nous combattons les crimes, les répressions et l’épuration ethnique pratiqués en notre nom à Gaza, en Cisjordanie, notamment à Jérusalem, contre les Palestiniens réfugiés et contre ceux vivant en Israël ,

parce que l’Etat d’Israël poursuit sans relâche et en toute impunité la dépossession la colonisation, l’occupation et la répression du peuple palestinien ,

Nous répondons à l’appel de la société civile palestinienne et participons à la Campagne BDS, pour le Boycott, le Désinvestissement et des Sanctions contre le régime colonial et d’apartheid israélien jusqu’à ce que les droits du peuple palestinien soient reconnus et mis en ouvre.

Cette campagne, à l’image de la campagne qui avait contribué à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud se développe à travers le monde. et de nombreux Etats s’y impliquent, refusant l’impunité d’Israël et la caution de ses crimes de guerre. Elle commence à inquiéter les autorités sionistes et leurs alliés, dont le gouvernement français actuel.

Nous sommes indignés par le chantage à l’antisémitisme et l’instrumentalisation de la mémoire collective du génocide nazi par des officines courroies de transmission d’Israël en France, le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), le BNVCA (Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme),Avocats sans frontières, la Chambre de commerce France Israël… Nous sommes indignés que ce chantage et cette instrumentalisation soient repris au plus haut niveau de l’Etat, en lien direct avec l’ambassade d’Israël*, pour criminaliser des citoyens responsables qui s’engagent pacifiquement et légitimement pour le seul respect du droit.

Aujourd’hui, avec le soutien explicite de plusieurs membres du gouvernement Fillon, sur commande de l’ambassade d’Israël et du ministère de la justice , le Parquet et ces officines intentent dans plusieurs villes – notamment Bordeaux, Perpignan, Mulhouse, Paris et Pontoise- des procès contre des militants participant à la campagne BDS pour « incitation à la haine raciale ».
Ceux qui pratiquent l’incitation à la haine raciale, et qui sont hors la loi aujourd’hui, sont ceux qui garantissent l’impunité d’Israël quoiqu’il fasse, cautionnent les crimes de guerre, laissant la loi du plus fort s’appliquer contre des populations civiles en violation de leurs engagements et de toutes les normes impératives du Droit International.

C’est pourquoi nous sommes solidaires de tous les militants mis en examen.

Notre combat en tant qu’association juive n’est pas isolé, comme voudraient le faire croire certains organismes juifs «officiels»: de plus en plus de Juifs à travers le monde, y compris en Israël, ont rejoint la campagne BDS.

Aujourd’hui, pour la survie du peuple palestinien et pour l’avenir des droits des peuples, participer à la campagne « BDS » est non seulement un droit, mais aussi un devoir. C’est pourquoi nous continuons et continuerons BDS, avec tous les citoyens épris de justice.

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Ceux qui refusent


Michel Warschawski

Michel Warschawski est un homme rare. Il fait partie de cette poignée d’Israéliens qui n’acceptent pas l’inacceptable. C’est un militant de la paix et ce depuis l’année 1968. Cela lui a valu notamment de goûter aux geôles israéliennes durant près de deux ans, puisqu’il fut condamné pour avoir soutenu des organisations palestiniennes illégales. Il est également depuis de nombreuses années le président du Centre d’information alternative de Jérusalem.

Invité en 2001 par un cartel d’associations nantaises, il a tenu une très brillante conférence dans la salle surchauffée de la Manufacture des Tabacs. Il a repris en partie les idées fortes que l’on retrouve dans son livre « Israël-Palestine : le défi binational », livre publié en février dernier par les éditions Textuel. Ce livre est intellectuellement très proche du dernier ouvrage de l’universitaire palestinien Edward Saïd, qui s’intitule « Israël-Palestine : l’égalité ou rien ».

Dans cet ouvrage, Michel Warschawski propose une lecture brillante et synthétique de la naissance de l’Etat d’Israël. Depuis quelques années, les historiens israéliens s’invectivent copieusement, les « nouveaux historiens », car tel est leur nom, osant s’interroger, et ce faisant remettre en cause, l’histoire officielle israélienne.

Beaucoup affirment encore que les sionistes n’eurent pas à expulser les populations palestiniennes de Palestine car celles-ci étaient parties d’elle-même, répondant ainsi aux appels des radios arabes leur recommandant de venir se protéger à l’extérieur du territoire. La vérité est bien évidemment ailleurs. Warschawski n’y va pas par quatre chemins : « la guerre qui a fait naître Israël a été une guerre d’épuration ethnique ». Pour affirmer cela, il s’appuie sur le travail sérieux et argumenté de l’historien Benny Morris qui a recensé « pas moins de 80 massacres entre 1947 et fin 1948″, et parmi ceux-ci le terrible Deïr Yassine.

Mais là où Benny Morris se refuse à voir les manifestation concrètes d’une stratégie guerrière savamment planifiée, Michel Warschawski considère au contraire que les leaders sionistes, Ben Gourion en tête, ont fait de la terreur une arme essentielle de leur conquête de toute la Palestine. L’Etat d’Israël est donc le « fruit combiné du plan de partition adopté par l’Assemblée générale des Nations-Unies, le 29 novembre 1947, et d’une guerre de conquête et d’épuration ethnique menée avec succès par les forces armées juives au cours de l’année 1948″. Israël ne s’est donc pas emparée d’une terre laissée vide volontairement par une population palestinienne partie chercher refuge ailleurs.

Michel Warschawski s’intéresse également à l’état de la société israélienne aujourd’hui. Il la décrit comme une société malade. Il rappelle qu’à l’origine le projet sioniste est laïc, républicain et démocratique. Or, dès sa naissance, Israël s’est construit comme un Etat juif. Et s’il ne voit pas en l’Etat d’Israël un Etat théocratique, il sait aussi que “l’Etat juif tend à introduire des éléments religieux dans l’identité collective et, par conséquent, met en échec son propre projet de société » en marginalisant notamment ceux que l’on appelle les Arabes israéliens.

Autre sujet de tension : l’immigration. Durant des décennies, le monde politique israélien a été tenu par une élite sioniste ashkénaze puisant ses racines dans sa culture occidentale, méprisante à l’égard des Juifs d’orient, des Séfarades. La marginalisation de ces derniers et l’arrivée massive depuis plusieurs années de migrants en provenance de l’ex-Union Soviétique ont fait d’Israël une véritable poudrière communautaire qui accentuent encore plus l’éclatement de l’identité israélienne.
S’y ajoute également le fait que lentement la population palestinienne d’Israël ne cesse de croître numériquement et que dans quelques années, les Juifs seront minoritaires : « L’Etat reste un Etat juifs, avec des pratiques et des structures discriminatoires, mais la minorité palestinienne est passée d’une situation d’atomisation et d’invisibilité à celle d’une minorité nationale qui revendique l’égalité citoyenne dans un pays qui se veut juif mais aussi démocratique ».

C’est là que le bât blesse pour Michel Warschawski : comment Israël, multinationale et multiculturelle, peut-elle demeurer longtemps un Etat juif, c’est-à-dire qui se réfère à une identité spécifique, ethnico-religieuse, exclusive de toute autre ? Tel est la question qui se pose aujourd’hui. Soit Israël se maintient comme Etat juif et alors il se transformera en « un Etat théocratique où seraient progressivement abolis les aspects réellement démocratiques existant dans le régime israélien » ; soit, les Israéliens impose une « séparation totale de la nationalité et de l’Etat, de l’ethnicité et de la citoyenneté ». Cette seconde solution est bien évidemment défendue avec force par Michel Warschawski qui incite, en reprenant les mots du chercheur Alain Dieckhoff à “sortir du dogme : un Etat, une culture, un peuple » et à construire un « Etat davantage pluraliste où une citoyenneté partagée irait de pair avec la reconnaissance d’identités collectives diverses ».

Michel Warschawski, en parlant d’Etat binational, en appelle à une véritable révolution culturelle qui passera notamment par la capacité des Juifs et des Palestiniens à appréhender ensemble l’histoire récente de la naissance de l’Etat d’Israël et de la Palestine historique et à se rappeler aussi que, souvent, dans les lieux où Juifs et Arabes cohabitèrent, ils coexistèrent longtemps avec bonheur.

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Comme les Allemands, nous ne voulons pas savoir


par Shulamit Aloni
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Entretien avec Shulamit Aloni
(mai 2004, mais toujours d’actualité)

Shulamit Aloni, à quoi voulez-vous en venir en disant que vous comprenez les Allemands ?

Dans ce pays, on rencontre aujourd’hui des gens qui disent : « je ne veux pas savoir, je ne lis pas les journaux. » Si les gens ne sont pas prêts à lire Gidéon Lévy et Amira Hass [reporters du Ha’Aretz dans les territoires occupés], c’est simplement parce qu’ils ne veulent pas savoir ce qui se passe.

Ils ne disent pas que les articles écrits par ces deux journalistes ne sont pas corrects, mais simplement qu’ils ne veulent pas savoir. Nous n’avons pas accepté que les Allemands disent « nous ne savions pas » et cela nous a, à juste titre, rendu furieux. Ils ne voulaient tout simplement pas savoir. Ils étaient derrière le Führer et ils admiraient leur armée.

Chez nous aussi, les gens ne savent pas et ne veulent pas savoir. Ce qu’ils savent, c’est qu’ils doivent se montrer patriotes. Et quoi de plus patriotique qu’une guerre ? Et on hisse le drapeau dans les écoles. Et on apprend l’hymne national. Il y a même cette imbécile [Limor Livnat, ministre de l’Education] qui a proposé d’inscrire sur les murs des classes : « Elohim yaazor lanou » [« Dieu nous viendra en aide »]. Ne sait-elle pas que, sur le ceinturon des soldats nazis, il était inscrit : « Dieu est avec nous » ? Il règne ici une hystérie de patriotisme et les gens ne disent plus rien.

Vous ne choisissez pas la simplicité en faisant une telle comparaison …

Notre société est rongée par l’insensibilisation et par l’exaltation de la force. Je suis effrayée par notre effondrement moral. Je suis effrayée par notre arrogance et par la facilité avec laquelle nous tuons et assassinons des Palestiniens. Je suis effrayée de ce que l’on a pu arracher 4 000 oliviers dans les Territoires sans que cela provoque de remous. Je ne peux trouver le repos quand je vois la muraille que nous sommes en train d’ériger. Nous volons la terre à des gens qui vivent en ce lieu précis depuis des siècles.

Lorsque les camarades d’Arik Sharon ont vu leurs terres expropriées, ils ont reçu des indemnités énormes. Nous sommes en train de détruire des serres, des plantations et des infrastructures vitales pour trois millions de personnes, et nous nous persuadons que c’est nous la victime.

Quand nos tireurs d’élite tuent des gens, je ne peux vivre avec ça. Je ne peux admettre que nous ne cessions de ressasser que nous sommes la victime et que nous ne fassions pas notre examen de conscience.

Il faut comprendre que nos bombardements aériens ne sont pas moins sanglants que leurs attentats. Pendant que nous pleurons nos 900 morts, nous ne nous souvenons pas que nous avons tué 3 000 civils palestiniens.
Nous sommes violents, nous nous mentons à nous-mêmes, notre exaltation de la force nous ronge. Et nous nous disons une démocratie. Il ne peut y avoir de démocratie quand on domine trois millions de gens qui n’ont pas de voix.

Nous n’essayons même pas de comprendre que ce que les Palestiniens veulent, c’est la souveraineté et les droits de l’Homme.

D’où vient cette insensibilisation dont vous parlez ?

Notre insensibilité morale absolue découle de notre domination. Quand le général [Amos] Yadlin, qui dirige le Collège de la Sécurité Nationale, écrit un article dans lequel il juge moral de tuer des femmes et des enfants lors de nos liquidations ciblées, et quand quelqu’un comme le professeur Assa Kasher [philosophe à l’Université de Tel-Aviv] soutient cette position, il y a un problème.

On retient des Arabes israéliens à l’aéroport international et on casse leurs bagages ; il est de plus en plus courant de retarder des militants de gauche pour les forcer à se taire. Pourquoi ? Que nous arrive-t-il ? Mais les gens se taisent pour ne pas avoir d’ennuis. Il y a ici des phénomènes dont il y a lieu de s’inquiéter. Pourquoi n’a-t-on pas ouvert d’enquête après la mort par écrasement de la manifestante américaine Rachel Corey ? Pourquoi le gouvernement n’empêche-t-il pas cela ? Pourquoi n’enquête-t-on pas sur les soldats qui abattent des journalistes ? Pourquoi couvre-t-on ceux qui ont la gâchette facile ?

L’armée utilise des tireurs d’élite qui s’exercent en tirant sur des Arabes. L’effondrement moral de notre société est la conséquence directe de ce qui se passe dans les Territoires. Nous sommes responsables du sang juif versé.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Dans Yediot Aharonot, Nahum Barnéa a un jour écrit que Sharon lui avait dit : « le sang juif est le ciment le plus efficace pour maintenir le consensus national. Quand le terrorisme diminue, les interrogations apparaissent, les critiques se font entendre et l’amertume grandit. Lorsque la terreur ne s’exerce pas, notre société se relâche et perd son panache. » Je vous le demande, n’était-il pas évident que nos opérations brutales dans la Bande de Gaza ne pouvaient entraîner que des représailles ?

Tout le monde savait qu’il y aurait une réaction. Alors qui est responsable du sang juif ? Nous-mêmes. Nous mobilisons toute la force dont nous disposons. Ils font régner la terreur et nous la leur rendons au centuple. Notre stratégie est une stratégie de la force, pas de la détente.

Si nous avions joué la carte de l’apaisement, nous n’aurions pas fait de sale coup à Abou Mazen lorsqu’il a été nommé Premier ministre [de l’Autorité palestinienne]. Aujourd’hui, tout le monde dit que l’armée et le gouvernement israéliens ont fait échec à Abou Mazen et que ça a été une erreur.

Mais il y a chez nous un véritable culte de l’armée, comme si l’armée était une valeur en soi, la clé de notre union et de notre existence. Dans ce pays, ce n’est pas l’Etat qui a son armée, mais l’armée qui a son Etat.

Que voulez-vous dire ?

On vient d’acheter des avions extrêmement sophistiqués pour plusieurs milliards. Qui en avait besoin ? Cet argent, on aurait pu le consacrer à la santé et aux pauvres. Nous avons la paix avec l’Egypte et avec la Jordanie. La Syrie veut la paix et est hors jeu. L’Irak n’est pas une menace et l’Iran est le problème de la communauté internationale.

Mais Shaul Mofaz gesticule et menace les Iraniens, en persan, de bombarder leur réacteur atomique [le ministre de la Défense israélien est d’origine iranienne]. Qu’est-ce qui lui prend ? Depuis 37 ans, la paranoïa juive fait l’objet d’un lavage de cerveau. On nous dit qu’on veut nous exterminer. Qui ça, « on » ?

Nous sommes en paix avec l’Egypte et avec la Jordanie, et ces deux pays ne nous menacent plus. Et les Palestiniens, ils vont peut-être nous jeter à la mer ? La guerre actuelle n’est pas une guerre de survie mais une guerre coloniale.

Quand vous dites que tout le monde se tait, vous englobez la gauche israélienne ?

Oui. Il n’était pas juste que des membres de la gauche prennent position contre les objecteurs de conscience. Dans un Etat moralement perverti et dans un pays où l’on fait accoucher les femmes sur le bord de la route, on devrait être fier de nos objecteurs plutôt que des les attaquer. Mais on préfère rester sage et montrer son patriotisme.

Je me considère comme une patriote et c’est être patriote que protester contre la dépravation morale qui s’empare de nous. On me dit qu’il faut être populaire et populiste, qu’il faut coller à la masse. Dans le monde entier, on réprouve le nationalisme. Chez nous, on en fait un étendard. Tous les partis politiques sont fautifs. Il y a un tel attrait pour le pouvoir qu’à gauche, on croit que le pouvoir sera reconquis en épousant l’esprit de la droite.

L’élection de Yossi Beilin à la tête du Yahad, et donc de la gauche, changera-t-elle quelque chose ?

Je ne vois rien pour l’instant. Je suis hors du coup et je n’ai pas de conseils à donner, parce que je n’ai plus de responsabilités politiques. Je soutiens Yossi parce qu’il est déterminé dans son combat pour la paix. Je ne crois pas que nous pourrons restaurer la société israélienne selon les valeurs de la liberté, de la justice et de la paix sans faire d’abord la paix.

Croyez-vous que la gauche soit sur la bonne voie ?

Je ne suis pas croyante. Je ne crois plus. J’espère seulement qu’il y aura une dynamique. Mais cette dynamique n’existera que si Ran Cohen [chef de file de l’aile sociale du Meretz], Beilin et Jammous [« Buffle », surnom arabe du député Haïm Oron] et toute la bande commencent d’abord par se bouger. Ces derniers temps, les seules voix que l’on a entendues au Meretz étaient celles de Zahava Galon et Roman Bronfman [dissident démocrate du parti populiste russophone de Nathan Sharanski]. Et leurs voix semblaient bien isolées.

Il faut se bouger, reprendre langue avec toutes les organisations de lutte pour la paix, attaquer directement le gouvernement, s’exprimer dans la rue et oser rompre avec le politically correct. Il faut dire la vérité : notre combat contre les Palestiniens est un combat colonial et nous commettons des choses horribles. Il faut reconnaître que nous aussi nous avons fait exploser les Britanniques à l’époque où ils occupaient le pays. Il faut montrer que l’on prend l’argent des pauvres pour l’investir dans les Territoires.

Il faut emmener dans les Territoires les gens de Dimona et Yeroham [villes de développement touchées de plein fouet par la crise économique et la cure ultra-libérale imposée par Binyamin Netanyahou] et leur montrer que c’est avec leur argent que l’on construit ces belles maisons aux toits verts [des colons], ces routes splendides et cette clôture monstrueuse.
Qu’ils voient la réalité et qu’ils ne puissent plus dire après cela qu’ils ne savaient pas.

Qu’on montre tout cela à ces gens qui ne perçoivent plus de salaires depuis des mois et ils cesseront de voter Likoud.

Vous voyez-vous revenir à la vie politique ?

Je ne me vois pas revenir. Je fais entendre ma voix, je m’agite et j’écris des articles. Mais je ne reviendrai pas. Je ne suis pas nostalgique. Le fait que Sharon et Pérès, à leur âge, soient encore là est décourageant. Il est temps de laisser la place à une nouvelle génération se développer. Mais voyez ce qu’on a fait à Mitzna…

De Barak et Netanyahou, lequel est un dirigeant convenable ?

Ehoud Barak a été une véritable catastrophe et j’espère qu’on ne le laissera pas remettre les pieds en politique. S’il est tombé, c’est à cause de ses combines. Barak n’a pas compris l’état d’esprit du peuple. Quand on lui criait « Rak bli Shas ! » [« Tout sauf le Shas », parti ultra-orthodoxe sépharade et oriental alors dirigé par le très populaire et populiste Arieh Deri], il n’entendait pas.

Résultat, nous avons maintenant le Shinouï [parti laïque de droite, populiste, xénophobe et anti-oriental]. Il a amené catastrophe sur catastrophe. Il n’a pas appliqué les accords [israélo-palestiniens] que le gouvernement israélien s’était engagé à appliquer.

Il est allé jusqu’à se moquer d’un Netanyahou qui avait donné Hébron [aux Palestiniens] et s’est même vanté de n’avoir, lui, rien donné.

Je n’accepte pas sa politique économique mais, au moins, Netanyahou est conséquent. Barak ne faisait que parler.

Propos recueillis par Attila Somfalvi ( [email]attila-s@y-i.co.il[/email] ) Traduit de l’hébreu par Pascal FENAUX ( [email]pfenaux_courrierinternational@yahoo.fr[/email] )

Née en 1928 à Tel-Aviv, Shulamit Aloni est avocate et publiciste de formation. Membre du Palmah [milice nationaliste de gauche] durant la guerre de 1948, elle fonde dans les années 60 le Ratz – « Mouvement israélien des Droits civiques » – et siège un temps comme députée travailliste à la Knesset. En 1973, elle transforme le Ratz en parti politique et quitte le Maarakh – « Cartel » composé de l’Avoda travailliste, du Mapam sioniste socialiste et de ligues villageoises arabes.

En 1988, un deuxième gouvernement d’union nationale composé du Likoud et du Maarakh organise la répression du soulèvement palestinien dans les territoires occupés, ce qui provoque l’explosion du Maarakh suite au départ du Mapam et des ligues arabes.

En 1990, le Ratz s’allie au Mapam et aux libéraux indépendants du Shinouï – « Mouvement pour le Changement » – pour former le Meretz – « Parti démocratique d’Israël ». Lorsque le Parti travailliste de Yitzhak Rabin et Shimon Pérès revient au pouvoir au printemps 1992, le Meretz rallie la coalition gouvernementale et Shulamit Aloni obtient les portefeuilles de la Culture, des Communications et de l’Education.

Minée par des conflits récurrents avec Yossi Sarid, autre figure de proue du Meretz, elle démissionne de toutes ses fonctions juste avant la victoire des droites nationalistes et religieuses de Binyamin Netanyahou au printemps 1996.

En accueillant en son sein les dissidents travaillistes du Shahar – « Paix, Education et Progrès » – emmenés par Yossi Beilin, le Meretz s’est transformé en Yahad – « Ensemble » ou « Israël social-démocrate ».

Lors des élections de la présidence du Yahad, Ran Cohen, activiste social et oriental, affrontait Yossi Beilin, négociateur des accords israélo-palestiniens d’Oslo (1993) et du pacte de Genève (2003). Aloni a alors choisi de soutenir publiquement Beilin. Depuis qu’elle a retrouvé sa liberté de parole, ses interventions publiques suscitent polémique sur polémique.

Propos recueillis par Attila Somfalvi ( attila-s@y-i.co.il )

Traduit de l’hébreu par Pascal FENAUX pfenaux_courrierinternational@yahoo.fr
Reference : http://www.enfantsdepalestine.org/ar,99

Nous sommes les seuls à avoir le droit …


Gideon Levy

Après l’affrontement de mardi dernier à la frontière, Israël continuera à faire fi de la FINUL et de l’armée libanaise.

Ces salauds de Libanais ont changé les règles. C’est scandaleux. Il paraît qu’ils ont un commandant de brigade qui est résolu à protéger la souveraineté de son pays. Un scandale.

Un engin israélien élague à la frontière libano-israélienne

L’explication c’est qu’il « endoctrine ses troupes », chose que nous sommes les seuls autorisés à faire bien sûr et que « l’état d’esprit du commandant » montre qu’il est « proche du Hezbollah ». Le culot !

Et maintenant que nous avons récité jusqu’à plus soif les explications de la propagande des forces israélienne de défense (FID) sur ce qui s’est passé mardi à la frontière septentrionale, il est temps d’examiner les faits.

Mardi matin, Israël a demandé à la « coordination » avec la FINUL de pouvoir réaliser une nouvelle opération de« déblayage» à la clôture de la frontière. La FINUL a demandé aux FID de reporter l’opération parce que son commandant était à l’étranger. Les FID n’en avaient cure. Ce n’est quand même pas la FINUL qui nous arrêtera.

À midi , les élagueurs se sont mis au travail. Les soldats libanais et ceux de la FINUL leur ont crié d’arrêter. Au Liban, ils disent que leurs soldats ont également tiré des coups de semonce en l’air. S’ils l’ont fait, ce n’est pas ce qui a arrêté les FID.

Les branches de l’arbre ont été coupées et du sang a été versé des deux côtés de la frontière. Épanché en vain.

Il faut dire qu’Israël prétend que la superficie de l’autre côté de la clôture est sur son territoire, ce que la FINUL a officiellement confirmé hier. Mais une clôture est une clôture : à Gaza il suffit de s’approcher de la clôture pour que nous descendions le contrevenant. En Cisjordanie, l’itinéraire de la clôture n’a rien à voir avec la Ligne verte ; pourtant les Palestiniens n’ont pas le droit de la traverser.

Au Liban, nous avons édicté des règles différentes : la clôture n’est qu’une clôture ; nous avons le droit de la traverser et de faire ce que nous voulons de l’autre côté, parfois sur le territoire souverain du Liban. Nos avions ont le droit de voler couramment dans l’espace aérien du Liban et parfois nous envahissons aussi son territoire.

Cette région a été occupée par Israël pendant 18 ans sans que nous le reconnaissions jamais. Cette occupation n’était pas moins brutale que celle des territoires, mais elle a également été blanchie. « Zone de sécurité » est ce que nous l’appelions. De sorte que maintenant aussi, nous pouvons faire ce que nous voulons.

Mais voila que brusquement, il y a eu un changement. Qu’est-ce que nos analystes ont dit ? Récemment il y a eu des « tirs anormaux » contre des avions israéliens. Après tout, il faut maintenir l’ordre. Nous avons le droit de voler dans l’espace aérien libanais, mais eux n’ont pas le droit de tirer.

Toutefois, l’incident de mardi doit être placé dans un contexte plus large : il a été exagéré hors de proportion ici comme si c’était un casus belli , et la guerre n’aurait été évitée que grâce à la fameuse « retenue » israélienne. Depuis des mois maintenant, on entend des roulements de tambour de guerre. Ra ra ra, danger. Des Scuds envoyés par la Syrie, la guerre dans le nord.

Personne ne demande pourquoi ni pour quelle raison ; c’est simplement que c’est l’été ici et avec lui les habituelles menaces de guerre. Mais c’est à Israël qu’un rapport des Nations unies publié cette semaine impute la responsabilité de la tension.

Dans cette atmosphère surchauffée, les FID devraient faire attention quand elles allument leurs allumettes. La FINUL demande de retarder une opération ? La région est explosive ? Eh bien, le travail aurait dû être reporté. Il se peut que l’armée libanaise soit décidée davantage maintenant à protéger la souveraineté de son pays – ce qui est non seulement son droit, mais son devoir – et un commandant libanais qui voit les FID opérer de l’autre côté de la clôture peut donner l’ordre de tirer, même de façon non justifiée.

Qui mieux que les FID savent ce que c’est que d’ouvrir le feu pour n’importe quelle violation réelle ou imaginée ? Demandez donc aux soldats à la barrière de séparation ou à ceux qui gardent Gaza. Néanmoins, Israël a rejeté avec arrogance la demande de reporter son opération faite par la FINUL .

C’est avec la même arrogance qu’il exige que les USA et la France cessent de fournir des armes à l’armée libanaise. Seule notre armée est autorisée à se constituer un stock d’armes. Pendant des années, Israël a exigé que l’armée libanaise prenne la responsabilité de ce qui se passe dans le sud du Liban et maintenant qu’elle le fait, nous changeons de ton. Pourquoi ? Parce qu’elle a arrêté de se comporter comme un sous-traitant israélien et qu’elle commence à agir comme l’armée d’un État souverain.

Et bien entendu cela est interdit. Une fois que les armes se sont tues, une clameur s’élève à nouveau pour que l’on frappe un autre « coup fort » contre le Liban pour « le dissuader »- infliger sans doute des destructions supplémentaires du type infligé dans le quartier Dahiya de Beyrouth.

Trois Libanais tués, dont un journaliste, cela ne suffit pas pour faire contrepoids à la mort de notre commandant de bataillon. Nous en voulons davantage. Le Liban doit apprendre une leçon et c’est à nous de la lui donner.

Et nous ? Nous n’avons pas de leçons à apprendre. Nous continuerons à ignorer la FINUL , à ignorer l’armée libanaise et son nouveau commandant de brigade qui a eu le toupet de penser que son boulot est de protéger la souveraineté de son pays.

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Entretien avec Jeff Halper


1ère partielundi 12 juillet 2010 – 06h:45


Jeff Halper est cofondateur et coordinateur du Comité israélien contre les démolitions de maisons (ICAHD). Il a participé comme personne-ressource (expert) à la 219è assemblée générale du Comité des études de l’Eglise presbytérienne au Moyen-Orient à Minneapolis (Minnesota – USA). PNN a pu s’entretenir à deux moments différents avec lui, au cours de la semaine, sur des sujets liés au conflit en Israël/Palestine.

Voici la première partie de ces entretiens

Un pilote israélien hisse le drapeau palestinien sur le ghetto Varsovie


Des pacifistes israéliens ont dessiné des slogans pro-palestiniens sur le mur du « Ghetto Varsovie » dans la capitale polonaise et ont hissé le drapeau palestinien sur le mur de la mort.

« Libérez tous les Ghettos, libérez Gaza et la Palestine », ont écrit les pacifistes sur le mur de la caserne du Ghetto Varsovie. Selon la dixième chaine israélienne, l’ancien pilote Jonathan Shapira, l’un des opposants farouches au service militaire israélien pour des raisons morales et humaines, figurent parmi ces pacifistes.

Shapira a écrit ces slogans pour attirer l’attention du monde entier sur ce qui se passe en Palestine, notamment dans la bande de Gaza. « Ma famille a péri dans ce ghetto sur les mains des Nazis. Je ne peux en aucun cas accepter que les habitants de Gaza soient emprisonnés dans une grande prison et exposés aux raids des avions de guerre israélien, ces avions à bord desquels j’avais servi », a déclaré le pilote Shapira, qualifiant de crime contre l’humanité les agissements israéliens à Gaza.

Tout en démentant les informations selon lesquelles Jonathan a comparé les Israéliens aux Nazis, il a estimé qu’il était important que les Juifs écoutent d’un Juif ce qui se passe à Gaza.

Ayant servi dans un hélicoptère de guerre, Shapira est l’un des 27 pilotes réservistes à avoir été chassés de l’armée après leur refus de lancer des raids sur la bande de Gaza en 2003.

SOURCE : WWW.ALMANAR.COM.LB

Des manifestations anti-sionistes, devant la Maison Blanche


IRIB – Dans le sillage de l’entretien du Président américain, Barack Obama, avec le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, deux manifestations anti-israéliennes séparées ont eu lieu, ce mardi, devant la Maison Blanche. Lors de la première manifestation, les protestataires ont demandé aux Etats-Unis de mettre un terme à leurs soutiens à Israël. Ils ont qualifié de contraire à la religion judaïque, la fondation du régime sioniste. La seconde, plus vaste, avait rassemblé plusieurs centaines de haredims anti-sionistes. Les participants, principalement, des Hassidim de Satmar, sont arrivés, par cars entiers, de New York, pour protester contre les démarches du régime sioniste. Un autre objectif de cette manifestation était de rappeler au monde qu’ « Israël est un régime sioniste, pas un Etat juif », ce que l’on pouvait lire sur les écriteaux que brandissaient les manifestants.

Le siège de Gaza : «intenable» ? Non, catastrophique !


06 juillet 2010
Miko Peled

Le 1 juin 2010 des enfants de Gaza jettent des fleurs à la mer en mémoire aux victimes du Mavi Marmara, assassinés par les commandos israéliens

Lundi 5 juillet 2010

Etant moi même juif et israélien, ayant un père qui fut général dans l’armée israélienne et y ayant moi même servi, je dis ceci : nier ou justifier les actions israéliennes équivaut à nier ou défendre tous les crimes contre l’humanité.

Il subsiste un doute dans l’esprit de gens sérieux quant à l’attaque israélienne contre la flottille de Free Gaza et les événements qui ont entraîné la mort de 9 des militants qui se trouvaient à bord. Ce n’est pas vraiment surprenant puisque le commandant de la marine israélienne, l’Amiral Eliezer Marom, affirme que la mission a pleinement réussi.

Selon lui, grâce à la retenue dont ont fait preuve les soldats israéliens, aucun civil innocent n’a été blessé, les soldats sont rentrés à leur base sains et saufs et « 9 terroristes ont été tués. » Aussi y a-t-il des gens -vous en connaissez peut-être – qui pensent que l’on devrait « lâcher un peu Israël ». Eh bien, je dis non !

Les gens qui étaient à bord de la Flottille de Free Gaza étaient des militants pacifistes courageux et si je n’en avais pas été empêché par mon travail, j’aurais été parmi eux sur cette flottille. Les affirmations selon lesquelles ils sont liés à des organisations terroristes ne valent pas un clou.

Ils avaient trois objectifs : amener à Gaza l’aide humanitaire dont elle a grandement besoin, provoquer et embarrasser Israël, et attirer l’attention du monde sur la crise humanitaire à Gaza. Neuf de ces militants ont donné leur vie pour parvenir à ce but.

Que des commandos israéliens armés aient attaqué la flottille dans des eaux internationales est un acte de piraterie. Les gens qui étaient à bord du vaisseau ont fait ce que tout officier de marine vous dirait avoir été leur devoir : ils ont défendu héroïquement leur navire et sa cargaison et, comme nous le savons, neuf d’entre eux ont laissé la vie dans cet action héroïque. Les commandos israéliens, paniqués, ont par lâcheté tiré sur une foule sans armes, tuant neuf personnes et transformant ainsi une opération ratée en une tragédie innommable.

Si j’avais pu me joindre à la Flottille de Free Gaza cela aurait été ma troisième tentative pour pénétrer dans la bande de Gaza assiégée où Israël emprisonne et affame lentement 1.4 million de civils dont 800 000 enfants.

Les Palestiniens n’ont jamais eu d’armée, de chars, d’avions, et pourtant ils sont soumis à un blocus et à des attaques constantes qui entraînent des victimes civiles innombrables, des maladies horribles et un malheur inexcusable.

Certains disent que les militants de la Flottille de Free Gaza voulaient provoquer Israël et qu’ils n’étaient pas de simples militants pacifiques innocents. Mais, le militantisme c’est fait pour provoquer. Un militant ne reste pas tranquillement assis à regarder le monde avancer autour de lui. Contrairement au mythe auquel beaucoup d’Américains blancs voudraient croire, quand Rosa Parks est montée dans un bus et s’est assise à une place réservée à des blancs, elle n’était pas qu’une Afro-américaine fatiguée. Elle était une militante en mission : elle était là pour provoquer un système qui avait ses racines dans le crime de ségrégation raciste systémique dont des parties de ce pays étaient coupables.

Quand quatre étudiants afro-américains organisèrent l’action de Greensboro en février1960, ils ne se sont pas assis pour déjeuner au comptoir réservé aux Blancs simplement parce qu’ils avaient faim. Si on se rappelle MLK Jr., Mahatma Gandhi ou Nelson Mandela, on voit clairement que le militantisme a pour but de provoquer, de révéler le mal, d’y attirer l’attention et puis de s’en débarrasser. Le blocus de Gaza est l’un de ces maux. Les gens qui étaient à bord de la flottille faisaient ce qui est juste.

On doit se demander ce qui est pire, commettre un crime ou le justifier ? Qui sont les plus mauvais ? Ceux qui ont commis l’holocauste juif, le génocide arménien ou l’asservissement et les massacres des Africains ? Ou ceux qui profitent, qui justifient ces horreurs ou nient qu’elles aient eu lieu ? Etant moi même juif et israélien, ayant un père qui fut général dans l’armée israélienne et y ayant moi même servi, je dis ceci : nier ou justifier les actions israéliennes équivaut à nier ou défendre tous les crimes contre l’humanité.

Malheureusement, tout ce qu’on entend dire en provenance des Etats-Unis, c’est que la situation à Gaza est « intenable ». On ne peut que se demander combien de sondages d’opinion ont été faits, combien de brillants experts en communication il a fallu pour produire cette expression vide de sens et réchauffée.

Je suis sûr qu’ils ont eu besoin de l’aval du Département d’Etat, de l’ambassade d’Israël et de l’ AIPAC avant que le Président prononce cet insupportable mot sans vie. La situation à Gaza n’est pas intenable, la situation à Gaza et dans toute la Palestine est catastrophique.

Miko Peled, écrivain et militant pacifiste israélien, vit à San Diego. Son père était le général Matti Peled

Publié par Palestine chronicle : http://palestinechronicle.com
Traduction et choix de photo : C. Léostic, Afps

Peut-on critiquer Israël ?


En quoi les sionistes sont-ils légitimés pour instrumentaliser l’antisémitisme ?

le 29/06/2010

Pierre Stambul

Luxembourg

le 28/06/2010

L’expulsion des Palestiniens de leur propre pays s’est faite, il y a 62 ans. Ce nettoyage ethnique (800 000 personnes expulsées de leur propre pays) s’est réalisé avec la complicité de la communauté internationale. Après des siècles d’un antisémitisme européen jalonné de nombreux pogroms, et immédiatement après le génocide nazi qui a entraîné la mort de 6 millions de Juifs (la moitié des Juifs européens), l’Occident s’est « débarrassé » de sa responsabilité … sur le dos du peuple palestinien qui n’avait joué aucun rôle dans cette persécution.

Alors que la décolonisation (certes très imparfaite) a été la règle partout, la question palestinienne évolue à contre-courant. Plusieurs facteurs bloquent toute solution. Il y a la manipulation de l’histoire, des mémoires et des identités.

L’Etat d’Israël et celles ou ceux qui soutiennent sa politique nient le crime fondateur, les droits du peuple autochtone, voire même l’existence de ce peuple. Pour eux la « légitimité » d’un Etat qui s’est proclamé « Etat Juif » et refuse toute citoyenneté aux autres habitants de la région est indiscutable et les Palestiniens sont des intrus. Ils en sont toujours aux mensonges initiaux : « une terre sans peuple pour un peuple sans terre », « du désert, nous avons fait un jardin », « les Arabes sont partis d’eux-mêmes » et ils défendent contre toute vraisemblance historique l’idée qu’après 2000 ans d’exil, les Juifs sont retournés dans leur pays.

Le sionisme est devenu une idéologie totalitaire qui prétend parler au nom de tous les Juifs. Depuis des années, une technique s’est bien rodée. Quiconque critique Israël et sa politique, quiconque défend les droits du peuple palestinien, est forcément un antisémite s’il n’est pas juif et un traître ayant la haine de soi s’il est juif. Quiconque dit ce qui est à l’œuvre : nettoyage ethnique, colonialisme, apartheid, crimes de guerre … est forcément un négationniste nostalgique d’Hitler.

Traître ou complice ?

Refusant d’avoir le choix entre être complice ou être un traître, je me sens donc sommé de dire « d’où je parle ». Je suis né en 1950 dans le souvenir omniprésent du génocide nazi. Mère née Dvoira Vainberg, communiste résistante dans la MOI, seule rescapée d’une famille nombreuse disparue (sans qu’on sache même où et comment) en Bessarabie. Père Yakov Stambul, membre du groupe Manouchian (l’Affiche Rouge), en « triangle » avec Jozsef Boczor et Emeric Glasz fusillés au mont Valérien. Il a été déporté à Buchenwald. Sa mère avait été 40 ans plus tôt une survivante du pogrom de Kichinev. J’utilise volontairement mes origines pour contester tout droit des sionistes à parler au nom de tous les Juifs ou au nom de l’antisémitisme et du génocide.

En 1948, Menachem Begin (le responsable du massacre de Deir Yassin) projetait de visiter les Etats-Unis. Les plus grands intellectuels juifs américains de l’époque (Hannah Arendt, Albert Einstein …) avaient signé une pétition demandant au président Truman d’arrêter ou d’expulser ce terroriste. Encore à cette époque, le mot « juif » évoquait Einstein, Arendt, Freud, Rosa Luxembourg… et pas Liberman, Barak , Livni ou Nétanyahou.
Aujourd’hui, on assiste à un véritable acharnement consistant à effacer ce passé, à manipuler l’histoire, la mémoire et les identités juives.

La caricature de ce hold-up, c’est un avocat sioniste français osant intenter un procès à Edgar Morin pour antisémitisme. Edgar Morin a été un grand résistant et il a écrit dans « Vidal et les siens », à partir de son histoire familiale, une étude de la trajectoire des Juifs venus de Salonique. Edgar Morin, comme de nombreuses personnalités françaises d’origine juive, trouve que la politique israélienne actuelle n’est pas seulement criminelle pour les Palestiniens et suicidaire pour les Israéliens, c’est aussi une caricature d’une histoire riche qui n’a rien à voir avec le militarisme colonial actuel.

Sionisme et antisémitisme

L’idéologie sioniste est une réponse, fausse à mes yeux, à l’antisémitisme. En 1880, environ 60% des Juifs du monde entier vivent dans un seul pays : l’empire russe et ils forment environ 10% de la population de la « zone de résidence » entre Baltique et Mer Noire. La société juive est en butte à un terrible antisémitisme d’état qui essaie de détourner la colère populaire contre les Juifs. Une partie de la population juive abandonne la religion. Les idées révolutionnaires influencent massivement les Juifs qui se sont prolétarisés et adhèrent en nombre à différents partis révolutionnaires dont le Bund. À contre-courant de ces idées, le sionisme considère que l’antisémitisme est inéluctable, que la lutte pour la citoyenneté ou l’égalité des droits n’a aucun sens et que la seule solution est la fuite et la colonisation de la Palestine.

Dès le départ, le sionisme est une théorie de la séparation : juifs et non juifs ne peuvent pas vivre ensemble. Dès le départ, les sionistes n’ont qu’un seul but : construire le futur Etat juif et ils ne participeront que de façon très marginale aux luttes sociales, au combat pour l’émancipation ou à la résistance antifasciste. Dès le départ, le sionisme se sert de l’antisémitisme pour faire avancer son projet. Peu avant sa mort, Herzl rencontre un des pires ministres antisémites du Tsar (Plehve) pour lui expliquer que l’un et l’autre ont les mêmes intérêts : qu’un maximum de Juifs quittent la Russie.

La persécution antisémite sera toujours décrite, notamment plus tard par Ben Gourion, comme une aide décisive pour convaincre les Juifs de partir en Palestine. Dès le départ, les sionistes qui prétendent réagir au pire des racismes se montrent totalement négationnistes vis-à-vis du peuple palestinien autochtone. Ils organisent sa dépossession bien avant le génocide nazi et envisagent très tôt l’expulsion qui sera réalisée en 1948.

Instrumentalisation du génocide

À la sortie du musée Yad Vashem de Jérusalem consacré au génocide, un monument symbolise l’issue « rédemptrice » selon les sionistes : la création de l’Etat d’Israël. Certes, le projet de création d’un Etat juif n’aurait pas abouti et même serait resté très minoritaire parmi les Juifs sans le génocide. Les Juifs qui avaient été considérés comme des parias en Europe, sont soudainement devenus dès 1945 de bons européens établissant une tête de pont au Proche-Orient et il y a eu un consensus international pour soutenir la création de l’Etat d’Israël et le nettoyage ethnique qui l’a accompagnée.

Et pourtant, le sionisme a-t-il joué un rôle notable face au nazisme et au fascisme ? En fait, aucun mouvement politique et aucun Etat n’a voulu ou su faire face à cette « résistible ascension » du fascisme. Les Occidentaux ont refusé l’intervention en Espagne, ont signé les accords de Munich et plus tard pendant la guerre, n’ont rien fait pour empêcher l’extermination des Juifs. Les Soviétiques ont signé le pacte germano-soviétique. Ne parlons pas du Parlement français qui a voté les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Mais les sionistes n’ont pas fait mieux et les faits qui suivent sont facilement vérifiables.

L’idéologue du courant révisionniste du sionisme, Vladimir Jabotinsky était un admirateur du fascisme italien et les méthodes qu’il a préconisées dès 1930 (le « transfert » des Palestiniens au-delà du Jourdain) s’inspirent du fascisme. Quand en 1933, les Juifs américains organisent un boycott contre l’Allemagne Nazi, Ben Gourion le brise aussitôt.

L’organisation sioniste mondiale aura un bureau en Allemagne nazi jusqu’en 1941 et les Nazis favoriseront l’émigration des Juifs allemands ou autrichiens expulsés vers la Palestine (avec transfert de fonds) alors que la grande majorité d’entre eux préféraient partir en Occident. Pire, celui qui sera Premier ministre sous le nom d’Itzhak Shamir a dirigé avec Stern un groupe terroriste qui assassinera de nombreux soldats britanniques entre 1940 et 1943, ce qui en dit long sur l’intérêt que ce groupe portait au génocide en cours.

Il y a eu une résistance spécifiquement juive pendant la guerre, essentiellement communiste et bundiste (dans la MOI avec d’autres, en Pologne avec l’insurrection du ghetto de Varsovie). Les sionistes n’y ont joué qu’un rôle marginal.

Israël s’est souvent présenté comme le havre de paix pour les Juifs après la guerre. Il n’y a qu’à écouter le discours de Sharon lors du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz, expliquant que l’extermination n’aurait pas eu lieu si Israël avait existé et accessoirement qu’Auschwitz justifiait ce qu’Israël inflige aux Palestiniens.

Il y a pourtant à dire sur l’arrivée des rescapés du génocide. À la fin de la guerre, des centaines de milliers d’entre eux sont dans des camps de réfugiés, essentiellement en Allemagne. Le Yiddishland a disparu. Ils attendent des visas pour l’Occident que la plupart n’obtiendront pas. En 1951, le dernier camp se révolte en Bavière et les derniers réfugiés sont expulsés … en Israël.

Ces rescapés seront très mal accueillis en Israël. On opposera la prétendue résignation des victimes face à l’extermination, à l’Israélien nouveau fier de lui qui se bat et défriche son pays. Il reste aujourd’hui un peu plus de 200000 rescapés en Israël. La moitié d’entre eux touchent des pensions misérables et vivent sous le seuil de pauvreté, en particulier ceux qui sont venus des pays de l’Est. Régulièrement, des rabbins et non des moindres, insultent la mémoire des victimes en affirmant qu’ils ont pêché et que Dieu les a punis. Entre deux injures racistes contre les Palestiniens, le grand rabbin Ovadia Yossef, idéologue du parti Shass (Salah Hamouri est accusé sans preuve d’avoir voulu attenter à sa vie) s’est plusieurs fois livré à des diatribes contre les victimes du génocide.

La question du racisme en Israël

Pourquoi les institutions communautaires juives, si promptes à voir partout l’antisémitisme sont-elles aussi silencieuses face au racisme et aux discriminations en Israël ?

Il existe un racisme institutionnel contre les Palestiniens. Ceux qui ont la nationalité israélienne dans un Etat qui se dit « juif et démocratique » vivent les discriminations au travail (un grand nombre de métiers leur étant interdits), au logement, à la possession de la terre dans un pays où « légalement », 98% des terres sont réservées aux Juifs. Plus de 60 ans après la création de l’Etat d’Israël, plus de 100000 Bédouins du Néguev vivent dans des bidonvilles en plein désert. Leurs villages non reconnus sont détruits. Ils n’ont pas le droit de construire en dur, ils n’ont ni route, ni eau, ni électricité, ni école. On détruit leurs maisons dès qu’ils construisent en dur.

De très nombreux dirigeants israéliens profèrent régulièrement des injures racistes qui sont parfois des appels au meurtre contre les « Arabes » en toute impunité. Dans le cadre du « choc des civilisations » et de la « guerre du bien contre le mal », les médias israéliens considèrent le Hezbollah ou le Hamas comme des êtres démoniaques. D’où l’indifférence de l’opinion israélienne face aux crimes de guerre commis au Liban (2006) ou à Gaza (décembre-janvier 2008-9).

Que dire des Juifs séfarades ou Mizrahis venus des pays musulmans ? Avant l’avènement du sionisme, ils n’avaient jamais connu quelque chose d’équivalent à l’antisémitisme européen. Au contraire, quand les Juifs ont été expulsés d’Espagne, ils ont été accueillis au Maghreb et dans l’Empire Ottoman. C’est à la fois la construction d’un Etat juif expulsant les Palestiniens et le colonialisme européen qui vont déstabiliser ces communautés. Bien sûr, les régimes arabes ou le colonialisme français ont une responsabilité évidente dans le départ de communautés vieilles parfois de 2000 ans.

Mais la propagande sioniste a joué un rôle essentiel. Il s’agissait de donner au nouvel Etat israélien le prolétariat qui lui faisait défaut après l’expulsion des Palestiniens. Quand les Juifs hésitaient à partir, tout a été fait pour les convaincre et par exemple les attentats de Bagdad de 1950-51 qui ont décidé la plus vieille communauté juive (celle d’Irak) à émigrer, ont été réalisés par des sionistes.

On a raconté une histoire assez fantastique aux Juifs venus des pays musulmans : « vous viviez dans des pays de sauvages au milieu des Arabes et les Ashkénazes (les juifs européens) vous ont sauvés en vous offrant un pays ». Ils se retrouvent aujourd’hui coupés de leur histoire, de leur culture, de leurs langues, de leurs racines. Les Juifs algériens qui étaient des autochtones ont dû quitter leur pays avec les colons à cause du décret Crémieux qui les a coupés de la population musulmane en les faisant passer du côté des colons.
Les Juifs du monde arabe ont souffert dès leur arrivée en Israël d’un racisme violent. On les a envoyés dans les régions périphériques ou désertiques. Ils ont occupé les emplois les plus dévalorisants, et leur niveau de vie en Israël est très nettement inférieur à celui des Juifs européens.

Dans les années 50, des rayons X ont été expérimentés sur des enfants de Juifs marocains, on estime que le nombre de victimes tourne autour de 6000 morts. Il y a eu des révoltes dont celles des Panthères Noires. Les Juifs du monde arabe ont été éduqués à adopter une histoire, celle de l’antisémitisme européen, qui n’est pas la leur. Leur traumatisme, être coupé des Arabes avec lesquels ils avaient toujours vécu et être définitivement éloignés de leurs terres ancestrales, a été totalement nié et refoulé. Sans passé, ni présent, ni avenir, ils ont été une proie facile pour les partis de droite.

Enfin il est difficile d’évoquer le racisme en Israël sans parler des Falachas. La fameuse opération visant à les sauver tourne à la farce sinistre. Il y a aujourd’hui près de 100000 Ethiopiens en Israël dont beaucoup n’ont rien à voir avec le judaïsme. Ils subissent un racisme violent, et pas seulement de la part des autorités religieuses.

La société israélienne est à l’unisson de l’occident sur les questions du tiers-monde et des migrations. Plusieurs milliers de Sans Papiers venus d’Afrique de l’Est sont enfermés dans des centres de rétention. Leurs enfants ne sont pas scolarisés et le gouvernement construit une barrière entre Gaza et la Mer Rouge pour les empêcher d’entrer. Il y a en Israël des centaines de milliers de travailleurs immigrés notamment venus de l’Est de l’Asie et ils subissent les mêmes discriminations que les immigrés vivant en Europe.

Devoir de mémoire ou devoir de soutien inconditionnel ?

Il aura fallu du temps pour que le nouvel Etat israélien réalise tout le profit qu’il y avait à créer une religion du souvenir. La mémoire ne peut pas être un devoir. La mémoire n’est pas un rite. Elle a un sens évident, comprendre ce qui a produit les horreurs et faire en sorte qu’il n’y ait « plus jamais cela ». Ce sens a été perverti.

Avec la création du musée Yad Vashem et le procès Eichmann, l’Etat israélien s’est autoproclamé seul dépositaire de la mémoire du génocide. C’est lui qui nomme les « Justes », celles et ceux qui ont sauvé des Juifs. Tous les ans, chaque Israélien doit s’arrêter au garde-à-vous pour célébrer la Shoah et le voyage à Auschwitz pendant les années d’études est obligatoire.

Et pourtant ! Dès les années 50, pour pouvoir retrouver sa place dans le concert des nations, l’Allemagne fédérale a décidé d’indemniser les victimes juives du nazisme (pas les autres, pourquoi ?). L’Etat d’Israël a reçu des milliards de marks qui ont joué un rôle décisif dans son développement économique. Or le chancelier Adenauer a un passé douteux sur la question juive et plusieurs de ses conseillers qui ont mis en place l’aide à Israël sont des anciens nazis. Les Israéliens ont fermé les yeux.

Aujourd’hui c’est pire. Un président polonais se fait élire avec le soutien décisif d’une radio antisémite (Radio Marya) et il est décrit par tout le monde comme un ami d’Israël. Dans les pays baltes ou en Croatie, des partis héritiers des collaborateurs qui ont joué un rôle majeur dans l’extermination des Juifs, se retrouvent au pouvoir. Peu importe, ce sont des amis d’Israël ! En France, des anciens du groupe fasciste Occident se retrouvent dans les Amitiés France-Israël.

Aux Etats-Unis, les « Chrétiens sionistes » sont très puissants. Ces intégristes affirment que les « Arabes, c’est Armageddon, c’est le mal », que les Juifs doivent les expulser de la terre sainte, mais que bien sûr après, ils devront se convertir au christianisme ou disparaître. Ce sont des antisémites, héritiers de l’antijudaïsme chrétien traditionnel. Les Chrétiens sionistes ont donné une aide financière décisive pour coloniser la Cisjordanie et en particulier pour construire Maale Adoumim qui coupe la Cisjordanie en deux et qui rend non-viable dans ces conditions tout hypothétique Etat Palestinien. Bref, il faut le dire, la colonisation est financée par d’authentiques antisémites.

Mais en Israël et chez ceux qui défendent inconditionnellement les gouvernements israéliens, le curseur s’est déplacé. Tous les dirigeants politiques ont proclamé « qu’Arafat est un nouvel Hitler », que les Palestiniens sont les héritiers du nazisme (alors que, comme le montre Gilbert Achkar dans son livre « les Arabes et la Shoah », les sympathies arabes pour le nazisme ont été rares, à l’exception du mufti Amin al-Husseini).
Le complexe de Massada fonctionne à fond qui persuade les Israéliens que les victimes, ce sont eux, et pas le peuple occupé.

On ne traque plus les antisémites, on traque ceux qui critiquent Israël et qui sont « forcément » quelque part des antisémites. On a passé sous silence en Israël le fait qu’en 2002, les plus grands intellectuels palestiniens (Elias Sanbar mais aussi Edward Saïd et Mahmoud Darwish aujourd’hui décédés) ont empêché la tenue d’un colloque négationniste de Garaudy à Beyrouth.

L’antisémitisme aujourd’hui

Il n’y a pas eu dans l’histoire un seul antisémitisme. Il y a d’abord eu pendant des siècles en Europe l’antijudaïsme chrétien. Les deux religions ont été en concurrence au début de l’ère chrétienne et le christianisme est issu du judaïsme. Quand le christianisme devient religion d’Etat, les persécutions antijuives commencent.

Ce sont les interdits, notamment la possession de la terre, l’enfermement dans les juderias ou les ghettos, les stéréotypes racistes, l’accusation de déicide, les expulsions et les massacres de masse.
Quand l’émancipation des Juifs européens commence au XVIIIe siècle, cet antijudaïsme chrétien va se transformer en antisémitisme racial. Tous les nationalismes européens ont en commun l’équation simpliste « 1 peuple = 1 Etat » (idée reprise par les sionistes) et il y a un consensus antisémite considérant que les Juifs sont « apatrides et cosmopolites » et constituent un obstacle à la construction d’Etats ethniquement purs. Cet antisémitisme racial a produit les horreurs du nazisme.

Après 1945, c’est principalement l’extrême droite qui propage l’antisémitisme avec le renfort d’un petit courant venu de l’ultra-gauche (Rassinier) qui nie l’existence de l’extermination. Les principaux courants politiques n’affichent plus l’antisémitisme d’avant-guerre, mais il ne faut pas se méprendre. Il ne s’agit pas d’un sentiment de culpabilité, mais d’une joie que les Juifs aient un Etat et donc éventuellement qu’ils puissent partir. Déjà en 1917, Balfour, le créateur du « Foyer National Juif » était un antisémite. Son projet politique visait à la fois à créer une tête de pont européenne au Proche-Orient et à se débarrasser des Juifs européens.

Il y a aujourd’hui un risque que se développe une troisième phase de l’antisémitisme. Edgar Morin a utilisé le terme d’antiisraélisme. À partir du moment où les partisans de l’Etat d’Israël mélangent sciemment juif, sioniste et israélien, il est logique que les mêmes confusions aient lieu dans les rangs de celles ou ceux qui défendent les droits des Palestiniens.

Il est tout à fait illusoire, face à ce phénomène, de hurler à l’antisémitisme aux côtés de ceux qui nient les crimes commis par l’armée israélienne. La meilleure parade à cette possible montée d’un nouvel antisémitisme, c’est de faire ce que font les anticolonialistes israéliens ou ce que fait l’Union Juive Française pour la Paix : montrer en tant que juifs que nous sommes solidaires des Palestiniens, parce que cette guerre n’est ni une guerre raciale, ni un conflit communautaire, ni une guerre religieuse. Elle porte sur des questions universelles : l’égalité des droits et le refus du colonialisme. Et nous sommes solidaires aussi au nom de notre identité et de notre histoire.

En même temps, il existe et il a toujours existé en petit nombre d’authentiques antisémites qui se dissimulent derrière le combat pour la Palestine. Je citerai les groupies d’Israël Shamir, un curieux Israélien d’origine soviétique, le parti dit « antisioniste » dont le fondateur (Dieudonné) est devenu un familier de Le Pen ou le « parti des musulmans de France ». Ces groupes sont totalement infréquentables et faire un bout de chemin avec eux discrédite un combat mené au nom des droits fondamentaux.

L’antisémitisme est-il un racisme « à part », « hors norme » ? Il l’a été car en général les communautés discriminées ne sont pas victimes d’un génocide systématique. Mais l’antisémitisme actuel n’est en rien comparable à ce qu’a été l’antisémitisme des années 30 ou 40 et par exemple en France, le racisme frappe beaucoup plus massivement les Noirs, les Roms et les Arabes.

La confusion organisée

Quand l’ONU a publié le rapport Goldstone confirmant que les troupes israéliennes avaient commis des crimes de guerre à Gaza, des défenseurs d’Israël ont affirmé qu’il s’agissait d’un rapport antisémite. Richard Goldstone est pourtant un Juif sud-africain réputé proche du sionisme.

Quand « l’association pour le bien-être du soldat israélien » (ABSI) n’a pas trouvé de salle pour faire sa réunion à Lyon, celle-ci s’est faite dans une synagogue. Mais si bien sûr, une synagogue est caillassée, il s’agira d’un acte antisémite.

Quand des militants se lancent activement dans la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions contre Israël) initiée par la société civile palestinienne, ils sont accusés d’antisémitisme et menacés directement par la ministre de la Justice.

Quand un conseiller régional interpelle M. Frèche, président de la région Languedoc-Roussillon, sur le soutien qu’il apporte à la construction du terminal Agrexco, compagnie qui exporte les produits des colonies de Cisjordanie, il est traité d’antisémite.

Quand la plupart des élus français vont au dîner du CRIF et acceptent benoîtement des propos considérant que toute critique d’Israël est antisémite, on marche sur la tête.

Ça suffit ! J’apporte publiquement mon appui et celui de l’Ujfp à Madame Biermann, citoyenne luxembourgeoise engagée, victime d’une accusation infamante d’antisémitisme lancée contre elle par le consistoire israélite. Oui, il existe un lobby qui use et abuse de l’antisémitisme pour interdire toute critique d’une politique criminelle.

Oui, face à Etat qui se dit Juif, qui a installé des colonies « juives », qui prétend parler au nom de tous les Juifs et face à des institutions communautaires ou religieuses qui sont devenues les auxiliaires de cette politique, il est logique et normal d’interpeller les Juifs. Le crime se fait en leur nom, et c’est une des raisons de l’existence de l’Ujfp.

Qu’ils cessent de soutenir une politique criminelle et suicidaire et qu’ils se souviennent de ce qu’a produit le soutien d’un grand nombre de pieds-noirs à l’OAS pendant la guerre d’Algérie.
À tous et à toutes ! Ne vous laissez pas intimider ! Ne confondez jamais juif, sioniste et israélien ! Et rappelez-vous que ceux qui défendent jour après jour et quoi qu’il arrive la politique israélienne n’ont aucun droit à vous traiter d’antisémite. Défendre les droits du peuple palestinien comme ceux de tout peuple est un devoir universel, quelles que soient nos origines.

Pierre Stambul

http://www.ujfp.org/modules/news/article.php?storyid=778

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