Yehuda Shaul : le livre noir de l’occupation israélienne, des soldats racontent


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  • Lundi 14 octobre de 20h15 à 22h30

Yehuda Shaul, le fondateur et co-directeur de l’ONG israélienne « Breaking the Silence » sera à l’UPJB pour présenter «  Le livre noir de l’occupation israélienne : Les soldats racontent  » (22 €, Paris- Editions Autrement, www.autrement.com).

Le livre  : Une publication qui lève le voile sur les pratiques de l’armée israélienne dans les Territoires occupés (…). Il rassemble « 145 témoignages des soldats israéliens « bruts et sans complaisance ». Les témoignages, recueillis par des vétérans de l’armée réunis au sein de l’organisation Breaking the Silence, ont été ensuite croisés et vérifiés méticuleusement. Ils révèlent le quotidien des soldats israéliens dans les Territoires occupés. Mais au-delà, ils renseignent sur le mode opératoire des forces israéliennes, voire sur la logique sous-jacente des opérations militaires du pays. Une logique qui a de lourdes conséquences pour les civils palestiniens et les jeunes soldats.

Yehuda Shaul, 30 ans, est né et a grandi à Jérusalem, dans une famille ultra-orthodoxe. Après avoir obtenu son diplôme de fin d’études secondaires dans le lycée talmudique d’une colonie juive de Cisjordanie, Yehuda Shaul a rejoint l’Armée de Défense d’Israël comme sergent et commandant dans le 50è bataillon de la Brigade Nahal entre 2001 et 2004. Il a participé à diverses opérations militaires en Cisjordanie pendant la deuxième Intifada, y compris l’Opération Rempart à Ramallah. Il a également servi pendant 14 mois à Hébron, la plus grande ville palestinienne du sud de la Cisjordanie.

En 2004, Yehuda Shaul a fondé l’association « Breaking the Silence » avec un groupe de vétérans. Il est aujourd’hui son co-directeur et responsable des relations internationales.

Breaking the Silence est une organisation fondée en 2004 par d’anciens soldats ayant servi dans l’armée israélienne depuis la seconde Intifada. Elle a pour objectif de révéler à l’opinion publique israélienne et internationale la réalité du quotidien dans les Territoires occupés et le lourd tribut payé par les populations palestiniennes mais aussi par les soldats qui ont chaque jour pour mission de les « contrôler ».

Breaking the Silence a mené depuis une dizaine d’année un gigantesque travail d’enquête et de recueil de témoignages. Elle organise également des conférences et des visites guidées en Cisjordanie afin de mettre en lumière les méthodes d’Israël dans les Territoires. Considérée comme l’unique porte-parole des voix des soldats, l’organisation est aujourd’hui renommée en Israël, auprès de l’opinion et dans les médias.

PAF : 6€, membres 4€, chômeurs et étudiants 2 €

P.-S.

La conférence se tiendra en anglais avec traduction française

source

Sur la sh*t list


USA :

les sionistes s’en prennent au « sale juif » Dustin Hoffman

États-Unis : déchaînement du lobby israélien contre Dustin Hoffman dans ETATS-UNIS dustin-hoffman

Les attaques les plus ordurières du lobby israélien

contre leurs opposants se multiplient aux États-Unis,

avec une prédilection pour ceux d’entre eux qui sont

d’origine juive, rapporte, quelque peu épouvanté,

le journaliste du Haaretz Bradley Burston.

C’est aujourd’hui le célèbre acteur Dustin Hoffman qui est

la cible de leurs attaques, dans des termes qui n’ont rien

à envier aux gazettes hitlériennes.

Le crime de Dustin Hoffman ? Avoir accepté de participer à une cérémonie de remise de prix aux réalisateurs

du film israélo-palestinien « Five broken cameras » (« Cinq caméras brisées »), qui relate la résistance

des villageois de Bil’in au vol de leurs terres par la colonisation.

Alors, le Jewish Press, à l’en croire « le plus grand journal juif indépendant des États-Unis » se déchaîne.

« Hoffman est quelqu’un dont la judaïté ne semble avoir joué aucun rôle dans l’existence, sinon d’avoir

développé l’antisémitisme, de par sa petite taille, son appendice nasal, sa voix nasillarde et ses rôles

de petit mec dégourdi, autant de caractéristiques qu’on attribue typiquement aux Juifs », lit-on dans ce journal.

L’auteur de l’article, Lori Lowenthal Marcus, est également le président de l’association Z Street

(avec un Z pour Zionist).

D’autres américains juifs coupables de critiques, mêmes timides, de la politique israélienne, ont droit

à leur tombereau d’injures. L’écrivain Peter Beinart se voit par exemple traité de « vomissable Kapo ».

« Il faut que cela cesse», se désespère Bradley Burston. « Parce que si les fanatiques, les partisans de l’apartheid

et les fascistes de l’extrême-droite israélienne continuent de jouir de tribunes et de pouvoir se présenter

comme des experts d’Israël, alors aucun de ceux qui souhaitent la destruction d’Israël n’aura bientôt plus besoin

d’ouvrir la bouche ».

Source : http://www.haaretz.com/blogs/a-special-place-in-hell/targeting-stephen-hawking-and-dustin-hoffman…

CAPJPO-EuroPalestine

voir aussi la Massada shit list avec tous les « mauvais juifs »

Mort d’Ilan Halevi, intellectuel engagé, « 100% juif et 100% arabe »


Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Ilan Halevi lors d’une conférence de presse à Paris en 1983 (M’SADEK/SIPA)

Ilan Halevi, un intellectuel juif engagé au côté des Palestiniens dans l’espoir de favoriser une paix véritable au Proche-Orient, est mort mercredi à Paris, à l’âge de 70 ans, sans avoir réalisé son rêve.

Son décès, suite à des problèmes de santé, a été annoncé par la représentation palestinienne à Paris, et le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, lui a rendu hommage.

Ilan Halevi a longtemps été « le juif de l’OLP », l’Organisation de libération de la Palestine présidée par Yasser Arafat, un choix qui faisait de lui un « traître » pour Israël, une haine tenace qui n’a pas disparu avec le temps.

Né à Lyon en 1943 dans une famille d’origine yéménite, Ilan Halevi a vécu en Israël où il a été membre d’un groupuscule d’extrême gauche antisioniste, avant de rejoindre, dans les années 60, le Fatah, l’organisation de Yasser Arafat, alors considérée comme « terroriste » par Israël. Il appartiendra même au Conseil révolutionnaire du Fatah, la direction du mouvement.

Vice-ministre des Affaires étrangères d’Arafat

Dans les années 80, il est apparu au grand jour sur la scène internationale, nommé représentant de l’OLP auprès de l’Internationale socialiste (IS), prenant la suite du militant palestinien assassiné Issam Sartaoui, abattu lors d’une réunion de l’IS au Portugal en 1983, par des Palestiniens opposés à tout dialogue avec Israël (voir cet article du Monde diplomatique sur l’assassinat de Sartaoui, écrit par Samir Kassir, un journaliste libanais qui sera lui-même assassiné par les Syriens en 2005 à Beyrouth…).

L’Internationale socialiste était à l’époque l’un des canaux privilégiés par Yasser Arafat pour tenter un improbable dialogue avec l’« ennemi sioniste ». Ce dialogue aboutira, une décennie et de nombreux assassinats plus tard, aux accords d’Oslo et à la reconnaissance mutuelle entre Israéliens et Palestiniens d’août 1993.

Pendant cette période dite du processus de paix, Ilan Halevi sera même nommé par Arafat vice-ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, le seul juif à occuper un poste ministériel.

Il était assurément plus crédible, dans ce rôle, que les intégristes juifs du Naturei Karta qu’Arafat avait invités à Gaza lors de son retour de 1993, suite aux accords d’Oslo, et qui étaient une touche folklorique dans cette mise en scène.

Ilan Halevi était un authentique intellectuel, cofondateur de la très respectée Revue d’études palestiniennes, basée à Paris depuis plus d’un quart de siècle, et auteur de plusieurs ouvrages dont « Sous Israël, la Palestine » (Minerve) paru en 1978.


Capture d’écran de JSSNews

Signe que les rancœurs des années de lutte ne sont pas passées, le pas très subtil site pro-israélien francophone JSS News annonçait ainsi sa mort mercredi :

« Le “penseur” juif Ilan Halévi, qui fût longtemps conseiller du terroriste égyptien Yasser Arafat, est mort mercredi. »

La mort d’Ilan Halevi survient alors que le processus de paix auquel il a contribué est dans l’impasse totale, et que les espoirs d’Oslo sont depuis longtemps enterrés.

source

Campagne Addameer « Fin à la détention administrative »


Appel à l’action : joignez-vous à la campagne mondiale d’Addameer pour la fin de la détention administrative

jeudi 31 janvier 2013 – 09h:41

Addameer


Addameer appelle les militants et les personnes de conscience à manifester leur solidarité avec tous les prisonniers politiques et à participer à la prochaine campagne mondiale de l’organisation de soutien aux prisonniers et de défense des droits de l’homme Addameer contre la détention administrative.

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Plus de 4793 Palestiniens sont actuellement détenus par Israël ; 10 sont des femmes, 193 sont des enfants, et 178 le sont en détention administrative, une politique décrépite dont se sert Israël pour garder en détention indéfiniment des Palestiniens sur la base d’une information tenue secrète, sans les inculper ni leur permettre de passer en jugement.

Non seulement ces prisonniers sont détenus arbitrairement, mais l’usage par Israël de la détention administrative viole plusieurs règles internationales, notamment en expulsant des Palestiniens du territoire occupé vers Israël, en refusant les visites régulières des familles et en refusant de tenir compte de l’intérêt supérieur des enfants détenus comme l’exige le droit international.

Nous avons besoin de votre soutien pour briser leurs chaînes et le silence sur la détention administrative

Aujourd’hui, Israël a externalisé la sécurité dans les prisons où sont détenus les Palestiniens vers une entreprise danoise/britannique, la société G4S. En plus du service pénitentiaire israélien, G4S est responsable des conditions extrêmes qu’ont subi les prisonniers durant les grèves de la faim historiques de 2012 et auxquelles ont participé des milliers de Palestiniens, et notamment ces deux grévistes de la faim qui ont frôlé la mort pour protester contre leur détention arbitraire, Khader Adnan et Hana Al-Shalabi. G4S est aussi complice dans la détention par Israël de près d’un tiers du Conseil législatif palestinien depuis 2006 et de dizaines de défenseurs des droits de l’homme arrêtés chaque année pour leur participation à la résistance populaire.

Le gouvernement d’Israël doit libérer tous les détenus administratifs et, dans l’attente, tous les détenus administratifs doivent être assurés de leurs droits en conformité avec le droit international.

Addameer soutient la Campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre G4S pour que cette société cesse sa complicité contre les détenus en détention administrative et pour mettre la pression sur le gouvernement israélien pour qu’il libère les prisonniers. Addameer appelle toutes les organisations et personnes de la solidarité et toutes les organisations des droits de l’homme à travers le monde à se joindre à notre Campagne pour la fin de la détention administrative, qui sera lancée le 17 avril 2013.

Agissez !

Vous pouvez faire pression sur le gouvernement israélien pour la libération des prisonniers :

  • en participant à une journée de mobilisation de masse dans votre ville, le 17 avril, Journée annuelle des Prisonniers palestiniens ;
  • en organisant une semaine « Fin à la détention administrative », du 17 au 24 avril 2013, dans votre ville ou université, en vous servant du matériel de la prochaine campagne d’Addameer ;
  • en vous joignant à la campagne BDS contre G4S dans votre ville ;
  • en sensibilisant sur la détention administrative dans votre communauté, en utilisant l’ensemble du matériel à venir pour les militants.

Pour vous engager dans la Campagne « Fin à la détention administrative », contactez Addameer sur :

Association Addameer de soutien aux prisonniers et de défense des droits de l’homme

P. O. Box : 17338, Jerusalem
Tel : +972 (0)2 296 0446 / 297 0136
Fax : +972 (0)2 296 0447
Email : info@addameer.ps
Website : http://www.addameer.org ; Facebook ; Twitter ; YouTube

Addameer – traduction : Info-Palestine

Sionisme : « Pas en notre nom »


Yiddishland – Les fantômes du Shtetl

paru dans CQFD n°107 (janvier 2013), rubrique , par Gilles Lucas, illustré par
mis en ligne le 13/03/2013commentaires

Pierre Stambul, militant libertaire et antisioniste, vient de publier Israël/Palestine, Du refus d’être complice à l’engagement [1] . Il raconte ici ses racines juives et athées et, en opposition au colonialisme israélien, évoque un judaïsme multiethnique et sans frontières, ainsi que le souvenir du Yiddishland de ses ancêtres, vecteur d’une culture, d’un état d’esprit et de courants d’idées prônant une émancipation universelle.

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CQFD : Tu viens de publier un livre de six cents pages qui rassemble des textes et des interventions commis depuis une vingtaine d’années. Ce sont tes œuvres complètes ?

Pierre Stambul : Non, pas tout à fait… J’ai dû écrire trente ou quarante pages inédites et retranscrire également des textes antérieurs à l’existence de l’ordinateur. Mais l’essentiel était déjà rédigé. Ce sont des analyses, des articles ou des brèves, la plupart publiés depuis moins de dix ans, et pour certains vieux de trente ans.

Tu es un contributeur de CQFD. Mais tu es surtout co-président de l’Union juive française pour la paix (UJFP). On connaît tes positions antisionistes radicales. Une technique de propagande usuelle veut que dès l’instant où l’on critique l’État d’Israël, on soit accusé d’antisémitisme. Peut-on inverser le propos en disant que le sionisme est antisémite ?

D’une certaine manière, oui. Le sionisme, comme le dit Michel Warschawski, préfacier de mon bouquin, est une théorie de la séparation. À la fin du XIXe siècle, à l’époque où il y avait un large consensus antisémite en Europe, et où dans l’Empire russe, État où vivaient peut-être les deux tiers des Juifs du monde entier, il y avait une politique antisémite officielle, une majorité des Juifs se sont tournés vers les mouvements révolutionnaires aspirant à une émancipation universelle. Les sionistes étaient une petite minorité, qui affirmait que le mélange avec les autres populations était impossible et que l’antisémitisme est un mal inéluctable. Pour eux, la seule solution était la séparation et la création d’un État juif. Cette idéologie aboutit à l’état actuel des choses. Car elle a impliqué de fait une conquête coloniale.

C’est à ce propos que l’on peut dire que les sionistes sont profondément anti-Juifs : pour fabriquer l’Israélien, il a fallu tuer la figure du judaïsme née essentiellement au cours des deux derniers siècles, un judaïsme mêlé à une population à majorité non juive. Les Juifs d’alors voulaient à la fois conserver leur différence et lutter pour l’égalité des droits, ils pensaient que c’était la seule façon d’accéder à leur émancipation. Dans toutes ces figures du Juif, il n’y a ni colonialisme, ni exclusion du non-Juif, ni nationalisme, ni revendication d’une terre, ni militarisme, ni racisme. Ce qu’a construit le sionisme est complètement antijuif, à la fois pour le judaïsme athée – qui est mon origine –, mais aussi pour le judaïsme religieux, pour qui la conquête d’une terre est impie et aller à Jérusalem avant le retour du Messie un péché.

Quelle différence fais-tu entre antijuif et antisémite ?

Il y a eu quinze siècles d’antijudaïsme chrétien. Quand au IVe siècle, le christianisme triomphe dans un empire romain où énormément de citoyens étaient

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par Nardo

devenus juifs, le judaïsme cesse d’être prosélyte. Il va se replier sur lui-même et, pendant quinze siècles, les chrétiens vont inventer tout un tas de stéréotypes racistes. On est là sur un terrain de concurrence religieuse. Dans son étude sur le Moyen Âge, Robert I. Moore explique que la société féodale avait besoin de populations identifiables à détester et sur lesquelles concentrer la haine : il n’y avait pas que les Juifs, il y avait aussi les hérétiques, les prostituées, les lépreux… À partir de 1850, l’antijudaïsme chrétien cède la place à l’antisémitisme racial, qui résulte de l’émancipation des Juifs, du fait qu’ils sont sortis du ghetto et qu’ils sont « parmi nous ». Toutes ces « nouveautés » vont à l’encontre de l’explosion nationaliste en Europe qui affirme qu’« un peuple égale un État » et que ces États doivent être ethniquement purs. L’antisémitisme frappe spécifiquement le Juif intégré et invisible sur lequel se concentre la haine, parce que justement il est semblable à tous tout en étant différent. C’est ce qui explique qu’il n’y a pas d’antisémitisme contre le tankiste israélien et qu’aujourd’hui l’extrême droite européenne, foyer traditionnel de la stigmatisation des Juifs, est pro-israélienne. Il y a une véritable mutation. Lord Balfour, homme d’État britannique et artisan de la création du foyer national juif devenu ensuite État d’Israël, était très violemment antisémite. Il disait que les Juifs étaient des pouilleux, des révolutionnaires et des asiatiques inassimilables dont il fallait se débarrasser. Arrivés en Palestine, ces parias sont devenus des colonisateurs européens.

Shlomo Sand [2] , qui critique radicalement le sionisme en démontant notamment les mensonges fondateurs, affirme que cette idéologie a été favorisée par le christianisme et plus particulièrement par le protestantisme.

Il est vrai qu’aujourd’hui, les évangélistes chrétiens sionistes – ils sont plusieurs dizaines de millions aux USA, et pas seulement – disent que les Juifs doivent revenir en Terre sainte pour y chasser le mal – Armageddon, c’est-à-dire les Arabes –, puis se convertir au christianisme sous peine d’être anéantis. Mais, surtout, la sanctification de la Terre promise est d’origine chrétienne et ne correspond pas à la tradition juive, qui n’a pas d’attachement à la terre.

Le sionisme est un colonialisme très particulier. Il ne vise pas à asservir le peuple, il vise à l’expulser. C’est un nationalisme original parce qu’il a dû créer la terre, le peuple et la langue. C’est une idéologie qui a exercé une gigantesque manipulation de l’histoire, de la mémoire et des identités juives et qui raconte une histoire fantastique, complètement fausse. Les fondateurs du sionisme n’étaient pas croyants. Ils ont utilisé la bible comme un livre de conquête coloniale.

Lorsque l’on parle de ou des cultures juives, tu y considères un aspect ethnique, ou religieux ?

Il y a plusieurs peuples ayant en commun la religion. Il y avait un peuple yiddish entre mer Noire et Baltique, il y avait un peuple juif espagnol sépharade établi à Salonique, Izmir, et en Afrique du Nord, il y a un peuple judéo-arabe descendant de Berbères convertis, il y a un peuple falacha venu d’Éthiopie… C’étaient des peuples différents avec une tradition, une culture, une cuisine, une musique liées à l’endroit où ils vivaient. La langue maternelle de ma mère était le yiddish, elle était athée et quand j’étais petit, en Picardie, on mangeait la cuisine du shtetl – ces petites bourgades d’Europe orientale – qu’elle avait réussi à concocter ici. Et sur le tourne-disque, j’écoutais des chants en russe, en roumain ou en yiddish, auxquels je ne comprenais rien, mais que je connaissais par cœur.

Ce serait donc plus une culture ethnique qu’une culture religieuse ?

Bien sûr. Il y a cette question : est-ce que lorsque l’on cesse d’être religieux, on reste juif ? Sur les six millions de morts de la Shoah, il ne faut pas oublier que la moitié n’était pas croyante. Le judaïsme n’est pas une religion. À partir de la fin du XIXe siècle, l’abandon de la religion s’est beaucoup développé. L’antisémitisme nazi ne s’adressait pas aux rabbins, mais à l’entièreté de ce que les nazis avaient défini comme une race.

Que reste-t-il, selon toi, des courants messianistes venus pour une grande part du Yiddishland et qui ont profondément influencés les mouvements d’émancipation en Europe ?

Aujourd’hui les restes de ce messianisme ne se retrouvent plus que, de façon falsifiée, chez les pires colons israéliens. Le génocide nazi n’a pas simplement tué la moitié des Juifs européens. Il a fait disparaître le Yiddishland, et après guerre tout a été fait par toutes les parties pour qu’il ne soit pas reconstitué. À l’Est, il y a eu le pogrom de Kielce (en Pologne), en 1946, où quarante-six survivants des camps ont

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Affiche de propagande soviétique pour l’installation juive au Birobidjan (1929)

été massacrés. Les dirigeants juifs des nouvelles démocraties populaires ont été emprisonnés ou exécutés pour sionisme ou cosmopolitisme. À l’Ouest, des milliers de survivants rassemblés dans d’anciens camps de concentration ont attendu pendant six ans après la fin des hostilités des visas pour les USA, l’Angleterre, le Danemark. Certains d’entre eux se sont révoltés et ont été immédiatement expulsés en Palestine. En fait, l’Europe s’est défaussée sur le dos des Palestiniens, en entérinant la liquidation du Yiddishland, qui représentait un danger pour elle. Et les sionistes ont pris leur part dans cette volonté de faire disparaître une culture que les Européens considéraient comme séditieuse.

Le fait de se dire juif est important pour toi ?

Ma sœur et moi, nous avons été élevés comme des rescapés, car mes parents avaient été persuadés qu’ils ne survivraient pas à la guerre. À la maison, mes parents parlaient une autre langue. Tous leurs amis avaient un accent yiddish à couper au couteau. J’ai toujours eu ce sentiment de venir d’ailleurs. Mon identité juive est là. Un jour, alors que j’avais sept ou huit ans, je répète des propos anti-juifs que j’avais entendus dans la cour de l’école. Dans mon souvenir, mes parents m’ont chopé dans une pièce et pendant une heure j’ai eu droit à tout : au Moyen Âge, à l’Espagne, à Auschwitz… Je savais que nous étions un peu différents, mais j’avais l’impression que la nourriture que nous mangions était ce que tout le monde mangeait, que tout le monde devait entendre des langues différentes à la maison. Quand j’entendais déblatérer contre les Juifs, je n’avais pas l’impression que l’on parlait de moi.

Après le mouvement de mai 68 et avoir lutté pour de très nombreuses causes, j’ai commencé à prendre position sur la question Israël-Palestine. Je n’avais alors pas du tout envie de le faire en tant que juif. Avant d’adhérer à l’UJFP, le J m’indisposait fortement. Je me suis aperçu que parler de cette guerre en tant que juif a une efficacité sans commune mesure. C’est le sionisme qui m’a fait juif…

Jusqu’à ta rencontre avec l’UJFP, ton identité juive t’était secondaire ?

Mes parents étaient profondément juifs et laïques. Cela n’a jamais été un sentiment d’appartenance, mais de connaissance d’un monde dont je suis issu.

Comme le serait un jeune d’origine maghrébine ou asiatique ?

Tout à fait. Les premières réunions de l’UJFP ressemblaient à une espèce d’outing. On entendait dix ou vingt histoires différentes. Mais le dénominateur commun, quelles que soient les raisons de chacun, était que ce qui se passe en Israël ne se fasse « pas en notre nom ». Ce militarisme raciste et suffisant de l’État d’Israël, les colons, Tsahal, ce n’est pas nous. Nous, en tant que personnes ayant une relation avec le judaïsme. Cela insulte notre identité.

Qu’en est-il aujourd’hui de cette culture juive ?

La plus grande partie des Juifs qui vivent en France, en Angleterre ou encore en Allemagne, ne font plus rien d’autres que d’être des supports inconditionnels de l’État d’Israël, de son militarisme et de son racisme. La fonction historique qui était celle de mêler émancipation singulière et émancipation universelle est morte, sans doute définitivement. En transformant une partie de la main-d’œuvre persécutée d’Europe en colons, cette disparition-là a profité à l’Occident, qui détient aujourd’hui un porte-avion en plein Moyen-Orient. Quand le président américain G.W. Bush a déclaré le choc des civilisations, cette guerre du bien contre le mal – le mal étant les Arabes et les musulmans –, les Israéliens l’ont totalement reprise à leur compte et se sont vus comme la pointe avancée de l’Occident dans la lutte contre les Arabes.

Ton père a visiblement suivi ce grand écart historique qui va de positions révolutionnaires de type prolétariennes au sionisme le plus réactionnaire…

Mes parents avaient côtoyé des dirigeants de la résistance comme Artur London, Boris Holban, qui ont tous, après guerre, subi les purges antisémites menées par les partis communistes. Mais le grand virage a été la guerre de 1967, où la propagande a rabâché le fait que les Juifs allaient être encore une fois jetés à la mer. Si mes parents sont devenus sionistes, c’est aussi parce qu’une énorme partie du judaïsme européen qui avait versé dans la révolution s’est vu confronté au stalinisme, qui a lui aussi contribué de façon décisive au succès du sionisme.

Et aujourd’hui ?

Shlomo Sand dit que même un enfant né d’un viol a droit à l’existence. Bien sûr, les Juifs vivants en Israël resteront, mais ils resteront sur la base d’une égalité des droits. Quand on parle d’un État juif et démocratique, Sand dit qu’il s’agit là d’un oxymore. Si on y supprime la discrimination, la colonisation, ce pays-là n’est plus Israël… Il ne pourra pas y avoir de paix avec le sionisme, de même qu’en Afrique du Sud, il ne pouvait pas y avoir de paix avec le maintien de l’apartheid.

Voir aussi « Révolutionnaires au cœur de l’Europe ».

par le Cresadt {PNG}

Notes

[1] Pierre Stambul, Israël/Palestine. Du refus d’être complice à l’engagement, Acratie 2012.

[2] Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard 2008. Et Comment la terre d’Israël fut inventée, Flammarion 2012.

source

Libérez Andrey Pshenichnikov


Libérez Andrey Pshenichnikov
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Pourquoi c’est important

Andrey Pshenichnikov, 25 ans, un Russe né au Tadjikistan et émigré en Israël en 2001, à l’âge de 13 ans. Lors de son service militaire au sein de l’armée israélienne, Andrey s’est rendu compte de l’injustice que font subir l’État d’Israël et son armée aux Palestiniens. Andrey a quitté l’armée, puis, il s’est installé au printemps de l’année 2012 dans le camp des réfugiés palestiniens de Dheishé, près de la ville de Bethléem. Il a demandé à renoncer à sa nationalité israélienne et à obtenir la nationalité palestinienne. Très vraisemblablement sur leur ordre, l’Autorité palestinienne l’a extradé aux Israéliens. Andrey a séjourné ensuite en France au cours de l’été et de l’automne 2012, où il a participé activement aux actions de protestation contre les violations des droits de l’Homme perpétrées par l’occupant israélien en Palestine.Andrey avait un rendez-vous avec des amis, tous militants français solidaires de la Palestine au Caire le 25 décembre 2012. Pour s’y rendre, Andrey a demandé et obtenu un visa pour l’Égypte auprès des services consulaires de ce pays à Tel-Aviv. Il se trouve que ses passeports ont été confisqués par les autorités israéliennes à Eilat, afin de l’empêcher de traverser légalement la frontière israélo-égyptienne. Son enthousiasme était grand et sa résolution d’assister à la conférence de ses amis français, tenue en commun avec des Égyptiens, l’était aussi. Étant ainsi privé de son document de voyage et de son visa d’entrée en Égypte, Andrey a effectivement enfreint la loi égyptienne en s’y introduisant sans document de voyage.

Il se trouve que la peine minimale prévue par la loi égyptienne pour ce délit est l’emprisonnement de 6 mois. En général, les tribunaux ne condamnent pas à des peines plus lourdes. L’Égypte aurait pu en rester là : les autorités judiciaires auraient pu tenir compte de cette circonstance atténuante qu’est la demande et la délivrance du visa d’Andrey, mises en apposition avec la confiscation de son passeport par la police israélienne. Il y a, bien entendu, d’autres circonstances atténuantes, de diverses natures, tels le combat pour la justice pour le peuple Palestinien mené par Andrey, son absence de casier judiciaire (à l’exception d’une condamnation israélienne pour avoir séjourné dans un camp des réfugiés Palestiniens), ou encore son jeune âge.

Mais Andrey a été condamné le 11 février 2013 pour infiltration illégale sur son territoire nationale à 2 ans d’emprisonnement par la cour de justice de la ville d’At-Tour, gouvernorat du Sinaï Sud, Égypte. Il s’agit d’une peine sans proportion avec le délit commis, à plus forte raison si l’on tient compte de la personnalité et de la motivation d’Andrey.

A l’évidence, Andrey Pshenichnikov n’a pas pénétré en Égypte afin de nuire à ce pays ni au peuple égyptien.

Nous demandons donc aux autorités égyptiennes de libérer Andrey Pshenichnikov.

Ce sera la plus noble reconnaissance du combat d’Andrey pour un monde plus juste, où le peuple arabe de Palestine puisse recouvrir ses droits aux cotés de ses voisins, ce qui bénéficiera à toute cette région du monde, tant assoiffée de vie et de paix. Il est encore temps pour votre pays d’ouvrir grande la porte de la cellule où se trouve Andrey Pshenichnikov, de lui souhaiter la bienvenue en Égypte, et de lui permettre de repartir vers une destination de son choix.

Publiée Février 26, 2013

Israël : pour la fin de la détention administrative


Appel à l’action : joignez-vous à la campagne mondiale d’Addameer pour la fin de la détention administrative

jeudi 31 janvier 2013 – 09h:41

Addameer


Addameer appelle les militants et les personnes de conscience à manifester leur solidarité avec tous les prisonniers politiques et à participer à la prochaine campagne mondiale de l’organisation de soutien aux prisonniers et de défense des droits de l’homme Addameer contre la détention administrative.

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Plus de 4793 Palestiniens sont actuellement détenus par Israël ; 10 sont des femmes, 193 sont des enfants, et 178 le sont en détention administrative, une politique décrépite dont se sert Israël pour garder en détention indéfiniment des Palestiniens sur la base d’une information tenue secrète, sans les inculper ni leur permettre de passer en jugement.

Non seulement ces prisonniers sont détenus arbitrairement, mais l’usage par Israël de la détention administrative viole plusieurs règles internationales, notamment en expulsant des Palestiniens du territoire occupé vers Israël, en refusant les visites régulières des familles et en refusant de tenir compte de l’intérêt supérieur des enfants détenus comme l’exige le droit international.

Nous avons besoin de votre soutien pour briser leurs chaînes et le silence sur la détention administrative

Aujourd’hui, Israël a externalisé la sécurité dans les prisons où sont détenus les Palestiniens vers une entreprise danoise/britannique, la société G4S. En plus du service pénitentiaire israélien, G4S est responsable des conditions extrêmes qu’ont subi les prisonniers durant les grèves de la faim historiques de 2012 et auxquelles ont participé des milliers de Palestiniens, et notamment ces deux grévistes de la faim qui ont frôlé la mort pour protester contre leur détention arbitraire, Khader Adnan et Hana Al-Shalabi. G4S est aussi complice dans la détention par Israël de près d’un tiers du Conseil législatif palestinien depuis 2006 et de dizaines de défenseurs des droits de l’homme arrêtés chaque année pour leur participation à la résistance populaire.

Le gouvernement d’Israël doit libérer tous les détenus administratifs et, dans l’attente, tous les détenus administratifs doivent être assurés de leurs droits en conformité avec le droit international.

Addameer soutient la Campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre G4S pour que cette société cesse sa complicité contre les détenus en détention administrative et pour mettre la pression sur le gouvernement israélien pour qu’il libère les prisonniers. Addameer appelle toutes les organisations et personnes de la solidarité et toutes les organisations des droits de l’homme à travers le monde à se joindre à notre Campagne pour la fin de la détention administrative, qui sera lancée le 17 avril 2013.

Agissez !

Vous pouvez faire pression sur le gouvernement israélien pour la libération des prisonniers :

  • en participant à une journée de mobilisation de masse dans votre ville, le 17 avril, Journée annuelle des Prisonniers palestiniens ;
  • en organisant une semaine « Fin à la détention administrative », du 17 au 24 avril 2013, dans votre ville ou université, en vous servant du matériel de la prochaine campagne d’Addameer ;
  • en vous joignant à la campagne BDS contre G4S dans votre ville ;
  • en sensibilisant sur la détention administrative dans votre communauté, en utilisant l’ensemble du matériel à venir pour les militants.

Pour vous engager dans la Campagne « Fin à la détention administrative », contactez Addameer sur :

Association Addameer de soutien aux prisonniers et de défense des droits de l’homme

P. O. Box : 17338, Jerusalem
Tel : +972 (0)2 296 0446 / 297 0136
Fax : +972 (0)2 296 0447
Email : info@addameer.ps
Website : http://www.addameer.org ; Facebook ; Twitter ; YouTube

Addameer – traduction : Info-Palestine

Le phénomène Lapid Victoire de l’escapisme


L’avis de Michel Michael Warschawski sur les élections de mardi
mw

Ce matin, je prends mon café en lisant les résultats des élections a la Knesset : rien d’inattendu dans ces résultats si ce n’est les 19 sièges gagne par le parti Il y’a un futur du très populaire présentateur de télévision Yair Lapid. 19 députes, c’est presque 16% du nouveau parlement.

Les 18 autres députes de sa liste n’ont pas plus d’expérience ou d’idées politiques que Lapid – c’est-à-dire aucune – et pendant une campagne électorale considérée comme la plus morne et la plus vide d’enjeux politiques des quinze dernières années, ils se sont limites a une seule revendication : « égalité dans le fardeau », c’est-à-dire service militaire obligatoire pour les ultrareligieux, jusqu’ici dispenses de perdre trois ans sous les drapeaux. Pas un mot sur le conflit israélo arabe ni sur le risque de guerre avec l’Iran, pas un mot non plus sur le pouvoir des oligarches de la finance qui dominent le pays et sur les inégalités sociales dont Israël a, selon le PNUD, la médaille d’argent des pays industrialises.
Ni, ni. Ni droite ni gauche, ni pour la paix ni pour la guerre, ni pour l’occupation coloniale ni contre : Il y a un futur s’est contenté de surfer sur la haine des religieux et le mépris des pauvres qui caractérisent les classes moyennes de Tel Aviv.

Les jeunes ont massivement voté pour Yair Lapid avant tout parce qu’il symbolisait, a leurs yeux, le rejet de la vieille politique, des combats idéologiques, des valeurs bien définies. Yair Lapid, c’est eux, et c’est bien triste.
Lors des gigantesques manifestations des Indignes, pendant l’été 2011, les porte paroles du mouvement insistaient sur la dimension sociale et non politique du mouvement, non politique signifiant le refus de se positionner sur les enjeux du conflit israélo-arabe. Yair Lapid a réussi le pari de capitaliser sur la volonté de changement et de rupture avec la vieille politique, tout en allant un pas plus loin : ni politique ni social, tout au plus retirer aux pauvres les quelques bénéfices sociaux que la restauration néolibérale de Benjamin Netanyahou n’a pas encore confisque et aux ultrareligieux le droit de ne pas faire leur service militaire. Il n’aura donc aucun problème a rejoindre la coalition de droite que Benjamin Netanyahou va reconduire.
Ce qui me rend triste ce matin, c’est que 16% des électeurs, dont la majorité des jeunes (juifs), ont fait le choix du vide, du rien. De voter Lapid, parce qu’ « il est sympa », et ne les oblige pas a faire des choix : gauche ou droite, colonisation ou négociation, guerre ou intégration régionale, néo-libéralisme sauvage ou, comme l’exigeait le mouvement des indignes, retour a l’Etat social. Ils ont vote Lapid parce que Lapid, dans son vide abyssal, c’est eux, dénués d’idéologie, rejetant toute notion de valeurs, aveugles aux aspirations nationales de l’autre et a la lutte des classes qui bel et bien continue.
Ce qui me rend triste ce matin c’est d’avoir eu raison quand nous, militants anticolonialistes, affirmions que si le mouvement des indignes persiste dans son refus de se positionner sur les enjeux politiques, il perdra aussi la bataille du social : la victoire du très néolibéral Yair Lapid est la concrétisation de cette défaite.
Dans un an, il ne restera rien du groupe parlementaire de Yair Lapid, fait de bric et de broc… y compris de quelques gens bien. Certains auront été achetés par le pouvoir, d’autres auront rejoint des partis politiques plus expérimentés, d’autres encore dégoutés par la politique.
Mais la politique va rapidement nous rejoindre : les révolutions arabes, le déclin de l’hégémonie américaine, l’émergence de nouvelles puissance régionales, la montée en puissance de l’Iran vont exiger d’Israël a faire un choix : soit la fuite en avant guerrière et, a terme, suicidaire, soit un tournant politique radical qui passe d’abord par la fin de l’occupation coloniale. Il a fallu la guerre de 1973 pour réveiller la société israélienne de ses illusions sur l’omnipotence éternelle de sa force militaire.

Espérons qu’il ne faudra pas une guerre nucléaire pour lui faire comprendre que « le service militaire pour tous » est loin d’être une réponse aux problèmes existentiels auxquels l’Etat Juif est confronté.

Le droit à « l’autodéfense d’Israël » : une énorme victoire de la propagande


22 novembre 2012 –

Un Palestinien porte le cadavre d’un enfant hors des décombres, après qu’un missile israélien ait frappé une maison, tuant au moins sept membres d’une même famille dans la ville de Gaza – 18 novembre 2012   

En soutenant l’offensive israélienne contre Gaza, les dirigeants occidentaux ont donné carte blanche aux Israéliens pour faire ce qu’ils font le mieux : se vautrer dans leur sentiment de victimisation et ignorer la souffrance palestinienne.

L’une des victoires formidables de la propagande israélienne est d’avoir été accepté comme une victime des Palestiniens, à la fois aux yeux du public israélien et dans le regard des dirigeants occidentaux qui s’empressent de parler du droit des Israéliens à se défendre eux-mêmes. La propagande est tellement efficace que seules les roquettes palestiniennes dans le sud d’Israël, et à présent à Tel Aviv, sont comptées dans la série des hostilités. Les roquettes, l’atteinte au saint des saints – une jeep militaire – sont toujours vues comme un point de départ; avec la terrifiante sirène qui semble sortie d’une film sur la Deuxième Guerre Mondiale, elles construisent le méta-récit de la victime, intitulé « se défendre soi-même.

Chaque jour, en fait à chaque instant, ce méta-récit permet à Israël d’ajouter un autre maillon à la chaîne de dépossession d’une nation, chaîne aussi vieille que l’Etat lui-même, tout en réussissant à dissimuler le fait qu’un fil sans discontinuité se déroule depuis le refus en 1948 d’autoriser les réfugiés palestiniens à retourner dans leurs maisons, l’expulsion au début des années ’50 des bédouins du désert du Néguev, l’expulsion actuelle des bédouins de la vallée du Jourdain, les fermes pour Juifs dans le Néguev, la discrimination dans les budgets en Israël et les tirs sur les pêcheurs gazaouis pour les empêcher de gagner décemment leur vie. Des millions de fils comme ceux-là relient 1948 au présent. Ils sont le tissu de la vie pour la nation palestinienne, si divisée soit-elle en poches isolées. Ils sont le tissu de l’existence de citoyens palestiniens d’Israël et de ceux qui vivent dans leur pays d’exil.

Mais ces menaces ne sont pas tout le tissu de la vie. La résistance aux fils que nous, Israéliens tissons inlassablement fait aussi partie du tissu de vie pour les Palestiniens. Le mot résistance a été avili pour finir par signifier la compétition très virile pour voir lequel des missile explosera le plus loin, (compétition entre organisations palestiniennes, et entre elles et l’armée israélienne). Ce qui n’infirme pas le fait que par essence, la résistance à l’injustice inhérente à la domination israélienne est une partie inséparable de la vie pour chacun des Palestiniens.

Les ministères étrangers et internationaux du Développement en Occident et aux Etats-Unis collaborent sciemment avec les représentations mensongères d’Israël comme victime, ne serait-ce que parce que chaque semaine ils reçoivent les rapports de leurs représentants en Cisjordanie et dans la bande de Gaza concernant les maillons supplémentaires qu’Israël a ajoutés à la chaîne, ou parce que l’argent de leurs propres contribuables va compenser quelques-uns des désastres humanitaires, grands et petits, infligés par Israël.

Le 8 novembre, deux jours avant l’attaque du saint des saints – des soldats dans une jeep militaire – ils auraient pu lire que des soldats des Forces de Défense Israéliennes (FDI) ont tué Ahmad Abou Daqqa, 13 ans, qui jouait au foot avec ses amis dans le village d’Abassan, à l’est de Khan Younis. Les soldats se trouvaient à 1,5 km des gamins, dans le secteur de la bande de Gaza, occupés à « exposer » (l’euphémisme pour détruire) des terres agricoles. Alors, pourquoi le décompte de l’agression ne débuterait-il pas par un enfant ? Le 10 novembre, après l’attaque de la jeep, les FDI ont encore tué 4 civils âgés de 16 à 19 ans.

Ils se complaisent dans l’ignorance

Les dirigeants occidentaux auraient dû savoir qu’avant l’exercice des FDI la semaine dernière dans la Vallée du Jourdain, des dizaines de familles bédouines ont dû évacuer leurs maisons. Comme c’est extraordinaire que l’entraînement des FDI ait toujours lieu là où vivent des bédouins, et pas des colons israéliens, et que cela constitue une raison de les expulser. Une autre raison. Une autre expulsion. Les dirigeants de l’Occident devraient aussi avoir su, en se basant sur les rapports sur papier polychrome financés par leurs pays, que depuis le début de 2012 Israël a détruit 569 immeubles et structures palestiniens, dont des puits et 178 résidences. En tout, 1014 personnes ont été affectées par ces démolitions.

Nous n’avons pas entendu des masses d’habitants de Tel Aviv et du sud avertir les intendants de l’Etat sur les ramifications de cette destruction contre la population civile. Les Israéliens se complaisent dans leur ignorance. Ces informations et d’autres du même genre sont accessibles et disponibles pour qui est vraiment intéressé. Mais les Israéliens choisissent de ne pas savoir. Cette ignorance délibérée est la première pierre de fondation dans la construction du sens israélien de la victimisation. Mais l’ignorance c’est l’ignorance. Le fait que les Israéliens ne veulent pas savoir ce qu’ils font en tant que puissance occupante n’annule ni leurs actes ni la résistance palestinienne.

En 1993, les Palestiniens ont donné à Israël un cadeau, une opportunité en or de couper les fils reliant 1948 au présent, d’abandonner les caractéristiques de dépossession coloniale du pays, et en même temps de prévoir un futur différent pour les deux peuples de la région. La génération d’Oslo qui a accepté les Accords d’Oslo (pleins de pièges disposés par de judicieux juristes israéliens) est la génération qui devait connaître une société israélienne à multiples facettes, voire normale parce que l’occupation de 1967 le permettait (dans le but de fournir des travailleurs bon marché), une liberté de mouvement presque totale. Les Palestiniens ont accepté un accord basé sur le minimum de leurs exigences. Un des piliers de ces exigences minimum était de traiter la bande de Gaza et la Cisjordanie comme une entité territoriale unique.

Mais dès que l’application d’Oslo a commencé, Israël a systématiquement fait tout ce qu’il pouvait pour faire de Gaza une entité séparée, déconnectée, dans son obstination à maintenir les fils de 1948 et à les étendre. Depuis l’avènement du Hamas, il a tout fait pour sauvegarder l’impression que le Hamas préfère – que la bande de Gaza est une entité politique séparée où il n’y a pas d’occupation. Si c’est ainsi, pourquoi ne pas voir les choses comme ceci: en tant qu’entité politique séparée, toute incursion dans le territoire de Gaza est une violation de sa souveraineté, et c’est ce qu’Israël fait tout le temps. Le gouvernement de l’état de Gaza n’a -t-il pas le droit de répondre, de dissuader ou au moins le droit viril – jumeau de droit viril des FDI – de terroriser les Israéliens tout comme Israël terrorise les Palestiniens ?

Mais Gaza n’est pas un état. Gaza est sous occupation israélienne, en dépit de toutes les acrobaties verbales tant du Hamas que d’Israël. Les Palestiniens qui y vivent font partie d’un peuple dont l’ADN contient la résistance à l’oppression.

En Cisjordanie, des activistes palestiniens tentent de développer un type de résistance différent de la résistance armée virile. Mais les FDI écrasent toute résistance populaire avec zèle et détermination. Nous n’avons pas entendu les habitants de Tel Aviv et du sud se plaindre de l’équilibre de la dissuasion que les FDI construisent contre la population civile israélienne.

Et c’est ainsi qu’Israël fournit à toujours plus de jeunes Palestiniens, pour qui Israël est une société anormale de militaires et de colons, les raisons de conclure que la seule résistance rationnelle est le sang versé et le contre-terrorisme. Et c’est ainsi que chaque maillon israélien d’oppression et chaque mépris de l’existence de l’oppression nous entraînent davantage sur la pente de la compétition masculine.

* Amira Hass est la fille de deux survivants de l’Holocauste. Fait unique pour une journaliste israélienne chargée de la situation en Palestine, elle a choisi de vivre en Cisjordanie et à Gaza, d’où elle publie ses reportages. Ses comptes-rendus d’événements et d’opinions qui vont à contre-courant des positions officielles à la fois israéliennes et palestiniennes l’exposent régulièrement à des attaques verbales et à l’opposition des deux autorités.

Source : Haaretz

source traduction : Marie Meert : info-palestine.net

 

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