Au moment de l’anniversaire de la guerre de Gaza, nous nous souvenons des soldats qui ont détruit des familles palestiniennes (Haaretz)


4 janvier 2012

Amira HASS
Le général Yoav Galant, accusé de s’être approprié illégalement des terrains. Crédits photo : AP/Ariel Schalit

Le nom de Yoav Galant est le nom le plus souvent associé au troisième anniversaire de l’opération Cast Lead, mais il convient de se souvenir aussi des autres, des soldats anonymes inspirés par l’esprit de ces sommités militaires.

En ce troisième anniversaire du massacre de Cast Lead, il faut se rappeler les soldats anonymes qui ont tiré sur une voiture rouge dans laquelle un père de famille, Mohammed Shurrab, et ses deux fils revenaient de leurs champs. Il n’est pas juste que l’officier qui occupait alors le poste de Commandant de l’armée de terre du sud israélienne, le major général Yoav Galant, soit le seul dont le nom soit mentionné à l’occasion de cet anniversaire. En fait, la liste de tous les combattants qui devraient être mentionnés est longue.

Il ne faut pas oublier le pilote qui a lâché la bombe qui a tué Mahmoud al-Ghoul, élève au collège, et son oncle Akram, avocat, dans leur maison au nord de Gaza. Il ne faut pas oublier les soldats qui ont analysé les photos prises par les drones et qui ont décidé que les bouteilles chalumeau oxy acetilene pour la soudure que transportait Ahmad Samur, dans sa camionnette étaient des roquettes Grad, une décision qui a été suivie d’une ordre de bombarder le véhicule faisant ainsi 8 morts dont 4 mineurs.

Il faut se souvenir des soldats qui ont fait de la maison de la famille Abu Eida une base d’où tirer alentour, en entassant dans uns seule pièce un vieil invalide, une femme aveugle et deux vieilles femmes. On se rappellera que ces soldats ont empêché ces 4 personnes d’aller aux toilettes pendant 9 jours. On n’oubliera pas non plus les soldats qui ont regroupé les membres de la famille Samouni dans une maison et qui se sont éloignés de 80 mètres quand elle a été bombardée avec tous ses habitants à l’intérieur sur les ordres du commandant de brigade Ilan Malka – une personne qui mérite aussi qu’on se souvienne d’elle.

La liste n’en finit pas et nous nous excusons auprès de ceux que nous n’avons pas pu nommer à cause du manque de place. Mais en cette occasion nous devons une mention spéciale aux soldats qui occupaient un certain poste à l’est de Khan Yunis.

Le samedi 17 janvier 2009 à 8H46 (la veille de la fin de l’attaque) j’ai reçu la lettre suivante des Etats-Unis dans ma boite mail : « Mon père et deux de mes frères ont été attaqués hier [vendredi 16 janvier] en rentrant en voiture de leurs champs. Un de mes frères |[Kassab, 27 ans] est mort mais mon père [Mohammed Shurrab, 64 ans] et mon autre frère [Ibrahim, 17 ans] sont blessés et se trouvent dans un endroit contrôlé par l’armée israélienne. Ils ont été attaqués entre 13H et 13H30, heure locale, pendant le cessez le feu et les services de secours ne peuvent pas aller les chercher. »

L’armée israélienne n’a pas permis à l’ambulance d’entrer dans cet endroit ; celui qui avait écrit la lettre, Amer Shurrab, pensait que sous la pression des médias, l’armée laisserait passer l’ambulance. « Nous sommes au désespoir, et nous frappons à toutes les portes pour qu’on nous aide à les sauver. Si vous connaissez un soldat de l’armée de terre qui pourrait nous aider en appelant un commandant local, nous vous serions infiniment reconnaissants,  » écrivait-il.

Shurrab ne savait pas que pendant qu’il rédigeait son appel au secours à quelqu’un qu’il ne connaissait pas, son second frère était déjà mort après avoir perdu tout son sang dans les bras de son père durant 10 heures. Ce frère anxieux ne savait pas non plus que depuis 6 H du matin ce même samedi, Tom, un militant de l’ONG, les Physiciens pour les Droits Humains, était en contact avec moi.

Dans ce cas précis, un homme est mort en direct : jusqu’à ce que la batterie de son portable soit épuisée, Shurrab a téléphoné à sa famille à Gaza et aux Etats-Unis et il a appelé aussi le Croissant Rouge et la Croix Rouge, Tom de PDH et des journalistes locaux.

Le cessez le feu humanitaire, comme l’a intitulé l’armée israélienne avait duré ce vendredi de 10H du matin à 14H. Le père qui conduisait la voiture et ses deux fils sont passés à un check point de l’armée et on les a laissés continuer leur route. Vers 13H ils sont arrivés au supermarché de Abu Zeidan dans le quartier de Al Fukhary dans la partie orientale de Khan Yunis que les habitants avaient fuie au début de l’attaque terrestre. La maison voisine, le plus grand bâtiment de la rue, avait été réquisitionnée par l’armée 2 semaines plus tôt. Des coups de feu ont été tirés de ce bâtiment sur la voiture de Shurrab. Blessé à la poitrine Kassab est sorti de la voiture, et s’est effondré, mort. Ibrahim a sauté hors de la voiture et a été blessé à la jambe par les tirs incessants.

Le père, blessé au bras a réussi à tirer son fils survivant à l’abri d’un mur proche. Il voyait un tank et des soldats qui allaient et venaient. Les soldats le voyaient aussi. A 11H du soir, 10 heures après la fusillade, toujours contre le mur, le père s’est rendu compte que son fils qui avait perdu beaucoup de sang devenait froid et qu’il avait du mal à respirer. Il a réussi à le transporter dans la voiture criblée de balles, en espérant qu’il aurait plus chaud. Mais une demi-heure après minuit, dans la nuit de vendredi à samedi, le fils a rendu l’âme dans les bras de son père.

Tout cela s’est produit à 50 ou 100 mètres des soldats. De temps en temps le père angoissé parlait au téléphone avec Tom, qui de son appartement de Tel Aviv, a joint toute la nuit ses efforts à ceux de la Croix Rouge pour tenter de convaincre l’armée de laisser une ambulance aller les chercher. L’hôpital européen de Gaza est à environ deux kilomètres, une ou deux minutes de voiture, de là où ils se trouvaient.

Vers 9H30 le samedi matin, Tom a été informé que l’armée avait donné l’autorisation à l’ambulance de passer à midi.

Au même moment, le porte parole de l’armée israélienne disait dans un communiqué que « En général, pendant le cessez le feu, l’armée israélienne n’ouvrait le feu que si des roquettes étaient tirées sur Israël ou si des soldats essuyaient des tirs. Nous somme incapables d’enquêter sur tous les incidents ni d’en connaître le déroulement précis, ni de vérifier ou réfuter toutes les informations qui nous parviennent. L’entrée de l’ambulance a été autorisée seulement après que nous ayons pu évaluer la situation sur le terrain et qu’il ait eté décidé que les conditions permettaient son passage. Les personnes blessées [! !] ont été évacuées par le ministère palestinien de la santé et conduites à l’hôpital de Rafah. »

Je me souviendrai toujours de ces soldats anonymes qui ont décimé la famille Shurrab. Quand je suis allée sur les lieux le 24 janvier, j’ai découvert qu’ils n’avaient pas seulement laissé la maison de laquelle ils avaient tiré sur cette famille dans l’état de saleté et de destruction habituelle : ils avaient aussi laissé cette inscription, « Kahane* avait raison ».

Amira Hass

Pour consulter l’original : http://www.haaretz.com/print-edition/features/on-anniversary…

Traduction : Dominique Muselet

source

Conférence par un membre de Breaking the Silence


Nous avons le plaisir de vous annoncer la conférence qui sera donnée
par un membre de l'association Breaking the Silence dans le cadre des
Midis du Centre de droit international, le LUNDI 12 DECEMBRE DE 12H30
A 14H.

La séance aura lieu dans la salle Henri Janne à l'Institut de
Sociologie (44, Avenue Jeanne - 14è niveau).

Le nombre de places étant limité, il est impératif de s'inscrire avant
(cdi@ulb.ac.be).
Merci de noter qu'il n'est pas prévu de sandwichs, mais que des
boissons seront offertes.

Breaking the Silence est une organisation de vétérans de l'armée
israélienne qui ont servi dans les Territoires palestiniens occupés
depuis la Seconde Intifada. Ces soldats  se sont engagés à exposer à
l'opinion publique israélienne la réalité de la vie quotidienne dans
les Territoires Occupés. Leur objectif principal est de stimuler un
débat sur le coût moral et humain à payer à cause de l'occupation.
Breaking the Silence a été finaliste du prix Sakharov du Parlement
Européen en 2010.

Le déroulement de la conférence sera le suivant:

- Introduction par Agnès Bertrand-Sainz (chargée de cours à Institut
d'études politiques de Lille)

- Exposé par Simcha Levental (en anglais)

 La présentation se concentrera  sur la réalité quotidienne dans les
Territoires occupés comme décrite par des centaines de soldats
interviewés par Breaking the Silence (plus de 750 à ce jour). Elle
portera sur les témoignages de soldats qui ont servi à Gaza et en
Cisjordanie et tout particulièrement sur l'expérience de Simcha
Levental.

- Débat avec l'assistance.

Le manifeste antisioniste de Philip Weiss


source

Mounadil al Djazaïri
Le blog de Philip Weiss est une référence incontournable pour tous ceux qui s’intéressent au conflit qui met aux prises les Palestiniens avec les imposteurs sionistes.

On n’est pas forcément d’accord avec lui, et c’est normal, mais on ne lui retirera pas sa probité intellectuelle et, bien sûr, sa compétence de journaliste qui sait de quoi il parle.

Il nous livre aujourd’hui ce que j’estime être le meilleur manifeste antisioniste produit depuis bien longtemps par un Occidental. Un manifeste qui a une forme et un contenu particuliers puisque c’est d’abord celui d’un Juif qui s’adresse à d’autres Juifs à qui il entend faire saisir des enjeux qu’il estime fondamentaux.

C’est bien entendu aussi celui d’un homme, d’un démocrate, qui parle à tous les hommes.

Israël n’est plus une bonne chose pour les Juifs

par Philip Weiss, Mondweiss (USA) 7 décembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaîri

Israël n’est plus une bonne chose pour les Juifs. Telles sont les dernières nouvelles à New York.

C’est arrivé la semaine dernière, ou il y a deux ans. Le sentiment s’est profondément enraciné dans la communauté juive américaine qu’Israël nous fait du tort, nuit à notre place dans le monde et à notre avenir. Les restrictions sur la démocratie, aux droits des femmes, l’intransigeance vis-à-vis des Palestiniens quand Obama demandait qu’on avance, l’indifférence au printemps Arabe – Israël est une société dont en tant que Juifs, nous ne reconnaissons plus le caractère juif et, le pire de tout, son militarisme expose les Juifs Américains à l’accusation de double allégeance. Et nous n’aimons pas ça : Nous sommes Américains.

La goutte qui a fait déborder le vase a d’évidence été la stupide campagne de communication qui ciblait Noël et les mariages mixtes –  une campagne de com que Netanyahou a annulée. Même des lobbyistes Israéliens de droite avaient été stupéfaits du degré de nullité de cette campagne de communication. Mais elle était l’expression d’authentiques attitudes israéliennes. Et c’est pourquoi elle est si effrayante : les Juifs Américains s’éveillent au fait que la société israélienne n’est en rien comme la nôtre. Hillary Clinton n’a pu se lancer dans une critique des restrictions religieuses pour les femmes en israël que parce qu’elle sait que c’est ce que ressentent les Américains Juifs. L’ambassadeur Gutman parlait pour de nombreux Américains Juifs raisonnables quand il a dit que les politiques israéliennes font du tort aux Juifs en excitant l’antisémitisme.

Nous sommes pour l’intégration. Nous vivons en Amérique parce que nous voulons être des Juifs dans une société plurielle.  C’est en gros l’esprit de la vie juive en Amérique. Et maintenant ces sionistes – des séparatistes en qui nous n’avons jamais vraiment eu confiance quand nous débattions avec eux en Europe orientale – s’avèrent avoir tout doucement confisqué la judéité pour l’emmener dans un lieu de ténèbres sordides. Et leur plat est cuit ; Israël a produit un « apartheid sur stéroïdes », ainsi qu’un leader Juif l’écrivait en automne dernier dans The Nation (une publication de gauche, NdT) ; il  n’en voulait aucune part.

Pourtant, les séparatistes, les néoconservateurs, dont Elliott Abrams – qui a dit que les Juifs devaient rester à part dans toutes les sociétés où ils vivent excepté Israël, l’exact opposé du credo intégrationniste – essayent d’emmener notre pays encore plus loin, vers une attaque contre l’Iran ! Ce vendredi, le Secrétaire à la défense a affirmé de manière catégorique que ce n’est pas dans l’intérêt de l’Amérique :

[Attaquer l’Iran] ne détruirait pas en fin de compte, c’est ce que je pense, sa capacité à produire une arme atomique, mais ne ferait que la retarder – premier point. Plus préoccupant à mes yeux seraient les conséquences imprévisibles, qui pourraient être que finalement une attaque aurait un effet boomerang et que le régime, qui est faible actuellement, pourrait soudainement être capable de se ressaisir, être en mesure de bénéficier de soutien dans la région et que, au lieu d’être isolé il pourrait tout à coup obtenir un plus grand soutien dans une région qui le boit pour l’instant comme un paria. Troisièmement, les Etats Unis seraient évidemment accusés et nous pourrions être la cible de représailles iraniennes, frappant nos bateaux, frappant nos bases militaires. Quatrièmement – une telle attaque aurait des conséquences économiques – de graves conséquences économiques  qui pourraient secouer une économie très fragile en Europe et une économie fragile, ici aux Etats Unis.

Et enfin, je pense que les conséquences pourraient être d’avoir une escalade qui non seulement prendrait beaucoup de vies humaines mais, je le pense, pourrait consumer le Moyen orient dans une confrontation et un conflit que nous regretterions.

Peut-on être plus clair? Et pourtant le lobby de la droite dure israélienne nous pousse à attaquer l’Iran. Mais nous, Juifs, sommes Américains !

Il y a un siècle, une des réussites assez douteuses de Louis Brandeis avait été d’entremêler identité juive américaine et sionisme. Brandeis s’était converti au sionisme (afin d’obtenir un siège à la Cour Suprême ; Wilson voulait un Juif représentatif, pas un riche Juif Allemand), et avait déclaré qu’un bon Juif Américain devait être un sioniste, que l’amour pour deux idées de la patrie était très bien.

La réussite de Brandeis est en train maintenant de s’inverser. Qui peut aimer cette « patrie » ? Les valeurs israéliennes sont incompatibles avec les valeurs juives américaines. Même Jeffrey Goldberg [journaliste sioniste] dit que l’occupation est un «désastre moral.» . Eh bien, imaginez-vous qu’elle dure depuis 44 ans !  Avec ses bus et ses routes ségrégés, avec ses campagnes de communication contre Noël et les mariages mixtes, avec le refus de mettre fin à l’occupation – israël est une société différente de la nôtre.

Ici, nos enfants épousent des non Juifs et fêtent même Noël, et c’est très bien. Ici, l’intolérance n’est absolument pas cool.

JStreet [lobby juif regroupant des sionistes modérés] l’avait vu venir il y a deux ans – Dans notre équipe, nous sommes maries à des non Juifs et certains ont des seders bouddhistes, avait dit Jeremy Ben-Ami. Cette prise de conscience s’étend maintenant dans la communauté juive au sens large. Nous sommes des intégrateurs, nous apprécions notre privilège dans la société américaine et nous comprenons qu’il comporte des obligations. Et la rage des néoconservateurs après la déclaration de Leon Panetta est simplement le reflet de l’isolement croissant des néoconservateurs. Norman Finkelstein le dit depuis des mois maintenant : les Juifs Américains sont libéraux, leur route les éloignera d’Israël pour cause de différences profondes. Donna Nevel l’a dit aussi : les Juifs Américains croient en la justice sociale.

Il y a quelques années, Walt et Mearsheimer avaient évoqué les risques graves posés par le lobby israélien à la présence juive aux Etats Unis. Les néoconservateurs les avaient diffamés en les taxant d’antisémites, comme ils diffament Howard Gutman en ce moment. Mais gardez courage M. Gutman, le point de vue de Walt et Mearsheimer est aujourd’hui des plus communs et il a de nombreux échos au cœur de la vie juive. David Remnick se dresse pour dire que la communauté juive américaine ne sera plus longtemps la vache à lait d’un Israël de droite : « Désolé, ça ne peut pas marcher comme ça. La communauté juive n’est pas qu’un bon petit déjeuner au Regency.» Tom Friedman affirme qu’Obama est pris en «otage» par le puissant lobby israélien. Le rédacteur en chef de Haaretz, Amos Schoken affirme que le « lobby juif » aux Etats Unis est pour l’apartheid. A l’assemblée générale des Jewish Federations à Denver, une femme d’Encounter a reconnu que toute l’histoire pro-Israël qu’on a fait gober aux enfants n’était que de la «masturbation intellectuelle.»

L’article de Ben Smith dans Politico d’aujourd’hui, «Une fissure avec Israël dans les rangs du parti démocrate,» est l’annonce que ces bouleversements atteignent maintenant la classe politique. La communauté juive, qui est l’épine dorsale du parti Démocrate, est en train de se diviser sur le soutien à Israël, et la campagne pour l’élection présidentielle cette année fera à la fin émerger cette question dans le champ de bataille politique, avec des Juifs dans deux camps sur ce sujet, et avec les non Juifs invités à dire ce qu’ils pensent.

Et les meilleurs parmi les Américains s’exprimeront en faveur des droits des Palestiniens. Quand Jews Say No ! s’est exprimé contre la tuerie de Gaza qui a massacré 400 enfants innocents en 22 jours d’efficacité meurtrière ; quand Jewish Voice for Peace a soutenu le boycott, ils l’ont fait en tant que membres d’une communauté juive qui participe ouvertement à une société plurielle.

Hannah Arendt l’avait prédit il y a 60 ans, quand elle avait écrit qu’en commençant son existence par la violence, Israël était sur une voie qui l’amènerait à devenir une petite tribu guerrière comme Sparte :

“Leurs relations avec la communauté juive dans le monde deviendront problématiques, dans la mesure où leurs intérêts en matière de défense pourraient à tout moment être en conflit avec ceux d’autres pays où de nombreux Juifs vivaient. Les Juifs de Palestine [les sionistes, NdT] pourraient finir par se couper eux-mêmes du plus large corps de la communauté juive mondiale et son isolement pourrait aboutir à un peuple entièrement nouveau. »

Cette séparation s’est désormais produite. Parce que, soucieux de la vie juive en tant que partie intégrante de la société occidentale, nous sommes de plus en plus nombreux à avoir besoin de nous séparer d’un ethos de séparation. Nous l’avons compris, Israël n’et pas bon pour les Juifs.

Lumière crue sur l’occupation


lundi 05 décembre 2011, 11:38

Montrer la réalité de l’occupation : telle est la mission que se sont assignée les membres d’une organisation israélienne fondée en 2004, « Breaking the Silence » (Briser le silence).

Lumière crue sur l'occupation

Des gens compétents : tous sont d’anciens soldats ou gradés de l’armée israélienne qui ont peu ou prou participé à l’occupation des territoires palestiniens. Les Halles de Schaerbeek accueillent actuellement ce collectif (1). « Quand j’étais à Hébron avec mon unité pour protéger les colons juifs installés au centre de la ville, j’avais intégré la perspective militaire de la mission que je devais remplir, je trouvais cela normal. Après mon service, j’ai commencé à réfléchir, à rencontrer d’autres ex-soldats et j’ai compris que ces irruptions dans les maisons palestiniennes pour des fouilles au milieu de la nuit, ces hommes qu’on oblige à rester des heures les mains attachés, la terreur qu’on inspire aux enfants, les couvre-feu, etc., toutes ces humilitations, ces atteintes à la dignité des personnes bafouaient les valeurs promues dans notre société. » L’homme qui nous parle s’appelle Simcha Levental. Il est l’un des deux ex-soldats présents aux Halles pour expliquer le sens des photographies exposées (il s’exprime en anglais mais les visiteurs peuvent disposer d’un interprète). Elevé dans un milieu ultra-ortodoxe qu’il a quitté, Simcha Levental, 29 ans, garde un souvenir amer de son service militaire. « Les soldats sont là pour servir l’occupation. Vous savez, il y a deux lois à Hébron : israélienne pour les colons et militaire pour les Palestiniens. Ceux-ci sont réduits à l’état d’objets dont les soldats font ce qu’ils veulent. En revanche, j’ai vu un jour un colon ouvrir le feu à l’aveugle dans un village palestinien, il s’en est tiré avec une engueulade de l’armée ! ». L’exposition permet aussi de visionner plusieurs vidéos, dont une en provenance de l’armée, qui montre des exactions contre des civils palestiniens à un barrage militaire. Mais la partie sans doute la plus éprouvante se tient en marge de l’exposition. Il s’agit d’une « installation vidéo » que l’on doit au cinéaste Avi Mograbi, où le spectateur est cerné par huit écrans qui diffusent en même temps des extraits (ou rushes) de films du réalisateur israélien sur le sujet de l’occupation. Le son, fort, et les images, qui se bousculent, transforment l’exercice en une véritable épreuve dont on ne sort pas indemne.

BAUDOUIN LOOS

http://www.lesoir.be/culture/arts_plastiques/2011-12-05/lumiere-crue-sur-l-occupation-881514.php

(1) L’exposition se tient aux Halles de Schaerbeek, rue Royale Sainte-Marie 22A jusqu’au 17 décembre sauf le lundi (de 13 à 18 heures). Toute cette semaine à partir de ce mardi 6 décembre, des événements auront lieu en soirée (et une table ronde samedi matin) : théâtre, film, documentaire sonore et conférence, en lien avec l’exposition, permettront des rencontres avec entre autres les réalisateurs Avi Mograbi et Simone Bitton, et la journaliste Amira Hass (Haaretz). Informations : www.halles.be.

BRISER LE SILENCE


Du 1er au 17 décembre Les Halles de Schaerbeek en partenariat étroit avec l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB) et Dor Hashalom vous invitent à l’exposition et aux activités présentées sur le thème de

Exposition : Breaking the silence – Des soldats israéliens parlent de l’occupation

JE 01/12 > SA 17/12 13h00 > 18h00 Nocturne chaque jeudi jusque 21h00 et lors des autres soirées de Breaking the Silence. Fermé le lundi. Visites en matinée et en nocturne possible sur demande uniquement (groupe de min. 20 personnes).

L’association israélienne Shovrim Shtika Breaking the Silence Brisons le Silence a collecté et compilé plus de 2 500 heures d’interviews à propos de la vie quotidienne à Hébron. L’exposition présente une centaine de photographies prises par les soldats dans l’exercice de leur fonction au sein des forces armées israéliennes. Des ex-soldats, membres actifs de Breaking the Silence, accompagnent la visite de l’exposition et parlent de leur mission en Cisjordanie et dans les autres Territoires occupés de Palestine*.

« Les soldats qui servent dans les Territoires sont les témoins et les acteurs d’actions militaires qui les changent profondément. Les cas d’abus envers les Palestiniens, les pilages et les destructions de propriétés sont la norme depuis des années mais sont toujours relatés comme étant des cas extrêmes et uniques. Nos témoignages décrivent une autre et bien plus sinistre réalité. Une réalité dans laquelle la détérioration des principes moraux trouve un moyen d’expression, sous la forme d’ordres et des règles d’engagement, et qui est justifiée au nom de la sécurité d’Israël. »

Breaking the silence
Avec le soutien de la Fondation Rosa Luxemburg

*( Le 3 décembre 2011 à partir de 15h30, visite guidée de l’exposition « Breaking the silence » pour les membres et sympathisants de l’ABP- inscription : abp.eccp@skynet.be)

The Details – Avi Mograbi

L’installation vidéo The details contient une série de scènes de et à propos des territoires occupés, montrés simultanément sur 8 écrans. Tournées et utilisées dans divers films d’Avi Mograbi, elles sont présentées pour créer un espace chaotique parallèle et non linéaire, une représentation tronquée de la vision qu’a l’artiste de la réalité des Territoires occupés.

Mardi 6 et samedi 10 décembre à 20h30 : Winter Family. Jérusalem-Plomb Durci

Une performance de théâtre documentaire à partir d’image de cérémonies et de célébrations mémorielles et nationales filmées et récoltées à Jérusalem dans les écoles, les quartiers, les médias et les lieux symboliques de l’État d’Israël.

Une jeune femme de Jérusalem nous guide dans un voyage sonore, visuel et textuel à travers la société israélienne. En Israël, la douleur, la mémoire et le courage sont célébrés de tous côtés, les codes et les symboles étirés jusqu’à l’épuisement. Les chants, les discours, les sirène et les danses sont omniprésents de la naissance à la mort des individus, qui, pris en otage par le système implacable, deviennent les acteurs d’une éblouissante et macabre hallucination collective et se projettent dans un tourbillon vilent et national. Israël accélère sa fuite en avant désespérée et vaine : la dictature émotionnelle.

Winter Family est un duo de musique expérimentale composé de l’artiste israélienne Ruth Rosenthal (textes, voix) et du musicien français Xavier Klaine (musique, pino, grandes orgues, harmonium, célesta) basé à Jérusalem et Paris. Ils se rencontrent à Jaffa en 2004. En 2008, à l’occasion des anniversaires simultanés de l’État d’Israël et de la « réunification » de Jérusalem, le duo enregistre la pièce sonore Jérusalem Syndrome qui sera diffusé sur France Culture. Les deux artistes décident ensuite de continuer ce travail et de créer la performance de théâtre documentaire Jérusalem-Plomb Durci.

Mercredi 7 décembre à 20h30 : Z32 – un film de Avi Mograbi

Un ex-soldat israélien participe à une mission de représailles dans laquelle deux policiers palestiniens sont tués. Il cherche à obtenir le pardon pour ce qu’il a fait. Sa petite amie ne pense pas que ce soit aussi simple, elle soulève des questions qu’il n’est pas encore capable d’affronter. Le soldat accepte de témoigner devant la caméra pur autant que son identité ne soit pas dévoilée. Le cinéaste, tout en cherchant la solution adéquate pour préserver l’identité du soldat, interroge sa propre conduite politique et artistique.

Jeudi 8 décembre à 20h30 : Briseurs de silence de Simone Bitton

Un documentaire sonore, un essai radiophonique, de la réalisatrice de Mur (2004) et de Rachel (2008) et inspiré par le travail de Shovrim Shtika – Breaking the Silence.

Des voix d’exilés israéliens – qui ont pour la plupart été soldats dans l’armée israélienne (de même que Simone Bitton elle-même) –, disent les mots de la génération actuelle de soldats et de soldates. Sur une trame composée de sons ramenés de Gaza et de Cisjordanie, la banalité et l’universalité du mal s’entend en français, avec cet accent hébraïque que l’on ne perd pas. Comme on ne perd pas la mémoire des gestes que l’on a faits, de l’humiliation qu’on a infligée, de la mort qu’on a donnée –parce que c’était comme ça, tu comprends, là-bas, la routine c’était comme ça…

Vendredi 9 décembre à 20h30 : Amira Hass – conférence autour de Breaking the Silence

Breaking the Silence a brisé le silence mais aussi les méthodes conventionnelles de l’information industrielle. La méthode de collecte de l’information de Breaking the Silence vérifie finalement ce que les médias « respectables » n’ont de cesse de nier : l’information palestinienne.

Samedi 10 décembre à 10h00 : Table ronde avec Simone Bitton, Avi Mograbi, Amira Hass, Yehuda Shaul (Breaking the Silence) et Nurit Peled-Elhanan

L’occupation de la Palestine par Israël et son armée n’est pas sans effet sur la société israélienne puisqu’elle l’affecte en son cœur : son armée composée de jeunes hommes et femmes qui ne peuvent échapper à l’obligation du service militaire à moins de devenir des refuzniks. Après les images, les films, sons, vidéos, photographies, place aux mots pour éclairer, en reprenant les termes de Breaking the Silence « Une réalité dans laquelle la détérioration des principes moraux trouve un moyen d’expression, sous la forme d’ordres et de règles d’engagement, et qui est justifiée au nom de la sécurité d’Israël ».

UPJB

Rue de la Victoire 61

1060 Bruxelles

upjb2@skynet.be

Halles de Schaerbeek a.s.b.l.
Centre Culturel Européen
20 rue de la Constitution
B-1030 Bruxelles
+32 2 218 21 07

reservation@halles.be
halles.be

Parce que je suis juif de cette dignité, je résisterai.


21 novembre 2011

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Écho de résistance (1).
le 17 novembre 2011
Me voici « cité à comparaître devant le Tribunal Correctionnel », comme « prévenu ». Un petit papier arrivé par Huissier. « Première audience de fixation ». Tout de suite suinte la menace : gare à l’absence immédiatement punie. Entrée en matière par le « Bureau de l’Exécution des peines » : il faut fournir justificatifs de revenus et moyen de paiement. Je suis convaincu que l’intimidation est l’enjeu de ces multiples citations à comparaître.

Ah oui, mon crime ? Appeler à Boycotter Israël jusqu’à l’application du Droit International, la reconnaissance de la Palestine dans les frontières de 67. BDSiser pour que le gouvernement israélien reconnaisse le peuple palestinien, son droit à un égal respect, à son État indépendant.
C’était le 26 juin 2010. Juste avant un autre procès sur le même thème qui visait Omar Slaouti et Alima Boumédienne. Leur inculpation nous paraissait tellement absurde, tellement dénuée de tout fondement que nous avions décidé de tourner en ridicule cette comparution. Nous avions organisé une pièce de théâtre au milieu des rayons du supermarché Carrefour, les inculpés revêtus d’habits de bagnards. Puis nous avions manifesté dans l’espace commercial appelant au boycott des produits israéliens. Deux policiers devant, deux policiers derrières, sans incident. Dans la dignité. Nous étions une centaine,venus « secrètement ». Le verdict de ce procès avait confirmé le caractère infondé de cette inculpation.

Plusieurs d’entre nous avaient pris la parole pour donner ses motivations. Tout a été filmé, diffusé. Nous assumons nos actes, avec fierté. C’est à partir de ces images que nous avons été 7 convoqués par la Police, puis à ce Tribunal Correctionnel :
  • Alcini Laurent (PCF , Front de gauche),
  • Boumédienne Thiery Alima (EELV, ex-sénatrice),
  • Shahshahani Nicolas (Europalestine),
  • Slaouti Omar (NPA),
  • Amestoy Sylvette (EELV),
  • Desmet Sylvain (EELV)
Nous dénoncions une injustice, une guerre, des crimes, la négation d’un peuple, le Droit
bafoué, et nous voilà accusés ignominieusement de « délit de provocation publique à la
discrimination à l’égard de personnes à raison de leur appartenance à une nation », « faits prévus et punis par l’article 24 alinéa 8 de la loi d 29 juillet 1881 » (ainsi notifié, mais j’imagine plutôt 1981 ? Je ne suis pas juriste)
Des hommes, des femmes, des enfants sont massacrés et il faudrait se taire ! Des populations sont parqués dans des ghettos, et il faudrait se taire ! Des paysans sont privés de leurs terres, de leur eau, et il faudrait se taire ! JAMAIS !
Nos paroles sont des paroles de solidarité et de refus de l’injustice. Ce sont des mots qui dénoncent et s’indignent d’actes politiques commis par un gouvernement extrémiste, fascisant. Nous sommes l’engagement pour les valeurs humaines. Ceux qui nous menacent devant les tribunaux ne sont que d’ignobles individus, méprisant à l’égard d’un peuple, complices d’une politique guerrière ne cherchant qu’à soumettre. Ce sont d’infâmes totalitaires voulant bâillonner ceux qui les dénoncent.
Comment accepter cela ? Comment tolérer de se soumettre ?
Tout dans ce que je suis, dans mon être, se refuse à cette soumission.
Je suis juif. Ma mère, mon père sont juifs. C’est une histoire longue, profonde, faite d’immigration, de persécutions redoutées et fuies, de frontières franchies sans bien connaître les usages et les langues. C’est cette peur mainte fois exprimée de retrouver l’état de paria et de population exutoire pour les périodes de crises. Tant de siècles de cet état ont marqué en profondeur les consciences et ont nourrit le sentiment que jamais, jamais, la sérénité n’est assurée. Jamais.
Mais pour moi, pour ma famille, être juif ce n’est pas seulement cela. Pas uniquement cette crainte devenue aveuglante. Je suis de cette culture juive de la dignité et de la résistance. Du combat partagé pour la justice et la fraternité. Des leçons de l’oppression pour refuser partout, à l’égard de quiconque, ce qui porte atteinte à la dignité humaine. Je suis enfant de Raymond Aubrac, de Marek Edelman, de Joseph Epstein.
Parce que je suis juif de cette dignité, je résisterai.
Serge Grossvak

Alerte à la censure : le CRIF n’a pas à faire sa loi !


mardi 11 octobre 2011, par La Rédaction

Suite à la diffusion de l’émission « Un œil sur la Planète » diffusée par la chaîne France 2, le lundi 3 octobre 2011, le CRIF s’est lancé dans une campagne sournoise de diffamation à l’endroit des journalistes de la chaîne publique. Excédé par le traitement rigoureux de l’information et par la qualité du travail mené, le CRIF et l’ambassade israélienne ne supportent apparemment pas qu’une chaîne du service public ne reprenne pas la propagande israélienne. Les pressions dont l’objet France 2 depuis la diffusion de cette émission sont sidérantes : traitée de « petits nazillons », assaillie de messages menaçants, la direction de la chaîne s’est sentie obligée de répondre à ce qui s’apparente à une véritable convocation de la part du CRIF et de l’ambassadeur israélien.

Il est consternant de voir qu’en 2011 une organisation communautaire et une ambassade étrangère puissent faire pression sur un service public pour orienter le traitement médiatique d’un sujet. Ces tentatives d’intimidations sont inacceptables. Aujourd’hui en France, une chaîne du service public peut être soumise à des tentatives de censure sans que cela suscite l’indignation de la classe politique étrangement silencieuse sur cette atteinte monumentale au droit d’informer.

La liberté de la presse est aujourd’hui en danger. Il faut répondre à la diffamation, à la censure et à l’arrogance par le droit et la détermination. Nos associations condamnent ces pratiques et appellent les autorités publiques à ne pas souscrire à ce chantage insupportable. Elles appellent l’ensemble des citoyens à manifester leur indignation et à soutenir la direction de France 2 pour le travail remarquable qu’ont pu entreprendre les journalistes de l’émission « Un œil sur la planète ».

Paris, Le 10/10/2011

Collectif des Musulmans de France (CMF)
Union Juive Française pour la Paix (UJFP)
Association des Travailleurs Marocains en France (ATMF)
Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (F.T.C.R.)


Gilad Atzmon parle de son dernier livre « The Wandering Who ? »


Entretien avec Gilad Atzmon
Gilad Atzmon parle de son dernier livre « The Wandering Who ? »
Gilad Atzmon parvient à s’exprimer de manière originale, et à mettre en question des idées reçues en faisant abstraction de tous les tabous, dans un style novateur, frais, et toujours bien informé. C’est avec grand intérêt que nous avons lu son dernier livre « The Wandering Who ? A Study of Jewish Identity » (*) [« L’errance de qui ? Une étude de l’identité juive »]. C’est un récit très émouvant et éclairant que chacun devrait lire.
27 septembre 2011 | Thèmes (S.Cattori) :

Silvia Cattori : « The Wandering Who ? » [« L’errance de qui ? »] — Que recouvre ce titre provocateur ?

Gilad Atzmon : Mon livre « The Wandering Who ? » s’efforce d’atteindre à une compréhension plus profonde de la culture juive et de la politique identitaire juive. Il cherche à aborder certaines questions que la plupart d’entre nous préfèrent éviter. Il y a trois ans, l’historien israélien Shlomo Sand publiait son ouvrage révolutionnaire démantelant le récit fantasmatique de l’histoire juive.

Dans mon livre, j’essaye de pousser la recherche de Sand un pas plus loin ; d’examiner la très problématique attitude juive envers l’histoire, le passé, et la temporalité en général. Il y a cinq ans, les universitaires états-uniens Mearsheimer et Walt ont publié une très précieuse étude sur le lobby israélien aux États-Unis [1]. Là aussi, je m’efforce de reprendre leur recherche au point où ils se sont arrêtés. J’essaye d’expliquer pourquoi le lobbying est inhérent à la politique et à la culture juives.

lire la suite ici

Déclaration de Militants et d’Organisations de Juifs actifs dans la campagne BDS contre Israël


http://www.ijsn.net/657/

Une réponse juive à la Déclaration de février 2011 des Organisations Juives Sionistes concernant les campagnes Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël.

Parce que le boycott académique, culturel et commercial, les désinvestissements et les sanctions d’Israël:

• ont été appelés par la société civile palestinienne en réponse à l’occupation et à la colonisation de leurs terres,

• sont une voie morale pour répondre de façon non-violente et pacifique à plus de soixante ans de colonialisme israélien et,

• placent justement la responsabilité au sein des institutions israéliennes (et de leurs alliés et partenaires) qui utilisent des liens commerciaux, culturels, universitaires pour blanchir la responsabilité d’Israël dans la continuation de ses crimes contre l’humanité,

Les organisations et individus soussignés demeurent fermes dans leur appui à la campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël  jusqu’à ce qu’il reconnaisse les droits inaliénables des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international.

BDS n’est pas antisémite. Nous rejetons l’idée selon laquelle l’appel BDS 2005 de la Palestine, et les campagnes BDS dans le monde entier qu’il a inspirées, sont enracinés dans un sentiment anti-juif. Au contraire, BDS est un mouvement antiraciste contre l’occupation quotidienne et brutale de la Palestine et contre la menace militaire que l’Etat d’Israël fait peser sur la région. Les allégations d’antisémitisme falsifient la vrai nature de la lutte palestinienne et sont un affront à, et une trahison de la longue histoire de la survie juive et de la résistance à la persécution.

BDS n’est pas anti-démocratique. Nous rejetons également l’affirmation selon laquelle le boycott culturel et académique d’Israël défie le principe démocratique de la liberté d’expression. La recherche-développement dans les institutions universitaires joue un rôle central dans la conception et la défense militaire d’Israël et dans l’organisation des services secrets. Les institutions culturelles perpétuent la tromperie sur la démocratie israélienne. Défendre la liberté d’expression pour ceux qui ne respectent pas la justice tout en diabolisant ceux qui luttent pour la justice est un mauvais service rendu à une démocratie véritable.

Par le boycott, le désinvestissement et les sanctions, la société civile affirme notre engagement à ne pas contribuer financièrement à l’Etat israélien qui est responsable d’actes atroces de mépris pour la vie humaine et le bien-être. Les attaques contre les campagnes BDS ne nous empêcheront pas de prendre cette position contre l’impunité d’Israël. Pour les organisations juives signataires de cette lettre, l’auto-détermination pour les Juifs comprend le droit de participer au mouvement pour la justice en Palestine et à vivre ensemble dans le monde avec nos concitoyens dans la paix, la liberté et l’égalité. Il n’inclut pas la domination et la colonisation d’autres personnes ni le fait de vivre séparément des autres êtres humains dans un état qui privilégie les Juifs.

BDS, par une pression internationale, a été une stratégie clé pour mettre fin au système sud africain blanc d’apartheid. Dans la recherche de la justice, de la paix et de la liberté pour tous, nous nous exprimons en tant de Juifs qui s’engagent pour BDS et pour la libération de la Palestine. Nous appelons organisations et individus à se joindre à nous pour condamner les fausses accusations d’antisémitisme qui tentent de discréditer notre militantisme antiraciste collectif contre l’apartheid israélien.

* Women in Black (Austria)

* Union Juive Française pour la Paix (UJFP)

* Bay Area Women in Black (USA)

* St. Louis Women in Black (USA)

* Philadelphia Jews for a Just Peace (USA)

* American Jews for a Just Peace (USA)

* Jews for Boycotting Israeli Goods (UK)

* – JUNTS, Asociació catalana de Jueus i Palestins (Asociación Catalana de Judios y Palestinas, Spain)

* Ronnie Kasrils, former South African government minister, writer, founder Not In My Name, South Africa

* Antony Loewenstein, Independent Australian Jewish Voices

* Peter Slezak, Independent Australian Jewish Voices

* Moshé Machover, Professor (emeritus) (UK), founder Matzpen

* Felicia Langer, Israeli lawyer, author, Right Livelihood Award 2006 (Alternative Nobel     Prize)1990, Bruno Kreisky Prize 1991

* Mieciu Langer, Nazi Holocaust survivor

* Hedy Epstein, Nazi Holocaust survivor

* Hajo G. Meyer PhD, Nazi Holocaust survivor

* Kamal Chenoy, IJAN India & The All India Peace and Solidarity Organization

* Paola Canarutto & Giorgio Forti, Rete ECO, Italy

* Liliane Cordova Kaczerginski, IJAN France

* Sonia Fayman, IJAN France & UJFP

* Ernesto Rosenberg, GRAMARPAL (Grupo de Amistad Argentina-Palestina, Neuquén, Argentina)

* Mark Elf, blogger, Jews sans Frontieres

Cliquez ici pour signer la lettre:

http://www.ijsn.net/657/

Israel : l’année où les masques sont tombés, par Gideon LEVY


Le journaliste israélien se félicite dans le journal Haaretz de ce que l’année écoulée soit au moins celle où plus personne ne peut avoir d’illusions sur l’Etat d’Israël. 

« L’année de la vérité

L’année qui s’achèvera ce soir par un baiser a été l’année où a pris fin la mascarade israélienne, l’année où les déguisements ont été arrachés et où la vérité s’est fait jour. Où le vrai visage s’est révélé. Ça été l’année où nous sommes finalement sortis du placard – finis les propos sirupeux et les discours creux sur la justice et l’égalité, finis les enjolivements et les paroles superficielles à propos de la paix et de deux états. Cette année, la vérité a été entendue en public, avec un retentissement fort et clair d’un bout du pays à l’autre, inquiétante et déprimante.

Personne ne parle plus de paix ; cette année, nous avons même mis entre guillemets le « processus de paix », pour nous en gausser comme il le mérite. Tout ce qu’il reste de la paix cette année, c’est l’envoyé spécial des U.S.A., George Mitchell. Et dans les enquêtes d’opinion rien ne subsiste de la vision de deux états chez le premier ministre ou dans la majorité. Cette année, le gouvernement israélien a dit NON, même à un gel temporaire de la construction de colonies, et les Israéliens se sont tus.

Après cette année de vérité, nul ne pourra sérieusement prétendre qu’Israël recherche la paix avec les Palestiniens, ou avec les Syriens, qui ont parlé de paix mais qu’on a laissés sans réponse. Toutes les excuses ont perdu leur valeur – le terrorisme palestinien s’est arrêté et il reste au moins un demi-partenaire, qui est plus modéré qu’aucun autre. Néanmoins, nous campons sur nos positions. Et la vérité est criante : les Israéliens ne veulent pas vraiment la paix, ils lui préfèrent la terre. Les fonctionnements internes de la société israélienne ont aussi été démasqués. L’apparence d’une société démocratique et égalitaire s’est trouvée soudainement remplacée par un portrait authentique, terriblement nationaliste et raciste. Des rabbins et leurs femmes, des maires et des parlementaires ont tous chanté ensemble dans un chœur discordant : non aux Arabes et non aux étrangers. Au cours des années qui ont précédé cette année de vérité, il était encore d’usage d’excommunier les racistes.

En cette année de vérité, nous avons déclaré sans vergogne que Meir Kahane avait raison. Quasiment la moitié des Israéliens s’opposent à la location d’appartements à des Arabes ; plus que la moitié d’entre eux sont favorables à un serment d’allégeance à l’Etat ; des femmes de rabbins s’associent à leurs maris pour conjurer les chastes filles d’Israël de ne pas fréquenter d’Arabes ; un membre de la Knesset déclare qu’à ceux qui font clandestinement entrer des « infiltrateurs » – ainsi qu’on a appelé cette année les travailleurs migrants et les réfugiés de guerre – on devrait faire sauter la cervelle ; et l’un de ses collègues fait porter sur les Russes le blâme des habitudes israéliennes d’ivrognerie.

Dans le même temps, nous avons proposé une loi appelant à l’expulsion d’étrangers critiques à l’égard d’Israël s’ils y viennent en visite ; un directeur d’école de Jaffa n’autorise pas ses élèves à parler arabe ; un militant contre l’occupation a été incarcéré pour avoir pris part à une manifestation protestataire à vélo ; et un défenseur des droits des Bédouins s’est vu jeter en prison pour une durée encore plus longue, pour le délit d’avoir un garage illégal.

Telle est jour après jour la pléthore de comptes-rendus sur la vie du pays au cours de la dernière partie de cette année maudite. De tels rapports nous ont été presque quotidiennement jetés à la figure. L’étranger répand les maladies et la criminalité, et les étudiants arabes veulent nous déshériter pour le prix de location d’un deux pièces. Nous avons également lancé des campagnes d’intimidation et semé la peur de celui qui est autre et différent, qui n’auraient pas fait honte aux régimes les plus douteux du passé. Nous avons tenu des manifestations scandaleuses contre les réfugies et les Arabes, avec les encouragements d’une partie de l’institution et le silence des autres, desquels une tonalité peut être entendue – une tonalité d’arrogance et de nationalisme.

Cela aura aussi été l’année d’Avigdor Liebermann d’Yisrael Beiteinu, qui n’est plus un loup habillé en agneau mais une brute du voisinage qui n’a cure des conséquences. Une tentative pour dénouer la crise avec la Turquie, et Boum ! un bon coup sur la tête. Au lieu des sempiternels discours du président Shimon Peres sur la paix, le ministre des affaires étrangères, cette année, a de manière répétitive giflé le monde entier de notre part. Ce n’est pas seulement Kahane qui avait raison, mais Lieberman aussi. Il dit la vérité, la vérité sur Israël.

Il n’y a rien de tel que le soleil pour désinfecter, de sorte que ç’aura été une plutôt bonne année. Il se peut précisément que ce déluge de douteux sentiments nationalistes émergeant des profondeurs de l’âme, latent depuis des années, va au bout du compte faire bouger cette nation engourdie. Peut-être que, après cette année, la minorité qui pense autrement va enfin ouvrir les yeux. Peut-être que, tandis que les flammes nous encerclent tous, nous allons comprendre que telle n’est pas la société dans laquelle nous avons envie de vivre. Et peut-être que le monde va comprendre ce qui est en jeu.

Ce soir à minuit, quand le champagne français va couler comme de l’eau et que nous embrasserons à pleine bouche nos êtres chers, peut-être allons-nous comprendre que l’année prochaine sera décisive. Ce sera la dernière année où nous pourrons encore sauver quelque chose. Si un miracle se produit et que cela arrive en effet, nous serons reconnaissants à l’année écoulée, l’année de vérité pour Israël. »

Par Gideon Levy

Source : http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/the-year-of-truth-1.334416#send-friend-popup

Traduit de l’anglais par Anne-Marie PERRIN pour europalestine


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