Liban : DIVORCER DE QUI?


par Ronald Barakat, lundi 22 octobre 2012, 15:10 ·

En plus de la dangereuse et maladroite glissade de fin de journée d’hier à la Place des Martyrs, les faux pas en termes de slogans n’ont pas manqué, tels cet appel au «divorce jusqu’à l’accomplissement de la justice». D’abord, le divorce est justement l’option qu’envisage ce parti dit de Dieu, qui a fondé son mini-État dans l’État, au cas où sa stratégie de phagocyter l’État, la Nation et ses composantes s’avérerait infructueuse. Ensuite, parler de divorce suppose un partenaire qui n’a jamais envisagé le moindre partenariat, autre que celui noué avec des Libano-chrétiens de service qui ont accepté d’adhérer à l’idéologie du Wilayet el-Fakih, en contrepartie d’une Wilaya locale durant laquelle leur chef pourra enfin satisfaire ses désirs de domination longtemps réprimés. Partenariat d’autant plus fictif, voire mensonger, que celui que l’on croyait partenaire et qu’on a soutenu et appuyé durant les longues années de résistance à l’occupant israélien a refusé, une fois le territoire libéré, de céder ses armes, conformément aux accords de Taëf qui ont entraîné le ramassage des armes des autres milices, surtout celle des Forces libanaises, sauf les milices chiites sous prétexte de résistance à l’occupant, indépendamment du fait de savoir pourquoi la résistance armée devait être l’apanage d’une milice chiite, alors que l’histoire de la résistance au Sud était composite et comprenait notamment des formations nationales et laïques qui furent par la suite interdites de résistance armée.

Divorcer donc de qui? De celui qui a prétexté la résistance et profité du laxisme et de la confiance de l’État libanais en matière d’armements pour ensuite retourner ses armes contre ceux qui réclament, légitimement et selon des accords conclus, la remise des armes aux mains de l’État, maintenant que la mission est terminée? Divorcer de qui? De celui qui utilise à présent son arsenal pour asseoir son hégémonie idéologique sur la nation libanaise? De celui qui a ouvert un État à son compte, a provoqué une guerre inégale et désastreuse en 2006, de celui qui envoie des roquettes, des drones, comme bon lui semble, au mépris des autorités libanaises et selon les directives iraniennes? Divorcer de qui? De celui qui participe activement et unilatéralement à la répression du peuple syrien aspirant à sa liberté, après avoir appuyé, pour des raisons s’avérant purement stratégiques, les peuples tunisien, yéménite et égyptien aspirant à la même liberté, et dans une moindre mesure le peuple libyen lorsque le vent printanier commençait à souffler son «dangereux» parfum à côté?  Divorcer de qui? De celui qui n’a cure de ses colocataires, des gens de sa propre maison, qui se plaît à les écœurer, à se faire haïr par son triomphalisme et son arrogance, à tirer lâchement profit de ses armes amassées à la faveur d’une résistance armée devenue a posteriori un moyen et non une fin? Divorcer de qui? Des «gens les plus nobles» versus les moins nobles qu’on assassine ou dont on couvre l’assassinat? Que l’on qualifie de traîtres à tout vent, au point de les pousser à souhaiter la victoire de l’ennemi israélien en 2006? Perçu comme un moindre mal et le seul remède?  Il faut un partenaire pour divorcer. Divorcer de qui?

R.B.

Meurtre du général Wissam al-Hassan, chef des renseignements des FSI libanaises.


par Ronald Barakat
Par quel génie cet homme a su épingler les coupables de son vivant, puis les condamner par sa mort. Par quel génie il a pu acculer l’Assassin à commettre son forfait à visage découvert, de façon si flagrante, à force de le contrarier et de le faire enrager, à force de déjouer ses complots, de dévoiler ses instruments, de sorte à dispenser les services de police des investigations d’usage. Par quel génie il a su se faire piéger à chaud, après les insultes de la veille à son encontre, et les menaces répétées de ses «proies» qui riaient jaune, et parvenir à piéger lui-même, par sa mort, son propre piégeur. Par quel génie il a pu susciter l’exaspération, voire la fixation obsessionnelle d’un pseudo seigneur de la communauté chrétienne, devenu son « saigneur », et il a pu être une occasion de chute au commanditaire occulte de son propre assassinat.
Par quel génie, autre que celui d’avoir découvert un tas de pots aux roses de fabrication israélienne et syrienne, il a pu, par sa mort, raviver la flamme affaiblie de la révolution du cèdre, rassembler et revigorer les joueurs fatigués, rapprocher le « Bey » du camp qu’il a déserté et le faire parler d’une «sortie provisoire du 14 mars», tendre et pincer la fibre souverainiste relâchée, revivifier les forces vives du mouvement du 14 mars, et par conséquent renvoyer le boomerang à la figure de ceux qui l’ont lancé. Indépendamment de la peine, de la perte, de l’affliction pour les victimes montées avec lui, indépendamment des dommages moraux et matériels, j’envie cet homme. J’envie son martyre, ce qui le précède et ce qui en découle. J’envie l’efficacité et l’héroïcité de son action sécuritaire. Qu’il est beau de mourir en héros!
Photo : Par quel génie cet homme a su épingler les coupables de son vivant, puis les condamner par sa mort. Par quel génie il a pu acculer l’Assassin à commettre son forfait à visage découvert, de façon si flagrante, à force de le contrarier et de l’enrager, à force de déjouer ses complots, de dévoiler ses instruments, de sorte à dispenser les services de police des investigations d’usage. Par quel génie il a su se faire piéger à chaud, après les insultes de la veille à son encontre, et les menaces répétées de ses «proies» qui riaient jaune, et parvenir à piéger lui-même, par sa mort, son propre piégeur. Par quel génie il a pu susciter l’exaspération, voire la fixation obsessionnelle d’un pseudo seigneur de la communauté chrétienne, devenu son "saigneur", et il a pu être une occasion de chute au commanditaire occulte de son propre assassinat. Par quel génie, autre que celui d’avoir découvert un tas de pots aux roses de fabrication israélienne et syrienne, il a pu, par sa mort, raviver la flamme affaiblie de la révolution du cèdre, rassembler et revigorer les joueurs fatigués, rapprocher le "Bey" du camp qu’il a déserté et le faire parler d’une «sortie provisoire du 14 mars», tendre et pincer la fibre souverainiste relâchée, revivifier les forces vives du mouvement du 14 mars, et par conséquent renvoyer le boomerang à la figure de ceux qui l’ont lancé. Indépendamment de la peine, de la perte, de l’affliction pour les victimes montées avec lui, indépendamment des dommages moraux et matériels, j’envie cet homme. J’envie son martyre, ce qui le précède et ce qui en découle. J’envie l’efficacité et l’héroïcité de son action sécuritaire. Qu’il est beau de mourir en héros!
p.s. « Par quel génie… »Par quel génie il a pu forcer la décence et les marques de solidarité de certains ministres, députés, chefs de partis et de clans de l’autre bord, qui ont longtemps fantasmé et souhaité sa disparition et qui s’en réjouissent in petto.