Comment l’Occident a fait main basse sur la Libye


dimanche 23 octobre 2011 – 00h:49

Pepe Escobar


Ils se disputent la carcasse comme des vautours.
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Bien évidemment, l’OTAN et les médias qui lui sont soumis évitent à tout prix de comptabiliser le nombre de victimes, combattants ou civils, qui se chiffrent très probablement à plusieurs dizaines de milliers.

Le ministère français de la Défense a affirmé qu’ils l’avaient eu avec un avion de combat Rafale qui a tiré sur le convoi. Le Pentagone dit de son côté qu’ils l’ont eu avec un Predator qui a tiré un missile Hellfire.

Après que le colonel Mouammar Kadhafi, blessé, ait cherché refuge dans une conduite de dérivation sous une autoroute – un écho sinistre du « trou » ou a été trouvé Saddam Hussein – il a été capturé par les « rebelles » du Conseil national de transition (CNT). Et puis dûment achevé.

Abdel-Jalil Abdel-Aziz, un médecin libyen qui a accompagné le corps de Kadhafi dans une ambulance et qui l’a examiné, dit qu’il est mort de deux balles, une à la poitrine, une à la tête.

Le CNT – qui a colporté des mensonges, encore des mensonges et rien que des mensonges pendant des mois – jure qu’il est mort dans « dans un échange de tirs ».

Ils sont nombreux à avoir pu faire cela. Cela peu avoir été Mohammad al-Bibi, un jeune de 20 ans arborant une casquette de baseball des New-York Yankees qui a posé pour le monde entier, brandissant le pistolet d’or de Kadhafi – son billet d’entrée peut-être pour ramasser la prime de 20 millions de dollars que l’on a fait miroiter pour capturer Kadhafi « mort ou vif ».

Cela devient de plus en plus curieux quand on se souvient que c’est exactement ce que la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, dans sa visite éclair à Tripoli, avait annoncé 48 heures auparavant : Kadhafi devrait être « capturé ou tué ». Clinton a été comblée. Apprenant la nouvelle en consultant l’écran de son BlackBerry, elle a réagi avec toute la sémantique dont elle est capable : « Wow ! »

Et aux gagnants, le butin

Ils y ont tous mis la main : l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le Pentagone et le CNT. A la minute où une résolution des Nations Unies pour imposer une zone d’exclusion aérienne sur la Libye a été votée, elle s’est transformée en feu vert pour un changement de régime. Le plan A a toujours été de capturer et de tuer Kadhafi.Un assassinat ciblé. C’est la politique officielle de l’administration Obama. Il n’y a jamais eu de plan B.

Laissez-moi vous bombarder, pour mieux vous protéger

Comme à propos de la R2P (« responsabilité de protéger » les civils), tous ceux qui ont des doutes devraient écouter l’explication fournie par le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen : « l’OTAN et ses partenaires ont appliqué avec succès le mandat historique de l’Organisation des Nations Unies pour protéger le peuple de la Libye ». Celui qui veut vérifier sur le terrain ce qu’est la protection des civils par l’OTAN n’a qu’à sauter sur un camion pick-up et se rendre à Syrte, le nouveau Fallujah.

Les réactions ont été très instructives. Le bureaucrate du CNT, Abdel Ghoga, se l’est joué « Colisée dans l’Empire romain », en proclamant : « Les révolutionnaires ont eu la tête du tyran ».

Le président américain Barack Obama a déclaré qu’avec la mort de Kadhafi, « nous assistons à la force du leadership américain à travers le monde ». Cela revient à dire : « nous l’avons eu » comme on pouvait s’y attendre, considérant aussi que Washington a payé pas moins de 80% des coûts de cette opération de l’OTAN (plus de 1 milliard au total – que le mouvement Occupy Wall Street pourrait bien estimer avoir été plus utile pour créer des emplois aux États-Unis). Etrange, de dire à présent « nous l’avons fait », parce que la Maison Blanche a toujours affirmé que ce n’était pas une guerre, que c’était quelque chose de secondaire dont ils n’étaient pas en charge.

Il revenait à ce stratège de la politique étrangère, le majestueux vice-président américain Joe Biden, d’être nettement plus instructif qu’Obama : « Dans ce cas, l’Amérique a dépensé 2 milliards de dollars et n’a pas perdu une seule vie. C’est une indication pour savoir comment traiter avec les affaires du monde dans le futur, contrairement au passé. »

Monde, tu es prévenu pour ce qui est de savoir comment l’Empire va traiter avec toi à partir de maintenant !

Sentez mon amour humanitaire

Alors félicitations à la « communauté internationale » – qui comme chacun le sait est composée de Washington, de quelques seconds couteaux de l’OTAN, et des « puissances démocratiques » du Golfe Persique : le Qatar et les Emirats arabes unis (EAU). Cette communauté, au moins, a adoré la fin. L’Union européenne (UE) a salué « la fin d’une ère de despotisme » – alors que hier encore ils caressaient le bas de la tunique de Kadhafi. Maintenant ils se renient eux-mêmes dans des éditoriaux sur le règne de 42 ans d’un « bouffon ».

Kadhafi aurait été l’invité le plus inopportun à la Cour pénale internationale à La Haye, car il aurait aimé rappeler tous les baisemains, les chaudes embrassades et la mendicité de l’Occident pour décrocher des affaires juteuses après avoir été promu « Mad Dog »(Ronald Reagan) et jusqu’à « notre bâtard ». Il se serait régalé en détaillant d’où venaient tous ces louches opportunistes qui se présentent désormais comme « révolutionnaires » et « démocrates ».

Quant à la notion de droit international, elle est tombée dans un drain aussi sale que celui où était Kadhafi, ou que la cache où était retranché le dictateur irakien Saddam, lequel au moins a eu droit à un procès factice devant une cour faite de pantins avant de rencontrer son bourreau. Oussama ben Laden a été tout simplement liquidé, un assassinat dans le meilleur style après une invasion territoriale du Pakistan. Kadhafi a été le suivant, liquidé dans un mélange de guerre aérienne et d’assassinat direct.

De puissants vautours encombrent le ciel. Basé à Londres, Mohammed El Senoussi, l’héritier du trône libyen (le Roi Idris a été renversé en 1969) est prêt pour se placer au premier plan, ayant déjà établi qu’il « était au service du peuple libyen, et que celui-ci décidera ce qu’il voudra ». Traduction : je veux le trône. Il est évidemment le candidat favori de la dynastie contre-révolutionnaire des Saoud.

Et que dire de ces think-tank de Washington, des ânes répétant que ce fut le « moment Ceausescu » du printemps arabe ? Si seulement le dictateur roumain avait amélioré les conditions de vie dans son pays – en termes de soins médicaux gratuits, d’éducation gratuite, de prêts incitatifs pour les jeunes mariés, etc – pour seulement une fraction de ce que Kadhafi a fait en Libye. Plus le fait que Nicolae Ceausescu n’a pas été destitué par les bombardements « humanitaires » de l’OTAN.

Seul un mort cérébral pourrait avoir avalé la propagande de l’attaque « humanitaire » de l’OTAN aux 40 000 bombes ou plus – qui ont dévasté l’infrastructure de la Libye en la faisant revenir à l’âge de pierre (Shock and Awe en version ralentie). Cela n’a jamais rien eu à voir avec le fameux R2P (Right To Protect, et le bombardement implacable des civils à Syrte le prouve.

Comme les quatre premiers membres du BRIC le savaient avant même le vote par l’ONU de la Résolution 1973, l’OTAN considère la Méditerranée comme son lac privé, et il s’agissait d’une guerre de l’Africom contre la Chine et pour la mise en place d’une base stratégique clé. Et les Français et les Britanniques escomptent bien obtenir des contrats juteux pour exploiter les ressources naturelles de la Libye à leur profit. Il était temps que l’Occident impose son discours sur le printemps arabe, après avoir été pris au dépourvu en Tunisie et en Egypte.

Écoutez les gémissements barbares

Bienvenue à la nouvelle Libye. Les milices islamistes intolérantes transformera la vie des femmes libyennes en un enfer. Des centaines de milliers de subsahariens – ceux qui ne pouvaient pas s’échapper – seront impitoyablement persécutés. Les richesses naturelles de la Libye seront pillées. Cette moisson de missiles anti-aériens volés par les islamistes seront une raison extrêmement convaincante pour que la « guerre contre le terrorisme » dans le nord de l’Afrique devienne éternelle. Il y aura du sang – le sang la guerre civile, parce que la Tripolitaine refusera d’être gouvernée par la Cyrénaïque.

Aux dictateurs qui subsistent un peu partout, prenez une assurance-vie de l’OTAN – Hosni Moubarak de l’Egypte, Zine el-Abidine Ben Ali de la Tunisie et Ali Abdallah Saleh du Yémen ont été assez intelligents pour le faire. Nous savons tous qu’il n’y aura jamais de R2P pour libérer les Tibétains et les Ouïghours, ou les gens dans ce goulag monstrueux qu’est le Myanmar, ou le peuple d’Ouzbékistan, ou les Kurdes en Turquie, ou les Pachtounes des deux côtés de la Ligne Durand impérialement établie.

Nous pouvons aussi croire que le monde aura vraiment changé le jour où l’OTAN imposera une interdiction de survol sur l’Arabie Saoudite afin de protéger les chiites dans la province orientale, et que le Pentagone lancera un tapis d’Hellfire sur les princes médiévaux et corrompus de la maison des Saoud.

Cela n’arrivera jamais. En attendant, voici la voie choisie par l’Occident : un bombardement de l’OTAN, et mille barbares sans loi qui pleurnichent. Vous êtes dégoûtés ? Offrez-vous un masque de Guy Fawkes [conspirateur catholique du 17e qui a voulu faire sauter le parlement anglais – N.d.T] et plongez dans cet enfer.

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* Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007) et Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge. Son dernier livre vient de sortir ; il a pour titre : Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009).

On peut le joindre à pepeasia_AT_yahoo.com.

Du même auteur :

-  Pour le petit roi Sarko, c’est l’heure de ramasser le butin de guerre – 16 juin 2008
-  Libye : à présent, c’est la vraie guerre qui commence… – 17 septembre 2011
-  Néo-colonialisme Version 2.0 – 1er septembre 2011
-  Que se passe-t-il vraiment en Libye ? – 6 juillet 2011
-  Montrez-nous le tireur – 9 mai 2011
-  Les USA : des gosses dans la confiserie de l’OTAN – 2 décembre 2010
-  Va-z-y Bibi, largue ta bombe ! – 13 juillet 2009
-  Gaza : Mogadiscio ou Dubaï ? – 16 juin 2008

22 octobre 2011 – Asia Times – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.atimes.com/atimes/Middle…
Traduction : al-Muktar

source

Kadhafi, portrait total


par René Naba – publié le jeudi 20 octobre
 Le fossoyeur de la cause nationale arabe

Doyen des chefs d’Etat arabe depuis l’an 2000, et, paradoxalement, parmi les moins âgés des dirigeants arabes, Mouammar al-Kadhafi a longtemps été leur benjamin. Sa longévité, loin de consolider sa maturité, a accentué sa fatuité et accéléré les rythmes de ses foucades jadis juvéniles, désormais séniles.

Son accession au pouvoir en 1969, au lendemain de la traumatisante défaite de juin 1967, en pleine guerre d’usure le long du Canal de Suez, a fait l’effet d’un séisme stratégique. En amputant le camp occidental de deux importantes bases, une américaine, la base aérienne et d’interception des communications de Wheelus Air Field, à Tripoli, et la base anglaise d’El Adem, à Benghazi, chargée de formater et de contrôler la police libyenne, la garde prétorienne du régime monarchique, Kadhafi a dégarni l’alliance atlantique d’une large portion de la façade maritime de la Méditerranée orientale au profit du camp soviétique.

Des trois coups d’état qui ont sanctionné la défaite arabe de 1967 -le coup d’état baasiste de juillet 1968 en Irak, le coup d’état nassérien du Soudan du général Gaafar al Nimeiry, en Mai 1969, et le coup d’état de Mouammar al-Kadhafi, en septembre 1969, le basculement pro nassérien de la Libye aura eu l’effet le plus durablement dévastateur sur le dispositif occidental en Méditerranée orientale, zone de mouillage de la VI me flotte américaine, zone de maillage de la zone pétrolifère arabe, avec les bases anglaises d’Akrotiri et de Dékhélia (Chypre), de Massirah (sultanat d’Oman), ainsi que la base navale du protectorat britannique d’Aden et la plateforme aéronavale américaine de l’île de Diego Garcia (Etats-Unis), dans l’Océan indien.

Si la révolution de mai 1969 au Soudan a élargi le champ de manœuvre égyptien en faisant du Soudan l’arrière base stratégique de l’Egypte, le point de regroupement de la flotte des bombardiers à long rayon égyptiens, le coup d’état de Kadhafi a amplifié la percée soudanaise, neutralisant au passage les effets de la perte du sanctuaire nassérien en Irak.

Dotant l’Egypte des infrastructures aéroportuaires militaires anglo-américaines alimentées par les gigantesques réserves pétrolières libyennes, il a atténue quelque peu les effets de la défaite de 1967, en privant de surcroît les occidentaux d’un point d’observation et d’intervention sur le flanc méridional de la Méditerranée. Mais très vite ce double avantage va se transformer en handicap et la promesse d’une ère nouvelle du combat arabe tourner au cauchemar du fait des revirements du soudanais et des reniements du libyen.

Parvenu très jeune au pouvoir, en 1969, à l‘âge de 26 ans, à la faveur d’un coup d’Etat, Mouammar al-Kadhafi s’y maintient depuis 42 ans, univers indépassable de trois générations de Libyens, au point que dans les recoins du pays beaucoup s’imaginent que la Jamahiriya -littéralement la populocratie (le gouvernement des masses)-, est sa propriété et non la propriété du peuple, tel qu’il l’a décrétée il y a trente ans.

Plus fort que les wahhabites, Kadhafi. Unique pays arabe portant le nom de son fondateur, l’Arabie saoudite, propriété de fait de la Famille al-Saoud, a tout de même vu se succéder depuis 1969 quatre monarques : Faysal, Khaled, Fahd et Abdallah. En Libye, Kadhafi se succède à lui-même.

Dirigeant nationaliste arabe, en 1969, il sera au gré des appellations journalistiques de la presse occidentale en manque de sensation mais non d’imagination, un chef de file du « trotskysme musulman », un « révolutionnaire tiers-mondiste », un « sage africain » pour finir sa mutation en chantre du pan capitalisme financier proaméricain. Mais par ses faits et ses méfaits, il aura été le meilleur allié objectif des Etats Unis et d’Israël, contribuant activement à la liquidation physique de ses alliés potentiels, les chefs de file du combat anti-américain et anti-israélien. Nul depuis n’a réussi à égaler sa performance.

Adoubé par Nasser, le plus populaire des dirigeants arabes de l’époque, qui voyait en lui son héritier, le fougueux colonel a fait chavirer le cœur des foules par son allure fringante et ses coups d’éclat : Nationalisations de l’industrie pétrolière, nationalisation de la gigantesque base américaine de Wheelus Airfield, rebaptisée « Okbah Ben Nafeh » du nom du grand conquérant arabe, nationalisation de la base anglaise d’Al Adem rebaptisée base « Gamal Abdel Nasser », Tripoli était surpeuplée d’hôtes nombreux qui logeaient à bord de bateaux ferries pour fêter l’évènement. Pas un mois sans qu’un festival, un colloque, une conférence des Indiens d’Amérique, une manifestation des musulmans de l’Île philippine de Mindanao ne donne lieu à des réjouissances. Beyrouth et Alger servaient de plateforme opérationnelle aux mouvements de libération du tiers-monde et Tripoli tenait de la kermesse permanente.

L’Euphorie aura duré deux ans. Jusqu’en 1971. A partir de cette date, chaque année apportera son lot de désolation, détournement d’un avion de ligne anglais pour livrer au Soudan des dirigeants communistes aussitôt décapités à Khartoum, évaporation sans raison du chef du mouvement chiite libanais Moussa Sadr, soutien résolu au Président soudanais Gaafar al-Nimeiry, pourtant un des artisans du transfert vers Israël de plusieurs milliers de juifs éthiopiens « Falashas ».

Un phénomène d’hystérésis se produisit alors. Mais Kadhafi, et son entourage l’en persuadait, s’imaginait encore en phase avec son auditoire. En saltimbanque, le dirigeant libyen se livrait périodiquement à des exercices d’équilibrisme devant un public de plus en plus sceptique, à la réceptivité tarifée.

Retour sur le sombre bilan de celui qui aura été le héraut de l’unité arabe avant de devenir un allié objectif des États-Unis et d’Israël. En 42 ans de pouvoir erratique, le chantre de l’unité arabe aura été l’un des fossoyeurs du nationalisme arabe, le démineur par excellence des menées américaines dans la sphère arabe, le meilleur allié objectif d’Israël et le fossoyeur de son peuple.

Tombeur de la dynastie Senoussi, première conséquence directe de la défaite arabe de juin 1967, l’héritier présomptif de Nasser sera propulsé au firmament politique lors de sa nationalisation des installations pétrolières anglo-saxonnes et de la gigantesque base aérienne de Wheelus Air Field, en juin 1970. Mais, simultanément, l’homme de la relève s’appliquera fougueusement à dilapider systématiquement le capital de sympathie qu’il s’était spontanément constitué et à affaiblir méthodiquement son propre camp.

Éternel second de la politique arabe réduit à un rôle d’appoint, Mouammar Kadhafi, épris de rêves de grandeur mais affligé d’un mouvement pendulaire, n’a jamais cessé d’osciller entre les deux pôles du monde arabe, le Machreq (le Levant) et le Maghreb (le Ponant), épousant toutes les formes d’union – confédération, fédération, fusion – tour à tour avec les États de la vallée du Nil (Égypte-Soudan), en 1970, avec les bureaucraties militaires prosoviétiques (Égypte, Syrie, Libye, Soudan), en 1971, puis avec l’Égypte seule, avant de se tourner vers le Maghreb avec la Tunisie (1980), puis l’Algérie… pour finalement jeter son dévolu sur l’Afrique dont il s’est appliqué depuis le début de ce siècle à jeter les bases d’un État transcontinental.

Par ses pulsions, impulsions et compulsions, ce fringant colonel n’aura jamais tiré le moindre coup de feu contre ses ennemis déclarés, Israël et les États-Unis. Mais sur son sombre tableau de chasse, il épinglera, tragiquement, certaines des figures les plus emblématiques du mouvement contestataire arabe, le chef charismatique du Parti communiste soudanais, Abdel Khaleq Mahjoub, en 1971, ainsi que le chef spirituel de la communauté chiite libanaise, l’imam Moussa Sadr, en 1978 (1).

La disparition du chef charismatique des chiites libanais, une communauté longtemps négligée par les pouvoirs publics libanais, qui se trouvait alors en pleine phase de renaissance trois ans après le début de la guerre civile libanaise, de surcroît en pleine montée en puissance de la Révolution islamique iranienne, a conduit à une radicalisation des Chiites Libanais et, au terme de nombreuses scissions, à la création du mouvement Hezbollah.

Autres victimes célèbres des turpitudes libyennes, Mansour Kikhiya, ancien ministre des Affaires étrangères de Libye et militant éminent des Droits Humains, porté « disparu », depuis décembre 1993, au Caire, où il a été vu pour la dernière fois, tout comme Jaballah Matar et Izzat Youssef al Maqrif, deux personnalités de l’opposition libyenne « disparu », également au Caire, en mars 1990.

Fantasque il ordonnera un jour le rasage du crâne de Ibrahim Bachari, l’ancien chef des services de renseignement, coupable d’avoir déplu au Guide, et sa rétrogradation au rang de factotum en affectation en faction dans une guérite devant le palais présidentiel. Bachari trouvera la mort quelque temps plus tard, à la manière du général Ahmad Dlimi, son compère marocain, par accident de la circulation.

Autre supplicié célèbre, Daif al Ghazal, journaliste au quotidien gouvernemental « Al-Zahf al Akhdar » (La marche verte), puis au journal en ligne « Libye al-Yom » (la Libye aujourd’hui), assassiné pour avoir dénoncé la « corruption et le népotisme » du Colonel Kadhafi. Son cadavre, mutilé, particulièrement les doigts de sa main qui soutenaient sa plume, a été retrouvé le 1er juin 2005 dans la région de Benghazi (Nord-est de la Libye), le jour même de l’assassinat à Beyrouth de Samir Kassir, mais, mystère du journalisme à sensation, alors que l’assassinat du journaliste franco-libanais du quotidien beyrouthin « Al-Nahar » faisait l’objet d’une légitime condamnation unanime et de non moins légitimes commémorations régulières, le supplice du libyen était frappé du sceau de l’anonymat le plus complet.

En 1984, Une tentative de coup de force déclenchera une véritable chasse aux opposants de tous bords. Luxe de raffinement, pour réprimer la tentative de coup de force dirigée contre sa résidence, la caserne militaire de Bab Al-Azizyah, le 8 mai 1984, le Colonel Kadhafi s’est fait délivrer un permis de meurtre légal par les « Congrès populaires de base », l’instance suprême du pouvoir dans ce pays.

Dans la foulée du vote de cette motion, le 13 mai 1984, autorisant la constitution d’« unités suicides » pour « liquider les ennemis de la révolution à l’étranger », deux ressortissants libyens -Oussama Challouf et Ibrahim al Galalia- présentés comme des membres de l’organisation intégriste des « Frères Musulmans » et « Agents de la CIA », les services de renseignements américains, étaient exécutés le 17 mai.

En 1979, une motion identique avait été votée contre les dissidents libyens résidant à l’étranger et neuf d’entre eux avaient été assassinés entre Février 1980 et Octobre 1981, à Athènes, Beyrouth, Londres et Rome notamment. Trois attentats particulièrement meurtriers ont en outre été imputés à la Libye, le premier contre une boite de nuit de Berlin « La Belle » et deux autres contre des avions de ligne occidentale.

À son actif aussi, au passif de la cause qu’il était censé promouvoir, la destruction des avions de lignes commerciales, un appareil de la compagnie américaine Panam à Lockerbie (Écosse), en 1988, un avion de la compagnie française UTA au dessus du désert tchadien, ainsi qu’un attentat contre une discothèque à Berlin. Ces deux attentats, l’attentat contre le jumbo de la Panam au dessus de Lockerbie (Ecosse), le 21 décembre 1988, et celui contre l’avion de la compagnie française UTA, en Afrique, l’année suivante, le 19 septembre 1989, auront fait, à eux deux, 440 morts. 270 pour Lockerbie et 170 pour celui de l’UTA.

Son palmarès en la matière, sans doute l’un des plus impressionnants au monde, soutient la comparaison avec les tyrans les plus redoutables de la planète. Menant une traque tous azimuts, il pourchassera aussi bien les figures de proue du chiisme, du communisme que du libéralisme, portant une responsabilité particulière, mais non exclusive, dans l’absence du pluralisme dans le Monde arabe.

L’épisode des six infirmières bulgares et du médecin d’origine palestinienne, –incarcérés « en guise de monnaie d’échange » pendant huit ans en Libye et torturés pour leur prétendue responsabilité dans l’inoculation du virus du Sida à des jeunes Libyens–, demeure en mémoire pour qu’il soit besoin de le rappeler.

L’engouement occidental pour la Libye ne saurait occulter les singulières méthodes du dirigeant libyen, dont les turpitudes passées le rendent passibles, selon les critères en vigueur, de la Justice Pénale internationale. L’homme est en effet coutumier de l’effet de surprise et des procédés tortueux. C’est ainsi qu’il mettra à profit un déplacement à l’étranger du vieux Roi Idriss Ier pour s’emparer du pouvoir, par un coup d’état, le 1er septembre 1969.

Il mettra en pratique cette même méthode à l’encontre de ses opposants et épinglera sur son tableau de chasse de prestigieuses personnalités arabes, opérant en toute quiétude et en toute impunité tout au long de ses 42 ans de pouvoir.

Au regard de ce bilan, les démarches de la communauté internationale pour traduire devant la Justice internationale les auteurs de l’attentat contre l’ancien premier ministre libanais, Rafic Hariri, le 15 février 2005, paraissent sinon dérisoires du moins anachroniques, en tout cas frappées du sceau de la partialité et de la duplicité.

L’animateur du groupe des « Officiers libres » libyens, ainsi dénommé sur le modèle de leurs aînés égyptiens, fera cause commune avec les Britanniques, au mépris de son aversion déclarée pour ses anciens colonisateurs, au mépris des règles de la navigation aérienne internationale, au mépris des règles sur le Droit d’Asile, en ordonnant le déroutement d’un avion de ligne de la BOAC (British Overseas Airways Corporation), en juillet 1971, pour livrer à son voisin soudanais, les auteurs communistes d’un coup de force, notamment le colonel Hachem Al Attah, un des plus brillants représentants de la nouvelle génération des jeunes officiers arabes, contribuant ainsi à décapiter le plus grand parti communiste arabe.

Les remords marmonnés en 1976 devant cet acte de forfaiture ne l’empêcheront pas de récidiver deux ans plus tard contre l’imam Moussa Sadr, mystérieusement disparu, en 1978, au paroxysme de la guerre du Liban. Le tortionnaire soudanais se déconsidérera par la suite, et son complice libyen avec, en supervisant le premier pont aérien d’Éthiopiens de confession juive vers Israël. Saluée par la presse occidentale comme un acte de bravoure, l’opération dans la foulée de la double décapitation du plus grand parti communiste du monde arabe et du premier mouvement militant chiite du monde arabe (Amal), a affecté durablement les capacités combatives du camp progressiste et renforcé les capacités démographiques d’Israël avec l’apport de 80 000 juifs d’Éthiopie.

L’homme fera le délice des journaux occidentaux trop heureux de cette aubaine médiatique. Mais sa désinvolture suscitera des pulsions mortifères dans de larges couches du monde arabe. En 1982, dans Beyrouth assiégée, à Yasser Arafat ployant sous le pilonnage de l’aviation israélienne face à un immobilisme arabe quasi-général, l’homme de Tripoli, confortablement tapi à Aziziah, la caserne militaire transformée en résidence officielle, à des milliers de kilomètres du camp retranché libanais en ruines, plutôt que de forcer le blocus israélien pour voler au secours du chef palestinien, plutôt que de se taire, lui conseillera, affligeant conseil, non le « martyr », la sublimation symbolique de la mort au combat, mais le suicide, infligeant une épreuve supplémentaire au supplice palestinien.

Quatre ans plus tard, terré une semaine dans son abri tripolitain au premier coup de semonce de l’aviation américaine, en avril 1986, Kadhafi, orchestrera, sans crainte du ridicule, une campagne médiatique visant à élever Tripoli au rang de « Hanoi des Arabes », occultant le combat singulier des Beyrouthins durant les soixante jours de siège israélien, s’attirant par la même le sarcasme des correspondants de guerre plutôt avertis des réalités du terrain.

L’homme fera aussi la fortune des marchands d’armes et la ruine de son pays. L’impressionnant arsenal militaire dont il s’est doté dès son arrivée au pouvoir en 1970 par des achats massifs d’armes à la France – dont le contrat du siècle portant sur la livraison de 75 avions de combat Mirage, de l’ordre de 15 milliards de francs de l’époque (environ 2,3 milliards d’euros) – sera carbonisé en 18 mois par son propre fournisseur français par suite de retentissants revers au Tchad, en 1985 et 1986, notamment à Wadi Doum et Faya Largeau.

Sans égard pour les conséquences tragiques de sa décision, Kadhafi ordonnera l’expulsion de 200 000 travailleurs égyptiens, au début des années 1980, pour sanctionner l’équipée solitaire du président Anouar el-Sadate dans ses négociations de paix avec Israël. Récidiviste, il ordonnera cinq ans plus tard, en 1984, l’expulsion de près d’un million de travailleurs africains pour sanctionner les réticences des dirigeants africains à l’égard de son activisme belliqueux.

Nul dans son entourage n’a osé lui souffler alors que le chantre de l’Unité Africaine ne pouvait être crédible en ordonnant l’expulsion de près d’un million d’Africains, que le chantre de l’Unité Arabe ne pouvait être audible après sa décapitation des chefs de file du camp anti-impérialiste.

Références

1 – Le parquet militaire libanais a lancé le 5 Août 2007 un mandat d’arrêt, par défaut, pour un procès par contumace, à l’encontre de quinze personnalités libyennes qui pourraient être impliquées par cette disparition. Parmi les personnes recherchées figurent le Commandant Abdel Salam Jalloud, à l’époque N°2 du régime Libyen, évincé en 1993, Ali Abdel Salam Triki, à l’époque ministre des Affaires étrangères, le Commandant Wakil Al Roubeihy, commandant de la police de Tripoli, Ahmad Chehata, chef du bureau de liaison des relations internationales au ministère des Affaires étrangères ainsi que Mahmoud Ould Daddah, ambassadeur de Mauritanie en Libye.

M. Abdel Moneim al-Houni, ancien membre du « groupe des officiers Libres, a affirmé que Moussa Sadr a été assassiné et enterré dans la région de Sebha dans le sud du pays. Le pilote Najmeddine al-Yaziji, à l’époque pilote de l’avion de Kadhafi, avait été chargé de transporter le corps de l’Imam Sadr pour l’enterrer dans la région de Sebha.

Peu de temps après, al-Yaziji a été lui-même liquidé par les renseignements libyens pour que l’affaire de l’assassinat de Sadr ne soit pas divulguée, a ajouté M. Abdel Moneim al-Houni, dans une interview au quotidien Al Hayat, mercredi 24 février 2011, après sa défection de son poste de représentant de Libye auprès de la Ligue arabe. L’Imam Sadr était accompagné de son bras droit, cheikh Mohammad Yacoub, et, du journaliste Abbas Badreddine. Il y avait été vu pour la dernière fois le 31 août 1978. Depuis cette date, les trois hommes n’ont plus donné aucun signe de vie.

source

Libye : retour sur huit mois d’insurrection


Le Point.fr – Publié le 20/10/2011 à 17:49 – Modifié le 20/10/2011 à 20:14
La contestation avait débuté le 15 février. Depuis, les combats ont fait rage entre rebelles et soutiens de l’ancien Guide, jusqu’à sa capture et sa mort, le 20 octobre

Source AFP

Retrouvez les dates-clés depuis le début de l’insurrection le 15 février, contre le régime de Muammar Kadhafi en Libye. Le dirigeant déchu a été capturé jeudi à Syrte et gravement blessé, selon un commandant des forces du nouveau régime dans cette ville. Les autorités officielles ont ensuite annoncé qu’il était mort.

FÉVRIER 2011

– 15-19 : Manifestations contre le régime, violemment réprimées à Benghazi et Al Baïda (est). L’insurrection s’étend.

– 21-22 : Les ministres de la Justice Moustapha Abdel Jalil et de l’Intérieur Abdel Fatah Younès rejoignent la rébellion. Des dizaines de personnalités politiques et militaires feront de même.

– 23-25 : La zone allant de la frontière égyptienne jusqu’à Ajdabiya, comprenant Tobrouk et Benghazi, passe aux mains des insurgés.

MARS

– 10 : La France est le premier pays à reconnaître le Conseil national de transition (CNT), créé fin février par l’opposition à Benghazi.

– 17 : L’ONU autorise un recours à la force contre les pro-Kadhafi pour protéger les civils.

– 18-19 : Les pro-Kadhafi attaquent Benghazi, « capitale » des rebelles. La coalition passe à l’offensive en bombardant les pro-Kadhafi, qui se replient vers l’ouest.

– 31 : L’Otan prend les commandes de l’opération « Protecteur unifié ».

AVRIL

– 20 : Après Londres, Paris et Rome envoient des conseillers militaires auprès du CNT. L’Égypte et les États-Unis suivront.

MAI

– 11 : Après deux mois de siège et de combats, la rébellion prend l’aéroport de Misrata (est de Tripoli).

JUIN

– 29 : La France reconnaît avoir parachuté des armes aux rebelles dans les montagnes de Nefoussa (sud-ouest de Tripoli). Début juillet, offensive rebelle depuis cette région.

JUILLET

– 15 : Le Groupe de contact, pilote politique de l’intervention, reconnaît le CNT comme « l’autorité gouvernementale légitime ».

– 28 : Assassinat du général Younès, chef d’état-major de la rébellion.

AOÛT

– 9 : Le régime accuse l’Otan d’avoir tué 85 civils dans des raids dans l’Ouest.

– 20 : Début de l’offensive rebelle sur Tripoli, avec l’appui aérien de l’Otan. Le 23, prise de la résidence de Bab al-Aziziya, QG de Kadhafi, qui était depuis en fuite.

SEPTEMBRE

– 1er : L’ONU et les grandes puissances débloquent pour le CNT 15 milliards de dollars d’avoirs libyens gelés.

– 9 : Kadhafi, son fils Seif al-Islam et son beau-frère Abdallah al-Senoussi sont visés par une « notice rouge » d’Interpol après un mandat d’arrêt de la CPI.

– 15 : Nicolas Sarkozy et David Cameron se rendent en Libye.

– 16 : L’ONU reconnaît le CNT.

– 20 : La « révolution » a fait 25 000 morts (président du CNT Moustapha Abdel Jalil).

– 21 : Les forces du nouveau régime conquièrent Sebha et Waddan, dans le sud désertique.

OCTOBRE

– 9 et 11 : À Syrte, percée majeure des pro-CNT avec la prise de l’université et du centre de conférences Ouagadougou, puis du QG de la police.

– 13 : Réouverture partielle de l’espace aérien. Redémarrage du gazoduc Greenstream entre la Libye et l’Italie.

– 17 : Bani Walid, au sud-est de Tripoli, « totalement libérée » (commandant pro-CNT).

– 18 : Visite surprise à Tripoli de la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton.

– 19 : Le numéro deux du CNT, Mahmoud Jibril, se dit inquiet de la bataille politique à venir qui pourrait faire sombrer le pays dans le « chaos ».

– 20 : Un haut responsable militaire du Conseil national de transition (CNT) annonce la chute de Syrte, dernier bastion du régime déchu.

Les nouvelles autorités annoncent la mort de Muammar Kadhafi, capturé à Syrte et gravement blessé.

AFP

Contre la guerre de l’OTAN en Libye


Avec Comac, intal co-organise une manifestation contre la guerre de l’OTAN en Libye. Nous comptons sur votre présence .

Vendredi 2 septembre dès 16h00 face à la gare centrale.
Pour ceux qui peuvent nous aider à transporter le matériel, rendez-vous à intal dès 15h00.

Que vous soyez dans le groupe Congo, Palestine, Philippines, nous sommes tous concernés lorsque notre pays largue 365 bombes sur un pays étranger et s’ingère dans une guerre civile. Trop peu de voix se sont élevées contre cette agression commise avec la participation direct de notre gouvernements.

* Pour une solution pacifique faisant appel à la diplomatie locale.
* Arrêt des opérations de l’OTAN, retrait des troupes belges du territoire libyen
.

Depuis six mois, nos voisins méditerranéens se font bombarder au nom de la démocratie et de la protection des civils. Une mission humanitaire où les missiles ont remplacé les denrées alimentaires. L’OTAN se rend coupable de crimes de guerre, détruisant écoles, universités, hôpitaux et maisons, et tuant des milliers de civiles, femmes et enfants compris … . Cliquez ici pour plus d’info.   Aidez-nous à diffuser l’appel pour ce rassemblement sur facebook

Libye : violents combats autour de la résidence de Kadhafi et au sud de Tripoli


lundi 22 août 2011, par La Rédaction

De violents combats se déroulaient lundi matin autour de la résidence du dirigeant Mouammar Kadhafi à Tripoli, au lendemain d’une offensive majeure menée par les rebelles dans la capitale libyenne, que les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, espèrent victorieuse.
Dans la nuit, les rebelles, qui ont lancé une offensive samedi soir sur la capitale, ont atteint la place Verte, un lieu symbolique où les partisans du régime avaient l’habitude de se rassembler.
Une foule en liesse dansait, agitait des drapeaux rouge, noir et vert, aux couleurs de la rébellion, et scandait « Allah Akbar » (« Dieu est grand ») tout en tirant en l’air, selon des images diffusées par la télévision britannique Sky News.
Pour autant, les affrontements se poursuivaient dans la capitale lundi matin. Des combats de plus en plus violents avaient lieu autour de la résidence de Mouammar Kadhafi à Bab Al-Aziziya, selon un journaliste de l’AFP sur place.
Le colonel Kadhafi serait encore dans sa résidence, a indiqué à l’AFP une source diplomatique.
Depuis 06H00 (04H00 GMT), des bruits d’affrontements à l’arme légère et à l’arme lourde retentissaient également en provenance du sud de la capitale, a indiqué le reporter de l’AFP, sans pouvoir déterminer avec exactitude la provenance des tirs.
Vers 06H30 (04H30 GMT), des tirs de kalachnikov étaient aussi entendus tout près de l’hôtel Rixos, où est logée la presse internationale.
Dans un bref entretien téléphonique avec la chaîne Al-Jazira, un des fils de Mouammar Kadhafi, Mohamed, a affirmé qu’il était chez lui, qu’il restait dans sa maison et qu’il ne la quitterait pas. La chaîne n’a pas précisé dans quel quartier il résidait.
L’entretien a été interrompu par des bruits de tirs, intenses et très proches, puis Mohamed Kadhafi, président du Comité olympique libyen, a repris l’interview sur un ton de panique.
L’offensive « Sirène » a été lancée samedi soir par les insurgés en coordination entre le CNT, l’organe politique de la rébellion à Benghazi (est), et les combattants dans et autour de Tripoli, a indiqué un porte-parole du Conseil national de transition (CNT), en précisant que l’Otan était « aussi impliquée ».
Des insurgés se sont infiltrés dans la capitale en arrivant par la mer de l’enclave côtière de Misrata, à 200 km à l’est, selon la rébellion.
D’autres rebelles venant de l’Ouest ont réussi, après de violents accrochages avec des soldats loyalistes, à entrer dans Tripoli dimanche en fin d’après-midi, acclamés par les habitants qui couraient le long de leur convoi, dans une ambiance euphorique, a constaté un correspondant de l’AFP.
Les insurgés, qui semblent n’avoir pas rencontré une forte résistance, se sont approchés du centre de la capitale après avoir pris le contrôle de plusieurs quartiers dont Tajoura, dans la banlieue est de Tripoli, selon les témoins.
Quelques heures auparavant, le colonel Kadhafi avait appelé ses partisans à « nettoyer » la capitale des rebelles, dans son troisième message sonore en moins de vingt-quatre heures diffusé par la télévision libyenne.
Dimanche matin, il avait déjà martelé qu’il ne se rendrait pas et sortirait « victorieux » de la bataille de Tripoli.
Le porte-parole du régime, Moussa Ibrahim, a affirmé pour sa part que « le régime est toujours fort et que des milliers de volontaires et de soldats sont prêts à se battre ». Il a indiqué dimanche soir que 1.300 personnes avaient péri au cours des dernières 24 heures à Tripoli. Il n’était pas possible de vérifier ce bilan.
Le procureur de la CPI (Cour pénale internationale) Luis Moreno-Ocampo a annoncé que Seif al-Islam, un autre fils de Mouammar Kadhafi, avait été « arrêté ». Seif al-Islam, présenté dans le passé comme le futur successeur de son père, fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la CPI pour crimes contre l’humanité.
A Benghazi, la « capitale » rebelle dans l’est de la Libye, des dizaines de milliers d’habitants en délire ont envahi les rues dans la nuit. « Bye Bye le frisé ! », « Dieu est grand ! », scandait la foule en liesse.
Mahmoud Jibril, l’un des principaux responsables du CNT, basé à Benghazi, a demandé aux rebelles de s’abstenir de toute vengeance. Il les a également mis en garde contre des « poches de résistance (pro-Kadhafi) dans et autour de Tripoli », soulignant que « le combat n’est pas terminé ».
Dans la nuit de dimanche à lundi, les forces pro-kadhafi ont ainsi pilonné le quartier Al-Hemida (est), a indiqué à l’AFP un habitant.
« Les bataillons de Kadhafi sont en train de tirer des roquettes sur les habitations, les gens sont terrifiés et terrés chez eux, en train d’attendre les rebelles pour les sauver », a-t-il poursuivi.
Mais pour le président américain Barack Obama, le régime du colonel Kadhafi « a atteint le point de non-retour » et le « tyran » libyen doit partir pour éviter un bain de sang.
Le secrétaire général de l’Otan Anders Fogh Rasmussen a estimé de son côté que « le régime de Kadhafi s’effondre clairement ».
L’Otan a pris le commandement fin mars d’une coalition internationale intervenue sur mandat de l’ONU pour protéger la population civile d’une sanglante répression d’un mouvement de contestation sans précédent, né à la mi-février, contre le régime autoritaire de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans.
Le président français Nicolas Sarkozy a déclaré « que l’issue ne fait désormais plus de doute », tandis que Rome estimait que la « tragédie » du conflit « touche à sa fin ». Pour Londres, « il est clair d’après les scènes auxquelles nous assistons à Tripoli que la fin est proche pour Kadhafi ».
En revanche, l’un des derniers alliés du dirigeant libyen, le président vénézuélien Hugo Chavez a estimé que les gouvernements d’Europe et les Etats-Unis étaient « en train de détruire Tripoli sous les bombes ».

(Lundi, 22 août 2011 – Avec les agences de presse)