LA “CONFÉRENCE DE PAIX“ OCCULTE LA DESTRUCTION DE LA PALESTINE par Jacques Bude


“Mettre fin aux spéculations sur les mirages de la fin de l’occupation et les chimères quant à la création d’un État palestinien au moyen des négociations, alors que ces tentatives ont échoué de manière cinglante. … L’expérience de vingt années de négociations avec l’entité sioniste prouve que celle-ci, par sa composition, sa nature, son comportement raciste de colonisation et de haine et sa politique ne montre aucune disposition pour une paix véritable qui garantisse au minimum les droits nationaux de notre peuple. … La colonisation s’est poursuivie pendant ces vingt ans de négociations et vu sa proportion se multiplier par trois, voire par quatre. Tandis que la judaïsation de Jérusalem se propage inexorablement.“

Marwan Barghouti, mars 2012

À de rares exceptions près, les initiatives internationales visant à mettre fin au conflit entre Israéliens et Palestiniens considèrent que le dialogue de paix – négociations sans intervention extérieure – est le seul moyen d’atteindre cet objectif. Cette vision des choses est également largement répandue au niveau du sens commun.

Pourtant les « conférences de paix » entre Israéliens et Palestiniens – Madrid (1991), Oslo I (1993-1994), Oslo II (1995), Wye River (1998), Charm El-Cheikh (1999), Camp David (2000), Taba (2001), Charm El-Cheikh (2005), Jérusalem (2006), Annapolis (2007) – n’ont ni réalisé ni même contribué à la paix. Ces « dialogues de paix » n’ont ni interrompu, ni même ralenti la colonisation de peuplement et la confiscation des terres dans les territoires occupés en 1967. Ils n’ont pas empêché l’État d’Israël de poursuivre, voire d’accélérer l’installation d’Israéliens juifs dans les territoires occupés – aujourd’hui plus de 500000, soit un Israélien juif sur 10 -, l’implantation de colonies fortifiées, la confiscation et le nettoyage ethnique de terres palestiniennes.

Longtemps les appels à la négociation – au “dialogue de paix“ – entre Israéliens et Palestiniens se sont inscrits dans une rhétorique d’évacuation des territoires occupés en 1967 en échange de la paix. Dans le sillage des Accords d’Oslo, l’Autorité palestinienne s’est totalement engagée dans cette perspective. Il n’en a manifestement pas été de même pour les autorités israéliennes. Avant et après Oslo, tous les gouvernements israéliens ont inscrits leur politique – à l’instar de la politique officiellement prônée par Yitzhak Shamir en 1991[1] – dans la perspective de la paix en échange de la paix, c’est-à-dire, de la fin des agressions israéliennes en échange de la fin de la résistance à l’occupation et à la colonisation.[2] Ce qui d’ailleurs est conforme à l’essence même de l’État d’Israël.

Intentionnellement ou non, toutes les « conférences de paix » ont été des promesses creuses qui ont entravé les Palestiniens, et un moyen d’amener les Israéliens et la communauté internationale à soutenir ou du moins à accepter la colonisation – confiscation des terres et nettoyage ethnique – des territoires occupés en 1967. Par exemple, “l’offre généreuse“ mise au point et utilisée de main de maître par E. Barak à la Conférence de Camp David (2000), a consisté à prétendre qu’afin d’arriver à un accord de paix, les autorités israéliennes avaient fait des offres extrêmement généreuses qui avaient été systématiquement rejetées par les Palestiniens.[3] Ce qui est censé prouver que les Palestiniens ne veulent pas la paix mais la destruction d’Israël et par conséquent que, confronté à l’absence d’un partenaire de paix, l’État d’Israël est obligé d’assurer sa sécurité, notamment par la construction d’un “Mur de sécurité“ et par l’implantation de colonies.[4]

L’effet sur l’opinion israélienne et internationale de ces prétendues “offres généreuses“ israéliennes, qui en fait n’ont jamais existé et qui auraient été confrontées à un rejet systématique de la part des Palestiniens, a été stupéfiant.[5] Pourtant les nombreuses et très graves infractions israéliennes aux Droits humains des Palestiniens – crimes de guerre et crimes contre l’humanité – ont été abondamment documentées par des organisations au-dessus de tout soupçon. Force est de constater que la crédulité devient incommensurable dès que l’on invoque de prétendues menaces à la sécurité d’Israël, pourtant de très loin la puissance militaire dominante de la région.

Depuis quelques années et de plus en plus souvent, les masques tombent du côté israélien. Des hautes autorités israéliennes ne font plus allusion à l’évacuation des territoires occupés, au démantèlement des colonies, ni même à la fin de la colonisation en échange de la paix. Par exemple, en réaction à l’attribution du statut d’État observateur à la Palestine par l’ONU le 29 novembre 2012, le Gouvernement israélien a publié le 2 décembre 2012 un communiqué officiel du Premier Ministre Benjamin Netanyahu où on peut lire: “Aujourd’hui nous construisons et nous continuerons à construire à Jérusalem et dans toutes les zones qui se trouvent sur la carte des intérêts stratégiques de l’État d’Israël“ “Il n’y aura pas d’État palestinien sans un dispositif qui garantisse la sécurité des citoyens israéliens. Il n’y aura pas d’État palestinien tant que l’État d’Israël ne sera pas reconnu comme l’État du Peuple juif. Il n’y aura pas d’État palestinien tant que les Palestiniens n’auront pas proclamé la fin du conflit“.[6] Donc le Gouvernement israélien proclame officiellement que les Palestiniens n’auront la paix qu’à condition de laisser les Israéliens coloniser en toute sécurité.

Bien qu’elle continue à évoquer l’échange de la paix contre l’évacuation des Territoires, il y a longtemps que l’Autorité palestinienne a été amenée à souscrire à la perspective de « la paix en échange la paix ».[7] Du fait de sa totale dépendance à l’égard des États-Unis, de l’Union européenne et de la bonne volonté douanière d’Israël et sans doute surtout afin de préserver les privilèges liés à la gestion de l’occupation, l’Autorité palestinienne réprime ou du moins endigue fermement toute opposition militante à l’occupation, en échange du pouvoir d’administrer sous stricte tutelle israélienne la mosaïque de “réserves“ telle qu’elle existe aujourd’hui. Toutefois, bien que l’État d’Israël – Territoires occupés inclus – soit déjà, à l’image des États-Unis, un État moderne avec ses réserves d’indigènes, les autorités israéliennes ne sont pas encore rassasiées. Il reste des terres à confisquer et à “nettoyer“.

Le fait que l’Autorité palestinienne ne porte pas les graves violations du droit international et humanitaire commises par les autorités israéliennes devant la Cour internationale de Justice de La Haye est à mon sens une manifestation probante de l’acceptation de “la paix en échange de la paix“ par l’Autorités palestinienne.

Au moment de la création de l’État d’Israël, la quasi totalité des Palestiniens vivaient en Palestine mandataire. Ils y étaient propriétaires de 93% du territoire. Aujourd’hui près des 2/3 des Palestiniens vivent à l’extérieur de leur pays d’origine.[8] Ceux qui y vivent – en Israël proprement dit et dans les territoires occupés en juin 1967 – constituent quelque 50% de la population[9], mais ne sont propriétaires que d’environ 11% du sol[10] et d’un pourcentage bien inférieur encore – moins de 5% – des terres cultivables. En Israël proprement dit, la grande majorité des Palestiniens – bien que de nationalité israélienne – vivent dans des lieux restreints, étroitement surveillés et très défavorisés par rapport à ceux où vivent les Israéliens juifs. Dans les Territoires occupés, la situation est bien plus sévère encore. Les Palestiniens y sont progressivement amenés à se cantonner dans des enclaves largement dépouillées de ressources, si ce n’est la charité internationale. Tant en Israël proprement dit que dans les territoires occupés, leurs droits humains sont bafoués, leurs institutions sont soumises à une tutelle draconienne, le harcèlement est omniprésent et la confiscation des terres – notamment dans le Néguev – s’intensifie.

Bref, nous assistons depuis plus de 65 ans à la destruction officielle et délibérée de la société palestinienne par les autorités de l’État d’Israël: colonisation de peuplement, contrôle total des institutions, confiscation des terres et nettoyage ethnique des zones confisquées.

Cette destruction – aujourd’hui largement réalisée – se poursuit et s’accélère derrière l’écran de l’actuelle Conférence de paix entre des autorités israéliennes bénéficiant d’une totale impunité et une Autorité palestinienne sous tutelle.

Hors l’application du droit international, s’en remettre à une négociation de paix entre une puissance militaire occupante et la communauté désarticulée qui est à sa merci, c’est s’en remettre à la raison du plus fort, celle de la puissance occupante; c’est entériner l’occupation, les déplacements de population, les spoliations de terres et de maisons, les punitions collectives, les violences de l’armée, des polices et des milices des colonies, la destruction des infrastructures éducatives, économiques, sanitaires, …; c’est être complice de la pacification de la communauté opprimée et de sa désarticulation; c’est avaliser les violations du droit international et des droits humains des Palestiniens: droits à se défendre, à résister à l’occupation, à la sécurité alimentaire, à l’assistance sanitaire, à l’éducation, à la propriété, à la libre circulation, …; c’est contribuer à assurer l’impunité aux autorités politiques et militaires de l’État d’Israël pour leur politique délibérée de destruction de la société palestinienne; c’est, en quelque sorte par défaut, être complice de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Il ne s’agit évidemment pas de mettre en question l’existence de l’État d’Israël, d’ailleurs reconnu dans ses frontières de 1949 par la Communauté internationale, l’OLP[11] et, implicitement, le Hamas[12]. Cela s’apparenterait à une incitation au crime contre l’humanité. Il s’agit d’appeler la Communauté internationale: à contraindre un État et ses autorités à respecter le droit international[13]; à se préoccuper non plus de la pacification d’une zone d’occupation militaire mais du respect des droits humains des victimes d’une occupation illégale et meurtrière, ce qui implique la fin de l’occupation.

Tant que l’État d’Israël ne respecte pas les droits humains des Palestiniens, y compris ceux de nationalité israélienne; tant que cet État et ses autorités violent gravement le droit international et humanitaire, toute personne – particulièrement tout responsable politique – doit appeler les instances politiques et judiciaires nationales et internationales à remplir leurs obligations de respecter et de faire respecter le droit. Ces instances doivent signifier aux autorités politiques et militaires israéliennes qu’enfreindre au Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un crime contre l’humanité et que ceux qui en sont responsables seront inculpés. Ces instances doivent exiger, sous peine de sanctions et d’inculpations: la fin de l’occupation, du nettoyage ethnique et des confiscations – notamment des terres et de l’eau – et le dédommagement des Palestiniens, notamment en vertu de leur “droit au retour“, entériné par l’ONU, y compris par l’État d’Israël.[14]

Ce n’est que dans le respect du droit international et humanitaire que le rétablissement d’une société palestinienne autonome et viable sera possible et que les soi-disant “dialogues de paix“ entre Israéliens et Palestiniens ne serviront plus uniquement à occulter la destruction de la société palestinienne et à assurer l’impunité de ceux qui en sont responsables.


[1] Devenu Premier Ministre, Yitzhak Shamir – ancien chef du Lehi, groupe terroriste, responsable de massacres, entre autres Deir Yassine en avril 1948, perpétrés pour faire fuir les Palestiniens – déclare dans son discours d’ouverture de la Conférence de Paix de Madrid (1991): « La nature du conflit n’est pas territoriale. … Nous prions pour que cette rencontre marque la fin de l’hostilité, de la violence, de la terreur et de la guerre; qu’elle apporte le dialogue, la réconciliation, la coexistence et – par-dessus tout – la paix. ». Voir Le Monde diplomatique, Cahier spécial sur le Proche-Orient, janvier 2006.

[2] On accorde souvent le bénéfice du doute au gouvernement dont I. Rabin était Premier Ministre et Ministre de la Défense. Or, “Quelques mois après la signature de l’Accord d’Oslo, Rabin déclarait «Il n’y a pas de dates sacrées», autrement dit qu’il ne se sentait pas obligé de respecter le calendrier qu’il avait lui-même signé.“ A. Kapeliouk, Le gouvernement israélien prisonnier de ses contradictions, Le Monde Diplomatique, juin 1995. En fait, entre la signature des Accords d’Oslo en Septembre 1993 et l’assassinat de Rabin en février 1995, le nombre de colons a fortement augmenté et les infrastructures de l’occupation se sont considérablement développées. “En 1993, on comptait environ 120000 colons en Cisjordanie; leur nombre augmente de 40000 sous les gouvernements travaillistes (celui de Rabin, puis celui de Pérès, juin 1993-mai 1996); de 30000 sous le gouvernement de droite de Benyamin Netanyahou (mai 1996-mai 1999).“ Alain Gresh, Pourquoi les accords d’Oslo ont-ils échoué? Blogs du Monde Diplomatique, 22 octobre 2007. Après le massacre de 29 Palestiniens en prière dans une mosquée de Hébron en février 1994, I. Rabin a refusé, contre l’avis de ses ministres, de s’en prendre aux colons. Voir Dominique Vidal, I. Rabin. « Faucon », puis « colombe », Manières … , p.50.

[3] Pour une analyse de la mise au point, de l’utilisation et des effets de cette technique de légitimation de la politique israélienne, voir Tanya Reinhart, Détruire … p. 59-64.

[4] Cette technique d’occultation de la destruction de la société palestinienne, a été systématiquement utilisée depuis lors. Ainsi en janvier 2009, B. H. Lévy affirme tenir de la bouche même du Premier Ministre de l’époque Ehoud Olmert, la teneur d’une proposition que celui-ci venait de faire à Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité palestinienne. “Je lui ai fait une offre. 94,5% de la Cisjordanie. Plus 4,5% sous forme d’échange de territoires. Plus un tunnel, sous son contrôle, reliant la Cisjordanie à Gaza et équivalant au 1% manquant. Et, quant à Jérusalem, une solution logique et simple: les quartiers arabes pour lui; les quartiers juifs pour nous; et les Lieux Saints sous administration conjointe saoudienne, jordanienne, israélienne, palestinienne, américaine. … L’offre est là. J’attends.“, Extrait de « Carnets de guerre », Le Journal du Dimanche du 18 janvier 2009. On notera que cette offre est censée avoir été formulée alors que la dévastation Plomb durci – quelque 1400 tués, 5000 blessés, 10.000 logements détruits ou sévèrement endommagés – était en cours et que la marionnette médiatique de propagande israélienne B. H. Lévy parcourait Gaza à l’intérieur d’un blindé des forces d’invasion israéliennes. Quand on parle d’occultation par l’appel au dialogue de paix … .

[5] En Israël, « Depuis 1993, les sondages avaient constamment montré une majorité autour de 60% en faveur de ‘la terre pour la paix’. Après Camp David et les ‘négociations’ qui ont suivi, le soutien aux concessions pour la paix est tombé dans les sondages à 30%. » Tanya Reinhart, Détruire … p. 63-64.

[6] “Today we are building and we will continue to build in Jerusalem and in all areas that are on the map of the strategic interests of the State of Israel.“ “There will be no Palestinian state without an arrangement in which the security of Israeli citizens will be ensured. There will be no Palestinian state until the State of Israel is recognized as the state of the Jewish people. There will be no Palestinian state until the Palestinians declare an end to the conflict.“    http://www.mfa.gov.il/MFA/Government/Communiques/2012/Cabinet-communique-2-December+2012.htm

[7] Le principe des Accords d’Oslo qui instaurent l’Autorité palestinienne, était l’évacuation des territoires occupés en juin 1967 en échange de la sécurité de l’État d’Israël. L’Autorité palestinienne s’est résolument engagée dans cette perspective en réprimant toute opposition militante à l’occupation – à l’époque, la première Intifada – afin d’assurer l’évacuation des territoires. Étant donné que les autorités israéliennes n’ont pas respecté leurs engagements, l’Autorité palestinienne s’est trouvée piégée. Paralysée par le mirage des “négociations de paix“, elle a été rapidement réduite à s’en tenir à gérer l’occupation.

[8] Fin 2008 – et la situation s’est encore considérablement dégradée depuis lors – on estimait à 10.600.000 le nombre de Palestiniens dans le monde. Au moins 7.100.000 d’entre eux – soit les 2/3 – étaient des personnes déplacées. 6.600.000 – soit 62% – s’étaient réfugiés à l’étranger et 427.000 étaient des déplacés de l’intérieur. Badil, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons, 2008-2009, p.56.

[9] Selon le Bureau central israélien de statistiques, il y avait en 2011 5.770.9OO Juifs et 1.559.100 Arabes en Israël. Selon le Recensement de la population 2007 de l’UNRWA, il y avait 3.767.126 Palestiniens dans les territoires occupés. Ce qui donne 52% de Juifs et 48% d’Arabes sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire. Le pourcentage de Juifs est probablement surestimé et celui des Arabes, sous-estimé. Apparemment, les statistiques israéliennes prennent en compte tous les Juifs de nationalité israélienne, y compris de double nationalité. Or, un grand nombre d’entre eux – sans doute des centaines de milliers – ne résident pas en Israël. D’autre part, étant donné que le recensement de l’UNRWA date de 2007, la croissance d’environ 3% par an de la population palestinienne des territoires occupés au cours des 5 dernières années, n’est pas prise en compte.

[10] En 1947, les membres de la Communauté juive étaient propriétaires d’environ 7% du territoire de la Palestine mandataire. Entre 1947 et 2009, les autorités israéliennes ont confisqué 82% de ce territoire. Ainsi, sur 89% du territoire de la Palestine mandataire, seuls des Juifs peuvent devenir propriétaires. Badil, Survey …, p.3.

[11] Implicitement en 1988, lorsque le Conseil national palestinien reconnaît les résolutions de l’ONU et explicitement, en 1996, lorsqu’il élimine de sa Charte tous les articles contestant le droit à l’existence de l’État d’Israël.

[12] En 2006, le Hamas signe le document d' »Entente nationale » qui reconnaît implicitement Israël dans ses frontières de 1967.

[13] Pour une revue rigoureuse des violations du droit international commises par l’État d’Israël et les autorités israéliennes, ainsi que des manquements de l’Union Européenne et de ses États membres à leur obligation de réagir à ces violations, voir Conclusions de la première session internationale du Tribunal Russel sur la Palestine, Barcelone, 1-3 mars 2010. http://www.russelltribunalonpalestine.com

[14] La résolution 194, adoptée le 11 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations unies, “Décide qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu des principes du droit international ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les gouvernements ou autorités responsables“. Cette résolution a été votée par la délégation israélienne.

Jacques Bude

Négociations directes : le spectre d’Oslo


30/09/2010
Des soupçons règnent sur le processus des négociations directes entre l’Autorité palestinienne et l’entité sioniste.

Selon le quotidien égyptien “AlMisriyyoune”, (les Egyptiens) un canal secret est en train d’être mis au point pour entrer en action dans les semaines prochaines.
A l’instar de ce qui s’était passé avec les négociations d’Oslo, en 1993, au cours desquelles un processus secret a été installé en parallèle à celui en public, permettant des concessions palestiniennes en catmini.

Prévues dans une capitale européenne, des négociations secrètes devraient remplacer les négociations publiques, qui semblent trébucher depuis la reprise des colonisations en Cisjordanie occupée, dimanche dernier, et le refus du Premier ministre israélien benjamin Netanyahou un moratoire. Et ce malgré les mises en garde du chef de l’Autorité Mahmoud Abbas de se retirer, et en dépit aussi des sollicitations américaines et européennes.
Pourtant et dans une tentative américaine de dissuader Netanyahou,  le président américain Barak Obama a offert à ce dernier via son émissaire américain au Proche Orient Gorges Mitchell en visite dans la région, des garanties et des offres très généreuses. Vainement. Netanyahou les a refusées arguant qu’il contredit les principes de son gouvernement.
Elles comporteraient entre autre, selon le journal israélien Maariv, et en échange d’un moratoire du gel des colonisations pour une durée de 60 jours seulement, un engagement américain de fournir à Israël des équipements militaires perfectionnés, avant la signature d’un accord avec les Palestiniens.

Le deuxième engagement américain séduisant consiste à entraver toute tentative arabe de soulever la question de la création d’un état palestinien au sein du Conseil de sécurité, tandis que le troisième est d’empêcher les Palestiniens de soulever la question des colonisations en dehors des négociations directes, et seulement dans le cadre du règlement final. La lettre comprend également des garanties américaines sécuritaires à long terme,  dont la nature n’a pas été révélée par le journal israélien.

Ce dernier évoque également comme contre partie pour les Palestiniens, afin de les dissuader de ne pas se retirer des négociations un seul engagement américain : une reconnaissance publique des frontières palestiniennes de 1967, assortie d’un échange des territoires, comme cadre des négociations sur le règlement final.

Pour sa part, le journal égyptien s’attend à ce qu’Abbas expose la teneur de ses discussions avec les Américains et les Européens, ainsi que l’idée des négociations secrètes aux dirigeants saoudiens, égyptiens et jordaniens.
Ces derniers craignenet  que celles-ci ne servent que les intérêts israéliens .

el manar

Discours de Sayed Nasrallah



« Les négociations sont mort-nées et n’ont aucune valeur »

03/09/2010

Le Secrétaire general du Hezbollah Sayed Hassan Nasrallah a tenu un discours ce vendredi via un grand écran devant des milliers de partisans dans la banlieue Sud de Beyrouth à l’occasion de la Journée mondiale d’Al Qods. Pendant une heure, Sayed Nasrallah a commenté l’annonce du lancement des négociations dites de paix entre Israéliens et Palestiniens à Washington, expliqué brièvement les raisons du retrait américain partiel de l’Irak, s’est félicité de l’échec du projet américain dans la région, et mis en garde les parties libanaises qui cherchent de toutes leurs forces à semer la division confessionnelle parmi les Libanais. Voici le texte du discours de Sayed Nasrallah :

« Nous commémorons en ce dernier vendredi du mois béni du Ramadan, et en ce meilleur jour du meilleur mois de l‘année, avec toutes ses valeurs religieuses, la journée  mondiale d’Al Qods, une journée proclamée par l’Ayatollah l’imam Khomeiny.

L’importance de cette journée grandit d’un an à autre, au milieu de l’accentuation des dangers qui menacent Al Qods, du conflit israélo-palestinien et de la lutte contre le projet sioniste dans la région. En vérité, nous avons peur pour cette cause, vu les multiples complots externes, le désespoir et la faiblesse qui frappent la nation. Nous avons peur que cette cause soit oubliée avec le temps, parce que d’habitude le temps laisse tout oublier.  Mais il n’est pas permis pour la nation arabe et islamique d’oublier Al Qods, parce qu’elle fait partie de notre religion, de notre passé, de notre présent et de notre avenir. Il faut que la cause d’Al Qods soit présente et évoqué à chaque occasion.

En cette journée, nous réitérons notre attachement à nos constantes, en cette journée, nous confirmons devant le monde entier notre attachement à nos droits. Nous disons à ce monde : les souffrances et les maux ne changeront rien de nos constantes. La Palestine, de la mer au fleuve appartient au peuple palestinien et aux Arabes. Personne n’a le droit de renoncer à un pouce de sa terre, ni à une goutte de son eau, ni même à une lettre du mot Palestine. La journée d’al Qods est le jour de la vérité et le reste n’est que mensonges.

Al Qods ne peut en aucun cas être la capitale éternelle d’un Etat appelé Israël. Un simple quartier ou une petite rue d’Al Qods ne pourront l’être, Al Qods est la capitale de la terre et du ciel. Cet Etat d’Israël ne peut jamais acquérir de légitimité, c’est un Etat bâti sur les crimes et la discrimination.

Par ailleurs, la journée d’Al Qods est une occasion mondiale pour mettre la lumière sur les dangers auxquels font face la mosquée d’Al Aqsa, la ville sainte d’Al Qods, et les villes musulmanes et chrétienne à al fois. Cette région souffre de la judaïsation, des expulsions, des confiscations des terres, des tueries, et les négociations futiles ne sauront en aucun cas résoudre ces problèmes compliqués.
Regardons ce qui se passe dans les territoires de 1948 à cause du projet américano-sioniste, et ce qui se passe dans la bande de Gaza à cause du siège imposé à la population.
(A suivre)

http://www.almanar.com.lb/NewsSite/NewsDetails.aspx?id=152823&language=fr

Les négociations vouées à l’échec, selon Marwan Barghouti : La cause palestinienne dans la galère


par M. Saâdoune

Les négociations «directes» entre Palestiniens et Israéliens reprennent aujourd’hui à Washington. Le pessimisme est de mise. Mahmoud Abbas, chef contesté et affaibli, fait plaisir à Barack Obama et aggrave les déchirures inter-palestiniennes.

De sa prison, Marwan Barghouti met en garde : la réconciliation, l’unité et la résistance populaire sont les préalables de toute négociation. Barack Obama qui n’a essuyé que des échecs dans le dossier du Proche-Orient en raison du poids démesuré du lobby israélien à Washington avait pesé sur le plus faible, Mahmoud Abbas, pour le contraindre à reprendre les « négociations directes » a ainsi son «succès». Le président d’une Autorité palestinienne à la légitimité fortement contestée rencontre, aujourd’hui, à Washington, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu qui non seulement ne gèle pas la colonisation mais fixe ses conditions aux Palestiniens, dont la reconnaissance du caractère « juif » d’Israël.

Que peuvent attendre les Palestiniens d’un « événement festif », selon le propos d’Avigdor Lieberman, ministre des Affaires étrangères israélien qui n’a pas été convié par son Premier ministre à la négociation ? Un an pour parvenir à un accord, selon le calendrier d’Hillary Clinton, la chef de la diplomatie américaine ? La percée est d’autant plus problématique que Mahmoud Abbas est politiquement faible alors que Benyamin Netanyahu, qui n’a déjà rien d’un modéré, est lié par ses alliances avec les courants religieux.

Hormis le souci, formel, de ne pas prêter le flanc à l’accusation d’avoir refusé la négociation, la distance est grande entre les aspirations des Palestiniens et ce que les Israéliens sont disposés à accepter. Nul, à moins de concessions existentielles de la part de M. Abbas, ne peut s’attendre à une quelconque percée.

Fausse « concession » sur Jérusalem

Pas même la déclaration de Ehud Barak – qui n’est pas le Premier ministre – sur la disponibilité d’Israël à céder une partie de Jérusalem dans le cadre d’un accord global. Il se réserve bien entendu « 12 quartiers juifs » de Jérusalem-Est … Mais même cette « offre » a été rejetée par un responsable de la délégation de Netanyahu qui a déclaré que Jérusalem restera la « capitale indivisible d’Israël ».

Un partage des rôles typique qui permet aux médias de gloser beaucoup sur la « concession » faite par Ehud Barak sans s’étendre sur le rejet de Netanyahu. Le président de l’Autorité palestinienne n’attendra pas très longtemps pour être mis à l’épreuve. Le 26 septembre prochain le « moratoire » israélien sur l’extension des colonies prendra fin et le Premier ministre israélien a fait savoir qu’il ne sera pas reconduit.

Le chef de l’Autorité palestinienne qui a menacé de quitter la table des négociations si la colonisation reprenait devra choisir, encore une fois, entre accepter une détérioration accrue de son image auprès des Palestiniens pour ne pas déplaire à Barack Obama ou l’inverse. S’il continue de « négocier » alors que la colonisation reprend, il risque fort d’être définitivement taxé de liquidateur de la cause…

A la veille de la reprise des négociations, les policiers palestiniens ont brutalement dispersé une réunion de mouvements – certains alliés au Fatah – qui étaient réservés à l’égard de la reprise des négociations directes. Cette brutalité – Mahmoud Abbas a diligenté une commission d’enquête – qui confirme l’orientation autoritaire de l’autorité de Ramallah révèle également son isolement au sein d’une opinion palestinienne qui n’a aucun doute sur l’inanité de la négociation.

L’alternative Barghouti

Le Hamas, le rival du Fatah, a manifesté son opposition par une opération en Galilée menée par son bras armé, Ezzedine El Quessam, qui a fait quatre morts parmi les colons. L’opération, dénoncée par Mahmoud Abbas, avive les tensions avec Hamas dont des dizaines de membres ont été arrêtés en Cisjordanie. Le Hamas évoque et dénonce plus de 150 militants arrêtés. Mais l’hostilité à des négociations stériles n’est pas que le fait des islamistes.

De sa prison, le très populaire Marwan Barghouti a accordé un entretien par écrit à Reuters, où il estime que ces « négociations sont vouées à l’échec » comme cela fut le cas durant les deux dernières décennies.

Le problème, note Barghouti, n’est pas le principe de la négociation qu’il accepte. Mais, dit-il, sans une base populaire et une action sur le terrain, ces négociations ne mènent à rien. L’alternative, a-t-il indiqué, réside dans la « réconciliation nationale et l’unité et dans la participation plus large dans la résistance populaire à l’occupation ». Un programme aux antipodes de celui de l’Autorité palestinienne. Mahmoud Abbas qui s’engage forcé dans ces négociations peut-il compter sur Barack Obama pour faire pression sur Israël ?

La question est de pure forme. Le président américain a déjà reculé sur la question de la colonisation et s’est totalement soumis aux desiderata du lobby israélien de Washington. Sans le soutien franc des Palestiniens et sans parrain « impartial », Mahmoud Abbas s’engage sans doute dans un autre pari… qui semble perdu d’avance. Avec le risque d’accentuer gravement les divisions entre Palestiniens.

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5142429

Négociations directes : un état palestinien sans Quds, ni Aqsa, ni…, ni…


Leila Mazboudi
… et l’usurpation continue

01/09/2010

L’image de ce que devrait être le présumé état palestinien selon la vision  israélienne se dessine de plus en plus, au fils des conditions israéliennes lancées depuis l’annonce des négociations directes avec l’Autorité palestinienne.
Ce sera tout d’abord un état sans Quds comme capitale, et sans la mosquée d’AlAqsa.
Selon le ministre de la guerre israélien Ehud Barak, seules « les banlieues arabes de la ville sainte reviendraient à l’état palestinien ». Alors que la résolution de partition de la Palestine 242 accordait aux Palestiniens la totalité de l’est de la ville sainte.

Seront donc usurpés aux Palestiniens les 12 quartiers confisqués ces dernières années, et dans lesquels se sont déjà installés quelques 200.000 colons, sans compter Jérusalem de l’ouest, occupée depuis 1948.

Ni la vieille ville, ni les lieux saints, dont la mosquée d’AlAqsa, ne reviendront à l’état palestinien.
Selon Barak « un régime spécial et des mesures spéciales seront appliqués sur la vieille ville, la ville de David et le Mont des oliviers » (l’équivalent sioniste du quartier palestinien de Salwane), sans en préciser la nature. Il faut également s’attendre à leur usurpation.

Le prochain état palestinien sera sur une partie de la Cisjordanie, contrairement aux résolutions onusiennes.  « Seules les colonies sauvages et isolées seront restituées » continue Barak. Ce qui équivaut à dire que les territoires sur lesquels des colonies ont été édifiées pour quelque 400.000 colons seront également usurpés.

Et puis, s’agissant du retour des réfugiés palestiniens aux territoires de 1948, toute le monde sait d’ors et déjà que leur droit dicté pas la résolution onusienne 181 a depuis longtemps été dénigré : «  il faudrait leur trouver une solution, soit ils reviennent à l’état palestinien, soit ils sont intégrés dans d’autres sociétés, avec une aide internationale » affirme Barak. Cette vision rejoint l’insistance israélienne, dont celle du  premier ministre Benjamin Netanyahou sur la nature juive de l’entité sioniste, qui exclut en conséquence ce retour qui peut modifier la donne démographique.

Concernant toujours ce point, force est de constater que l’entité sioniste se désiste d’assumer la responsabilité de payer à ces réfugiés les indemnisations qui leur sont dues, en contrepartie de leur biens abandonnés et usurpés par les colons sionistes.
Depuis un certain temps, il est beaucoup question d’un troc entre ces droits et «  une compensation pour le biens des juifs arabes laissés dans les pays arabes, après leur fuite vers « Israël ». Sachant que la plupart de ces biens avaient été vendus avant le départ de leurs propriétaires juifs.

En plus de toutes ces usurpations, l’état palestinien sera démilitarisé, soumis à des mesures sécuritaires draconiennes, pour éviter selon Barak à «  la Cisjordanie un sort similaire à celui du Liban et de la Bande de Gaza après le retrait israélien ». Juste «  un état vivable politiquement et économiquement » signale Barak, empruntant le terme à de nombreux dirigeants occidentaux.

A noter que cette vision avait été suggérée lors des négociations de Camp David en l’an 2000, à l’ancien chef de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat. Celui-ci l’avait rejetée catégoriquement, arguant qu’elle bafoue les droits légués aux Palestiniens par les résolutions onusiennes.
Dix après, la voilà de nouveau proposée à son successeur Mahmoud Abbas qui n’a ni son intelligence, ni son obstination.

Sans jamais l’afficher ouvertement, les Israéliens ont œuvré de concert avec  certaines puissances occidentales, non sans succès, pour rendre inopérantes ces résolutions. En créant des faits accomplis sur le terrain.  Mais ils ont toujours besoin d’un renoncement officiel signé par les Palestiniens.
C’est à Abbas que cette mission serait conférée. Nombreux sont les Palestiniens qui craignent qu’il ne soit disposé à le faire…

Le Hamas, l’IRA et nous


jeudi 2 septembre 2010 – 06h:50

Ali Abunimah

GEORGE J. MITCHELL, l’envoyé des USA au Moyen-Orient, a essayé de regonfler les maigres espoirs pour la reprise des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens en rappelant son expérience de médiateur en Irlande du Nord.

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George Mitchell, aujourd’hui envoyé spécial au Moyen-Orient (AP)

À une conférence de presse tenue le 20 août avec la secrétaire d’État Hillary Rodham Clinton pour annoncer les pourparlers qui commencent cette semaine, M. Mitchell a rappelé aux journalistes que pendant les difficiles négociations en Irlande du Nord « nous avons eu environ 700 jours d’échec et un jour de réussite » – à savoir le jour, en 1998, de la signature de l’accord de Belfast instituant un partage du pouvoir entre les unionistes pro britanniques et les nationalistes irlandais.

La comparaison de M. Mitchell est au mieux erronée. Le succès des entretiens irlandais n’a pas été uniquement une question de volonté et de durée ; elle est aussi attribuable à une approche diplomatique très différente de la part des USA.

Le conflit en Irlande du Nord est resté inextricable pendant des décennies. Des unionistes, appuyés par le gouvernement britannique, considéraient tout compromis politique avec les nationalistes irlandais comme un danger, le danger d’une Irlande unifiée dans laquelle la majorité catholique dominerait la minorité unioniste protestante. Le gouvernement britannique refusait aussi de traiter avec le parti nationaliste irlandais Sinn Fein en dépit de son important mandat électoral, à cause de ses liens étroits avec l’armée républicaine irlandaise qui avait commis des actions violentes au Royaume-Uni.

On peut voir un parallèle dans le refus des USA de parler avec le parti palestinien Hamas qui a gagné des élections décisives en Cisjordanie et à Gaza en 2006. Quand on lui a demandé quel rôle aurait le Hamas dans la reprise des entretiens, M. Mitchell a répondu d’un mot : « aucun ». Pas un analyste sérieux ne croira que la paix peut être conclue entre les Palestiniens et les Israéliens sans la participation du Hamas, pas plus que ce n’aurait été le cas en Irlande du Nord sans le Sinn Fein et l’IRA.

Les USA insistent pour que le Hamas remplisse des conditions préalables strictes avant de pouvoir prendre part aux négociations : reconnaître Israël, renoncer à la violence et respecter les accords antérieurement signés entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine dont le Hamas ne fait pas partie. Ce sont là des exigences impossibles. Pourquoi le Hamas – ou n’importe quel Palestinien – devrait-il accepter les exigences politiques israéliennes comme la reconnaissance de l’État d’Israël alors que celui-ci refuse de reconnaître les demandes fondamentales des Palestiniens comme celle du droit au retour des réfugiés ?

Quant à la violence, le Hamas n’a infligé aux civils israéliens qu’une fraction des dommages infligés par Israël aux civils palestiniens. Si la violence disqualifie le Hamas , celle bien plus féroce dont a fait preuve Israël ne devrait-elle pas le disqualifier ?

Ce n’est qu’en mettant fin aux conditions unilatérales que M. Mitchell a pu apporter la paix en Irlande du Nord. En 1994 par exemple, M. Mitchell – qui était alors sénateur démocrate de l’État du Maine – a pressé le président Bill Clinton, malgré les énergiques objections britanniques, d’accorder un visa US à Gerry Adams, dirigeant du Sinn Fein. M. Mitchell a écrit par la suite qu’il estimait que grâce au visa, M. Adams « pourrait persuader l’IRA de déclarer un cessez-le-feu et le Sinn Fein pourrait commencer des négociations politiques complètes ». En tant que médiateur, M. Mitchell a insisté pour qu’un cessez-le-feu s’applique à toutes les parties de façon égale, pas uniquement à l’IRA.

Le conflit irlandais et celui du Moyen-Orient occupent une place importante dans la politique intérieure des USA, et pourtant ceux-ci les ont traités de manière très différente. Les USA ont permis au lobby irlandais – étasunien d’aider à infléchir la politique vers le côté le plus faible : le gouvernement irlandais de Dublin et le Sinn Fein ainsi que les autres partis nationalistes du nord. Parfois, les USA ont exercé de fortes pressions sur le gouvernement britannique pour aplanir le terrain afin que les négociations puissent aboutir à un accord ralliant les suffrages. Par contre, le gouvernement US a laissé le lobby israélien faire pencher la balance du soutien US en faveur de la partie la plus forte des deux : Israël.

Cette disparité n’a pas manqué d’être relevée par ceux qui ont connu de première main les pourparlers irlandais. Dans une lettre adressée en 2009 au journal The Times, plusieurs négociateurs britanniques et irlandais ( notamment John Hume, qui a partagé le prix Nobel de la paix pour l’accord de Belfast) ont critiqué les exigences unilatérales imposées uniquement au Hamas. « Faire participer le Hamas » écrivaient les négociateurs « n’équivaut pas à approuver tacitement le terrorisme ou les attaques contre les civils. En fait c’est une condition préalable à la sécurité et à la négociation d’un accord réalisable ».

Que les entretiens de paix reprennent sans qu’il y ait d’engagement de la part des Israéliens de geler la construction de colonies est une autre victoire significative pour le lobby et le gouvernement israéliens. Israël peut ainsi se faire passer pour un artisan de la paix tout en ne changeant rien à ses opérations.

Quant à M. Mitchell, depuis qu’il a été nommé envoyé au Moyen-Orient, il a eu jusqu’ici près de 600 journées d’échec. Aussi longtemps que les USA maintiennent la même approche désespérante, il peut s’attendre à beaucoup d’autres journées de ce genre.

Ali Abunimah est l’auteur de “One Country : A Bold Proposal to End the Israeli-Palestinian Impasse.”

Par Ali Abunimah :

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Ali Abunimah

- La doctrine Bush en déroute à Gaza
- Ce n’est pas juste une occupation…

29 août 2010 – New York Times – Cet article peut être consulté ici :
http://www.nytimes.com/2010/08/29/o…

Lire aussi

Pourparlers directs : qui va tirer les marrons du feu ? par Abunimah

« Farce » à Washington, ou « Faisons comme si le train avançait »


Les blogs du Diplo
Alain Gresh


Alain Gresh

Mercredi 1er septembre 2010

Qui croit encore au processus de paix ? Le journal des milieux d’affaire britanniques, le Financial Times, intitulait un éditorial du 23 août 2010 « One final act in the Middle East farce » (« Dernier acte pour la farce du Proche-Orient »). Le scepticisme est général, et on est loin des illusions qui avaient accompagné le sommet d’Annapolis, en 2007, qui prévoyait la création d’un Etat palestinien avant la fin 2008. Seuls les protagonistes du sommet qui s’ouvre le 2 septembre à Washington veulent faire semblant d’y croire et ils ont tous de bonnes raisons pour cela :

— Le roi Abdallah II de Jordanie et le président égyptien Hosni Moubarak, parce qu’ils ont besoin de faire croire à leurs opinions sceptiques que l’on avance vers la paix, au moment même où leur pratique autoritaire vise à empêcher tout débat et toute avancée de l’opposition dans les deux scrutins qui se dérouleront en Egypte et en Jordanie en novembre.

— Le président Obama, qui n’a pas tenu les promesses de son discours du Caire du 4 juin 2009 et qui, engagé dans un conflit difficile au Proche-Orient, veut rassurer ses alliés arabes sans déplaire à son allié israélien.

— L’Union européenne, trop lâche pour définir une politique innovante, qui veut simplement faire croire que les centaines de millions d’euros déversés sur l’Autorité palestinienne servent à autre chose qu’à financer l’occupation.

— Le président Mahmoud Abbas, dont la légitimité est de plus en plus contestée, y compris parmi les siens, et qui veut montrer que son choix d’une négociation peut porter ses fruits. D’autant qu’il n’a pas vraiment le choix, puisque tout l’appareil de l’Autorité palestinienne dépend de la manne internationale : des dizaines de milliers de fonctionnaires vivent grâce à cet argent. Et tant pis pour les Palestiniens qui critiquent la reprise des négociations : ils n’ont même pas le droit de s’exprimer, comme le confirme Benjamin Barthe dans le quotidien Le Monde du 27 août (« L’autorité palestinienne censure les opposants aux négociations avec Israël », article qui n’est pas en accès libre sur le site LeMonde.fr). Il n’y a pas que le Hamas pour avoir des pratiques autoritaires, mais celles de « nos » alliés ne nous gênent pas.

— Le premier ministre israélien Nétanyahou, qui a obtenu ce qu’il voulait, des négociations sans conditions préalables, c’est-à-dire avec la poursuite de la colonisation, notamment à Jérusalem-Est (et ailleurs, comme le prouvent toutes les études sur le terrain), avec la démolition des maisons palestiniennes. Ou, dit autrement, avec les mots d’Akiva Eldar dans le quotidien Haaretz du 23 août (« With a victory like this… »), ces négociations s’ouvrent avec des conditions préalables : celles dictées par Israël.

Ceux qui pensent que la paix est pour demain, qu’un Etat palestinien est en construction, devraient lire un autre article de Benjamin Barthe, « A Ramallah, l’impossible réforme de la poste », dans Le Monde daté du 1er septembre : de l’impossibilité de bâtir un Etat sous occupation. Et aussi, jeter un regard sur cette carte, conçue par Julien Bousac et publiée par Le Monde diplomatique, « L’Archipel de la Palestine orientale ». Un archipel peut-il être un territoire continu ?

Pour résumer l’esprit de la réunion de Washington, il faut rappeler une anecdote que l’on racontait en Union soviétique dans les dernières années de la période de Brejnev :

En 1918, un train dans lequel Lénine est installé est bloqué par la neige. Lénine descend du train, fait un discours sur le prolétariat et la révolution mondiale, mobilise tous les voyageurs qui dégagent la voie, et le train repart.

En 1936, un train dans lequel Staline est installé est bloqué par la neige. Staline descend du train, fait fusiller quinze personnes au hasard et tous les voyageurs terrifiés se mobilisent et dégagent la voie. Le train repart.

En 1978, un train dans lequel Brejnev est installé est bloqué par la neige. Brejnev ne bouge pas. Ses conseillers le voient assis, bougeant simplement d’avant en arrière. L’un d’entre eux ose enfin lui demander pourquoi. Et Brejnev répond : « Faisons comme si le train avançait. »

A Washington, les protagonistes feront pareil. Comme si la paix était en marche…

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