DIMANCHE 25 OCTOBRE : PAIX JUSTE AU PROCHE-ORIENT


Pour mieux comprendre la situation actuelle, la révolte justifiée des Palestiniens, la répression impitoyable de l’armée, de la police et des colons israéliens, participez à cette conférence où seront présents des membres de notre groupe juste rentrés depuis 2 jours d’une mission de solidarité en Cisjordanie.
Marco

Le film pour mieux comprendre le conflit israélo-palestinien

dimm

PAIX JUSTE AU PROCHE-ORIENT

ITTRE

Dimanche 25 octobre 2015 à 16h
à l’Étable d’hôtes, 4b rue de Tubize à Virginal-Samme
Conférence-débat
La représentation du conflit israélo-palestinien à l’écran
avec François Dubuisson
François Dubuisson est professeur de droit international à l’ULB, il a publié de nombreux articles concernant les aspects juridiques du conflit israélo-palestinien. Il est également passionné de cinéma, ce qui l’a amené récemment, dans le cadre d’un colloque « Droit international & cinéma », à étudier la manière dont le conflit israélo-palestinien est représenté à l’écran.

Même Gandhi pourrait comprendre la violence des Palestiniens  


Gideon Levy • Haaretz • 8 octobre 2015 •

 levy_gideon-2

Camouflés derrière une brume de l’argumentaire de l’auto-défense, de la propagande médiatique, de l’incitation, du lavage de cerveau et de l’a victimisation de ces derniers jours, la seule question qui s’impose est celle -ci : Qui a raison?

Il ne reste plus aucun argument justifiable dans l’arsenal d’Israël, recevable par une personne normale. Même Mahatma Gandhi aurait compris les raisons de cette explosion de violence palestinienne. Même ceux qui redoutent la violence, qui la considèrent comme immorale et inutile, ne n’y peuvent rien : ils comprennent très bien pourquoi ça explose périodiquement. La question serait même : pourquoi ça n’arrive pas plus souvent.

De la question :  » qui a commencé » à la question « qui est à blâmer », la réponse est évidente : Israël, et seulement Israël. Ça ne veut pas dire que les Palestiniens sont irréprochables, mais il faut blâmer avant tout Israël. Tant qu’Israël ne prend pas conscience de cette responsabilité qui est la sienne, le pays n’a aucun fondement pour exiger la moindre chose des Palestiniens. Tout le reste est propagande de bas étage.

Hanan Ashrawi, ancienne militante et représentante du peuple palestinien a écrit récemment : les Palestiniens sont le seul peuple sur terre à qui on demande de garantir la sécurité de l’occupant, alors que l’état d’Israël est le seul pays à exiger d’être protégé des victimes qu’il cause . Alors, que répondre ?

Ainsi que le président palestinien Mahmoud Abbas l’a demandé dans une interview à Haaretz, « Comment voulez-vous que la rue palestinienne réagisse après la mort de l’adolescent Mohammed Abu Khdeir brûlé vif, après l’incendie provoqué  par les colons de la maison de Dawabsheh  sous les yeux des soldats israéliens qui n’ont pas bougé ?  » Et comment répondre ?

Aux 100 ans de la dépossession de l’état de la Palestine, ainsi qu’aux 50 ans d’oppression, il faut ajouter les années les plus récentes, si imprégnées de l’arrogance israélienne que ça nous explose une fois de plus à la figure.

Ce sont les années pendant lesquelles Israël pensait qu’il pouvait faire n’importe quoi et n’en payer aucun prix. On pensait que le ministre de la défense pouvait se vanter de connaître l’identité des meurtriers de Dawabsheh et ne pas les arrêter, et que les Palestiniens se retiendraient. On pensait aussi qu’il pouvait y avoir, presque chaque semaine un garçon ou un adolescent  tués par des soldats, et que les Palestiniens resteraient calmes.

On pensait que dirigeants militaires et politiques pouvaient soutenir les crimes sans que personne ne soit poursuivi. On pensait que les maisons pourraient être détruites, les bergers expulsés, que les Palestiniens accepteraient tout humblement. On pensait que ces colons-voyous pourraient endommager, brûler et agir comme si les biens palestiniens étaient les leurs et que les Palestiniens s’inclineraient.

On pensait que les soldats israéliens pouvaient débouler dans les foyers palestiniens toutes les nuits et semer la terreur, humilier et arrêter des gens. Que l’on pouvait arrêter des centaines de Palestiniens sans procès. Que le service de sécurité du Shin Bet pourrait reprendre la torture de « suspects » avec des méthodes quasi sataniques.

On pensait que les grévistes de la faim et les prisonniers libérés pourraient être de nouveau arrêtés, souvent sans aucune raison. Qu’Israël pourrait détruire Gaza une fois tous les deux à trois ans et que Gaza abandonnerait et que la Cisjordanie resterait calme. Que l’opinion publique israélienne acclamerait tout cela et demander toujours plus de sang palestinien, avec une soif difficile à comprendre. Et que les Palestiniens pardonneraient.

Cela pourrait durer encore pendant de nombreuses années. Pourquoi? Parce qu’Israël est plus forte que jamais et l’Occident indifférent à cette sauvagerie. Les Palestiniens, de leur côté, sont fragilisés divisés, isolés et souffrent comme ils n’ont pas souffert depuis la Nakba.
Donc, ça pourrait durer longtemps tant qu’Israël le pourra et le voudra. Personne ne va essayer de l’arrêter sauf l’opinion publique internationale, qu’Israël rejette en l’accusant d’antisémitisme ou de haine du Juif.

Et en plus, rien n’a été dit sur l’occupation elle-même et l’incapacité à y mettre fin. Nous sommes fatigués. Rien n’a été dit au sujet de l’injustice de 1948, qui aurait dû s’arrêter là mais qui a repris avec encore plus de vigueur en 1967 et continue sans aucune issue en vue. Nous n’avons pas parlé du droit international, de la justice et de la morale humaine, qui ne peut accepter cela en aucune façon.

Que des jeunes gens tuent les colons, jettent des cocktails Molotov sur des soldats ou lancent des pierres sur les Israéliens, cela n’est que l’arrière-plan. Il faut énormément de stupidité, d’ignorance, de nationalisme et d’arrogance – en plus de tout ce qui précède – pour ignorer la situation telle qu’elle se pose.

 

http://stopwar.org.uk/index.php/news/even-gandhi-would-understand-the-reasons-for-this-outburst-of-palestinian-violence

http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.679268 traduction CL  pour le CSPRN
(comité Solidarité Palestine Région Nazairienne)

Chaîne humaine de solidarité avec la Palestine ce dimanche


A L’APPEL DE L’ASSOCIATION BELGO-PALESTINIENNE ET DE NOMBREUSES ASSOCIATIONS DONT L’UPJB

CE dimanche, réunissons-nous dans le centre ville de Bruxelles pour manifester notre opposition à la répression israélienne.

Depuis la fin du mois de septembre, l’armée d’occupation israélienne a lancé une vague de répression sans précédent contre les Palestiniens de Gaza et Cisjordanie. On déplore plusieurs morts et des dizaines de blessés.
Nous invitons tous les citoyens à se réunir en face de la Bourse de Bruxelles pour former une chaîne humaine symbolisant la chaîne de solidarité permanente et incassable que nos voulons maintenir !
Les autorités belges doivent sans plus attendre couper toute collaboration avec l’Etat israélien dirigé par un gouvernement d’extrême droite, un gouvernement qui accélère la colonisation de la Palestine et réprime sa population.
Rendez-vous ce dimanche 18 octobre a 15h00 face a la Bourse de Bruxelles

dim

PALESTINE – Nos vacances à Gaza


Tandis que la colonisation juive progresse en Cisjordanie et que les colons y assassinent des enfants dans les villages arabes, la vie quotidienne sous blocus et la menace israélienne permanente pèsent sur plus de 1,8 million de Palestiniens coincés dans la bande de Gaza. Au début de chaque été, les Gazaouis s’interrogent cependant, un peu ironiquement ; ils se posent toujours la même question : « Où va-t-on passer les vacances, cette année ? » Des « vacances » 2015 assombries par l’attentat qui a coûté la vie au petit Ali…

Cette question est posée depuis l’an 2000, depuis la fermeture des frontières ; et notamment en 2006, lorsque le blocus total a commencé, imposé par les forces d’occupation israéliennes. Depuis lors, en effet, le déplacement des Gazaouis vers la Cisjordanie ou les voyages pour quelque destination à l’étranger que ce soit sont pour ainsi dire complètement impossibles pour la plupart des résidants de la bande de Gaza.

Bien sûr, les habitants de Gaza ont d’autres préoccupations… Le sujet semble incongru. Mais les habitants de Gaza essaient de donner une vie « normale » (que peut être une vie « normale » à Gaza ?) à leurs enfants ; ils voudraient qu’ils puissent avoir aussi le droit de passer quelques moments de détente, pendant les mois de vacances scolaires.

Pour la majorité d’entre eux, la plage de Gaza est le seul endroit où passer quelques heures par jour, pour d’oublier un peu les difficultés quotidiennes et le souvenir qui plane sur la ville des deux mille personnes tuées, l’été dernier, par les bombardements israéliens.

La plage attire les familles et les jeunes de toute la bande de Gaza ; ils y fuient la chaleur et les coupures d’électricité. Il y a bien quelques coins de campagne, dans les villages situés dans le sud ou tout au nord de la bande de Gaza ; mais ils sont limitrophes des zones tampon imposées par Israël, et ils sont souvent pris pour cible par les tirs de l’armée.
La plage est donc bien le seul lieu où trouver un peu d’espace ; d’autant qu’il n’existe pour les enfants de Gaza aucune association de loisir, ni aucune structure éducative d’été. Seules quelques associations essaient d’en prendre en charge un maximum ; et quelques bibliothèques publiques également, celles qui n’ont pas été détruites par les bombardements, comme l’ont été la plupart des terrains de sport… Les petits passent le temps devant la maison ; dans des quartiers souvent surpeuplés.

Quant aux plus grands, qui souffrent du chômage et de l’absence de perspectives, ils traînent dans les cafés ou dans les rues, à échanger sur un avenir sombre ; ou bien ils se retrouvent eux aussi sur la plage.

Mais l’accès à ce seul endroit de loisir  est quelquefois rendu difficile, par la présence de la marine israélienne ; par ailleurs, aucune infrastructure d’accueil n’existe et les problèmes sanitaires se multiplient sur la plage…

Heureusement, toutefois, que la mer borde la bande de Gaza, sans quoi  les habitants étoufferaient.

Mais ces « vacances » 2015 ont été brusquement assombries, par des colons israéliens, qui ont tué, le vendredi 31 juillet, un bébé palestinien de 18 mois, lors d’une attaque  préméditée, une attaque qui a volontairement provoqué l’incendie de deux maisons, à coups de cocktails Molotov, dans la bourgade de Doma, près de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie.

Il s’appelait Ali Dwabcha, brulé vif, tandis que ses parents ont été sévèrement blessés et que sont frère, Ahmad, âgé de 4 ans, souffre de graves brûlures.

Ce n’est pas la première fois que ce petit village est attaqué par des colons sionistes extrémistes, par les habitants des colonies de peuplement illégales qui l’entourent –les observateurs des Nations unies ont répertorié 120 attaques, depuis janvier 2015, menées contre des agglomérations palestiniennes de Cisjordanie par des colons israéliens-, des attaques terroristes, souvent appuyées et couvertes par l’armée israélienne, et qui demeurent impunies –le plus souvent, aucune enquête n’est même diligentée, et les plaintes sont classées sans suite ; cette fois-ci, cependant, le symbole est trop puissant : la mort de ce bébé a fait vibrer la presse internationale, et le gouvernement israélien, peut-être, sera obligé de poursuivre jusqu’au bout les coupables.

Ali a été pris au piège dans la maison en flammes, dont il ne reste aujourd’hui que les murs, couverts de graffitis racistes et haineux, écrits en hébreu.

Les deux habitations se trouvaient à l’entrée du village : les colons se sont rapidement enfuis, en direction de la colonie de Maale Efrayim (plus de 500 000 colons juifs peuplent les colonies de Jérusalem-est et de Cisjordanie occupée –rappelons-le : en violation du droit international et de la résolution 242 des Nations unies en particulier- ; et le gouvernement israélien autorise chaque année leur expansion).

Des vacances atroces, dont Riham, la mère du petit Ali et de son frère Ahmad, se souviendra toute sa vie durant.

Saad, leur père, lui, a succombé à ses blessures quelques jours après l’attentat…

source

Complotisme et antisémitisme : Avec qui manifester notre solidarité envers le peuple palestinien ?


Avec Abouna Paolo

Avec Abouna Paolo

Rédigé le 19 mai 2015 par: Marie Peltier

La question de l’importation du conflit israélo-palestinien est régulièrement évoquée dans le débat public depuis plusieurs années. Derrière cette appellation souvent floue, se cachent des enjeux complexes et multiples, souvent instrumentalisés ou « brouillés » par certains partisans de l’un et l’autre « camp ». Parmi ces enjeux, la question de l’antisémitisme ne peut être contournée

Le lien entre la recrudescence de l’antisémitisme et l’enlisement du conflit politique en Israël/Palestine semble de plus en plus prégnant. Pour approcher cette question délicate, nous nous attacherons ici à un des nombreux aspects de cette problématique, non pas dans une optique exhaustive, mais bien pour ouvrir un questionnement : « Comment le complotisme instrumentalise-t-il la cause palestinienne dans une perspective antisémite? » ou, pour le dire en d’autres termes, « Comment le complotisme et l’antisémitisme ont-ils « contaminé » certains acteurs de la défense de la cause palestinienne? ».

Antisémitisme et complotisme

Pour tenter d’apporter des éléments de réponse, il convient d’abord de souligner la dynamique du complotisme[1], qui se construit en 2 temps :

· Il s’agit d’abord de dire à l’individu qu’il ne peut plus croire personne car « tout le monde lui ment ». Les idéologues du « complot » instillent ainsi un doute fondateur sur toutes les réalités qui entourent le sujet. En essentialisant le réel, désigné comme un « système » organisé et intrinsèquement mensonger, l’opprobre est ainsi jetée sur toute parole autre que la leur.

· Vient ensuite la phase de sectarisation et de dogmatisation : « On vous apporte la seule vérité ». L’individu, qui a été mis en position de grand inconfort voire d’anxiété vis-à-vis des réalités politiques et médiatiques qui l’entourent, en vient donc à « boire » ce discours comme une réponse à ce malaise.

Les antisémites s’appuient généralement sur cette logique complotiste. Pour eux, les seules « réponses » mises en avant consistent en réalité à désigner des « coupables universels » : « Les responsables de tous vos/nos malheurs sont le lobby juif et/ou le lobby sioniste et/ou le lobby judeo-maçonnique »,  comprenez ici « les juifs ».

Certains acteurs de la défense de la cause palestinienne peuvent en venir à entretenir ou nourrir cette dynamique, parce qu’ils ne prennent pas garde au registre sémantique et rhétorique de leur positionnement. En effet, si certains, minoritaires, entretiennent cette rhétorique dans une perspective clairement antisémite,  d’autres, plus nombreux, peuvent glisser vers ce registre simpliste et aux implications potentiellement haineuses par manque de vigilance quant à la terminologie et à la matrice de leur discours. Dès lors, comment y voir clair ?

Posture « anti-système » et instrumentalisation de la cause palestinienne

La nébuleuse complotiste, et plus particulièrement dans le monde francophone celle qui est alimentée par Thierry Meyssan, Dieudonné, Alain Soral et leurs « proches », a fomenté une posture présentée comme « anti-système ». Cette posture consiste en fait à rejeter en bloc tout discours militant, politique et médiatique autre que le leur, en fustigeant un « système » qui serait aux seules mains d’une élite mondialisée qu’il faudrait non pas combattre (car rien n’est proposé concrètement en termes d’actions) mais « dénoncer » en boucle.

Cette posture « anti-système » peut dans les faits se confondre avec le discours de certains militants véritables de la cause palestinienne qui s’enferment dans un anti-impérialisme (qui devient primaire et borgne), dans la mesure où ces derniers rendent le conflit israélo-palestinien paradigmatique, comme s’il suffisait à lui seul comme grille de lecture pour toute situation d’injustice au Proche-Orient, dans le monde, et pour la vie en société ici.

Il y a en effet une tendance assez prégnante dans certains mouvements de gauche et d’extrême-gauche à évacuer la complexité des logiques d’oppression, en se focalisant uniquement sur l’impérialisme américain, dont l’occupation par Israël des territoires palestiniens serait l’incarnation « suprême ». Dans cette logique binaire et souvent obsessionnelle, le glissement sémantique peut se faire rapidement. Car en « hyperbolant » une situation de réelle injustice, on prend le risque non seulement de la décrédibiliser, mais également de s’aveugler sur d’autres réalités et d’autres situations d’injustice tout aussi avérées[2]. Cette dynamique peut conduire certains à s’associer – consciemment ou inconsciemment – à des acteurs ou à des discours hostiles à la vision émancipatrice et progressiste qu’ils prétendent défendre.

Quelques balises pour y voir clair

Pour éviter de nourrir ces ambiguïtés et de glisser vers des compromissions inacceptables dans le combat démocratique et antiraciste, il y a, comme dans toute lutte, une importance capitale à préserver des lignes rouges clairement définies.

A cette fin, il n’est pas inutile de rappeler quelques basiles qui peuvent guider et clarifier le positionnement des acteurs engagés dans la défense de la cause palestinienne, afin d’apporter des éléments de réponse à cette question : « à quoi faut-il veiller pour un engagement militant cohérent et conséquent ? »

1) Il s’agit d’accorder une attention particulière aux sources bibliographiques et numériques utilisées pour notre combat. Au-delà du fait qu’ils diffusent beaucoup de fakes et de propos délirants, les sites antisémites et complotistes sont devenus « champions » dans la reprise d’articles « sérieux » et « intéressants » – qu’ils copient-collent sur leur site pour gagner de la crédibilité et pour élargir leurs réseaux. Il importe donc de ne pas céder à cette technique de manipulation « classique » des mouvements d’extrême-droite : on ne reprend pas un article même pertinent sur un site qui est par ailleurs antisémite et/ou négationniste et/ou soutenant explicitement d’autres situations d’injustice par ailleurs (par exemple certains régimes dictatoriaux au Proche Orient ou ailleurs dans le monde). Tout simplement parce que ces sites sont incompatibles et même hostiles au combat démocratique et pour la justice que nous menons.

2) Dans le même esprit, et de manière transversale, la justesse de l’imagerie mobilisée pour notre engagement militant est essentielle. En ce qui concerne la défense de la cause palestinienne, il s’agit de veiller aux représentations et à la symbolique utilisées, de manière à éviter tout registre « ethnique », tout cliché raciste et/ou historiquement chargé (les juifs banquiers, les juifs qui tirent les ficelles, les images et symboles évoquant le génocide juif et le nazisme, etc). Le registre symbolique choisi est en effet révélateur de la matrice de notre discours et de notre engagement : en venant « polluer » un combat avec des références lourdes de sens d’un point de vue mémoriel et sémantique, on prend le risque de détourner une action politique vers un discours de haine et de stigmatisation.

3) Parallèlement, l’attention aux mots, au vocabulaire utilisé est fondamentale. L’enjeu, encore une fois, est de veiller à n’entretenir ni l’ « hyperbolation », ni l’essentialisation, ni l’instrumentalisation mémorielle, et de bannir toute référence antisémite. Plus encore, il convient de redonner sens aux mots, en ne jetant pas en pâture une terminologie non-clarifiée auprès des personnes qui l’utilisent. A cette fin, l’exigence en termes de connaissance des enjeux est fondamentale : revenir sur l’histoire du conflit, sur la définition du sionisme, sur les différents acteurs en présence, sur une meilleure connaissance des sociétés civiles palestinienne et israélienne (etc.) permet de ramener les choses au « réel » et non à la « projection ». A cet égard, l’importance de la formation et de l’apport d’une information de qualité dans les écoles, auprès des acteurs sociaux, des militants, des politiques (etc.) est essentielle.

En filigrane de ces différents points d’attention, il y a une exigence : celle d’accorder une importance capitale – et conséquente – au choix des acteurs avec qui l’on s’associe. En quelques mots simples, on pourrait dire ceci : ce n’est pas parce qu’un acteur dit défendre la cause palestinienne que l’on doit considérer d’emblée qu’il est un allié. Et plus encore : l’intégrité du combat démocratique et antiraciste doit primer sur des alliances de circonstances qui portent préjudice à la cause et la décrédibilisent dans ses fondements.

Les perspectives à retrouver

Cet ajustage terminologique et sémantique est d’une nature bien plus fondamentale qu’un simple « toilettage » : il s’agit en réalité de  se recentrer sur la lutte active, politique et militante que le complotisme, chantre de la passivité, évacue. Plutôt que de désigner des « coupables » en boucle, l’enjeu est de proposer des pistes concrètes d’action,  de réflexion, dans une dynamique proactive, constructive et non-victimaire.

D’autre part, il est bien ici question de réinscrire notre engagement dans une visée universaliste de la lutte antiraciste et du combat pour la justice, tenant compte de la complexité des acteurs et des enjeux ainsi que de la diversité des situations d’injustice.

Car c’est bien en unifiant les luttes, et non en les divisant et en les opposant artificiellement, qu’elles peuvent gagner en crédibilité, en cohérence et en intégrité. Et qu’elles peuvent donc se rendre, in fine, plus audibles et efficaces.


[1] Sur cette question voir : Marie Peltier, « Complosphère et Dissidence, le triomphe de la posture », Pax Christi Wallonie-Bruxelles, Février 2015 –http://paxchristiwb.be/publications/analyses/complosphere-et-dissidence-le-triomphe-de-la-posture,0000554.html

[2] L’immobilisme de ces mêmes mouvements face au conflit syrien en a été un exemple révélateur.

Soutenir Mazen


mazen-2

Mazen a 24 ans. Il a grandi dans un camp de réfugiés près de Bethléem. Après son bac, il a entamé une formation de cuisinier et a travaillé dans un grand restaurant de Bethléem. Un parcours presque banal, en Cisjordanie occupée. Jusqu’au jour où son patron n’a pu le ramener chez lui après le boulot, comme il le faisait d’habitude. Mazen est donc rentré à pied avec un copain, par les petites rues de Bethléem. Il était aux environs de 3-4h du matin.

Tout le monde en Palestine sait ce qui se passe la nuit tombée. Tout le monde connaît quelqu’un qui s’est fait arrêter, a été blessé, voire tué, au saut du lit. Peu d’hommes, d’ailleurs, dorment la nuit. Et, s’ils s’endorment malgré tout avant que le jour ne se lève, c’est tout habillés, au cas où…

Cette nuit-là, Mazen et son copain sont tombés sur une première scène d’arrestation, puis sur une deuxième, une troisième : des soldats armés, hurlant et bousculant des hommes, des femmes, des enfants pris au saut du lit, en pleurs ou muets de stupeur. Arrêtés sur dénonciation – les dénonciateurs ayant eux-mêmes été battus jusqu’à ce qu’ils donnent des noms… Le lendemain, Mazen et son ami décident de rentrer à pied aussi, pour voir. Et ils ont vu. Les mêmes scènes d’humiliation et de brutalité, répétées à divers endroits de la ville..

La première fois que nous avons rencontré Mazen1, il nous avait dit, avec une douceur infinie : « I hate my life… » Une vie sans espoir que les choses s’améliorent un jour pour les Palestiniens enfermés derrière le Mur. Il a essayé, pourtant, de vivre, malgré le sentiment d’impuissance qui l’étouffait : études, boulot, une jeune fille qui lui plaisait bien…

Mais, une nuit de 2012, Mazen se fait arrêter à son tour.

En 2014, Mazen fait partie des prisonniers en grève de la faim pour dénoncer les conditions de détention : faim, froid, tortures de toutes sortes, physiques et psychologiques. La Croix Rouge le tire de là. Il pèse 40 kilos, retrouve sa famille au bout d’un an et demi de prison. Commence alors pour lui et les siens un harcèlement continu : des soldats débarquent chez eux à toute heure du jour et de la nuit et démolissent tout, systématiquement. Mazen est régulièrement convoqué pour des interrogatoire pendant lesquels on lui montre que tous ses faits et gestes sont désormais surveillés2.

Ses parents l’envoient alors chez une tante en Jordanie. Visa de tourisme valable trois mois. Puis, il reçoit l’invitation d’un ami en Allemagne : mi-décembre 2014, l’espace Schengen s’ouvre pour lui pour 30 jours. C’est à cette occasion que nous le rencontrons à nouveau. Il sait qu’il est grillé : s’il rentre en Palestine, il se fera arrêter à la frontière. Il nous dit : « Tout plutôt que revivre l’enfer de la prison ». Il repart en Jordanie : visa de tourisme jusqu’au 2 avril. Ensuite, quoi ?… Ses parents le poussent à trouver un projet qui le tienne loin du danger pendant quelques temps.

Nous allons voir une avocate qui nous parle d’un visa étudiant3. L’idée germe alors de pouvoir offrir à Mazen cette porte de sortie… Là, Mazen attend… De voir si, en nous mettant à plusieurs, nous arriverions à organiser ce séjour d’étude. Il n’ose pas trop y croire. Mais, avoir un visa d’étudiant semble être sa seule planche de salut actuellement. 4


L’idée serait que Mazen fasse une première année de français à l’EPFC, avant de suivre une formation en cuisine (en continuation de sa formation en Palestine) au Ceria idéalement pendant 3 ans.
Comment soutenir Mazen concrètement ?

Un petit noyau de départ a pris contact avec l’EPFC, où les inscription se font à partir du 23 avril 2015. Une fois l’inscription faite et envoyée à Mazen, il pourra faire les démarches nécessaires auprès de l’ambassade de Belgique à Amman afin d’obtenir un visa d’étudiant. Pour l’obtenir, Mazen doit pouvoir donner un plan d’étude, le nom de personnes qui se portent garantes pour lui, et la preuve qu’il a un compte approvisionné régulièrement (il faut un minimum de 614 euros/mois).

Le problème du logement est réglé : Mazen logera chez des amis à Bruxelles.

Le problème des garants est en passe d’être réglé.

Reste à trouver une jolie brochettes de généreux donateurs, petits et grands, prêts à verser chaque mois une partie des 614 euros mensuels, et ce sur deux ans, peut-être trois (EPFC + Ceria). Le numéro de compte sera communiqué dès qu’il sera ouvert.

Si la contribution mensuelle ne vous convient pas, une autre façon de participer serait d’organiser des « coups » ponctuels (soirées plats palestiniens, concerts…) avec vos amis et connaissance afin de récolter quelques fonds de soutien.

Reste à trouver aussi quelqu’un(e) qui se sentirait l’âme d’un coordinateur/référent et pourrait aider Mazen dans ses démarches administratives et autres, tout en gérant les petits ruisseaux vers le compte.

Où que vos disponibilités ou envies soient, chaque geste fera la différence et, au nom de Mazen, nous vous en remercions déjà chaleureusement.

N’hésitez pas à vous signaler à l’adresse suivante : ac.cornet@hotmail.com

Une date de réunion de toutes les forces vives vous sera communiquée bientôt.

1 Lors d’un voyage avec un groupe d’élèves en 2009. Mazen avait 19 ans et participait au projet du centre culturel Al-Rowwad du camp de Aida. http://www.taayoush.be/spip.php?article39,

2 Au point qu’ il demande à son père et à son frère aîné : « Vous travaillez pour eux ou quoi ? »

3 Il ne veut pas demander l’asile. Il veut pouvoir rentrer chez lui si ses parents venaient à mourir.

4 Mazen n’est évidemment pas un cas unique. Il y a aujourd’hui plus de 5000 prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes, dont de nombreux enfants. Le fait est que nous avons connaissons Mazen personnellement…