Gilad Shalit, les prisonniers palestiniens et le « sang sur les mains »


mardi 18 octobre 2011, par Alain Gresh
Blog du Monde diplomtique

On ne peut que se féliciter, sur le plan humain, de la libération de l’« otage » Gilad Shalit, rendu à sa famille et à ses proches après cinq ans de captivité. On peut toutefois s’étonner de la place accordée à cet événement par nombre de médias, avec des envoyés spéciaux dans son village natal, attendant son retour, interrogeant les habitants, partageant l’émotion générale.

Si la joie des Palestiniens est également montrée – et c’est une bonne chose –, on partage en revanche rarement celle d’une famille précise, celle d’une femme retrouvant son mari (certains prisonniers croupissaient dans les geôles israéliennes depuis plus de trente ans – j’ai bien dit trente ans –, un tiers ont été arrêtés avant les accords d’Oslo de 1993), d’un fils retrouvant son père dont il ne se remémore même pas le visage.

L’une des remarques qui reviennent sans cesse dans les médias est que ces gens que l’on libère ont « du sang sur les mains ». Il est étonnant de voir ainsi repris l’un des thèmes de la propagande israélienne, qui parle, elle, de « sang juif sur les mains ».

Oui, nombre de prisonniers ont participé à des actions contre des militaires et même des civils israéliens. C’était aussi le cas des combattants du Front de libération nationale (FLN) algérien et du Congrès national africain (ANC) sud-africain : tous deux ont menés des actions armées, tous deux ont commis des actes « terroristes » (attaques contre des cafés, des civils, etc.). Nelson Mandela, présenté aujourd’hui comme une sorte d’icône du pacifisme, était considéré comme un terroriste par les Etats-Unis et le Royaume-Uni ; Amnesty International avait refusé de l’adopter comme « prisonnier de conscience » parce qu’il prônait la violence.

La question essentielle qui ne sera pas posée : est-ce que l’attaque contre Gaza de décembre 2008, durant laquelle des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis, ne signifie pas que l’armée israélienne a « du sang sur les mains » ? Sans parler de l’invasion du Liban de 1982, qui a fait des milliers de victimes civiles, ou de la guerre contre ce même pays en 2006, qui a causé 1 400 morts.

L’un des arguments les plus fallacieux utilisés concernant les prisonniers palestiniens est qu’ils sont passés devant des tribunaux, qu’Israël est un pays démocratique, que sa justice est indépendante, etc. Tous ceux qui connaissent un peu le système judiciaire de ce pays savent que cela est parfaitement faux – sans même parler des prisonniers “administratifs”, que l’on maintient en détention sans procès, mais « légalement ». Ce serait un sujet intéressant pour les médias d’enquêter là-dessus.

Pour revenir sur l’émotion qui semble saisir les médias occidentaux devant la libération de Shalit, espérons qu’ils feront preuve de la même compassion pour le Franco-Palestinien Salah Hamouri, emprisonné depuis bientôt sept ans à la suite d’un procès qui était ainsi résumé par Alain Juppé, ministre français des affaires étrangères : « Je déplore que les autorités israéliennes n’aient pas pris de décision de remise de peine, d’autant que les aveux faits à l’audience n’ont été corroborés par aucun élément de preuve. Je mesure la peine de sa famille, alors qu’il est à présent en âge de s’investir dans des études. Je comprends également que l’intéressé a fait le choix de ne pas solliciter de demande de grâce. C’est une attitude respectable. » Et que de nombreuses chaînes de télévision couvriront en direct sa libération…

http://blog.mondediplo.net/2011-10-18-Gilad-Shalit-les-prisonniers-palestiniens-et-le

Accueil triomphal aux héros libérés des geôles israéliennes (vidéo)


Après des dizaines d’années d’enfermement dans les cachots israéliens, 477 détenus palestiniens, dont 315 condamnés à perpétuité, ont été accueillis en grande pompe dans la bande de Gaza, la Cisjordanie, et les territoires occupés en 1948.La vidéo ICI

Echangés avec le soldat israélien capturé depuis 5 années, leur majorité se rendra dans la Bande de Gaza. Alors qu’une dizaine d’entre eux retourneront dans les territoires de 1948. Quarante d’entre eux seront exilés via l’Egypte, vers la Turquie(10), vers le Qatar (15) et la Syrie (15). 27 femmes figurent parmi ces détenus, alors que neuf autres restent toujours en prison.
Liesse à Gaza et en Cisjordanie

Dans une liesse populaire rarement vue, pas moins de 200 milles Gazaouis, dont le chef du gouvernement Ismail Haniyeh, ont accueilli près de 300 des détenus libérés. Ils sont arrive en fin de la matinée de ce mardi.
Il en est de même en Cisjordanie, où un convoi de plusieurs autobus transportant des Palestiniens libérés s’est dirigé vers la ville de Ramallah, où les premiers détenus élargis ont été accueillis par le président Mahmoud Abbas.

Les détenus ont salué la foule avant de descendre des bus. Ils ont embrassé les personnes venues les accueillir, reçu des jets de pétales de fleurs et une décoration aux couleurs du drapeau palestinien.

Les détenus libérés et leur famille remercient la résistance

« Je ne peux pas exprimer mes sentiments, c’est le plus beau jour de notre vie », déclare Hamdiya al-Sinwar, soeur de Yehia Sinwar, un des chefs militaires du Hamas, qui avait pris place dans un des bus.

« Merci à la résistance et au Hamas », dit-elle, « ma mère rêvait de revoir Yehia, mais hélas elle est morte il y a sept ans ».

Azmi Ferwana, père de Mohammad Ferwana, un des résistants palestiniens tombés en martyre lors de l’enlèvement du soldat israélien, est arrivé le premier au terminal.

« Je suis fier du martyre de mon fils dans l’opération et je considère tous les prisonniers libérés aujourd’hui comme mes fils », confie-t-il.

Pour Oum Ahmad al-Saïdi, dont un fils doit être libéré mardi tandis qu’un autre reste en détention, « la libération de nos fils prisonniers était un rêve lointain et inaccessible qui s’est réalisé par la main de la résistance ».

« Mon fils Awad ne figure pas dans l’accord mais je suis heureuse et confiante dans le fait qu’il reviendra un jour prochain et sortira avec tous les prisonniers », ajoute-t-elle
Interviewés dans le bus du côté égyptien par les médias égyptiens, plusieurs des détenus libérés ont « remercié le Hamas et la résistance ».

Certains brandissaient des Corans devant les caméras, d’autres parvenaient difficilement à ravaler leurs larmes et leur émotion.

Côté israélien: mobilisation policière et colère des colons

Plus de 1.000 policiers de l’occupation israélienne ont été déployés le long des itinéraires empruntés les convois, a rapporté la radio publique israélienne.

Six extrémistes israéliens qui tentaient de bloquer le convoi en s’allongeant sur la route pour dénoncer la libération des soi-disant « terroristes » ont été arrêtés, selon la radio de l’occupation.

Des représentants du consulat d’Egypte en « Israël » étaient présents au départ des convois pour s’assurer de l’identité des détenus qui doivent être relâchés dans le cadre d’un accord sans précédent sous médiation égyptienne entre l’entité sioniste et le Hamas.

Notons qu’un second groupe de 550 détenus doit   être libéré dans deux mois, conformément à l’accord signé mardi dernier sous médiation égyptienne entre l’entité sioniste et le Hamas.

voir aussi cet article

« J’avais un jour quand mon père a été emprisonné »


mardi 18 octobre 2011 – 17h:36

Shahd Abusalama – E.I

Un sentiment très déroutant m’a traversé après avoir entendu parler de l’échange de 1027 détenus palestiniens pour un seul soldat israélien, Gilad Shalit, qui avait été capturé par les combattants de la résistance palestinienne.
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La libération des prisonniers a donné lieu à des scènes très émouvantes – Photo : Oren Ziv/ActiveStills

Je ne sais pas s’il faut se sentir heureux ou triste.

Contemplant les visages des familles des prisonniers dans la tente de solidarité dans la ville de Gaza, je vois des regards que je n’ai jamais vus auparavant : des yeux brillants d’espoir. Ces personnes ont assisté à chaque événement en solidarité avec nos détenus, n’ont jamais abandonné l’espoir que leur liberté était certaine un jour, et ils sont restés forts pendant toute la durée de l’absence de leurs proches, confinés dans les cellules israéliennes.

Penser à ces femmes dont les proches doivent être libérés et voir leurs grands sourires me rend heureuse. Mais dans le même temps, la pensée des 5000 autres prisonniers qui vont avec volonté poursuivre leurs résistance dans les prisons, fait que mon coeur se brise pour eux.

Des cœurs meurtris pour ceux toujours en prison

Quand je suis arrivée à la tente [de la solidarité avec les prionniers], le 12 Octobre, l’épouse du prisonnier Nafez Herz, qui a été condamné à l’emprisonnement à vie et est resté emprisonné depuis 26 ans, m’a serré la main et m’a dit son enthousiasme après avoir entendu dire que son mari serait libéré. Puis elle m’a dit : « Mais vous ne pouvez pas imaginer combien mon cœur saigne pour ces familles dont les prisonniers ne seront pas relâchés dans cette opération d’échange. Toutes les familles des prisonniers sont devenues comme une grande famille. Nous nous réunissons chaque semaine, sinon quotidiennement devant la Croix-Rouge, nous partageons nos tourments, et nous comprenons les souffrances des uns et des autres. » J’ai saisi ses mains et les ait pressées tout en disant, « Nous ne les oublierons jamais, et si Dieu le veut, ils vont bientôt gagner leur liberté. »

Pendant que j’écrivais cet article au milieu de la foule de gens dans le bâtiment de la Croix-Rouge, j’ai soudain entendu des personnes chanter et taper des mains et je pouvais voir une femme sautant de joie. Alors au téléphone, elle dit à haute voix : « Mon mari va être libre ! » Son mari est Abou Thaer Ghneem, qui a été condamné à la prison à vie et a passé 22 ans incarcéré. Comme je regardais les gens célébrer et chanter pour la libération des détenus palestiniens, j’ai rencontré son fils unique, Thaer. Il tenait sa mère serrée tout en adressant à Dieu des prières pour montrer leur reconnaissance. J’ai touché son épaule, en essayant d’attirer son attention. « Félicitations ! Comment vous sentez-vous ? » lui ais-je demandé. « J’avais un seul jour quand mon père a été arrêté, et maintenant j’ai 22 ans. J’ai toujours su que j’avais un père en prison, mais ne l’ai jamais eu près de moi. Mais mon père va enfin être libre et il va occuper la place qui est la sienne, restée vide au cours des 22 années de ma vie. »

Sa réponse a été très touchante et m’a laissé sous le choc et admirative. Alors qu’il me parlait, j’ai senti combien il ne pouvait pas trouver les mots pour décrire son bonheur à l’idée de la libération de son père.

La fête se poursuit depuis une heure. Puis je suis revenue à mon ancienne confusion, me sentant noyée dans un flot de pensées. Les familles des 1027 détenus fêteront la liberté de leurs proches, mais que dire du sort du reste des prisonniers ?

Ne pas oublier la grève de la faim

J’ai entendu beaucoup d’informations depuis la nuit dernière concernant les noms des prisonniers bientôt libérés, mais il était difficile de trouver deux sources donnant les mêmes nouvelles, en particulier sur Ahmad Saadat et Marwan Barghouti, et s’ils étaient impliquées dans la opération d’échange. J’ai me suis toujours sentie spirituellement reliée à eux, surtout Saadat, car il est un ami de mon père. Je ne peux pas supporter l’idée qu’il puisse ne pas être concerné par cette opération d’échange. Il a subi suffisamment de tourments sans merci sous le régime d’isolement qu’Israël lui impose depuis plus de deux ans et demi.

N’oublions pas ceux qui sont encore dans les prisons de l’occupation israélienne et qui sont en grève de la faim, car cette grève n’a pas eu lieu pour un accord d’échange, mais pour que l’Administration pénitentiaire israélienne cède face aux demandes des prisonniers. Les personnes qui ont rejoint la grève de la faim dans la ville de Gaza se trouvent parmi ceux qui ont des proches en prison.

Nous devons parler haut et fort et dire au monde qu’Israël doit répondre aux demandes de nos martyrs vivants. Nous ne cesserons jamais de crier pour la libération des détenus palestiniens des prisons israéliennes, jusqu’à ce que celles-ci soient vides.

* Shahd Abusalam est artiste, blogueuse et étudiante en littérature anglaise dans la bande de Gaza. Son blog est appelé Palestine from my eyes.

18 octobre 2011 – The Electronic Intifada – Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/conte…
Traduction : al-Mukhtar

LA DESTRUCTION OFFICIELLE DES COMMUNAUTÉS PALESTINIENNES EN ISRAËL-PALESTINE.


Il y a des morts qui sommeillent dans des chambres que vous bâtirez. Des morts qui visitent leur passé dans les lieux que vous démolissez. Des morts qui passent sur les ponts que vous construirez. Mahmoud Darwich, Discours de l’homme rouge.

Depuis la rédaction de ce texte en janvier 2011 les conditions de vie des Palestiniens se sont encore considérablement détériorées.

Dans le cadre de sa création en 1948, l’État d’Israël s’est emparé de 78% de la Palestine mandataire. Quelque 530 villages, de nombreux quartiers urbains et des villes, ont été détruits ou vidés, totalement ou en majeure partie, de leurs habitants palestiniens. (1) Par le recours à la violence, les plus hautes autorités de la communauté juive de Palestine – d’abord de l’Agence juive et ensuite de l’État d’Israël – ont délibérément expulsé du territoire conquis 800.000 hommes, femmes et enfants sur les 950.000 Palestiniens qui y vivaient.(2)

En outre, environ 40.000 de ceux qui n’ont pas été expulsés, ont été chassés de leur maison, village ou ville pour être regroupés dans des zones restreintes. Ces « déplacés de l’intérieur » ont été empêchés de rentrer chez eux, bien qu’ils soient devenus citoyens israéliens. » (3) Les 2/3 des maisons confisquées ont été détruites. Le reste a été attribué à des immigrants juifs.(4)

À l’intérieur des frontières du nouvel État, la propriété de la communauté juive est passée d’environ 11% en 1947 à plus de 92% en 1949.(5) La politique du nouvel État d’Israël était de s’approprier, afin de l’attribuer à des Juifs, la plus grande partie possible du territoire – particulièrement les terres cultivables et les ports – en y laissant le moins possible de Palestiniens.

Depuis lors, seuls des Juifs – d’où qu’ils viennent et où qu’ils vivent – peuvent acquérir les biens confisqués lors de la création de l’État d’Israël, alors que les Palestiniens – où qu’ils soient nés et où qu’ils vivent – ne le peuvent pas.

Même les Palestiniens de nationalité israélienne ne peuvent acheter ces biens alors que n’importe quel Juif du monde le peut.(6) A l’intérieur des frontières reconnues de l’État d’Israël, il est interdit aux Arabes israéliens de vivre sur les quelque 94% du pays réservés aux Juifs.(7) Le système politique israélien légalise, sur base communautaire, des dénis de justice tels que chasser des Arabes de chez eux afin d’y installer des Juifs.(8)

Les Arabes d’Israël sont des citoyens de seconde zone. Ils subissent de très graves discriminations, notamment mais pas uniquement en ce qui concerne les droits de propriété.

Ils vivent dans des lieux où les infrastructures administratives et sociales sont sévèrement sous financées. Ils jouissent néanmoins de la liberté de déplacement et d’importants droits civils et politiques.

En 1967, l’armée israélienne occupe les 22% restant de la Palestine mandataire. En 2009, suite à plus de 40 ans de « faits accomplis » illégaux au regard du droit international, les Israéliens avaient confisqué à leur usage exclusif 70% de la Cisjordanie (9) dont une grande partie des terres cultivables : colonies entourées de terres agricoles et d’une zone de sécurité ; réseaux de routes et de distribution d’électricité et d’eau réservés aux Israéliens ; centaines de kilomètres de larges structures de confinement – notamment le Mur – ; zones militaires ; parcs industriels ; …. Et cette colonisation se poursuit, voire s’accélère.

Tout cela s’inscrit dans le projet de morceler le territoire en une douzaine de réserves non contiguës et, à l’extérieur de ces réserves, de confiner la population dans de petites enclaves, isolées les unes des autres par un maillage très dense de routes interdites aux Palestiniens et par plus de 700 obstacles à leurs déplacements : check-points, barrières et barrages permanents, grilles surveillées, tranchées, murs et monticules de terre, …(10)

Les réserves et les petites enclaves sont systématiquement dépouillées de leurs moyens d’existence notamment de leurs terres. À cela s’ajoute et s’accélère une colonisation à l’intérieur des réserves et des enclaves, comme à Jérusalem-Est et à Hébron.

Depuis 1967, tout est systématiquement mis en œuvre pour rendre la vie des Palestiniens de moins en moins supportable : entraves à la circulation des personnes et des biens ; infrastructures plus que négligées ; économie asphyxiée (11) ; vie communautaire paralysée – plus de 24.500 maisons (sa maison, c’est infiniment plus que des murs et un toit) démolies. (12)

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Entre la fin septembre 2000 (début de la deuxième Intifada) et la fin juillet 2010, 6.565 Palestiniens dont 1274 enfants, 369 femmes 32 membres du corps médical et 11 journalistes, ont été tués (1.482 d’entre eux ont été tués au cours d’affrontements armés avec les forces d’occupation, les autres 5.083 étaient des civils). Durant la même période, 30.628 Palestiniens ont été blessés (17.078 dans la Bande de Gaza et 13.550 en Cisjordanie).(13) Beaucoup d’entre eux ont été délibérément estropiés par des tireurs d’élite.(14)

La spoliation de terres, l’asphyxie de l’économie et la paralysie de la société, ininterrompues depuis 1967, ont porté leurs fruits.

500.000 Israéliens juifs se sont illégalement installés dans les territoires occupés.(15) 130.000 d’entre eux se répartissent dans 121 colonies et une centaine avant-postes qui se réservent 42% de la Cisjordanie. (16) Ces implantations fortifiées, systématiquement situées au sommet et à flanc des collines, sont des pièces maîtresses du dispositif de confinement de la population palestinienne dans des enclaves strictement contrôlées.

Par ailleurs en 1967, au cours de la Guerre des 6 jours, entre 400.000 et 450.000 Palestiniens, soit 1/3 des habitants de Cisjordanie et de Gaza, ont été expulsés, en quasi totalité vers la Jordanie.(17)

Depuis lors, quelque 130.000 Palestiniens ont été déplacés à l’intérieur des territoires occupés (18) et des centaines de milliers d’autres ont été amenés à s’exiler.(19) En 2009, du fait du Mur qui se contorsionne au gré de la confiscation d’un maximum de terres et d’eau, 498.000 Palestiniens vivaient dans des zones coupées du reste de la Cisjordanie (20) et 263.200 d’entre eux, dans des zones – dites « coutures » et déclarées zones militaires fermées – enclavées entre le Mur et Israël. Tous risquent le déplacement forcé.(21)

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Les terres et ressources en eau du village de Jayyous séparées par le Mur. © OCHA

« Ils vont être coupés de leurs moyens d’existence et emprisonnés dans des enclaves isolées. N’ayant plus de quoi vivre, ils seront forcés de quitter ces enclaves et de chercher du travail dans les faubourgs des villes de Cisjordanie.

Ainsi, les zones limitrophes d’Israël se trouveront-elles ’nettoyées’ de leurs Palestiniens. »(22) Cette politique de destruction de la société palestinienne et de confinement de la population dans des enclaves coupées de leurs moyens d’existence, atteint son paroxysme dans la minuscule bande de Gaza où sont enfermés 1.500.000 « terroristes » hommes, femmes et enfants.(23)

Ce territoire est hermétiquement ceinturé, du côté mer, par la marine de guerre israélienne et, du côté terre, par une clôture infranchissable hérissée de lames de rasoir et longée, sur les terres palestiniennes, par une bande d’une largueur de 500 mètres à 2km qui comprend et rend inaccessibles 29% des terres cultivables (24) et où toute végétation et tout édifice sont rasés afin d’offrir une vue dégagée aux tireurs israéliens.

Cette population, soumise depuis des années à un blocus draconien, a récemment subi, après en avoir subi bien d’autres, une agression militaire d’une brutalité exceptionnelle. Les infrastructures publiques ont été particulièrement visées : immeubles administratifs, hôpitaux, écoles, routes, réserves alimentaires et même les casernes de pompiers.

Plus de 10.000 logements ont été complètement détruits ou lourdement endommagés.(25) Selon un rapport du Comité International de la Croix-Rouge, 1380 Palestiniens ont été tués et 5380, blessés. (26) Selon le droit international, ce blocus et cette agression militaire constituent des crimes contre l’humanité.(27)

Jeff Halper montre comment l’occupation désintègre la communauté palestinienne des territoires occupés et tend à la réduire à l’impuissance. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, « rien n’empêche Israël de terroriser la population palestinienne.

Que ce soit par sa propre armée ou par la milice auxiliaire, financée par les États-Unis et opérée par l’Autorité palestinienne afin de pacifier sa propre population.

Que ce soit par les colons qui tirent sur les Palestiniens, les brutalisent et brûlent leurs récoltes sans crainte d’être poursuivis ou par des agents secrets, aidés par des milliers de Palestiniens forcés à devenir des collaborateurs souvent pour que leurs enfants puissent avoir accès à des soins médicaux ou avoir un toit sur leur tête.

Que ce soit par des expulsions ou par la myriade de contraintes administratives d’un système, invisible mais kafkaïen, de contrôle total et d’intimidation. » (28) A Gaza, depuis le redéploiement en 2005 de l’infrastructure et des forces d’occupation en périphérie, le contrôle et l’intimidation s’exercent de l’extérieur par un blocus impitoyable et un harcèlement militaire avant, pendant et après l’opération Plomb durci.(29)

Amira Hass caractérise on ne peut mieux à quoi la Communauté palestinienne des territoires occupés est désormais réduite : « Si les indigènes le désirent, ils peuvent continuer à vivre dans les réserves ; s’ils ne le veulent pas, qu’ils s’en aillent ».(30)

La terre sans les Palestiniens

Le nombre, l’expansion, la structure et les lieux d’implantation des colonies – notamment autour de Jérusalem-est et de Bethléem – ainsi que l’importance et la nature des infrastructures réservées aux colons et aux forces d’occupation, montrent à l’évidence que l’intention des autorités israéliennes n’est pas d’évacuer les territoires occupés en violation au droit international mais, tout comme lors de la création de l’État d’Israël, d’en accaparer la plus grande partie possible.

Les autorités israéliennes cherchent manifestement à déstructurer la communauté palestinienne au point qu’un État palestinien indépendant soit impossible. Témoins, entre autres : la destruction des infrastructures nécessaires à un État, la déportation ,(31) l’emprisonnement et l’assassinat de personnalités dirigeantes ; les milliers de prisonniers ; (32)les entraves à l’accès à l’enseignement supérieur sur place et à l’étranger ; la répression des étudiants ; … .

Par un de ses aspects essentiels – accaparer le maximum de terres en y laissant le moins de Palestiniens possible -, la politique israélienne n’a pas changé depuis 1948. Elle s’est simplement adaptée : « Dans une région suivie avec autant d’attention qu’Israël-Palestine, écrit Tanya Reinhart, le nettoyage ethnique ne peut pas prendre la forme de massacres de masse ni de grands transferts de population.

C’est un processus lent, quotidien, qui vise à briser la société et à conduire le plus de gens possible à disparaître ou à s’enfuir. »(33) D’autres composantes de cette politique, telles l’enfermement des Palestiniens dans des enclaves délibérément paupérisées et la désarticulation de leur communauté, sont beaucoup plus sévères dans les territoires occupés qu’en Israël.

Au début de la guerre de 1948, les Palestiniens étaient propriétaires d’environ 93% du territoire de la Palestine mandataire. Aujourd’hui, alors qu’ils constituent au moins 48% de la population qui vit sur ce territoire ,(34) ils ne sont propriétaires que d’environ 11% (35) et d’un pourcentage bien inférieur encore – sans doute moins de 5% – des terres cultivables.

Au début de la guerre de 1948, la quasi totalité des Palestiniens vivaient sur le territoire de la Palestine mandataire. Fin 2008, on estimait à 10.600.000 le nombre de Palestiniens dans le monde. Au moins 7.100.000 d’entre eux – soit les 2/3 – étaient des personnes déplacées. 6.600.000 – soit 62% – s’étaient réfugiés à l’étranger et 427.000 étaient des déplacés de l’intérieur. (36)

Aujourd’hui, dans leur propre pays, une grande majorité des Palestiniens vivent dans des enclaves surpeuplées, strictement contrôlées et largement dépouillées de leurs ressources. Il n’est donc nullement exagéré de parler d’une désintégration probablement irréversible des communautés palestiniennes en Israël-Palestine et cela d’autant moins que les confiscations et le harcèlement « légaux » sont toujours en cours.

Notes

1) Badil, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons, 2008-2009, P.11. Le cas de Lydda (aujourd’hui, Lod où se trouve l’Aéroport international Ben Gourion), à l’époque ville de quelque 20.000 habitants située à l’intérieur de l’État attribué aux Arabes par l’ONU en 1947, est exemplaire à plus d’un titre. La ville qui ne disposait que de quelques vieux fusils, était pratiquement sans défense. Après avoir subi un bombardement, elle est attaquée, le 13 juillet 1948, par des forces de l’armée régulière commandées par le Colonel Yitzhak Rabin, futur Général, Chef d’état-major, Ministre de la Défense, Premier Ministre et Prix Nobel de la Paix. La résistance ne dure que quelques heures. Le jour même, 456 personnes – hommes, femmes et enfants – sont massacrées dont 176 à l’intérieur d’une mosquée. Le lendemain, quelque 50.000 Palestiniens terrorisés dont plus de la moitié étaient des réfugiés qui avaient fui les villages environnants, sont expulsés sur ordre direct de Ben Gourion. Seules quelques centaines de personnes ont été autorisées à rester. Ilan Pappe, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2008, p.218-222.

2) Badil, Survey …, p.10.

3) Palestine Monitor 2009 Factbook, p.23.

4) Badil, Survey …, p.11.

5) Badil, Survey …, p.3.

6) « La Loi sur les Biens des Absents (également connue comme la Loi sur les Propriétés abandonnées) a été promulguée en 1950. …. La Loi stipule que les biens d’un Absent seront transférés sous la juridiction de l’Administrateur des Biens des Absents, sans possibilité de faire appel ou de compensation. » Meron Rappaport, « Les maîtres de la terre », Haaretz Magazine, 20 janvier 2005. Cette loi s’applique également aux « déplacés de l’intérieur » qui ont été dépouillés de leurs biens. Ce sont les fameux citoyens arabes israéliens « absents présents ». Par la Loi fondamentale 1960 : Terres d’Israël (1960 Basic Law : Israel Lands ), toutes ces terres deviennent propriété inaliénable du Peuple juif et ne peuvent être vendues qu’à des Juifs et donc pas aux Palestiniens. Badil, Survey … p.15.

7) Voir Jeff Halper, « Ramadan kareem from the Netanyahu and Obama administrations« , 17 août 2010 (www.icahduk.org).

8)Un exemple récent parmi beaucoup d’autres : « Le soir du 29 juillet 2010, à leur retour d’une cérémonie de mariage, neuf familles, habitant le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, se sont retrouvées expulsées de leurs maison s par des colons et empêchées d’y rentrer par la police. Les Palestiniens n’ont évidemment aucun recours légal contre la confiscation, en 1948 et après, de leurs propriétés, villages entiers, villes et quartiers urbains, fermes, usines ou immeubles commerciaux ». Jeff Halper, « Ramadan … .

9) Badil, Survey …, p.27.

10) Palestine Monitor factsheet, Checkpoints. (www.palestinemonitor.org)

11) Crime de guerre aux termes de la 4ème Convention de Genève Art. 55 : « …, la Puissance occupante a le devoir d’assurer l’approvisionnement de la population en vivres et en produits médicaux. »

12) Selon les estimations de l’ICAHD (Israeli Commitee Against House Demolitions) – mise à jour du 28 juillet 2010 -, au moins 24.813 maisons ont été détruites depuis 1967 en Cisjordanie, à Jérusalem Est et à Gaza. « Statistiques des Démolitions de Maisons (1967-2010) ». (www.icahd.org). Crime de guerre aux termes de la 4ème Convention de Genève Art. 53 : « Il est interdit à la Puissance occupante de détruire des biens mobiliers ou immobiliers, appartenant individuellement ou collectivement à des personnes privées, à l’État ou à des collectivités publiques, à des organisations sociales ou coopératives, sauf dans les cas où ces destructions seraient rendues absolument nécessaires par les opérations militaires. »

13) Selon les statistiques (octobre 2010) du PCHR (Palestinan Center for Human Rights) (www.pchrgaza.org)

14) Environ 1 an avant le déclenchement de la 2ème Intifada à la fin septembre 2000, à l’initiative et sous le contrôle direct du Premier Ministre et Ministre de la Défense de l’époque E. Barak, « l’armée a formé 4 bataillons spécialement destinés à faire face à l’agitation en Cisjordanie. … . Dans ces unités spéciales, on apprend à viser et à tirer de façon calculée : mutiler, mais sans trop augmenter le chiffre des morts (dont, d’après l’armée, les Palestiniens ont besoin pour gagner l’appui international). (De là,) les balles qui frappent si souvent et de façon si précise aux yeux, à la tête ou aux genoux ». Tanya Reinhart, Détruire la Palestine ou comment terminer la guerre de 1948, La Fabrique, 2002, p.85-88.

15) Crime de guerre aux termes de la 4ème Convention de Genève Art. 49.6 : « La Puissance occupante ne pourra procéder … au transfert d’une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle. »

16) By Hook and by Crook : Israel’s Settlement Policy in the West Bank, Rapport B’tselem (The Israeli Information Center for Human Rihgts in the Occupied Territories), Juillet 2010. www.btselem.org

17) Badil, Survey …, p.17. 4ème Conv. Art. 49.1 : « Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire … de tout autre État, occupé ou non, sont interdits, quel qu’en soit le motif. »

18)Badil, Survey …, p.57.

19) Le taux annuel d’émigration atteint les 2%. Badil, Survey …, p.39.

20) Il s’agit des habitants de localités enclavées dans des zones confisquées, notamment dans la Vallée du Jourdain.

21) Badil, Survey …, p.24.

22) Tanya Reinhart, L’héritage de Sharon, La Fabrique, 2006, P.190.

23) A l’instar de tant d’autres puissances occupantes, l’État d’Israël déshumanise ceux qu’il opprime en les qualifiant de « terroristes ».

24) Farming without Land, Fishing without Water : Gaza agriculture struggle for survival, Rapport de l’ONU (OCHAopt), Mai 2010 (www.ochaopt.org)

25) ICAHD, « Statistiques des démolitions de maisons à Gaza pendant l’opération Cast Lead« , (www.icahd.org).

26) Voir Gaza Strip, Initial health needs assessment. Rapport de l’ONU (OCHAopt) du 16 février 2009. L’évaluation de Badil, plus récente, fait état de 1.414 morts dont 313 enfants et 116 femmes. Badil, Survey …, p.19. Du côté Israéliens, 3 civils et 10 militaires dont 4 par « feu ami », ont été tués. (www.btselem.org/english/gaza_strip)

27)Richard Falk, Professeur émérite de droit international à l’Université de Princeton et Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, considère que l’attaque militaire « non défensive » de décembre 2008 visant à « punir » Gaza ainsi que le blocus imposé à ce territoire, constituent des crimes contre l’humanité. Richard Falk, « Nécessaire inculpation des responsables de l’agression contre Gaza », Le Monde diplomatique, mars 2009.

28) Jeff Halper, « Ramadan … .

29) Entre le 20 janvier 2009 (fin de Plomb durci) et le 30 septembre 2010, soit quelque 600 jours, il y a eu 420 attaques israéliennes dans la zone tampon qui encercle la Bande de Gaza. Outre les destructions du peu qui reste à détruire, ces attaques ont fait 84 morts et 183 blessés. Voir PCHR Fact Sheet (buffer zone) de décembre 2009 et d’octobre 2010. (www.pchrgaza.org). Et les attaques israéliennes ne se limitent pas à la zone tampon.

30) Amira Hass, « Like a plane without a pilot« , Haaretz du 04.05.2010.

31) Depuis 1968, quelque 2000 Palestiniens ont été déportés parmi lesquels des résistants, des activistes politiques, des directeurs d’école et des inspecteurs de l’enseignement qui protestaient contre la censure des manuels scolaires, des enseignants et des étudiants qui avaient organisé un boycott, des avocats qui avaient organisé une grève. Badil, Survey …, p.20

32) Fin juillet 2009, il y avait 743O détenus palestiniens – y compris 333 mineurs – dans les prisons israéliennes. On comptait, en outre, 387 détentions administratives sans jugement. On estime qu’au moins 40% des hommes sont passés par les prisons israéliennes. Badil, Survey …, p.20. C’est dire que très peu de familles palestiniennes n’ont pas été touchées par l’arrestation d’un de leurs membres.

33) Tanya Reinhart, Détruire … , p.88.

34) Selon le Bureau central israélien de statistiques, il y a aujourd’hui 5.770.9OO Juifs et 1.559.100 Arabes en Israël. Selon le Recensement de la population 2007 de l’UNRWA, il y avait 3.767.126 Palestiniens dans les territoires occupés. Ce qui donne 52% de Juifs et 48% d’Arabes sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire. Le pourcentage de Juifs est probablement surestimé et celui des Arabes, sous-estimé. Apparemment, les statistiques israéliennes prennent en compte tous les Juifs de nationalité israélienne, y compris de double nationalité. Or, un grand nombre d’entre eux – sans doute des centaines de milliers – ne résident pas en Israël. D’autre part, étant donné que le recensement de l’UNRWA date de 2007, la croissance des 3 dernières années – environ 3% par an – de la population palestinienne des territoires occupés, n’est pas prise en compte.

35) En 1947, les membres de la Communauté juive étaient propriétaires d’environ 7% du territoire de la Palestine mandataire. Entre 1947 et 2009, les autorités israéliennes ont confisqué 82% de ce territoire. Ainsi, sur 89% du territoire de la Palestine mandataire, seuls des Juifs peuvent devenir propriétaires. Badil, Survey …, p.3.

36) Badil, Survey …, p.56.

P.S Ce texte est – à quelques modifications mineures près – la première partie d’un article paru dans le numéro de mars 2011 de La Revue nouvelle de Bruxelles sous le titre « L’appel au dialogue de paix occulte la Destruction de la communauté palestinienne ».

Jacques Bude est Professeur émérite de psychologie sociale de l’Université libre de Bruxelles. Mère et père morts en déportation. « Enfant caché » sauvé par des gens merveilleux du pays de Liège.

Une émission sur la Palestine déclenche une polémique avec la communauté juive


En cause : un numéro du magazine "Un oeil sur la planète" diffusé lundi et intitulé "Un Etat palestinien est-il encore possible ?".

En cause : un numéro du magazine « Un oeil sur la planète » diffusé lundi et intitulé « Un Etat palestinien est-il encore possible ? ».AP/CHRISTOPHE ENA

La diffusion sur France 2 d’une émission sur les territoires palestiniens a déclenché une polémique, obligeant la direction de la chaîne à rencontrer prochainement l’ambassadeur d’Israël et les représentants de la communauté juive en France, a indiqué samedi 8 octobre le groupe public.

« Des rendez-vous ont été pris entre l’ambassadeur d’Israël et le CRIF (le Conseil représentatif des institutions juives de France, ndlr), et le président de FranceTélévisions Rémy Pflimlin, avec Thierry Thuillier« , le directeur de l’information de France Télévisions, a indiqué la chaîne. A l’origine de cette polémique, un numéro du magazine « Un oeil sur la planète » diffusé lundi et intitulé « Un Etat palestinien est-il encore possible ? ».

« INTENSE ÉMOTION ET UNE STUPÉFACTION ÉCOEURÉE »

Cette émission « a entraîné au sein de la communauté juive une intense émotion et une stupéfaction écoeurée », a déclaré le président du CRIF, Richard Prasquier, dans une lettre ouverte à Rémy Pflimlin. Il a jugé que l’équipe qui l’a réalisée « a présenté, d’un conflit complexe, une image caricaturale et unilatérale »« en distordant les causalités, en ridiculisant l’adversaire, sans éviter les insinuations à la limite des théories conspirationistes antisémites ». M. Prasquier a demandé derencontrer Rémy Pflimlin.

L’ambassade d’Israël à Paris n’était pas joignable samedi, jour du Yom Kippour, leGrand Pardon, la fête la plus importante du judaïsme. Un groupe a parallèlement été créé sur Facebook, « Boycott France Télévisions », demandant que la chaîne« revienne sur cette émission et présente des excuses ».

MENACES PHYSIQUES

Le rédacteur en chef de l’émission, Patrick Boitet, s’est expliqué dans une interview au Parisien : « Nous avons fait notre travail de journalistes avec rigueur (…) Pour le Proche-Orient, les opinions s’enflamment facilement. Mais là, c’est exagéré ». Il raconte avoir reçu « 800 mails » cette semaine, « où nous sommes traités de petits nazillons ». Le présentateur de l’émission, Etienne Leenhardt, aurait pas ailleurs été physiquement menacé.

Le journaliste de France télévisions spécialiste du Proche-Orient, Charles Anderlin,s’est fendu d’un article sur son blog intitulé « Bonjour les censeurs ». Il y fustige la polémique, estimant que « cela s’appelle de la censure et c’est une atteinte intolérable au droit d’informer. »

Gel de l’aide US à l’Autorité palestinienne


Le Congrès US a décidé de geler 200 millions de dollars (le tiers) sur les aides US allouées annuellement à l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, vient de faire savoir aujourd’hui samedi le journal The Independent.

Le Président US, Barack Obama, n’avait pas discuté de la question d’imposer des sanctions aux Palestiniens via l’aide US (USAID), mais le lobby pro-israélien a pris les devants, même si certains dirigeants israéliens et états-uniens n’ont pas été d’accord, exprimant la crainte des réactions palestiniennes, selon le journal.

Les USA allouent quelque 600 millions de dollars chaque année pour les services de la santé, de l’enseignement et de la sécurité, dont 50 millions en soutien au budget du gouvernement de l’AP.

L’article critique la décision du Congrès, affirmant qu’elle va affecter tant les Israéliens que les Palestiniens. « Les menaces US d’user de leur veto contre la candidature palestinienne n’était pas acceptable, et la résolution du Congrès est tout autant embarrassante », ajoute le quotidien.

L’ancien Président US, Bill Clinton, a mis en garde le Congrès devant une telle mesure, et il aurait déclaré, selon le quotidien, que l’organe (le Congrès), comme tout le monde le sait, est l’organe parlementaire le plus pro-Israël au monde et qu’il n’avait pas à le démontrer.

Récemment, l’Administration US a voulu dissuader l’AP d’aller aux Nations-Unies demander une adhésion à part entière dans l’instance internationale, prétendant que la seule façon de parvenir à la paix et à une solution à deux États était de reprendre les pourparlers directs avec Israël.

Plus tôt ce mois-ci, la secrétaire d’État US (Hillary Clinton) a déclaré que les USA mettraient leur veto à la candidature palestinienne à l’ONU, menace visant à mettre la pression sur le dirigeant palestinien, Mahmoud Abbas, pour qu’il annule la demande palestinienne.

Le 23 septembre, le président palestinien, Mahmoud Abbas, a soumis la candidature palestinienne au secrétaire général des Nations-Unies, avant de prononcer un discours devant les membres de l’Assemblée générale, le même jour.

En outre, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a prononcé son discours aussitôt après celui d’Abbas, disant qu’Israël tendait la main aux Palestiniens pour la paix, mais que les Palestiniens la rejetaient.

Abbas confirme qu’il n’y aura aucune négociation tant qu’Israël n’aura pas gelé ses activités de colonisation et ses violations contre les Palestiniens, et qu’il ne se sera pas retiré complètement sur les frontières de 1967, et que Jérusalem soit la capitale des Palestiniens.

Il faut noter que les pourparlers de paix israélo-palestiniens ont été suspendus en septembre 2010 après que les deux côtés soient arrivés à une impasse concernant les frontières, Jérusalem, les réfugiés, la sécurité, de même que les constructions dans les colonies sur les terres palestiniennes.

(Il faut rappeler aussi que le gouvernement israélien a approuvé le 27 septembre la construction de 1100 nouveaux logements dans la colonie Gilo au sud de Jérusalem et qu’il en est prévu 600 autres ultérieurement, après que 942 en aient été déjà approuvés en août dernier !)

http://www.imemc.org/article/62157

Résolution du Parlement européen du 29 septembre 2011 sur la situation en Palestine


samedi 1er octobre 2011, par La Rédaction

Le Parlement européen ,

– vu ses résolutions précédentes sur le Proche-Orient,

– vu les conclusions du Conseil sur le processus de paix au Moyen-Orient du 8 décembre 2009, du 13 décembre 2010 et du 18 juillet 2011,

– vu la charte des Nations unies,

– vu les résolutions des Nations unies sur le sujet, à savoir les résolution 181 (1947) et 194 (1948) de son Assemblée générale et les résolutions 242 (1967), 338 (1973), 1397 (2002), 1515 (2003) et 1850 (2008) de son Conseil de sécurité,

– vu les déclarations du Quatuor pour le Moyen-Orient du 23 septembre 2011,

– vu l’article 110, paragraphe 4, de son règlement,

A. considérant que, lors de la 66e session de l’Assemblée générale des Nations unies, Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité nationale palestinienne, a demandé la reconnaissance de l’État palestinien et son adhésion aux Nations unies ;

B. considérant que la Palestine est une entité qui a le statut d’observateur permanent non membre à l’Assemblée générale des Nations unies,

C. considérant que l’Assemblée générale des Nations unies a appelé, dans sa résolution 181 du 29 novembre 1947, à la création de deux États sur le territoire de l’ancien Mandat pour la Palestine ;

D. considérant que l’Union européenne a confirmé à plusieurs reprises son soutien à une solution fondée sur la coexistence de deux États, à savoir l’État d’Israël et un État de Palestine indépendant, démocratique, d’un seul tenant et viable, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, qu’elle a appelé à la reprise de négociations de paix directes entre Israël et Palestiniens et qu’elle a déclaré qu’aucune modification des frontières antérieures à 1967 autre que celles convenues entre les parties, y compris concernant Jérusalem, ne saurait être reconnue ;

E. considérant que, selon l’évaluation de la Banque mondiale, du FMI et des Nations unies, l’Autorité palestinienne a franchi le seuil d’un État apte à fonctionner dans les domaines clés qui ont été examinés et que les institutions palestiniennes n’ont rien à envier à celles d’États bien établis ;

F. considérant que le droit des Palestiniens à l’autodétermination et à disposer de leur propre État ne saurait être remis en cause, pas plus que le droit à l’existence d’Israël à l’intérieur de frontières sûres ;

G. considérant que le « printemps arabe » rend encore plus urgent un règlement du conflit israélo-palestinien, qui revêt une importance fondamentale pour les parties en cause, les peuples de la région et la communauté internationale ;

H. considérant que, lors de la réunion informelle des 2 et 3 septembre 2011, les ministres des affaires étrangères des États membres de l’Union européenne ont présenté des positions différentes sur le processus de paix au Moyen-Orient et les initiatives diplomatiques à cet égard envisagées pour la session de septembre de l’Assemblée générale des Nations unies ;

1. appelle la vice-présidente de la Commission/Haute Représentante et les gouvernements des États membres de l’Union européenne à poursuivre les efforts afin de dégager une position européenne commune sur la demande d’adhésion aux Nations unies présentée par l’Autorité palestinienne et d’éviter les divisions entre États membres ;

2. demande aux États membres, en les appuyant, d’être unis dans leur attitude face à la demande légitime du peuple palestinien à être représenté en tant qu’État aux Nations unies suite aux négociations qui doivent être conclues pendant la 66e session en cours de l’Assemblée générale des Nations unies ;

3. demande parallèlement à la communauté internationale, et notamment à l’Union européenne et à ses États membres, de reconfirmer leur engagement ferme à l’égard de la sécurité de l’État d’Israël ;

4. réaffirme son appui sans réserve à la solution des deux États, sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale des deux entités, l’État d’Israël et un État de Palestine indépendant, démocratique, d’un seul tenant et viable, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité ;

5. mesure et salue le résultat de l’action conduite par le président palestinien Mahmoud Abbas et le premier ministre Salam Fayyad pour mettre en place un État, avec le soutien de l’Union européenne et l’approbation de divers acteurs internationaux ;

6. souligne une fois de plus que seuls des moyens pacifiques et non violents permettront de parvenir à un règlement durable du conflit israélo-palestinien ;

7. souligne que les négociations directes entre Israéliens et Palestiniens en vue de la solution des deux États doivent reprendre sans délai et conformément au calendrier préconisé par le Quatuor, afin qu’il soit mis un terme à un statu quo inacceptable ; souligne de nouveau qu’il convient d’éviter toute action susceptible d’hypothéquer la conclusion d’un accord négocié et qu’aucune modification des frontières antérieures à 1967 autre que celles convenues entre les parties, y compris concernant Jérusalem, ne devrait être acceptée ; juge primordial qu’aucune résolution consécutive ne porte atteinte à la dignité de chacune des deux parties ; demande au gouvernement israélien de mettre un terme à toute construction ou extension de colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ; appelle à une cessation des tirs de roquettes sur Israël depuis la bande de Gaza et souligne la nécessité d’une trêve permanente ;

8. demande instamment à l’Union européenne et à ses États membres de défendre une position unique et de continuer à jouer un rôle plus actif, y compris au sein du Quatuor, pour parvenir à une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens ; souligne le rôle central du Quatuor et soutient pleinement les efforts que déploie la Haute Représentante pour que le Quatuor crée une perspective crédible de relance du processus de paix ;

9. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, à la vice-présidente de la Commission/Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, aux gouvernements et aux parlements des États membres, au président de l’Assemblée générale des Nations unies, aux gouvernements et aux parlements de membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, à l’envoyé du Quatuor pour le Moyen-Orient, à la Knesset et au gouvernement israélien, au président de l’Autorité palestinienne et au Conseil législatif palestinien.

(europarl.europa.eu)

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