Samar Yazbek : la Syrie au défi de la peur


samedi 7 janvier 2012, par La Rédaction

Le 26 décembre 2011, la Syrie a connu sa journée la plus meurtrière depuis la mi-mars. Cent morts civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Le 29, malgré la présence dans le pays d’observateurs de la Ligue arabe, les forces de sécurité ont lancé des bombes à clous sur la foule rassemblée place de la Grande-Mosquée, à Douma. Le 31 décembre, plusieurs centaines de milliers de personnes ont pris à nouveau la rue dans tout le pays. Il y a eu plusieurs dizaines de morts. Il faut voir, sur les films amateurs d’Internet, les manifestants crier et bondir ensemble face aux soldats. Il faut lire les témoignages de leur bravoure sur les blogs. A quel moment le courage l’emporte-t-il sur la peur ?L’écrivaine syrienne Samar Yazbek est réfugiée en France. Auteure de quatre romans, scénariste primée par l’Unicef, elle appartient à la communauté alaouite, celle du président Bachar Al-Assad (une branche dissidente de l’islam chiite qui réunit 12 % de la population syrienne). En février 2011, elle rejoint les manifestations de Damas, alors que les snipers tirent pour tuer. Elle publie alors un court texte qui fait le tour des blogs : « En attendant ma mort ». Elle décrit ce moment où le risque de mourir devient une habitude : « La mort est partout ! Au village ! A la ville ! Au bord de la mer ! Les assassins s’emparent des humains et des lieux (…). Je n’ai plus peur, non parce que je suis téméraire – étant de nature très fragile -, mais par habitude. Je n’ai plus peur de la mort, je l’attends sereinement avec ma cigarette et mon café. Je crois que je peux regarder dans les yeux un franc-tireur sur la terrasse voisine. Je le regarde fixement. Je sors dans la rue et je scrute les terrasses des immeubles. J’avance posément. »

En mars, Samar Yazbek est arrêtée et interrogée cinq fois de suite par les moukhabarat, les services secrets. Ils veulent qu’elle se désolidarise des opposants. Pour la briser, ils l’emmènent dans une prison où ils torturent les manifestants. Elle en fera le récit sur les blogs syriens, le texte sera publié dans plusieurs journaux européens : « J’ai vu des jeunes hommes, qui avaient à peine la vingtaine, leurs corps dénudés, reconnaissables sous leur sang, suspendus par leurs mains à des menottes en acier, leurs orteils touchant difficilement le sol (…). A ce moment, un des jeunes releva péniblement la tête. Il n’avait plus de visage ; ses yeux étaient scellés, je n’ai pas vu l’éclat de son regard. Le nez n’existait plus, ni les lèvres. Son visage était une miniature rouge, sans lignes, un rouge imbriqué dans le noir d’un rouge vieilli. Je suis alors tombée à terre. Pour quelques instants, j’ai chaviré dans quelque chose d’opaque, de flottant, avant de reprendre pied sur la terre ferme (…). C’est la notion de Dieu qui disparaît, car si Dieu existait, il n’aurait pas permis que sa créature soit ainsi refaite, distordue, défigurée. »

Samar Yazbek est relâchée « après quelques baffes ». Elle n’a pas cédé. Le régime hésite à torturer ou à tuer une intellectuelle alaouite connue, il veut laisser croire que la communauté est soudée derrière Bachar Al-Assad. Dans les semaines qui suivent, les moukhabarat la menacent de mort. La calomnient. Des tracts distribués dans son village natal l’accusent d’être une « traîtresse ». Profitant d’un répit dans la surveillance, elle s’enfuit à Paris avec sa fille. Depuis, elle n’a cessé de dénoncer le pouvoir syrien.

Nous avons retrouvé Samar Yazbek dans un café parisien. C’est une belle femme de 40 ans, le regard clair, le visage creusé, la voix basse et grave. Craint-elle pour sa famille restée à Damas ? Pas de commentaire. Elle entend se présenter comme une Syrienne qui a pris le risque de s’engager, comme tant d’autres. Elle préfère parler de la peur et du courage des opposants. « Tout Syrien a grandi dans la peur. Elle pèse sans cesse sur nous, nous la connaissons bien. Pourtant, malgré la peur, les manifestations ont démarré. Quand la répression est devenue beaucoup plus violente et sauvage, cela a changé notre rapport à la peur. Cela l’a précisé. » Que veut-elle dire ? « Avant les manifestations, j’avais si peur que je ne me reconnaissais plus. Je tremblais. Pourtant, ma volonté de rejoindre les autres était inébranlable. J’étais déchirée. Tous les manifestants éprouvent ce déchirement où la peur le dispute au courage. Et puis le courage l’emporte, même si la peur est toujours là, si humaine… » Même quand on sait qu’on risque d’être mutilé, torturé ? « Il existe comme un plafond de la peur. D’abord, il nous écrase. Quand on apprend l’horreur de la répression, la peur décuple. Ensuite, les manifestants ont compris que, s’ils s’arrêtaient maintenant, le pire les attendait. Le régime se vengerait d’eux. Ils ne pouvaient plus revenir en arrière, comme en Tunisie, en Egypte. Alors le plafond de la peur s’est relevé. »

Le 10 octobre 2011, plusieurs organisations de dissidents et d’étudiants syriens se retrouvent à une soirée de solidarité, « La Syrie… vers la liberté », au Théâtre de l’Odéon. Ce soir-là, pour la première fois, le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, serre la main de Burhan Ghalioun, le porte-parole du Comité national syrien, le principal regroupement de l’opposition. Les socialistes Lionel Jospin, Catherine Tasca, Bertrand Delanoë, et le communiste Jack Ralite se sont déplacés. Dans les coursives, les Syriens ne lâchent pas leur téléphone. Un étudiant apprend qu’un ami palestinien a été arrêté à Damas ; une cinéaste, que les services secrets ont assassiné un opposant à Beyrouth. Elle dit : « La Syrie n’a pas beaucoup de pétrole. Alors le prix des morts a moins de valeur pour l’Occident. Ils laissent faire… » Selon les Nations unies, la répression a fait 5 000 morts, dont 300 enfants, entre mi-mars et mi-décembre 2011. S’y ajoutent plus de 14 000 arrestations et 12 400 réfugiés, des exécutions sommaires, des disparitions forcées, des tortures, parfois avec des violences sexuelles.

Samar Yazbek est à l’Odéon avec sa fille de 16 ans. Certains trouvent qu’elle a eu beaucoup de chance d’échapper aux services secrets. Elle le sait. Sur scène, elle fait lire des témoignages de Syriens arrêtés qu’elle a recueillis. Un fils emprisonné écrit à son père : « Badigeonne notre porte avec mon sang. Crie : Je ne transigerai pas ! Mon sang n’est pas gratuit, mon père. Ne cède pas. » Ensuite, elle montre la grande photo d’un jeune homme, pour dire en arabe : «  »N’entamez aucun dialogue avec votre bourreau. Ne désespérez pas, même si le monde entier vous tourne le dos. » Voilà ce qu’écrivait Ghiat Matar, dont le cadavre mutilé fut rendu à sa mère le 10 septembre. Il avait 26 ans. J’ai souhaité sa présence ce soir pour que vous puissiez le regarder (…). Ghiat et son histoire résument l’histoire des jeunes dans la révolution syrienne. Il a été un des premiers à lancer l’appel pour offrir une rose et de l’eau aux soldats. Il n’appartenait à aucun parti, il était pacifiste. Les services secrets ont rendu son corps avec une grande blessure à travers le ventre. » Puis elle appelle à une minute de silence pour les jeunes martyrs de la révolution syrienne.

En Syrie, Samar Yazbek a publié un roman, La Boue (2005, non traduit), où elle dresse le portrait de deux officiers proches d’Hafez Al-Assad, qui instaura la dictature du parti Baas. L’un approuve le coup d’Etat de 1970, le second non. Les deux hommes sont alaouites, partagent des valeurs religieuses, pourtant ils s’affrontent. « J’ai essayé de décrire comment le régime a détruit toute relation humaine, toute valeur, explique-t-elle, et comment l’arrivisme, l’opportunisme l’emporte chez les uns, pas chez tous. » Dans un autre roman, Le Parfum de la cannelle (2008, non traduit), elle raconte l’histoire de deux femmes. L’une vit dans le luxe à Damas, exploitant l’autre, sa domestique, très pauvre. « Je décris le monde secret des femmes syriennes. Je montre comment les riches maltraitent les pauvres, les dominent. Sexuellement aussi. »

Dans un texte récent sur la révolution, Samar Yazbek écrit : « On dit qu’écrire un roman nécessite beaucoup d’imagination, et moi je dis qu’il a d’abord besoin de réel, ensuite de réel, et enfin de réel. » L’expérience de la peur a-t-elle changé son écriture ? « Ce que j’ai vécu en Syrie dépasse l’imagination. C’est mille fois plus terrible que l’imagination. Cela me confirme que, pour écrire, la réalité est plus forte. » Justement, elle écrit avant les manifestations que l’amour et la mort lui semblent les deux faces d’une même pièce. Qu’en pense-t-elle maintenant ? « La mort pour moi était abstraite. Une idée. Pendant ces mois, j’ai approché la mort, j’ai senti son odeur, je l’ai vue. Aujourd’hui, pour moi, l’amour et la mort constituent deux mondes à part. La mort n’a rapport avec rien, et surtout pas avec l’amour. » Dans son témoignage sur la torture, elle dit qu’il n’y a pas de mots pour exprimer ce qu’elle a vu. Pas de mots ? « Quand tu te sens impuissant devant la mort, tu te sens responsable, comme si tu avais participé à cette mort. D’où vient ce sentiment d’impuissance ? Les mots n’arrivent pas à exprimer ce qu’on est en train de vivre… »

Samar Yazbek n’a pourtant pas renoncé à écrire sur ces moments. Elle a tenu un journal, à sortir en mars. Elle en a lu des extraits à l’Odéon : « L’écriture m’a toujours aidée dans les moments difficiles de ma vie. Parce que je suis écrivaine, je pouvais me sentir plus libre avec moi-même et avec les fils enchevêtrés de ma vie. Je les nouais et dénouais comme les ficelles des marionnettes, à la seule différence que, cette fois-ci, je suis le jeu, les ficelles et la grande main mystérieuse qui les manipule. Je suis devenue le roman le plus authentique que je pourrais écrire. »

(Frédéric Joignot – Le Monde du 7 janvier 2012)

repris d’ici

Des corps de civils torturés remis à leurs familles


AFP

Mis en ligne le 01/01/2012

Une femme est décédée samedi des suites de blessures reçues vendredi à Tibet al-Imam à Hama.
Trois civils ont été tués samedi par les tirs des forces de sécurité en Syrie, secouée depuis mars par une révolte populaire sans précédent, et les corps de quatre civils, dont certains ont été torturés, ont été remis à leurs familles, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). 

Dans la région de Homs (centre), deux civils ont péri sous les balles de tireurs embusqués au barrage al-Sawameh dans la ville de Qousseir.

Dans le village de Kafarnoubol dans la région d’Idleb (nord-ouest), près de la frontière turque, un civil a été tué par une balle perdue.

Les corps de quatre autres civils, qui avaient été arrêtés par les forces de sécurité et certains torturés, ont été remis à leurs proches à Wadi Irane dans la région de Homs et à Ariha, dans la province d’Idleb, a indiqué l’OSDH dans un communiqué.

Une femme est décédée samedi des suites de blessures reçues vendredi à Tibet al-Imam à Hama, dans le centre du pays, selon la même source.

Dans un communiqué, les comités locaux de coordination (LCC), qui organisent les manifestations sur le terrain, ont fait état de la mort de 5.862 civils en 2011 par les forces de sécurité en Syrie. Parmi ces morts, figurent 395 enfants.

Selon les LCC, les « jeunes de la Révolution » ont célébré le nouvel an 2012 dans la nuit de samedi à dimanche en organisant des manifestations simultanées à Idleb, Alep (nord), Zabadani (province de Damas), Deraa (sud) et Qamechli (nord-est).

Par ailleurs, le général Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi, qui est à la tête de la mission des observateurs arabes, a démenti des propos de l’un des observateurs qui faisait état sur une vidéo de la présence de tireurs embusqués à Deraa, berceau de la contestation.

« Cet homme a dit que s’il voyait –de ses propres yeux– ces tireurs embusqués, il les signalerait immédiatement », a déclaré le général Dabi lors d’un entretien sur la chaîne BBC.

« Mais il n’a pas vu (de tireurs) », a-t-il ajouté.

Les observateurs ont commencé leur mission le 26 décembre en Syrie pour rendre compte de la situation dans le pays.

Elle fait partie d’un plan de sortie de crise de la Ligue arabe, prévoyant l’arrêt des violences, la libération des détenus, le retrait de l’armée des villes et la libre circulation dans le pays pour les observateurs arabes et la presse.

Selon une estimation de l’ONU, plus de 5.000 personnes ont été tuées dans la répression depuis la mi-mars et plus de 14.000 arrêtées.

source

Bref, j’ai passé deux mois en Syrie


anniebannie : c’est exactement comme ça et moi je n’étais même pas journaliste

Max Mustang

Mis en ligne le 17/12/2011

Le quotidien d’un reporter “incognito”. Un parcours entre survie et paranoïa.

Fin août 2011. J’entre en Syrie avec un visa d’étudiant, aimablement délivré par l’ambassade de Syrie à Bruxelles. « Bon voyage en Syrie », m’avait souhaité l’employé avec un demi-sourire. Malgré l’interdiction faite aux journalistes étrangers d’entrer sur le territoire, ils étaient nombreux à correspondre depuis Damas « undercover« , rivalisant d’excuses loufoques pour justifier leur présence. Sur place, pourtant, personne n’était dupe. Du concierge de l’immeuble à l’épicier du coin, tout le monde pouvait potentiellement être un informateur des services secrets et faire rapport sur nos allers et venues. Très vite, la méfiance s’est imposée comme une règle de vie, et toute amitié sincère fut rendue à peu près illusoire.

Il fallait tout dissimuler, toujours, tout le temps. Jongler entre deux ou trois pseudonymes, avoir tout en double : boîtes mail, comptes Facebook et Skype, numéros de téléphone. Détruire ses carnets de notes, vider son disque dur. Tenir pour un informateur des services secrets celui qui la veille encore était votre contact privilégié. Ne plus répondre au téléphone à l’un, ne plus en appeler un autre. Changer d’appartement toutes les trois semaines. Fuir un colocataire « mouillé », risquer d’en mouiller d’autres en emménageant avec eux. Etre accusé d’être un salaud en leur dissimulant vos vraies activités, penser que ces salauds vous dénonceraient si vous leur disiez la vérité. Etre accusé de mettre vos contacts en danger en les pressant de témoigner, être critiqué pour être trop prudent.

Voilà à quoi ressemblait notre vie de journalistes « embarqués » en Syrie. Au début, vous faites face. Après un temps, vous vous engluez. Le risque est de se laisser endormir totalement. Relâchez votre attention pour une soirée ou pour une phrase : trop tard, vous êtes pris. — « Ce soir-là, vous étiez en compagnie de X à tel endroit, et vous lui avez dit ceci à propos de la Syrie. » « Non, je n’ai jamais rencontré cette personne. »« C’est étrange, parce que nous avons ici un enregistrement de votre conversation. » Histoire vécue par un confrère arrêté début novembre, qui n’aurait pas imaginé que les services de renseignements puissent avoir dressé un inventaire aussi complet de tous ses déplacements, rencontres et coups de fils au cours des deux derniers mois. Qui n’aurait pas imaginé non plus que derrière ses sourires affables, le propriétaire de son appartement avait donné son signalement aux hommes du renseignement.

En Syrie, vous ne pouvez jamais savoir pour qui roule votre voisin : pour un camp, pour l’autre, éventuellement pour les deux. Vous ne pouvez jamais savoir si vous êtes surveillé, mais vous devez toujours supposer que vous l’êtes. De toute façon, vous avez entendu assez d’histoires sur la cruauté qui règne dans les prisons syriennes pour éviter à tout prix de vous y retrouver un jour, bien qu’en règle générale les « étrangers » y soient mieux traités.

Au bout du compte, vous adoptez la même attitude que celle que vous aviez décriée chez les autres : vous vous emmurez dans l’immobilisme, vous vous réfugiez dans le silence, et si on vous demande ce que vous pensez de Bachar al-Assad, vous vous risquez tout juste à dire que c’est « un-type-bien-mais-mal-entouré ».

Au final, je me suis résigné à plier bagages et à fuir au Liban avant d’être arrêté – la fuite est un privilège réservé aux étrangers ; c’est pour les Syriens un rêve auquel beaucoup ont cessé de croire. Mais une fois dissipé le soulagement de la libération, vous réalisez que la paranoïa dans laquelle vous aviez vécu en Syrie continue à vous habiter.

En marchant dans les rues de Beyrouth, vous vous surprenez encore à vous retourner lorsque vous entendez l’accent de Damas et à soupçonner l’inoffensif passant d’être un agent syrien. Vous retrouvez dans un café des journalistes croisés en Syrie, et vous parlez spontanément un ton plus bas lorsque vous prononcez le mot « Assad », en jetant des coups d’œil furtifs par-dessus votre épaule.

S’il me fallait retenir une seule chose de ce que j’ai vécu en Syrie, je dirais ceci : la pérennité du régime syrien tient très certainement aujourd’hui à l’usage immodéré qu’il fait de la violence pour se maintenir en place. Toutefois, sur la distance, elle tient plus fondamentalement encore à ce carcan psychologique qu’il est parvenu à imposer à tous les Syriens, qui les maintient dans une peur constante et qui les réduit durablement au silence.

Ce constat rend encore plus extraordinaire le courage de ces Syriennes et Syriens qui sont précisément parvenus à briser les barreaux de cette prison mentale dans laquelle ils ont été enferrés durant des décennies. Pleuvent les balles, ils n’ont plus peur. Résonne dans les rues le mot « liberté », ils ont mis fin au silence. Au cours des deux mois que je viens de passer à leurs côtés, nombreux ont été ceux à m’avoir ainsi confié cette réflexion étonnante : « Le régime peut bien continuer ses exactions. Pour nous, il est déjà tombé. »

Déclaration de Palestiniens blogueurs et militants en solidarité avec Razan Ghazzawi


La déclaration suivante a été publiée le 14 décembre 2011 par des Palestiniens, des blogueurs et des militants, en soutien à Razan Ghazzawi, cette militante syrienne qui a récemment été arrêtée par les forces de sécurité syriennes et condamnée à quinze ans de prison.

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Le 14 décembre 2011

Nous, qui sommes un groupe de blogueurs et de militants palestiniens, faisons entendre nos voix haut et fort en solidarité avec tous les prisonniers de la grande Révolution syrienne. Nous nous tenons au côté de tous les prisonniers, militants, artistes, blogueurs et autres, de tous ceux qui crient dans les rues ou sur toute autre plate-forme pour exiger la liberté et la justice, tout en décriant les énormes injustices et oppressions pratiquées par le régime syrien depuis plus de quatre décennies.

Nous publions cette déclaration en solidarité avec tous les militants syriens et avec la blogueuse, Razan Ghazzawi, arrêtée le 4 décembre alors qu’elle passait la frontière syrienne avec la Jordanie. Razan a été catégorique dans son soutien à la cause palestinienne. Elle a été la première à être solidaire avec les blogueurs palestiniens auxquels il était refusé un visa pour entrer en Tunisie et participer à la Conférence des blogueurs arabes.

Razan a affiché un blog en 2008 pendant le massacre de la bande de Gaza intitulé, « L’idée de solidarité avec Gaza ». Elle écrit, « Je comprends quand les Cubains, les Brésiliens et les Pakistanais sont solidaires avec Gaza. Mais ce que je ne comprends pas, c’est quand les Syriens, les Libanais, les Jordaniens et aussi les Palestiniens en exil sont solidaires. Quel est le sens d’une solidarité dans ce contexte ? »

Non seulement nous sommes solidaires avec Razan et les autres prisonniers, mais nous affirmons aussi que notre destin est un, nos préoccupations sont unes, et notre combat est un. La Palestine ne pourra jamais être libre tant qu’un peuple arabe vivra sous un régime répressif et réactionnaire. C’est le même chemin pour une Palestine libre que pour une Syrie libre, où les Syriens vivront dans la dignité.

Liberté pour tous les prisonniers qui sont dans les cellules du régime syrien !

Vive la Révolution syrienne, sans dictature, ni sectarisme, ni intervention étrangère !

Pour information :

SYRIE. La blogueuse Razan Ghazzawi arrêtée

Créé le 05-12-2011

Les autorités syriennes ont arrêté la blogueuse Razan Ghazzawi à la frontière syrano-jordanienne, dimanche 4 décembre, alors qu’elle se rendait à Amman pour assister à un forum sur la liberté de l’information dans le monde arabe ont annoncé l’organisation GlobalVoices et le Centre syrien d’information et du droit d’expression. Son arrestation fait craindre aux activistes syriens et du monde entier pour sa vie et ses conditions de détention, la torture étant très largement pratiquée en Syrie, notamment contre les détenus d’opinion.

Depuis 2009, cette diplômée en anglais de la faculté de Lettres de Damas anime son propre blog « Razaniayat » et participe à des activités littéraires et d’information, a expliqué le centre syrien où elle occupe des fonctions d’encadrement, pressant les autorités de la libérer et de cesser « la répression des blogueurs et les journalistes« .

Dernier billet le 1er décembre

Global Voices souligne que la jeune femme, qui publie nombre d’informations sur Twitter, est l’une des seules blogueuses syriennes à publier sous son propre nom. Contributrice Global Voices Online et Global Voices Advocacy elle avait d’ailleurs célébrée dans son dernier billet le 1er décembre la libération d’un autre blogueur syrien, Hussein Ghrer, libéré après 37 jours de détention. Et son profil twitter garde en photo l’appel à la libération d’un autre blogueur arrêté Firas Fayyad. Les réseaux sociaux jouent un rôle de premier plan dans la mobilisation depuis le début du soulèvement populaire contre le régime du président Bachar al-Assad à la mi-mars, dont la répression a fait selon l’ONU plus de 4000 morts.

Les autorités syriennes interdisant à la plupart des journalistes étrangers de couvrir le soulèvement, les médias internationaux dépendent en grande partie des vidéos de manifestants postés sur YouTube et d’autres sites internet.

Les activités en ligne des opposants au régime de Damas font l’objet d’une vive répression.

Céline Lussato – Le Nouvel Observateur

14 décembre 2011 – Jadaliyya – traduction : Info-Palestine
http://www.jadaliyya.com/pages/index/3537/palestinian-bloggers-and-activists-statement-in-so

Syrie: inquiétudes de l’Occident pour Homs, la répression sanglante sans répit


anniebannie : comme en Palestine, le régime dira qu’il ne tue que des terroristes

le 10.12.11 | 13h11

Les pays occidentaux ont mis en garde contre une nouvelle opération d'envergure contre la ville assiégée de Homs, un haut lieu de la contestation en Syrie où la répression sanglante menée par les forces du régime ne connaît aucun répit avec la mort de 14 civils.

Les pays occidentaux ont mis en garde contre une nouvelle opération d’envergure contre la ville assiégée de Homs, un haut lieu de la contestation en Syrie où la répression sanglante menée par les forces du régime ne connaît aucun répit avec la mort de 14 civils.
Ces nouvelles violences interviennent alors que le monde marque la journée internationale des droits de l’Homme et à la veille d’une grève générale à laquelle ont appelé les militants pro-démocratie au début d’une campagne de désobéissance civile à travers le pays.
Sur le plan diplomatique, la Ligue arabe, qui a imposé des sanctions économiques à la Syrie, a prévu en fin de semaine prochaine deux réunions au Caire, l’une du Comité ministériel en charge du dossier suivie d’une autre extraordinaire de l’ensemble des chefs de la diplomatie, selon un responsable.
Elles visent à discuter des conditions posées par le régime de Bachar al-Assad qui a exigé une levée des sanctions en échange de sa signature du protocole sur l’envoi d’observateurs arabes chargés de rendre compte des violences et de tenter de mettre fin à la répression.
Selon un bilan de l’ONU fourni le 1er décembre, plus de 4.000 personnes ont été tuées par les forces de sécurité depuis le début le 15 mars de la révolte populaire contre le régime mais le pouvoir semble toujours décidé à étouffer la contestation.
Ses soldats appuyés par des chars et ses forces de sécurité ont ainsi été envoyés dans plusieurs villes pour des opérations de ratissage, des perquisitions et des intimidations, selon les militants pro-démocratie, l’une des rares sources à l’intérieur du pays où les médias étrangers ne peuvent circuler librement.
C’est surtout la province de Homs (centre), l’un des plus importants foyers de contestation, qui est la cible d’une répression violente depuis des semaines avec la mort de dizaines de civils, dont des femmes et des enfants.
« Toutes les informations, les vidéos, ainsi que les militants sur le terrain affirment que le régime se prépare à commettre un massacre collectif pour faire taire la révolution à Homs, et en faire un exemple pour les autres régions », a affirmé le Conseil national syrien, qui regroupe la majorité des courants de l’opposition, dans un communiqué vendredi.
« La France est profondément inquiète des informations faisant état d’une opération militaire d’envergure que les forces de sécurité syriennes seraient en train de préparer contre Homs », a déclaré le ministère des Affaires étrangères, en appelant « l’ensemble de la communauté internationale (à) se mobiliser pour sauver le peuple syrien ».
Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont fait aussi part de leurs préoccupations, Washington se disant « profondément inquiet quant à la tournure des événements à Homs » et Londres appelant Damas à en « retirer immédiatement ses forces ».
Samedi encore, trois civils y ont été abattus par les forces de l’ordre, alors que deux ont péri à Deraa (sud), quatre lors de funérailles à Idleb (nord-ouest), et trois dans des tirs de mitrailleuses lourdes à Hama (centre), a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Selon l’OSDH et une source médicale libanaise, une Syrienne de 23 ans, blessée au ventre par balles dans la ville frontalière syrienne de Tall Kalakh, a succombé dans un hôpital au Liban. Et à la frontière turco-syrienne, un médecin syrien a été tué par les forces de sécurité.
De plus, trois hommes arrêtés par les forces du régime il y a trois semaines à Harasta, près de Damas, ont péri « sous la torture », a ajouté l’OSDH.
Entre-temps, les militants ont appelé employés, ouvriers et étudiants à « une grève générale dimanche« , suivie dans la semaine de la fermeture de routes importantes et d’autoroutes, de sit-in, de grèves dans les universités, dans les transports et la fonction publique ou encore de coupures volontaires des communications sur téléphones portables.
« Nous poursuivons notre Révolution pacifique et notre lutte civile jusqu’à la victoire. La grève de la dignité est un pas vers la désobéissance civile (…) pour couper les moyens financiers du régime avec lesquels il tue nos enfants », ont-ils écrit sur internet.

source

RIP Khaled Al-Hakim


Le docteur Ibrahim Nahel Othman (alias Khaled Al-Hakim, membre du comité de coordination des médecins de Damas) a été tué par les forces de sécurité de Bachar Al-Assad sur les frontières turques pour avoir aidé à soigner les blessés de la révolution.

Syrie: la répression fait 24 nouvelles victimes, dont 4 enfants


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le 09.12.11 | 15h05

Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants vendredi en Syrie, faisant 24 nouvelles victimes civiles, dont quatre enfants, en particulier à Homs où l'oposition accuse le régime de Bachar al-Assad de préparer "un massacre", suscitant l'inquiétude de Washington.

Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants vendredi en Syrie, faisant 24 nouvelles victimes civiles, dont quatre enfants, en particulier à Homs où l’oposition accuse le régime de Bachar al-Assad de préparer « un massacre », suscitant l’inquiétude de Washington.
Malgré le déploiement massif des forces de l’ordre, de nombreuses manifestations ont eu lieu à travers le pays sous le slogan « la grève de la dignité », en prévision d’une grève générale dimanche, selon des militants et l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Dix civils ont été tués à Homs (centre), dont deux enfants de 10 et 12 ans, et un autre, un adolescent de 14 ans, près de cette ville, cinq près de Damas, quatre à Hama (centre), deux dans la province d’Idleb (nord-ouest) et deux, dont une fillette, à Deraa (sud), où la contestation est née il y a près de neuf mois, a précisé l’OSDH.
Cette association basée au Royaume-Uni a également fait état de nouveaux « violents affrontements » entre déserteurs et forces gouvernementales, à Douma et à Saqba, à 10 km de la capitale.
Le Conseil national syrien (CNS), qui réunit la majorité des courants de l’opposition, a dit craindre un « massacre » à Homs, cible d’une répression violente depuis des semaines.
« Toutes les informations, les vidéos, ainsi que les militants sur le terrain affirment que le régime se prépare à commettre un massacre collectif pour faire taire la révolution à Homs, et en faire un exemple pour les autres régions », a affirmé le CNS dans un communiqué.
« Le régime prétexte des incidents confessionnels pour justifier » ses actes, a ajouté le CNS, affirmant qu’à Homs, les forces de l’ordre incendiaient des mosquées, torturaient et tuaient des jeunes, enlevait des femmes et des enfants, et que des milliers de soldats encerclaient la ville.
Les Etats-Unis ont fait part de leur « profonde inquiétude » quant à ces informations. La porte-parole du département d’Etat, Victoria Nuland, a souligné que M. Assad serait tenu responsable de tout décès provoqué par les forces gouvernementales et Londres a demandé à Damas de « retirer immédiatement » ses forces de Homs.
A Damas, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jihad Makdessi, a lancé un « appel au monde extérieur et à nos frères du monde arabe pour aider la Syrie (à faire cesser) l’acheminement d’armes » dans le pays », afin d’aider à « trouver une sortie honorable à la crise ».
« Nous voulons que les autres, tous les autres, soutiennent l’évolution de la Syrie, pas la confrontation armée en Syrie », a-t-il insisté, affirmant que M. Assad était « horrifié » et « attristé » par les violences meurtrières qui secouent le pays depuis près de neuf mois.
Il a précisé que Damas étudiait une réponse de la Ligue arabe à sa demande de levée des sanctions de l’organisation avant la venue d’observateurs arabes.
A Bagdad, le ministre irakien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, a affirmé que son pays allait développer ses relations avec l’opposition syrienne, à l’exception de l’opposition armée. « La situation nous oblige à jouer les bons offices », a-t-il expliqué.
La Turquie a en revanche annoncé qu’elle allait suspendre un accord de libre échange avec la Syrie, déjà suspendu par Damas, et prendre des dispositions pour éviter la Syrie dans ses relations commerciales avec le Proche-Orient.
La Russie a confirmé que la responsable des droits de l’Homme de l’ONU, Navi Pillay, serait entendue par le Conseil au sujet de la Syrie, une demande formulée par Paris, Londres et Berlin. Cette audition est prévue lundi à 19H00 GMT.
Les Européens, France en tête, plaident depuis des mois – mais en vain – pour que le Conseil de sécurité condamne la répression en Syrie. Lors d’une conférence de presse, Mme Pillay a estimé que des vies auraient pu être sauvées si une action avait pu être entreprise plus tôt au Conseil de sécurité.
La répression a fait selon les Nations unies, au moins 4.000 morts, dont plus de 300 enfants, un bilan crédible, ont affirmé vendredi le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et Navi Pillay.
Dans un entretien mercredi à la chaîne américaine ABC News, M. Assad a dit n’accorder aucun crédit au bilan avancé par l’ONU, estimant que l’organisation n’était pas crédible.
« Il s’agit de dépositions de première main auprès de témoins, beaucoup de ces informations provenant de l’intérieur du pays par Skype », a insisté Mme Pillay, rappelant que plus de 220 témoins avaient été interrogés.
« Le président syrien ne peut pas balayer tout cela d’une affirmation sans fondement », a-t-elle ajouté, tout en exhortant le président syrien à laisser une commission d’enquête entrer dans le pays. « Il est très important que nous allions là-bas et vérifions sa version », a-t-elle dit.
Elle a encore souligné que les défections de plus en plus nombreuses dans les rangs des forces armées faisaient planer la menace « d’une véritable guerre civile », rappelant que « près de 1.000 » membres des forces de l’ordre syriennes avaient été tués dans les violences depuis la mi-mars.

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Le régime syrien expulse le père Paolo Dall’Oglio, fondateur de la communauté « Al Khalil »


anniebannie : ce père est quelqu’un d’exceptionnel qui a toujours eu son franc parler; son expulsion est un nouveau tournant dans la dérive du régime

26 novembre 2011

Le site internet youkal.net rapporte, samedi 26 novembre, que le régime syrien vient d’ordonner au père Paolo Dall’Oglio, membre de la communauté jésuite de Syrie et responsable du monastère Mar Moussa Al Habachi, près de Nabak, de quitter au plus vite le pays. Le ministère syrien de l’Intérieur a adressé une injonction en ce sens à l’évêque dont le religieux dépend.

Paolo Dall’Oglio

Il commente cette information en indiquant que le père Paolo, qui avait entrepris en 1984 de restaurer seul, avec ses mains, ce monastère du VIème siècle longtemps abandonné,  qui en a fait un lieu internationalement reconnu de dialogue et de rencontre entre le christianisme et l’islam et qui y a créé la communauté « Al Khalil », a été sanctionné « pour son soutien à la révolution en Syrie ». Les choses sont sans doute un peu moins simples. Avec sa sensibilité particulière, le religieux voulait surtout, comme l’écrivait le 2 octobre le journal La Croix, continuer de « croire à la possibilité d’une réconciliation nationale et invitait toutes les parties à faire le choix de la non-violence ».

Deïr Mar Moussa Al Habachi

Le site écrit enfin : « Le régime syrien s’efforce depuis longtemps de faire croire que la minorité chrétienne du pays le soutient. Il a récemment envoyé au Liban une religieuse qui lui est inféodée pour y tenir, au Centre Catholique d’Information, en concertation avec le ministère syrien de l’Information, une conférence de presse pour attaquer la révolution syrienne. On a alors découvert que cette religieuse était bien connue du régime et qu’elle agissait en coordination avec lui ». Il ajoute que l’ancien ministre libanais Wi’am Wahhab, dont l’allégeance absolue au régime syrien a largement contribué à la carrière et à la fortune, vient d’ailleurs de « démasquer la religieuse en indiquant qu’elle fait partie de ses connaissances, qu’elle s’appelle dans le civil Fadia, et qu’elle est d’origine libanaise ».

Cette expulsion d’une personnalité très respectée en Syrie au sein de l’ensemble des communautés confirme que le régime syrien ne protège pas les minorités, mais uniquement les membres de ces communautés qui acceptent de lui apporter leur soutien, en faisant leur son discours, en relayant sa propagande, en justifiant ses agissements criminels et en lui apportant leur caution morale.

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Le régime syrien mise tout sur la répression


Analyse | LEMONDE | 23.11.11 | 11h54   •  Mis à jour le 23.11.11 |

A Homs, dans le quartier de Khalidiya,  la peur des habitants après l'explosion d'une bombe, le 28 octobre. Aucun adulte ne souhaite que son visage n'apparaisse sur la photo, par peur des représailles.

A Homs, dans le quartier de Khalidiya, la peur des habitants après l’explosion d’une bombe, le 28 octobre. Aucun adulte ne souhaite que son visage n’apparaisse sur la photo, par peur des représailles. MANI / ZEPPELINNETWORK/DEAL TEAM

Le 12 janvier, deux jours avant la chute à Tunis du régime de Zine El-Abidine Ben Ali, le président syrien, Bachar Al-Assad, pouvait penser qu’il avait opéré un rétablissement complet. La démission à Beyrouth du premier ministre Saad Hariri, qui l’avait accusé d’avoir fait assassiner son père Rafic, ancien premier ministre du pays du Cèdre, en 2005, refermait à ses yeux une parenthèse de près de six ans.
Longtemps isolé, le président Bachar Al-Assad avait renoué successivement, en 2008 et en 2009, avec deux de ses adversaires, la France et l’Arabie saoudite, alors que l’administration Obama, tout en maintenant des sanctions unilatérales contre le régime, s’était à son tour résignée, en 2010, à dépêcher un ambassadeur à Damas, à un poste laissé longtemps sans titulaire. Sans revenir sur son alliance historique et stratégique avec l’Iran, M. Assad avait également approfondi les relations avec son puissant voisin du Nord, la Turquie.

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Dix mois plus tard, le président syrien est pourtant affaibli comme jamais. Après la Tunisie, le Yémen, l’Egypte, la Libye et Bahreïn, où elle a été brisée, la vague des « printemps arabes » a fini par toucher la Syrie, le 15 mars, à Damas. Extrêmement marginale initialement, la contestation s’est enflammée deux jours plus tard après la répression brutale des manifestants de la ville de Deraa, frontalière de la Jordanie, avant d’essaimer dans de nombreuses cités moyennes du pays, les grandes métropoles de Damas et d’Alep étant relativement peu touchées. La répression extrêmement violente de ce soulèvement, décidée par le régime, a été sans effet, sinon de générer, à partir de l’été, un début de militarisation, puisque c’est pour éviter d’avoir à tirer sur les foules que des soldats ont commencé à faire défection, puis à organiser des embuscades pour contrarier le déploiement des troupes.

L’incapacité du régime à étouffer la contestation ne l’a pas cependant privé de tous ses atouts. Contrairement au cas tunisien, il continue d’avoir à sa disposition un appareil militaro-sécuritaire qui a résisté jusqu’à présent à l’épreuve que constitue pour lui un soulèvement diffus, coordonné sur le terrain, comme ailleurs dans le monde arabe en proie aux « printemps », par des militants spontanés, généralement sans passé politique et donc difficilement identifiables. Contrairement aussi à l’Egypte, l’extrême verticalité du pouvoir a préservé jusqu’à présent ce dernier d’un « coup de palais » semblable à celui qui a permis au Conseil suprême des forces armées (CSFA) d’écarter le président Hosni Moubarak pour tenter de préserver les prérogatives de l’armée égyptienne.

A la différence de la Libye, le régime syrien a pu conserver, à la condition de déployer ses troupes, le contrôle du terrain. Aucune portion du territoire, qu’il s’agisse des zones frontalières avec la Turquie ou avec la Jordanie, n’a pu être sanctuarisée par l’opposition comme ce fut le cas d’une bonne partie de la Cyrénaïque libyenne dès le début du soulèvement contre le régime de Mouammar Kadhafi.

Le régime syrien, contrairement à la Libye, se sait par ailleurs protégé de toute forme d’intervention étrangère autre que l’adoption de mesures de sanctions aggravées, la réponse privilégiée pour l’instant par les Etats-Unis et l’Union européenne (UE). Le président Assad peut compter sur un soutien russe qui ne s’est pas démenti jusqu’à présent, bien au contraire, et qui empêche de fait l’adoption, au Conseil de sécurité des Nations unies, d’une résolution qui légitimerait le principe d’une ingérence internationale au nom de la protection des civils, intervention qu’une partie de l’opposition commence à réclamer après y avoir été hostile.

Le régime syrien peut enfin jouer, comme lorsqu’il fut fragilisé après l’assassinat de Rafic Hariri, du repoussoir irakien, le chaos interconfessionnel qui s’est installé dans le pays après l’invasion américaine de 2003 étant un élément en mesure de dissuader la majorité silencieuse syrienne de rejoindre massivement la contestation. Il s’appuie, pourtant, sur les mêmes réflexes communautaires pour tenter de regrouper autour de lui la majorité des alaouites, cette dissidence ancienne du chiisme dont est issu le clan des Assad, ainsi que les différentes chapelles des chrétiens syriens. Ces divers groupes s’ajoutent à la bourgeoisie de Damas et d’Alep, les deux grandes métropoles syriennes qui n’ont d’ailleurs pas connu de manifestations massives depuis le début du soulèvement.

Il n’est cependant pas sûr que ces atouts puissent faire effet durablement. D’une part, parce que le soulèvement syrien n’est pas un phénomène isolé mais s’inscrit dans un mouvement régional qui n’a connu jusqu’à présent qu’un seul revers, à Bahreïn. A ce titre, le parallèle explicite établi par le régime avec les années 1979-1982 et le soulèvement armé provoqué alors par une dissidence radicale de la confrérie des Frères musulmans, écrasée à Hama au prix de milliers de morts n’est guère pertinent.

Depuis le 12 novembre, d’autre part, la Syrie se retrouve mise au ban de la Ligue arabe après le refus d’un plan de sortie de crise qui prévoyait, notamment, l’envoi d’observateurs, le retour de l’armée dans les casernes et l’ouverture d’un dialogue avec l’opposition. Même si le poids de l’institution panarabe ne doit pas être surestimé, ce lâchage, obtenu à une large majorité (18 pays sur 22), est coûteux pour un régime prompt à se présenter comme le symbole d’une résistance arabe vis-à-vis d’Israël et des Occidentaux. L’assistance qu’apporte la Turquie aux dissidents syriens, l’alignement d’Ankara sur les positions de la Ligue arabe font que Damas ne peut plus compter que sur le soutien d’un axe Téhéran-Bagdad-Hezbollah, dont il est aujourd’hui le maillon le plus fragile.

La solidité de l’assabiya, de la communauté alaouite, autour de la personne du président syrien n’est pas non plus assurée à terme, compte tenu de la prédation dont le premier cercle du régime s’est rendu coupable au cours des dernières années. Cette dérive patrimoniale n’a d’ailleurs pas été pour rien dans la contagion à la Syrie des « printemps arabes ».

La violence, qui constitue jusqu’à présent la seule réponse du régime au soulèvement, peut enfin s’avérer un piège si elle n’est pas relayée par des dispositions politiques ou sociales. Or l’économie du pays, qui ne peut plus compter sur les revenus tirés du tourisme et qui a du mal désormais à exporter sa modeste production pétrolière, en voie d’épuisement, est fragile.

Les moyens du régime, qui a engagé tardivement une libéralisation circonscrite à des activités de services, sont limités. Des sanctions internationales renforcées pourraient retirer au pouvoir syrien toute marge de manoeuvre sur ce point.

Gilles Paris

Syrie : au delà de la honte


Cette vidéo a été postée sur le site de Maysaloon; elle commente :

« Cette vidéo remonte à un mois, mais je l’ai vue ce soir pour la première fois. Il est humiliant et inquiétant de voir ce qui se passe en Syrie aujourd’hui. Je ne comprends pas de quel type de réformes parlent  Assad et ses partisans. Qui pensent-ils  tromper quand on voit un homme humilié et insulté pareillement dans la Syrie de Assad. Impossible de rester impartial devant une telle brutalité et il n’y a pas de justification qui tienne.

Je traduirai ce que je peux ; il n’y a pas de contexte à cette vidéo, mais les soldats seraient les membres de l’élite, une unité spéciale loyale à Assad. Elle a été postée par Sham SNN sur Youtube le 16 octobre et elle est dédiée à la ligue Arabe.

On demande à l’homme de sourire et de rire devant la caméra. On lui dit de dire son nom et quand il le dit on le gifle brutalement. Dans cette vidéo on lui dit aussi de dire que il est heureux de savoir qu’ils ont couché avec sa soeur et qu’il a acheté des armes et des drogues.

Vers la fin de la vidéo, il se plaint de son asthme et demande son inhalateur. L’homme qui le filme au début et qui se trouve maintenant à côté de lui,  lui donne l’inhalateur et lui demande si il s’est « repenti ». Le prisonnier répond « oui » et le soldat lui dit que c’est ramadan et que s’il est un bon mot musulmans, sa promesse est sérieuse. À la fin de la vidéo le prisonnier est giflé si brutalement qu’il tombe par terre

Cette vidéo est honteuse et très inquiétante. Le régime et ses partisans ne veulent pas que vous la voyez« 

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