Syrie : manifestations massives contre le régime, 16 morts


vendredi 2 septembre 2011, par La Rédaction

Seize personnes ont été tuées au cours du vendredi de la « mort plutôt que l’humiliation » en Syrie, où des dizaines de milliers de manifestants ont bravé le régime, à nouveau visé par l’Union européenne qui a décrété un embargo sur les importations de pétrole en provenance de Syrie.

La décision européenne risque d’avoir de lourdes conséquences sur l’économie syrienne, car l’UE achète 95% du pétrole exporté par la Syrie.

Malgré tout, les autorités ont poursuivi leur politique de répression. Au moins 16 civils ont été tués par les forces de sécurité syriennes qui dispersaient des manifestations dans le pays, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Huit personnes, dont une adolescente de 16 ans, ont été tuées à Erbine, Kfarbatna, Douma et Hammouriyé, des villes dans la région de Damas, tandis que cinq personnes ont été tuées à Homs (centre) et à Talbissé (région de Homs) et trois à Deir Ezzor (est), selon l’OSDH.

En outre, « des tirs nourris visaient tout ce qui bougeait ou toute personne qui sortait de chez elle dans le quartier de Bab el-Sbaa, à Homs », dénonce l’OSDH.

De même à Harasta, dans la région de Damas, « cinq véhicules militaires transportant des soldats lourdement armés ont tiré sur tout ce qui bougeait dans les rues », selon l’OSDH.

Les militants ont tenu à souligner que leurs manifestations étaient « pacifiques », en réponse au régime qui, depuis le début de la révolte le 15 mars, refuse d’admettre l’ampleur de la contestation et attribue les violences à des « groupes terroristes armés ».

« Nous sommes prêts à mourir par millions en martyrs », ont écrit des militants sur leur page Facebook « Syrian revolution ». Un autre groupe animant les protestations, les Comités locaux de coordination (LCC), a affirmé que les manifestations se poursuivraient « tous les jours jusqu’à la chute du régime ».

Les manifestations se déroulent en général à la sortie des mosquées après la prière et sont régulièrement réprimées. Des rassemblements ont lieu quasiment quotidiennement, mais le vendredi, jour de repos hebdomadaire dans les pays musulmans, la mobilisation est plus forte.

Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue dans les régions de Damas, de Hama (centre), de Deraa (sud), de Homs, dans la ville d’Amouda (nord-est) et à Deir Ezzor, selon l’OSDH et les LCC.

C’est à Talbissé, dans la région de Homs, que la mobilisation contre le régime a été particulièrement forte, a souligné l’OSDH.

L’agence officielle Sana a rapporté de son côté que trois membres des forces de sécurité avaient été tués vendredi et que d’autres avaient été blessés « par les tirs de groupes terroristes armés qui les ont attaquées à Hammouriyé, Erbine et Talbissé ».

De plus, « quatre individus armés » ont été tués par les forces de l’ordre lors de ces « attaques » dans les trois localités, selon Sana.

D’après l’agence, « un groupe terroriste armé dans la ville de Khan Chikhon dans la province d’Idleb (nord-ouest) a enlevé le capitaine Waël el-Ali des forces de sécurité ».

Il n’était pas possible de vérifier ces informations sur le terrain, le régime limitant fortement les déplacements des médias étrangers.

Confronté à une révolte qui se contentait au début de réclamer des réformes démocratiques, le président Assad, qui gouverne le pays d’une main de fer, a choisi la répression tout en promettant des réformes. Mais les opposants, disant douter désormais de sa crédibilité, ont commencé à exiger son départ.

Selon l’ONU, les violences dans le pays ont fait au moins 2.200 morts depuis la mi-mars, en majorité des civils, et selon les militants, plus de 10.000 personnes ont été arrêtées.

Mais les Etats-Unis et l’Europe ne parviennent toujours pas à bâtir un consensus à l’ONU pour sanctionner Damas, essentiellement en raison de l’opposition de la Russie, alliée du régime syrien.

Les Européens ont décidé d’étendre leurs sanctions de gel d’avoirs et d’interdiction de visa à quatre hommes d’affaires accusés de financer le régime et à trois entreprises, dont une banque.

L’UE « montre par ce sixième train de sanctions sa détermination face au comportement inacceptable des dirigeants syriens », a affirmé le chef de la diplomatie française Alain Juppé, qui avait dit auparavant vouloir « développer » ses contacts avec l’opposition

Le géant pétrolier français Total a en revanche affirmé que s’il respectait l’embargo, il allait poursuivre sa production dans le pays.

(Vendredi, 02 septembre 2011 – Avec les agences de presse)

Syrie : 473 personnes tuées dans les manifestations pendant le ramadan


mercredi 31 août 2011, par La Rédaction

Quatre cent soixante-treize personnes ont été tuées lors de manifestations au cours du ramadan qui a pris fin lundi en Syrie, a indiqué mercredi l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, alors que les forces de sécurité menaient des opérations dans la région de Homs (centre).

Le bilan des morts tombés au cours du mois sacré du ramadan s’élève à 473, dont 360 civils et 113 membres des forces de sécurité et de l’armée, a détaillé l’OSDH, basée en Grande-Bretagne.

Parmi ces morts, figurent 25 personnes âgées de moins de 18 ans, 14 femmes et 28 personnes ayant péri en détention ou sous la torture, la plupart dans la province de Homs, a précisé l’ONG dans un communiqué.

Le régime du président Bachar al-Assad est contesté par des manifestations quasi-quotidiennes depuis la mi-mars. Au moins 2.200 personnes en majorité des civils ont été tuées depuis, selon l’ONU.

La province de Homs était le théâtre mercredi d’opérations des forces de sécurité et de l’armée qui ont lancé un assaut sur la localité de Houlé, à 20 km de la ville de Homs, arrêtant 16 personnes, a d’autre part indiqué l’OSDH.

Dans cette même localité, les autorités avaient remis lundi à leurs familles 13 corps de personnes enlevées par les forces de sécurité début août, provoquant la colère des habitants, a ajouté l’OSDH.

Les Comités locaux de coordination (LCC), un groupe qui anime les manifestations en Syrie, ont indiqué pour leur part que les forces de sécurité avaient mis le feu à Houlé aux domiciles deux hommes et menacé d’arrêter leurs épouses et enfants s’ils ne se rendaient pas.

Dans le village d’Aqrab, les forces de sécurité ont aussi lancé un assaut, incendiant une maison, menant des perquisitions et arrestations, et terrorisant les habitants, selon les Comités.

Dans la province de Hama (centre), Moustapha Rostom, une figure de l’opposition, a été arrêté chez lui la nuit dernière dans la localité de Salamyeh par les services de renseignements militaires, selon les LCC. M. Rostom, dont l’état de santé est instable, n’a pas été autorisé à prendre ses médicaments.

(Mercredi, 31 août 2011 – Avec les agences de presse)

Ali Ferzat


Enlevé par les sbires du pouvoir syrien, il a été jeté d’une voiture avec les mains cassées disent certains; d’autres affirment  qu’on ne lui a cassé qu’UN bras.

C’est un caricaturiste de grand talent. Mais seule la flatterie est admise.

p.s. Al Oufok rapporte que ce sont bien les mains qui ont été brisées.

Message de Anonymous au peuple syrien


Ajoutée par le  7 août 2011

Anonymous s’est emparé du site du ministère syrien de la défense le 8 août 2011,  et a  affiché ce message adressé au peuple syrien.

Transcription

Au peuple syrien : le monde entier est avec vous contre le régime brutal de Bachar al-Assad. Sachez que le temps et l’histoire sont de votre côté -les tyrans utilisent la violence parce qu’ils n’ont rien d’autre,  et plus ils sont violents, plus ils se fragilisent. Nous saluons votre volonté d’être non-violents fasse à la brutalité du régime et nous admirons votre désir de poursuivre la justice et non pas la vengeance. Tous les tyrans tomberont,  et grâce à votre bravoure, Bachar al-Assad est le prochain.

Aux soldats syriens : vous êtes responsables de la protection du peuple syrien et quiconque vous donne l’ordre de tuer des femmes, des enfants et des vieillards, mérite d’être jugé pour trahison. Aucun ennemi extérieur ne pourrait causer autant de ravages à la Syrie que ne l’a  fait Bachar al-Assad. Défendez votre pays-soulevez-vous contre le régime !-Anonymous

Syrie : Slogans éculés et aube nouvelle


Ramzy Baroud
Il n’y a pas moyen d’expliquer linéairement les divers événements qui ont saisi la société syrienne les derniers mois.
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Manifestation à Talbiseh, vendredi dernier. Sans leadership clair et sans l’appui de la bourgeoisie urbaine, les opposants au président Bachar al-Assad ont encore des faiblesses, mais le régime vacille malgré tout – Photo : AP

Le 23 mars, les forces syriennes de sécurité ont tué jusqu’à 20 manifestants pacifiques et en ont blessé beaucoup plus. Depuis, la violence a atteint un tel niveau de brutalité et de sauvagerie qu’elle ne peut être comparée qu’au tristement célèbre massacre commis par le régime dans la ville de Hama en 1982

A en croire la conseillère du président, Buthaina Shaaban, une des politiciennes les plus éloquentes du monde arabe, une campagne de réforme systématique est en cours d’exécution en Syrie. Elle laisse aussi entendre que si certaines exigences des manifestants sont légitimes, la crise a été en grande partie fabriquée à l’étranger et est maintenant mise en oeuvre dans le pays par des bandes armées qui veulent semer le chaos. Selon les autorités,le seul but des manifestants est de saper le leadership de la Syrie dans la région et dans l’ensemble du monde arabe.

Effectivement, la Syrie a défendu, du moins en paroles, la cause de la résistance arabe. Elle a accueilli les factions de la résistance palestinienne qui refusaient de suivre la ligne USA-Israël. Bien que ces factions n’utilisent pas Damas comme base de résistance violente contre Israël, elles y disposent d’ une plate-forme relativement libre à partir de laquelle elles peuvent communiquer leurs idées. Israël, qui cherche à détruire toutes les formes de résistance palestinienne, enrage devant cette tribune.

La Syrie a également soutenu le Hezbollah, groupe de la résistance libanaise, qui a réussi à sortir Israël du Liban en 2000 et a fait échouer les efforts israéliens visant à gagner du terrain politique et militaire au Liban en 2006. Cette narration démontre aussi comment sa logique survit à l’aide de preuves palpables des tentatives menées au grand jour ou clandestinement pour saper son leadership du front appelé réjectionniste. Ce front, qui a refusé de céder devant l’hégémonie USA-israélienne dans la région, s’est déjà considérablement rétréci après l’invasion de l’Irak, la défaite de la Libye devant les diktats occidentaux et la mise à l’écart du Soudan.

Qui plus est, le gouvernement israélien a été vraiment déçu quand les USA n’ont pas visé la Syrie pendant sa frénésie de changement de régime qui a suivi l’invasion de l’Irak en 2003. Après tout, les fidèles amis néoconservateurs d’Israël – Richard Perle, Douglas Feith et David Wurmser-avaient inclus la « prise en mains de la Syrie » comme objectif culminant dans leur document de politique de 1996.

Intitulé « Rupture nette : nouvelle stratégie pour sécuriser le Royaume », le document avait pour but d’aider Benjamin Netanyahu à se débarasser de ses ennemis régionaux. Le document disait : « Etant donné la nature du régime de Damas, il est normal et moral qu’Israël abandonne le slogan « paix globale » et agisse pour contenir la Syrie, en attirant l’attention sur son programme d’armes de destruction massive et en rejetant les négociations de « Paix contre la terre » concernant les Hauteurs du Golan. »

La Syrie est également tombée dans la ligne de mire USA-israélienne à plus d’une occasion. La frappe aérienne israélienne appelée « Opération Verger » avait reçu le feu vert des USA. Sa cible était un prétendu réacteur nucléaire dans la région de Deir ez-Zor et une attaque aérienne étasunienne contre un village syrien en octobre 2008 dans laquelle des civils syriens ont été blessés ou tués.

Bien que selon la version syrienne officielle ces événements devraient justifier à eux seuls la dure répression de l’armée contre ceux qui manifestent en faveur de la démocratie, ce raisonnement est invalidé par la longue histoire d’hypocrisie, de double langage, de brutalité et d’une volonté réelle, bien que discrète, d’accommoder les pressions et les diktats occidentaux.

L’occupation par Israël du plateau du Golan syrien en juin 1967 n’a pas simplement touché la dynamique du pouvoir régional, elle a également créé une nouvelle atmosphère politique à Damas.

Ce fut Hafez Al-Assad , père de l’actuel président Bachar, qui tira profit du changement d’atmosphère pour renverser le président Nur Al-Din Al-Atasi. La nouvelle narration a triomphé ; elle ne visait pas simplement à reprendre à Israël les territoires syriens et les autres territoires arabes occupés, mais elle faisait aussi du régime Baathiste d’al-Assad le dirigeant du nouveau front arabe. Bien que la guerre de 1973 n’ait pas réussi à libérer le Golan de ses envahisseurs, et qu’il ait abouti à un « accord de désengagement » avec Israël en mai 1974, le langage officiel est resté plus enflammé et révolutionnaire que jamais.

Bizarrement, pendant près de quatre décennies, l’implication de la Syrie dans le conflit est restée largement théorique et la résistance a été uniquement le fait de petits groupes libanais et palestiniens. Il semble que la Syrie voulait être impliquée dans la région uniquement dans la mesure où elle restait un acteur visible, mais pas au point d’être confrontée à des répercussions violentes.

Ce fut de la part de Hafez un coup de maître qu’il forgea pendant trois décennies et que Bachar a appliqué ingénieusement pendant près de 11 ans. Essentiellement toutefois, la Syrie restait asservie au contexte de la famille au pouvoir, à la règle du parti unique et au classement sectaire remontant à l’occupation coloniale française en 1922.

Il est vrai que la Syrie a été et restera une cible pour les pressions occidentales. Mais il faut se rendre compte que ces pressions sont dictées par des politiques concernant uniquement Israël et qu’elles ne se préoccupent pas d’une dictature aux mains d’une famille qui assassine ouvertement des civils innocents de sang-froid.

En fait, il y a beaucoup de similitudes dans le comportement de l’armée syrienne et de l’armée israélienne. Le nombre de victimes de la rébellion en Syrie serait de 1600 morts et de 2000 blessés (Al-Jazeera, 27 juillet) et de près de 3000 disparus (CNN, 28 juillet).

Malheureusement, cette violence n’est pas récente et on ne peut pas dire qu’elle soit due à la crainte d’une conspiration internationale visant à saper le régime du Baath. Le soulèvement de Hama 1982, dont on évalue le nombre de victimes à entre 10.000 et 40.000, a été écrasé avec autant de violence si pas davantage.

Le régime syrien confond délibérément les narrations régionales avec la narration nationale et continue à exploiter un discours vieux de plusieurs dizaines d’années pour expliquer la manière inhumaine dont il traite les Syriens. Les civils continuent à subir la colère d’une seule famille soutenue par un seul parti politique.

Mais il n’y a qu’une manière de lire l’avenir de la Syrie. Le peuple syrien mérite une aube nouvelle de liberté, d’égalité, de justice sociale à l’abri de slogans creux, d’élites égoïstes et de criminels corrompus. Le peuple syrien mérite beaucoup mieux.

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Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est un journaliste international et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire vraie de Gaza (Pluto Press, London), peut être acheté sur Amazon.com.

Du même auteur :

-  Les médias arabes ne peuvent pas passer sous silence ce que les Africains subissent en Libye – 29 juillet 2011
-  Comment l’Autorité de Ramallah brade l’unité palestinienne – 20 juillet 2011
-  Yémen : une mobilisation exemplaire et qui ne faiblit pas – 14 juillet 2011
-  Le succès de son économie ne suffit pas à expliquer la réussite de la Turquie – 2 juillet 2011
-  « L’ouverture » de la frontière à Gaza : juste des mots ? – 19 juin 2011
-  D’une frappe de missile à une aire de jeu : la volonté de Gaza – 11 juin 2011
-  Retour à Nuseirat – 4 juin 2011
-  Bienvenue à Gaza ! – 29 mai 2011
-  L’unité palestinienne et le nouveau Moyen-Orient – 7 mai 2011
-  La leçon d’humanité de Vittorio – 20 avril 2011
-  Guerre contre la mémoire palestinienne : Israël résout son dilemme démocratique – 12 avril 2011
-  Palestine et société civile : une force montante – 19 mars 2011
-  « Shock and Awe » pour les néocons : les Arabes se soulèvent ! – 13 mars 2011

P.S 2 août 2011 – Cet article peut être consulté ici :
http://www.ramzybaroud.net/articles…
Traduction : Anne-Marie Goossens

source : info-palesstine.net

Les dictateurs du monde arabe s’accrochent, mais pour combien de temps ?


mercredi 3 août 2011 – 07h:43

Robert Fisk


Jamais en mal de pirouette, Walid Joumblatt a commencé à faire quelques commentaires très pessimistes quant à la Syrie.
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Immense manifestation contre la dictature en Syrie – Ville de Hama, 29 juillet 2011 – Photo : Reuters

C’est le dirigeant druze, chef du Parti socialiste progressiste libanais et « chef de guerre », qui a suggéré que le tribunal international de l’ONU sur l’assassinat en 2005 de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri puisse être mis de côté dans l’intérêt de la « stabilité avant celui de la justice ». Il y a eu des hurlements de rage venant de Saad Hariri, le fils de l’ex-Premier ministre et actuellement en vadrouille dans le monde pour rester en dehors du Liban – et c’est compréhensible, en raison de ses propres craintes d’être assassiné – tandis que la Syrie-sœur se tient silencieuse à l’Est. Et maintenant Jumblatt déclare que certains en Syrie entravent les réformes.

Il semble que « certains » dans le régime du parti Baas ne veulent pas traduire dans les faits les promesses de réforme du président Bachar al-Assad. Les soldats ne devraient pas tirer sur les civils. Joumblatt dit que la leçon de la Norvège est aussi une leçon pour le régime syrien, et il n’a pas échappé au monde arabe que dans ses divagations sur Internet, Anders Breivik a également revendiqué que tous les Arabes quittent la Cisjordanie et Gaza.

Sans rien vous promettre, mais cela pourrait bien arriver – et combien je déteste ce cliché – le « point de basculement » en Syrie pourrait bien être atteint. Cent mille personnes (minimum) dans les rues de Homs, des soldats de l’académie militaire syrienne dans la ville ayant fait défection… Un train complet de passagers qui déraille – à cause des « saboteurs », selon les autorités syriennes, par le gouvernement lui-même, selon les manifestants qui réclament la fin de règne du parti Baas – et encore des tirs dans la nuit à Damas.

Assad espère-t-il toujours que les peurs du sectarisme maintiendront les Alaouites minoritaires, les chrétiens et les druzes derrière lui ? Les manifestants disent que leurs dirigeants sont assassinés par des hommes armés du gouvernement, que des centaines, voire des milliers de personnes ont été arrêtés. Vrai ?

Le long bras de la Syrie, bien sûr, peut encore aller loin. Dans Saïda, cinq soldats italiens de l’ONU ont été blessés après que Berlusconi se soit joint à l’UE en condamnant la Syrie. Puis Sarkozy s’est joint à la condamnation et – bang – cinq soldats français ont été blessés dans la même ville cette semaine. Une bombe sophistiquée.

Tout le monde soupçonne la Syrie. Personne ne sait. La Syrie a des partisans parmi les Palestiniens du camp de Ein el-Helweh à Saïda. Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, annonce ensuite que son mouvement va protéger face aux Israéliens les réserves pétrolières maritimes inexplorées du Liban – il y a un litige sur 550 miles carrés de Méditerranée au large de Tyr, qui peuvent ou pas appartenir au Liban – donc il y a là une autre cause de guerre.

Et puis, si nous retournons en Egypte, l’ancien président va être soumis à un procès avec ses fils Gamal et Alaa, ce mercredi, avec d’autres anciens favoris de Hosni Moubarak. Les ministres de la justice et des services de renseignement, d’anciens assistants de Moubarak, cependant, restent au gouvernement. Qu’est-ce que cela signifie ? Les anciens Mubarakites s’accrochent-ils encore ?

Les Saoudiens ont proposé des millions à l’armée égyptienne en échange que Moubarak ne passe pas en procès – nombreux sont ceux qui veulent pour lui la peine de mort, et l’armée aimerait le voir mort dès aujourd’hui – tout comme les Saoudiens sont prêts à tout donner pour le Bahreïn et tous les autres potentats du Moyen-Orient. Ils sont même prêts à accepter que Kadhafi soit jeté dehors – celui-ci a tenté d’assassiner leur roi de trop nombreuses fois.

Mais les Saoudiens n’ont pas encore compris de quelle manière Obama se comporte concernant la Syrie – pas plus, je le soupçonne, que Obama lui-même – mais le président américain doit être immensément heureux de ne pas avoir de troupes américaines au Liban. Nous savons tous ce qui est arrivé au dernier lot : 1983, la base des marines américains, 241 morts, un attentat suicide, la plus grand d’explosion depuis Nagasaki.

« Ils font passer Moubarak en procès », m’a dit un journaliste égyptien la semaine dernière. « Les rues seraient chauffées à blanc par la colère si cela ne se faisait pas. » Il promet que ce sera le procès du siècle en Egypte (The Independent sera présent). Ce qui m’amène à notre vieil ami Kadhafi, le dictateur arabe qui n’est pas tombé avec les autres despotes de sa région. En ce moment, le monde politique libyen semble être grouillant de Kérensky [prêt à prendre la place du Tsar déchu en 1917 – N.d.T] – en effet, l’échec des occidentaux à remporter la guerre pour le compte des Russes blancs contre les bolcheviks après le conflit de 1914-1918 pourraient également ramener quelques tristes fantômes pour les également malheureux mais multi-médaillés commandants de l’Otan. (La participation de Churchill pourrait être requise dans les bibliothèques de l’OTAN.)

En fait, l’échec des rebelles en Libye est probablement plus proche de la situation d’épuisement de Sharif Hussein après sa conquête de la Mecque en 1916. Celui-ci avait alors pris les armes de Lawrence et celles des britanniques (et de l’argent et des bottes sur le terrain) pour être remis sur ses pieds et à nouveau combattre les Turcs [pour être ensuite lâché par les Britanniques – N.d.T]. Hélas, il n’y a pas de Hussain Sharif en Libye.

Alors pourquoi nous impliquons-nous dans cette absurdité ? (Je ne tient pas compte des manigances meurtrières à Benghazi au cours des dernières 48 heures.) Pour les civils de Benghazi ? Peut-être. Mais pourquoi Sarkozy a-t-il lancé la première attaque ? Le professeur Peter Dale Scott de l’Université de Californie à Berkeley a ses propres idées. Kadhafi a essayé de créer une « Union africaine » soutenue par la monnaie de la Banque centrale et les réserves d’or de la Libye, et la France perdrait alors son extraordinaire influence financière dans ses anciennes colonies d’Afrique centrale. Le paquet de sanctions d’Obama, très médiatisé, contre la Libye – « le colonel Kadhafi, ses enfants et sa famille, et les membres supérieurs du gouvernement libyen… » – a contribué à obscurcir ce que sont « tous les biens et les intérêts … du gouvernement de la Libye … et de la Banque centrale de Libye ». Dans le sous-sol de la banque centrale, à Tripoli, en or et en devises, se trouvent l’équivalent de 20 milliards de livres sterling qui devaient être utilisés pour mettre en place trois projets de la fédération pour l’Afrique centrale.

Et pendant que nous sommes sur le sujet, passons en examen la guerre en Afghanistan. Voici les paroles d’un comité qui s’interroge sur notre guerre (et notre quasi-défaite) là-bas. « L’objet … est d’aider nos compatriotes à comprendre à travers quelles étapes ils ont été impliqués dans une guerre avec la nation afghane, et quels motifs sont associés à cette guerre par leurs auteurs. Nous avons été soudainement précipités dans cette guerre. Non seulement il n’y a eu aucune consultation du Parlement par notre gouvernement, aucune communication en direction de cette institution ni aucun changement de politique qui poussait à nous impliquer dans un conflit, mais, lorsque des questions ont été posées à ce sujet, les réponses données ont été calculées de façon à induire en erreur, à tromper la plupart des responsables et experts qui étaient sceptiques et à travers eux toute la nation. »

La citation provient de l’enquête parlementaire sur la seconde guerre afghane. Date : 1879.

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Du même auteur :

-  Place Tahrir, la colère monte à nouveau : où est passée la révolution pour laquelle la foule s’est battue ? – 22 juillet 2011
-  Hama 1982 – 8 juillet 2011
-  Le dépotoir à despotes fait bon accueil au suivant sur la liste – 18 juin 2011
-  « J’ai vu ces courageux médecins tenter de sauver des vies » – 14 juin 2011
-  Le peuple contre le président – 9 juin 2011
-  L’avenir de la révolution se jouera-t-il au royaume du pétrole ? – 1° mars 2011
-  Egypte : 50 000 enfants des rues maltraités par le régime de Moubarak – 17 février 2011
-  L’armée resserre-t-elle sa griffe sur l’Egypte ? – 14 février 2011
-  Un tyran s’en va et toute une nation exulte – 12 février 2011
-  La révolution égyptienne met à nu le racisme occidental – 11 février 2011
-  Egypte : 3e semaine, 16e jour, et le régime s’enlise de plus en plus – 9 février 2011
-  Moubarak est sur le point de s’en aller – 6 février 2011

30 juillet 2011 – The Independent – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.independent.co.uk/opinio…
Traduction : Claude Zurbach

Les « Amis du Théâtre de la Liberté » dénoncent vigoureusement l’attaque israélienne très grave contre le « Freedom Theatre ».


samedi 30 juillet 2011, par La Rédaction

Le matin du 27 juillet à 3.30 une force spéciale de l’armée israélienne a attaqué le Freedom Theatre à Jenine. Le régisseur général des lieux, Adnan Naghnaghiye, a été arrêté et emmené vers une destination inconnue, ainsi que Bilal Saadi, un des membres du Conseil d’administration. Aujourd’hui, le 28 juillet, nous ignorons où ils sont détenus, nous n’avons plus des nouvelles d’eux.

Le directeur par intérim du théâtre, le Britannique Jacob Gough, et le co-fondateur du FT, le Suédois Jonatan Stanczak, ont été menacés à leur arrivée sur les lieux en expliquant aux cinquante soldats cagoulés, qu’ils attaquent un lieu culturel et qu’ils ont arrêté les animateurs du Théâtre.

Il y a dix jours encore, une troupe de huit jeunes acteurs du Freedom Theatre achevait une tournée en France, lors de laquelle elle a joué « Sho Kman – Et quoi encore ? », une pièce qui met en scène de façon tragique et artistique les dangers et la violence auxquels sont confrontés les jeunes. Le public, ému et impressionné, a pu apprécier le travail de qualité de la troupe. Le public et la troupe ont retrouvé l’espoir d’un avenir pour le Freedom Theatre.

Nabeel Al Raee, le metteur en scène, témoignait alors : « Les rencontres de Grenoble ont été très importantes notamment grâce aux échanges avec les autres compagnies. Celles-ci ont exprimé leur volonté de participer à des échanges culturels avec le Freedom Theatre en animant des ateliers à Jénine. Le CREARC (Centre de Création de Recherche et des Cultures) de Grenoble nous a invité à nouveau pour les prochaines rencontres internationales. Notre spectacle a été très applaudi, nous avons même vu des larmes chez certains de nos spectateurs. »

Rappelons les principaux objectifs du Freedom Theatre qui dérangent le gouvernement israélien et qu’il tente de détruire par cette intervention armée.

Il offre :

· aux enfants et aux jeunes du Camp de réfugiés de Jénine et des environs, l’aptitude à se connaître soi-même et à avoir confiance en soi, ce qui les dote du pouvoir de défier la réalité actuelle en prenant en mains leur propre avenir.

· un espace où des enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes de la région de Jénine peuvent jouer comme acteur et créer du théâtre, s’exprimer librement et imaginer de nouvelles réalités en défiant les barrières sociales et culturelles qui leur entourent.

· la possibilité de sortir de l’isolement culturel qui sépare Jénine d’autres régions de la Palestine et du monde.

· un moyen de résistance non violente à l’occupation, permettant aux jeunes d’exister en tant qu’individus, en tant que peuple et en tant qu’entité culturelle.

Cette attaque est une honte et un crime de la part de l’ÉTAT ISRAÉLIEN qui brise tout espoir de liberté, à travers le théâtre, des jeunes palestiniens de Jénine.

Le Freedom Theatre doit continuer à être un lieu de résistance culturelle contre l’occupation israélienne.

L’armée israélienne doit cesser de semer la terreur et « dégager » du Freedom Théâtre, de Jénine et de toute la Cisjordanie.

« Il n’y a pas de liberté sans savoir.
Il n’y a pas de Paix sans liberté.
La paix et la liberté sont inséparables »
(Arna Mer Khamis)

Les Amis du Théâtre de la Liberté de Jénine
Le 28 juillet 2011

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