Le drame du juge Goldstone


par M. Saadoune

Objet d’une campagne intense de dénigrement et d’insultes depuis deux ans, le juge sud-africain Richard Goldstone a commis un article alambiqué où, sans se rétracter, il semble essayer d’atténuer les conclusions de son fameux rapport. Israël a immédiatement embrayé dessus en lançant une campagne internationale pour «exiger» l’annulation du rapport Goldstone. 

On peut parier que les amis occidentaux, ceux qui s’émeuvent tant des méfaits des «mauvaises dictatures» – les «bonnes» resteront des amies jusqu’à ce que des peuples « inconscients » les abattent -, vont être de la partie. On va sortir les mouchoirs pour pleurer ce pauvre Israël attaqué injustement par des antisémites. La preuve ? Richard Goldstone se rétracte.

Il faut bien lire le texte de Goldstone. C’est un texte remarquable, comme ces mots lâchés par les torturés, par bribes et sous l’effet de l’épuisement. Dans le cas de Goldstone, qui est de confession juive, cette torture a dû être particulièrement éprouvante. Car ce texte équivoque, qui n’est pas vraiment une rétractation, respire clairement la honte d’un homme libre qui se soumet et s’aligne. Il le sait le juge. Il vient d’Afrique du Sud où l’on ne se paye pas de mots pour savoir ce que sont la ségrégation et l’apartheid et où l’on ne ferme pas les yeux quand on les voit appliqués aux Palestiniens.

Mais le juge Goldstone aurait beau essayer d’introduire de la nuance dans son rapport, cela n’empêchera pas Israël de lui demander de s’humilier davantage devant le monde entier et d’humilier sa raison et son bon sens. L’homme sait parfaitement que son rapport est juste. Ce rapport était inacceptable pour Israël et ses soutiens occidentaux. Israël a le «droit de se défendre», répètent-ils, ce qu’il faut traduire simplement par «droit de massacrer».

Ce qui était insupportable dans le rapport Goldstone est qu’il a commis le crime de vérité sur Israël. Et le juge doit payer. Son article n’est pas suffisant pour Israël. L’Etat hébreu exige de lui des excuses.

Le drame du juge Goldstone est qu’il n’est pas un imbécile. Il sait qu’on lui demande de faire l’imbécile. La «légitime défense» n’avait aucun sens dans les raids sur Ghaza qui ont fait plus de 1.400 morts, dont une écrasante majorité de gens sans arme. Ce qu’on lui demande est de faire accroire que ces morts n’étaient que ces fameux «dommages collatéraux», ce terme horrible et barbare que la «civilisation» a inventé pour ne pas parler de carnages et de crimes de masse.

Ces crimes «civilisés» massifs ont été documentés par d’autres organisations des droits de l’homme. Amnesty International soulignait dans son rapport que «1.400 Palestiniens, dont quelque 300 enfants et des centaines d’autres civils non armés, avaient été tués. Des quartiers entiers de la bande de Gaza ont été rasés, des milliers de personnes se sont retrouvées sans logement, et l’économie, déjà dans une situation désastreuse, est complètement ruinée. La plupart des destructions étaient injustifiées et résultaient d’attaques visant directement des biens civils, ou encore d’attaques aveugles frappant indistinctement des objectifs militaires légitimes et des biens de caractère civil».

Ce sont là des faits sanglants établis qu’aucune rétractation ne peut gommer. Pour les Occidentaux, parions qu’ils suivront les demandes d’Israël, eux qui n’ont jamais vu le peuple arabe de Palestine se battre sans fin pour en finir avec le régime de l’apartheid et du racisme qui l’écrase.

Le pauvre Goldstone, qu’il se rétracte ou non, ne sera qu’une victime de plus de la guerre contre Ghaza qui se poursuit.

Massacre de Gaza : le juge Goldstone capitule, et déchire son propre rapport


Les dirigeants israéliens peuvent légitimement sabler le champagne, et trinquer sur la tombe des 1.400 martyrs palestiniens massacrés pendant l’attaque « Plomb durci » contre la population de la bande de Gaza en décembre 2008 – janvier 2009.

Le juge sud-africain à la retraite Richard Goldstone, qui avait dirigé la commission d’enquête sur les événements, à la demande du Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies, concluant à des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité de la part des forces israéliennes, a en effet fini par se rétracter.

D’origine juive, se déclarant lui-même sioniste, Goldstone se pensait peut-être à l’abri d’accusations de partialité, voire d’antisémitisme, de la part des dirigeants israéliens, lorsqu’il rendit son rapport sur « Plomb durci » en septembre 2009.

Il se trompait. Forts de leur impunité –puisqu’aussi bien, le rapport Goldstone n’a été suivi au niveau de l’ ONU et des puissances qui dirigent cette institution d’aucune mesure de rétorsion et encore moins de sanctions- les dirigeants israéliens et leurs alliés dans les « communautés juives » du monde ont lancé fatwa sur fatwa contre Goldstone, le bannissant de la tribu en tant que « Juif traître ».

La pression alla jusqu’à s’exercer, avec succès, à l’intérieur du cercle familial de Goldstone, lui interdisant par exemple d’assister à la bar mitzvah (cérémonie religieuse marquant le passage d’un garçon à l’âge adulte) de l’un de ses propres petits-fils.

Parallèlement, la propagande israélienne eut l’impudence d’accuser Goldstone d’avoir servi le régime d’apartheid en Afrique du Sud dans les années 1970 et 1980 : un mensonge éhonté, Goldstone ayant été l’un des très rares magistrats sud-africains à s’opposer publiquement au régime raciste. Et ce, à une époque où c’est au contraire l’Etat d’Israël qui était l’allié numéro un du pouvoir blanc !

Les menaces et calomnies de la propagande israélienne sont donc aujourd’hui récompensées.

Dans une tribune publiée samedi par le quotidien états-unien Washington Post, Goldstone se rétracte carrément, et suggère que le rapport portant son nom soit jeté aux orties.

(pour lire, en anglais, le contenu de la tribune de Goldstone, cliquer ici http://www.washingtonpost.com/opinions/reconsidering-the-goldstone-report-on-israel-and-war-crimes/2011/04/01/AFg111JC_story.html?hpid=z3)

Avec « Plomb Durci », Israël n’a fait finalement qu’exercer un droit inaliénable à la légitime défense, y écrit en substance le vieux juge à l’honneur perdu.

Certes, Goldstone ne peut faire totalement l’impasse sur les centaines de civils, hommes, femmes et enfants, massacrés au cours de ces trois semaines d’horreur. C’est regrettable, dit-il, mais Israël ne l’a pas fait exprès, et comme chacun sait, toute guerre a son lot de bavures techniques et dommages collatéraux inévitables. « La faute à pas de chance », quoi !

Au final, si des responsabilités doivent être pointées, il ne reste pour Goldstone que celles du Hamas, accusé pour ses tirs aveugles de roquettes artisanales vers le territoire israélien, dont les dommages sont pourtant dérisoires au regard des morts et des destructions semées par l’une des plus puissantes armées de la planète.

En phase avec l’agenda de la propagande israélienne, Goldstone, dans son exercice de « Juif repenti » (salué comme tel, depuis samedi, par des politiciens israéliens et commentateurs sionistes), pousse l’ignominie jusqu’à accuser le Hamas d’un autre crime, tout récent, pour lequel il n’a pourtant aucune compétence, ni personnelle, ni professionnelle : à savoir, l’assassinat de cinq membres d’une même famille, y compris un nourrisson de trois mois, dans la colonie juive d’Itamar en Cisjordanie.

La tuerie d’Itamar, au cours de laquelle le couple Fogel et trois de ses enfants ont été poignardés dans leur sommeil le mois dernier, n’a fait l’objet d’aucune revendication, et elle a été dénoncée comme un crime monstrueux par tous les partis palestiniens, y compris les entités militarisées de ces derniers (brigades Ezzedine al Qassam, Al Qods, martyrs d’Al Aqsa …).

Trois semaines après les faits, l’enquête policière, frappée de secret, n’a débouché sur aucune inculpation, malgré la terreur (bouclages, arrestations de masse) imposée aux populations palestiniennes survivant dans le voisinage de la colonie d’Itamar.

Des rumeurs sur l’interrogatoire d’un salarié thaïlandais de la famille Fogel (les travailleurs palestiniens étant interdits de séjour à Itamar, même comme bêtes de somme) continuent de circuler, sans être démenties ni confirmées côté israélien, où l’on évoque au contraire des recherches ADN sur des dizaines de Palestiniens raflés. Et faute d’avoir trouvé de vrais coupables, Israël est fort capable d’en inculper d’autres, de préférence des Palestiniens, bien entendu. Ce ne serait pas la première fois que la grande diplomatie israélienne se livre à ce genre d’exploits.

Quand on voit comment elle a réussi à faire plaider coupable Salah Hamouri, alors qu’il n’a commis aucun délit, et à infliger 7 ans de prison au jeune Franco-Palestinien pour lui apprendre à renoncer à toute idée de résistance, on ne se fait aucun souci sur les capacités du gouvernement israélien à se trouver des coupables… et même à fomenter des crimes pour contrer toute menace de paix.

Candidat à la rédemption, l’inspecteur Goldstone a pour sa part déjà trouvé le coupable.

CAPJPO-EuroPalestine

Ce que le juge Goldstone a appris à ses dépens (Counterpunch)


Campagne israélienne de communication

Neve GORDON

Richard Goldstone a appris une chose ou deux l’année dernière. Depuis que Goldstone, qui se décrit lui-même comme un juge juif et sioniste d’Afrique du Sud a émis un rapport accusant Israël (et le Hamas) de crimes de guerre, il a été la victime d’une campagne bien orchestrée visant à le discréditer. Il y a deux semaines de nouvelles « révélations » se sont répandues dans la presse, accusant Goldstone d’avoir envoyé 28 Sud Africains noirs à la mort pour des offenses criminelles quand il était juge à l’époque de l’apartheid. « Le juge qui a condamné des noirs à la peine capitale  » a déclaré Reuven Rivlin, porte parole de la Knesset israélienne « n’a aucun droit de faire la leçon à un état démocratique qui se défend contre le terrorisme ».

Et ce n’est que le dernier épisode d’une campagne incessante de dénigrement. De nombreux observateurs ont remarqué que, si cet acharnement à détruire le messager a pour but de détourner l’attention de la vérité, il faut aussi souligner que ce travail de sape contre Goldstone n’est qu’un petit échantillon de ce dont est capable l’appareil d’état au service de la promotion d’Israël. Il est donc nécessaire de donner une vue d’ensemble.

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