Comment les sionistes ont empêché les réfugiés juifs de rentrer chez eux après la Seconde Guerre mondiale


Zachary Foster

audio en anglais

Des dizaines de milliers de Juifs européens ayant trouvé refuge en Palestine avant ou pendant la Seconde Guerre mondiale ont cherché à rentrer chez eux après la guerre. La direction sioniste en Palestine n’était pas seulement hostile à cette idée, mais a également collaboré avec des consulats étrangers pour empêcher leur retour. Voici l’histoire de la manière dont les sionistes en Israël et en Palestine ont empêché les réfugiés juifs de rentrer chez eux après l’Holocauste.

En décembre 1944, plus de 35 000 Juifs en Palestine avaient demandé à être rapatriés dans leurs pays d’origine — Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Grèce, Tchécoslovaquie, Autriche, Allemagne et Pologne. Josef Liebman, par exemple, un homme de 80 ans immigré en Palestine depuis l’Allemagne en 1939, souhaitait retrouver son épouse chrétienne après une séparation forcée qui avait causé de grandes souffrances. Johanna Wasser, une femme autrichienne de 57 ans arrivée en Palestine depuis la Yougoslavie en 1944, voulait se réunir avec sa fille à Milan après avoir appris qu’elle avait survécu à Auschwitz.

Pour les sionistes en Palestine, des personnes comme Josef et Johanna étaient considérées comme opportunistes et égoïstes, souvent déshumanisées et même comparées à des animaux. Un écrivain sioniste accusait les rapatriés de « fuir comme des souris » la Terre d’Israël et de « porter le virus dangereux de la haine de soi juive. » Le journal ⁨ha-Mashḳif⁩, organe du mouvement révisionniste de droite, déclarait que ces Juifs avaient des « âmes sales, » tandis que le journal Yedioth Ahronoth qualifiait en 1947 le comportement des rapatriés juifs vers la Pologne de « porcin. » Les Juifs étaient nécessaires en Palestine pour combattre la guerre démographique et militaire qui s’annonçait, et les survivants de l’Holocauste souhaitant rentrer chez eux étaient souvent considérés comme des traîtres.

Grâce à l’historien Ori Yehudai, nous savons aujourd’hui l’ampleur de la stratégie sioniste visant à empêcher le retour des Juifs en Europe. Dans son livre de 2020, Leaving Zion: Jewish Emigration from Palestine and Israel after World War II, Yehudai a exploré les archives consulaires étrangères et celles de l’Administration des Nations Unies pour le secours et la reconstruction pour raconter l’histoire des efforts des dirigeants sionistes pour retenir les réfugiés juifs comme otages démographiques.

L’hostilité ne se limitait pas à la rhétorique mais s’étendait aux politiques sionistes des années 1940. David Ben Gourion, président de l’Agence juive, et Moshe Shertok, chef du département politique de l’Agence juive, ont convaincu le gouvernement grec de refuser des documents de rapatriement aux Juifs grecs en Palestine. Ils ont également menacé les représentants tchécoslovaques et yougoslaves en Palestine de « représailles si le flux de rapatriés n’était pas stoppé. »

Les Juifs autrichiens souhaitant rentrer chez eux faisaient face à l’hostilité la plus marquée. Certains avaient quitté leur emploi et leur logement en Palestine dans l’espoir d’un rapatriement, mais après avoir révélé leur intention de partir à la Histadrout, la Fédération des travailleurs juifs, ils étaient placés sur une liste noire. Beaucoup se retrouvaient alors bloqués, privés d’opportunités d’emploi, de logement et de cartes de rationnement. Certains ont été victimes de violences physiques et devaient se déplacer en groupe pour éviter le harcèlement ou pire. Dans certains cas, ils étaient accueillis par un salut nazi accompagné de l’insulte : « Heil Renner, rentrez chez vous, Autrichiens, » bien que ce soient les nazis qui avaient détruit leurs vies et exterminé leurs familles et leurs communautés. Les membres de l’Irgun ont également menacé de violence physique les Juifs aidant les réfugiés juifs à rentrer chez eux, les forçant à cesser leurs activités.

Pendant la guerre de 1948, la communauté sioniste en Palestine a encore durci les restrictions, délivrant « très rarement » des permis de sortie aux Juifs. Après la guerre, l’État a commencé à autoriser les départs, mais en limitant toujours l’émigration. Entre septembre 1948 et juin 1951, Israël a rejeté environ la moitié des 120 000 demandes de permis de sortie temporaire. Ce chiffre n’inclut pas les nombreuses milliers de demandes déposées avant 1948 et non traitées, laissées en suspens après la guerre.

L’Allemagne, en particulier, était considérée comme une zone interdite. En décembre 1949, le gouvernement israélien a estampillé tous les documents de voyage israéliens de la mention : « valide pour tous les pays sauf l’Allemagne, » tandis que les Israéliens demandant des permis de sortie pour s’installer en Allemagne étaient bannis du pays à jamais.

Beaucoup de sionistes qualifient la création d’Israël en 1948 de « libération » juive, bien qu’un terme plus précis pourrait être « enfermement » juif. Samuel Cohen, un Juif français qui a déménagé en Israël pour combattre dans l’armée israélienne en juillet 1948, voulait retourner chez lui en France après la guerre. Israël a refusé de le laisser partir, le retenant en otage comme un atout démographique. « J’ai servi dans les Forces de défense israéliennes [IDF], j’ai été blessé et libéré de l’armée à cause d’une maladie, » a-t-il écrit. « Maintenant, je souhaite retourner en France… Nous retenir ici contre notre volonté est une trahison de confiance. On m’avait promis que je pourrais retourner en France… C’est honteux que l’État d’Israël de retienne des gens contre leur volonté – des gens qui ont combattu au nom de la liberté. »

L’objectif du sionisme n’était pas d’assurer le bien-être des Juifs, de soutenir la réunification des familles juives ou d’aider les réfugiés juifs, y compris de nombreux survivants de l’Holocauste. L’objectif du sionisme était d’établir un État juif en Palestine, quel qu’en soit le coût. Et lorsque les intérêts des Juifs allaient à l’encontre des intérêts présumés de l’État juif, les dirigeants politiques sacrifiaient les premiers pour garantir les seconds.

Traduction ChatGPT

Les 3 étapes du sionisme


Zachary Foster

Historian of Palestine | Ph.D @Princeton | PalestineNexus.com

En 1904, le leader sioniste Menachem Ussishkin expliquait que « sans propriété de la terre, la terre d’Israël ne deviendra jamais juive ». Il identifia ensuite trois stratégies d’acquisition des terres : l’achat, la conquête et la réquisition par le gouvernement. Ussishkin était prémonitoire, car c’est précisément de cette manière que le mouvement sioniste, puis l’État d’Israël, ont pris le contrôle de la grande majorité des terres de la Palestine historique. Voici un bref historique des trois étapes du sionisme : d’abord l’achat, puis la révolte et la guerre, et enfin le décret de l’État.

Commençons par la première étape du sionisme. En 1914, les Juifs possédaient environ 2 % de la Palestine et en 1948, ils en possédaient environ 5,7 %, soit environ 1,5 million de dounams sur les 26,3 millions de dounams de la Palestine mandataire. Cette stratégie s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui, bien qu’elle ait considérablement ralenti. L’acquisition de terres par le biais de l’achat a été coûteuse et lente, et n’a donc pas été particulièrement attrayante.

Ceci nous amène à la deuxième étape du sionisme : la conquête. La première période, souvent oubliée, au cours de laquelle les sionistes ont acquis des terres par la conquête, s’est déroulée de 1936 à 1939. Pendant cette période, les Arabes palestiniens se sont engagés dans une révolte ouverte contre les Britanniques, connue sous le nom de Grande Révolte Arabe. Dans leur tentative de réprimer le soulèvement, les Britanniques ont formé, armé et soutenu les forces paramilitaires sionistes et leur ont permis d’établir des avant-postes de « sécurité ».

Les sionistes ont saisi l’occasion pour établir des « faits accomplis ». Les colons juifs arrivaient sur un site et construisaient rapidement une tour de guet et quelques cabanes avec des toits en moins de 24 heures, selon la méthode dite « de la tour et de la palissade« . Très vite, les « avant-postes de sécurité » ont été transformés en colonies agricoles. C’est ainsi que les sionistes ont construit 57 nouvelles colonies en Galilée, dans la vallée du Jourdain, au centre et au sud du pays. Ces colonies rurales abritent aujourd’hui des dizaines de milliers de Juifs israéliens.

Ensuite, pendant la guerre de 1948, les forces sionistes, puis l’État d’Israël, ont conquis 78 % de la Palestine mandataire britannique, expulsant 700 000 Palestiniens de leurs foyers. L’État a ensuite procédé à la confiscation des terres qui appartenaient auparavant aux réfugiés. Une étude de l’ONU réalisée en 1951 a estimé à 16,3 millions de dounams les terres privées et communautaires, tandis que Sami Hadawi, fonctionnaire de l’ONU, a estimé à 19 millions de dounams le nombre de terres confisquées. Toutefois, la plupart des estimations se situent entre 4,2 et 6,6 millions de dounams de terres confisquées par Israël au lendemain de la guerre. Il s’agit de loin de la plus grande acquisition de terres dans l’histoire du sionisme.

Puis, en juin 1967, Israël a conquis les 22 % restants de la Palestine historique, à savoir la Cisjordanie et la bande de Gaza. Cette fois-ci, les forces israéliennes ont expulsé un pourcentage beaucoup plus faible de la population palestinienne et ont donc dû adopter la troisième et dernière stratégie d’acquisition des terres : le décret fiat.

Le premier décret, connu sous le nom de loi sur la propriété des absents (ordre militaire 58, publié le 23 juillet 1967), était similaire à la loi de 1950 sur la propriété des absents utilisée pour s’emparer des terres palestiniennes après 1948. En 1967, l’armée israélienne a défini la « propriété absente » comme « une propriété dont le propriétaire légal, ou quiconque est habilité à la contrôler en vertu de la loi, a quitté la région avant le 7 juin 1967 ou ultérieurement ». Le contrôleur d’État israélien a indiqué qu’au cours des premières années de l’occupation, environ 430 000 dounams, soit 7,5 % de la Cisjordanie, ont été confisqués de cette manière.

La deuxième stratégie consistait à déclarer des terres comme étant la propriété d’un État ou d’un organisme hostile. L’ordre militaire 59, publié le 31 juillet 1967, déclarait que toute terre ou propriété appartenant à un État hostile ou à un organisme d’arbitrage lié à un État hostile était la propriété de l’État. En 1979, 687 000 dounams, soit environ 13 % de la Cisjordanie, avaient été confisqués de cette manière.

La troisième stratégie consistait à confisquer des terres pour des besoins « publics » [lire : juifs]. Israël a largement utilisé ce décret pour saisir des terres nécessaires à la construction de routes pour desservir le réseau illégal de colonies israéliennes. Aujourd’hui, la plupart de ces routes ne sont accessibles qu’aux Israéliens, et non à la population palestinienne des territoires occupés, ce qui en fait non pas des routes publiques, mais des routes de l’apartheid.

La quatrième stratégie consistait à déclarer des terres comme réserves naturelles. En décembre 1969, l’armée israélienne a émis l’ordre 363 qui impose des restrictions sur l’utilisation des terres pour l’agriculture et le pâturage dans les zones définies comme réserves naturelles. En 1985, 250 000 dounams (soit 5 % de la Cisjordanie) ont été transformés en réserves naturelles et en 1997, ce chiffre est passé à 340 000 dounams. En 2020, Israël a créé 7 réserves naturelles supplémentaires et a agrandi 12 réserves naturelles existantes afin de maintenir le contrôle israélien sur la région. Puis, en avril 2022, Israël a créé sa plus grande nouvelle réserve naturelle de Cisjordanie en près de trois décennies, rendant 22 000 dounams supplémentaires effectivement interdits aux Palestiniens.

La cinquième stratégie consistait à confisquer les terres à des fins militaires. D’août 1967 à mai 1975, Israël a déclaré quelque 1,5 million de dounams de terres – 26,6 % de la Cisjordanie – zones militaires fermées. Une grande partie de ces terres a ensuite été convertie en colonies juives. Une décision de la Cour suprême israélienne de 1979 a contraint l’État à modifier légèrement sa stratégie : les terres palestiniennes ont d’abord été déclarées « terres d’État », puis elles ont été réaffectées à la construction de colonies juives. De 1979 à 1992, ce système a été utilisé pour s’emparer de plus de 900 000 dounams de terres, qui ont ensuite été allouées presque exclusivement à des colonies. Aujourd’hui, 1,2 million de dounams (22 % de la Cisjordanie) entrent dans cette catégorie de terres.

Israël continue d’utiliser ces trois méthodes pour s’emparer de la Palestine. Les Juifs continuent d’essayer d’acheter des terres aux Palestiniens, l’État continue d’adopter de nouvelles lois et de publier de nouveaux décrets pour confisquer davantage de terres palestiniennes, et l’armée israélienne s’est déjà emparée d’au moins 16 % de la masse terrestre de Gaza au cours des dix derniers mois par le biais d’une conquête militaire.

SOURCE

Sur l’alliance entre les sionistes et les antisémites, par Tony Greenstein


Author

Zachary Foster
July 13, 2024

This is Palestine, in Your Inbox, Making Sense of the Madness

Cet article est une transcription de la récente interview de Tony Greenstein avec Rania Khalek, basée sur son livre, Zionism During the Holocaust : The weaponisation of memory in the service of state and nation. Les passages transcrits ont été édités pour plus de clarté par Zachary Foster.

Tony Greenstein, Entretien avec Rania Khalek

Les origines du sionisme remontent à la période post-réforme du XVIe siècle. L’Église catholique prétendait que les Israélites avaient transgressé et ne faisaient donc plus partie de l’Alliance, et qu’elle était donc le successeur des enfants d’Israël. Mais la Réforme a changé la donne. Calvin et d’autres théologiens ont affirmé que les Juifs d’Europe étaient les successeurs des anciens Hébreux et que leur « retour » en Palestine était nécessaire pour provoquer le retour de Jésus. Cela faisait partie de l’accomplissement messianique.

Les impérialistes ont repris cette vision au début du 19e siècle. En 1799, Napoléon envahit l’Égypte et la Palestine. Il pensait que l’établissement d’un État juif sous l’autorité des Français sur les rives du canal de Suez contribuerait aux ambitions impériales de la France.

Les premiers à s’intéresser sérieusement à la question sont Lord Palmerston et Lord Shaftesbury. Ils sont attachés à l’idée d’un retour des Juifs en Palestine. Lord Shaftesbury était opposé à l’émancipation des Juifs en Grande-Bretagne en 1858, mais il était favorable à l’envoi de Juifs en Palestine. Il y a donc eu un mariage précoce entre l’antisémitisme et le sionisme chrétien.

[La construction du canal de Suez en 1869 a rendu l’idée plus urgente et s’est inscrite dans les plans impériaux britanniques].

Le seul problème est que les Juifs ne sont pas particulièrement enthousiastes à l’idée d’aller en Palestine et qu’ils considèrent le sionisme comme une forme d’antisémitisme :

→ Le mouvement réformiste américain a clairement indiqué qu’il ne voulait pas participer au sionisme dans son document fondateur, la Plate-forme de Pittsburgh de 1885….

→ Le Board of Deputies of British Jews a également été approché par Shaftesbury et Palmerston pour faire une déclaration en faveur d’un État juif en Palestine et ils ne voulaient pas non plus en faire partie. Leur combat était d’être acceptés comme des égaux en Grande-Bretagne. Ils n’acceptaient pas l’idée qu’ils n’étaient pas à leur place.

Le trotskiste belge juif (1918-1944), Abram Leon, a écrit un livre intitulé « La question juive » qui retrace la montée de l’antisémitisme et le rôle des Juifs au Moyen-Âge. Il écrit : « Le sionisme transpose l’antisémitisme à l’ensemble de l’histoire et s’épargne la peine de le comprendre ». Pour les sionistes, l’antisémitisme est inhérent à tout non-Juif. Il fait partie de leur ADN. Ils ne peuvent pas le changer et il est donc inutile de le combattre.

Mais pour Leon, l’antisémitisme n’est pas une constante de l’histoire, comme les sionistes voudraient le faire croire. Selon Leon, l’antisémitisme en Europe était une réaction au rôle des Juifs en tant qu’agents, prêteurs d’argent usuraire, intendants fiscaux, agents de la noblesse et des rois, et ils étaient donc détestés par les paysans non pas à cause de leur religion mais à cause de leur rôle social et économique. Les Juifs ont donc été expulsés d’abord de l’Europe occidentale, puis de l’Europe de l’Est. Et lorsque l’Europe de l’Est a commencé à passer du féodalisme au capitalisme, les mêmes problèmes se sont posés.

Entre le milieu du XIXe siècle et 1914, environ deux millions et demi de Juifs ont immigré de Russie et de Pologne, fuyant les pogroms et l’appauvrissement. 99 % d’entre eux sont allés aux États-Unis, en Grande-Bretagne ou dans d’autres pays d’Europe. 1 % s’est rendu en Palestine, et même une majorité d’entre eux sont retournés en Europe par la suite. La Palestine était le dernier endroit où les Juifs se rendaient.

L’antisémitisme sioniste

Dans son pamphlet de 1896 intitulé « L’État juif », Theodor Herzl demande quelle est la cause de l’antisémitisme. Il répond que la cause immédiate est « notre production excessive d’intellect médiocre qui ne peut trouver une perspective vers le bas ou vers le haut ». Il poursuit : « Lorsque nous sombrons, nous devenons un prolétariat révolutionnaire… [mais] lorsque nous nous élevons, l’élévation est aussi le terrible pouvoir de notre bourse.

Herzl, fondateur du sionisme politique juif moderne, a adopté tous les stéréotypes négatifs sur les Juifs. Il a écrit « Mauschel », publié dans Die Welt, dans lequel il attaque les Juifs antisionistes en utilisant tous les stéréotypes antisémites imaginables. La position sioniste était que l’antisémitisme était causé par la présence de Juifs.

Les critiques sionistes à l’encontre des Juifs reflétaient donc souvent les critiques antisémites à l’encontre des Juifs. Ze’ev Jabotinsky, le fondateur du sionisme révisionniste, aujourd’hui Likoud, a déclaré qu’un juif est une caricature d’un être humain normal et naturel, tant sur le plan physique que spirituel. En tant qu’individu dans la société, il se révolte et se débarrasse du harnais des obligations sociales, et il ne connaît ni l’ordre ni la discipline ». Il a également déclaré que « le peuple juif est un très mauvais peuple. Ses voisins le détestent à juste titre ».

Les sionistes admettaient que les Juifs avaient développé toutes ces qualités asociales parce qu’ils étaient sans racines et détachés de leur propre terre nationale. Il s’agit de la même idéologie du sang et du sol que celle des nazis. Les sionistes et les nazis pensaient que les peuples devaient être enracinés dans leurs propres terres, faute de quoi ils deviendraient des vagabonds révolutionnaires asociaux.

Le politologue israélien Joachim Doron a publié un article intitulé « Classic Zionism and its Enemies » dans le Journal of Israeli History. Il écrit : « Plutôt que de prendre les armes contre les ennemis des Juifs, le sionisme s’est attaqué à « l’ennemi intérieur », le Juif de la diaspora lui-même, et l’a soumis à une pluie de critiques. En effet, la lecture des sources sionistes révèle une multitude d’accusations contre un Juif de la diaspora, dont certaines sont si cinglantes que la génération qui a connu Auschwitz a du mal à les comprendre ».

Arthur Ruppin, figure clé du sionisme d’avant 1948, a ouvertement déclaré : « Je suis antisémite, je n’ai pas de temps à perdre avec ces Juifs ». Lorsqu’Arthur Balfour dit à Chaim Weizmann qu’il partageait bon nombre des préjugés de Cosima Wagner, l’épouse du compositeur allemand Richard Wagner, Weizmann répondit : « Oui, moi aussi j’ai des problèmes avec les Juifs allemands. »

Cette attitude était courante chez les sionistes. Ils n’avaient aucun problème avec l’antisémitisme.

Sionisme, socialisme et communisme

En 1920, Winston Churchill a écrit un célèbre essai intitulé « Zionism versus Bolshevism » (Sionisme contre bolchevisme) dans The Illustrated Sunday Herald. Il estime qu’il y a de bons Juifs, les sionistes, et de mauvais Juifs, les communistes, qui vivent dans l’East End de Londres et qui ne cessent de faire grève et de semer la zizanie.

Les dirigeants sionistes comme Herzel et Ben Gourion pensaient que leurs principaux ennemis étaient les Juifs socialistes et communistes. Pour les socialistes, la bataille n’était pas d’obtenir la Palestine en s’alliant avec une puissance impérialiste, mais de lutter contre l’antisémitisme là où ils se trouvaient et de lutter pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions économiques. Pour les sionistes, c’était une perte d’énergie.

Après le célèbre pogrom de Kishinev en 1903, Herzl rendit visite au ministre tsariste de l’intérieur von Plehve et au ministre des finances, Sergei Witte. Ce dernier lui dit que s’il pouvait tuer six millions de Juifs en les noyant dans la mer Noire, il le ferait, mais qu’il savait qu’il ne pouvait pas le faire et qu’il soutenait donc le sionisme [pour débarrasser l’Empire russe de ses Juifs].

Herzl s’est d’abord efforcé de garantir le statut juridique du projet sioniste dans la Russie tsariste autocratique, où presque tous les mouvements politiques étaient interdits. Mais le sionisme a été accepté parce qu’il était considéré comme un mouvement utile. Lorsque Herzl a commencé à prêcher le sionisme à von Plehve, qui avait organisé le pogrom de Kishinev, ce dernier lui a répondu : « Vous n’avez pas besoin de me convaincre, je suis déjà converti ».

Le Bund, l’Union générale des travailleurs juifs de Russie, de Pologne et de Lituanie, était un mouvement de masse comptant quelque 40 à 50 000 membres au début des années 1900, tandis que les sionistes étaient un mouvement petit-bourgeois qui cherchait à saper le Bund et ses luttes contre l’antisémitisme et la pauvreté.

Les sionistes disposaient d’une base en Russie et en Pologne, mais à mesure que la lutte contre l’antisémitisme s’intensifiait, la force des sionistes diminuait. Par exemple, en 1938, lors des trois dernières élections municipales à Varsovie, en Pologne, le Bund a remporté 17 sièges, contre 1 pour les sionistes. La plupart des Juifs ont soutenu le Bund parce qu’il était le seul à lutter contre l’antisémitisme.

Il existe un mythe selon lequel la famille Rothchild était un centre du sionisme. En tant que famille, les Rothchild étaient largement antisionistes. Lorsque la déclaration Balfour a été publiée, une ligue de Juifs britanniques antisionistes s’est formée et sa première réunion a rassemblé plus de 400 Juifs, tous issus des principales maisons du judaïsme britannique et de l’aristocratie. La réunion s’est tenue à New Court, au siège des affaires des Rothchild. La plupart des Rothchild – Anthony Rothchild, Lionel Rothchild, Leopold Rothchild – étaient antisionistes. Walter était une exception, mais il s’intéressait à la zoologie et n’était pas un grand activiste.

Les sionistes et les nazis

L’écrasante majorité des Juifs est horrifiée par l’ascension d’Hitler et un boycott spontané des produits allemands se met en place. En mars 1933, ce mouvement s’est transformé en un mouvement organisé qui a terrifié les nazis. Le 25 mars 1933, Hermann Göring, un responsable nazi, a convoqué les dirigeants de la communauté juive d’Allemagne à une réunion. Au début, les sionistes ne sont pas invités parce qu’ils constituent un mouvement marginal. Ils finissent par se faire inviter. Göring les a menacés s’ils ne mettaient pas fin au boycott. Tandis que les non sionistes trouvent des excuses et tergiversent, le leader sioniste Kurt Blumenfeld déclare spontanément qu’il serait plus qu’heureux de s’opposer au boycott.

Les sionistes n’ont pas eu de problème avec la montée d’Hitler. Berl Katznelson, adjoint de Ben Gourion et rédacteur en chef du journal Davar, porte-parole du Mapai, le parti travailliste israélien, voit la montée d’Hitler d’un œil positif : « Une occasion de construire et de prospérer comme nous n’en avons jamais eu et comme nous n’en aurons jamais ». Ben Gourion était encore plus optimiste : « La victoire nazie deviendrait une force fertile pour le sionisme », a-t-il déclaré. Le sioniste Emil Ludwig a déclaré : « Hitler sera oublié dans quelques années, mais il aura un beau monument en Palestine ». L’arrivée des nazis a été plutôt bien accueillie : « Des milliers de personnes qui semblaient avoir complètement perdu le judaïsme ont été ramenées au bercail par Hitler et je lui en suis personnellement très reconnaissant ». Nachman Bialik, le poète national sioniste, aurait déclaré que l’hitlérisme a peut-être sauvé le judaïsme allemand, qui était en train d’être assimilé à l’anéantissement.

Les sionistes ne pouvaient pas mobiliser les masses juives en temps de paix. Il fallait une catastrophe telle que la montée des nazis et, finalement, l’Holocauste pour persuader les Juifs d’immigrer. Et si les Juifs devaient immigrer, les sionistes étaient absolument déterminés à ce qu’ils immigrent en Palestine. Les sionistes s’inquiétaient de la montée d’un mouvement de réfugiés, ce qu’ils appelaient le « refugeeism », pour essayer de sauver les Juifs et de les envoyer partout où c’était possible. Les sionistes ont donc fait pression sur la Gestapo, la police secrète de l’Allemagne nazie, pour qu’elle ne les autorise qu’à se rendre en Palestine.

Ben Gourion était très clair : les fonds de l’Agence juive ne devaient être utilisés que pour le sauvetage par l’immigration en Palestine. Il a précisé que le sauvetage par l’aide apportée aux Juifs pour qu’ils survivent ailleurs devait être financé uniquement par des organisations privées.

Le Kindertransport a été organisé à la suite de la Nuit de Cristal, le pogrom nazi des 9 et 10 novembre 1938. Bien que les Britanniques se soient montrés parcimonieux quant à l’entrée des Juifs en Grande-Bretagne, ils ont cédé et accepté que 10 000 enfants juifs d’Allemagne soient admis, mais sans leurs parents, dont la plupart ont péri dans l’Holocauste.

Ben Gourion a déclaré dans un mémorandum adressé à l’exécutif sioniste le 17 décembre 1938. « Si je savais qu’il serait possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les emmenant en Angleterre, ou seulement la moitié d’entre eux en les transportant en Israël, j’opterais pour la seconde solution, car nous devons peser non seulement la vie de ces enfants, mais aussi l’histoire du peuple d’Israël ».

Une semaine plus tard, il rédige une note à l’intention de l’exécutif sioniste dans laquelle il expose les problèmes auxquels le sionisme est confronté. Si les Juifs sont confrontés à un choix entre le problème des réfugiés et le sauvetage des Juifs des camps de concentration d’une part, et l’aide au musée national de Palestine d’autre part, le sens juif de la pitié prévaudra, et toute la force de notre peuple sera dirigée vers l’aide aux réfugiés dans les différents pays. Le sionisme disparaîtra de l’agenda de l’opinion publique mondiale en Angleterre et en Amérique, mais aussi de l’opinion publique juive. Nous risquons l’existence même du sionisme si nous permettons que le problème des réfugiés soit séparé du problème de la Palestine ».

Pour les dirigeants sionistes, l’objectif principal est de construire l’État juif. L’opportunité offerte par l’Holocauste ne pouvait pas être gaspillée. Les énergies sionistes ne pouvaient pas être consacrées à sauver des Juifs ailleurs.

Les lois de Nuremberg de 1935 ont dépouillé de leur nationalité les Juifs allemands, les Tziganes, les Noirs, etc. Ils ne sont pas considérés comme faisant partie de la collectivité nationale allemande. Ils n’étaient pas considérés comme faisant partie de la collectivité nationale allemande. Les sionistes étaient presque les seuls à s’en réjouir. Eux aussi pensaient que les Juifs n’étaient pas des Allemands, mais des ressortissants juifs.

L’introduction des lois de Nuremberg stipule que si les Juifs avaient leur propre État, la question juive pourrait déjà être considérée comme résolue aujourd’hui. Ce sont les sionistes qui se sont le moins opposés aux idées fondamentales des lois de Nuremberg, car ils savent que ces lois sont la seule solution correcte pour le peuple juif.

Le président exécutif sioniste, Menachem Ussishkin, s’est montré enthousiaste : « il y a quelque chose de positif dans leur tragédie, c’est qu’Hitler les a opprimés en tant que race, et non en tant que religion. S’il avait agi de la sorte, la moitié des Juifs d’Allemagne se seraient simplement convertis au christianisme ».

Lorsque Hitler est arrivé au pouvoir le 30 janvier 1933, 99 % des Juifs ont été horrifiés et ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour tenter de renverser le régime tant qu’il était faible. L’arme choisie fut le boycott juif de l’Allemagne nazie. La Chronique juive mentionne le boycott dans chaque numéro, par exemple. Il a été extrêmement efficace.

Mais les sionistes étaient absolument opposés au boycott. Le livre d’Edwin Black, The Transfer Agreement, le documente de manière très détaillée. Un accord écrit est né de cette opposition au boycott, un accord entre les nazis et les sionistes, signé le 7 août 1933.

Quelques mois plus tôt, le 18 mai 1933, Kol Yisrael, la Voix d’Israël, la station de radio sioniste, avait déclaré que les slogans appelant au boycott étaient un crime. Et, se référant à un récent incendie criminel du consulat allemand, ils déclarent : « Nous sommes tous inquiets pour nos frères en Allemagne, mais nous n’avons aucune querelle avec les représentants du gouvernement allemand en Palestine ».

L’accord [entre les sionistes et les nazis] signifiait que si vous aviez de l’argent en Allemagne, il pouvait être placé sur un compte bancaire, mais il était gelé dans cette banque. L’argent gelé en Allemagne était utilisé pour acheter des marchandises allemandes, qui étaient ensuite exportées vers la Palestine.

Mais les sionistes sont allés plus loin. Ils ont créé d’autres sociétés, la Near East Company, par exemple, qui vendait ces produits allemands dans les pays arabes. Une société similaire a été créée en Europe, qui vendait également des produits allemands dans toute l’Europe. Les sionistes sont donc devenus les principaux agents commerciaux de l’Allemagne nazie. La Palestine a été inondée de produits allemands au moment même où les Juifs des États-Unis et de Grande-Bretagne disaient : « boycottez les produits allemands ». En fait, Hitler a souligné que les Juifs appelaient au boycott d’une part, et que d’autre part, c’étaient eux qui vendaient les produits allemands.

Avant l’hiver 1933, l’économie nazie était extrêmement faible. Edwin Black conclut qu’il est tout à fait possible que les nazis aient été renversés à cette époque, mais que les sionistes avaient intérêt à stabiliser le régime nazi. L’historien David Cesarani affirme que ce n’était pas un vœu pieux que le régime nazi allemand chancelait, c’était un fait. L’Investors Review, par exemple, pensait également que le régime nazi pourrait s’effondrer à la fin de l’année 1933.

Mais c’était la dernière chose que les sionistes voulaient. Ils voulaient que le régime nazi se stabilise. Entre 1933 et 1939, 60 % des investissements dans l’économie de la Palestine juive provenaient de l’Allemagne nazie.

Elie Wiesel l’imposteur et Jérusalem


 

par Alain Gresh, 18 avril 2010

Dans une publicité intitulée « For Jerusalem » et reproduite par l’International Herald Tribune (16 avril 2010), Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, réaffirme son inquiétude. Ce texte affirme hautement que « Jérusalem est au-dessus de la politique ». Ce qui, pour l’auteur, signifie qu’elle doit… rester israélienne.

Pour lui, précise-t-il, sa présence dans l’histoire juive est totale, elle est mentionnée « 600 fois dans les écritures et pas une seule fois dans le Coran ». Outre que cela est discutable (je ne vais pas entrer ici dans une interprétation du texte coranique), on ne voit pas en quoi la mention d’une ville dans un texte vieux de quelques milliers d’années donnerait un droit de propriété à quiconque. Ou alors il faudrait redéfinir les frontières de l’Europe en fonction des textes latins du Moyen Age ou des textes grecs de l’Antiquité.

Lire aussi Philippe Rekacewicz& Dominique Vidal, « Comment Israël confisque Jérusalem-Est »,Le Monde diplomatique, février 2007.« Il n’y a pas de prière plus émouvante dans l’histoire juive, poursuit-il, que celle qui exprime notre (les juifs) désir ardent de retourner à Jérusalem. » Cette interprétation politique d’une prière n’a évidemment aucun sens. Pendant des siècles, les juifs religieux ont effectivement prononcé cette prière, mais sans jamais vouloir la mettre en œuvre. Jusqu’en 1948, les juifs pouvaient se rendre à Jérusalem (certains y allaient pour être enterrés). C’est seulement avec la naissance du mouvement sioniste que l’objectif est devenu politique. Comme l’écrit si pertinemment Gilles Perrault dans sa biographie d’Henri Curiel, Un homme à part (Fayard), « la minorité sioniste exceptée, personne ne ressentait la nécessité d’un Etat juif et l’on n’éprouvait pas le besoin de psalmodier “l’an prochain à Jérusalem” quand il suffisait de prendre le train de 9h45 pour s’y rendre ».

« Aujourd’hui, poursuit Wiesel, pour la première fois dans l’histoire, juifs, chrétiens et musulmans peuvent accomplir leurs rites religieux librement. Et, contrairement à certaines affirmations des médias, juifs, chrétiens et musulmans ONT (en capitale) l’autorisation de construire leurs foyers n’importe où dans la ville. »

Il faut le dire clairement : il s’agit d’un honteux mensonge.

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ISRAËL OU LA PRIMAUTÉ DU COLON ARMÉ


  Jacques Bude ( Professeur émérite de psychologie sociale de l’ULB. Mère et père assassinés à Auschwitz. « Enfant caché » sauvé au prix d »énormes risques et sans la moindre rétribution par des gens d’ici, chez nous en Belgique)

“Nous avons conquis des territoires, mais que ce soit dans le Néguev, en Galilée ou à Jérusalem, leur importance reste mineure tant qu’ils ne sont pas peuplés de colonies. La colonisation, voilà la véritable conquête.“
Ben Gourion (1949)[1]

LA CRÉATION DU COLON JUIF

Jusqu’à la création de l’État d’Israël, l’objectif des autorités sionistes de tous bords était la colonisation de peuplement de la Palestine[2], qu’elles concevaient comme étant exclusivement la “Terre d’Israël“ (Erètz Israël). Les organisations sionistes s’efforçaient principalement d’acquérir des terres afin d’y installer des colons – “pionniers“ (Chraloutsim) – dont le recrutement se faisait notamment par des mouvements de jeunesse situés non seulement à travers l’Europe mais aussi aux Amériques, en Afrique du nord, en Égypte, en Turquie, en Irak, en Iran, au Yémen, ….

Plusieurs mouvements de jeunesse dont l’obédience idéologique pouvait varier de l’extrême droite à l’extrême gauche, existaient dans de nombreux pays. Les différentes organisations sionistes qui les patronnaient, leur envoyaient des missionnaires – Shlichrim, envoyés – afin de convaincre les jeunes Juifs autochtones d’émigrer en Palestine, de faire leur “montée en Terre d’Israël“ (aliyah le Erètz Israël). Les recrues étaient envoyées dans des centres dénommés Harshara  (formation, entrainement), situés un peu partout dans le monde. Outre l’enseignement de l’hébreu moderne, ces centres dispensaient une formation agricole et militaire.

Au lendemain de la guerre 1939-1945, j’ai été exposé à plusieurs de ces missionnaires sionistes. Les méthodes qu’ils utilisaient afin de susciter l’enthousiasme pour la “montée en Terre d’Israël“ avaient tout du rituel bien rodé. Il consistait pour l’essentiel à chanter en hébreu des hymnes à la gloire de la colonisation de peuplement de la Palestine en dansant des rondes d’apparence folklorique à connotations agricoles, dites horas.

Chaque séance débutait invariablement par un chant où se répétait inlassablement “Nous vous avons amené la paix“. (événou chalom alèchem) et se clôturait invariablement par un chant intitulé Hatikva (l’espoir) qui deviendra l’hymne national israélien, “être un peuple libre dans notre Terre-pays[3], Terre de Sion, Jérusalem“. Le corps du rituel consistait en un répertoire relativement limité de chants au contenu très homogène. Souvent le même chant était repris plusieurs fois au cours d’une même session.

Pour illustrer le message des “envoyés“ de Palestine, je n’en tiendrai à 2 chants régulièrement utilisés qui me paraissent représentatifs du répertoire. Selon l’un, “Nous sommes montés en Terre-patrie (Artza alyinou); Nous avons labouré et semé; mais n’avons pas encore récolté“ et selon l’autre “De Metullah (la localité située le plus au nord de la Palestine mandataire) au Négev (qui en couvre le sud); De la mer (à l’Est) au désert (à l’Ouest); Tous les gars excellent aux armes[4]; Tous montent la garde“. On notera que “Terre d’Israël“ (Erètz Israël) réfère à l’entièreté de la Palestine mandataire, c’est à dire au Grand Israël dont la Guerre des 6 jours de juin 1967 établira les frontières.

Les missionnaires sionistes avaient la conviction de d’apporter l’espoir de la fin de l’exil dans un monde antisémite – galout[5] , d’un prochain “retour“ en Terre-patrie: d’où l’omniprésent “nous vous avons apporté la paix“. L’existence des Palestiniens qui à l’époque constituaient au moins 70% de la population de la Palestine mandataire, n’était jamais mentionnée, si ce n’est en creux par de fréquentes allusions au fait que les radieuses et pacifiques implantations agricoles sionistes étaient menacées de destruction et devaient être défendues.[6]

À l’époque, de manière générale dans nos pays et particulièrement suite au profond traumatisme moral provoqué par l’horreur des camps de concentration, des chambres à gaz et des fours crématoires, les Juifs étaient très loin d’être haïs et infiniment plus loin encore d’être menacés. Il était évident que les “envoyés“ sionistes n’avaient pas pour mission de “sauver les Juifs“ mais de recruter des “pionniers“ pour coloniser la Terre d’Israël. D’ailleurs, la nécessité d’offrir un refuge aux survivants du Génocide dont plus de 100000  croupissaient dans des camps de personnes déplacées en Allemagne et dont aucun pays ne voulait, ne faisait pas partie du message des missionnaires.

Pour illustrer les objectifs du mouvement sioniste jusqu’à la création de l’État d’Israël, je me bornerai à décrire brièvement un Kibboutz dénommé Tel Reïm – colline des compagnons en hébreu – créé en 1949 à la frontière de Gaza en un lieu précédemment dénommé Tel Djama – colline des compagnons en arabe -. Ce Kibboutz d’un collectivisme socialiste pur et dur, était constitué de trois groupes de jeunes “pionniers“: des Israéliens, des Marocains et des Belges. Les membres du premier groupe étaient des autochtones issus du Palmach (contraction de Plougoth Machat, bataillons de choc)[7], ceux des 2 autres étaient arrivés en Israël en 1950 et avaient bénéficié ensemble d’une longue préparation dans une centre de formation (Harchara formation, entraînement) situé en France. Le Kibboutz était une espèce de grande ferme collective fortifiée – qualifiée de Mèchek (ferme) comme tous les Kibbouts à l’époque – ceinturée d’une clôture de barbelés éclairée, pourvue d’un mirador doté d’un balayage lumineux et garnie de mines éclairantes qui explosaient au contact. Une garde armée était assurée de jour et de nuit sur le mirador et dans les champs environnants. Il s’agissait surtout d’éviter que des “infiltrés“ (michtanemim) ne viennent voler, notamment des tuyaux d’arrosage. Il allait évidemment de soi qu’ils devaient être abattus.

 

LA SÉCURISATION DU NOUVEL ÉTAT

La création de l’État d’Israël modifie profondément les objectifs des autorités sionistes. “Autrefois, écrit Ben Gourion, nous faisions venir les immigrants après des années de formation. Nous avions installé des fermes pionnières dans le monde entier et les pionniers y passaient des années à se préparer à la vie et au travail qui les attendaient ici, à apprendre la langue et connaître le pays avant leur arrivée. À présent nous ferons venir des Juifs sans préparation aucune […) parce que ni eux ni nous n’avons le temps.“[8]

Un afflux massif d’immigrés – Olim chradashim, “nouveaux montants“ – se produit dans le sillage de la création de l’État d’Israël. Quelque 560000 immigrants arrivent entre mai 1948 – date de création de l’État d’Israël – et fin mars 1951. Selon les chiffres fournis par Tom Segev: 271188 sont originaires d’Europe de l’Est; 164787, d’Asie; 77083, d’Afrique du Nord (Égypte comprise); 46617, d’Europe occidentale, d’Amérique et dans une moindre mesure de quelque autres pays, tels l’Afrique de Sud et l’Australie.[9] On notera que seuls un peu plus de la moitié de ces immigrants peuvent être considérés comme ayant survécu au Génocide et que seuls quelques milliers de ceux-ci – sans doute bien moins de 20000 – étaient des rescapés de camps de concentration ou de centres de mises à mort.

Ces Juifs émigraient en Israël pour diverses raisons. Une petite minorité d’entre eux étaient des sionistes de longue date. D’autres, bien plus nombreux, avaient adhéré au sionisme en réaction au Génocide ou sous l’effet d’une propagande sioniste très efficace, souvent sciemment mensongère[10] et même criminelle.[11] La plupart de ces immigrants auraient sans doute préféré émigrer ailleurs mais aucun autre pays n’en voulait.

En grande majorité, ces quelque 560000 immigrants ont été très mal accueillis. “Seuls quelques milliers … furent intégrés par les kibboutz existants et quelques centaines d’autres tout au plus créèrent leur propre kibboutz. L’ensemble des colonies rurales, coopératives ou communautaires, déjà établies ou récemment créées n’absorbèrent que 20% des immigrants“.[12] Quel que soit leur pays d’origine, la plupart des immigrés furent parqués dans des camps de transit (maabaroth, lieux de passage) où les conditions étaient épouvantables, puis dans des lieux d’où les Palestiniens venaient d’être expulsés, de préférence le long des nouvelles frontières et où les conditions de vie étaient périlleuses et extrêmement précaires.[13]

Selon la propagande israélienne, cet accueil déplorable s’explique par la nécessité vitale d’accueillir d’urgence les survivants du Génocide et les membres de communautés victimes d’un antisémitisme virulent. Or, la composition de cette immigration massive est loin de confirmer cette mythologie.

De l’ordre d’une moitié de ces quelque 560000 immigrants – 271000 – proviennent des pays d’Europe de l’Est ou des Balkans et peuvent être considérés comme des survivants du Génocide. Leur conditions d’existence dans ces pays était très peu enviable. Ils y étaient – généralement mais pas toujours[14] – victimes d’antisémitisme, de conditions vie pénibles et des rigueurs staliniennes, mais leur vie n’était pas menacée. D’ailleurs les autorités de ces pays s’opposaient ou étaient très réticentes au départ des Juifs et aucun de ces pays ne les expulsait.

Même si ces Juifs n’étaient pas en danger de mort et que la plupart d’entre eux auraient préféré émigrer ailleurs, on peut considérer qu’il y avait urgence à les accueillir en Israël puisqu’ils vivaient dans des conditions lamentables et qu’aucun autre pays n’en voulait. Ce qui est particulièrement vrai pour les quelques 120000 personnes qui avaient fui ces pays et qui croupissaient dans des camps de réfugiés en Allemagne où ils avaient rejoint les quelques milliers de survivants des camps de concentration ou d’extermination. Loin de ce que ressasse la propagande israélienne depuis des décennies, la vague d’immigration des années 1948-1951 – quelques 560000 personnes – comptait tout au plus 20000 personnes qui avaient effectivement connus les camps d’extermination lente ou immédiate.

Environ l’autre moitié des nouveaux immigrés – 244000 – qui venaient d’Asie pour les 2/3 et d’Afrique du Nord pour 1/3, ne peuvent être considérés comme des rescapés du Génocide. L’expulsion brutale des Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël avait considérablement amplifié l’antisémitisme dans leur pays d’origine. Toutefois, la vie des Juifs n’y était pas menacée et la plupart ces pays s’opposaient à leur départ. Tous ces Juifs – loin s’en faut – ne désiraient pas spontanément quitter leur pays.[15] Par conséquent, il n’y avait pas urgence, du moins en ce qui concerne leur sécurité, à ce qu’ils puissent se réfugier en Israël.

Enfin, quelque 46000 de ces nouveaux immigrés venaient des pays d‘Europe occidentale et des Amériques ainsi que, concernant un très petit nombre, d’autres pays tels l’Afrique du Sud et l’Australie. C’est un euphémisme de dire que dans ces pays les Juifs n’étaient ni haïs ni menacés. D’ailleurs les survivants des camps d’extermination qui étaient originaires des pays d’Europe occidentale sont pratiquement tous rentrés dans leur pays et la grande majorité d’entre eux y sont restés ou ont émigré ailleurs qu’en Israël. Bien que les jeunes Juifs d‘Europe occidentale et des Amériques aient été tout particulièrement choyés par les missionnaires sionistes et que les autorités de leurs pays ne s’opposaient pas à leur départ, l’émigration vers Israël a été relativement très faible[16] et très souvent de courte durée. Il n’y avait manifestement pas la moindre urgence à trouver un refuge pour cette catégorie de Juifs.

Pourquoi dès lors un tel acharnement de la part des autorités israéliennes à faire venir un si grand nombre d’immigrés en si peu de temps en dépit de l’absence d’une infrastructure qui aurait permis de les accueillir décemment?

Les conclusions de Tom Segev concernant les objectifs de ces autorités sont on ne peut plus claires: “Si Ben Gourion décida d’absorber autant d’émigrants en 1949[17], ce n’est pas en vertu d’un quelconque désir de «sauver les Juifs». … Si Ben Gourion jugeait vital d’encourager l’immigration, c’était essentiellement dans l’intérêt de la sureté de l’État et de sa puissance militaire, et cet intérêt primait sur tout. … (Selon Ben Gourion,) «L’immigration renforce d’avantage notre sécurité que si nous avions conquis la Cisjordanie, le Golan et l’ensemble de la Galilée réunis.»[18] … «C’est en doublant, en triplant le nombre des immigrants que nous accroîtrons nos forces … C’est là, le plus important, l’essentiel.» … «Nous avons conquis des territoires, mais que ce soit dans le Néguev, en Galilée ou à Jérusalem, leur importance reste mineure tant qu’ils ne sont pas peuplés de colonies. La colonisation, voilà la véritable conquête.»“[19]

Ainsi contrairement à ce qu’affirme le mythe fondateur de l’État d’Israël relayé à saturation depuis des décennies par la propagande israélienne, la priorité du nouvel État n’était pas de “sauver les Juifs“, d‘être un havre de sécurité face à l’universel antisémitisme meurtrier mais de les utiliser afin de s’approprier et de sécuriser la plus large part possible de la Palestine mandataire. “Les habitants juifs de la frontière, écrit Idith Zertal, pour une bonne part des survivants de la Shoah venus s’installer dans un pays qui leur était encore étranger, (étaient en 1953) la population la plus faible et la plus délaissée d’Israël. … Ils avaient été envoyés, sans être consultés, dans ces villages frontaliers – qui étaient très souvent des villages récemment abandonnés et transformés en colonies pour les immigrants – pour devenir un rempart vivant pour le nouvel État.“[20]

La plupart des Juifs de la diaspora sont restés dans leur pays. Dès 1952, l’immigration en Israël tombe à 23000 personnes. Au grand étonnement des dirigeants sionistes, leur mouvement n’est pas parvenu à rallier à sa cause la vaste majorité des Juifs. Dès que cet échec fut évident, ces dirigeants se mirent à invoquer la menace d’un nouveau génocide.[21] Pourtant nulle part les Juifs ne courraient le moindre risque d’anéantissement. Plus de 60 ans plus tard, nous en sommes toujours là.

UNE SOCIÉTÉ MILITARISÉE

L’accueil réservé aux centaines de milliers d’immigrés des années 1948-1951 dont je faisais partie contre mon gré, révèle la nature profonde de la société israélienne. “À leur arrivée, les immigrants étaient exposés au mépris des vétérans qui les considéraient comme une masse de réfugiés sans plus de fierté ni de dignité. On les traitait communément de «déchets humains», Avak Adam en hébreu[22]. … Que ce soit les immigrants orientaux des pays arabes ou les nouveaux arrivants venus d’Europe, ils connurent tous le même sort.“[23]

Les Israéliens de souche – les vétérans sionistes et les natifs[24] – méprisaient profondément tous ces immigrants parce qu’à leurs yeux ils avaient accepté de vivre sans prendre les armes dans un exil – Be’gallout – où ils étaient haïs et menacés. Ils reprochaient aux Juifs d’origine européenne qu’ils traitaient volontiers de “savon“, de s’être « laissés égorger à genoux“, « laissés mener à l’abattoir comme des moutons“. Pour les Juifs d’origine nord-africaine, Égypte  comprise ou balkanique, Turquie comprise – Sfaradim, Espagnols en hébreu – et ceux d’origine asiatique – Misrahim, Orientaux en hébreu – s’ajoutait l’opprobre d’être considérés comme des primitifs, des sous-développés par les Israéliens de souche – en grande majorité des Ashkénazes d’origine européenne – qui relayaient les préjugés racistes occidentaux.[25] Tout qui prononçait un mot dans une autre langue que l’hébreu moderne – notamment en Yiddish – était agressivement rappelé à l’ordre sioniste, “Parle l’hébreu!“ (daber ivrit!). Un des indices les plus probants du profond mépris des nouveaux immigrés qu’ils soient orientaux, séfarades ou ashkénazes, a été l’incitation – dans le cas de l’armée, pratiquement l’obligation – à hébraïser leur nom.

Au niveau idéologique, il y avait donc d’une part ceux qui avaient la dignité d’avoir – par les armes – créé l’État d’Israël et assuré sa sécurité et d’autre part ceux qui avaient l’indignité d’avoir accepté de vivre – sans prendre les armes – sous une menaçante domination étrangère. En d’autres termes, le colon armé était la norme fondamentale pour l’individu et son corolaire social, la colonisation de peuplement militarisée, était la norme fondamentale de la société.

Une manifestation particulièrement révélatrice du fait que cette norme – la primauté du colon armé – fonde toujours la société israélienne, est la symbiose totale qui y existe au niveau des plus hautes autorités politiques et militaires.

David Ben Gourion a été, à la fois, le premier Premier Ministre et le premier Ministre de la Défense qui en hébreu se dit Ministre de la Sécurité. Juste avant et durant la guerre 1948-1949, Il dirige les forces armées juives, d’abord l’armée clandestine sous le mandat britannique – la Hagana (défense) – puis l’armée régulière israélienne – dite Armée de Défense d’Israël, généralement abrégé en Tsahal – dont il est le créateur.

Sous le ministère de Ben Gourion, deux futurs Premiers Ministres qui seront également à la fois Ministre de la Défense, ont été Directeur général du Ministère de la Défense. D’abord de 1952 à 1954 Levy Eshkol membre fondateur de la Hagana, puis de 1954 à 1958, Shimon Peres qui a été, avant et durant la guerre de 1948, le responsable officiel du recrutement en hommes et de l’approvisionnement en armement de l’armée clandestine puis de l’armée régulière.

Trois Généraux dont 2 Chefs d’État-major – Ariel Sharon, Yitzhak Rabin et Ehud Barak – seront également à la fois Premier Ministre et Ministre de la Défense.

On compte également parmi les Premiers Ministres, les Chefs des deux principaux groupes terroristes qui ont opéré avant et durant la guerre 1948-1949 – Menahem Begin, Chef de l’Irgun (de Irgun tsvaï lehoumi, Organisation militaire du Peuple) et Yitzhak Shamir, Chef du Lehi (Lohamei Herut Israel, Combattants pour la liberté d’Israël).[26]

Loin de ce que proclament l’idéologie sioniste et la propagande israélienne, le fondement de l’État d’Israël n’est pas de “sauver les Juifs“, d’être un refuge face à l’universel antisémitisme meurtrier mais l’ultranationalisme, la primauté absolue du service de la nation – le Grand Israël – sur tout le reste, y compris la vie et la sécurité des Juifs. En pleine terreur antisémite, “La veille des pogroms de la Nuit de Cristal (novembre 1938), Ben Gourion déclarait que la «conscience humaine» pourrait amener différents pays à ouvrir leurs portes aux Juifs réfugiés d’Allemagne. Il y voyait une menace et tira un signal d’alarme: «Le sionisme est en danger!»“.[27]

 

[1] Voir Tom Segev, Les premiers Israéliens, Calmann-Lévy, p.121.

[2] Comme dans le cas d’autres « nouvelles nations », tels les États-Unis, le Canada ou l’Australie, la création de l’État d’Israël s’inscrit dans la colonisation de peuplement. Ce dont attestent d’ailleurs les noms donnés aux premières institutions sionistes: la Jewish Colonization Association (ICA) qui devient la Palestine Jewish Colonization Association (PICA) après la première guerre mondiale ou la Palestine Land Development Company (PLDC), créée en 1908 au sein du mouvement sioniste. Voir Laurens, Hendry, « De Theodor Herzl à la naissance d’Israël », Manières de voir N°98, Le Monde diplomatique avril-mai 2008.

[3] En hébreu, “notre pays“ se dit artzénou littéralement, notre Terre ou bien haaretz, littéralement “la“ Terre.

[4] Littéralement, “chacun des gars est le bon pour l’arme“ (kol bachour hatov le nèchèk).

[5] “Le terme hébreu galout exprime la condition et les sentiments d’une nation déracinée de sa patrie et soumise à la domination étrangère. Le terme s’applique essentiellement à l’histoire et à la conscience historique du Peuple juif depuis la destruction du Second Temple jusqu’à la création de l’État d’Israël.“ Galut, in Encyclopedia Judaica. La destruction du Second Temple signifie la déportation et la captivité des Hébreux à Babylone (environ -600).

[6] “D’après le récit sioniste, 1’histoire commence toujours avec les attaques de maraudeurs arabes contre les colons juifs; il n’y est nullement question d’implantations juives dans un pays habité par les Arabes, ni d’aucune forme d’éviction ou de dépossession de la population autochtone. «Des gens tranquilles, cultivant la terre de leur patrie, sont soudainement attaqués par des bandits. Que devons-nous faire sur notre propre terre?» écrivait Ben Gourion (en 1920) ….“ Idith Zertal, La nation et la mort, éd. La Découverte, 2004, p.31. Sur base des chiffres fournis par Alain Gresh et Dominique Vidal (Les 100 clés du Proche-Orient, Fayard, 2011, p. 71), on estimer qu’en 1918 l’immigration sioniste – le nouveau yichouv – constituait moins de 6% de la population (environ 35000 sur 600000). Parmi les chants très régulièrement utilisés au cours des rituels, il y avait un hymne à la gloire de la résistance héroïque de Tel Haï (Coline de la vie), petite colonie agricole de Galilée détruite en 1920 par des habitants arabes de la région et où 6 pionniers armés avaient été tués. Parmi les morts se trouvait le leader de la colonie, un officier d’origine russe qui avait “une grande expérience militaire (…héros de la guerre russo-japonaise de 1905 dans laquelle il avait perdu un bras)“. Idith Zertal, La nation … p.21. Pour les divergences entre ce qui s’est effectivement passé et le traitement idéologique qui fait de cet événement un élément central du mythe fondateur de l’État d’Israël, voir Idith Zertal, La nation … p.16-36.

[7] Corps d’élite de la Hagana (défense, armée clandestine sous le mandat britannique) situé idéologiquement très à gauche dans la mouvance socialiste et qui a sans doute été le principal fer de lance du nettoyage éthique des Palestiniens en 1948.

[8] Cité par Tom Segev, Les premiers …, p.157.

[9] Tom Segev, Les premiers …, p.120.

[10] Afin d’éviter que les candidats à l’émigration n’aient vent des difficultés que connaissaient les immigrants à leur arrivée en Israël, les autorités israéliennes prirent la décision de censurer les lettres qu’ils envoyaient à leur famille. “«On m’a menti, écrivit un immigrant d’Afrique du Sud à sa mère. Je veux renter au plus vite. Je t’en prie, emprunte, vole, met en gage tout ce que tu possèdes, mais envoie-moi de l’argent, je ne tiendrai pas une semaine de plus (…) C’est un pays sans foi ni loi.» Sa mère ne reçu jamais cette lettre. Elle fut confisquée par le Mossad qui l’archiva dans ses dossiers, avec la mention «censurée».“  Tom Segev, Les premiers …, p.133. Pour d’autres illustrations de cette tromperie systématique, voir Ibid. p. 132-135.

[11] “Une cellule clandestine juive, dirigée par des agents secrets envoyés par Israël, posa des bombes dans des centres juifs, afin de semer la panique parmi les Juifs irakiens et de provoquer un exode massif vers Israël. Le 14 janvier 1951, un engin explosa dans la cour de la synagogue Mas’oudah Shemtov de Bagdad, alors que des centaines de fidèles s’y trouvaient rassemblés. L’attentat fit quatre morts dont un garçon de 12 ans, et une vingtaine de blessés.“ Ella Shohat, Le sionisme du point de vue de ses victimes juives, Les Juifs orientaux en Israël, Éd. La fabrique, 2006. P.64. Cette stratégie ultranationaliste – primauté absolue au service de la nation – que ses partisans qualifiaient eux-mêmes de “sionisme cruel“, a parfaitement réussit. Pratiquement tous les Juifs irakiens ont émigré en Israël alors qu’avant ces attentats ils avaient été extrêmement peu nombreux à le faire.

[12] Tom Segev, Les premiers …, p.157.

[13] Voir Tom Segev, Les premiers …, p.143-151.

[14] Notamment en Pologne où le sentiment de culpabilité lié au Génocide était très fort, il existait une réelle volonté d’intégrer les Juifs qui désiraient rester. La grande majorité des Juifs voulaient émigrer mais en minorité seulement vers Israël.

[15] Comme l’écrit le Chef du département de l’Immigration de l’Agence juive de l’époque, “En Libye, la situation est convenable. Nous risquons de voir tarir cette source d’immigration. … Même les Juifs qui ne souhaitent pas partir (de chez eux) doivent être amenés de force“. Tom Segev, Les premiers …, p.135.

[16] Selon un “envoyé“ d’Israël auprès des communautés juives des États-Unis, “Seule la détresse pourra conduire à des flots d’immigration massive. C’est la cruelle vérité, que nous le voulions ou non. Nous devons envisager de susciter ou de répandre cette détresse dans la Diaspora (…). Il faut en effet pousser les Juifs à quitter leur lieu de résidence.“. Tom Segev, Les premiers …, p.134.

[17] Tom Segev analyse particulièrement la provenance des immigrés arrivés en 1949. Sur un total de 239.141, 109000 venaient de l’Europe de l’Est et des Balkans dont 47000 de Pologne et 20000 de Bulgarie; 71000, d’Asie dont 26000 de Turquie et 35000 du Yémen; 39500, d’Afrique du Nord; 19000, d’Europe occidentale et d’Amérique. Tom Segev, Les premiers …, p.120.

[18] En juin 1967, ce sera chose faite – c’est à dire l’établissement du Grand Israël – et la colonisation de peuplement militarisée a aussitôt repris dans les territoires nouvellement occupés.

[19] Tom Segev, Les premiers …, p.121. Les citations sont extraites des instructions de Ben Gourion aux représentants israéliens à la Conférence de Lausanne (avril 1949).

[20] Idith Zertal, La nation … p.246-247. En 1949, l’orphelinat où je me trouvais en Belgique, à été “implanté“ à la frontière de Gaza dans des bâtiments palestiniens délabrés. Nous n’avions pas été consultés. J’ai essayé de rester en Belgique – où je suis né et où mes concitoyens m’avaient littéralement sauvé la vie au prix d’énormes risques – mais on ne m’a pas laissé le choix. Nos conditions de vie étaient plus que rudimentaires. Les armes – des fusils de guerre Mauser tchèques et de mitraillettes Sten israéliennes – étaient la seule chose dont nous étions largement pourvus. Nous n’avions reçu aucune formation. Je suis encore hanté par le fait qu’en jouant avec un Mauser j’ai été à 2 doigts de tuer un autre gosse de l’orphelinat.

[21] Tom Segev, Les premiers …, p.140.

[22] Littéralement poussière d’homme, au sens d’humain. En hébreu, l’être humain se dit ben adam, fils d’homme.

[23] Tom Segev, Les premiers …, p.141.

[24] Les natifs étaient surnommés sabra, figues de barbarie, sucrées à l’intérieur et urticantes en surface.

[25] Voir Ella Shohat, Le sionisme …, notamment p.41-50. En fait, les Juifs ashkénazes qui étaient jugés “traditionnels“ par les Israéliens de souche étaient également considérés comme des arriérés. Pour les Juifs sépharades et orientaux s’ajoutait l’idée qu’il s’agissait de sauvages, de non civilisés.

[26] Au moins 5 des 8 Premiers Ministres qui viennent d’être cités – Ariel Sharon, Yitzhak Rabin, Ehud Barak, Menahem Begin et Yitzhak Shamir – ont été directement impliqués dans des massacres de civils. Il y a eu en tout 12 Premiers Ministres différents.

[27] Tom Segev, Le septième …, p.38-39.

Le Sionisme et l’antisémitisme:  l’Accord signé en août 1933 entre les plus hautes autorités sionistes et nazies           


 Jacques Bude ( Professeur émérite de psychologie sociale de l’ULB. Mère et père assassinés à Auschwitz. « Enfant caché » sauvé au prix d »énormes risques et sans la moindre rétribution par des gens d’ici, chez nous en Belgique)

 

 

 

“Si j’avais su qu’il était possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les transportant en Angleterre, mais seulement la moitié en les transportant en Palestine, j’aurais choisi la seconde solution – parce que nous ne devons pas seulement faire le compte de ces enfants, mais nous devons faire le compte de l’histoire du peuple juif.“

Ben Gourion, décembre 1938.

Un mois après les Nuits de cristal[1]

 

 

Le 7 août 1933 – quelques mois à peine après l’arrivée de nazis au pouvoir le 30 janvier 1933 – l’Accord Haavara (passage, transfert en hébreu, l’expression hébraïque est également utilisée dans les documents nazis) a été conclu entre les plus hautes autorités de l’État nazi et les plus hautes autorités du Mouvement sioniste, notamment celles de la communauté juive de Palestine (le Yichouv, de Hayichouv Hayehoudi beEretz Israël, l’implantation juive en Terre d’Israël).

Selon cet accord, les Juifs d’Allemagne qui émigraient en Palestine, avaient la possibilité exclusive – l’accord stipulait que seule cette destination pouvait en bénéficier – d’y transférer une partie de leurs capitaux.[2] Un “capitaliste“ – terme utilisé dans l’accord – qui voulait s’installer en Palestine était autorisé à conclure un contrat avec un exportateur allemand pour l’expédition de marchandises dans ce pays. Les marchandises concernées étaient notamment du bois d’œuvre, des pompes et des machines agricoles. L’exportateur allemand était payé sur le compte bloqué du Juif émigrant qui après son arrivée – souvent 2 ou 3 ans plus tard – recevait de l’Agence Juive la contrepartie en livres palestiniennes. Il s’agissait donc d’un accord de clearing commercial et nullement d’échange de Juifs contre des marchandises palestiniennes. L’accord concernait uniquement les Juifs qui disposaient de capitaux importants.[3] Des opérations de troc de ces mêmes marchandises allemandes contre des produits de Palestine se sont ajoutées aux opérations de clearing. Toutes ces opérations se sont poursuivies même après les Nuits de cristal du 8 au 10 novembre 1938; jusqu’à la Déclaration de Guerre en septembre 1939 selon Raul Hilberg[4] et jusqu’au milieu de la Guerre 1939-1945 selon Tom Segev[5].

L’accord Haavara s’inscrit dans un important projet d’irrigation agricole en Palestine. Lévi Eshkol (à l’époque Lévi Shkolnik) a sans doute été le principal promoteur de l’accord. Il était un des fondateurs de la Histadrout – Fédération Générale du Travail – où il était le responsable de la promotion de l’agriculture coopérative. Au moment de la négociation et de la signature de l’accord, il était le représentant à Berlin d’une firme (Yachin[6]) associée à la Histadrout. Selon la notice biographique diffusée par le Ministère des Affaires étrangères israélien: “En 1937 Levi Eshkol a joué un rôle central dans la création de la Compagnie des Eaux Mekorot et, dans ce rôle, il a contribué de façon décisive à convaincre le Gouvernement allemand de permettre aux Juifs qui émigraient en Palestine d’emporter une partie de leurs fonds – principalement sous forme d’équipements fabriqués en Allemagne. Directeur Général de Mekorot jusqu’en 1951, il a introduit un système national de gestion de l’eau qui a rendu possible une agriculture irriguée intensive.“[7] La compagnie Mekorot était associée à la Histadrout.

Il est évidemment significatif que ce principal promoteur de l’accord Haavara soit un des plus hauts responsables de la communauté juive implantée en Palestine mandataire puis de l’État d’Israël. Lévi Eshkol faisait partie du Haut Commandement de la Hagana, l’armée clandestine juive sous le Mandat britannique et il est en 1950-1951 le Directeur Général du Ministère de la Défense. De 1949 à 1963, il est le Chef du Département Colonisation de l’Agence juive.[8] En 1951, il devient Ministre de l’Agriculture et du Développement. Il est Ministre des Finances de 1952 à 1963. En 1963, il succède à David Ben Gourion à la fois comme Premier Ministre et comme Ministre de la Défense.

L’accord Haavara a suscité de vives oppositions parmi les Juifs de l’époque. Cet accord qui bénéficiait du soutien des plus hautes autorités nazies[9] et des plus hautes autorités sionistes[10], traduisait les intérêts complémentaires des nazis qui voulaient que les Juifs quittent l’Allemagne et des sionistes qui voulaient qu’ils émigrent en Palestine. Or la plupart des Juifs allemands auraient préféré rester dans leur pays. L’idée d’un boycott économique et diplomatique international naquit aux États-Unis avec le soutien du Congrès juif américain. Il avait pour but d’essayer de forcer les nazis à mettre fin aux persécutions afin que les Juifs puissent continuer à vivre en Allemagne.[11]

Le débat entre l’incitation à l’émigration en Palestine et l’appel au boycott de l’Allemagne nazie s’inscrit dans l’opposition qui existait de longue date entre sionisme et assimilation, entre d’une part la volonté de certains Juifs – une petite minorité – d’émigrer en Terre d’Israël et d’autre part la volonté d’autres Juifs – une écrasante majorité – de rester dans leur pays ou d’émigrer ailleurs qu’en Israël, ce qui impliquait évidemment le désir que leurs droits humains soient respectés partout – notamment en Allemagne – et donc de combattre l’antisémitisme.

Selon Ben Gourion, “Les assimilationnistes ont toujours déclaré la guerre à l’antisémitisme. Aujourd’hui, cette guerre s’exprime par un boycott contre Hitler. Le sionisme, lui, a toujours plaidé pour l’indépendance du peuple juif dans sa patrie. Aujourd’hui, certains sionistes ont rejoint le chœur des assimilationnistes: «guerre» à l’antisémitisme. Mais nous devons donner une réponse sioniste à la catastrophe que subissent les Juifs allemands – transformer ce désastre en une occasion de développer notre pays, et sauver les vies et la propriété des Juifs d’Allemagne pour le bien de Sion. C’est ce sauvetage qui a priorité sur tout le reste.“ Et Ben Gourion de conclure que se focaliser sur le boycott constituerait un “échec moral“ d’une envergure sans précédent.[12]

À l’évidence, “sauver les Juifs“ n’était pas la priorité de celui qui sera 10 ans plus tard le Père fondateur de l’État d’Israël. Il déclare le 7 décembre 1938, soit un mois à peine après les Nuits de cristal: “Si j’avais su qu’il était possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les transportant en Angleterre, mais seulement la moitié en les transportant en Palestine, j’aurais choisi la seconde solution – parce que nous ne devons pas seulement faire le compte de ces enfants, mais nous devons faire le compte de l’histoire du peuple juif.“[13] Bref l’ultranationalisme, la priorité du bien de Sion sur tout le reste.

Les opérations de clearing commercial de l’accord Haavara permettaient exclusivement le départ des Juifs fortunés. Or, les nazis voulaient aussi et plus encore se débarrasser de tous les autres. Reinhardt Heydrich, Chef de la Police de Sécurité du Reich, déclare le 12 novembre 1938, soit 2 jours après les Nuits de cristal, “Le problème n’était pas de faire partir les Juifs riches mais de se débarrasser de la racaille juive“. Ce féroce antisémite a même mis sur pied – en soutirant des fonds à des Juifs fortunés – diverses formes d’aide pour que des Juifs pauvres puissent se payer le voyage en Palestine.[14]

J’ai noté que dans le cadre de l’accord Haavara, le troc entre marchandises allemandes – matériaux de construction, pompes et machines agricoles – et palestiniennes s’était ajouté aux opérations de clearing commercial. Il semble clair que les autorités sionistes n’ont jamais envisagé de troquer des Juifs sans fortune contre des produits de Palestine. En d’autres termes, les plus hautes autorités du mouvement sioniste – notamment celles de la communauté juive implantée en Palestine – ont préféré se procurer des instruments de colonisation plutôt que de permettre à des Juifs d’échapper au massacre nazi. Ce qui est parfaitement conforme au sionisme réel: priorité absolue à la colonisation de la Terre d’Israël.

Les quelque 20000 Juifs fortunés qui ont bénéficié de l’accord Haavava, lui doivent plus que probablement la vie[15] puisque les 200000 Juifs d’Allemagne et d’Autriche qui n’ont pas réussi à fuir parce qu’ils ne disposaient pas des capitaux nécessaires, ont pratiquement tous été assassinés.

En 1953, ces Juifs assassinés ont quand même pu contribuer au “bien de Sion“ puisqu’ils ont permis à l’État d’Israël d’obtenir des « réparations » un peu plus plantureuses. En effet, le nombre des victimes juives du Génocide a servi de base au calcul du montant des « réparations » allemandes. Au moment où elles négociaient ce montant, les autorités de l’État d’Israël – celles-là mêmes qui avaient négocié l’accord Haavara – ont envisagé, sans doute par gratitude, d’accorder la citoyenneté israélienne à titre posthume aux victimes du génocide.[16]

L’accord Haavava montre clairement que, contrairement à ce que proclame l’idéologie sioniste – mythe fondateur de l’État d’Israël -, la priorité des plus hautes autorités sionistes n’était pas de “sauver les Juifs“ mais de peupler et de coloniser la Terre d’Israël. “La veille des pogroms de la Nuit de Cristal, Ben Gourion déclarait que la «conscience humaine» pourrait amener différents pays à ouvrir leurs portes aux Juifs réfugiés d’Allemagne. Il y voyait une menace et tira un signal d’alarme: «Le sionisme est en danger!»“[17] À l’évidence, les autorités sionistes ne cherchaient pas à combattre l’antisémitisme mais à l’instrumentaliser afin d’amener les Juifs à contribuer à la colonisation de la Palestine.

La machine de propagande de l’État d‘Israël – avec ses puissantes officines à l’étranger, telles l’AIPAC aux États-Unis, le CRIF en France, le CCOJB en Belgique, … – perpétue l‘instrumentalisation de l’antisémitisme au service de la Terre d’Israël. La tâche est toutefois plus ardue qu’au temps des nazis car aujourd’hui la haine meurtrière des Juifs est tout fait marginale. Dès lors, la machine de propagande israélienne – avec l’efficacité que lui confère une odieuse invocation du génocide – ressasse à satiété que l’antisémitisme meurtrier est omniprésent – particulièrement dans les immigrations musulmanes – et que les condamnations de la politique officielle de l’État d’Israël envers les Palestiniens n’expriment pas une révulsion face à des crimes contre l’humanité et à des crimes de guerre mais la volonté antisémite immémoriale de détruire les Juifs. De plus, cette machine de propagande et ses officines affirment sans relâche que pratiquement tous les Juifs s’identifient à l’État d’Israël et soutiennent sa politique criminelle, ce qui constitue une incitation à l’antisémitisme bien plus efficace que les ignobles mensonges largement discrédités des négationnistes.

[1] “Des rapports – incomplets – (des autorités nazies) donnaient les chiffres suivants: 815 magasins détruits; 171 maisons incendiées; 191 synagogues brûlées; 14 chapelles de cimetière, salles de réunion communautaires et bâtiments du même genre démolis. Vingt mille Juifs furent arrêtés, trente-six tués, trente-six autres gravement blessés.“ Raul Hilberg, La destruction des Juifs d’Europe, Paris, Folio, 1999, p.44.

[2] Voir Raul Hilberg, La destruction …, notamment p.125.

[3] “Tout Juif qui émigrait en Palestine (était autorisé) à emporter mille livres sterling en devises étrangères et à envoyer par bateau une quantité de marchandises d’une valeur de 20000 marks et même davantage. … La somme de mille livres sterling était nécessaire pour obtenir l’autorisation de la Grande-Bretagne de s’installer en Palestine en tant que Capitaliste – on appelait ainsi cette catégorie d’immigrants. C’était une somme importante; une famille de quatre personnes pouvait vivre dans un confort bourgeois avec moins de 300 livres sterling par an.“ Tom Segev, Le septième million, Éd. Liana Levi, 2010, p.27.

[4] Raul Hilberg, La destruction …, p.125

[5] Tom Segev, Le septième …, p.30. Dans ce cas, le système Haavara enfreignait le Blocus de l’Allemagne imposé par les Alliés au moment de la Déclaration de guerre en septembre 1939.

[6] Il s’agit probablement d’une entreprise de commercialisation de produits agricoles, sans doute des agrumes. Il existe aujourd’hui en Israël une Yachin-Hakal Company Ltd. qui dans le passé était associée à la Histadrout et qui en 2013 est qualifiée de “Israel’s largest citrus fruit growers“. http://jewishbusinessnews.com/2013/07/25/

[7] www.mfa.gov.il/MFA/Facts%20About%20Israel/State/Levi%20Eshkol. Ma traduction de l’anglais.

[8] Head of the settlement division of the Jewish Agency. (settlement: colonie, implantation)

[9] L’Accord a été signé au Ministère des Finances du Reich. Voir Tom Segev, Le septième …, p.27.

[10] Lévi Eshkol n’a pas été le seul futur Premier Ministre israélien à soutenir l’accord. “D’autres futurs Premiers ministres avaient été également engagés à différents stades de la Haavara. David Ben Gourion et Moshé Shertok (plus tard Sharett) se battirent pour l’accord de la Haavara lors de congrès sionistes et au sein de l’exécutif de l’Agence juive. Golda Meyerson (plus tard Meïr) le défendit à New York.“ Tom Segev, Le septième …, p.29.

[11] “Les nazis … ne prirent pas à la légère la capacité des Juifs à leur causer du tort; ils menacèrent la classe dirigeante juive en Amérique, ils organisèrent un boycott d’une journée contre les magasins juifs en Allemagne et donnèrent un coup d’accélérateur aux négociations de l’accord de la Haavara. L’un de leurs buts était de diviser le monde juif entre les partisans de la Haavara et les partisans du boycott. Et la division eut effectivement lieu.“ Tom Segev, Le septième …, p.35.

[12] Tom Segev, Le septième …, p.37.

[13] Déclaration faite au Comité Central de son parti, le Mapai (socialiste). Voir Tom Segev, Le septième …, p.38.

[14] Raul Hilberg, La destruction …, p.127.

[15] Ils perdirent 35% de leur capital et furent forcés d’attendre longtemps leur argent, parfois pendant deux ou trois années mais ils ont survécu. Voir Tom Segev, Le septième …, p.30.

[16] « Le projet de loi sur la Commémoration de la Shoah et des Héros (Yad Vashem, 1953) … comportait une clause prévoyant l’attribution à titre commémoratif de la citoyenneté israélienne à tout ceux qui étaient morts pendant la Shoah. » Idith Zertal, La nation … p.85.

[17] Tom Segev, Le septième …, p.38-39.

Un lobby pro israélien à Bruxelles


Le comité de l’upjb (Union des Progressistes Juifs de Belgique) :

Imaginez… Imaginez un instant que nous apprenions, demain, par la presse, l’établissement d’un Parlement arabo-musulman européen  ! Vous entendez le tollé, la dénonciation du refus d’intégration européenne de «  ces gens-là  », en deux mots comme en cent, la dénonciation du péril islamiste que courrait notre bonne vieille Europe, parce que, c’est bien connu, sous tout arabo-musulman ne peut se cacher qu’un islamiste en puissance…

Et bien, pas le moindre tollé le 16 février dernier lorsqu’a été inauguré en grande pompe, à Bruxelles, le «  Parlement juif européen  » dans l’enceinte même du vrai Parlement européen. Pas la moindre critique dans la «  grande presse  », pas la moindre dénonciation de ce qui ne peut pourtant apparaître que comme la création d’un lobby juif, comme la volonté de revendiquer un particularisme juif supérieur à tous les autres particularismes. Car, en effet, pourquoi pas un parlement arabo-musulman européen, ou un parlement rom européen qui serait d’ailleurs nettement plus légitime étant donné l’ostracisme et la ségrégation dont sont victimes les Roms dans divers pays européens, ce qui est, à notre connaissance, loin d’être le cas des Juifs.

Un Parlement juif donc, composé de 120 membres représentant 47 pays européens et coprésidé par l’oligarque ukrainien Vadim Rabinovich, président du Congrès juif ukrainien, et également citoyen israélien, et… Joël Rubinfeld qu’il n’est pas besoin de présenter et qui devait certainement être en mal d’une présidence.

En fait, l’idée d’un parlement juif européen avait été lancée, il y a plusieurs années, par Shimon Peres, une idée reprise par l’Union juive européenne créée en avril 2011 et présidée par l’homme d’affaires ukrainien Igor Kolomoisky qui, en septembre 2011, a lancé une chaîne d’information baptisée Jewish News 1 qui ambitionne d’offrir une «  nouvelle lecture de l’actualité mondiale en privilégiant un point de vue pro-israélien  ».

On nous dit que ce «  Parlement juif européen  » a été élu démocratiquement… Quelque 400.000 Juifs européens auraient ainsi désigné leurs représentants via internet. Appelés par qui  ? Nous n’avons en tout cas pas été informés. Peut-être fallait-il être affilié à l’un ou l’autre site, nous l’ignorons . Il faut dire que si nous avions été invités à donner notre avis, il aurait évidemment été négatif.

Car quel but poursuit donc ce «  Parlement juif européen  »  ? Interrogé à ce sujet, Joël Rubinfeld explique qu’il a pour vocation de «  travailler avec toutes les organisations juives qui existent et qui partagent les mêmes valeurs  ». «  Les défis sont immenses, poursuit-il, car ils concernent ni plus ni moins que l’avenir et la place de plus de 3 millions de Juifs européens dans leurs pays respectifs  ». Et de citer parmi ces défis… «  l’antisémitisme, le problème de la déligitimation d’Israël mais aussi la promotion des valeurs juives et l’ouverture vers d’autres communautés  ». Encore faudrait-il qu’il nous dise de quelles valeurs ils s’agit à ses yeux, et qu’il nous explique aussi en quoi il considère que l’avenir et la place des Juifs européens constitueraient un défi.

Et aussi, pourquoi se substituer à ces organisations juives avec lesquelles il veut travailler  ? Aucun membre du CCOJB ou du CRIF ne fait en effet partie de ce nouvel organe que l’ancien président du CRIF, Roger Cukierman, qualifie par ailleurs de «  vaste fumisterie  », un avis que, une fois n’est pas coutume pour ce qui concerne Cukierman, nous partageons.

Nous trouvons par ailleurs étrange que ce «  Parlement  » ait été accueilli le 16 février par la députée bulgare, Antonyia Parvanova, vice-présidente de l’Alliance des libéraux-démocrates présidée par Guy Verhofstadt. S’exprimant, nous dit-on, au nom du Parlement européen, (mandatée par qui, par les autres groupes  ? qu’on nous permette d’en douter), elle a salué l’émergence de ce nouvel organe qui sera, selon elle, «  la voix représentant la communauté juive en Europe  ». Exit J-Call, exit la Fédération de «  Juifs européens pour une paix juste  », Longue vie au «  Parlement juif européen  »  !

Mais une fois encore, un «  Parlement juif européen  » pour quoi faire  ? Pour attirer l’attention sur le réveil de l’antisémitisme en Europe  ? Oui, probablement, mais pas seulement… On note en effet parmi les «  élus  » français, le nom de Pierre Besnainou, notamment président du Fonds social juif unifié (France), grand adepte et défenseur, pour les Juifs français qui le souhaiteraient, de la double nationalité et de la double allégeance  ! Le nom également de Roger Fajnzylberg, directeur général de l’OSE (Oeuvre de secours aux enfants) qui annonce bien plus clairement la couleur que Joël Rubinfeld… «  C’est une aventure qui commence. Ce Parlement permettra d’exprimer un point de vue commun de soutien à Israël dans le débat international, chose ô combien nécessaire aujourd’hui  ». Voilà qui est dit…

Plus clair encore, Jean-Marc Moskowicz, autre «  élu  » français de ce «  Parlement », mais surtout président de l’Association Europe Israël qui se réjouit, sur le site de celle-ci, de l’opportunité qui est ainsi donnée de «  créer un groupe de pression en soutien à Israël  ». Un anti J-Call à l’évidence. Il n’est pas inutile, dans ce contexte, de nous attarder un peu sur les fondamentaux de Europe Israël…

«  À l’heure où Israël subit les plus fortes pressions internationales, orchestrée par les pays arabes et islamiques  ; à l’heure où une campagne haineuse sans précédent fait rage de toute part sous prétexte d’antisionisme (…) Nous, Européens de toutes nationalités et de toutes croyances, à l’instar du Peuple américain qui majoritairement soutient Israël, réaffirmons notre soutien à Israël  ! Nous réaffirmons le droit d’Israël, comme pour toute Nation légitime, d’assurer sa sécurité  ! Israël est le seul pays démocratique du Moyen-Orient. Cet État est porteur des mêmes valeurs Judéo-chrétiennes (sic) que l’Europe, mais aussi des mêmes valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Israël est la première ligne de défense de l’Occident et du monde libre contre le totalitarisme islamiste. En tournant sa colère contre Israël l’Occident sape sa défense contre les ennemis de la modernité et de la civilisation Occidentale que les Juifs ont largement contribué à créer.

Si Israël tombe, l’Occident suivra. Plus rien ne s’opposera à une déferlante de la dictature islamique (…). Nous réaffirmons que Jérusalem EST la Capitale d’Israël ; Jérusalem est le centre même du Judaïsme depuis des millénaires. Nous dénonçons les groupes terroristes comme le HAMAS et le HEZBOLLAH qui maintiennent volontairement la population palestinienne dans un état de pauvreté et de misère à des fins politiques, et qui se servent des populations civiles, pour réaliser leurs sinistres desseins. Nous affirmons notre soutien aux populations civiles palestiniennes de Gaza qui subissent l’endoctrinement des imams islamistes et vivent sous la terreur du HAMAS qui les prend en otage et les utilise dans une guerre qui les dépasse. Pour toutes ces raisons, nous apportons notre soutien à Israël.  »

Comme nous le disions… le péril islamiste comme élément fédérateur. La prochaine réunion de ce, n’ayons pas peur des mots, lobby pro israélien clairement affiché, se tiendra en avril. Nous osons espérer qu’il ne recevra plus l’hospitalité du Parlement européen

Source

Comparaison entre les sionistes et la mafia d’Al Assad – sous-titres français


pour les sous-titres cliquez sur cc

Voir aussi cet intéressant article intitulé:

Assadistes et sionistes : les deux faces d’une même pièce – Homs et Gaza, même combat.

Publié le 10 avril 2012 by

Si les Assad n’ont jamais été des résistants à l’état sioniste, comme ils aiment à le répéter, il est remarquable de constater qu’ils en sont le parfait reflet dans le miroir du mode de gouvernance par la force. Meilleurs ennemis, sionistes et assadistes répriment dans le sang de part et d’autre de la frontière qui les sépare, frontière d’une stabilité exceptionnelle depuis 1973 !

Les Assad ne valent pas mieux que ceux qu’ils prétendent combattre, bien au contraire, ils leur ressemblent fortement. Tal Al-Zaatar ressemble terriblement à Sabra et Chatila. Syriens et Israéliens ferment les yeux sur les massacres de centaines de civils dans le camp de Tal- Al-Zaatar, un camp à moitié libanais et à moitié palestinien d’environ 10 000 personnes. Les phalangistes chrétiens, alliés des israéliens, massacrent des centaines de civils dans les camps – encerclés par l’armée israélienne – de Sabra et Chatila. On oublie fréquemment de rappeler qu’à la tête des phalangistes se trouve Elie Hobeika, qui est pro-régime syrien…

Nous avons également vu que les palestiniens ont un souvenir amer de Beyrouth en 1982 autant que Tripoli 1983, les syriens continuant le travail des israéliens.

Assadistes et sionistes, les deux faces d’une médaille peu glorieuse. Comparaison

Lire la suite ici

Egalement : http://syrianfacts.wordpress.com/2012/04/10/la-resistance-des-assad-la-blague-du-siecle/

Le lien avec les Etats Unis vu de Tel Aviv


Le gouvernement sioniste vient de lancer une campagne de com pour inviter ses ouailles égarées en Amérique à retrouver le chemin du « foyer national juif. »

Cette campagne a suscité la colère dans la communauté juive des Etats Unis. Pas seulement pour de bonnes raisons cependant.

Elle a apparemment laissé de marbre les Américains non Juifs qui auraient pourtant eu aussi des motifs légitimes de se fâcher, eux dont les dirigeants, de Barack Obama à Joe Biden, ne cessent de clamer le lien incassable (unbreakable) entre les Etats unis et la voyoucratie sioniste.

Les Juifs des USA refusent la campagne de communication anti-assimilation

Des spots vidéo illustrant le processus d’assimilation des Israéliens residant à l’étranger provoquent des remous dans la communauté juive américaine. Selon les Jewish Federations ; ce message insultant pourrait nuire aux relations entre israël et la diaspora.

Par Yitzhak Benhorin, Yediot Aharonot (Sionistan) 2 décembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

WASHINGTON –  Une campagne de communication lancée par le ministère de l’absorption des immigrants destinée à convaincre les Israéliens résidant à l’étranger de rentrer en Israël a provoqué une grande colère chez de nombreux Juifs Américains qui soutiennent que ces spots vidéo mettent en danger les relations d’Israël avec sa diaspora.

Trois vidéos produites par le ministère décrivent des scènes de la vie “ordinaire” des Israéliens à l’étranger et les pressent de “rentrer au pays” avant d’être «complètement assimilés.»

Suite à de nombreuses protestations de la part de Juifs Américains, la Jewish Federations of North America (JFNA) a publié la déclaration suivante : « … Tout en admettant les motivations derrière la campagne de spots vidéo, nous sommes fermement opposés à son message selon lequel les Juifs Américains ne comprennent pas Israël. Nous partageons les préoccupations de beaucoup d’entre vous qui avez fait savoir que ce message scandaleux et insultant pourrait nuire à la relation entre Israël et la diaspora.»

« C’est pourquoi nous avons fait connaître notre préoccupation aux officiels Israéliens aux Etats Unis et transmettons un courrier aux services du premier ministre pour lui demander avec force de stopper cette campagne et de reconsidérer la stratégie sous-jacente. Nous avons aussi proposé notre aide dans la redéfinition de cette démarche.»

Une des vidéos montre des grands-parents en Israël avec un chandelier d’Hannoucah derrière eux en train de discuter avec leur petite fille sur Skype. Ils lui demandent « c’est quelle fête aujourd’hui ? », à quoi elle répond joyeusement «Noël.»

En fin de vidéo, le message suivant s’incruste sur l’écran : « Ils seront toujours Israéliens. Pas leurs enfants. Aidez-les à rentrer au pays.»

Une autre vidéo qui a mécontenté les Juifs Américains suggère que des israéliens ne devraient pas épouser des non Israéliens, parce que ces derniers ne comprendront jamais des fêtes israéliennes comme la Journée du Souvenir des Soldats et des Victimes du Terrorisme.

Dans un troisième spot, on voit un enfant essayer de tirer son père de la sieste en appelant à plusieurs reprises «papa». Mais le père ne réagira que quand l’enfant finira par l’appeler «aba» (père en hébreu).

Les organes de presse américains ont pourfendu cette campagne de communication, dirigeant leur colère contre le premier ministre Benjamin Netanyahou.

Le magazine Business Insider a comparé Netanyahou au Grinch, un personnage de fiction créé par le Dr Seuss et qui est opposé aux fêtes de Noêl, tandis que le Miami Herald a publié un article intitulé «Benjamin Netanyahou en guerre contre Noël ?»

Jeffrey Goldberg, correspondant de The Atlantic, a exprimé le mécontentement de la communauté juive en écrivant: “L’idée communiqué par ces spots est que l’Amérique n’est pas un endroit pour être un bon Juif et qu’un Juif qui se soucie du destin juif devrait vivre en Israël est archaïque et aussi chutzpadik (si je puis me permettre ce terme familier).

“Le message est: Chers Juifs Américains, merci de faire pression pour l’aide militaire américaine (et pour le show formidable que vous montez chaque année pour la convention de l’AIPAC !) mais, SVP, tenez-vous à l’écart de nos fils et de nos filles, » écrit-il.

Mounadil el Djazaïri

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