Invitation à la Keynote: Vous serez les premiers à découvrir l’iPhone 5…


Apple a envoyé mardi dernier aux médias, une invitation pour une conférence de presse le 12 septembre à San Francisco assortie d’un message pseudo énigmatique: « Il est presque là ».
Vous aurez deviné, l’ombre du 5 sous le 12, semble bien présager une annonce autour du très attendu iPhone 5
Nous retransmettrons en direct cet événement à 18h30 (heure de paris), directement sur la page d’accueil de notre site, avec l’aide d’un module qui sera mis en place (sans avoir à recharger la page), mercredi dés 14 heures…Le rideau rouge tombera, et laissera place au LiveBlog…Vous pourrez suivre la keynote directement depuis votre PC ou Mac, mais aussi sur votre iPad et iPhone. Regarder c’est bien, mais interagir c’est mieux! Vous aurez donc la possibilité d’exprimer votre joie ou votre déception en même temps que la retransmission.

Demain, vous serez les premiers à voir le Nouvel iPhone sur next51.net.

Maintenant c’est l’heure pour vous de faire marcher vos réseaux sociaux et faire suivre cet article…

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11/09/2012
Next 51

Et si les vieux créaient eux-mêmes leurs maisons de retraite ?



Une maison avec des cœurs (Ken ratcliff/Flickr/CC)

Ils sont actifs, bien dans leur tête… et ont une aversion viscérale pour les maisons de retraite. Loin d’être gâteux, les nouveaux vieux entendent retrouver leur liberté. Pour leurs vieux jours et se sentir paisibles, ils veulent de nouvelles formes d’hébergements. Et surtout, ne pas passer par les organismes spécialisés.

De nombreuses maisons de retraite ne donnent pas envie : infantilisation, perte d’indépendance, moral qui flanche, prix exorbitants… Pour neuf Français sur dix, il est préférable de vieillir à son domicile, selon un sondage OpinionWay, publié le 6 avril, par l’Observatoire de l’intérêt général. Mais chez soi, le vide peut aussi devenir un compagnon d’infortune.

L’idée

La nouvelle génération de personnes âgées a donc eu l’idée de se regrouper et de vivre ensemble. Le concept existe depuis plusieurs années en Europe du Nord. Il a, depuis, dépassé les frontières. Ce type de colocations version troisième âge commence à se développer en France. Plus qu’un simple logement, ces cohabitations s’inscrivent dans un vrai projet de vie, sur le long terme. Ancienne psychosociologue ayant vécu en coloc’, Christiane Baumelle, 71 ans, a conçu avec son association La Trame, les Cocon3s (pour solidaire, senior, solo). L’organisme aide les seniors à créer des unités de vie collective :

« On veut se gérer entre nous et apporter nous-mêmes une réponse à la solitude. On se sent mieux dans une maison habitée. Les maisons de retraite, tout le monde y va les pieds devant ! »

Sept cocons ont déjà éclos un peu partout en France, depuis leur création en 2007.

Passer son annonce sur Le Bon Coin

Jean-Marie Jarnac, 68 ans, vit en colocation avec deux femmes de 73 et 65 ans, dans les Pyrénées. Enthousiaste, il n’y voit que des avantages :

« On loue une maison de 360 m² pour 330 euros par mois. Mais surtout, depuis un an, nous partageons nos vies. Ça nous a ouvert d’autres perspectives, c’est exaltant ! Il n’y a pas de routine. Il ne faut pas croire qu’on reste tous les trois à jouer au Scrabble ou à faire du macramé, on a plein d’activités, ensemble ou pas ! »

Jean-Marie et ses colocataires se sont trouvés grâce à une annonce passée sur Le Bon Coin. Deux rencontres collectives et quelques mois plus tard, ils emménageaient ensemble.

L’habitat groupé, entre femmes

A Montreuil, en banlieue parisienne, une bande de femmes aux caractères bien trempés a opté pour l’autogestion. Surnommées les Babayagas, elles ont misé sur l’habitat groupé. Un projet imaginé en 1995 par Thérèse Clerc, 85 années à peine perceptibles et toujours féministe dans l’âme. La maison des Babayagas doit se terminer en septembre. Les 25 logements seront répartis sur un immeuble de six étages : 21 pour les « Babas » et quatre, réservés à des jeunes. Le rez-de-chaussée de 127 m² sera entièrement destiné aux équipements sportifs, au matériel informatique et à l’Université du savoir des vieux (Unisavie).

Pour le moment, si les « Babas » vivent toujours dans leurs logements respectifs, elles se retrouvent toutes les semaines pour prendre leurs décisions de façon collégiale par rapport à leur future habitation. Entre leurs apparentes petites vacheries et les blagues qui n’arrêtent pas de fuser, l’ambiance est très conviviale. Pour Thérèse Clerc, cette maison a aussi une vocation militante :

« Nous avons choisi les femmes, parce qu’elles sont les plus pauvres et les plus seules. Elles sont extrêmement faibles dans la vieillesse. Déjà que les femmes sont les invisibles de la société, vieilles, elles deviennent les invisibles des invisibles. »

Aucune n’appréhende la vie en communauté. « Au pire, on a prévu l’arsenic », s’amusent les Babas. Plaisanteries à part, elles s’accordent toutes pour dire qu’elles rient énormément et ont hâte d’emménager.

Ce qu’il reste à faire

Les seniors qui s’engagent dans cette aventure ont souvent une forte personnalité et apprennent à leurs dépens que parfois, « l’enfer, ce sont les autres ». Accrochages et étincelles font aussi partie du menu quotidien. Certaines communautés implosent. Christiane Baumelle a même publié, en janvier dernier, le « Manuel de survie des seniors en colocation » (éd. Tournez la page, janvier 2012). Et son association a lancé, depuis trois mois, un service de médiateurs, qui suivent et accompagnent les candidats. :

« Il faut se poser des questions sur sa capacité à vivre en communauté et à créer des liens. Ce n’est pas la maison qui fait que ça fonctionne ou pas, c’est le groupe. »

Bien que le phénomène prenne de l’ampleur en France, il est difficilement quantifiable. Du côté de Cocon3s, une dizaine d’autres coloc’ sont en gestation. Pour l’instant, les femmes sont plus nombreuses à s’intéresser à la question. Les mentalités évoluent doucement. Certains seniors se disent séduits par l’idée, mais ne l’envisagent pas tant qu’ils se sentent autonomes. Erreur stratégique, estime Jean-Marie :

« C’est quelque chose qui s’organise à l’avance. Il ne faut pas attendre. »

Et trouver des habitants n’est pas facile. Jean-Marie déplore « l’absence de site attrayant, gratuit et bien fait, avec des informations pertinentes », qui recenserait toutes les offres. Lui et ses colocataires peinent d’ailleurs à trouver leur quatrième cohabitant. Avis aux amateurs…

Magali Sennane

Source

Philippe, ex-SDF : « Ma grande peur, c’est de retomber à la rue »


Aurélie Champagne
Journaliste
Publié le 13/08/2012 à 14h39

Depuis notre rencontre en octobre 2010, la vie de Philippe a connu plusieurs révolutions.


Philippe sort de la rue (Aurélie Champagne, Olivier Volpi)

Aujourd’hui, il porte son trousseau de clefs noué autour du cou. Il a les cheveux courts, se rase de près, porte des habits propres et sent bon « l’eau de Cologne à la lavande achetée chez ED ».

« Normalement, je dis bien normalement, la rue, c’est fini pour moi. A 95%, je pense que c’est fini. »

« Un déclic », la pugnacité d’une assistante sociale, l’association des Petits Frères des Pauvres et une bonne part de chance ont permis son relogement.

Tout n’est pas rose pour autant. Philippe doit « faire ses preuves » et résoudre des problèmes qu’il n’avait pas forcément anticipés.

110 euros par mois pour vivre

Après trois mois d’hôtel à la semaine, il est passé à « l’hôtel social au mois avec cuisine », où il vit actuellement. Sa chambre de 14 m2 coûte 610 euros au mois. Il touche 310 euros d’Aide pour le logement (APL) et 410 euros de RSA.

« Une fois le loyer payé, il me reste une centaine d’euros. Avec ça, tu vis pas. C’est nouilles, riz et pas de folie. »

La CMU couvre gratuitement ses frais médicaux et sa carte « Transports solidarité » lui permet de se déplacer gratuitement. Pour se nourrir, il continue à fréquenter quelques associations, dont une banque alimentaire, deux fois par mois :

« Tu paies 5 euros et tu ressors avec l’équivalent de 20 euros de produits de première nécessité. »

Quand ses vêtements lâchent, il va à l’Armée du salut, « le meilleur vestiaire de Paris ».

« Un mec à la rue vit mieux que moi »

Ironique, il constate :

« A la rigueur, un mec à la rue vit mieux que moi. Il touche un RSA socle de 460 euros. Il peut vivre. Il n’a pas de loyer. Il ne peut pas cuisiner, mais il y a des associations et des distributions de nourriture. Moi, depuis que j’ai un logement, je ne peux plus bénéficier de certaines aides. »

La question du budget décourage parfois les sans-abri en réinsertion. Pas Philippe :

« Je ne ressens pas “ l’appel de la rue ”. Ce que j’y ai vécu pendant vingt ans n’a rien à voir avec ce que je vis depuis ma domiciliation. Je ne suis pas nostalgique. »

Ce qui reste : le bordel, la haine du gaspillage

« Il m’a fallu six mois d’adaptation, pour que je me sente vraiment “ADF” [avec domicile fixe, ndlr] », résume-t-il.

Les premiers temps, à l’hôtel, une sensation de claustrophobie le poussait à laisser toutes les fenêtres ouvertes. Elle a fini par passer.

Malgré tout, Philippe « garde encore des habitudes de la rue ». Sa plus grande obsession est le gaspillage :

« Je jette rien, surtout pas la nourriture. J’utilise les vêtements à fond, je collectionne les petits morceaux de sucre, quand il y en a un qui traîne, je le ramasse. Pareil pour le pain. Je préfère encore manger un morceau de pain rassi depuis deux jours que de le jeter. »

En ce moment, il collectionne les serviettes en papier.


Philippe et son patchwork « Brico Déco » (Aurélie Champagne, Olivier Volpi)

Même si les produits ménagers et produits de toilette représentent une part importante de son budget, Philippe éprouve une certaine difficulté à ordonner son lieu de vie :

« Le bordel, ça, ça me reste de la rue. »

Des services contre un petit billet

Pour arrondir les fins de mois, il a ses petits arrangements avec une paroisse qu’il fréquente de longue date. Il assure quelques heures de présence quotidienne dans une église et effectue des petits travaux d’entretien :

« Je rends aussi des services à des paroissiens contre un petit billet. »

Pour tout le reste, Philippe a appris à changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde. De temps en temps, il s’autorise « une petite folie » : « Un traiteur chinois ou un cinéma. »

« A la rue, je le faisais jamais : tu sais que tu sens pas la rose, t’as tes bagages avec toi. Aujourd’hui, j’ai plus ces problèmes. Je rentre partout. La semaine dernière, je suis allé voir “ Batman ”. »

Philippe évite de penser aux vacances :

« J’ai pas vu la mer depuis au moins dix ans. »

Il rit :

« Si j’ai besoin de flotte, je vais à la piscine. »

La solitude, « le manque des copains »

Aujourd’hui, Philippe parle du « clan SDF » et du « clan ADF ». Socialement, il est encore dans un entre-deux pas toujours très chouette à vivre. Côté ADF, les amitiés sont inexistantes et certains regards le renvoient encore à son ancienne condition. Côté SDF, ses anciens amis de rue lui ont tourné le dos :

« Certains me disent que je m’embourgeoise. Il y a une certaine jalousie. Ils ne comprennent pas : la rue est une famille et je l’ai désertée. Souvent, je ressens le manque des copains. »

Philippe, ex-SDF, à propos de son entourage ADF et SDF.

Durée : 1’15

Ses anciens potes Paul et Daniel sont loin. Paul vivrait toujours au Maroc, « il a appelé la dernière fois pour que je l’aide avec son dossier de RSA ». Daniel serait parti le rejoindre :

« Il paraît qu’il s’est lancé dans un petit business de location de chameaux. Mais je ne sais pas le vrai du faux. Je ne les fréquente plus. »

« Peut-être que je deviens comme tout le monde »

Il reste silencieux un moment. Une pensée le taraude. Un changement s’opère en lui. Il peine à l’expliquer :

« C’est bizarre mais je l’ai remarqué : j’ai peut-être tendance à m’écarter des SDF maintenant. Bien que je l’aie été. C’est-à-dire que quand j’en vois un, je vais pas lui dire bonjour. Je m’écarte. Je crois que j’ai une autre façon de penser aujourd’hui. Je me dis : “ Ah, quand même, s’il voulait s’en sortir… ”

Pourtant, je sais d’où je viens. Je suis le premier à savoir ce que les SDF vivent, été comme hiver, mais je crois que je ressens comme un manque d’amitié pour eux. »

Il conclut, avec une pointe d’angoisse :

« Quand tu m’as connu, j’étais SDF. Je parlais comme un SDF parce que je vivais une vie de SDF. Quelques années plus tard, je crois que je parle et que je raisonne plus comme un ADF. En fait, peut-être que je deviens comme tout le monde. »

Sa copine et Fred

Pour tromper sa solitude, il fréquente Fred, un ancien SDF comme lui, en passe de sortir de la rue :

« C’est mon frère, on rigole ensemble plus qu’on ne se parle. Il n’y a que lui. »

Dans sa vie, Philippe a aussi « une amie » :

« Je la connaissais du temps de la rue, elle savait que pour moi, il n’était pas question d’avoir une relation en étant dehors. »

Depuis, les choses ont changé. Elle lui confie ses histoires, il l’écoute et l’accueille de temps en temps dans sa chambre.

Le retour timide de la famille

En juillet dernier, Philippe a fêté son anniversaire :

« 52 ans. Je suis fier de les avoir, avec tout ce qu’il y a derrière. »

Après un long silence :

« Mon frère m’a appelé pour me le fêter… Chose qu’il n’avait pas faite depuis une bonne dizaine d’années. Depuis qu’il sait que je suis sorti de la rue et que je tiens la route, il a repris contact. Petit à petit. Pour moi, c’est une reconnaissance. »

Philippe est ému. Pour la première fois, il parle de ses filles de 22 et 26 ans :

« J’ai été un papa voyageur, c’est comme ça qu’elles disaient. »

L’une d’elle l’appelle plus souvent maintenant.

Beaucoup de choses ont changé

En un an, beaucoup de choses ont changé. « J’ai grossi », sourit-il. Il parle aussi d’une forme d’« amour propre » qu’il sent revenir :

« Avant, on me marchait sur les pieds dans le bus, je disais rien. Aujourd’hui, je gueule. C’est un détail mais il y en a plein d’autres comme ça. »

Il évoque « l’odeur de rue » dont il s’est défait et s’avoue heureux de « passer inaperçu dans la masse ».

« A la rue, ça me serait jamais venu à l’idée de m’installer en terrasse de café ou dans un restaurant pour manger comme on fait là. Je savais très bien que, du fait de mon manque d’hygiène, je ne sentais pas bon. C’est de l’exclusion dans l’exclusion, tu vois. Je m’excluais moi-même. »

Philippe, ex-SDF, à propos de ’l’odeur de la rue »

Durée : 1’

Il a cessé d’écrire de la poésie :

« A la rue, je crois que c’était un exutoire. »

Retomber à la rue, sa « plus grande peur »

Il répète :

« Je sais d’où je viens. Et j’espère que je sais où je vais. Je fais tout pour ne pas retomber : je paie mes loyers, je tiens à jour mes dossiers RSA, CMU. Je sais bien que sortir de la rue, se réinsérer, ça prend pas un mois, pas six mois, pas un an. Aujourd’hui, retomber à la rue reste ma grande peur. »


Philippe au resto L’Echappée (Aurélie Champagne, Olivier Volpi)

Niveau santé, vingt années de rue ont laissé des séquelles : les mycoses et maladies de peau sont derrière, mais « les pieds et les genoux sont abîmés, à force de marcher tout le temps et de porter des sacs. Et puis, je suis à la limite du diabète. Pendant les années de rue, on se dit que tout va bien, ça tient, mais quand on en sort, on se rend compte qu’on n’est pas indemne. »

MERCI RIVERAINS ! Flapi

Le pays où la vie est moins chère


LE MONDE | 09.08.2012 à 16h23 • Mis à jour le 10.08.2012 à 06h46

Dans les jardins ouvriers de Saint-Pierre-des-Corps.

Peut-être ne l’avait-on jamais vraiment lu. Mais à cet endroit-là, à ce moment-là, il résonnait si juste. « Le pays où la vie est moins chère ». Le slogan s’affichait en lettres géantes au-dessus d’une fameuse enseigne de marchand de meubles à la sortie de la voie rapide de Saint-Pol-sur-Mer (Nord – Pas-de-Calais). Il annonçait un de ces endroits du territoire où, par nécessité, la vie ne peut être que moins chère, parfois au centime près. En passant « Une année en France », nous avons rencontré des familiers de ce mode de vie à prix cassés.

Discount garage, Degriff électroménager, Dya shopping, Babou, Lidl… Bienvenue au royaume des « 99 » après la virgule. « En fonction des promotions, il m’arrive de faire mes courses dans plusieurs grandes surfaces dans une même journée, explique une assistante maternelle à la sortie de l’un de ces supermarchés discount. Je compare les prix et je sais si un produit a augmenté de 10 centimes d’une semaine sur l’autre. » Elle vient de renoncer à du hachis de boeuf, passé depuis la semaine précédente de 3,99 à 4,29 euros, et s’apprête à l’acheter ailleurs. « Avant, pour 50 euros, on avait plus ou moins un charriot plein, commente une autre. Maintenant, on en a moins pour la même somme. Le Caddie se vide de plus en plus. »

Face à la hausse continue des prix du carburant, au passage à l’euro dont on a le sentiment de ne toujours pas avoir fini de payer la facture, face à la crise et son lot de petits boulots, de temps partiels et d’allocations, chacun improvise sa solution. On bricole, on rationne, on calcule, on plante et on récolte, on économise sur les « petits plaisirs »… Bref, on survit.

A La Courneuve (Seine-Saint-Denis), c’est Annie qui s’emporte contre sa petite fille : « Elle se rend pas compte : elle fait préchauffer le four dix minutes et ensuite c’est encore dix minutes pour cuire sa pizza surgelée. Mais c’est une cuisinière électrique, et moi je peux pas me permettre de voir augmenter la facture EDF ! Vaut mieux aller acheter une grande pizza à emporter pour tout le monde, ça revient moins cher. »

Des calculs anecdotiques ? Des économies de bouts de chandelle ? Mises bout à bout, ces pratiques minuscules racontent cette France qui galère. Pour comprendre ce qui se joue chaque jour dans les replis de ces existences modestes, il a fallu du temps. Pousser la porte d’un jardin ouvrier, franchir le perron d’un appartement, s’asseoir dans le canapé d’un salon, boire un soda dans la cuisine, parler de tout et de rien.

CORNED-BEEF

Ce jour-là, à Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), c’est au détour d’une conversation que notre interlocuteur nous fait part d’une recette de cuisine de son cru : les « pâtes à papa ». Il n’a pas envie qu’on le raconte. Toujours cette même histoire de chômage honteux. Ancien tailleur de pierre, licencié économique en 2002, il avait enchaîné les petits boulots avant d’entrer dans une période de chômage indéterminée, il y a trois ans. Après avoir épuisé toutes les aides disponibles, les derniers revenus de ce père de 48 ans marié à une vendeuse de supermarché étaient l’allocation de solidarité spécifique (ASS), soit 473 euros par mois.

Les « pâtes à papa », donc : un plat unique et complet (féculents, légumes, protéines) préparé dans un grand faitout que l’on pourra réchauffer plusieurs fois dans la semaine. Ses ingrédients ? Des pâtes, des carottes, des tomates et un fond de sauce réalisé avec un aliment présentant l’avantage « d’avoir du goût et d’être bon marché » : du corned-beef en boîte. Nous qui pensions que cette préparation à partir de viande de boeuf, popularisée par les Américains à la fin de la seconde guerre mondiale, avait disparu des rayonnages… Erreur ! Comment ne pas voir dans son utilisation, même ponctuelle, la résurgence d’une époque où les populations étaient démunies et avaient faim ?

A Avallon (Yonne), trois enfants entrent dans la petite épicerie de Patrick Prugnaud, près de la place du marché. L’aîné a une liste à la main. Coquillettes, gâteaux, sauce tomate, beurre. « Ils sont quatre, leur mère les élève seule avec un salaire d’aide-soignante. Un jour, elle m’a demandé si elle pouvait me payer le lendemain, puis le surlendemain. Et, en décembre, il y a eu les cadeaux des enfants, et elle m’a demandé encore un petit délai. Je lui fais confiance, elle règle toujours vers le 28, quand le salaire tombe. »

Même si sa femme « n’aime pas trop ça », depuis quelques années, Patrick Prugnaud est bien obligé d’accepter des « petits crédits ». « Je suis épicier, moi, je ne suis pas seulement commerçant. Je gagne ce que je gagne, je sais bien que la vie est difficile. » Punaisée sur le tableau de liège, une liasse de tickets raconte les petits arrangements avec le calendrier, rythmé par le virement du petit salaire unique, des allocations familiales, de l’aide au logement, de la pension de retraite, du RSA ou des bons d’achat du service social. « Au début du mois, ça achète un peu plus. Et à partir du 15, ça freine. Ou même dès le 10 maintenant, avec la crise. »

RIZ CONTRE HARICOTS VERTS

En trente-quatre années passées dans les écoles de La Courneuve, Françoise Tirante a vu la population se paupériser, jusqu’à ne peut plus pouvoir s’en sortir. « Les gens sont étranglés. Même ceux qui travaillent, car ils ont de petits salaires ou sont à temp partiel. On n’a pas de parents ingénieurs par ici ! L’autre jour, un parent d’élève qui travaille en CDI dans une cuisine collective me dit : « Moi j’ai toujours un travail, mais je ne vais peut-être plus pouvoir payer mon loyer »… « 

Les appartements trop petits pour la grande famille, les factures impayées, les mères seules avec enfant qui peinent à joindre les deux bouts, ce sont des situations que l’on connaît trop bien ici. « Comment voulez-vous faire, tout augmente sauf les salaires ! Il y a deux ans, lorsqu’ils ont refait les quotients familiaux en mairie, 60 % des gosses sont passés au tarif minimum ! 60 % ! » Elle s’emporte : « Et ensuite on entend partout qu’il faut manger cinq fruits et légumes par jour ? Mais je rigole moi ! Vous avez vu les prix ? Avec un kilo de riz ou de semoule, vous faites manger votre famille à sa faim ! Pas avec un kilo de haricots verts ! »

Au cours de l’année, plusieurs personnes nous ont raconté comment elles passent leur temps à « recycler » des plats préparés en début de semaine afin d’optimiser au mieux le contenu de leur réfrigérateur. Les « anciens », auxquels on ne s’est jamais autant référé, ne faisaient-ils pas pareil quand les temps étaient « durs » ? A cette époque, grand nombre de familles possédaient un lopin de terre où faire pousser leur consommation personnelle.

LE RETOUR DES JARDINS OUVRIERS

Signe qui ne trompe pas : les jardins familliaux – on ne dit plus ouvriers, même dans une ville aussi prolétaire que Saint-Pierre-des-Corps – connaissent une deuxième jeunesse. Ici, une attente de trois ans est nécessaire pour acquérir le droit de louer une parcelle de 200 m2. Avec un budget limité, un jardinier amateur peut produire en une année « de quoi nourrir trois foyers en légumes », nous expliquait l’un d’eux. Le prix d’une salade en supermarché vaut, peu ou prou, celui d’un sachet de graines avec lequel on fera pousser 50 salades.

« Nos adhérents sont en grande majorité des retraités qui touchent des petites pensions ou des bénéficiaires de minima sociaux, raconte Marie-France Puéchavy, la présidente de l’association. Tous vivent en immeuble et, s’ils viennent ici, c’est d’abord pour produire et consommer des légumes et des fruits qui leur coûteront moins cher qu’en supermarché. » Depuis « environ quatre ou cinq ans, estime-t-elle, le nombre des demandeurs est en augmentation constante ». Une dizaine de jardins se libèrent tous les ans ; il en faudrait deux ou trois fois plus. Une extension a certes été ouverte il y a quelques années : la liste d’attente des requérants n’en cesse pas moins de s’allonger.

A la campagne aussi, les jardins potagers permettent – plus que jamais – de réduire le budget alimentation des familles nombreuses. A Mézères (Haute-Loire), ce matin-là, Félix Ramel a déjà sorti de terre plus de 100 kg de pommes de terre. Au bord du potager attend sa voiture et une remorque pour ramener sa lourde cargaison. « On est cinq familles à se nourrir là-dessus », plaisante-t-il. Le budget « légumes » de ses enfants en est grandement allégé. « Ils n’achètent presque rien », confirme Félix.

Autre activité dont le succès en dit long sur les difficultés actuelles : les lotos. A Saint-Pierre-des-Corps, il s’en organise au moins un par week-end, entre octobre et mars. Finie l’époque où les lots à gagner étaient exclusivement composés d’appareils électroménagers à l’obsolescence programmée (cafetière, grille-pain, télé…). La mode est désormais aux bons d’achat et aux chariots remplis de victuailles. Là n’est pas l’unique raison qui pousse les gens à jouer, bien sûr. Comme pour les jardins ouvriers, la convivialité est autant si ce n’est plus importante. Reste que la perspective d’améliorer l’ordinaire est bien là.

Au « pays où la vie est moins chère », on a ressorti vélos et cyclomoteurs des garages. Oui, ces bonnes vieilles « mobs » robustes et pétaradantes aux couleurs bleu passé ou orange éteint et aux sacoches fatiguées. Et tant pis si plus aucune station-service ne vend de « mélange » pour cyclomoteur, on confectionne soi-même sa mixture huile-essence. Ce sera toujours moins cher qu’un plein.

source

L’étudiante et la bague en or, une arnaque bien ficelée



La bague soi-disant en or (Nesrine Briki)

J’ai assisté à une scène assez étrange lors de mon dernier séjour à Paris : cela remonte à quelques jours, fin juillet, en pleine saison touristique. Fatiguée d’avoir trop marché, je décide de faire une halte au niveau du pont Alexandre III. Je m’accoude à la rambarde pour me reposer et admirer ce chef-d’œuvre architectural et la vue sur les Invalides.

Mon esprit vogue au gré des bateaux-mouches de passage, lorsqu’un « Madame » vient interrompre mon activité méditative. En tournant la tête, je m’aperçois que ça ne m’est pas adressé, mais destiné à une femme occupée à prendre des photos à quelques pas de moi.

La personne qui a lancé le « Madame » est une jeune fille d’environ 25 ans. Son allure est rassurante, son look simple et discret… peut-être une étudiante, pensé-je.

« C’est sûrement de l’or »

L’étudiante pointe un objet brillant par terre, le ramasse et se dirige vers la femme aux photos. S’ensuit alors un échange troublant :

L’étudiante : « Vous avez perdu ça ?

La femme : – Non, ce n’est pas à moi.

L’étudiante : – Vous avez vu ça, c’est du vrai, vous pensez-pas ? »

La femme saisit l’objet que l’étudiante agite sous son nez : un gros anneau doré, style jonc en or, l’examine quelques secondes, puis déclare : « Effectivement, elle est poinçonnée, c’est sûrement de l’or »

L’étudiante reprend la bague et revient à la charge :

« Et vous avez vu la grosseur ?

La femme : – Oui c’est massif, elle doit avoir beaucoup de valeur. Vous avez de la chance de l’avoir vue en premier.

L’étudiante, en souriant : Ah ! ça, c’est la vie ! »

Cette dernière parle un français correct, mais avec un petit accent que mon oreille n’arrive pas à identifier.

« 200 euros et je vous la laisse »

Toujours en souriant, l’étudiante met la bague trouvée à son annulaire puis, l’air déçu, déclare : « C’est dommage, elle est beaucoup trop grande pour moi. » Elle l’ôte, la glisse prestement au doigt de la femme et dit avec enthousiasme : « Regardez, elle est à votre taille, quelle chance ! »

La femme tend la main devant elle pour voir l’effet. L’air satisfait, elle admet que la bague lui va très bien. L’étudiante ne lui laisse pas le temps de souffler et enchaîne :

« Ecoutez, elle ne me va pas à moi et elle vous va bien à vous, je suis en galère en ce moment, donnez-moi 200 euros et je vous la laisse. »

La femme répond vivement qu’elle ne les a pas, l’étudiante prend une voix très douce : « Vous faites comme vous voulez… Elle vous plaît, c’est dommage de rater cette affaire. Combien vous avez ? »

La femme sort son porte-monnaie et en tire deux billets bleus, l’étudiante dit que ça ira, s’empare rapidement des 40 euros, salue la femme, et les deux partent dans des directions différentes.

Cet échange s’est déroulé très vite ; le temps qui sépare la rencontre de la prise de congé n’excède pas les trois minutes.

Soit l’étudiante a une chance inouïe, soit…

Après un moment, je décide de reprendre ma marche. Je me dirige vers les Champs-Elysées, en repensant à la scène dont je viens d’être le témoin ; je me dis que cette étudiante est naïve ou pas très maligne, car au prix de l’or, n’importe quelle centrale de rachat d’or (comme on en voit un peu partout) lui en aurait offert plus que 40 euros…

Je constate aussi qu’à aucun moment, la femme et l’étudiante n’ont évoqué la possibilité de remettre la bague à la police.

Arrivée au niveau du Petit Palais, quelle n’est pas ma surprise de voir la même étudiante montrer une autre bague à une autre femme. Je reste interdite devant la scène déjà vue une demi-heure plus tôt : soit l’étudiante a une chance inouïe et un altruisme surhumain, soit…

Je viens de comprendre qu’il s’agit d’une arnaque et que l’étudiante est un escroc. Cette fois-ci en revanche, elle a moins de chance : la femme abordée a l’air de ne pas parler français et semble méfiante. Elle hoche la tête frénétiquement en s’écartant de l’étudiante.

Poussée par ma curiosité et sans réfléchir, je m’approche de l’étudiante, la salue et sort un Ticket Resto de mon sac, je lui propose de l’échanger contre sa bague. Elle fait mine d’hésiter, je finis par lui avouer que je l’ai vue tout à l’heure, sur le pont Alexandre III. Elle prend le Ticket Resto, me jette la bague et s’enfuit à toute vitesse.

Une boîte à chaussures pleine de bagues

Je ramasse la bague et l’examine minutieusement. Elle est effectivement massive et pèse assez lourd. Deux poinçons sont gravés à l’intérieur : « 750 » et « 18K ». A priori, rien ne les distingue des poinçons authentiques. Pour en avoir le cœur net, je me mets aussitôt en quête d’un bijoutier. Je traverse les Champs-Elysées, je passe l’Arc de triomphe et finis par en trouver un dans le XVIe arrondissement.

Je lui montre la bague et lui demande si c’est de l’or. Une seconde lui suffit pour m’affirmer de façon catégorique que c’est du toc. J’insiste pour savoir comment il peut en être aussi sûr si vite. Le bijoutier montre des signes d’agacement :

« Tenez, regardez ça si vous mettez ma parole en doute ! »

Il me tend une boîte à chaussure pleine à craquer de bagues identiques à celle « trouvée » par l’étudiante, si ce n’est qu’elles sont oxydées et que leur couleur vire au gris vert.

J’expose au bijoutier les circonstances de mon acquisition et ma véritable motivation (la rédaction de cet article), il me répond :

« Je sais juste que les gens qui viennent avec cette bague sont victimes d’une arnaque bien rodée et très efficace : on vous aborde pour vous rendre une bague en or que vous auriez soi-disant perdue, la personne prétend ensuite que sa religion lui interdit de porter des bijoux ou qu’elle n’est pas à sa taille et vous la cède contre de l’argent, sauf que la bague est en cuivre et qu’elle n’a aucune valeur. »

Selon le bijoutier, cette escroquerie est apparue il y a quatre ou cinq ans, mais les cas se multiplient depuis 2010.

Décryptage d’une manipulation

Si l’étudiante avait abordé ces femmes en leur proposant simplement de leur vendre des bagues en or, aurait-elle eu autant de succès ? Probablement que non, car elle paraîtrait immédiatement louche, et la réceptivité des victimes au discours en serait drastiquement réduite.

Tandis qu’en mettant en place un scénario stratégique impliquant des procédés de manipulation, il est plus aisé pour l’étudiante-escroc d’arriver à ses fins, tout en faisant croire à ses victimes que la décision de donner de l’argent émane de leur propre volonté. Là réside l’art de la manipulation – dont l’étymologie ne signifie rien d’autre que « conduire par la main ».

Dans « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens », rédigé par deux chercheurs en psychologie sociale, Vincent Joules et Jean-Léon Beauvois, on apprend que lorsqu’une requête est formulée directement, elle a peu de chances d’aboutir. Mais si une question anodine précède la demande, les probabilités de réussite sont multipliées par quatre.

La manipulation en question repose sur trois principes.

  • Ouvrir le dialogue

Effectivement, dans cette affaire, tout s’est joué lors de la phrase initiale. Le « Vous avez perdu ça ? » permet d’ouvrir le dialogue, d’attirer l’attention et d’imprimer dans l’esprit de la victime la notion d’honnêteté : puisque la personne restitue l’objet, elle est forcément vertueuse, donc crédible.

  • Obtenir l’adhésion

L’étudiante focalise l’attention sur la valeur de la bague, tout en cherchant à obtenir l’adhésion de l’interlocutrice par des questions récurrentes et des « Vous pensez-pas ? ». Aussi lorsque la victime confirme que la bague est probablement en or et qu’elle doit valoir beaucoup, elle a déjà mordu à l’hameçon, le leurre a bien fonctionné.

  • La victime a de la chance

En outre, la sollicitation par la forme interrogative prépare la victime à une requête ultérieure plus importante, c’est la technique du « pied dans la porte ». Lorsque, plus tard, l’étudiante s’exclame « Quelle chance ! », elle inverse la situation et place la chance du côté de la victime. La transaction devient imminente. Elle commence par faire une proposition exorbitante (200 euros) pour finalement accepter ce que la femme a sur elle (40 euros). L’étudiante a utilisé la stratégie de la « porte au nez ».

Dans cette arnaque, en plus de faire appel à ce sentiment humain qu’est la cupidité, le principe de réciprocité est également fortement utilisé ; si on offre un objet de valeur, il est normal d’attendre une compensation en retour.

Pour toutes ces raisons, cette escroquerie aux abords simplistes se révèle être d’une efficacité redoutable. Si vous flânez dans cette superbe ville, ouvrez l’œil

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Boson de Higgs, le chaînon manquant de la physique


Par Tristan Vey Mis à jour le 04/07/2012 à 10:52 | publié le 03/07/2012 à 16:40 Réactions (24)

Source de cet article et voir aussi celui du MOnde

La particule, dont l’observation est attendue depuis des dizaines d’années, viendrait corriger une faille majeure découverte dans le «modèle standard» de la physique.

À quoi peut bien servir le boson de Higgs? Afin de mieux comprendre le rôle clé de cette particule, lefigaro.fr vous propose une plongée dans la physique de l’infiniment petit. Pour décrire le monde qui nous entoure, les physiciens l’ont en effet décomposé en petites briques: les fameuses particules élémentaires. On en distingue deux types: les particules de matière, lesfermions, et les particules d’interaction, ou de force, appelées bosons.

Les fermions forment la matière telle que nous la connaissons, c’est-à-dire composée d’atomes. Les protons et les neutrons, qui forment les noyaux atomiques, sont pour commencer composés de particules encore plus petites: les quarks. Lorsqu’on ajoute des électrons, un 3e type de fermion, autour de ces noyaux, on obtient des atomes. Une quatrième particule, le neutrino, reste solitaire. Comme ils interagissent très peu avec les atomes, ces neutrinos nous sont moins familiers. Pourtant, ils sont partout. À tout instant, ils nous traversent par milliards sans que nous nous en apercevions.

Passons maintenant aux bosons. Ils sont les vecteurs de trois des quatre principales forces qui existent dans la nature. Le plus connu est à n’en pas douter le photon, qui «porte» l’interaction électromagnétique. C’est grâce à lui que des éléments de matière de même charge (positive ou négative) se repoussent et que des éléments de charge différente s’attirent. Toute la chimie et tous les phénomènes électromagnétiques, à commencer par la lumière, résultent donc de l’action de ce médiateur sans masse.

On trouve ensuite les gluons, qui sont les vecteurs de l’interaction dite «forte». Il en existe plusieurs sortes, mais tous agissent comme une colle entre les quarks et entre les nucléons. Ce sont donc les garants de la cohésion des noyaux atomiques. Trois bosons, dits «intermédiaires», sont enfin responsables de l’interaction dite «faible». Ces derniers peuvent au contraire provoquer la désintégration spontanée de certains noyaux atomiques. À ce titre, ce sont eux qui sont à l’origine des réactions thermonucléaires qui font «brûler» les étoiles.

Les trois forces unifiées dans le «modèle standard»

Au cours du XXe siècle, les physiciens sont parvenus à réunir ces interactions électromagnétiques, faible et forte dans une même théorie, qu’ils ont baptisée «modèle standard de la physique». D’après les équations de ce modèle, ces trois forces n’en formaient qu’une aux premiers instants de l’Univers: la force électronucléaire. La beauté de cette formulation était une grande victoire pour les physiciens, qui cherchaient depuis longtemps à réaliser cette unification.

Mais l’édifice théorique présentait une faille majeure. Il fallait à tout prix que la masse des particules, et plus particulièrement des bosons, soit nulle pour respecter le formalisme mathématique sous-jacent. Or ce n’est pas le cas: les bosons intermédiaires, pour ne citer qu’eux, ont bel et bien une masse. Et celle-ci est importante: plusieurs centaines de fois celle du proton. Deux possibilités s’offraient alors aux théoriciens: jeter la théorie à la poubelle ou bien considérer que l’on n’avait pas bien compris jusqu’à présent ce que représentait la masse.

Au début des années 1960, trois chercheurs ont choisi cette deuxième voie et ont postulé, presque simultanément, l’existence d’un nouveau bosonpermettant de définir la masse autrement que comme une propriété intrinsèque. Baptisé «scalaire», puis «Higgs», du nom de l’un de ses trois pères, cette particule serait présente partout dans l’Univers et formerait un champ uniforme. Dans lequel baigneraient les autres particules.

L’analogie du cocktail mondain

Le théoricien David Miller utilise la métaphore du cocktail pour expliquer en quoi ces bosons seraient à l’origine de la notion de masse. Une particule très pesante serait l’équivalent d’une rock star arrivant dans une soirée. Toutes les personnes présentes dans la pièce -les bosons de Higgs- se jetteraient sur elle et la gêneraient dans ses déplacements. Dans cette analogie, c’est l’apparente inertie de la vedette que nous appelons «masse». Telles des souris pouvant se déplacer dans la pièce bondée comme si de rien n’était, les particules dénuées de masse sont, elles, invisibles aux yeux des bosons de Higgs.

Les bosons de Higgs s'attroupent autour de la star de la soirée (Margaret Thatcher dans ce dessin). (crédits: CERN)
Les bosons de Higgs s’attroupent autour de la star de la soirée (Margaret Thatcher dans ce dessin). (crédits: CERN)

Dans cette conception des choses, la masse n’est plus une donnée intrinsèque, mais la conséquence d’une interaction. Pour des raisons mathématiques complexes, cela supprime du même coup le paradoxe de la masse des bosons: le «modèle standard» est sauvé. Ne reste plus qu’à introduire la quatrième force fondamentale, la gravité, dans cette cathédrale conceptuelle. Existe-t-il un boson qui transporte cette force et qu’on appellerait le «graviton» ou faut-il recourir à des théories plus exotiques pour réussir à unifier le «modèle standard» et la théorie de la relativité générale? Si l’existence du boson de Higgs est enfin tranchée, cette question-là, elle, fait encore débat.

LIRE AUSSI:

» La traque du boson de Higgs pourrait toucher à sa fin

« On m’a refusé l’euthanasie »


« On m’a fait vivre l’enfer sur terre »

SOUMOIS,FREDERIC

Page 8

LeSoir samedi 24 mars 2012

Jean-Marie Tesmoingt, rongé par un cancer incurable, demandait en vain l’euthanasie. Il a dû changer d’hôpital pour être finalement exaucé.

Il y a des secondes qui décident de votre vie. Ce jour-là, Jean-Marie Tesmoingt, 75 ans, se dirige vers la porte d’entrée du petit garage où il fait entretenir sa voiture. L’utiliser parcimonieusement lui permet encore de faire les quelques déplacements que le cancer du pancréas, qui le ronge davantage mois après mois, lui interdit dorénavant de faire à pied. Trop dangereux, malgré la canne. Trop épuisant, à cause du crabe.

Et puis, il aime encore se déplacer pour assister à des réunions de gens passionnés, comme lui, par les phénomènes étranges et inexpliqués, comme les ovnis. Ce journaliste retraité, qui a collaboré à de nombreux supports de presse comme correspondant judiciaire ou scientifique, aime continuer à démystifier des phénomènes qui sont parfois tout à fait explicables par la main de l’homme. En même temps, l’ésotérisme et la philosophie le passionnent.

Ce jour-là, c’est aussi une main d’homme qui pousse, face à lui, cette porte à battant qui s’ouvre… du mauvais côté. Brise ses lunettes et le précipite par terre. On relève Jean-Marie avec une fracture du fémur. On appelle le 100. Qui l’emmène à la clinique la plus proche, Sainte-Hélène (1), une clinique renommée, mais faisant partie d’un grand réseau d’établissements catholiques.

Pour Jean-Marie, ce hasard va se transformer en martyre. Pendant trois semaines, il reste cloué sur son lit d’hôpital. Sa fracture du col du fémur est inopérable parce qu’elle s’est compliquée d’un important déplacement de l’os. Et parce que son état général s’est dégradé à cause de la tumeur. Cela lui rend la vie intenable malgré les antidouleurs.

Pourtant, on prend bien soin de lui à Sainte-Hélène : « Le médecin interniste et le personnel infirmier ont été parfaits, ouverts et compréhensifs. Pourtant, leur tâche n’a pas été facile. Ma fracture est inopérable, je ne peux me mobiliser seul sur mon lit, chaque geste doit être assisté. C’est devenu infernal quand mon cancer au pancréas a provoqué de fréquentes diarrhées sanguinolentes. Mon immobilité a aussi provoqué d’importantes escarres », témoigne-t-il. Les escarres sont des plaies qui apparaissent spontanément chez les malades cloués sur leur lit, à cause du contact constant entre celui-ci et leurs os.

« Le risque d’infection de ces blessures ouvertes par les déjections dans lesquelles je baigne littéralement est permanent. Cela heurte ma pudeur de l’expliquer comme cela, mais si je ne l’explique pas, on ne peut comprendre ce que représente d’être immobilisé sans aucune possibilité d’agir soi-même, d’aller seul aux toilettes, de se laver. C’est terrible pour la dignité. » Les infirmiers et infirmières nettoient Jean-Marie deux fois par jour. Une tâche difficile à effectuer, mais aussi à subir. La jambe du malade est mise en traction avec un système de poulies. Chaque choc, chaque frottement est un calvaire, malgré les précautions extrêmes prises par les soignants.

Jour après jour, le calvaire devient plus rude, de nouvelles blessures s’ouvrent. Jean-Marie sait que la maladie a de toute façon gagné la partie, que ce dernier combat est perdu, qu’il souffre sans espoir de reprendre une vie digne et autonome. « J’ai été journaliste toute ma vie. Je m’intéresse à de nombreux sujets. A 75 ans, j’avais encore plein de choses à faire. Mais mon corps ne suit plus, refuse de m’accompagner plus loin. Alors, j’ai voulu choisir moi-même le moment de partir, dans la dignité et en évitant de continuer à escalader ce mur de la souffrance. J’ai clairement fait une demande d’euthanasie à mon médecin, à l’hôpital. Il savait ce que je subissais, il a accepté de me faire bénéficier de la loi qui le permet et dont je remplis clairement les conditions. »

Mais, soudain, tout change. Un autre médecin, le docteur G., qui s’occupe aussi de Jean-Marie, lui signifie que l’on n’accédera pas à sa demande. « Elle m’a dit que je fantasmais ma maladie, que j’exagérais mes souffrances, que j’étais un lâche. Elle a pris soin de proférer ses menaces quand elle était seule dans la chambre, sans témoin au sein du personnel infirmier. Quand j’ai dit que j’allais en parler à des proches, elle m’a accusé de la menacer. La menacer, moi, cloué dans mon lit, à 75 ans ? Je n’ai demandé que le respect et qu’on entende ma demande. On m’a dit que celle-ci était refusée et qu’on ne la pratiquerait pas dans l’établissement. J’ai alors demandé que mon généraliste, qui me suit depuis des années, puisse la pratiquer à l’hôpital, puisque j’étais intransportable. Nouveau refus de la direction. Et nouveau retour de la jeune docteur, qui nie mon état, m’accuse de fabuler. La tumeur que j’ai au pancréas, on la voit pourtant nettement sur les images de résonance magnétique, je ne l’ai pas inventée. »

Jean-Marie, harcelé par la douleur, ne se laisse pas faire. Face à son insistance, la doctoresse le menace alors de le chasser de l’hôpital. « Sans doute la loi leur demande-t-elle, s’ils refusent de pratiquer eux-mêmes l’euthanasie, d’adresser leur patient à un autre hôpital. Mais me transporter dans cet état, c’était me condamner à des souffrances inimaginables. Pourquoi ne pas accepter qu’un médecin extérieur procède dans ma chambre d’hôpital ? »

Selon Jean-Marie Tesmoingt, alors que son médecin interniste habituel se comporte normalement avec lui, ainsi que le personnel infirmier, la doctoresse qui l’a pris en grippe va le harceler moralement plusieurs fois, le menaçant d’inscrire dans son dossier des données qui compliqueront ensuite sa demande, en l’accusant notamment de fabuler et d’exagérer sa souffrance. Quand il se fait apporter un banal médicament contre le rhume, il se fait à nouveau insulter : « Elle m’a dit qu’elle avait le pire mépris pour moi et que j’allais apprendre ce que c’était de souffrir. Comment peut-on dire cela à un vieillard grabataire cloué dans son lit, qui baigne dans sa merde et est couvert de blessures ouvertes ? »

Pourtant, alors qu’un médecin de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, accouru à son chevet, constate que son état s’est lourdement dégradé, la direction de l’hôpital se refuse à laisser pratiquer ce geste de libération sur place. Il faudra qu’un médecin d’un autre hôpital organise un transfert vers son propre établissement pour tirer Jean-Marie des griffes de la doctoresse. « Contrairement à ce qu’elle affirme, je n’ai pas peur de souffrir. Mais pourquoi s’acharner encore quand il vous reste cette vie-là et que c’est sans espoir de s’améliorer ? »

Il y a une semaine, Jean-Marie est finalement transporté dans un grand hôpital bruxellois, où un médecin et un psychologue le prennent en charge. Son état est objectivé, l’absence d’état dépressif est constatée. Jean-Marie remplit parfaitement les conditions de la loi. Mais il craint que le contenu du dossier consigné à Sainte-Hélène entrave la tâche du nouveau médecin. Qu’il doive procéder à davantage de vérifications afin d’étayer clairement la demande.

Pour Jean-Marie, qui est pourtant déjà sous morphine, le transfert est un calvaire : « Comme ultime vexation, l’hôpital a refusé de prêter, le temps de mon transfert, le lit dans lequel je me trouvais. J’ai dû être transféré sur une civière, ce qui a été un véritable enfer. Malgré les précautions des ambulanciers, ma jambe a bougé et cela a déclenché une hémorragie. Je sais que la clinique où l’on m’a refusé de pratiquer l’euthanasie mise beaucoup sur une nouvelle vaste unité de soins palliatifs avec laquelle elle fait son beurre. Mais est-ce une raison pour refuser de m’accorder un départ digne et de m’infliger des souffrances inhumaines ? J’ai vécu l’enfer sur terre. »

Lundi, Jean-Marie Tesmoingt, qui nous a demandé, pour témoigner dans nos colonnes, d’attendre que son calvaire soit terminé, a bénéficié du geste de libération de la part de son nouveau médecin. Qui a courageusement accepté d’admettre Jean-Marie dans son hôpital, alors qu’il était chassé comme un lépreux de l’établissement où il était soigné pendant trois semaines. Simplement parce qu’il avait demandé de bénéficier d’un droit garanti par la loi belge. Depuis dix ans.

(1) Le nom de l’hôpital a été modifié.

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