Les bourreaux de Baniyas sous les banières de Che Guevara et Bachar Al Assad.


2013/05/13

Traduction – éditée par A l’Encontre (12 – mai – 2013) – d’un entretien avec Abu Mohammad, témoin oculaire qui a survécu au massacre de Banias (2 et 3 mai 2013) et qui a raconté ce qui précède sur la chaîne télévisée Al-Arabiyah.

Syrie. Entretien avec un témoin des massacres de Banias

… il y avait des paroles que je n’arrivais pas à comprendre. Je suis un Syrien de Banias, de Ras-Elnabe’. Il y avait des choses que je ne pouvais pas comprendre. Certains d’entre eux portaient des habits de la marine, d’autres des vêtements civils et des souliers blancs. Ils étaient environ 150. Ils ont ensuite tué les enfants. Ils les ont empilés les uns sur les autres…

… Ils sont entrés à 3 heures 30 et ils ont commencé à bombarder. Ils tiraient environ 20 à 30 obus par minute. Les maisons étaient détruites et ils sont alors entrés dans les maisons pour tuer tous ceux qui étaient vivants. Je ne vous parle que d’une seule rue. Si vous comptez les autres rues, le nombre de morts dépasse les 1500. Il y en a plus de 1000 seulement à Ras-Elnabe’. Ils ont pris un camion (un camion congélateur) et ils ont commencé à jeter les corps dedans. Ils ont pris plus de 200 martyrs, plus de 200 martyrs…

Lorsqu’ils nous ont vus approcher, ils se sont sentis en sécurité et nous les avons portés et nous les avons emmenés. Je vous raconte ce que j’ai vu de mes propres yeux. Je suis retourné voir ce qui s’est passé dans le quartier, mais je n’ai trouvé personne d’autre. Plus de 1000 sont morts dans cette zone.

Ils s’en fichent donc des enfants, des femmes et des vieillards?

Un enfant de 15 jours a été tué.

Des gens affirment que des armes blanches ont été utilisées, avez-vous remarqué des personnes tuées à l’arme blanche?

Certaines personnes ont été tuées à l’arme blanche et au couteau, d’autres ont eu leurs têtes fracassées à coups de pierres jusqu’à ce qu’elles explosent. Ils n’ont pas épargné les enfants ou les vieillards. Les tueurs appartiennent à plus d’une confession Il y a des Alaouites et des chiites d’Iran. Il y avait des accents que je n’avais jamais entendus. Je suis un Arabe et un Syrien.

Je n’ai jamais entendu de tels accents. Il y a aussi la famille de Dandesh, ils ont tous été brûlés dans leurs maisons. Trois maisons proches les unes des autres. Ils les ont tous brûlés dans leurs maisons.

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Massacre dans le village de Bayda (AP, le 2 mai 2013)

Massacre dans le village de Bayda (AP, le 2 mai 2013)

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Le 6 mai une fuite est largement diffusée sur les réseaux sociaux:

La fuite provient d’une milice pro-Assad, la mal nommée « résistance syrienne » (!): Mihraç Ural aka Ali at-Kayyali, chef de cette milice, prononce un discours à ses hommes, aux côtés d’un dignitaire religieux alaouite quelques jours avant le massacre de Baniyas. La véritable résistance syrienne (révolution syrienne et Armée syrienne libre) partage le document:

20130512-214222.jpgLa Révolution Syrienne 2011

les responsables des massacres de Baniyas

Le chef Alaouite, Turc, de la résistance syrienne parle dans cette vidéo de la nécessité de «nettoyer» la ville de Banias il déclare « si nécessaire, nous allons participer à la bataille de Banyas et remplir notre devoir national » « Banias doit être assiégé, libéré et nettoyé » il explique que « Banyas est la seule voie [d’accès] pour les traîtres à la mer » en référence aux combattants de l’Armée syrienne libre.

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Les « traîtres », selon la mythologie de Mihraç Ural, sont les civils sunnites du district de Banyas qui seront victimes du massacre du 2 et 3 mai, et forcés à l’exil par les shabbiha d’Assad et Mihraç Ural. L’armée syrienne libre était absente de Banyas. Le compte Facebook du boucher de Banyas est litéralement pris d’assaut par les activistes anti-Assad, ses photos en compagnie des shabbihas du régime Assad sont largement partagées. Celle-ci [1] montre Miraç Ural en compagnie du dignitaire religieux alaouite Ghasal Yasar et du shabbiha médiatique algérien Yahia Zakaria (son public le qualifie de « penseur algérien« , « docteur« , ou « journaliste« ).

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Le 12 mai, le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu affirme que le Boucher de Banias et Bayda: Miraj Ural, est accusé d’implication dans des attentats de Reyhanli en Turquie:

La veille, deux voitures piégées ont explosées dans le centre de la ville, en février une autre avait tué 17 personnes à Cilvegözü (Bab-al-Hawa). Neuf membres de la secte de Miraç Ural ont été arrêtés par les autorités turques [2]. Selon All4Syria [3] qui cite Ahmet Davutoglu:  » En tant que leader du Parti de libération du peuple turc / Front (THKP / C) Miraj Ural est impliqué dans plusieurs groupes meurtriers appelés «Acilciler» («la hâte»), fondés dans les années 70. Oural est resté un initiateur des manifestations anti-turques en province d’Hatay l’annee derniere« . C’est à dire en 2012, l’année où l’ASL s’est engagée dans des combats contre le Régime Assad, la province turque d’Hatay étant considérée par les syriens comme une ancienne province syrinne (ville d’Antakya [Antioche]) rétrocédée à la Turquie par l’ancienne puissance coloniale française en 1939. Le site américain National Consortium for the study of terrorism and responses to terrorism a publié une fiche sur le Turkish People’s Liberation Front (TPLF) (THKP-C) [Türkiye Halk Kurtuluş Partisi-Cephesi (THKP-C) alias Turkish People’s Liberation Party-Front (TPLP-F)]. Le THKP/C était un groupe terroriste connu depuis 1971, relativement influent pour l’époque, issu des franges d’extrême gauche des années 60: le Mouvement des Jeunesses Révolutionnaires (Dev Genc). Ses sources de financement provenaient aussi de bracages de banques, comme Staline dans sa jeunesse… Fondé par Mahir Çayan, le THKP-C s’est vite séparé en trois groupes, eux mêmes générant de nombreuses entités qualifiées de terroristes. L’objectif de cette organisation était la mise en place d’un Régime marxiste/Léniniste en Turquie, donc à l’époque de l’URSS. Dans l’ouvrage Terrorism, 1992 – 1995: A chronology of Events and a Selected Annotated…, Edward F. Mickolus rapelle la proximité de Mihraç Ural et les trois frères Assad, il aurait même épousé la secrétaire de rifaat Al Assad. Traduction de la page 500:

[…]  » […] à Damas, Ocalan subissait une forte pression de la part des soviétiques pour qu’il crée un parti kurde communiste [en Turquie] avec les structures nécéssaires (politbüro et ainsi de suite). Mais il refusa.

Bayik rencontra beaucoup d’officiels bulgares, sovietiques, cubains, recherchant des parrainages et soutiens. Ces prises de contact et se sont transformées peu à peu en relations systématiques, utilisant principalement un contact du KGB au centre culturel soviétique de Damas. En 1980… le PKK infiltra ses groupes en Turquie au delà de la frontière syrienne, sous la direction de Mehmet Karasangur. Certains combattants ont survécu et sont parvenu à rejoindre Siverek et batman, la plupart ont été tués par l’armée [turque]. »

Entretemps, Jamil Al-Assad, le frère du président syrien [Hafz al-assad], a établi des contacts avec le PKK, comme le fit son autre frère Rifaat al-Assad. Rif’at al-Asad a entretenu des relations proches avec Miraç Ural, le chef hors-la-loi des groupes [de la bande de braqueurs abusivement nommée] Parti Acilciler de libération du peuple turc, ce dernier profite depuis de la citoyenneté syrienne, puis a épousé la secrétaire de Rifaat Al Assad.

 » Ayant établi ses relations, le destin d’Ocalan changea. Lui qui vivait en Syrie avec une seule paire de pantalons se retrouva soudain propriétaire d’une maison en ville, gracieusement offerte à lui par les syriens. Il entamait sa vie sous protection syrienne, et reçu sa premiere mercedes […]  »

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Depuis l’ère post-soviétique, certains résidus de la Loubianka sont toujours actifs en Turquie, d’autres comme Miraç Ural ont été récupérés par la dynastie d’Hafez al-Assad (l’autre supplétif du Kremlin depuis le coup d’état [réussi en Syrie] de 1970). L’éditeur Fawaz C. Najia publiait le 8 mai sur son blog Arabsaga, le billet Syria: Enter the ethnic cleanser of Banias consacré au boucher de Banyas: il qualifie Mihraç Ural de fugitif turc réfugié en Syrie d’Assad après le coup d’état [raté en Turquie] du 12 septembre 1980. Il ajoute qu’à Damas, il aurait présenté Abdullah Ocalan le leader du PKK, à Hafez al Assad et que Mihraç Ural publie sur Facebook d’anciennes photos de lui avec Abdullah Ocalan [4]. Il publie d’ailleurs de très nombreuses photos. L’une d’elles datée du 7 avril, le montre rassemblant ses troupes sous un portrait de Che Guevara [5], pour partir en croisade contre « la conspiration étrangère d’Erdogan, du Qatar, de l’Arabie Saoudite… contre la Syrie [=le Régime Assad] »:

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l’absurdité de la situation n’a pas echappé à la véritable résistance syrienne:

The Syrian Days Of Rage – English

Commander of the #Banyaas Massacre, who goes by the name ‘Ali Kayali’ and is from Antakya. These are the criminals who will only continue to kill. #Syria

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MihraçUralBacharAlAssadMalgré les relents nationalistes et confessionels de son discours, « l’extrémiste » (tel qu’il est qualifié par ses adversaires) « de gauche » (tel qu’il se présente lui-même), pose entre l’étoile rouge et le portrait de Bachar al Assad [6]:

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L’internationale propagandiste d’Assad au secours de Miraç Ural:

Bahar Kimyongür est un propagandiste originaire de la même région turque que Mihraç Ural, il diffuse la désinformation du Régime Assad en français depuis la Belgique et la France. Dans un récent texte consacré aux massacres de Banyas, il ne nie pas l’existence des victimes, mais nie la responsabilité du Régime Assad pour accuser comme toujours ces fameux « groupes terroristes« , il tentent aussi de blanchir Mihraç Ural et fait miroiter au lecteur un passé héroïque de guérillero turc engagé contre « la conspiration de la CIA en Turquie« . Le texte est publié sur le site Michel Collon, le shabbiha médiatique le plus popularisé par la galaxie collaborationniste francophone [7].

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Sources:

[1]

Die Syrische Revolution 2011 الثورة السورية ـ المانيا

Der Top-Terrorist Ali Kaiyali, der Kommandeur des sogenannten syrischen Widerstandes, und der für die Massaker in Banias verantwortlich ist. Rechts: der algerische Schabih Yahia Zakaria und links der Schabih Ghasal Yasar

العقل المدبر للمجازر في بانياس الشبيح المجرم الطائفي الارهابي علي كيالي قائد مايسمى المقاومة السوريه بالمنتصف مع الكلب الجزائري الشبيح يحي ابو زكريا يمين والشبيح موفق غزال يسار

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[2]

mihrac3a7uralbutcherofbanyasLa Révolution Syrienne 2011

Le Boucher de Banias derrière les attentats en Turquie Neuf personnes ont été placées en garde à vue en lien avec les attentats d’hier à Reyhanli en Turquie, ils appartiennent tous au même groupe armé appelé « Résistance Syrienne » commandé par un Alaouit Mieraj Oural partisan du régime de Bachar Al Assad https://www.facebook.com/photo.php?fbid=489248481142942&set=pb.142327769168350.-2207520000.1368354833.&type=3&theater

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[3]

Die Syrische Revolution 2011 الثورة السورية ـ المانيا

Butcher of Banias Bayda Miraj Ural accused of involvement in bombings in Turkey, the Turkish Foreign Minister Ahmet Davutoglu said. Laut all4syria: Der im Jahre 1980 nach dem Militärputsch nach Syrien geflüchtete türkische Linksextremist Mihraç Ural, alias Ali Kai`yali, genannt der Schlächter von Banias, soll hinter den Anschlägen im Grenzort Reyhanli stecken. Das sagte der türkische Außenministe…r Ahmet Davutoğlu. Ural genuss Asyl in Syrien und er ist schon eingebürgerter Importterrorist. Als ein Führer der Türkischen Volksbefreiungspartei/Front (THKP/C) und deren in mehrere Mordanschläge verwickelten Splittergruppe mit dem Namen „Die Eiligen“ („Acilciler“), die in den 70er-Jahren gegründet wurde, blieb Ural auch als Initiator antitürkischer Proteste in Hatay im letzten Jahr in Erinnerung. Er soll außerdem eine bewaffnete Gruppe namens „Widerstand“ in Syrien befehligt haben.

جزار بانياس والبيضا معراج أورال متهماً بالتورط في تفجيرات تركيا ام وزير الخارجية التركي داوود أوغلو بزيارة إلى مدينة الريحانية في أنطاكيا للإطلاع على حادثة التفجير فيها، وصرح أن الانفجارات التي حدثت اليوم في الريحانية تبين أنها من تنفيذ النظام السوري عبر المطلوب للعدالة ” معراج أورال” واسمه المزيف علي كيالي الذي يقود ما يسمى اللجان الشعبية في بعض مناطق سورية. يشار أن الشبيح معراج يعد المسؤول الأول عن مجزرة بانياس والبيضا.

http://all4syria.info/Archive/81780

http://dtj-online.de/news/detail/2218/fluchtiger_turkischer_linksterrorist_befehligte_massaker_von_banias.html

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[4]

MihraçUralAbdullahOcalan

MihraçUralAbdullahOcalan2

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[5] propagande:—.facebook.com/photo.php?fbid=412639632165554&set=a.104968396266014.10234.100002585630850&type=3&theater

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[6]

English Speakers to Help The Syrian Revolution

Miraj Oral, this man is responsible for the ethnic cleansing and the horrible massacres in Banias. He is from Iskandarun. We hope he will get a suitable punishment real soon.

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[7] propagande:—.michelcollon.info/Syrie-Apres-le-massacre-de-Banias.html

Michel Collon est un invité opportun de l’émission Ce Soir Ou Jamais presentée par Frederic Taddeï sur France3. Michel Collon y intervient en général aux moments délicats pour provoquer l’opinion publique francophone contre des mesures gouvernementales qui gênent les dictatures:

Par exemple suite au vote de la résolution 1973 à l’ONU réclamée par le peuple libyen contre Kadhafi, intervention en français immédiatement traduite et diffusée en arabe par les relais conspirationnistes tunisiens.

Ou suite à l’engagement militaire de la France à la demande du Mali et des maliens. Intervention immédiatement traduite et relayée par les réseaux croyants, pour faire croire au complot occidental contre l’Islam.

Pour cette raison, Frédéric Taddeï présente ce propagandiste sous l’étiquette de « journaliste d’investigation« , afin de mettre le public dans la poche des dictateurs, ou des provocateurs radicaux qui peuvent, sur des terrains paralleles, gêner les adversaires des dictatures vassales du Kremlin.

.source

Un attentat fait 40 morts au sud de la Turquie


Déja frappée en milieu de journée par un double attentat, la ville de Reyhanli, située au sud de la Turquie, à proximité de la frontière syrienne, a été secouée par une troisième explosion en début de soirée. La troisième déflagration est survenue dans un quartier de logements collectifs à plusieurs centaines de mètres du centre-ville, a affirmé la chaîne d’information NTV.

Les deux premières explosions, vraisemblablement dues à deux voitures piégées, ont fait 40 morts et une centaine de blessés, selon le ministre turc de l’intérieur, Muammer Güler, interro       é par la chaîne NTV.

Le double attentat se serait produit à un quart d’heure d’intervalle, vers 13 h 45 puis 14 heures, près de la mairie et de la poste de Reyhanli, une localité de la province de Hatay, située à quelques kilomètres d’un important poste-frontière avec la Syrie. La mairie et plusieurs bâtiments ont été fortement endommagés.

Reyhanli, 60 000 habitants, se trouve à proximité du poste-frontière de Cilvegözü, qui était la principale voie de passage entre la Turquie et la Syrie avant le déclenchement du conflit syrien, en 2011. Le 11 février dernier, un attentat à la voiture piégée, imputé par la Turquie aux services de renseignement syriens, a fait 17 morts et 30 blessés à Cilvegözü. En face, le poste-frontière syrien de Bab al-Hawa est aux mains de la rébellion syrienne depuis l’été 2012.

Des milliers de Syriens fuyant les combats dans leur pays séjournent à Reyhanli et dans le camp de réfugiés jouxtant la ville. Le pays accueille au total quelque 400 000 réfugiés.

Dans un communiqué, la Coalition nationale de l’opposition syrienne a condamné l’attaque et dénoncé une tentative par le régime de Damas de « se venger de la population turque et de la punir pour son honorable soutien au peuple syrien, dont son accueil des réfugiés syriens ».

« Nous allons mener l’enquête sur tout cela, nous allons tout éclaircir », a assuré Muammer Güler, le ministre turc de l’intérieur, interrogé sur un lien entre ces attentats et le conflit. Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a souligné la « coïncidence » entre ces attaques et une « accélération » des efforts pour résoudre la crise syrienne, avec notamment une visite prévue de d’Erdogan à Washington le 16 mai : « Que ceci (les attentats) se produise à une période où dans le monde entier il y a une accélération des efforts sur la Syrie, une accélération concernant une résolution (du conflit), n’est pas une coïncidence », a-t-il déclaré aux journalistes lors d’un déplacement à Berlin.

Le vice-Premier ministre et porte-parole du gouvernement turc, Bülent Arinç, a également mis en cause le régime syrien et le président Bachar al-Assad : « Avec leurs services de renseignement et leurs groupes armés, ils font certainement figure de suspects habituels pour la mise en œuvre et davantage encore pour l’instigation d’un plan aussi démoniaque », a-t-il déclaré sur la chaîne NTV, soulignant toutefois que l’enquête n’en était qu’à son début.

Turquie : un double attentat fait au moins 40 morts, une 3e explosion secoue Reyhanli


samedi 11 mai 2013, par La Rédaction

Deux voitures piégées ont explosé samedi à Reyhanli, dans le sud de la Turquie, près de la frontière avec la Syrie, faisant au moins 40 morts et 100 blessés, les autorités turques disant soupçonner le régime de Damas.

Quelques heures plus tard, une troisième explosion a secoué la ville turque. Cette 3e déflagration est survenue dans un quartier de logements collectifs à plusieurs centaines de mètres du centre-ville, a affirmé NTV, ajoutant que de nombreuses équipes de pompiers, ambulanciers et forces de sécurité étaient en train de se rendre sur les lieux.

Un peu plus tôt, le ministre turc de l’Intérieur, Muammer Güler, a annoncé que deux véhicules remplis d’explosifs avaient explosé vers 10H55 GMT devant la mairie et la poste de Reyhanli (province de Hatay), une localité située à huit kilomètres d’un important poste-frontière avec la Syrie.

« Il y a 40 morts et une centaine de blessés, dont 29 dans un état grave », a déclaré à l’agence de presse Anatolie M. Güler.

Les précédents bilans faisaient état de 18 morts et de plus de 40 blessés.

L’attaque est la plus meurtrière enregistrée en Turquie depuis le début du conflit dans la Syrie voisine, il y a plus de deux ans.

Les déflagrations étaient particulièrement puissantes et les secouristes recherchaient d’éventuelles victimes sous des décombres d’immeubles effondrés, selon Anatolie, qui mentionnait plusieurs véhicules totalement détruits par les explosions.

La mairie notamment a subi de très graves dégâts et les explosions ont provoqué une coupure d’électricité dans toute la région avoisinant Reyhanli, a rapporté la chaîne de télévision d’information NTV.

Une quinzaine d’ambulances ont été dépêchées à Reyhanli, et deux avions ainsi que plusieurs hélicoptères médicalisés devaient également rallier la bourgade de 60.000 habitants, a indiqué sur NTV le ministre de la Santé, Mehmet Müezzinoglu.

Interrogé par des journalistes sur un éventuel lien entre ces attentats et le conflit syrien, le vice-Premier ministre et porte-parole du gouvernement Bülent Arinç a estimé que le régime de Damas et le président syrien Bachar al-Assad faisaient figure de suspects.

« Avec leurs services de renseignement et leurs groupes armés, ils font certainement figure de suspects habituels pour la mise en oeuvre et davantage encore pour l’instigation d’un plan aussi démoniaque », a déclaré M. Arinç, sur NTV, soulignant toutefois que l’enquête n’en était qu’à son commencement.

Il a rappelé que les autorités turques avaient déjà imputé aux services de renseignement syrien un attentat à la voiture piégée qui avait fait 17 morts et 30 blessés le 11 février au poste-frontière de Cilvegözü, proche de Reyhanli.

« Quel que soit l’instigateur ou l’exécutant, quelle que soit la force dont il dispose, nous demanderons des comptes », a souligné M. Arinç.

Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a quant à lui souligné la « coïncidence » entre ces attaques et une « accélération » des efforts pour résoudre la crise syrienne, avec notamment une visite prévue de M. Erdogan à Washington le 16 mai.

« Que ceci (les attentats) se produise à une période où dans le monde entier il y a une accélération des efforts sur la Syrie, une accélération concernant une résolution (du conflit), n’est pas une coïncidence », a déclaré M. Davutoglu aux journalistes au cours d’un déplacement à Berlin.

Le ministre a par ailleurs lancé une mise en garde : « Nos forces de sécurité ont pris des mesures (…) Nous ne permettrons pas de telles provocations dans notre pays ».

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a pour sa part souligné que « toutes les unités de renseignement » étaient à pied d’oeuvre pour identifier les responsables de l’attentat.

« Certains, qui ne voient pas de manière positive le vent de liberté qui souffle sur notre pays, peuvent être impliqués dans ces actions », a déclaré M. Erdogan, faisant allusion au processus de paix en cours depuis plusieurs mois entre Ankara et les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Les attentats ont provoqué la panique chez les habitants de Reyhanli et des groupes de jeunes ont commencé à prendre à partie les ressortissants syriens présents dans la ville, contraignant la police à tirer en l’air pour disperser la foule, selon NTV.

Des milliers de Syriens fuyant les combats dans leur pays se trouvent à Reyhanli et dans le camp de réfugiés jouxtant la ville.

La Coalition nationale de l’opposition syrienne a condamné l’attaque dans un communiqué, dénonçant une tentative par le régime de Damas de « se venger de la population turque et de la punir pour son honorable soutien au peuple syrien, dont son accueil des réfugiés syriens ».

La Turquie soutient les rebelles syriens et a appelé le président Bachar al-Assad à quitter le pouvoir. Elle accueille sur son sol quelque 400.000 Syriens, dont la moitié dans des camps de réfugiés.

source

Pierre Piccinin en Syrie : le journal terrible d’un historien et politologue « de guerre »


Ronald Barakat | 10/05/2013
Tribune Pierre Piccinin da Prata, historien et politologue belge, enseignant d’université, a préféré voir de plus près le printemps arabe, inhaler son parfum, mais aussi ses émanations de sueur, de suie et de sang, mêlées à la pestilence des corps démembrés par la cruauté hivernale des régimes tyranniques, capables du pire pour se maintenir contre vents printaniers et marées humaines. Après une tournée mouvementée dans les pays « touchés », tels la Tunisie, le Yémen, l’Égypte et la Libye, c’est en Syrie que ce spécialiste du monde arabo-musulman, ce second « Laurence d’Arabie » (selon ses compagnons), a découvert le nec plus ultra de l’horreur, à en juger de son poignant, bouleversant témoignage dans son livre La bataille d’Alep, chroniques de la révolution syrienne, paru en décembre 2012 aux éditions L’Harmattan.
Ces chroniques, rédigées dans le feu de l’action sur le terrain, et sous un déluge de feu, de fer et de gravats, la plupart à l’hôpital Dar al-Shifaa à Alep, et dont une série a été préalablement publiée dans le quotidien belge Le Soir, relatent, jour après jour, et plus précisément du 30 juillet au 3 août 2012, du 16 au 22 août, puis du 28 octobre au 3 novembre, les affres d’une population prise dans l’œil du cyclone et sous l’œil monstrueux d’un cyclope ailé, crachant impitoyablement le feu de sa mitraille et larguant aveuglément ses missiles sur des quartiers résidentiels coupables d’avoir échappé au contrôle du régime et qui méritent, par conséquent, les pires châtiments, allant de la mise en joue des femmes et des enfants par des francs-tireurs au bombardement délibéré des boulangeries et des hôpitaux.

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Ces chroniques sont le témoignage vécu par un universitaire transformé en correspondant de guerre, en aventurier qui, parti au tout début pour « tuer l’ennui », en est arrivé à préférer se tuer plutôt que renoncer à raconter, au jour le jour, « la guerre sans pitié que le gouvernement de Bachar el-Assad fait à son peuple » afin d’en rendre témoignage. D’où, son bénévolat auprès d’un bon peuple, amical, hospitalier et généreux, abandonné à son sort par le monde entier, y compris son monde à lui, celui des droits de l’homme, qu’il égratigne souvent au fil de son journal. D’où aussi son volontariat auprès des rebelles qu’il accompagne sur les lignes de front de Salaheddine, Saïf al-Daoula, Tarik al-Bab, Jdeidé, Karm al-Jabal, Sheikh Qudur, Bustan al-Pasha, etc., dont il témoigne de la bravoure, du sacrifice et de la détermination, malgré le combat inégal qui les oppose à une machine de guerre lourdement équipée, avec lesquels se noue une camaraderie, une sympathie, une symbiose dans le danger.
Et les cris de détresse et d’Allah Akbar qui déchirent les sombres pages du livre viennent s’apaiser, pour un moment, l’espace d’un casse-croûte fait de pain, d’olives et de thé avec les compagnons de route… et de déroute parfois, l’espace d’une interview avec un commandant de « katiba », riche en révélations, telles que les rapports tendus entre l’ASL et Jabhet el-Nosra, et les rapports étroits entre Jabhet el-Nosra et el-Qaëda (bien avant l’annonce officielle !), ou l’espace d’une confidence avec le guide et l’ami de l’auteur, Abdul Rhaman (qui mourra en ambulancier-martyr), dont le récit de la torture par les bourreaux du régime vient faire oublier à l’auteur ses propres « électrocutions », lorsqu’il fut arrêté et emmené à Homs, après être passé de témoin favorable au régime, lors de ses deux premiers séjours en Syrie où il a constaté les exagérations du nombre de manifestants par l’OSDH (Observatoire syrien des droits de l’homme), à témoin défavorable dès le troisième séjour au cours duquel il a vu la révolte pacifique se muer en révolution légitime, suite à la « mascarade électorale » du 7 mai 2012 qui fut l’élément déclencheur (selon la causalité de l’auteur), pour le désenchantement décisif que celle-ci causa parmi la population, sur la question des réformes promises une décennie durant.
Ces chroniques d’un historien de terrain, dont le témoignage historique, ainsi que celui, émouvant et bien documenté, des « acteurs » civils et militaires (au sens sociologique et non cinématographique), pris dans la tourmente, constituent une pièce à conviction supplémentaire (et de poids) pour les enquêtes sur les violations des droits de l’homme et les crimes contre l’humanité perpétrés dans ce pays, d’autant plus que l’auteur, contrairement à d’autres qu’il écorche au passage, fonde la crédibilité de son témoignage par ses séjours prolongés, son immersion au tréfonds de l’enfer quotidien, sa visite de plusieurs quartiers d’Alep, sa participation aux secours hospitaliers et son accompagnement des rebelles au front, jusqu’aux lignes les plus avancées, où il a failli à plusieurs reprises y laisser sa plume.
C’est ainsi qu’il a pu palper, entre autres, auprès de plusieurs « katibas », y compris islamistes, les bonnes dispositions des combattants envers les minorités, leur esprit convivial et leur intention sincère de ne vouloir supprimer la tyrannie que pour instaurer un État laïque et démocratique, garant des libertés de croyance et de culte, un État protecteur et rassembleur, ce qui vient démentir la propagande des prorégime qui diabolisent les révolutionnaires, leur collant l’étiquette de « terroristes », et qui utilisent et entretiennent la peur pour les minorités comme épouvantail pour le maintien d’un régime dictatorial fondé sur le parti et la famille uniques. Et ce qui vient discréditer les (faux) prétextes d’une communauté internationale qui adopte la thèse du régime sanguinaire et rechigne à fournir des armes de qualité aux rebelles, de peur que celles-ci ne tombent entre de « mauvaises mains », laissant les « bonnes » perpétrer leurs massacres journaliers.
Ces chroniques du martyre et de l’endurance de citoyens démunis, largués par le monde entier, de l’héroïsme de déserteurs, de secouristes, de ravitailleurs, de chirurgiens, de reporters… qui payent ou paieraient de leur vie et celle de leurs proches leurs actes humanitaires, mais aussi ces chroniques de la barbarie chronique d’un régime insatiable, devant l’impassibilité des impuissances occidentales, et l’indifférence du genre (in)humain, ces chroniques d’encre sanguinolente, viennent tracer le portrait crispé de l’homme, de la femme, de l’enfant, du vieillard, du rebelle syriens, que seule la foi, tenace, indéfectible, envers et contre tout, parvient à détendre, à dérider, à « lifter », pour annoncer une nouvelle jeunesse, une nouvelle Syrie, libre et renaissante, un renouveau citoyen : citoyen de Syrie, toutes confessions confondues, et citoyen d’un monde, surtout occidental, qui portera l’opprobre de sa lâcheté, de son hypocrisie, de son indifférence, de sa complicité, voire de sa cruauté, comme une croix qui ira en croissant, jusqu’à son humanisation, devenue impérative, après que la tragédie syrienne eut dévoilé son inhumanité.

P.S. : au moment de délivrer cet article, nous apprenons avec beaucoup d’inquiétude que l’auteur du livre, Pierre Piccinin da Prata, est porté disparu dans l’ouest syrien, lors de sa septième récente visite testimoniale dans le pays. Prions pour son retour sain et sauf.

Message de détenus des prisons de Syrie aux « Amis du Peuple syrien »


 

 

 

في ساحة الابرياء – شتلة ليهال

Mesage de détenus des prisons syriennes
aux « Amis du Peuple syrien »
réunis à Istanbul le 20 avril 2013

Le Comité de Coordination de Paris pour le Soutien à la Révolution Syrienne vous invite à participer, samedi 20 avril 2013 à la Fontaine des Innocents, Les Halles, à un rassemblement au cours duquel sera rendu public un

« Message de détenus des prisons syriennes
aux Amis du Peuple Syrien réunis à Istanbul »

« De l’obscurité de nos prisons,
que vous avez contribué à édifier naguère
en soutenant le régime d’al-Assad,
nous vous adressons ce message :

Vous vous prétendez « Amis du Peuple syrien ».
D’une conférence à l’autre, vous nous abreuvez de promesses,
que vous abandonnez aussitôt derrière vous
sur la table des banquets de clôture.

Ce faisant,
vous rendez chaque fois plus obscures les prisons où nous croupissons.

A quoi ont servi vos engagements
pour les cent mille martyrs et plus qui nous ont précédés ?
Comment ont-ils bénéficié aux familles
qu’ils ont laissées démunies derrière eux en mourant ?
Qu’avez-vous fait pour le million de Syriens comme nous,
internés dans des camps de la honte ?
Qu’avez-vous fait pour les millions de nos concitoyens ayant fui leurs maisons,
qui tentent en errant d’un endroit à un autre
d’échapper à la mort et au feu destructeur des avions ?

Et nos enfants ?
Pensez-vous parfois à nos enfants ?
Et notre Histoire ?
Cette histoire dont la vôtre est issue,
qu’avez-vous fait pour elle,
alors qu’avions et missiles la détruisent par vengeance ?

Honte à vous qui vous prétendez nos amis !

Le mot « ami », en arabe, vient d’une racine qui exprime la « sincérité ».

Soyez donc sincères à vos promesses.
Ou cessez de vous prétendre nos amis ».

Signé par 242 000 détenus syriens

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Comité de Coordination de Paris pour le Soutien à la Révolution Syrienne

ooo

لجنة تنسيق باريس لدعم الثورة السورية تدعوكم لاعتصام في ساحة الابرياء في شاتليه – ليهالو تحت شعار

« رسالة من معتقلي سورية الى اصدقاء الشعب السوري في مؤتمر استانبول »

من ظلام سجوننا
سجوننا التي ساهمتم ببنائها بتثبيت حكم الاسد يوماً نوجه لكم رسالتنا

تدّعون أنكم أصدقاء الشعب السوري
و تكيلون الوعود من مؤتمر لآخر
و الوعود تبقى في مكانها على طاولة طعام آخر وجبة في ختام كل مؤتمر

وبهذا فإنكم تزيدون ظلام سجوننا ظلاماً

ماذا فعلت وعودكم لمن سبقنا من شهداء؟
اكثر من 100 الف شهيد
ماذا فعلتم لمن تركوه خلفهم من عائلات لا معيل لها ؟
ماذا فعلتم لمليون سوري سجناء مثلنا داخل مخيمات الذل
و لملايينٍ أخرى تهجرت من بيوتها تتنقل في ظل الموت تحت لهيب الطائرات؟

و أطفالنا ؟
هل تذكرون اطفالنا ؟
وتاريخنا ؟
تاريخكم الذي نبع منه
ماذا فعلتم له و طائرات الحقد و صواريخه تدكٌه كل يوم ؟

عار عليكم ان تقولوا إنكم أصدقاءنا
فالصديق باللغة العربية كلمة اتت من الصدق
فأصدقوا بوعودكم أو كفوا عن الادعاء بأنكم أصدقاءنا

التوقيع : 242.000 معتقل سوري

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Le fils de Oum Ala’


Lettres de Syrie (22)

Avec courage et lucidité,
Joumana Maarouf
continue de livrer à ses amis son
témoignage personnel,
pages de la vie quotidienne
d’une institutrice syrienne
et récits d’aventures de ses concitoyens,
dans un pays où la révolution rend légitime pour le régime
la prise en otage de toute une population.

Pour accéder aisément à ses lettre précédentes :
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20 et 21

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Neuf avril 2013

Oum Ala’ état assise face à moi. Elle voulait me raconter comment s’était passée sa visite au « ministère de la Réconciliation nationale ». Sur la table, devant nous, était disposé tout le nécessaire médical que réunissent les familles ayant des membres en prison. Les anciens détenus conseillent aux familles qui attendent encore les leurs de toujours conserver ce matériel chez elles. En effet, si leurs enfants sont libérés en pleine nuit, les pharmacies seront fermées…

Ce nécessaire consiste en une bouteille d’antiseptique, des antibiotiques en seringue, du coton, de la gaze, des pommades pour les plaies infectées, des médicaments pour la gale, du shampoing anti-poux, et un tube en plastique pour analyser immédiatement les urines.

« Présentez une demande avec deux timbres ». Voilà tout ce que m’a dit le ministre ! Alors qu’on était debout à l’attendre depuis huit heures du matin…

Le ministre tant attendu est arrivé à son bureau à une heure de l’après-midi. « Ce ne sont pas des employés d’état, ces gens-là ? » Demande Oum Ala’.

« Quand mon tour est arrivé, je lui ai raconté l’histoire de mon fils. Je lui ai dit qu’il n’avait rien fait. Qu’il assurait ma subsistance, ainsi que celle de sa femme et de ses deux enfants. Qu’on vivait tous grâce à son travail. J’ai pleuré devant lui. Mais il n’a eu aucune réaction. C’est à peine s’il a pris la peine de me dire : « Présentez une demande dans le bureau d’en face ».

Devant une telle indifférence, j’ai lancé : « Si c’est tout que vous avez à nous dire, pourquoi ne pas donner instruction à vos employés de nous faire rédiger les demandes et de les récupérer, au lieu de nous faire patienter durant cinq heures pour nous le dire vous-même ? Ou bien serait-ce que vous voulez empocher le prix des timbres ? » Il a alors fait signe au portier de m’expulser. « Hors d’ici ! » A-t-il crié. Mais j’ai continué: « C’est ça que vous voulez de nous ? Alors prenez tout mon argent, ma maison, mes terres… mais rendez-moi mon fils ! »

« Ses hommes sont entrés et ils m’ont entrainée à l’extérieur. Je me suis dégagée, et je me suis jetée à ses pieds. J’ai embrassé ses élégantes chaussures de cuir. « Pour l’amour de Dieu, rendez-moi mon fils ! Il n’a rien fait je vous le jure, il n’allait pas aux manifestations, il n’écoutait même pas les informations ! S’il lui arrive quelque chose, je mourrai ».

Mais ses hommes m’ont jetée dehors. Je n’ai pas vu son visage, et je ne veux pas le voir.

Je sais que je me suis humiliée, mais il fallait que j’essaye. Maintenant, je vais attendre mon enfant. Je vais apprendre à nettoyer ses plaies, à le débarrasser des poux, ceux des cheveux et ceux du corps. Et puis ensuite je vendrai notre terre et je les ferai sortir du pays, lui et sa famille. Ce pays est devenu invivable. »

En quelques mots simples, Oum Ala’ avait ce jour-là résumé tout le problème.

(Page des Dessinateurs syrens libres)

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Dix avril 2013

Deux jours après la visite d’Oum Ala’ au ministère, un de ses voisins est sorti de prison. Il avait été détenu par le même service que celui qui avait arrêté son fils. C’est à peine si elle a pris le temps d’enfiler des chaussures et de jeter un foulard sur sa tête, avant de se précipiter pour l’interroger.

Il y avait tant de gens autour de lui qu’elle n’a pas pu l’approcher. La maison du jeune homme avait été envahie par des dizaines de familles de prisonniers. Beaucoup attendaient dehors que vienne leur tour.

« Tu as vu Un tel, mon frère ? » « Tu as entendu quelque chose au sujet de mon fils ? » « Regarde bien cette photo… Est-ce que tu as vu ce jeune-homme là-bas ? » Une main fatiguée lui tendait la photo… mais le garçon, libéré depuis quelques heures, arrivait à peine à répondre par oui ou par non. Cela faisait une demi-heure seulement qu’il était rentré chez lui, après une détention de six mois… Les gens le suivaient jusqu’à la porte des toilettes.

Son voisin coiffeur lui tondait le crâne. Des cohortes de poux tombaient par terre avec les mèches de ses cheveux bouclés. Son épouse les balayait avec soin. Puis elle amena un seau d’eau et de désinfectant, pour que son mari puisse y plonger ses pieds meurtris. Elle entamait une tâche qui ne prendrait fin que des semaines plus tard : soigner les blessures putrides de son mari. Beaucoup ont vu ses larmes se mêler à l’eau du seau, mais personne n’a essayé de la réconforter. Comparé à eux, elle avait de la chance, elle !

Quand le tour d’Oum Ala’ est arrivé, l’épuisement était manifeste sur le visage du jeune homme. Une des personnes sensées de l’assistance a proposé qu’on le laisse se reposer. Mais elle a accouru avec ses questions. Après avoir longuement regardé son visage angoissé, il lui a répondu : « Ala’… Il va bien, mais je crois qu’ils l’ont transféré à l’hôpital. »

« Comment ? Quand ? Pourquoi ? » Autant d’interrogations restées accrochées à ses lèvres, auxquelles le jeune homme pouvait difficilement répondre.

Elle attendit le jour suivant, puis elle revint et trouva la même foule devant la porte. Cette fois-ci il lui donna une nouvelle information : « Je crois qu’ils l’ont emmené à l’hôpital 601. »

Où sont-ils ?
(Aux disparus syriens)

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Onze avril 2013

L’hôpital 601 est un hôpital militaire. Il doit sa sinistre réputation aux méthodes criminelles qui y sont mises en œuvre à l’encontre des manifestants et des opposants. Une fois, j’ai eu l’occasion d’entendre le récit d’un homme qui y avait séjourné après avoir été arrêté par la « 4ème Division ». Il s’agit du pire lieu de détention que l’être humain puisse imaginer. Il racontait avoir vu là-bas un homme, un détenu, ayant dépassé la soixantaine. Son pied était infecté et il saignait sans arrêt. Il avait donc été transféré à cet hôpital. Il y était resté une semaine, et quand il était rentré à la « 4ème Division », il avait poussé un profond soupir de soulagement en s’exclamant : « Ici, c’est mille fois mieux que là-bas ! »

Il leur avait alors raconté que les médecins de cet hôpital se comportaient comme des bourreaux, que les infirmières s’amusaient à gratter les plaies des malades avec leur épingle à cheveux, qu’elles crachaient chaque matin et chaque soir sur les détenus blessés en leur criant à la figure : « Tu voudrais quand même pas qu’on te soigne, espèce de terroriste ! »

Et pourtant, lorsqu’Oum Ala’ m’a dit que son fils avait probablement été transféré à l’hôpital 601, je lui ai répondu : « C’est bien. Au moins, il est encore vivant… Prie pour qu’ils ne le traitent pas trop mal »…

Mais depuis ce jour-là, Oum Ala’ a cessé de dormir et de manger. Le doute s’était insinué dans son cœur. Son fils était-il vraiment dans cet hôpital ? Ne serait-il pas mort ?

Elle passe tout son temps à errer d’une maison de détenu à une autre, pour recueillir des nouvelles de son fils. Elle a ainsi constitué une véritable banque de données sur les lieux de détention, les méthodes de torture et les maladies affectant les détenus.

Mais aujourd’hui, elle a appris que son fils Ala’ n’était pas allé à l’hôpital. Elle a appris qu’aucun des détenus de cette section n’avait jamais été transféré dans un hôpital : on les laissait mourir parmi leurs camarades. Son voisin, le jeune homme qui avait été détenu avec lui, lui avait dit qu’on avait extrait Ala’ du dortoir. Mais ce que le jeune homme ne savait pas, ou peut-être le savait-il mais le lui avait-il caché, c’est qu’il avait été transféré à la « quarantaine ».

Sais-tu ce qu’est la « quarantaine » ? C’est une pièce où ils jettent ceux qui perdent la raison à cause de ce qu’ils voient, et qui se détachent totalement de la réalité. Ils sont relégués dans un pièces où croupissent aussi des malades. On dit que l’exiguïté du lieu et le manque de nourriture peuvent les amener à s’entretuer. J’ai essayé de me renseigner sur ce lieu auprès de certains détenus libérés. Mais, comme je te raconterai demain, ils ne tiennent pas à dévoiler la totalité de ce qu’ils savent.

(Mana Neyestani)

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12 avril 2013

Ala’ est mort.

Le jeune homme qui faisait le bonheur de sa mère, comme elle aimait à dire, est décédé. En guise d’avis de décès, un petit imprimé est parvenu à sa famille. Il la sommait de « venir récupérer les affaires de leur fils arrêté et décédé », pour reprendre la formule utilisée.

Ala’ est mort, laissant derrière lui une jeune épouse, deux enfants dont le plus âgé n’a pas quatre ans, une mère inconsolable, et un seul frère, qui vivra, s’il vit, consumé par le désir de vengeance.

Ala’, qui pesait quatre-vingt-dix kilos et avait du mal à passer la porte de sa maison, n’a pas supporté le supplice du « chabbah« . Il consiste à suspendre un prisonnier en l’air par les mains ou par les pieds, des heures et des jours durant. On ne sait pas exactement ce qui s’est passé là-bas, dans les caves de la section. Ce n’est d’ailleurs pas à proprement parler une section des services de sécurité, mais une sorte de caserne où, dans les sous-sols, sont entassés des milliers de détenus. Après les avoir torturés et frappés dans les zones les plus fragiles du corps, leurs bourreaux les jettent dans un coin, où ils succombent lentement dans d’atroces souffrances.

Plus tard, j’ai appris que le jeune homme chez qui Oum Ala’ s’était précipitée connaissait le nom de tous les prisonniers de son quartier morts sous la torture. Mais il n’a dit la vérité à aucune des familles concernées. Il la révélait à d’autres. C’est ainsi qu’Oum Ala’ avait appris le nom de toutes les victimes, excepté celui de son fils. Il avait peur d’affronter sa douleur, de la voir s’effondrer. Il avait peur de provoquer des scandales. Car, si l’on apprenait qu’il racontait ce qui se passait là-bas, il pouvait être arrêté une nouvelle fois. La même chose s’est répétée avec d’autres familles de victimes.

Le cadavre d’Ala’ ne sera pas remis à sa famille. On ne permettra pas aux siens d’ouvrir la porte aux voisins venus présenter leurs condoléances. Ces derniers viendront en cachette pour réconforter la pauvre femme, trop tôt devenue veuve, qui avait consacré sa vie à l’éducation de ses deux garçons.

Pas de condoléances pour les mères. Pas de condoléances pour les Syriens qui perdent leurs enfants. Il leur est défendu de crier, de pleurer, de protester. Une semaine avant l’arrivée de « l’avis de décès » d’Ala’, un jeune homme avait vociféré en apprenant que son frère venait de mourir dans la prison où il était enfermé. Les « protecteurs des foyers », comme on appelle les soldats de l’armée, ont aussitôt envahi sa maison et ont ouvert le feu sur lui. Puis ils l’ont trainé dans la rue devant tout le monde, et emmené avec eux son petit frère, un adolescent de quinze ans. Ainsi ils seraient désormais tranquilles : ils avaient montré à toutes les familles du quartier ce qu’il en coûtait de se désoler sur les enfants morts.

Pas de condoléances pour les Syriens, qui savent tout et qui ne peuvent rien. Il ne leur reste qu’à mettre du sel sur leurs plaies, et à prier Dieu d’épargner les enfants qui leur restent.

PS : Pour les raisons que tu sais, j’ai modifié les noms des personnes et dissimulé ceux des lieux et du service de sécurité concernés…

(Mana Neyestani)

(A suivre)

Massacres à huis clos en Syrie


Baudouin Loos
Mis en ligne Mercredi 8 Mai 2013, 22h11

Alors que les accusations de massacres se multiplient dans la zone côtière de Banias, internet est fermé en Syrie depuis mardi soir.

  • Voici le genre de photos – dont il est impossible de vérifier l’authenticité – qui circulent sur les réseaux sociaux depuis jeudi dernier.

Des massacres de populations sunnites se multiplieraient en Syrie dans la région côtière de Banias, au cœur du pays alaouite (la confession dont provient l’essentiel du régime au pouvoir à Damas), ville dont la moitié de la population est sunnite et avait manifesté son hostilité au régime dès le début de la contestation en mars 2011. Des images atroces circulent sur internet depuis quelques jours, montrant des accumulations de corps suppliciés, souvent d’enfants.

Les chiffres qui circulent sont impossibles à vérifier. Le village sunnite d’Al -Bayda, près de Banias, aurait connu un véritable carnage perpétré par des milices pro-régimes le 2 mai. Des témoins citent les chiffres de 400 tués et 300 disparus. A Ras-Elnabe’, près de Banias toujours, il y aurait mille tués pour une personne interrogée par Al Arabiya. Ce témoignage évoque la présence d’Iraniens parmi les tueurs.

Dès jeudi dernier, l’Observatoire syrien des droits de l’homme parlait de 51 morts au moins. A Banias même, l’armée du régime a eu recours à des bombardements ciblés sur les quartiers sunnites.

Une vidéo circule sur les réseaux sociaux depuis trois jours, dans laquelle un personnage turc très remonté, Mirhaç Ural, qui s’exprime dans un arabe impeccable avec l’accent syrien, explique notamment qu’il faut «  nettoyer Banias des traîtres  ».

Internet coupé

Hasard ou pas, la Syrie se trouve depuis mardi 7 mai à 18h45 GMT coupée d’internet. Pour les spécialistes, ce fait ne peut être que le résultat d’une décision du régime. De là à imaginer que des offensives, ou « nettoyages », de l’armée fidèle à Bachar el-Assad ou de ses milices supplétives ont lieu ou vont avoir lieu et que les témoins ne sont pas les bienvenus, il n’y a qu’un pas à franchir. Le régime, lui, parle d’une simple panne. Et internet semblait revenir peu à peu en soirée ce mercredi.

D’aucuns craignent le début d’un vrai nettoyage ethnique pour faire fuir les sunnites des places-fortes alaouites de la montagne et de la côte dans l’Ouest syrien. Les alaouites représentent environ 10 % de la population syrienne.

Pour une consœur contactée par Facebook à Beyrouth, « lemassacre est un message aux alaouites de la région : on oublie que Qardaha, ville natale de Hafez el-Assad et véritable symbole du régime, a été bombardée la semaine dernière par l’Armée syrienne libre, qui avance ses pions dans la montagne surplombant la côte (dont des parties sont contrôlées par le régime et d’autres par l’ASL). Le régime est fragilisé dans son fief, il ne peut pas rester sans agir. Il doit montrer qu’il contrôle la situation, rassurer les alaouites de la région  ».

Dans ces circonstances toujours plus dramatiques, l’annonce ce mercredi que Russes et Américains proposent une « conférence internationale » pour réunir le régime et les rebelles à la même table semble surréaliste. Comme le dit le prêtre jésuite Paolo Dall’Oglio qui a passé 30 ans en Syrie avant de s’en faire expulser l’an passé, aurait-on été prêt à discuter avec Hitler en 1944

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Syrie: l’opposition veut un départ d’Assad avant tout règlement en Syrie


Syrie: l’opposition veut un départ d’Assad avant tout règlement en Syrie
8/5/13 – Mis à jour le 8/5/13 – 19 H 33
anniebannie :  Bien sûr ! Négocier avec Hitler ?

L’opposition syrienne a exigé mercredi un départ du régime de Bachar al-Assad comme préalable à toute solution au conflit en Syrie, rejetant ainsi indirectement l’appel américano-russe au dialogue entre les deux belligérants pour faire cesser l’effusion de sang.

Cette annonce porte un coup à l’entente entre Etats-Unis et Russie, deux pays opposés sur le dossier syrien mais qui se sont basés sur l’accord de Genève conclu en juin 2012 par les grandes puissances et prévoyant une transition politique sans se prononcer sur le sort de M. Assad.

Le régime syrien, qui affirme pour sa part que le sort du chef de l’Etat sera décidé lors de l’élection présidentielle de 2014, n’a pas encore réagi à l’accord annoncé mardi à Moscou, salué par le médiateur international pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, et l’Union européenne.

« La coalition nationale syrienne salue les efforts internationaux appelant à une solution politique qui réaliserait les aspirations du peuple syrien pour un Etat démocratique, mais celle-ci ne peut commencer qu’avec le départ de Bachar al-Assad et de son régime », affirme un communiqué de l’opposition.

A l’occasion de la première visite à Moscou de John Kerry en tant que secrétaire d’Etat américain, les deux pays ont annoncé avoir convenu d’inciter régime et rebelles à trouver une « solution politique » et d’encourager la tenue « au plus vite » d’une conférence internationale.

Pour M. Kerry, la « tâche spécifique » de la conférence internationale « consistera à réunir les membres du gouvernement et de l’opposition, afin d’examiner comment ils peuvent appliquer ce que préconise le communiqué » de Genève.

Ce communiqué, qui prévoit un arrêt des combats et la formation d’un cabinet de transition aux pleins pouvoirs avant de futures élections démocratiques, n’a jamais été suivi d’effet.

« Il m’est impossible en tant qu’individu de comprendre comment la Syrie peut encore être gouvernée à l’avenir par un homme qui a commis de telles choses. Mais je ne vais pas décider de cela ce soir et ce n’est pas à moi d’en décider en fin de compte », a déclaré M. Kerry, alors que son pays réclamait jusqu’à présent avec insistance un départ de M. Assad.

Son homologue russe Sergueï Lavrov, dont le pays est un allié du régime syrien, a réaffirmé que le départ de M. Assad ne devait pas être une condition préalable à un dialogue, tout en insistant sur le fait que Moscou n’encourageait pas le président syrien à rester au pouvoir.

Cet accord russo-américain est « un premier pas en avant très important. Ce n’est néanmoins qu’un premier pas », a estimé M. Brahimi dans un communiqué alors que l’un de ses collaborateurs avait indiqué qu’il songeait à démissionner face à l’enlisement du conflit.

Libérer les Casques Bleus

Le médiateur a émis l’espoir que l’accord reçoive le soutien des autres membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et de « l’ensemble de la région ».

Lancé en mars 2011, le mouvement de contestation pacifique contre le régime syrien s’est transformé, après sa répression par le régime, en guerre civile, faisant plus de 70.000 morts, 4,25 millions de déplacés et plus de 1,4 million de réfugiés, selon l’ONU.

Sur le terrain, outre les combats qui font rage sur les multiples fronts entre rebelles et troupes du régime, l’ONU tentait d’obtenir la libération de quatre observateurs philippins de la FNUOD (Force de l’observation du désengagement sur le Golan).

Ces observateurs ont été capturés mardi par un groupe rebelle alors qu’ils patrouillaient dans la zone tampon entre Israël et la Syrie sur le plateau du Golan.

Sur leur page Facebook, les rebelles de la « brigade des martyrs de Yarmouk » affirment avoir pris ces hommes « pour (les) protéger » des violences dans la région.

A l’étranger, le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu a accusé M. Assad d’être passé au « plan B » dans sa lutte contre les rebelles, à savoir l' »épuration ethnique » de certaines régions de Syrie, en évoquant le secteur de Banias (nord-ouest) où des dizaines de sunnites ont récemment été tués, selon une ONG, par l’armée et ses supplétifs alaouites.

Dans le pays, le réseau internet, coupé depuis mardi soir, fonctionnait à nouveau, de même que les liaisons téléphoniques. Les médias officiels ont évoqué une « panne du câble de fibres optiques ».

AFP

source

«En Syrie, la capacité de se projeter dans le futur a disparu»


Interview
Par Emma Amadò / MSF. Mis à jour à 17h53

La jeune psychologue belge Audrey Magis revient d’une mission de deux mois en Syrie pour Médecins sans frontières. Elle témoigne.

Des médecins syriens traitent les blessés d'une explosion. «La plupart des Syriens vivent des traumatismes, explique la psychologue Audrey Magis. Ils ont perdu des proches, ont vu leur maison détruite, subissent des bombardements.»

Des médecins syriens traitent les blessés d’une explosion. «La plupart des Syriens vivent des traumatismes, explique la psychologue Audrey Magis. Ils ont perdu des proches, ont vu leur maison détruite, subissent des bombardements.»
Image: Keystone

Audrey Magis, jeune psychologue belge, vient de passer deux mois en Syrie où elle a mis en place un programme de santé mentale dans un des projets que Médecins sans frontières (MSF) compte dans le nord du pays. Elle avait auparavant mené des missions à Gaza, en Libye et dans un camp de réfugiés syriens.

Comment as-tu été accueillie en tant que psychologue par les populations que tu as rencontrées en Syrie?

En général, je ressens une certaine réticence quand j’explique que je suis psychologue. En Syrie, cela n’a pas du tout été le cas. Les réactions étaient très positives. Cela fait deux ans que cette guerre dure, les gens ne savent plus quoi faire. Au début, ils viennent parler de petits problèmes sociaux : les enfants ne vont plus à l’école et deviennent plus turbulents, les adultes ne travaillent plus, les gens vivent sous des tentes ou à plus de dix dans une pièce et cette promiscuité crée des tensions… Mais quand on creuse un peu, on découvre que la plupart ont vécu des traumatismes : ils ont perdu des proches, ont vu leur maison détruite, subissent des bombardements…

Comment cela se manifeste-t-il?

Les gens ne se reconnaissent plus. Les hommes un peu plus âgés ne trouvent plus leur place dans la société et dans la famille : ils ont perdu leur emploi, ils ne sont pas combattants, ils ont une famille à charge, ils ont dû déménager à plusieurs reprises… Ils viennent demander de l’aide de leur propre initiative : «Je commence à être violent avec ma femme et mes enfants. Il faut faire quelque chose, je ne peux pas être comme ça.»

J’ai vu beaucoup de femmes qui ont de plus en plus de mal à créer le lien avec leurs enfants. Il n’y a plus d’accès aux moyens de contraception et pas mal de femmes tombent enceintes sans le désirer. Elles ont vraiment du mal à se projeter dans le futur avec leur enfant. J’en ai rencontrées en fin de grossesse qui n’avaient rien préparé : pas de lit pour le bébé, pas de vêtements, pas de prénom. Cette capacité de se projeter dans le futur a disparu.

Pour les enfants, le jeu à la mode, c’est la guerre. Ce ne sont plus les petites voitures ou d’autres jeux normaux. Ils jouent à se tirer dessus. J’en ai vu jeter des pierres sur des ânes, torturer des animaux. Ils expriment ainsi toute leur rage. Le fait de reproduire la guerre est un mécanisme normal qui permet de décharger la tension.

J’ai également vu des jeunes hommes, d’une vingtaine d’années, qui ont été combattants et qui sont venus directement pour des raisons de dépression, de traumatisme. Ils avaient des flashbacks, des cauchemars…

Des gens m’ont aussi dit de manière officieuse qu’ils ne savent plus pourquoi il y a la guerre. Ils sont terrifiés à l’idée qu’ils se battent aujourd’hui contre leurs voisins, leurs amis… Ils ne comprennent plus. Au départ, cela avait l’air d’avoir du sens, mais deux ans plus tard, ce n’est plus le cas. Ils veulent juste que cela se termine et qu’ils puissent rentrer chez eux.

Le point de rupture est dépassé depuis longtemps. Les gens sont en pilote automatique. Mais ils ne s’autorisent pas à craquer. Ils ne le peuvent tout simplement pas. Ils ont développé des capacités de résistance et de résilience impressionnantes. Survivre deux ans dans des conditions pareilles, c’est impressionnant. Il y a un soutien familial et communautaire énorme. La solidarité les aide à surmonter les épreuves. Il faut dire que l’hospitalité syrienne est admirable. Quand j’allais visiter les camps de déplacés près de la frontière, les gens insistaient pour partager leur unique repas de la journée. C’est vraiment incroyable.

Quel soulagement peut apporter un soutien psychologique?

Parfois, une seule session suffit. Certaines personnes ont juste besoin de savoir que ce qui leur arrive est normal et qu’elles ne sont pas devenues folles. Il y en a d’autres qu’on va voir pour un temps plus long. Là, on essaie de définir un objectif avec eux et d’y aboutir pas à pas avec des techniques comportementales. On n’a de toute façon pas le temps pour de longues analyses. On peut faire un très bon travail psychologique avec ce genre de thérapies brèves.

Par exemple, une patiente enceinte depuis plus de 6 mois est venue à l’hôpital parce qu’elle voulait accoucher prématurément. Il n’y avait aucun raison médicale pour cela. Elle voulait une césarienne et qu’on la délivre de son bébé. Elle était très nerveuse, très agitée. Là, on a compris ensemble que c’était l’enfant de trop, l’enfant de la guerre, et qu’elle avait l’impression que le bébé lui prenait toute son énergie. Tout ce qu’elle voulait, c’était prendre des anxiolytiques. Mais elle ne pouvait pas à cause de sa grossesse. Nous avons fait tout un travail de relaxation ensemble. Elle devait également tenir un planning où elle mettait en corrélation ses tensions et ce qui lui arrivait dans la vie. Et on a terminé en préparant l’arrivée du bébé. A la dernière séance, elle m’a apporté les petits vêtements de son futur bébé. Elle n’avait pas encore choisi son prénom, mais il y avait eu tout un cheminement. C’était mon dernier jour et ma dernière patiente. Je suis partie en me disant que cela valait vraiment la peine d’être venue. (TDG)

Créé: 07.05.2013, 17h53

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Levez-vous pour les enfants de Banyas


lundi 6 mai 2013

Levez-vous pour les enfants de Banyas

Enfants de Banyas. Mai 2013

Parce que leurs yeux sont emplis de la fureur des hommes
Parce que leurs yeux ont vu les limites interdites
Parce que mille lignes rouges orgiaques y ont englouti notre humanité

Levez-vous pour les enfants de Banyas
Pour ceux qui restent
Qui enjambent les cadavres de leurs amis, de leurs parents, de leurs soeurs et de leurs frères
Parce qu’il n’y a plus de places vides où marcher
Parce que la rage a tout souillé

Levez-vous pour les enfants de Banyas
Parce que nous n’avons plus de mots
Parce que tous sont épuisés
Parce que l’espoir vacille
Parce que l’ombre gagne

Levez-vous pour les enfants de Banyas
Parce que les mots de génocide, massacre à l’arme blanche, charniers d’enfants ne peuvent pas vous laisser sans mouvement au risque de perdre l’âme qui anime vos yeux lorsque vous les plantez dans ceux de vos enfants.

Pendant que les analystes analysent, que les experts expertisent, que les journalistes comptent à la baisse, relativisent, omettent, passent à autre chose. Pendant que les politiques finissent de lapider l’idée que l’on pouvait avoir d’un engagement politique, que les stratèges en tout genre délimitent froidement les contours des forces en présence. Pendant que…

Levez-vous
Levez-vous pour les enfants de Banyas
Levez-vous

Marion Coudert

PS. J’espérais tenir ma ligne de montrer la belle Syrie que j’aime, ce beau peuple. Mais il est là, aujourd’hui…

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