L’indignation du monde


«La France exprime son indignation suite aux massacres perpétrés contre les populations sunnites de la ville portuaire de Banyas, causant la mort d’au moins 50 civils, dont des femmes et des enfants». (3 mai 2013)

C’était au moment où ils étaient encore 50…La France a fait son travail. Elle s’est exprimée. Maintenant les élus de cette France et ses électeurs peuvent aller se coucher tranquilles, après avoir forniqué entre hétéros et homos, en prévision de nouvelles manifs, pour tous et pas pour tous, sur les enjeux relatifs à la fornication et l’adoption d’enfants qu’on rendra, par éducation, indifférents aux massacres d’enfants en Syrie ou ailleurs. Sardou avait dit : «Ne m’appelez plus jamais France…la France elle m’a laissé tomber». Il parlait d’un paquebot, bien sûr…mais ne savait pas que son pays allait lui aussi se transformer en un énorme paquebot de passagers inconscients, voire comateux…ou fixés sur leur nombril ou un peu plus bas. Un paquebot allant à la dérive, le cul non plus tourné à Saint-Nazaire, mais à la sainte misère pour plonger son nez dans sa propre écume. C’est tout ce qui compte pour lui.

R.B.

Le réveil d’un peuple


par Bayan Karmouta (Articles), dimanche 5 mai 2013, 19:14

          Mars 2011, c’est au tour de la Syrie d’aspirer à la liberté. Liberté fortement contestée par un gouvernement répressif et par une communauté internationale adepte de la théorie du complot. Un soulèvement pacifique de la rue demandant des réformes après plus de 40 ans de dictature. Oui la belle Syrie que beaucoup aiment tant, site touristique prisé par les occidentaux qui ne se doutent absolument pas de la réalité. Un peuple victime de censure intellectuelle, un peuple appauvri et des richesses pillées. C’est donc envahit d’un élan de courage tel leurs frères tunisiens, égyptiens, libyens et yéménites qu’ils sortent et manifestent. Les ripostes barbares de l’Etat ne se font guère attendre. Effectivement, les arrestations arbitraires et la torture se font au grand jour! Ne pensez pas que ces procédés sont nouveaux, loin de là! Ce n’est que la partie visible de l’iceberg, ces procédés ont toujours existé mais les gens ne pouvaient rien dire! La peur a traversé les frontières car même les exilés avaient jusqu’alors peur de parler… C’est dire à quel point le système est enraciné…

La ligue des Etats arabes daigne 9 mois plus tard envoyer des observateurs pour confirmer les massacres perpétrés. Ce ne sont pas les moyens de communications qui manquent pourtant… Youtube, facebook, twitter et autres réseaux permettent aux révolutionnaires pacifiques de faire entendre leur voix… Mais personne n’entend… En effet, comment un défenseur de la Palestine peut ainsi tuer son peuple? Et comment un peuple peut se retourner contre un défenseur de la Palestine? La vraie question est depuis quand est-ce que le sang humain a plus ou moins de valeur en fonction de son origine? N’oubliez pas qu’aucune tentative n’a été entreprise pour récupérer le Golan qu’Israël s’est fait un plaisir de prendre… ou que Hafez el Assad s’est fait un plaisir de céder… N’oubliez pas le massacre de Tal al Zaatar, camps de réfugiés palestiniens, perpétré par Assad père. Revenons à cette mission d’observation, c’est donc Mohammed Ahmed Moustapha Al-Dabi qui est nommé pour être chef de cette mission. Mais qui est M. Al-Dabi? C’est un général soudanais pour suivi pour génocide… Et oui… et oh grande surprise, il parle de« situation rassurante » à Homs tandis que les images et témoignages qui ne cessent de parvenir prouvent bien le contraire. La conclusion de cette mission d’observation? Allez-y, vous pouvez continuer le massacre! En effet, le massacre se poursuit en toute impunité.

C’est donc au tour de MISNUS de faire son apparition (c’est tout mignon comme nom): mission de supervision des Nations Unies en Syrie. Son rôle ? « Contrôler le respect par toutes les parties de la cessation de la violence armée sous toutes ses formes et de surveiller et appuyer l’application de la proposition en six points de l’Envoyé spécial conjoint pour mettre fin au conflit en Syrie ». Un joli pied de nez aux révolutionnaires ! Les observateurs de la LEA n’ont donc pas suffis? La médiatisation des massacres ne seraient que supercheries? Bien sur que non, tant de preuves ne peuvent être des falsifications, mais le gouvernement syrien a besoin de temps pour continuer sa répression et l’ONU se fait donc un plaisir de lui en offrir sur un plateau d’argent. Bref, la mission se termine le 19 août 2012, sans grands changements pour aucun des partis, enfin si, les Syriens continuent de se faire décimer… Ah oui, n’oublions pas les alliés de la Syrie qui sont au conseil de sécurité de l’ONU: la Russie et la Chine.

Ils ont posé trois veto (octobre 2011, février 2012 et juillet 2012), en effet les résolutions risquaient de permettre une intervention en Syrie. Mais  attendez, la Russie n’attend pas d’avoir l’accord de l’ONU pour envoyer des armes au régime syrien? Et pour la Libye, la France prend les devants et réussi à faire appliquer une zone d’exclusion aérienne puis c’est l’intervention militaire qui s’en suit? Mais pourquoi se démener pour la Libye et pas pour la Syrie? Ah mais attendez! Il y a du pétrole en Libye… beaucoup de pétrole… La Russie envoie des armes, l’Iran et le Hezbollah envoie des soldats et tout cela sous la bénédiction de la communauté internationale. Rappelons également les paroles de François Hollande le 27 août 2012: «Je le dis avec la solennité qui convient: nous restons très vigilants avec nos alliés pour prévenir l’emploi d’armes chimiques par le régime (syrien, Ndlr) qui serait pour la communauté internationale une cause légitime d’intervention directe». Donc si on comprend bien c’est le feu vert donné à Bachar le boucher « fait ce que tu veux tant qu’il n’y a pas d’armes chimiques », mais aujourd’hui, on observe des blessures ne pouvant être provoquées que par des armes chimiques. Et où est la France ? Non attendez, ils attendent les preuves du gouvernement et vont surement envoyer des observateurs pour confirmer tout cela !

Mais le plus difficile est néanmoins de voir la communauté musulmane divisée sur ce sujet et de parfois les entendre dire « mais si Bachar part, ça sera encore pire, les Syriens sont une mosaïque de religions, ça va être la guerre civile ! » ah oui? Vous avez vécu ne serait-ce que trente secondes ce qu’un Syrien vit? Il est parfaitement normal que la Syrie soit une mosaïque de religions car d’une part c’est le berceau de l’humanité et d’autre part c’est justement cette mosaïque qui prouve que les musulmans ont respecté les cultures précédentes en sachant vivre ensemble… Leur présence n’est-elle pas la plus belle preuve de la tolérance?

C’est dans ce contexte que les Syriens à l’étranger commencent à s’organiser. Pour la plupart, ils avaient déjà été victime d’Assad père dans les années 1980… Ils ne pouvaient donc pas rester silencieux, leurs familles, amis, proches, biens, souvenirs sont sous le joug d’Assad fils et tout cela en toute impunité.

De même, pendant que les « missions d’observation » se multiplient, on assiste au siège de Homs et Baba Amro pendant plusieurs mois, à plusieurs massacres à l’arme blanche, souvenez-vous  d’el Houla en mai 2012 ou encore de el Traimseh en juillet 2012 et Banyas en mai 2013. Les martyrs sont méconnaissables, les méthodes d’exécution sont de plus en plus originales (si je peux m’exprimer ainsi !) et le nombre de martyrs ne cesse d’augmenter avoisinant les 70 000 (1% de la population française actuelle et 3% de la population syrienne), sans compter les blessés, les déplacés, les réfugiés, les disparus, les détenus… bref, c’est bien 24 millions de personnes touchées par ce conflit!

On a également assisté au courage de certains journalistes et médecins pour d’une part relayer une information vraie et juste et d’autre part pour pallier à l’absence d’organisations médicales internationales. Je pense notamment à Edith Bouvier ou encore Jacque Bérès. Mais bien entendu ce ne sont pas les seuls, ils sont des dizaines, certains ont laissé leur vie tel que Rémi Ochlik photographe français ou encore la journaliste américaine Marie Colvin.

Aujourd’hui un autre protagoniste a fait son entrée en scène: Israël… A la pointe de la technologie militaire, on ne peut que craindre le pire. Ils disent viser les armes destinées au Hezbollah, cela permettra de conforter l’opinion de adeptes de la théorie du complot (soutenant que l’Iran, la Syrie et le Hezbollah sont de fervents défenseurs de la Palestine).

Ça prendra le temps qu’il faudra, mais la Syrie sera libre. Elle se souviendra surtout de la solitude dont elle a été victime. Il en va de même pour tous les opprimés (en Birmanie, en Palestine, en Chine et j’en passe…). L’Histoire nous prouve que les despotes, dictateurs et autres gouvernements injustes finissent toujours par perdre et disparaître (les monarchies en France, Hitler, le gouvernement de Vichy). Le sang est visiblement le prix à payer pour sa liberté, mais alors quel prix !

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Raids israéliens en Syrie


anniebannie s’est réjouie en un premier temps de la destruction des armes destinées à tuer le peuple syrien; toutefois, le gros problème c’est l’origine de cette attaque. On est en droit de se dire que ce n’est pour réagir aux massacres de Banyias que l’Etat hébreu a lancé l’artillerie contre Assad. Israël se fiche complètement de ce qu’il advient au peuple syrien et à n’importe quel Arabe de toute façon. Après avoir détruit les armes destinées au Hezbollah, ce sera le tour de Jabhat al Nusra qui a dès sa naissance été marqué du fer terroriste par Usraël parce qu’il avait des chances de gagner la partie. Il n’y a donc pas lieu de pavoiser aujourd’hui.

Explosion à Damas dimanche 5 mai à l'aube. Cette vidéo, obtenue par Reuters sur un réseau social, n'a pas été vérifiée.

Israël a effectué une attaque aérienne dans la nuit de samedi 4 à dimanche 5 mai près de Damas, prenant pour cible des missiles iraniens destinés au mouvement chiite libanais Hezbollah, a indiqué dimanche un haut responsable israélien sous couvert de l’anonymat.

Cette attaque a pris pour cible des bâtiments au nord-ouest de la capitale syrienne, tout près du site d’une frappe aérienne israélienne que l’Etat hébreu avait implicitement confirmée en janvier, a ajouté le haut responsable. Il a aussi confirmé qu’Israël avait mené un autre raid aérien vendredi matin contre des armes destinées au Hezbollah, à proximité de l’aéroport de Damas.

Ces informations confirment celles livrées plus tôt par une source occidentale du milieu du renseignement, qui indiquait qu’Israël avait mené une série de frappes aériennes dans Damas, ébranlée par de puissantes explosions doublées de colonnes de feu dans le ciel. « Dans l’attaque de la nuit dernière, comme dans la précédente, ce qui a été attaqué ce sont des réserves de missiles Fateh-110 qui étaient transportées de l’Iran vers le Hezbollah », a expliqué cette source.

« BOULE DE FEU »

La télévision publique syrienne avait indiqué auparavant que ces explosions avaient été provoquées par des tirs de roquettes israéliennes contre le centre de recherches militaires de Jamraya, situé au nord de la capitale et déjà visé par une frappe israélienne fin janvier. « L’agression israélienne vise à desserrer l’étau sur les terroristes dans la Ghouta de l’Est », une région dans la banlieue proche de Damas, avait dénoncé la télévision locale.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), proche de l’opposition, rapporte pour sa part des récits de témoins affirmant avoir vu des avions dans le ciel au moment des explosions. Sur une vidéo d’une explosion, mise en ligne dans la nuit de samedi à dimanche par des activistes syriens, on voit une boule de feu se former dans la nuit aux abords de Damas.

Le centre de recherche de Jamraya en Syrie, visé par l'aviation israélienne le 29 janvier.

L’IRAN PRÊT À « ENTRAÎNER » L’ARMÉE SYRIENNE

Le gouvernement syrien a affirmé dimanche que le raid israélien ouvrait « largement la porte à toutes les possibilités, spécialement parce qu’elle ne laisse plus aucun doute sur la réalité des connections qui existent entre toutes les composantes menant la guerre contre la Syrie« .

Peu avant, le commandant de l’armée de terre iranienne, le général Ahmad-Reza Pourdastan, cité par l’agence officielle IRNA, avait affirmé que l’Iran était prêt à « entraîner » l’armée syrienne si elle en avait besoin, sans toutefois prendre part « activement » aux combats. Le ministère iranien des affaires étrangères a condamné « l’attaque du régime sioniste et demandé aux pays de la région de réagir avec sagesse à ces agressions ».

La Ligue arabe a quant à elle appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à « agir immédiatement » pour arrêter les raids israéliens. La présidence égyptienne voit dans cette « agression » « une violation des principes et du droit internationaux, de nature à (…) menacer la sécurité et la stabilité de la région ».

DES CARGAISONS DE MISSILES DÉJÀ VISÉES

Samedi, des responsables israéliens avaient déjà confirmé sous le couvert de l’anonymat l’information donnée par la chaîne américaine CNN selon laquelle l’armée de l’air avait frappé jeudi ou vendredi le territoire arabe. D’après plusieurs médias américains, l’objectif était une cargaison de missiles iraniens sol-sol à destination du Hezbollah libanais, allié de la Syrie et de l’Iran. Israël n’a pas officiellement validé ces assertions, se bornant à répéter qu’il surveillait le transfert d’armes au mouvement chiite.

Samedi, Barack Obama n’avait pas confirmé la tenue d’un premier raid, affirmant cependant que« les Israéliens, de manière justifiée, doivent se protéger contre le transfert d’armes sophistiquées à des organisations terroristes comme le Hezbollah (…) qui a dit de nombreuses fois qu’ils seraient prêts à attaquer [Israël] aussi loin que Tel-Aviv ».

Vidéo authentifiée d'une explosion à Damas vendredi 3 mai.

L’Etat hébreu, qui a mené en 2006 une guerre éclair contre le Hezbollah, considère toujours le mouvement comme une menace pour sa sécurité. Israël redoute également, en cas de renversement de Bachar Al-Assad, que les combattants islamistes ne retournent leurs armes contre lui, en particulier sur les hauteurs du plateau du Golan syrien, annexé en 1967.

Le 29 janvier, l’aviation israélienne avait déjà frappé un convoi de camions transportant des armements dans la zone frontalière entre la Syrie et le Liban, selon plusieurs sources de sécurité israéliennes et américaines, citées par la presse israélienne et étrangère. Le régime de Damas avait alors également évoqué une attaque contre le centre de recherche de Jamraya.

MASSACRES EN PAYS ALAOUITE

Alors que les atrocités ont gagné cette semaine le pays alaouite (ouest) où le président pourrait se réfugier en dernier recours si Damas tombait, selon des experts, l’OSDH a rapporté samedi que des dizaines de morts avaient été découverts samedi dans un quartier sunnite de Banias, pris d’assaut la veille par l’armée et ses supplétifs alaouites. « Nous avons pu identifier 62 corps, dont 14 enfants mais ce nombre peut augmenter car des dizaines de citoyens sont toujours portés disparus », a précisé l’ONG qui s’appuie sur un large réseau de militants et de médecins.

Dès le premier jour des combats dans la région alaouite, jeudi, une tuerie avait endeuillé le village sunnite de Bayda, où au moins 50 personnes, en majorité des civils, ont été tuées lors d’exécutions sommaires et de bombardements, selon l’OSDH. La Coalition de l’opposition syrienne y a vu un « nettoyage ethnique » mené par le régime contre les sunnites, tandis que Washington s’est dit « horrifié ». Le régime, de son côté, a affirmé avoir tué à Bayda des « terroristes », appellation officielle des rebelles. Craignant un « nouveau massacre », des centaines de familles ont fui les quartiers sunnites de Banias, selon l’OSDH.

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Grèce : grève de la faim d’immigrés afghans et syriens sur le port de Mytilène


Par Okeanos

30 avril 2013 – 9:24

(dernière modification le 30/04/2013 – 9:24)

Photos par Stelios Kraounaki. Texte par Stelios Kraounaki traduit et adapté par Okeanews.

Depuis quelques temps, la situation à Lesbos est alarmante. Les syriens, les afghans, les somaliens et les immigrés de nombreux autres pays ont supplié en vain la police et la gendarmerie du port de les arrêter. Étrange ? Pas tant que ça, quand on sait que leur arrestation est nécessaire pour qu’ils puissent s’enregistrer et déclencher la procédure administrative d’expulsion, ce qui leur permet de rester légalement dans le pays pendant un mois (six mois pour les syriens suite à une très récente décision ministérielle). C’est pour eux le seul moyen légal de se rendre à Athènes et de poursuivre leur voyage, avant de trouver d’autres moyens pour atteindre la destination envisagée au départ (en dehors de la Grèce généralement, et dans les pays d’Europe du nord de préférence).

Photo par Stelios Kraounaki

Pourtant, la gendarmerie du port et la police refusent de les arrêter, sous prétexte de « ne pas savoir quoi faire d’eux ». D’après eux, les cellules de détention de la police sont totalement inadaptées pour accueillir en nombre et n’ont même pas l’infrastructure sanitaire la plus rudimentaire. Il faudrait nourrir les immigrés, les soigner et les cellules sont déjà pleines à craquer. Les policiers préfèrent donc rester indifférents à ces flopées de migrants, tous les jours plus nombreux, qui défilent devant eux. Les gendarmes du port et les policiers se les renvoient tour à tour (et la distance entre le bureau de police et la gendarmerie du port n’est pas moindre à Mytilène), aucun ne voulant faire usage de son autorité pour les arrêter. Et s’ils ne les renvoient pas à leurs collègues, ils se dédouanent du devoir de les arrêter en leur servant des excuses fallacieuses.

Photo par Stelios Kraounaki

Photo par Stelios Kraounaki

Suite à toutes ces marques de mépris et d’indifférence, le ras-le-bol des immigrés s’est radicalisé : depuis mercredi 24 avril, 12 Afghans et 4 Syriens ont commencé une grève de la faim, refusant la nourriture apportée par des bénévoles locaux, qui avaient pris l’habitude de s’occuper des immigrés bloqués au port. Il est indubitable que leurs conditions de vie sont plus que déplorables : pas la moindre trace d’installation d’hébergement, pas même de quoi s’abriter, ils dorment là où ils peuvent, dans les limites des grilles du port, sur le quai. Etant empêchés de fabriquer ne serait-ce qu’une installation rudimentaire, les immigrés tentent de faire face à l’absence d’emplacements en dormant dans des barques abandonnées ou directement sur le ciment, dans les sacs de couchages que leur a distribué Médecins Du Monde, tout ça sans la moindre aide de l’Etat grec.

Photos par Stelios Kraounaki.

Photos par Stelios Kraounaki.

Même pour les actes les plus élémentaires du quotidien, il leur faut improviser : Les toilettes, par exemple…ils sont contraints d’utiliser celles, communes et mal entretenues, de la douane. Ne parlons même pas de l’eau, qui leur faut boire à même les robinets extérieurs du port ; quant à la douche, au vu de leurs conditions de vie, ce serait du luxe !

Pourtant, à la gendarmerie du port, rien n’est prévu pour l’alimentation ou l’hébergement des immigrés et des réfugiés, bien que la loi donne la possibilité de le faire. Si on pose aux gendarmes la question pourtant simple « Qu’est-ce que vous allez faire d’eux si vous les arrêtez ? », la réponse reste évasive et personne ne pense aux centres d’Athènes, qui seraient pourtant une solution viable. A croire que les immigrés sont délibérément retenus loin de la capitale, dans des conditions honteuses…

Photos par Stelios Kraounaki.

Photos par Stelios Kraounaki.

Il faut dire que curieusement, on n’a pas pu compter sur l’Etat grec dans cette histoire, et s’il n’y avait pas eu les bénévoles et certains membres très actifs de l’église pour nourrir les immigrés, ils seraient probablement morts de faim. De même, s’il n’y avait pas l’équipe de Médecins du Monde pour donner les premiers soins, en collaboration avec les hôpitaux et les médecins bénévoles de Votsaneiou, les personnes souffrant de problèmes chroniques, les handicapés, les femmes enceintes et les bébés seraient restés sans les soins les plus élémentaires.

Hier, suite à la pression exercée par les immigrés sur l’Etat, une famille avec 2 enfants de 8 et 10 ans, une femme avec un handicap au pied, un cardiaque et un enfant de 18 mois diagnostiqué épileptique ont pu obtenir le papier leur donnant le droit de se déplacer en Grèce. Cela faisait pourtant 3 jours que tous ces gens avec des problèmes de santé sérieux appartenant à la catégorie des êtres vulnérables et bénéficiant de ce fait d’un traitement spécial censé être garanti par les traités internationaux, cela faisait pourtant trois jours que tous ces gens avaient été abandonné à leur triste sort, sur le port, sans aucun intervention de la part de l’Etat. Une fois de plus, ils n’ont pu compter que sur l’équipe de Médecin Du Monde et sur les bénévoles.

Photos par Stelios Kraounaki.

Photos par Stelios Kraounaki.

« Nous ne sommes pas venus pour manger !» s’indignent les afghans qui ont entamé une grève de la faim. « La Grèce n’est qu’un lieu de transition pour notre périple ». En refusant de s’alimenter, ils protestent contre ce blocage inexplicable de maintenant 35 jours dans le port de Mytilène.

Heureusement, et une fois plus grâce à l’initiative courageuse des bénévoles, ils ont pu passer une semaine dans le centre d’accueil pour immigrés PIKPA improvisé par les bénévoles de l’association locale « Tout le village ensemble ». Ces derniers 12 jours, ils se trouvent à la gendarmerie du port de Mytilène en attendant en vain le papier tant espéré de l’expulsion administrative, regardant avec impuissance ceux qui s’en vont, alors qu’eux-mêmes restent coincés au même endroit.

Récemment, 4 syriens se sont joints à la grève de la faim pour soutenir les afghans et protester eux aussi contre ces conditions indignes.

Cette situation n’a en fait qu’un responsable : Le gouvernement grec, qui mène une politique de dissuasion aveugle, qui ne tient aucun compte de l’humain, allant jusqu’à se permettre de ne pas respecter les traités internationaux, prétextant son incapacité à accueillir dignement les immigrés sur son sol. Or, il existe des centres à Athènes, et l’ouverture du centre PIPKA prouve qu’il est possible de les accueillir dans des conditions décentes, avec humanité.

Photos par Stelios Kraounaki.

Photos par Stelios Kraounaki.

Il y a maintenant longtemps que ce qui devrait être de la responsabilité de l’Etat retombe sur le dos des associations. Or, au rythme où vont les choses, elles ne pourront pas éternellement faire face à la demande. Pour l’instant, nous sommes au printemps, mais qu’adviendra-t-il des arrivées massives d’immigrés et de réfugiés prévues pour l’été ?

source  : Απεργία πείνας Αφγανών και Σύριων μεταναστών στο λιμάνι της Μυτιλήνης

adaptation : Okeanew

Lire la suite : http://www.okeanews.fr/20130430-grece-greve-de-la-faim-dimmigres-afghans-et-syriens-sur-le-port-de-mytilene#ixzz2RwwcVn27
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Syrie. Lettre de Bachar al-Assad à son père


Cher Papa,

Je sais que tu te faisais beaucoup de souci pour moi avant de mourir. Je crois que tu avais tort. Tout s’est en effet très bien passé au moment de la succession. J’ai eu ensuite quelques petits problèmes avec le Liban (il m’a fallu liquider Hariri), mais il a suffi de faire le gros dos pour que, petit à petit, tout rentre dans l’ordre. La Syrie a prospéré au cours des dix premières années de mon règne. Je dois dire que le cousin Rami m’a beaucoup aidé. Tout allait bien et tout aurait pu durer ainsi éternellement – même s’il me fallait périodiquement emprisonner des contestataires -, sans l’agitation que Ben Ali et Moubarak ont laissé se développer dans leurs pays. Tu imagines ? : Ils ont été renversés. Pire encore, Kadhafi a été écharpé par son peuple.

Bien entendu, le mouvement de protestation a fini par arriver chez nous. Je me suis souvenu de la manière inflexible avec laquelle tu avais traité les Frères et j’ai suivi ton modèle. J’ai transformé toutes les villes de Syrie – ou peu s’en faut – en autant de Hama. Le problème, que tu n’avais pas rencontré en 1982, est qu’il m’a été impossible de boucler le pays. Avec les moyens de communication qui ont cours aujourd’hui, les images de la répression se sont répandues dans le monde entier.

Au début, cela m’a beaucoup inquiété. Toutes ces démocraties qui, périodiquement, venaient me parler de droits de l’homme risquaient de vouloir intervenir, comme elles l’ont fait en Libye. Mais – le croiras-tu ? – elles n’ont pas bronché. Bien entendu, elles m’ont traité de tous les noms : « boucher », « assassin », tous les qualificatifs désobligeants y sont passés. J’ai eu droit aussi à des remarques ridicules sur la perte de toute légitimité. Curieux, comme ces dirigeants sont incapables de concevoir que nous ne pensons pas comme eux. Mais ils se sont contentés de discourir.

Il est vrai que les Russes m’ont beaucoup aidé. Tu avais vraiment raison de conclure une alliance avec eux. Ces gens-là ont la même façon de voir les choses que nous. Et ils se moquent de toutes ces remarques grotesques sur la vérité et le mensonge, le bien et le mal. Ils savent que la seule chose qui compte est de rester au pouvoir. Avec les Chinois, qui m’ont toujours paru moins convaincus qu’eux, mais qui les ont suivis, ils ont tout bloqué au Conseil de sécurité. Les Occidentaux n’ont pas osé passer outre et recommencer ce qu’ils avaient fait pendant la guerre de Bosnie. Ils ont même publiquement assuré que jamais ils n’interviendraient en Syrie. Je n’en attendais pas tant, mais, bien sûr, j’en ai profité pour réprimer à tout-va.

Les Iraniens m’ont, eux aussi, beaucoup aidé. Tes anciens collaborateurs m’avaient critiqué de m’être rapproché de l’Iran lorsque tout allait encore bien pour nous. Ils voient maintenant que j’avais raison. Je sais bien que les Perses ne me soutiennent pas pour mes beaux yeux bleus, mais pour garder leur emprise sur la région. Qu’importe, tant qu’ils me fournissent (comme les Russes) des armes et même des hommes. Le Hezbollah est je dois dire un précieux allié : tu as eu une riche idée en encourageant sa création.

Tout n’est pas réglé, loin s’en faut, mais je tiens toujours Damas et les rebelles ne disposent pas d’autant de matériel que l’armée du régime. Rien n’est perdu. Fidèle à ton enseignement, je crois qu’il me suffit d’attendre que l’ennemi s’épuise. Au pire, nous nous replierons sur notre montagne et, d’une manière ou d’une autre, nous continuerons à nous battre et à empêcher la Syrie et ce peuple, si ingrat, de se relever.

Ce qui m’a le plus frappé dans toute cette affaire, ce sont les contradictions, la pusillanimité et la lâcheté des peuples occidentaux. Au fond, ils ne savent pas ce qu’ils veulent. Ils dénoncent ma politique, réclament mon départ, veulent me faire juger à la CPI tout en continuant à m’envoyer des émissaires. Rends-toi compte : ils ont ressorti Kofi Annan et maintenant Lakhdar Brahimi pour jouer ce rôle !

Je suis parvenu à les manipuler d’une manière digne de toi. C’est tellement facile de les embrouiller en faisant croire que certaines de nos opérations ont été menées par des rebelles que ce n’en est même plus drôle. Ils en sont à donner des leçons de morale aux généraux rebelles plutôt que des armes. Car, vois-tu, ils ne supportent pas l’idée que l’armée rebelle puisse tuer qui que ce soit, y compris les chabbiha. En revanche, si, comme la semaine dernière, je fais égorger 400 civils, dont pas mal d’enfants, ils ne réagissent même pas.

J’ai aussi repris ta technique du repoussoir jihadiste. Cela marche à tous les coups. Je n’ai eu qu’à libérer quelques-uns des terroristes maison et à demander aux « services » d’inoculer ce poison dans les rangs des rebelles. Quelques attentats bien organisés ont jeté le discrédit sur l’opposition armée. Le succès a dépassé toutes mes espérances ! Alors que nos ennemis commençaient à susciter un début de sympathie en Occident, il n’est plus question dans leurs médias que de la menace « islamiste » ! Il est vrai que les brigades jihadistes font vendre les journaux ou regarder les nouvelles à la télévision, bien plus que mes massacres.

Un dernier exemple de la faiblesse de caractère des Occidentaux. Obama (l’actuel président américain) et ses homologues britanniques et français m’avaient menacé il y a quelques mois si j’utilisais des armes chimiques. Curieux qu’ils ne se soient pas rendu compte que cela signifiait a contrario que je pouvais tuer autant de Syriens que je voulais par d’autres moyens (je suis récemment passé aux SCUDS : cela marche très bien), sans qu’ils ne s’en mêlent. J’ai voulu voir jusqu’où je pouvais aller – d’autant que les Iraniens étaient intéressés eux aussi par ce test. J’ai donc fait tirer quelques missiles armés de produits chimiques à dose réduite. La première fois, l’Américain, l’Anglais et le Français ont décrété qu’il n’y avait pas de preuves. J’ai donc recommencé à plusieurs reprises. Cela devenait difficile à Obama de prétendre que je n’avais pas franchi ce qu’il avait qualifié de « ligne rouge ». Ne voulant décidément rien faire contre moi, il a ajouté une seconde condition : il faudrait que les armes chimiques soient employées à grande échelle pour « changer le jeu ». Le « jeu » ! Je peux donc continuer à m’amuser tranquillement à détruire la Syrie à petit feu. Quand on pense que la droite américaine soupçonne cet Obama d’être musulman !

Comme tu le vois, cher Papa, j’ai tout bien en main. J’ai bien retenu toutes les leçons que tu m’as enseignées et je les appliquerai jusqu’au bout, dussè-je pour cela détruire complètement le pays.

Ton fils dévoué,

Bachar

(Avec l’assistance d’Isabelle Hausser)

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http://petitseigneur.com/lettre-de-bachar-al-assad-a-son-pere/

Syrie : Chroniques du délitement


 9 / Le régime syrien en quête de chair à canon, en Syrie et à l’extérieur

Quoi qu’en dise Bachar Al Assad, les choses peu à peu se gâtent pour lui. Pour reculer l’échéance et prévenir la débandade, il veille à dissimuler les failles et les faiblesses de son régime. Ce sont elles qui font l’objet de ces chroniques. Elles sont destinées à soutenir ceux qui souffrent et perdent patience et à montrer que leur victoire est inéluctable. Le chef de l’Etat continuera à manoeuvrer, à mentir et à tuer, puisque c’est ce qu’il sait faire. Mais il ne pourra rétablir avec l’ensemble des Syriens les relations qu’il n’aurait jamais perdues s’il avait accepté d’entendre les cris des jeunes, des femmes et des hommes qui sont sortis dans les rues, en mars 2011, pour réclamer le respect, la justice et la liberté auxquels ils avaient droit, mais dont ils avaient été privés par son père et lui-même durant près de 50 ans.

Précédemment mis en ligne :
Syrie. Chroniques du délitement du régime
1 / La famille Al Assad entame son auto-nettoyage
2 / Règlement de comptes à Qardaha, antre de la famille Al Assad
3 / L’armée syrienne, colosse aux pieds d’argile
4 / Dans la famille Al Assad, après la fille, la mère…
5 / Damas réplique à une agression israélienne… en bombardant un car en Syrie
6 / Bachar Al Assad en appelle au jihad
7 / Une religieuse pour convaincre Israël de ne pas lâcher le régime en Syrie
8 / Des Alaouites appellent leur communauté à rejoindre la Révolution

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Dans un article daté du 24 avril 2013, le site internet Damas Post détaillait les dernières mesures prises par le Premier ministre syrien Wa’el Al Halqi pour encourager les jeunes et les fonctionnaires à accomplir leur service militaire, voire à devancer l’appel sous les drapeaux.

Wa’el Al Halqi

Selon les informations exclusives obtenues par le site, dont l’allégeance au système est confirmé par le soutien d’annonceurs privés et institutionnels tels que Syriatel, la Syrian Computer Society ou le ministère de l’Electricité, le chef du gouvernement a décidé que :

les fonctionnaires rejoignant l’armée continueront d’être payés par leur administration,
– les diplômés des instituts d’enseignement moyen exemptés des obligations militaires, les fils uniques par exemple, pourront être nommés dans la fonction publique au terme de leur service,
– les détenteurs du diplôme de fin d’études secondaires conserveront le droit de s’inscrire dans les universités syriennes conformément au barème en vigueur au moment de leur examen,
– les universitaires seront assimilés à des officiers,
– les jeunes gens bénéficiant du programme d’emploi des jeunes retrouveront leur travail,
– la durée du service militaire sera prise en compte dans les années dues à l’Etat par certains universitaires,
– les fonctionnaires et les agents de l’Etat rejoignant pendant un an les forces armées conserveront l’ensemble de leurs avantages matériels et 50 % de leur salaire de base.

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Cette série de mesures est instructive. Elle s’inscrit dans la suite des efforts déployés depuis de longs mois par les responsables syriens pour convaincre leurs jeunes compatriotes d’apporter leur contribution à ce qu’ils présentent comme la « lutte contre le terrorisme », en rejoignant les forces armées. Ces nouvelles dispositions n’auraient pas été nécessaires si les précédents appels, assortis d’incitations financières, avaient été entendus. Elles confirment donc la répulsion de nombreux jeunes Syriens, y compris au sein de la communauté alaouite, à prendre le risque de tuer d’autres Syriens ou de se faire tuer par eux, non pas pour sauver la patrie en danger comme le soutient le pouvoir, mais pour permettre la survie de Bachar Al Assad à la tête de l’Etat.

Il y a plus d’un an, le 26 mars 2012, le même site Damas Post avait publié une instruction de la compagnie nationale de transport aérien. Elle enjoignait aux agences de la Syrian Air et aux bureaux de tourisme et de voyage de faire savoir à leurs clients, âgés de 18 à 42 ans et désireux de se rendre dans un pays étranger, qu’ils devaient obligatoirement solliciter une autorisation préalable de sortie du territoire auprès du Service de l’Emigration et des Passeports. Le site précisait, à l’intention de ceux qui en auraient douté, que le sésame devait émaner du Bureau de la Conscription du ministère de la Défense. Il ajoutait que, en application de cette mesure, les autorités aéroportuaires venaient de s’opposer à l’embarquement de près de la moitié des passagers d’un vol pour Alger au départ d’Alep. D’autres Syriens avaient été refoulés vers la Syrie, au poste frontière de Jdaydeh, alors qu’ils se rendaient au Liban.

Le Service de l’Emigration et des Passeports avait nié, le lendemain, l’existence d’une telle directive. Il avait réclamé la publication par Damas Post d’un rectificatif. Mais la reconnaissance par ce même service qu’un certain nombre de voyageurs avaient été contraints de rebrousser chemin et de rentrer chez eux suffisait à démontrer que des consignes de refoulement, et peut-être d’incorporation immédiate des récalcitrants, avaient bien été données. En faisant machine arrière, les services compétents ne se préoccupaient pas de respecter l’alinéa 3 de l’article 38 de la nouvelle Constitution, adoptée par référendum moins d’un mois plus tôt (le 26 février 2012), qui stipule que « tout citoyen a le droit de se déplacer sur le territoire national et de le quitter, sauf s’il en est empêché par une décision de justice, à la demande du Procureur général ou en application des lois concernant la santé et la sécurité publique ». Ils montraient simplement qu’ils avaient pris conscience du caractère contreproductif de la mesure. Ils avaient donc cherché à rassurer les réfractaires et ceux qui venaient d’être rappelés sous les drapeaux. Il serait plus facile de s’emparer d’eux lorsqu’ils tenteraient de quitter leur pays que d’aller les cueillir un par un à leur domicile.

Cet épisode démontrait que le commandement général de l’armée syrienne n’attendait pas grand-chose de sa décision de reporter du 22 mars au 9 avril le délai de grâce accordée aux conscrits pour rejoindre leur lieu d’affectation. Il n’imaginait pas vraiment les persuader en assortissant ce report de l’engagement que « les réfractaires concernés ne seraient soumis à aucune sanction ou pénalité de retard financière pour leur retard à obtempérer ».

Il y a quelques mois, les moukhabarat ont eu une autre idée. Au cours du mois de novembre 2012, ils ont demandé au ministère des Affaires étrangères et des Emigrés de rappeler à l’ensemble des missions diplomatiques qu’elles devaient appliquer avec minutie une directive antérieure de la direction de la conscription du ministère de la Défense. Elle recommandait de « faciliter la visite en Syrie des émigrés n’ayant pas encore effectué leur service militaire ». Le texte de cette circulaire montrait que les autorités syriennes avaient deux soucis en tête : attirer ces derniers dans leur pays d’origine… pour les envoyer rejoindre les rangs de l’armée ; ou profiter de l’occasion pour récupérer des sous.

Elle précisait en effet que :

les facilités de visite concernent exclusivement les Syriens n’ayant pas encore accompli leur service militaire
– les services consulaires doivent s’abstenir d’adresser d’autres dossiers que ceux-là,
– les émigrés auxquels une autorisation de visite a déjà été accordée sans qu’ils en aient profité doivent détailler les raisons pour lesquels ils ont renoncé à se rendre en Syrie,
– les émigrés âgés de plus de 42 ans n’ayant pas satisfait à leurs obligations militaires peuvent être autorisés à se rendre en visite dans leur pays une seule et unique fois, s’ils ont l’intention de régler leur situation et d’acquitter le « badal » (taxe d’exemption), conformément à l’article 97 du décret 30/2007…

La dernière série de mesures indique par ailleurs que le recours au Haut Conseil de l’Ifta présidé par le cheykh Ahmed Badreddin Hassoun, prié de produire l’avis juridique incitant les Syriens, les arabes et les musulmans, à refuser de lutter contre l’armée du régime et à lui apporter leur concours, n’a pas obtenu les effets escomptés. Si, de toute évidence, la fatwa n’a pas été entendue par ceux auxquels elle s’adressait en premier, elle a en revanche offert au Hizbollah la couverture religieuse – le jihad – dont le parti chiite libanais s’était jusqu’alors dispensé pour multiplier le nombre de ses combattants en Syrie. Ils sont désormais entre 5 000 et 7 000, principalement engagés dans la région qui s’étend du sud de Homs aux environs de Damas. Ils prétendent n’avoir d’autre objectif que d’assurer la protection des quelques villages et lieux saints chiites de la région. Mais camouflée derrière ce prétexte – un mensonge selon l’ancien secrétaire général du Parti de Dieu Soubhi Al Toufayli – leur mission est surtout de contribuer à garantir à Bachar Al Assad et aux piliers alaouites de son régime un accès sécurisé à la côte syrienne, dans laquelle ils pourraient être tentés ou contraints, chassés de la capitale, de chercher refuge.

Les Iraniens n’avaient pas non plus attendu cette fatwa pour apporter au régime en place le soutien en hommes, les conseillers en répression et les militaires de toutes spécialités, pilotes de Mig compris, sans lesquels le chef de l’Etat syrien ne serait peut-être déjà plus là. Ils n’avaient pas non plus eu besoin de cet avis pour recruter de jeunes Irakiens, qu’ils avaient attirés sur leur territoire sous le couvert de visites aux lieux saints vénérés par les chiites. Après les avoir formés dans des camps, en compagnie de jeunes Syriens et de jeunes Libanais, chiites ou alaouites, ils les avaient incorporés à la brigade Abou al-Fadl al-Abbas et transférés par avion en Syrie, pour faire le coup de feu au côté des forces régulières. L’affaire a été dévoilée par l’arrivée en Irak, en provenance de Syrie, de cadavres de ces combattants, dont le dernier tampon apposé sur les passeports indiquait qu’ils étaient entrés en Iran…

Les Russes n’avaient pas davantage eu besoin de cette avis juridique pour accroître leur aide au régime de celui qui, en se cramponnant au pouvoir, leur permet d’effectuer leur grand retour sur la scène internationale au-delà des limites de l’ex-Communauté des Etats Indépendants. La découverte d’une étrange brigade de jihadistes tchéchènes particulièrement fanatiques et féroces, opérant dans le nord de la Syrie sous la direction d’un chiite irakien répondant au nom d’Abou Omar al-Koweïti, suggère aux révolutionnaires syriens qu’ils ne se contentent pas de porter Bachar Al Assad à bout de bras, de lui assurer une promotion médiatique et de le faire bénéficier de l’expérience de la répression acquise par eux dans leur environnement régional. Ces hommes seraient soupçonnés d’être manipulés par les moukhabarat russes et de se livrer aux exactions qui leur sont reprochées – parmi lesquelles l’enlèvement, le 22 avril, de deux évêques d’Alep… – pour contribuer à décrédibiliser l’ensemble de la révolution et attiser les violences interconfessionnelles dans lesquelles le régime en place continue de voir l’une de ses possibles planches de salut.

Faute de pouvoir trouver la réponse adéquate à la désaffection des jeunes Syriens pour l’armée de leur pays, y compris en recourant pour les stimuler à la diffusion sur la chaine de télévision officielle de chants appartenant au répertoire… d’al-Qaïda, le régime continue de chercher ailleurs la chair à canon dont il a besoin. On en trouve une confirmation dans la dernière intervention de l’un de ses plus ardents thuriféraires. Intervenant le 23 avril dernier sur la radio Cham FM, l’analyste politique Chérif Chahadeh a en effet affirmé  que « la Syrie accueillera avec plaisir tous ceux qui souhaiteront rejoindre l’armée syrienne en provenance d’Iran, du Liban, d’Irak et d’Algérie »…

source

Syrie : quand la guerre vide le pays


REPORTAGE – Des milliers des réfugiés s’entassent dans le camp de Zaatari, devenu la cinquième ville de Jordanie, alors que les combats se poursuivent dans leur pays. 

Comme ils n’en pouvaient plus d’avoir peur de mourir comme ces cousins ou voisins tués sous leurs yeux, ils ont fini par partir. Mercredi matin à 6 heures, ils sont montés à bord de voitures, quittant leur village près de Deraa, berceau de la révolution syrienne, tout au sud du pays où la veille encore, une soixantaine de personnes ont été tuées. Quatorze membres de la même famille Al- Nassar* : la mère, Oum Mohamed ; son fils aîné, Abu Karim, un coiffeur ; sa fille aînée, Maysoun, 20 ans ; un cousin et dix enfants dont la plus jeune a 6 mois.

Alternant les trajets en voiture et les longues marches à pied, ils ont mis près de deux jours pour parcourir la soixantaine de kilomètres qui les séparaient de la Jordanie. Pris en charge par l’armée jordanienne, ils débarquent exténués d’un des nombreux bus qui ont pénétré à l’intérieur du camp de Zaatari jeudi soir. Chaque jour, 1.500 Syriens passent la frontière jordanienne. La population du camp est désormais de 140.000 réfugiés. Dix fois plus que l’an passé. La taille d’une ville comme Tours ou Brest mais réduite à un terrain militaire de 5 km de long sur 4 de large, perdu dans le désert jordanien.

Des villages entiers qui se regroupent

Il est 20 heures, il fait nuit et un peu froid. Sous la grande tente où tous les réfugiés sont conduits, les enfants, innombrables, hurlent. Épuisés, bousculés, terrifiés par la cohue et le vacarme. Certains ne retrouvent pas leurs parents, d’autres pleurent après avoir été vaccinés contre la rougeole. De très vieilles personnes se recroquevillent sur elles-mêmes sur des chaises en plastique. Les adultes et les adolescents se bousculent pour attraper les couvertures et les rations alimentaires distribuées par les employés du camp, placé sous l’autorité des Nations unies et de la Jordanie. Regroupés, les Al-Nassar regardent d’autres réfugiés récupérer leurs bagages. Eux n’ont rien pu emporter : « Rien qu’un change par personne », se désole Abu Talaat, 38 ans, père de sept enfants.

Comme tous les nouveaux arrivants, ils devraient passer leur première nuit à même le sol sous un hangar sans porte, mais un voisin, dans le camp depuis cinq jours, les a vus arriver et les invite à dormir sous sa tente et celles d’autres voisins. Maysoun, l’une des filles de la famille, va bientôt réaliser que « les trois quarts des habitants de notre village sont ici. » Les Al-Nassar quittent le hangar et découvrent l’immensité ahurissante du camp de Zaatari, ses dizaines de milliers de tentes alignées les unes contre les autres, ses milliers de bungalows en tôle ondulée. Pour rejoindre les tentes de leurs voisins, près desquelles ils planteront les leurs vendredi matin, il faut marcher dans la caillasse, éviter les flaques d’eau, tirer par le bras les petits qui n’ont plus la force de marcher… Fendre la foule, croiser des milliers d’enfants qui composent la moitié de la population du camp, marcher encore à la seule lueur de la pleine lune pour enfin pouvoir s’allonger.

Interdiction de sortir

La nuit qui suit, les enfants et Abu Talaat dorment comme des loirs. « La première nuit depuis une éternité sans avoir à se demander s’il faudra partir en courant avec les enfants pour éviter les tirs » se réjouit ce dernier. Oum Mohamed et ses plus grandes filles ont pleuré toute la nuit. Personne ne souhaite quitter son pays. « Que va devenir mon mari resté là-bas pour gagner de l’argent? Combien de temps allons-nous rester ici? » À quoi ressemblera leur vie dans le camp? À celle des 140.000 autres réfugiés : interdiction de sortir ; obligation de se laver en vidant sur soi des seaux d’eau et de supporter la neige l’hiver et la chaleur accablante en été avec 45 °C à l’ombre. Oum Mohamed, qui reçoit un appel d’un ami resté en Syrie, l’encourage pourtant à venir : « Tu verras, on crève de chaud ici mais on n’a plus peur la nuit. »

Assis sous la tente sur de maigres matelas, les membres de la famille racontent les horreurs de la Syrie : la mort récente d’un cousin de 14 ans, « une famille entière décimée et dont les corps n’ont jamais été retrouvés », les cauchemars des enfants, le grand frère pourchassé par l’armée de Bachar El-Assad, le bruit terrifiant des avions de chasse… Tous se doutent que la vie à Zaatari continuera d’être éprouvante mais au moins la peur de mourir a-t-elle déjà disparu. Abeer, 11 ans, apprend qu’il y existe une école, flambant neuve et qui pourtant manque d’élèves, les réfugiés ignorant son existence ou rechignant à y inscrire leurs enfants. S’ils tombent malades, ils seront reçus dans les hôpitaux militaires, marocain ou français, situés à l’entrée du camp. Enceinte, Maysoun pourra accoucher en sécurité assistée d’une gynécologue française. Plus de 150 bébés naîtraient chaque mois à Zaatari.

Deux cent cinquante Syriens repartent chaque jour

Mais dès le premier jour, les Al-Nassar comprennent l’extrême dureté de la vie ici. Le long de l’artère centrale baptisée les « Champs-Élysées », des vendeurs de chaussures, de cigarettes, d’assiettes, de couches-culottes, de vêtements, d’alimentation écoulent leurs articles cinq fois plus chers qu’en Syrie. Si elles ne sont pas surveillées par un réfugié qu’il faut payer pour cela, les toilettes empestent à en vomir. L’eau, facile d’accès et délicieuse en Syrie, est ici un bien rare et très calcaire qui donne la diarrhée aux petits enfants. « Ils veulent nous empoisonner avec leur eau dégueulasse! », croit savoir Sehim Al- Zubi, un autre réfugié. Un autre accourt : « On m’a volé toutes mes affaires dans ma tente! » Les violences sont aussi fréquentes : la police jordanienne a arrêté récemment huit Syriens accusés d’avoir provoqué des troubles ayant fait dix blessés.

Parfois, les tentes prennent feu ou bien des enfants se brûlent gravement avec une théière ou un réchaud du fait de la promiscuité. Épuisés par ces conditions de vie, 250 Syriens repartent du camp chaque soir pour repasser la frontière. « Nous sommes plus en sécurité sous une tente en plein désert que dans notre maison là-bas », se réjouit pourtant Abu Talaat, aux yeux de qui rentrer en Syrie relève de la pure folie.

 *À leur demande, toutes les identités des personnes citées ont été modifiées.

Alexandre Duyck, envoyé spécial au Camp de Zaatari (Jordanie) – Source Le Journal du Dimanche

dimanche 28 avril 2013

Réfugiés camp Zaatari Jordanie Paru dans leJDD Abu Karim, sa femme et leur fils de 4 ans, dans le camp de Zaatari. Ils ont aussi une fille d’un an, et la jeune maman est à nouveau enceinte. (Victor Breiner pour le JDD)

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