Les djihadistes syriens avec Al-Qaïda


Baudouin Loos
Mis en ligne il y a 3 heures | mis à jour à 09:48

Jabhat al-Nosra, la célèbre organisation armée islamiste en Syrie, s’allie à Al-Qaïda. Du pain bénit pour le régime d’Assad.

jabhat

  • Alep, le 24 décembre 2012. Des combattants de Jabhat al-Nosra en action en première ligne

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ANALYSE

Une information de nature à conforter la propagande du régime de Bachar el-Assad qui affirme faire face, depuis le début de la contestation en mars-avril 2011, non à des rebelles mais à des « terroristes»  ? Sans doute. Ce 10avril, le chef du «Jabhat al-Nosra», le principal groupe djihadiste en Syrie, a annoncé son «allégeance au cheikh Ayman al-Zawahiri», qui a succédé l’an dernier à feu Oussama ben Laden à la tête de la mouvance terroriste Al-Qaïda.

Rien n’est simple, cependant. Dans la foulée de cette déclaration, Abou Mohamed al-Joulani a en effet insisté sur le fait que son organisation n’avait pas été consultée par la branche irakienne d’Al-Qaïda, laquelle avait annoncé la veille sa fusion avec Jabhat al-Nosra.

De quoi parle-t-on au juste? De l’avenir de la Syrie, quand le régime aura été renversé. Par qui le pays sera-t-il géré? Par des rebelles? Par des djihadistes? Par des terroristes? Ces questions hantent les chancelleries du monde entier. Elles concernent avant tout les Syriens.

Dans la mouvance armée qui compose le camp anti-régime, l’Armée syrienne libre (ASL) marque le pas depuis de longs mois. Indisciplinées, inexpérimentées, manquant d’armes et de munitions, ses unités n’attirent plus les jeunes Syriens en révolte. Dans les zones libérées, de nombreuses exactions, vols et pillages surtout leur ont été imputés par une population souvent excédée.

Une myriade de groupes islamistes a peu à peu pris l’ascendant sur le terrain militaire. Parmi eux, Jabhat al-Nosra se profile comme l’organisation la plus connue, la plus efficace, la plus «professionnelle», la plus courageuse au front. Avec un agenda djihadiste non dissimulé, l’avènement d’un Etat islamique, même si la chute du régime constitue la priorité absolue.

Apparue en janvier 2012, Jabhat al-Nosra a pris place dès décembre dans la liste des organisations terroristes tenue par l’administration américaine, qui identifiait déjà son affiliation avec Al-Qaïda. Elle compterait entre 6.000 et 8.000 combattants répartis entre environ 35 katibat (brigades).

Ses premiers «faits d’arme» –des attentats suicides– avaient fait craindre à certains observateurs qu’elle ne fût manipulée par le régime à Damas, soucieux de noircir l’image de l’opposition armée. Mais sa réputation a rapidement évolué en Syrie à mesure que ses actions, tournées vers les forces armées du régime et non vers les civils, gagnaient en efficacité. Et des victoires comme celles de Mayadin, Taftanaz ou Maarat al-Numan ont contribué à forger une image populaire au groupe.

Deux reportages, publiés ces 9 et 10 avril par Reuters et le Washington Post ont montré comment Jabhat al-Nosra se comportait dans la région libérée de Raqqa, dans le nord-ouest syrien. Dans la ville elle-même, le premier chef-lieu de province à tomber aux mains des rebelles, le groupe partage le pouvoir avec « Ahrar al-Sham», un autre groupe islamiste moins radical sur le plan idéologique.

Selon ces reportages, la gestion de la vie quotidienne ne pose pas de problèmes insurmontables; un tribunal religieux a été mis en place, mais certaines exigences des nouveaux maîtres comme l’interdiction du tabac ou l’imposition du voile sont refusées par une partie de la population. Celle-ci, par la voix de quelques personnes interrogées, fait toutefois état de ses inquiétudes pour l’avenir.

Un commandant de l’ALS explique ainsi que la confrontation avec les groupes islamistes radicaux lui semble «inévitable», «si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain», estime-t-il. En fait, des incidents violents ont déjà opposé ces derniers mois ici et là dans le nord du pays des groupes aux idéologies rivales. Mais ces épisodes sont restés sans lendemains.

Critiquant l’annonce de la fusion de Jabhat al-Nosra et d’Al-Qaïda en Irak, le chef du premier groupe ne cachait pas son malaise: «Le Front Al-Nosra restera fidèle à son image. Nous ne voulions pas précipiter les choses avec l’annonce d’un Etat islamique car dans les régions libérées se réalisent déjà la charia, la résolution des conflits, l’aspiration à la sécurité entre musulmans. L’Etat islamique en Syrie sera construit par tout le monde, sans exclusion d’aucune partie ayant participé au djihad et au combat en Syrie.»

Pourtant on peut conjecturer que l’allégeance de Jahbat al-Nosra à Al-Qaïda annonce des problèmes. «Sa déclaration d’allégeance va se retourner contre lui, expliquait mercredi à l’AFP Peter Harling, spécialiste de la Syrie à l’International Crisis Group, car il s’associe à une entité qui est étrangère à la culture syrienne et qui est perçue comme ayant échoué dans ses entreprises précédentes. »

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Les soutiens lillois de Bachar el-Assad, et leurs amis du Front de gauche local


2013/04/06

Samedi 6 avril à Lille, une conférence de soutien à Bachar el-Assad, est organisée par la Coordination communiste Lilloise, avec le soutien du Front de gauche local.

Alerte antifasciste contre les soutiens au régime syrien

[…] ils soutiennent les bureaucraties qui ont écrasé dans le sang toutes les dynamiques révolutionnaires.

Ce ramassis d’ignominies historiques ne se discute pas mais se combat.

Quant au Front de gauche, on reconnaît là leur vieux nationalisme incompatible avec l’émancipation humaine – une insulte à l’appel de Marx « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».

Ces vieux débris du stalinisme ne savent plus quelle ficelle tirer pour soutenir un régime qui a tué plus de 70 000 personnes, torturé et emprisonné des gamins, et fait un million de réfugiés. Le mouvement populaire et pacifique amorcé en Syrie dans la foulée des « révolutions arabes » serait, d’après eux, complètement manipulé de l’extérieur. Vieille rhétorique qui discrédite toute contestation d’un régime prétendu « anti-impérialiste » comme nécessairement manipulé par l’Occident.

Nous refusons de jouer aux apprentis stratèges et de soutenir tel type de capitalisme contre tel autre. Même si nous ne sommes pas dupes des velléités d’intervention occidentales en Syrie, méfions-nous des faux amis et apportons notre soutien aux luttes contre toute forme de domination capitaliste. Il n’y a pas à tortiller du cul, Bachar el-Assad et son régime criminel doivent tomber. La conférence du 6 avril n’est pas la bienvenue à Lille […]

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La typologie de la collabosphère propagandiste peut se structurer en 4 strates principales:

1- Les idiots utiles, ou « hmar » pro-Bachar. Il représentent le gros des troupes, il s’agit de la partie de l’opinion publique qui est complaisante avec la désinformation fasciste ou la propagande de guerre associée. Ce public naïf adhère aux grandes lignes de la propagande diffusée dans la société par une frange minoritaire de radicaux. 2- Les radicaux: infiltrés, intrus, racoleurs ou provocateurs. Ils sont hyperactifs, leurs idées, ou leur désinformation est justement radicale dans le but de stimuler la diffusion des grandes lignes du message propagandiste au public le plus large possible. Tous les canaux et médias sont sollicités. Ainsi, si très peu de personnes sont converties aux « thèses » negationnistes, un plus large public croit qu’une corporation occulte, souvent qualifiée se « sioniste » exerce sa « main mise » sur les médias, l’opinion, la politique internationale, la science…  » par une corporation occulte, souvent de nature dite « sioniste ». 3- Les shabbiha médiatiques diffusent la communication de Régimes totalitaires qu’ils servent, ce sont les propagandistes qui exercent une certaine influence sur le public non radical, plus majoritaire. Ce sont les provocateurs les plus talentueux souvent issus du groupe 2, plus radical. Ils comptent sur l’activité du deuxième groupe pour se faire connaître et assurer un trait d’union avec l’opinion publique, qui se radicalise par conséquent. 4- Les employeurs des shabbiha médiatiques.

Cette classification peut être appliquée a l’appel d’Indymediaparis contre l’opération propagandiste du 6 avril a Lille; ainsi les différents acteurs peuvent être répartis selon les quatre catégories pré-citées: 1- Dans le cas présent le Front de gauche local. 2- Conférence organisée par la Coordination communiste Lilloise, du Rassemblement des Cercles Communistes. 3- ici Bahar Kimyongür et Ayssar Midani. Le communique de la CCL mentionne Michel Collon et son site Investig’Action (S’informer sur Michel Collon). 4- Soutenir le clan Assad, et affaiblir la communication de la révolution.

Autres noms mentionnés dans l’article:

Pour la première catégorie: des Milliers de signataires « anti-impérialistes », « altermondialistes »; pour la seconde: Union des Patriotes syriens, groupe d’extrême droite Troisième Voie (la horde de skins de Serge Ayoub), Comité Valmy, Cercle des volontaires [1], PRCF, Union populaire républicaine (UPR du gourou François Asselineau), néo-fascistes, militants d’Egalité et Réconciliation [3] (le fan club d’Alain Soral) etc; pour le troisième groupe: Réseau Voltaire (presidé par le shabbih’ Thierry Meyssan); et le dernier groupe: Chine [maoïste], Iran [RII], URSS, Corée du Nord, Kim Il Sung et Kim Jong Il, [4] « Joseph Staline le bâtisseur » !, Libye [kadhafiste], Muammar Kadhafi.

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Quelques commentaires publiés sur la page Indymedia de Lille, qui éclairent sur les connections de la collabosphère lilloise et parisienne au service de la contre-revolution Assadiste:

_ Pourrez vous svp diffuser les noms et fonctions des militants du FG et de la CCL présents à cette messe propagandiste ?

_ Beaucoup d’entre eux en tout cas tu peux en être sur.
A noter que déjà lors de la dernière fête de l’Humanité sur leurs stands le CCL et le PRCF diffusaient la même propagande Bachariste, sans hélas que personne ne s’en émeuve et ne soit choqué outre mesure.
Quand à Ayssar Midani elle était bien la avec sa troupe de Chabihas le 2 février 2013, dans la manifestation des néos nazis de 3eme Voie.
On l’a aussi aperçue le 16 juin 2012 dans une autre manif Bachariste place saint michel à Paris, en grande discussion amicale avec Jean Bricmont, la négationniste Ginette Skandrani , des membres du « Parti Antisioniste » de Dieudonné, des militants du Gud , tout le staff de Reopen911.info, Alain Benajam du réseau voltaire et d’autres fafs de la même veine.

_ La même clique toujours à l’oeuvre 6 avril 12:26
>La même clique de fachos et autres glauques toujours à l’œuvre
>En mars 2012 dernier messieurs Collon, Bricmont, Bahar Kimyongür ont donné une conférence à paris dans la salle de l’Agecca avec la Bachariste Ayssar Midani avec la participation surprise de Julien Teil animateur et fondateur du site d’extrême suisse Mecanopolis
>étaient aussi présents dans la salle et au premier rang la chaine de tv conspirationiste independenza web tv, la négationniste Ginette Skandrani, des fachos de Egalité et réconciliation et du parti anti sioniste de Dieudonne, des membres de l’UPR des Stals du Comité Valmy, Bruno Drewski du site Bastille Réublique Nations et tout une bande de Chabihas de l’ambassade de Syrie venus la faire la sécurité
>Et tout ce petit monde bien brun et bien pourri se connaissait très bien c’est le moins qu’on puisse dire et se faisait la bise en se donnant des grandes claques dans le dos
>A noter aussi que toute cette bande « d’anti systémes » avaient demandé la protection des keufs qui ont embarqué deux ou trois jeunes Anti Bachar qui ont courageusement tenté d’intervenir et qui se sont pris des coups.
Et ce n’est la pas un coup d’essai de monsieur Collon et de sa bande

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Quelques publications syriennes du vendredi 5 avril:

524559_331649003605375_72414056_nof torture amongst the hundreds. He was lucky enough to survive!>> https://www.facebook.com/photo.php?fbid=331649003605375&set=a.237930036310606.36731.234802916623318&type=1

L’armée syrienne libre a capturé un officier appartenant aux forces iraniennes « Bassidj », qui formaient les sniper du régime Assad à Idleb.
L’officier admet avoir parcouru toutes les provinces syriennes pour former les shabihas du régime et de l’armée. Et a également reconnu l’existence de nombreux soldats et officiers de l’armée du régime iranien, et confirme ainsi les versions de l’armée libre sur l’existence de ces Iraniens, et ont montré leurs corps et les prisonniers capturés vivants au combat. https://www.facebook.com/LanguegesOfTheWorlds/posts/186230681524602

http://youtu.be/_8DtzoMjZ0s

http://www.youtube.com/watch?v=_8DtzoMjZ0s&feature=youtu.be

3 missiles SCUDs ont été lancés depuis la base de Qalamoun près de Damas, en direction du nord de la Syrie.
4h Des dizaines de blessés dans le bombardement de Homs. https://www.facebook.com/joseph.ka2/posts/363767817066010

Première partie d’une émission Al Jazeera sur l’historique de la révolution syrienne: << … les manifestations populaires ne faiblissent pas interpellant la communauté internationale à intervenir pour faire cesser les massacres collectifs et les destructions… >>. https://www.facebook.com/joseph.ka2/posts/152207814947022

La Syrie est notre guerre d’Espagne


LE MONDE | 02.04.2013 à 14h57 Jean-Pierre Filiu (Professeur des universités à Sciences Po Paris)

Qui veut appréhender la dimension universelle de la tragédie syrienne gagnera à se (re)plonger dans Hommage à la Catalogne (Gallimard, 1955) de George Orwell (1903-1950). Il y retrouvera les civils trop confiants dans la justesse de leur cause pour s’armer en conséquence. Les miliciens formés à la hâte derrière leurs barricades de fortune. Les trésors d’ingéniosité populaire pour faire vivre les familles les plus démunies. Et les querelles des différentes factions qui se disputent le contrôle d’une République pourtant menacée de toutes parts.

Ce parallèle avec la guerre d’Espagne a été tracé dans la presse dès septembre 2012, lorsque des reporters à Alep ont comparé les bombardements incessants de la ville à un moderne Guernica. Les éditoriaux dénonçaient en première page « un crime d’Etat sans précédent ».

Plus de six mois se sont écoulés, les raids aériens n’ont pas cessé, pas plus que les barrages d’artillerie. Pire, les pilonnages aux missiles Scud se sont banalisés. Quant à l’utilisation avérée des armes chimiques par le régime Assad, elle est niée par les puissances occidentales : ayant tracé cette ligne rouge, elles refusent d’admettre qu’elle a été franchie, certes de manière ponctuelle, mais sans contestation possible.

PASSIVITÉ COMPLICE

Comme la République espagnole, la Syrie révolutionnaire souffre de la cobelligérance active des uns, de la passivité complice des autres et de l’intolérance partisane des derniers. La Russie et l’Iran sont aussi impliqués dans les crimes de masse de la dictature syrienne que l’étaient l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste aux côtés des franquistes espagnols.

La « non-intervention » des démocraties occidentales en 2011 est aussi fatale pour les démocrates de Syrie qu’elle le fut pour ceux d’Espagne en 1936.

Quant aux staliniens dénoncés par Orwell à Barcelone dès 1938, ils n’ont rien à envier aux djihadistes d’aujourd’hui en Syrie. Leur hiérarchie implacable et leur discipline aveugle leur permettent de compenser progressivement leur caractère ultraminoritaire.

Leur soutien sans faille par un parrain étranger, l’URSS en Espagne, des « mécènes » du Golfe en Syrie, leur confère un avantage terrible sur les formations locales, dramatiquement sous-équipées. Et leur projet totalitaire vaut négation des aspirations à la libération, hier du peuple espagnol, désormais du peuple syrien.

Après plus de deux années d’abstention coupable, aucune solution n’est dénuée de risque pour éviter une escalade dans l’horreur en Syrie. Seule l’installation d’une autorité révolutionnaire sur une portion du territoire libéré pourra renverser la course à l’abîme.

Mais pas un pouce de Syrie ne sera vraiment « libéré » tant que l’aviation d’Assad et ses blindés pourront le frapper en toute impunité. C’est en ces termes que se décline la problématique de l’approvisionnement en matériels antiaériens de l’Armée syrienne libre.

Les polémistes qui fustigeaient la solidarité du Front populaire avec les « rouges » espagnols n’employaient au fond pas d’autres arguments que les partisans acharnés de la « neutralité » en Syrie.

SURENCHÈRE DJIHADISTE

Quant à la question des « mauvaises mains » dans lesquelles les armes pourraient tomber, le Mali est là pour prouver que pas une seule arme livrée aux rebelles libyens n’a été découverte aux mains d’AQMI. En revanche, les djihadistes du Sahel se sont amplement servis dans les arsenaux de Kadhafi comme ceux de Syrie dans les stocks d’Assad.

L’universitaire sait trop le danger des analogies historiques, à manier avec doigté. La grande différence entre la tragédie d’Espagne et celle de Syrie est que le camp de la dictature sera défait, tôt ou tard.

C’est dans cette incertitude de calendrier que réside l’intérêt stratégique de la France et de l’Europe : une Armée syrienne libre victorieuse à court terme permettra à la coalition révolutionnaire de ménager une transition politique, tandis qu’une agonie prolongée favorisera la surenchère djihadiste, la polarisation confessionnelle et la déstabilisation régionale.

Hollande n’est pas Blum. Car Léon Blum, au moins n’ayant jamais promis d’armer la République espagnole, n’a pas eu à s’en dédire.

Mais l’actuel président pourrait méditer cette déclaration de François Mitterrand devant le Parlement européen, en 1989, au sujet de l’Intifada palestinienne : « Rien n’autorise cette répression continue où l’homme devient gibier et où reprend l’éternel va-et-vient de l’agresseur et de l’agressé, de celui qui tue, de celui qui meurt. »

Un quart de siècle plus tard, l’Europe a encore failli. A la France d’assumer enfin ses responsabilités.

Jean-Pierre Filiu (Professeur des universités à Sciences Po Paris)

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Syrie: mars, le mois le plus meurtrier depuis le début du conflit


Edité par CP avec AFP
le 01 avril 2013 à 19h13 , mis à jour le 01 avril 2013 à 19h20.

La chute d'un missile lundi 18 février sur un quartier populaire d'Alep a fait u moins 31 morts, dont cinq femmes et 14 enfants, et des dizaines de blessés.

La chute d’un missile sur un quartier populaire d’Alep, lundi 18 février, a fait au moins 31 morts, dont cinq femmes et 14 enfants, et des dizaines de blessés. / Crédits : HO / ALEPPO MEDIA CENTRE / AFP

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Moyen-orient

Plus de 6.000 personnes ont été tuées en mars dans les violences en Syrie, le mois le plus meurtrier depuis le début de la révolte contre le régime du président Bachar al-Assad il y a de deux ans.

Le bilan ne cesse de s’alourdir en Syrie. Plus de 6.000 personnes ont été tuées sur le mois de mars qui devient le mois le plus meurtrier depuis le début de la révolte contre le régime du président Bachar al-Assad il y a de deux ans, a affirmé lundi l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Au moins 6.005 personnes ont péri en mars. Parmi elles, 2.080 sont des civils, dont 298 enfants de moins de 16 ans et 291 femmes », a indiqué à l’AFP le chef de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane. Selon lui, au moins 2.074 des personnes tuées sont des rebelles combattant le régime et 1.464 sont des membres des troupes gouvernementales. Parmi les rebelles qui ont péri figurent 588 personnes dont les identités n’ont pu être vérifiées par l’OSDH, dont « un grand nombre de combattants
non-syriens ».

Plus de 70.000 tués depuis le début de la révolte

Selon un bilan donné en janvier par l’ONU, plus de 70.000 personnes ont été tuées depuis le début de la révolte en mars 2011. L’OSDH fait état de son côté lundi de 62.594 morts, dont 30.782 civils, 15.283 soldats de l’armée régulière et 14.302 rebelles. Cette ONG basée en Grande-Bretagne s’appuie sur un large réseau de militants et de médecins dans les hôpitaux civils et militaires à travers la Syrie et affirme que l’identité des morts qu’elle rapporte est sérieusement documentée.

Les bilans de l’OSDH ne comprennent pas les milliers de personnes disparues en détention, ni la plupart des morts parmi les « chabbihas » (miliciens pro-régime).

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Ducarme: «Ce ne sont pas les mosquées qui recrutent les combattants belges en Syrie»


Ricardo Gutiérrez
Mis en ligne Vendredi 29 Mars 2013, 13h58

Le député MR Denis Ducarme dénonce « l’amalgame » opéré par son collègue CDH Georges Dallemagne, ce matin, sur les ondes de Bel RTL. « Stigmatiser les lieux de culte musulmans, ce n’est pas rendre service aux familles affectées par le départ de leurs enfants au combat ».

Le sang de Denis Ducarme n’a fait qu’un tour, ce matin, quand il a entendu le député CDH Georges Dallemagne mettre en cause, sur les ondes de Bel RTL (voir l’interview en vidéo ci-dessus), les mosquées bruxelloises dans le processus de recrutement des combattants belges en Syrie. «  Ceux qui connaissent le dossier savent que ce n’est pas du tout la filière, pour la simple raison que les mosquées radicales sont très surveillées. Les imams ne sont pas concernés ; ce sont d’autres lieux de radicalisation qui sont en cause : des maisons particulières, clandestines, sous la coupe d’activistes salafistes  ».

«  Si M. Dallemagne est si sûr de son fait, qu’il transmette donc la liste des mosquées radicales bruxelloises à la ministre CDH de l’Intérieur, Joëlle Milquet, afin qu’elle ordonne leur fermeture… Mais il ne le fera pas, car il fait dans le slogan populiste en ciblant de la sorte les lieux de culte islamique, et à travers eux, les communautés musulmanes. Les familles qui ont vu partir un enfant au combat sont victimes ; inutile de les accabler davantage  ! ».

Denis Ducarme estime que ce ne sont pas les mosquées qu’il faut viser, mais bien les recruteurs : «  La loi de 1979 sur le recrutement extra-terroriste punit les recruteurs de 3 mois à deux ans de prison ; le gouvernement fédéral peut, par ailleurs, prendre un arrêté royal pour interdire les engagements individuels. Les vraies pistes sont là  ».

Pour l’heure, 50 à 80 jeunes musulmans, originaire principalement d’Anvers et de la région bruxelloise, ont rejoint les rangs des milices qui combattent le régime de Bachar al-Assad, en Syrie. Une centaine de volontaires néerlandais participent également au combat. Jeudi, le président démissionnaire de la Coalition nationale syrienne (CNS), Moaz Al-Khatib, a demandé aux combattants étrangers de rentrer dans leur pays : «  Je dis à tous ces gens : si votre famille a besoin de vous, ne venez pas ici ».

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Syrie : Les rebelles veulent que les combattants MRE rentrent chez leurs parents


Syrie : Les rebelles veulent que les combattants MRE rentrent chez leurs parents

Publié le 28.03.2013 à 13h14 | Par Julie Chaudier


Le président démissionnaire de la Coalition nationale syrienne (CNS), Moaz Al-Khatib, a demandé aux combattants étrangers, dont nombre de Hollando-Marocains, de rentrer dans leur famille. Aux Pays Bas, 3 Hollandais sont morts en Syrie, et près d’une centaine combat aux côtés des rebelles.

Les enrôlements de jeunes hommes français, hollandais, belges, souvent d’origine Marocaine, aux côtés des rebelles syriens ont fait irruption dans les débats du sommet arabe de Doha, mardi 26 mars, rapporte metronieuws.nl. Dans son discours, le président démissionnaire de la Coalition Nationale Syrienne (CNS) a reconnu qu’il avait reçu deux lettres, l’un de parents français, l’autre de parents néerlandais. «Je dis à tous ces gens : si votre famille a besoin de vous, ne venez pas ici, a-t-il déclaré publiquement, prendre soin de vos parents, qu’ils soient musulmans ou non, est le plus important, c’est faire le jihad

La coordination nationale du contre-terrorisme néerlandais a indiqué qu’un peu moins d’une centaine de Hollandais ont quitté les Pays-Bas pour partir se battre aux côtés des rebelles en Syrie. «3 Hollandais sont morts en Syrie. Deux étaient d’origine Marocaine et le troisième était d’origine Hollandaise, c’était un converti», indique Abdou Menebhi, président du Centre euro-méditerranéen Migration et Développement (EMCEMO), Néerlandais d’origine Marocaine. Leurs parents sont en détresse, comme ceux des quelques 70 Belges d’origine Marocaine à avoir rejoint le front. La mère de Sofian M. a lancé un appel, en larme, à son fils parti pour la Syrie, à la télévision néerlandaise.

La mère de Sofian M. parti en Syrie, à la télévision néerlandaise

http://www.youtube.com/watch?v=JTFO0P3iffo&feature=player_embedded

«Je l’appelle tous les jours par téléphone, mais il ne décroche jamais», regrette la mère de Sofian. Le silence des jeunes hommes partis combattre plongent leur famille, restés aux Pays Bas, dans une détresse encore plus profonde. «Certains parents ont reçu des SMS de leur garçon depuis la Syrie, mais beaucoup refusent de leur parler. Les garçons affirment qu’ils sont en terre d’islam, sans plus de détails», rapporte Abdou Menehbi. Ce militant associatif très engagé auprès de la communauté Marocaine des Pays-Bas tire la sonnette d’alarme. «Aujourd’hui, ces jeunes ne peuvent pas retourner en Hollande, même s’ils le voulaient. Les groupes Salafistes Jihadistes qui les encadrent leur prennent leur passeport», affirme-t-il.

Devant l’inquiétude grandissante, il a organisé dimanche 24 mars, une grande rencontre à la Grande Mosquée d’Amsterdam. «Il y avait de nombreux parents très inquiets. Des Jihadistes Salafistes étaient aussi présents et nous avons parlé, dans le cadre d’un débat démocratique, pour contrer leurs arguments, raconte Abdou Menebhi. Nous avons expliqué que la guerre en Syrie n’était pas un combat de l’islam, car ceux contre qui se battent les rebelles sont aussi des musulmans».

Appel au gouvernement hollandais

Lors de cette réunion, l’association EMCEMO a annoncé avoir mis en place des numéros de secours dédiés aux jeunes qui envisagent de partir et aux familles en détresse. A l’adresse de la société hollandaise dans son ensemble, l’EMCMO a déclaré : «Nous, les associations et les mosquées condamnons les groupes extrémistes qui utilisent l’Islam pour soutenir une idéologie fondée sur la promotion et la consolidation de la culture de l’hostilité, de la haine et de la violence qui sont sans rapport avec l’islam

Aujourd’hui les familles des jeunes hommes partis en Syrie appellent le gouvernement à se mobiliser pour les faire revenir. «Le gouvernement hollandais doit prendre ses responsabilités. Les groupes qui embrigadent nos jeunes, il les connaît. Il doit aussi lutter contre l’islamophobie qui facilite le recrutement. Il faut s’attaquer aux raisons du problème», insiste Abdou Menebhi.

Pour l’heure rien n’a encore été fait concrètement et officiellement pour lutter contre ces enrôlements. «Certains parlementaires ont proposé de retirer leur passeport par avance à ceux qui risqueraient de partir en Syrie, mais ce serait une mesure anticonstitutionnelle. Nous ne voulons pas que les mesures qui soient prises pour lutter contre ce phénomène soient injustes et ne concernent qu’une partie de la population», précise Abdou Menbhi.

http://www.yabiladi.com/articles/details/16346/syrie-rebelles-veulent-combattants-rentrent.html

« Good morning Damascus » : De l’inacceptable


 

actu-match | lundi 25 mars 2013

"Good morning Damascus" : De l’inacceptable

Damas, le 25 mars dernier. | Photo Jean-Pierre Duthion

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Chaque semaine dans «Good Morning Damascus», Jean-Pierre Duthion (@halona) vous raconte le quotidien parfois tragi-comique d’une vie d’expatrié en Syrie sous les bombes.

Jean-Pierre Duthion – Parismatch.com

Mardi, je viens de quitter ma fiancée, je dis au revoir à des amis prés du ministère de l’Énergie, il est 22h, on se croirait en plein été. Près du checkpoint, un soldat a ramené ses trois enfants, assis à l’arrêt de bus, ils jouent à la console pendant que leur père, un moustachu bedonnant contrôle des identités. Un autre soldat que je connais, un jeune sunnite qui n’a pas vu sa famille depuis plus d’un an, fais le pitre pour les amuser. Tout est calme et paisible, comme bien souvent à Damas c’est le calme non pas « avant » mais « pendant » la tempête. Alors que mes amis viennent de s’en aller et que je me dirige vers ma voiture, une détonation surréaliste retentit, le sol autour de moi se met à trembler, un souffle surpuissant me repousse en arrière, j’ai des morceaux de pare brise dans les cheveux, un mortier vient de s’écraser à 30 mètres de moi à peine, explosant deux voitures.

A partir de là, tout se passe comme au ralenti, les balles se mettent à siffler, l’armée libre vient d’attaquer le checkpoint, le père de famille crie à ses enfants de se mettre a l’abri, il ne cesse de leur répéter : courez plus vite ! Plus vite ! Le jeune soldat tire des rafales régulières en l’air pour signifier aux rebelles qu’il reste encore des hommes au barrage. Un pick-up de l’armée surmontée d’une douchka, mitrailleuse lourde, arrive à toute vitesse pour lui prêter renfort. Quant à moi, je suis là au milieu de tout ce chaos sans savoir quoi faire, les sons me semblent atténués, l’explosion m’a en partie assourdi, je ne peux pas rester et si je me mets à courir, les soldats postés un peu plus loin dans cette rue mal éclairée pourraient facilement me prendre pour un ennemi.

Sans vraie solution, je me mets à marcher, je marche lentement sans vraiment réfléchir, assez pour m’éloigner et pas trop vite pour ne pas être considéré comme un élément hostile. Sur ma gauche, un type est caché derrière un bus, un soldat lui ordonne de se montrer :
– Sors de la ! Montre-moi tes mains ! J’ai dit tes mains !
Le type dans l’ombre ne cesse de répéter :
– Je peux pas ! je peux pas !

Blessé à la jambe, il peut à peine marcher, poussé par la même peur qui m’empêche de courir. Il arrive finalement à se trainer vers la lumière. Je continue de marcher, les tirs redoublent d’intensité, les coups de feu se multiplient, de plus en plus violents ; de plus en plus proches, les balles ricochent et moi je marche. Je me dis que tout va peut être se terminer ce soir, dans cette rue de Damas, que, comme pour beaucoup de Syriens, beaucoup trop depuis deux ans, je vais finir ici, sans raison, pour rien. Je souris en me disant que j’ai survécu à Homs, à Talkalakh et à bien d’autres endroits tout aussi dangereux pour prendre bêtement une balle a quelques kilomètres de chez moi. Alors que je suis en train de me faire à cette idée, le jeune soldat m’interpelle, je me retourne et je le trouve prés de moi, il me dit :« Tu peux démarrer ta voiture rapidement ? »
Je lui réponds que oui, il me conduit vers mon véhicule, en faisant en sorte que je reste derrière lui pour m’éviter de prendre une balle perdue. Je commence à reprendre espoir dans le fait que tout ne se terminera pas ce soir, pas ici, pas comme ça.

Je monte dans ma voiture, le remercie, il tape sur le toit alors que les tirs retentissent autour de moi, je démarre sans réfléchir. Après quelques mètres je me rends compte que je conduis les phares éteints, je ne sais plus vraiment ce que je fais, mes oreilles me font mal, je roule à plus de 120 dans les rues étroites qui m’emmènent chez moi. Je ne sens plus mes jambes, j’ai le vertige mais je continue de rouler, de mettre autant distance possible entre la mort et moi.

La guerre civile réclame son dû

Ce soir la cinq autres mortiers s’écraseront prés du même checkpoint, deux frapperont un immeuble faisant des morts et des blessés. Comme chaque jour, chaque soir, chaque heure, la guerre civile réclame son dû. Son lot de morts, de souffrances, de peines, de douleurs, de familles détruites, d’enfants qu’on enterre.

Au tout début de la crise quand j’ai commencé a collaborer avec différents médias, je passais mon temps à répéter que pour le moment je ne faisais qu’entendre les explosions que je ne les voyais pas, que je pouvais accepter cette situation, que lorsque je verrai un missile frapper un immeuble je changerai surement d’avis, j’ai dû en voir des dizaines depuis ces déclarations. Par la suite j’ai dit que lorsque ma vie serait réellement en danger, je penserai peut-être à partir. Alors que je roule à tombeau ouvert a travers la ville je réalise que ce qui était inacceptable pour moi il y a deux ans est devenu supportable aujourd’hui.

Quelques jours plus tard je verrai des dizaines de corps extraits d’une mosquée après l’explosion qui causera la mort d’une cinquantaine de personnes. Ce soir-là, je refuserai de tweeter une ligne et je ne prendrai pas les appels des médias qui chercheront à me joindre. De toute façon quoi leur dire à part que je côtoie l’inacceptable et l’intolérable au quotidien. Vers 7h du matin après une nuit sans sommeil je me déciderai finalement à poster ces quelques mots : « L’humanité a disparu de Syrie, il ne nous en reste plus que de vagues réminiscences… »

La prière de la sérénité tient en ces quelques mots :
Mon Dieu,
Donnez-moi la sérénité
D’accepter
Les choses que je ne peux pas changer,
Le courage
De changer les choses que je peux,
Et la sagesse
D’en connaître la différence.

Accepter, on a tous au fond de soi une limite à ce qu’on peut accepter, une ligne rouge au delà de laquelle on se dit que cela devient inacceptable. Depuis le début de la crise pour moi comme pour le reste des Syriens elle n’a cessé d’évoluer, depuis quelques jours j’ai peur qu’elle disparaisse…Point final

Qui a tué Al Bouti, qui est responsable et pourquoi est-il mort ?


Le régime syrien a depuis longtemps pour habitude, au moment de se débarrasser de ceux dont il n’attend plus aucun service ou qui finissent par constituer pour lui une gêne, de les utiliser une dernière fois d’une autre manière avant de les « jeter ». C’est l’aventure que vient de connaître l’un des plus fidèles et des plus anciens serviteurs de Hafez Al Assad puis de son héritier, le cheykh Mohammed Saïd Ramadan Al Bouti.

Entre le cheykh Al Bouti et le président Al Assad,
Abdel-Sattar Al Sayyed, ministre des Cultes

Devenu une figure incontournable de la scène religieuse syrienne, grâce à un habile mélange de rigidité doctrinale et de servilité politique, il avait perdu en quelques mois de Révolution l’audience populaire dont le régime lui avait facilité la conquête en reconnaissance pour les services rendus. Son mépris pour les manifestants pacifiques, son autorisation de s’incliner pour la prière sur une photo du chef de l’Etat, sa justification de la répression menée par le régime et sa comparaison aventureuse entre militaires de l’armée régulière et compagnons du prophète Mohammed, avaient détourné de lui, de ses leçons et de ses prêches télévisés, une partie de la communauté sunnite syrienne. Non seulement elle ne prêtait plus attention à ses vaticinations en faveur du pouvoir, alors que des dizaines de cheykhs et d’oulémas avaient choisi de se taire ou pris le risque de se ranger du côté du peuple, mais elle éprouvait face à son comportement un mélange de honte et de mépris. A l’affut de toutes les aubaines, Bachar Al Assad a donc fait en sorte que sa disparition contribue, par son caractère violent et totalement inadmissible, à accroître la peur de nombreux Syriens et à renforcer autour de lui le front des hésitants.

Les exemples de ce comportement ne manquent pas dans l’histoire récente de la Syrie. Le 12 octobre 2005, contraint ou forcé, le suicide du général Ghazi Kanaan, parfaitement informé des tenants et aboutissants de l’attentat commis à Beyrouth, le 14 février 2005, contre l’ancien Premier ministre libanais Rafiq Al Hariri et ses accompagnateurs, a sonné comme un avertissement. Le chef de l’Etat aurait pu, puisqu’il avait des doutes sur la fidélité de son ancien pro-consul au Liban, le placer sous surveillance renforcée ou ordonner son arrestation. Mais une mort violente lui est apparue préférable pour faire comprendre à quoi s’exposeraient ceux qui se montreraient trop loquaces face aux enquêteurs de la Mission d’établissement des faits puis de la Commission d’enquête internationale chargée de faire la lumière sur ce crime.

Le général Ghazi Kanaan (@ AFP)

Quelques années plus tard, le 1er août 2008, l’assassinat du général Mohammed Sleiman, abattu d’une balle dans la tête sur la terrasse de son « cabanon » de la plage de Tartous par un « snipper israélien » embarqué sur un bateau croisant au large des côtes syriennes, est lui aussi apparu comme une mise en garde. Faute de volonté d’aboutir du responsable de l’enquête, un certain Hafez Makhlouf, personne n’a jamais su quelles fautes ou quelles erreurs avait commises le conseiller militaire et sécuritaire du chef de l’Etat, qui supervisait aussi bien les nominations politiques et militaires que le programme nucléaire syrien et l’approvisionnement en armes du Hizbollah libanais. Mais sa disparition brutale, signée par l’absence de toute personnalité politique de poids à ses obsèques, a été interprétée comme une semonce. Elle s’adressait à ceux qui, ayant connaissance des activités proliférantes et des autres recherches de la Syrie dans des domaines sensibles, seraient tentés de vendre leurs informations ou de laisser sans surveillance dans leur chambre d’hôtel, par mégarde ou à dessein, leur ordinateur et son contenu…

Ceux qui ne se résolvent pas à admettre que, pour se maintenir en place, l’actuel chef de l’Etat est aussi disposé que l’était son défunt père à sacrifier ses amis avant ses ennemis, n’ont qu’à se reporter de quelques mois en arrière. Il leur suffira de lire les aveux de l’ancien ministre libanais Michel Samaha, recruté par le locataire du Palais du Peuple, pour assurer en tandem avec Bouthayna Chaaban la propagande syrienne en direction de la France et d’autres pays « amis du régime syrien », devenus avec la Révolution « amis du peuple syrien ». Ils verront le sort que Bachar Al Assad réservait au chef de l’Eglise maronite. Elu patriarche par ses pairs, le 15 mars 2011, le jour même où se mettait en branle à Damas la révolution contre Bachar Al Assad, Mgr Bichara Al Ra’ï aurait pu faire les frais d’une manigance des Syriens. Sa disparition dans un attentat qui n’aurait pu être attribué – évidemment – qu’à des « islamistes radicaux », aurait accéléré une explosion confessionnelle. Le chef de l’Etat en avait besoin – et il en a toujours besoin – en Syrie et au Liban, pour convaincre que, aussi sauvage et dénué de sentiment humain soit-il, il reste, en comparaison avec les « terroristes islamistes », le moindre des deux maux. Quelques mois plus tard, en février 2013, Mgr Al Ra’ï, instruit par le risque auquel il avait échappé, effectuait en Syrie une visite à laquelle son prédécesseur, Mgr Nasrallah Boutros Sfeir, s’était toujours refusé.

Pour en finir avec ces évocations destinées à planter le décor de l’attentat contre le cheykh Al Bouti, on se contentera d’attirer l’attention sur la fidélité sans faille au régime dont font preuve le mufti Ahmed Hassoun et le ministre de la réconciliation nationale Ali Haydar. La signification de la disparition dans des circonstances dramatiques d’un fils de chacun d’entre eux n’a échappé ni à l’un, ni à l’autre… Pas plus que n’avait échappé jadis aux opposants à Hafez Al Assad au sein de la communauté alaouite, le message que leur portaient les assassinats du général Mohammed Omran au Liban, en 1972, et de l’éminent juriste Mohammed Al Fadel en Syrie, en 1976… Pas plus que n’a échappé aux militaires syriens tentés par la désertion, fin 2011, le sort funeste de près de 20 membres de la famille du colonel Huseïn Harmouch… Pas plus que n’a échappé aux journalistes syriens, à la mi-2012, la signification de l’enlèvement et de la liquidation de leur collègue Mohammed Al Saïd…

Le cheykh Al Bouti
lors d’une leçon à la mosquée Al Iman

Le cheykh Al Bouti aurait donc été victime, jeudi 21 mars, en fin d’après-midi, d’un attentat suicide commis par un terroriste. Le kamikaze aurait fait exploser la bombe dont il était porteur, dissimulé parmi les fidèles rassemblés dans la salle de prière de la mosquée Al Iman, au centre de Damas, pour entendre la leçon que le savant donnait là chaque semaine. Quelques minutes après les faits, une chaine de télévision syrienne annonçait la disparition du cheykh ainsi que de l’un de ses petits-fils. Elle faisait état de plus d’une centaine de victimes, parmi lesquelles 42 morts et 84 blessés. Elle diffusait aussitôt une rétrospective en image de la vie et de la carrière du cheykh, qu’elle tenait apparemment prête et à jour, un tel travail nécessitant selon des spécialistes au moins six heures de recherches et de compilation.

Malheureusement, plusieurs de ces éléments ne correspondent pas à ce qu’ont rapporté des Damascènes habitant à proximité de la mosquée. Le bruit qu’ils avaient entendu n’avait rien à voir avec la déflagration provoquée, un mois plus tôt jour pour jour, par l’explosion de deux voitures piégées sur l’avenue de la Révolution, quelques dizaines de mètres plus loin. Etant sortis de chez eux et ayant pénétré dans la mosquée en même temps que les « bons jeunes gens » – un euphémisme utilisé pour désigner les agents des services de renseignements – qui accouraient de tous côtés, ils avaient dénombré une dizaine de morts et une vingtaine de blessés en cours d’évacuation, soit beaucoup moins qu’indiqué par les médias officiels. En revanche, ils n’avaient pas vu le cadavre du cheykh. Les photos de l’attentat postées sur le site Internet de l’agence officielle de presse ne le montrent d’ailleurs pas davantage. Sur les images de ses funérailles on aperçoit son « cercueil », mais aucune photo, encore une fois, ne montre ni le corps, ni même le visage de celui qui a donc doublement « disparu »…

Funérailles du cheykh Al Bouti (@ AFP)

Ils avaient également observé que la majorité des victimes semblaient avoir été atteintes uniquement à la tête. Ils n’auraient pas été étonnés d’apprendre qu’elles avaient en réalité été tuées par balles. D’ailleurs, si les traces de sang étaient nombreuses sur les tapis et sur le mur de la qibla, et si l’explosion avait été suffisamment puissante pour démembrer quelques corps, elle n’avait provoqué aucune excavation dans le sol. Elle n’avait causé à l’intérieur du bâtiment que des dégâts somme toute limités, « réparables en deux ou trois jours ». Ils n’avaient pas vu de gravats, ni de débris de mur ou de plafond. Les vitres avaient volé en éclats, les conditionneurs d’air avaient été démantelés, mais le « bureau » du cheykh n’avait été que partiellement détruit. Comme par miracle, certains lustres et des ventilateurs étaient restés intacts. Tout comme le micro que le cheykh utilisait pour se faire entendre. Plus étrange encore, l’explosion n’avait pas provoqué le moindre incendie. Et, si les tapis portaient des traces de sang, ils n’avaient nulle part été brûlés.

Intérieur de la mosquée Al Iman après l’attentat

Les activistes qui se sont donné pour mission, depuis le premier attentat intervenu à Damas le 23 décembre 2011, d’analyser les images des télévisions publiques et privées du régime, n’ont pas tardé à faire d’autres observations intéressantes. Ils ont d’abord noté la présence sur les lieux, dans la mosquée dans laquelle ils prétendaient se trouver pour entendre le cheykh, de jeunes gens portant sur le poitrail des tatouages de corps féminins… peu habituels chez les pieux musulmans. Qui plus est, leur l’accoutrement rendait improbable leur présence dans une mosquée, même pour une leçon…

Un « témoin » mal en accord avec le lieu

L’un d’entre eux au moins avait déjà été repéré à de multiples reprises dans l’environnement immédiat du « chabbih polyvalent », autrement dit de l’agent des moukhabarat chargé de délivrer aux chaînes syriennes et autres la bonne version des faits et les leçons à tirer de chaque attentat.

Un comparse du « chabbih polyvalent »

S’agissant de ce dernier, justement, il est apparu dès le lendemain, dans la mosquée des Omeyyades, répondant aux questions de la chaîne Al Maydin, créée au Liban sur fonds syriens pour suggérer autonomie et indépendance vis-à-vis de ceux dont elle est à la solde. L’individu qui répond au nom de Souheïb Cha’ib s’était manifesté pour la première fois devant les micros et les caméras le 6 janvier 2012, lors de l’attentat du Midan. Il s’était alors présenté comme « un habitant du quartier ». Quelques semaines plus tard, le 10 février, il était à Alep lors du premier attentat commis dans cette ville. Il s’était encore présenté comme un témoin résidant près des lieux. Depuis lors, il avait toujours été « présent dans les bons coups ». Avant d’être sur place, le 21 février 2013, lors l’attentat du quartier d’Al Mazraa à Damas, il avait déjà fait 18 apparitions dans des circonstances similaires. Avec l’attentat de la Mosquée Al Iman, il en est donc à sa 20ème figuration !

Le « chabbih polyvalent » à sa 20ème apparition

On ne s’étonnera pas de constater que, devant cette accumaltion d’éléments troublants, certains Syriens pensent savoir « qui a tué Al Bouti, qui est responsable et pourquoi il est mort ». Ils croient inutiles de chercher une réponse à de nombreuses autre questions :

– Comment être certain que le cheykh est bien décédé, puisque personne n’a pu apercevoir son cadavre ?

– Pourquoi les « terroristes » ont-ils choisi la solution la plus compliquée en tuant le cheykh Al Bouti dans sa mosquée, alors qu’il aurait été aisé de l’abattre chez lui ou dans son quartier de Rukneddin, « économisant » par le fait même le kamikaze pour une autre opération ?

– S’il s’agissait d’entretenir la peur parmi les Syriens, à qui ce sentiment profite-t-il davantage et qui a intérêt à rassurer sur ses intentions et ses méthodes ?

– Pourquoi l’enregistrement de la leçon que Mohammed Saïd Ramadan Al Bouti était en train de donner lors de l’explosion n’a-t-il été ni diffusé par la télévision syrienne, ni mis en ligne sur le site du ministère des Awqafs, ni posté sur le site du cheykh ?

– Que faisaient les chaussures que l’on aperçoit intactes au milieu des cadavres, alors que les victimes auraient dû les laisser à l’emplacement prévu à cet effet à l’entrée du lieu saint ?

– L’absence d’une liste officielle des noms des victimes ne serait-elle pas destinée à empêcher de constater que, comme dans l’affaire des « cadavres du Qouweiq » à Alep, la plupart d’entre elles étaient détenues par les moukhabarat ?

– Est-ce par un simple hasard de calendrier que le cheykh, dont l’origine kurde est connue, a été exécuté un 21 mars, jour de la fête du Nawruz qui marque, pour les Kurdes, le début de la nouvelle année ?

Les Syriens, qui ont eu tout le loisir de constater, depuis deux ans, que les capacités de manipulation du régime surpassent ce qu’ils avaient observé au cours des 50 années écoulées, sont donc nombreux à considérer que le cheykh a été liquidé par ceux dont c’était en Syrie la spécialité… bien avant l’apparition dans le paysage du Jabhat al-Nusra et des autres groupes « islamistes-salafistes-jihadistes-wahhabites-terroristes » derrière lesquels ils tentent désormais de se dissimuler. Le bruit a en effet circulé que le cheykh Al Bouti songeait à fuir son pays, où il était devenu prisonnier du système qu’il avait trop longtemps servi. Certains croient savoir qu’il avait refusé de signer la fatwa récemment émise sous l’autorité du cheykh Ahmed Hassoun. D’autres auraient entendu dire qu’il avait exprimé des réserves, voire des critiques, pour certains agissements du régime qu’il avait précédemment couverts.

Dans un cas comme dans l’autre, en raison de sa personnalité et du soutien qu’il avait toujours apporté au pouvoir en place, cette trahison aurait constitué pour Bachar Al Assad un coup autrement plus rude que la défection du Premier ministre Riyad Hijab. En prenant les devants et en le supprimant avant qu’il ne mette son projet à exécution, il a donc fait d’une pierre deux coups : il a prévenu son initiative et il a mis une nouvelle fois en accusation le « terrorisme » des révolutionnaires.

Mais qui le croit encore aujourd’hui ?

source

 

Le Conseil d’État abandonne les réfugiés syriens à leur sort… en volant au secours du gouvernement français


En janvier dernier, sans la moindre publicité, le gouvernement français a décidé d’imposer aux Syriens souhaitant transiter par un aéroport français l’obtention préalable d’un « visa de transit aéroportuaire » (« VTA »). Ce visa, particulièrement difficile à demander dans le contexte de désorganisation politique de la région et à obtenir, à supposer que l’on parvienne à avoir accès aux autorités consulaires françaises, est devenu indispensable pour monter dans un avion transitant par un aéroport français, ou éviter d’en être refoulé vers le pays de provenance. De toute évidence, cette obligation entrave la possibilité pour des Syriens d’échapper à la répression, à la guerre, ou de sortir des camps des pays limitrophes où près d’un million d’entre eux survivent dans des conditions indignes et dans la plus grande insécurité.

Le but avoué de cette mesure ? Éviter que des Syriens ne déposent une demande d’asile à l’occasion de leur transit par un aéroport français. Le prétexte ? Le code communautaire des visas, qui permet aux États membres d’adopter une telle mesure « en cas d’urgence due à un afflux massif de migrants clandestins  ». Prétexte fallacieux car il n’y a aucun afflux massif de Syriens dans les aéroports français (environ 350 Syriens maintenus en zone d’attente en 2012, sur un total d’environ 9 000). En tout état de cause, un demandeur d’asile n’est en aucun cas un « clandestin ». Pour l’Anafé et le Gisti, qui ont porté l’affaire devant le Conseil d’État, il ne fait guère de doute que cette mesure manifestement illégale porte atteinte à l’exercice du droit d’asile et expose des personnes ainsi empêchées de fuir à des menaces sur leur vie et leur liberté en cas de renvoi vers un pays tiers qui lui-même les renverrait très probablement en Syrie.

Par deux ordonnances, le Conseil d’État en a jugé autrement [1]. Tout en reconnaissant que le ministre de l’Intérieur avait agi illégalement en mettant à exécution une mesure qui n’avait reçu aucune publicité, il a pour le reste entériné les thèses gouvernementales : dès lors que plusieurs centaines de Syriens avaient demandé des visas dans les consulats des pays limitrophes et que le nombre de demandeurs d’asile était passé à… 180 (!) en 2012, le gouvernement a pu estimer que la condition d’urgence qui permet d’instaurer des VTA « pour éviter un afflux massif de migrants clandestins » était remplie ; il a jugé, contre l’évidence, que la mesure ne portait « par elle-même  » aucune atteinte au droit d’asile ; et pour terminer, il a considéré que s’il y avait bien urgence pour le gouvernement à endiguer un afflux massif (imaginaire), il n’y avait en revanche aucune urgence à suspendre la mesure prise.

Les défenseurs des droits de l’Homme, eux, ne manqueront pas de s’interroger sur le rôle d’un juge qui préfère voler au secours du gouvernement et couvrir ses illégalités que se soucier du sort des réfugiés syriens dont les témoignages d’ONG ou ceux du HCR nous rappellent chaque jour à quel point il est dramatique.

25 mars 2013

Organisations signataires :

  • Anafé, Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers
  • Gisti, Groupe d’information et de soutien des immigré·e·s
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