En Syrie, nous devons avancer


13 mars 2013 à 19:06
Par LAURENT FABIUS Ministre des Affaires étrangères

Plus de 70 000 morts et d’un million de réfugiés, la destruction systématique d’un pays : le deuxième anniversaire du déclenchement de la révolution syrienne est un anniversaire de sang et de larmes. Les milices du régime frappent indistinctement hommes, femmes, enfants. Les corps ensanglantés, allongés sur des lits d’hôpitaux, de trois enfants – 7, 9 et 11 ans – tués par un tir de missile sur le village d’Abou Taltal, dans la province d’Alep, sont devenus un des symboles de ce peuple qu’on assassine. Ceux qui survivent voient disparaître leur passé et leur avenir, anéantis par la mécanique meurtrière d’un clan. L’antique cité de Homs, «capitale de la révolution», assiégée depuis plus de huit mois par l’armée du régime, n’est plus qu’un champ de ruines. L’eau, l’électricité, les médicaments, la nourriture manquent. Tout un peuple est pris en otage par un dictateur qui bombarde, torture, assassine, avec pour seul objectif sa propre survie.

Depuis le début, le gouvernement français est solidaire de la révolution syrienne. Sur le plan humanitaire, comme sur le plan politique, nous avons pris nos responsabilités et, plus que d’autres sans doute, notre part du fardeau, dans un contexte où une intervention directe terrestre en Syrie n’était et n’est toujours pas praticable. Notre aide humanitaire aux populations civiles atteint plusieurs dizaines de millions d’euros, auxquels s’ajoute notre quote-part de l’aide européenne. Nous avons été pionniers dans l’aide directe aux conseils révolutionnaires civils et aux réseaux locaux de solidarité. Comme beaucoup, face au drame humanitaire et au scandale de cette répression sanguinaire, j’aurais, nous aurions voulu faire davantage. Mais l’action de l’opposition et la mobilisation de tous ceux qui la soutiennent permettent de garder espoir. A condition qu’on admette que le moment est venu d’avancer pour passer à une nouvelle étape.

Il est aujourd’hui largement reconnu que Bachar al-Assad n’aura personnellement plus sa place dans la Syrie de demain, y compris par ceux qui avaient jusqu’ici soutenu son régime en invoquant l’absence d’alternative crédible. Dorénavant, celle-ci existe. Depuis novembre 2012, la Coalition nationale syrienne s’est structurée – nous avons été les premiers à la reconnaître. Son président, Moaz al-Khatib, s’est révélé être un chef courageux et un leader à l’écoute du peuple syrien et de ses souffrances. Il n’a pas hésité à tendre la main à certains adversaires pour tenter de mettre fin à cette boucherie. Pour l’instant, Bachar al-Assad a répondu par un surcroît de bombardements et en posant des conditions inacceptables. Mais l’offre politique de la Coalition est toujours présente : un chemin peut se dessiner en vue d’une solution politique pour sortir la Syrie du chaos.

La Coalition nationale travaille également à la formation d’un gouvernement provisoire ayant autorité sur les zones libérées, même si des divergences doivent encore être surmontées pour aboutir. Sa Constitution représentera une nouvelle étape vers une solution politique en vue d’une Syrie unie, pacifique, démocratique, où toutes les communautés auront leur place. La France soutiendra l’action de ce gouvernement s’il est constitué, ainsi que le président de la République l’a indiqué dès août 2012.

Mais le processus politique risque de rester bloqué si la situation sur le terrain n’évolue pas. Or, à ce stade, le combat du peuple syrien pour la liberté est terriblement inégal. Le régime de Bachar al-Assad – qui dispose en outre d’armes chimiques – est ravitaillé en armes puissantes et en munitions par Téhéran et Moscou. L’opposition, elle, ne dispose pas des moyens suffisants pour protéger la population.

L’offre de négociation de la Coalition nationale ne sera prise au sérieux par Bachar al-Assad que s’il n’a pas d’autre choix. Pour qu’une solution politique prenne réellement corps, la Coalition ne peut pas continuer à se battre à armes inégales.

En ce deuxième anniversaire, nous devons tirer toutes les conséquences de cette situation. Un consensus international croissant reconnaît notre responsabilité dans la protection des populations civiles. Nous devons aller plus loin et permettre au peuple syrien de se défendre contre ce régime sanguinaire. Il nous revient d’aider par tous les moyens la Coalition, son état-major et l’Armée syrienne libre (ASL). Sinon, la tuerie continuera, sans autre issue probable que le renforcement des groupes les plus extrémistes et l’effondrement de la Syrie. Avec des conséquences ravageuses pour ce pays et toute la région.

Nous devons convaincre nos partenaires, notamment en Europe, que nous n’avons désormais plus d’autre choix que de lever l’embargo sur les armes, en faveur de la coalition. Sur le plan international, la France a été la première à soutenir à chaque étape la cause du peuple syrien. Elle doit l’être également en ce moment charnière. L’embargo européen sur les armes partait d’une idée généreuse : ne pas ajouter des morts aux morts, et des combats aux combats. Mais, aujourd’hui, cet embargo se retourne contre ceux qu’il avait l’ambition de protéger : il ne contraint pas ceux qui livrent des armes au régime Assad et il empêche de soutenir ceux qui luttent légitimement contre lui. Les modalités de cette levée de l’embargo sont à définir en urgence. C’est lorsqu’il mesurera qu’il ne peut survivre par la force des armes que Bachar al-Assad bougera ou que la situation bougera sans lui.

Reste à traduire rapidement ce constat en actes pour mettre fin aux souffrances du peuple syrien : c’est cela, avancer.

Aller plus loin Lire tous les articles du dossier Syrie, l’horreur à huis-clos

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Secrets de table et de soie


Une émission de 58 minutes de France Culture en podcast; passionnante de bout en bout. Et j’ai adoré tout à la fin la profession de foi de l’auteure, Florence Ollivry, à l’égard du peuple syrien et sa confiance, que je partage, sur son avenir malgré l’enfer total qui le submerge actuellement.

Secrets de table et de soie

01.02.2013 – 15:00

 

Notre invitée a vécu en Syrie (Alep, puis Damas) pendant cinq ans, dans les années 2000. De ce séjour, elle nous rapporte une belle enquête sur la cuisine alépine, célèbre dans tout le Proche-Orient. Elle a circulé de table en table parmi les multiples communautés (chrétienne, sunnite, arménienne, kurde, turque). Elle soumet les mets qu’elle déguste à ce qu’il peut en être dit dans le manuel de cuisine ayyubide al-Wusla dont l’un des auteurs, Ibn al-‘Adîm (1192-1260) est un petit-neveu de Saladin qui a vécu à Alep où il fut célèbre comme poète, calligraphe, chroniqueur, vizir. Florence Ollivry remonte jusqu’au Moyen Age  dans sa tentative de reconstituer la généalogie des saveurs à travers le croisement et la fermentation de multiples apports d’origines ethniques ou religieuses diverses. Elle nous rapporte ainsi un savoir-faire prolongé par un savoir-vivre à la fois pratique et livresque. Elle nous révèle bien des secrets de cette cuisine alépine. Pendant son séjour à Damas, elle oriente son énergie investigatrice vers les survivances de l’art de la soie dont elle suit les étapes de l’élevage au filage et de la teinte au tissage. Elle évoque aussi bien son traitement millénaire à mains nues que son passage par  les machines  qui datent du premier âge manufacturier. Et ses mots sont accompagnés par les belles images qui apparaissent sur les magnifiques et fort suggestives photographies de la libanaise Rima Maroun. Entre les secrets de cuisine et de soie, la parole de Florence Ollivry témoigne d’un monde qui était en cours d’extinction avant de subir la terrible destruction qui est en train de l’anéantir lors de la présente guerre civile. L’expérience de notre invitée est due à  l’impressionnante immersion d’une jeune étrangère dans la société qui lui a accordé l’hospitalité. Et le rôle de l’étranger c’est de révéler les identités et les différences qui colorent les singularités locales cohabitant dans l’entretien d’une  méconnaissance mutuelle.

Bibliographie :

Florence Ollivry, Les secrets d’Alep, Une grande ville arabe révélée par sa cuisine, illustration de Georges Coussa, Sindbad/Actes Sud, 2006

Florence Ollivry, La soie et l’orient, photographies de Rima Maroun, Editions du Rouergue, 2011

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Un général allié de Bachar al-Assad en villégiature à Genève


Syrie • Issam Nassif Khayrbik séjourne depuis mercredi dans la région genevoise. En Syrie, il est actif dans l’appareil de répression du pouvoir.

C’est un des cerveaux du système de répression en Syrie. Le général syrien Issam Nassif Khayrbik séjourne depuis mercredi dans la région genevoise. «Ce haut responsable syrien est arrivé avec sa femme à Genève en provenance de Beyrouth. Il a franchi la frontière suisse avec un visa Schengen», affirme un diplomate arabe qui a croisé le dignitaire syrien dans les rues de Genève. Le couple Nassif n’a pas cherché à se cacher puisqu’il a été vu également par plusieurs Syriens en pleine séance de shopping dans la cité de Calvin.

Faute de place dans les palaces genevois – Salon de l’auto oblige –, cet acteur majeur du pourvoir de Bachar al-Assad s’est installé à Ferney-Voltaire, dans un hôtel de la commune française à la frontière suisse, à 8 km au nord de Genève. «Nous confirmons que Nassif Khayrbik est arrivé à la Résidence la Réserve Ferney-Voltaire le mercredi 6 mars. Il nous a quittés le 11», nous affirme la réception de l’établissement hôtelier. Le général a-t-il regagné la Syrie ou se trouve-t-il toujours en Suisse?

«Je ne pense pas qu’il va regagner la Syrie. Issam Nassif va certainement tenter de rejoindre la ville de Bonn, en Allemagne. C’est dans cette cité allemande que vit une grande partie de sa famille et que le puissant clan alaouite des Nassif s’est établi depuis les années 50», explique une source syrienne qui a fréquenté les cercles du pouvoir. Malgré ses 68 ans, le général Issam est un personnage clé dans le système de Bachar al-Assad. Il a été directeur du Cabinet du ministre de la Défense pendant plusieurs années.

Actif dans la répression

Aujourd’hui, il est actif au côté de son puissant frère Muhammed Nassif Khayrbik dans l’appareil de répression dont le but est le maintien du régime, affirme un militaire syrien qui a fait défection et qui vit aujourd’hui en France. Muhammed n’est autre que le général et chef du puissant service de la sécurité intérieure et du contre-espionnage. Le nom de Muhammed Nassif Khayrbik figure en bonne place sur la liste des personnalités syriennes dont les avoirs ont été gelés par la Suisse.

Connu sous le nom d’Abou-Waël, le général Muhammed, 73ans, occupe la fonction de «vice-président adjoint de la république syrienne». Il est le plus haut conseiller de la famille de Bachar al-Assad. Il est du premier cercle du pouvoir alaouite. Il est même présenté comme l’homme fort du pays au même degré que Bachar al-Assad ou son frère Maher.

Et pour cause: «Les frères Nassif, Muhammed comme Issam, détiennent les dossiers sensibles de sécurité et coordonnent la politique de répression depuis le déclenchement de la révolte syrienne, il y a deux ans», explique un connaisseur du sérail de Damas. «Ils sont également les hommes de l’Iran dans le pays. L’aide de Téhéran, évaluée à plus de six milliards de dollars depuis la révolte, passe essentiellement par le réseau de Muhammed Nassif Khayrbik. Ces derniers mois, face à la résistance farouche de l’opposition armée, les Nassif sont allés chercher du renfort du côté du Hezbollah libanais, qui a envoyé ses meilleurs éléments combattre en Syrie».

Beaucoup de questions

La présence en France et en Suisse du général Issam Nassif Khayrbik a de quoi interpeller. Paris appuie ouvertement la rébellion et appelle au départ de Bachar al-Assad. Quant à la Suisse, elle est à la tête d’une initiative aux Nations Unies pour la traduction du régime syrien devant la Cour pénale internationale pour crimes de guerre. «Issam Nassif bénéficie de la complaisance des autorités européennes qui lui ont accordé un visa. Cherchent-ils à retourner ce général pour faire tomber le régime de Bachar de l’intérieur? Participe-t-il à des négociations secrètes à Genève? Est-il dans la cité du bout du lac pour rencontrer les banquiers d’un régime à court de dollars?», se demande un opposant syrien résidant en Suisse qui s’inquiète de la présence de ce haut dignitaire. I

La voix de Damas

Une belle brochette de personnalités pro Bachar a séjourné la semaine dernière en Suisse. Nabil Fayed, Cherif Chahada et le Père Michel Naaman ont fait le déplacement de Damas à Genève pour défendre le régime devant les instances des droits de l’homme de l’ONU. Ils ont été rejoints par la religieuse Mère Agnès-Mariam de la Croix. Ils ont dénoncé le complot contre la Syrie et affirmé que Bachar fait face à la terreur salafiste.

Sid Ahmed Hammouche

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Mort et torture, quotidien des enfants en Syrie, dit un rapport


mercredi 13 mars 2013, par La Rédaction

Un enfant de douze ans a vu un de ses camarades prendre une balle en plein coeur. Un autre, âgé de quinze ans, a été détenu dans une cellule avec 150 personnes et brûlé chaque jour avec des mégots de cigarettes.
Les enfants syriens sont peut-être les plus grandes victimes du conflit qui déchire leur pays, le traumatisme psychologique s’ajoutant à la violence physique, souligne l’organisation Save the Children, basée à Londres, dans un rapport publié mercredi.
Selon l’ONG, deux millions de mineurs syriens souffrent de malnutrition, de maladies, de traumatismes et sont exposés aux brutalités et aux mariages forcés, victimes innocentes d’une guerre qui a déjà fait plus de 70.000 morts.
« C’est une guerre dont les femmes et les enfants sont les plus grandes victimes », a dit à Reuters le directeur de Save the Children, Justin Forsyth, à l’occasion d’une visite au Liban, où 340.000 Syriens ont trouvé refuge.
Justin Forsyth a rencontré un enfant de 12 ans dont le meilleur ami a été tué devant une boulangerie. « Son ami a reçu une balle en plein coeur. Au début, il a cru qu’il lui faisait une plaisanterie, parce qu’il ne saignait pas. Il n’a compris qu’il était mort que quand on lui a retiré sa chemise », raconte-t-il.
Le rapport de Save the Children cite une étude de l’université Bahcesehir, en Turquie, réalisée auprès des réfugiés syriens, selon laquelle un enfant sur trois dit avoir reçu des coups ou avoir été la cible de tirs.
Deux-tiers des enfants interrogés disent avoir été séparés de membres de leur famille en raison du conflit et un tiers ont été confrontés à la mort d’au moins un de leurs proches.
« Tous ces enfants vous racontent cela sans émotion apparente, puis vous réalisez qu’il y a des couches et des couches de traumatisme émotionnel », précise Justin Forsyth.
Les soldats gouvernementaux comme les rebelles ont été accusés de prendre pour cible les civils et de commettre des crimes de guerre. Selon certains réfugiés, les forces du président Bachar al Assad visent délibérément les enfants.
Parmi les enfants qu’il a rencontrés, le directeur de Save the Children se souvient d’un adolescent de 15 ans qui dit avoir été détenu avec environ 150 autres personnes, dont une cinquantaine d’enfants.
« On le sortait chaque jour de la cellule et il était attaché à une roue géante et brûlé avec des cigarettes. Le traumatisme que subit un enfant est terrible. »
Le viol est devenu un instrument de punition collective, poursuit Justin Forsyth, déplorant que ces violences soient souvent passées sous silence, en particulier dans un pays conservateur comme la Syrie.
« Dans la plupart des conflits, plus de 50% des victimes de viols sont des enfants. Je suis certain que c’est aussi le cas dans ce conflit. »
La peur des violences sexuelles est l’une des raisons les plus souvent invoquées par les réfugiés pour expliquer leur fuite, selon le rapport.
Autre conséquence de ces abus, les mariages arrangés de jeunes filles, parfois dès l’âge de 14 ans.
Des réfugiés syriens au Liban ont expliqué à Justin Forsyth avoir décidé pour cette raison de marier leur fille de 16 ans à un homme âgé.
« La mère m’a dit que sa fille était jolie et qu’à chaque fois que des soldats (syriens) entraient dans sa maison, elle avait peur qu’ils la violent. »

(13-03-2013 – Avec les agences de presse)

L’énorme mensonge du régime syrien


Pendant des décennies nous, Arabes et musulmans de tous horizons, avions cru à l’énorme mensonge d’une Syrie, ou plutôt d’un régime syrien fer de lance de la lutte anti sioniste et impérialiste. Mais c’était avant que le clan Assad ne prenne le pouvoir sous couvert du même impérialisme qui a imposé une minorité inaugurant une ère de terreur et d’exclusion semée de crimes sanglants et de pervertissement de toutes les valeurs qui faisaient la caractéristique d’un peuple à l’histoire millénaire. Oui, endoctrinés, aveuglés par les faux semblants, nous n’avions pas remarqué que depuis 40 ans c’est une autre Syrie, un autre pouvoir et une autre armée, une armée tétanisée, soumise qui n’a pas tiré la moindre balle contre l’ennemi commun alors qu’une partie de la mère patrie (le Golan) demeure sous les bottes de l’occupant.

Une armée qui, comme au Liban avec le hizbchaïtan, nous a pourtant envoyé des signaux d’éveil en tournant ses armes vers l’intérieur. Les massacres de Hama en 1982 constitueront un faible signal dans les esprits vite occulté par l’invasion durant la même année du Liban par l’entité sioniste.

Etranges parallèles que ces deux situations l’ancienne et la présente :

Le 2 février 1982, la population de Hama, à majorité sunnite, menée par 150 officiers, s’insurge contre le pouvoir en place, suite à l’arrestation d’imams fondamentalistes. Les forces armées syriennes répliquent en assiégeant et en bombardant la ville 27 jours durant, faisant plus de 35 000 victimes et pratiquant la politique de la terre brûlée. Un tiers de la ville — comptant de nombreux joyaux architecturaux — est alors détruit. Ces événements n’ont pas été, ou peu, relayés dans la presse occidentale et n’ont pas soulevé l’indignation à l’étranger car ils ont été occultés par la fermeture du pays et par la guerre du Liban.
La répression a été décrite comme étant « l’acte isolé le plus meurtrier par un gouvernement arabe contre son propre peuple dans le Moyen-Orient moderne ».

N’est-ce pas ce qui se passe actuellement : Massacres de masses et politique de la terre brûlée ?
Faut-il encore pour certains demeurer encore sous endoctrinement alors que l’histoire ne fait que nous donner des leçons ?

Un dernier commentaire évocateur des techniques d’endormissement des peuples:

Après ces tragiques évènements de Hama dont l’écho n’est même pas parvenu à nos contrées, l’invasion sioniste du Liban est passée quasi inaperçue de la plupart des Algériens. En ces moments où la nation arabe se faisait une fois de plus agresser sous le blanc-seing tacite de l’occident, nous nous pâmions pour notre équipe nationale engagée pour la première fois dans la coupe du monde de football…

(MB)

15 mars : Vague blanche pour la Syrie


  • Devant la Gare Centrale, Bruxelles
  • ActionSyrie vous invite à vous associer à la Vague Blanche pour la Syrie ce vendredi 15 mars 2013!Manifestation internationale à l’occasion des deux ans du début de la révolution syrienne !Le 15 mars prochain marquera les deux ans du début de la révolution syrienne.En deux ans, selon les Nations unies, plus de 70 000 personnes ont été tuées des dizaines de milliers d’autres sont blessées, disparues ou emprisonnées des milliers de Syriens sont victimes d’actes de torture, de mauvais traitements, de violences sexuelles, de pillages, des millions ont été déplacés à l’intérieur et des centaines de milliers sont réfugiés à l’extérieur.

    Pour dire « Stop » aux crimes contre les civils, pour réclamer que justice soit rendue en faveur des victimes, et faire savoir au peuple syrien qu’il n’est pas seul, nous lançons un appel à une manifestation internationale, en solidarité avec le peuple syrien se tiendra le 15 mars 2013 .

    “UNE VAGUE BLANCHE POUR LA SYRIE”

    Le principe en est simple : demander aux peuples du monde entier de s’unir au peuple syrien en manifestant à la même heure locale, de 19h à 19h30, un papier ou un tissu blanc à la main, le mot « Stop » écrit dessus.

    Se déclenchera ainsi au fil des fuseaux horaires et à travers le monde, une «ola» mondiale de protestation, une immense vague blanche, reprise au fil de la journée par les médias.

    http://www.facebook.com/pages/Vague-Blanche-pour-la-Syrie/148989415227675

    http://www.vagueblanchepourlasyrie.org/category/actualites/

« Ce sera Bashar, ou nous détruirons la Syrie »


SYRIE (Idlib) – Reportage et analyse (II) – Crise humanitaire pour une guerre oubliée : « Ce sera Bashar, ou nous détruirons la Syrie »

Publié par le 7 mars 2013 • Dans la catégorie Les dossiers de Grotius InternationalImprimer

Scène habituelle, depuis plusieurs mois : des familles entières se pressent en direction de la frontière turque ; charrettes, remorques tirées par des tracteurs, sur lesquelles s’entassent matelas, couvertures, chaises, valises et baluchons, des camionnettes bondées, tout un peuple fuit les bombardements et la guerre…

 

En traversant Atmeh, on aperçoit de longues files de tentes, sur le flanc de la montagne au pied de laquelle s’étend le village : les réfugiés sans passeport ne peuvent plus entrer en Turquie ; les autorités turques leur interdisent le passage. C’est le cas de la majorité des familles qui fuient les villages et les quartiers défavorisés des villes bombardées.

Ceux qui ont un passeport le peuvent. Mais ils ne sont plus admis dans les camps, surpeuplés, et doivent trouver par eux-mêmes de quoi subsister. Dans certaines agglomérations, comme à Hatay, des manifestations ont eu lieu : la population, dérangée par le flot de ces miséreux en quête d’une aide quelconque, a réclamé leur expulsion. Les forces de l’ordre les ont donc chassés des rues de la ville.

Aussi, les rebelles, l’Armée syrienne libre (ASL), et des notables syriens se sont cotisés pour monter des camps dans les villages frontaliers avec la Turquie.

À Atmeh, beaucoup de réfugiés proviennent d’Homs, de Hama et d’Alep. Mais la localisation de ces camps, en Syrie même, est très dangereuse car, si le régime bombarde les réfugiés, comme il l’a fait à plusieurs reprises des foules qui attendaient une distribution de pain (à Alep notamment –ce dont j’avais été témoin), l’hécatombe est garantie ; et les victimes se compteraient par centaines…

À la sortie du village, nous avons accompagné les miliciens du campement d’Abou Mahmoud. Son lieutenant, Kaies me raconte son histoire : comment il a été envoyé à Deraa avec son régiment, en mars 2011, alors qu’il faisait son service militaire ; les ordres qu’il a reçus, d’ouvrir le feu sur les manifestants ; comment il a alors déserté et rejoint l’ASL.

Combien de fois n’ai-je pas entendu cette même histoire, en Syrie ?

Il était sergent et, avec quatre de ses amis du même grade, il est sorti de la caserne, un matin, à l’aube. La sentinelle les a salués, sans rien leur demander. Ils ont pris le premier  autobus et ont rejoint leur village… et l’ASL.

Kaies est originaire de Hama. Brahim, un des miliciens que nous rencontrons, faisait son service militaire à Zabadani, près de Damas, également un fief de la rébellion.

Escorté par mes deux guides, nous avons parcouru tout le gouvernorat d’Idlid.

En représailles au soulèvement  de la population, l’aviation a pour ainsi dire rasé plusieurs des villages que nous traversons. Leurs habitants les ont tous abandonnés ; il n’en reste le plus souvent que des monceaux de ruines.

Tandis que nous progressons à travers la brume en direction de Taftanaz, sur la route qui longe l’aéroport assiégé par lesbrigades islamistes de Jabhet al-Nosra et  Ahrar al-Sham (l’aéroport tombera quelques jours après notre passage), trois obus nous surprennent, qui s’abattent et explosent dans un champ, soulevant des paquets de boue tout à côté de notre véhicule. C’est l’artillerie de l’aéroport qui bombarde la route. Tout tremblant, le chauffeur accélère et, tous feux éteints, nous filons en trombe dans la purée de poix, sans savoir si nous étions la cible de ces tirs ou si nous les avons croisés fortuitement.

La petite ville de Taftanaz n’a pas non plus échappé aux bombardements ; les deux tiers des habitations sont en ruines et, comme partout ailleurs dans le gouvernorat, la population a fui.

À pied, Kaeis et moi avançons au milieu des décombres ; pas une âme ne se manifeste. Les seuls bruits qui troublent le silence sont ceux des canalisations d’eau, crevées, des explosions, dont le vacarme nous parvient, depuis les environs de l’aéroport, assourdi, et celui d’un hélicoptère qui tourne au-dessus de Taftanaz, sans que nous puissions l’apercevoir derrière l’épais brouillard.

En chemin, nous abordons des miliciens désœuvrés. Ce sont des hommes de l’ASL.

C’est presqu’une constante, dans le gouvernorat : les quelques pelotons de l’ASL que j’y ai croisés, constitués de civils du quartier, quatre ou cinq hommes, guère plus, sont désormais assignés, ici, au maintien de l’ordre, là, à la surveillance d’un camp de réfugiés, plus loin, à verbaliser les habitants qui coupent les arbres dans les jardins publics ou le long des routes (c’est que l’hiver est là et que le gouvernorat n’est plus approvisionné en fuel : ceux qui ont fait le choix de ne pas s’enfuir doivent se chauffer ; mais les maigres ressources en bois de la campagne syrienne ne suffiront pas à traverser la mauvaise saison).

Le soleil ayant percé le brouillard, l’hélicoptère qui la survolait depuis le matin, bénéficiant désormais d’une bonne visibilité, a tiré plusieurs roquettes sur un immeuble encore occupé, qui s’est en partie effondré et dont une escouade de l’ASL essaie d’extirper les habitants coincés par les décombres.

Je filme la scène, lorsqu’un nouveau tir nous surprend. Le projectile est tombé dans la rue, à quelques vingt ou trente mètres de nous. Jeté au sol par le souffle de l’explosion, je me relève au milieu d’une pagaille dramatique, des blessés qui appellent, des morts, des cris de panique, des vivants qui cherchent à fuir et que je distingue à peine dans le nuage de poussière suffocant qui m’entoure : le quotidien des villageois du gouvernorat d’Idlib et de nombreuses autres régions de Syrie, depuis presqu’un an.

De Taftanaz, nous gagnons Binnesh, non loin de l’aéroport militaire, petite ville située sous le feu de l’artillerie de l’armée régulière, stationnée à cinq kilomètres de là, dans l’agglomération de Fuaa.

Après avoir parqué notre véhicule, nous progressons prudemment dans les rues désertes, en rasant  les façades des immeubles, tandis que les obus s’abattent ici et là, au hasard, sur le centre-ville.

Les Juifs ont tué moins de personnes à Gaza que Bashar en Syrie, me lance Kaies. Bashar bombarde les civils sans se soucier des victimes. Au moins, les Juifs, ils ciblent leurs objectifs. Bashar est plus cruel que les Juifs.

Les jours suivants, nous investiguons les villes et villages du gouvernorat : partout, des ruines ; des agglomérations vides de vie, dont les habitants ont essayé de se réfugier derrière la frontière turque, mais dont la plupart ont été refoulés et s’entassent dans les quelques camps de fortune que l’ASL a pu monter, tel celui de Qah, près d’Atmeh.

Plusieurs milliers de personnes y vivent désormais, sous des bâches de plastique, en guise de tentes, bien précaires abris, alors que l’hiver commence ; les enfants s’endorment difficilement dans le froid des longues nuits, qui commencent vers cinq heures, lorsque le soleil se couche –le camp n’est pas raccordé au réseau électrique. Beaucoup tombent malades.

Les files s’allongent devant le petit dispensaire où un seul médecin, un Syrien, assure la permanence quotidienne pour des centaines de patients, dans cette antenne de campagne fournie par Médecins du Monde. Le matériel et les médicaments font défaut et le praticien est débordé, découragé, impuissant. Il refusera de me recevoir. Encore une fois, je constate que l’indifférence dont commençait à témoigner les Syriens à l’égard des Occidentaux se mue peu à peu en haine.

L’ASL a réussi à dresser, à flanc de colline, quelques centaines de tentes, qui sont chacune partagée par plusieurs familles. Trois énormes citernes en pvc ont aussi été acheminées sur les lieux, où les réfugiés peuvent s’approvisionner en eau. L’eau est rationnée et glacée.

Le seul moyen de se réchauffer et de cuisiner, c’est d’allumer un feu. Le bois manque, ici aussi. Cette concentration de population ne permet pas à tous de s’en procurer. Il faut donc faire sans, le plus souvent.

Le camp ne possède pas de sanitaires, pas de toilettes… Et les pluies torrentielles de ces derniers jour ont changé en pataugeoires les abords des tentes et les chemins ; la boue est partout, une gadoue épaisse, dense, froide, faite de cette terre glaise presqu’orange, qui colle aux pattes. Des enfants tout crottés courent çà et là et fouillent les bennes à ordure qui débordent aux abords du camp.

Pas l’ombre d’une ONG dans le camp de réfugiés de Qah, exception faite du petit dispensaire. Pas la moindre présence des Nations Unies…

Plus tard, nous avons poussé vers le midi, traversant des petits villages et les sites archéologiques de l’époque byzantine, dont regorge la région, qui ajoutent la solennité de leurs ruines antiques à celles, misérables, des habitations détruites par les bombardements.

Pour gagner le sud du gouvernorat, nous avons emprunté la grande autoroute qui relie Damas et Alep. Elle était déserte. Nous nous y sommes engagés à une vingtaine de kilomètres au sud d’Alep et l’avons quittée à la hauteur de JaradaRuins. J’avoue avoir été un peu stressé, tout au long de ce bref périple, à l’idée que notre véhicule soit arrêté par une patrouille volante de l’armée régulière…

Nous nous sommes d’abord arrêtés dans la petite ville de KefarNubbol, sous le feu de l’artillerie gouvernementale qui tire de temps en temps une salve, au hasard. À KefarNubbol, nous avons été pris en charge par Raed, un commandant local de l’ASL, qui s’est proposé de nous emmener visualiser la situation à Maraat an-Nouman.

Je connaissais déjà la ville : j’y était passé en juillet 2011, au début des événements. C’était un des points chauds des troubles en Syrie (j’y avais constaté que le siège du parti Baath avait été incendié). Mais, tandis que nous roulions dans la ville martyrisée et nimbée de brouillard, je ne parvenais pas à la reconnaître.

Certaines rues m’ont rappelé le quartier martyr de Salaheddine, que j’ai décrit dans les Chroniques de la révolution syriennne, entre juillet et novembre 2012, lorsque je me trouvais à Alep.

Au centre-ville, un jardin public a été transformé en cimetière : entourées d’immeubles éventrés et de gravats, une centaine de tombes, fraîchement creusées, donnent à l’endroit un air d’apocalypse.

Raed nous emmène au-delà de la banlieue de Maraat an-Nouman ; nous traversons l’autoroute et progressons par les chemins de campagne, en direction de Wadi al-Deaf, une vallée où l’ASL fait face aux réguliers.

Abou Khaled nous y accueille. Il commande deux brigades de l’ASL, qui ont fusionné, les katibasShohada al-Ram et Liwa-Shohada.

Nous  suivons ses hommes, en partance pour la ligne de front, tandis que des obus d’artillerie tombent de temps en temps, ici et là, sur la bourgade. Nous avançons prudemment tout au long d’une longue rue déserte, jonchée de gravats, qui s’achève sur la rase campagne : de l’autre côté des prés, les bâtiments d’une grosse ferme abritent la tête de pont de l’armée régulière. Nous entrons dans un immeuble et escaladons les escaliers encombrés de blocs de béton et de plâtras. Les miliciens de l’ASL prennent position aux fenêtres ; et le jeu des snipers commence, de part et d’autre.

Les tirs d’obus s’intensifiant et se concentrant sur notre position, un repli s’impose. Nous reculons de deux rues ; l’occasion d’interroger les gars :

Moi, je n’étais pas dans l’Armée libre. Mais l’armée de Bashar a détruit ma maison et mon atelier. J’ai tout perdu. Ils ont tout volé, dans la maison. Alors, j’ai rejoint l’Armée libre pour me battre.

L’armée syrienne n’ose pas nous affronter. Alors, ils tirent sur les maisons, sur les civils,  sur les villes. Ils bombardent de loin. Ils visent les mosquées. Toutes les mosquées sont détruites, ici, à Maraat an-Nouman. Ils visent aussi tous les bâtiments publics, les écoles, les musées, les hôpitaux. À Maraat an-Nouman, il n’y a plus aucune infrastructure médicale. Il  y a quelques jours, les Shabihas qui étaient venus renforcer l’armée nous ont crié : « Ce sera Bashar, ou nous détruirons la Syrie. »

Quand on attaque l’armée syrienne, nous, on crie aux soldats de nous rejoindre. On leur dit qu’on ne les tuera pas, qu’ils doivent venir avec nous. Nous sommes le peuple syrien ; nous devons être ensemble. Mais c’est compliqué, pour eux. Chaque fois qu’un soldat quitte sa position et court vers nous pour rejoindre l’Armée libre, leurs snipers lui tirent dans le dos.

Dans cette katiba, trois des miliciens sont d’anciens militaires, des déserteurs. L’un d’eux vient de Homs ; il me montre ses papiers militaires. Le second m’explique que, « dans l’armée syrienne, les officiers affirment aux conscrits que les miliciens de l’Armée syrienne libre sont des terroristes et que, s’ils capturent un soldat de l’armée régulière ou si un soldat tente de les rejoindre, ils le violent, le frappe et lui font subir les pires horreurs ».

Les gars ne sont pas prêts de lâcher prise. Beaucoup ont tout perdu, parfois même leur famille : ilsn’ont plus rien à perdre et sont dorénavant prêts à tout. La guerre n’a pas encore dit son dernier mot.  La misère non plus.

Ainsi, le conflit s’enlise, tandis que les opinions publiques occidentales oublient la Syrie. Et leurs gouvernements aussi…

Janvier 2013

A propos de l’auteur

Pierre Piccinin da Prata est historien – politologue.

Syrie : « Notre rêve de révolution est devenu cauchemar »


Carole Vann | Infosud/Tribune des droits humains
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Manifestation le 8 mars à Alep contre le régime d’Assad (AP Photo/Aleppo Media Center AMC)

Fadwa Suleiman, en exil à Paris (DR)

Comédienne connue dans le monde arabe, la Syrienne Fadwa Suleiman a rejoint la contestation en participant fin 2011 aux manifestations pacifiques à Homs. Elle paie aujourd’hui le prix de l’exil. Sa nouvelle arme : l’écriture.

« C’était l’hiver dernier. Ce jour-là, personne n’osait sortir défiler car la révolution était violemment réprimée. Nous tournions en rond chez nous à Damas, j’ai proposé à mes amies : puisque nous ne pouvons manifester, sortons dessiner sur la place publique !

Nous sommes descendues dans les rues avec nos pinceaux et de la peinture, nous nous sommes mises à dessiner par terre sur d’immenses espaces. Les passants nous regardaient plutôt amusés.

Au bout d’un moment, des agents de la sécurité sont arrivés, ils étaient armés, ils nous ont ordonné de partir. Mais je me suis mise à leur répondre. Je voulais instaurer un dialogue, je voulais essayer de traverser cette barrière entre eux et nous, pour atteindre une partie plus vraie, plus intime.

Je leur ai proposé de peindre avec nous. Deux d’entre eux se sont prêtés au jeu. Mais leur chef est intervenu brutalement. Je ne me suis pas laisseé démonter, j’ai réussi à le convaincre de, lui aussi, prendre le pinceau, il a alors fait un dessin magnifique, très fin.

Nous étions ébahies. Il m’a expliqué que, depuis l’enfance, il était très doué pour les arts, qu’il regrettait de n’avoir pu continuer, et qu’il ne faisait son travail (d’agent de sécurité, chargé entre autres de la répression) que pour gagner sa vie. Ainsi, le meneur de cette bande armée qui terrorisait la population était là devant moi, doux, fragile, sensible. »

Oser tenir tête au régime de Bachar

Fadwa Suleiman a la beauté d’une héroïne de tragédie grecque. Le regard grave inscrit sur un visage pâle d’une grande douceur. Des cheveux noirs et courts en bataille, à la garçonne : elle s’est défaite de sa longue chevelure de jais fin 2011 lorsqu’elle est entrée dans la clandestinité à Homs.

La comédienne syrienne était déjà célèbre dans le monde arabe pour ses séries télévisées et pièces de théâtre. Aujourd’hui, elle est connue aussi en Occident comme « l’actrice alaouite – branche dérivée de l’islam chiite à laquelle appartient le clan Assad – qui a osé tenir tête au régime de Bachar ».

Une étiquette dont se défend farouchement la jeune femme :

« Je suis syrienne, résistante, comme tous ceux qui ont bravé la peur en descendant dans les rues manifester pour la paix.

Je m’étonne qu’on pense que je suis seule dans mon cas. Il y a plein de manifestants issus des minorités qui demandent les changements, seulement ils n’écrivent pas sur leur front : “Je suis alaouite ou kurde ou chrétien ou druze…” Ils s’affichent comme Syriens, résistants et contre les violences ! »

Majorité silencieuse

Encore et toujours, elle rappelle que le peuple ne veut pas la guerre. Mais cette majorité silencieuse (des millions de Syriens), qui n’est ni avec le régime ni avec l’opposition armée, n’est pas visible.

Déjà bien avant le début des soulèvements, ils travaillaient au changement au sein de cellules déstructurées. Journalistes, artistes, blogueurs, intellectuels, ils continuent d’œuvrer, de manière souterraine.

« Nous voulons une vraie révolution pacifique, nous voulons démanteler le régime et ses services secrets, stopper les haines confessionnelles alimentées par ce même régime, construire de nouvelles institutions et de nouvelles lois qui nous permettent de penser et nous exprimer librement. »

Face aux atrocités de la répression, Fadwa, comme bien d’autres, a décidé de ne pas se taire et de participer aux protestations, sans se cacher. Elle a aussi multiplié les vidéos en ligne, appelant ses compatriotes à se soulever pacifiquement et ne pas tomber dans le piège du confessionnalisme.

Ses armes, l’actrice les a choisies dès les premières heures de la révolution : la force tranquille de l’art, dans son sens le plus profond et le plus mystique. Cet art capable de transformer un ogre en agneau, une tyrannie en démocratie, des flèches empoisonnées et mortelles en fleurs enchanteresses et parfumées.

Dans les moments les plus terrifiants, lorsqu’elle menait les manifestations, cette conviction l’habitait et lui permettait de défier la peur. Sur ce point, elle n’a pas changé, même si ses autres certitudes sont quelque peu ébranlées par la réalité de l’exil dans laquelle elle a été jetée depuis une année.

« Là-bas, des actes héroïques s’écrivent »

C’est dans la grisaille de Paris qu’elle écrit « Le Passage », une ode lyrique, étrange, fébrile, dans laquelle dialoguent une jeune fille et une voix.

La première incarne la quête pour une révolution pacifique, tandis que la seconde la presse de prendre les armes, ou alors de se laisser séduire par les « petits avantages » de l’exil.

« Une voix : Ici, il y a la sécurité. Ici tu pourras créer, réfléchir, sans risquer d’être tuée. Tu pourras refaire du théâtre.

La jeune fille : Là-bas, il y a le théâtre, la vie. Là-bas, des actes héroïques s’écrivent. Là-bas, il y a la langue et les mots. Là-bas, la vérité est entière. Qui dit que la sécurité existe quelque part dans le monde ? La mort est partout… La mort est plus proche de nous que notre respiration. Je pleure un mort encore en vie. Bienheureux le mort-vivant. Bienheureux le vivant-vivant. Là-bas, les gens meurent pour revivre.
Là-bas, les gens meurent, tout simplement. Faut pas que tu meures !
Faut pas qu’ils meurent !
Tu voudrais coucher trois jours sur un trottoir ?
Oui, mais un trottoir à mémoire.
Tous les trottoirs possèdent une mémoire.
Mais la mémoire de mon trottoir me ressemble. »

Présentée dans plusieurs espaces culturels (Paris, Limoges, Avignon, Marseille), la pièce raconte son combat partagé avec nombre de Syriens qui l’ont soutenue et suivie. Elle dit aussi l’inquiétude, la peur, le doute et l’espoir et elle interroge sur le sens de la vie et de la mort.

« Le régime a voulu me désintégrer »

« Vous savez, je suis sortie de l’ombre malgré moi, j’en ai été la première surprise », raconte-t-elle en se roulant une cigarette sur les quais de la rade de Genève, où elle a été invitée comme membre du jury du Festival du film et forum international sur les droits Humains (FIFDH) qui s’achève dimanche (et dont Rue89 est partenaire).

« C’était à Homs, j’ai eu un tel choc en découvrant les destructions là-bas et l’état de misère des habitants. Là j’ai compris que la Syrie était en train de sombrer, que quelque chose ne serait plus jamais comme avant.

Et j’ai senti cet appel intérieur monter en moi, j’étais guidée par une puissance incroyable, qui me dépassait, je n’avais plus peur. Et tout d’un coup j’étais devenue une figure médiatique, un emblème.

Alors très vite, le régime a compris que je représentais un réel danger pour lui. Il a voulu me désintégrer, m’anéantir. »

Traquée par les services de sécurité, elle entre dans la clandestinité.

« Mais comme je m’opposais à toute violence armée, y compris celle de l’opposition, je suis devenue dérangeante pour toutes les fractions armées, dont les salafistes et les Frères musulmans. »

« Mon rêve est devenu cauchemar »

Commence une cabale contre elle. Traitée tour à tour d’agent israélien, de fille de mauvaises mœurs, de complice du régime, de collaboratrice des hommes de Hariri (Rafik Hariri, ex-Premier ministre libanais, assassiné en février 2005 dans un attentat-suicide au cœur de Beyrouth. Les soupçons se sont portés sur les services secrets syriens, ndlr).

En danger de mort – sa tête est mise à prix –, elle sort du pays à travers une filière secrète et trouve refuge à Paris.

« J’avais décidé de ne jamais quitter Homs, mais l’étau s’est resserré et le langage des armes a pris le dessus. Surtout, j’étais devenue un danger pour ceux qui me protégeaient. »

A présent, dans le froid, loin de ses proches, elle constate avec tristesse :

« Au lieu de participer à mon histoire sur place, je le fais sur papier, par procuration. Mon rêve, notre rêve, est devenu cauchemar. Tout ce que je craignais pour la Syrie est en train d’avoir lieu. On se trouve acculés à une intervention militaire. Ce n’est pas le choix du peuple. »

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
Tribune des droits humains

Publié initialement sur
Tribune des droits humains

Syrie. Cet enfant est-il victime d’armes chimiques ?


Syrie. Cet enfant est-il victime d’armes chimiques ?

Début février. Omar, 13 ans, dans le dispensaire 24/24 de Tripoli, au Liban, où il se rend chaque semaine pour faire changer ses pansements. | Photo Frédéric Helbert

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Comme un vieillard, il grimpe péniblement une ruelle. Silhouette voûtée, regard baissé, Omar a le souffle court, les jambes raides. Chaque pas est une souffrance. Pourtant ce Syrien n’a que 13 ans. Il y a deux mois, en Syrie, à Homs, une bombe a pulvérisé son enfance, sa vie. « Une bombe pas comme les autres, murmure-t-il. Il y a eu une fumée jaune. On m’a dit que j’avais perdu connaissance. Mais je n’ai pas vu mes parents. Ils ont disparu depuis. Vous savez où ils sont ? » Lourd silence. Omar reste plongé dans les ténèbres de son cauchemar. Pour le préserver du pire, la vérité lui a été ­cachée : sa famille entière a péri coincée dans une maison de la vieille ville. Morts par suffocation, diront les médecins. Morts sans avoir été touchés directement.

Omar, alors dans une autre pièce, ne l’a pas été non plus. Mais deux jours plus tard sont apparues brûlures, plaies, cloques. Puis sont venus les troubles de l’équilibre, pertes de mémoire, douleurs musculaires. Le mal empirait chaque jour. A Homs, les médecins ont immédiatement songé aux scories d’un bombardement chimique et organisé un transfert clandestin vers le Liban voisin. Là, espèrent-ils, l’enfant pourrait bénéficier d’un diagnostic et de traitements appropriés. Un « rêve » ruiné par la tragique impuissance de ceux qui ont accueilli la victime au pays du Cèdre. « Bienvenue au royaume des souffrances mystérieuses. » Maniant l’ironie comme une arme de défense, le Dr Ghazi Aswad, chirurgien français d’origine syrienne, 54 ans, fait s’allonger Omar sur un lit de fortune pour l’ausculter.

Au dispensaire 24/24, l’ancien chef de service adjoint de chirurgie orthopédique, au savoir éprouvé dans cinq CHU du sud de la France, soigne chaque jour entre 40 et 60 victimes de la guerre, des réfugiés. L’environnement ? Plus que spartiate : 10 mètres carrés dans ce centre de soins installé sur deux étages d’un immeuble acquis grâce à des dons privés. Matériel réduit au minimum, parfois bricolé à la va-vite et non stérile, laboratoire insignifiant, pas d’ascenseur, aucun bloc opératoire et absence drastique de médicaments. « Cette pièce minuscule, s’amuse le Dr Aswad, est un bureau, une salle d’attente, de consultation, d’opération. » Les blessés l’ont baptisée la « Salle des ­miracles », tant le praticien réussit à soigner avec rien ou si peu. Il retire balles et éclats d’obus, ferme des plaies, panse des brûlures, fait des greffes de peau, le tout sous anesthésie ­locale, faute de mieux. Parfois, il réduit des fractures d’un coup sec, « à l’expérience ». « Mes patients sont, dit-il, d’un courage fantastique. » Lui aussi.

En matière de chirurgie de guerre, le médecin s’est révélé un « champion ». Revenu en Syrie quand la révolution a éclaté, il a mis sa famille à l’abri et est devenu un ­« rebelle en blouse blanche ». De l’urgence, il a tout appris « sur le tas », d’abord sous les bombes, à l’hôpital de Homs. « J’ai tenu jusqu’au jour où j’ai vu une centaine de militaires à la solde de Bachar extuber des patients, les condamnant à une mort immédiate, puis jetant leurs cadavres comme des ordures. Moi, j’étais recroquevillé par terre, en pleurs. Alors je suis venu au Liban, où il y avait tant à faire aussi. Mais pour passer d’un enfer à un autre. Comment imaginer cette misère médicale dans un pays capable de tant de richesses ? »

« Le catalogue d’une horreur qui nous ronge aussi »

L’insupportable pour cet homme, qui le vit en héros : se retrouver face aux blessés d’une guerre fantôme, face à des enfants comme Omar. « Il ne parle plus, ne mange plus. Il vit sous l’empire de la douleur et de la terreur. Emmuré dans le souvenir. Un mort-vivant ! Même nous, nous lui faisons peur. Parce que les traitements sont douloureux. Je ne peux lui donner qu’un antibiotique et changer ses pansements sans cesse souillés. Il faudrait des crèmes spéciales pour la peau, une réhydratation permanente et des cocktails vitaminés à haute dose, une constante prise en charge physique et psychologique… En France, cet enfant martyr serait hospitalisé dans un centre de grands brûlés comme Percy. Ici ? Rien ou si peu ! On bricole… Au monde qui crève d’indifférence, je dis : “Regardez cet enfant que je suis obligé de renvoyer dans une chambre minable d’un centre de réfugiés, et qui vit dans le même survêtement depuis deux mois, ­depuis le jour du bombardement. Honte à ceux qui pourraient et ne font rien !” » Ghazi Aswad, l’homme aux mains d’or, ouvre un vieux tiroir grinçant. Il en sort une boîte de bonbons qu’il donne à son petit patient, lui arrachant un maigre sourire, puis une autre : des antidépresseurs. Il avale deux cachets d’un coup. « Nous en sommes tous là, les soignants, et nous ne nous cachons pas. Sans cela, on ne tiendrait pas. »

« Là où tout a basculé, raconte le chirurgien français, la voix étranglée de colère, c’est quand nous avons vu arriver celles et ceux comme Omar, pour lesquels on ne comprenait rien au début, avant de conclure que nous avions affaire à des blessés souffrant indubitablement de symptômes de bombardements à l’arme chimique. » Brûlures sous-cutanées ou dévorant la peau, cloques, irritations, déformations ­physiques, perte de cheveux, de la mémoire, défaillances du système nerveux, douleurs musculaires et osseuses, malaises, nausées, vomissements, accès de fièvre, asthénies, paralysies, tout l’organisme qui se déglingue, aucun traitement adéquat et parfois la mort au bout. « Le catalogue d’une horreur qui nous ronge aussi », dit le toubib.Point final

Retrouvez l’intégralité de notre reportage dans Paris Match n°3329 du 7 au 13 mars 2013

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