L’étau se resserre autour du régime syrien


OLJ/Agences | 04/12/2012
Lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre turc à Istanbul le 2 décembre 2012, Vladimir Poutine s’est une nouvelle fois défendu d’être un « défenseur invétéré » du régime syrien. Bulent Kilic/AFP
Lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre turc à Istanbul le 2 décembre 2012, Vladimir Poutine s’est une nouvelle fois défendu d’être un « défenseur invétéré » du régime syrien. Bulent Kilic/AFP

Révolte Poutine se défend d’être un « partisan invétéré » du régime syrien ; 132 morts au moins.

La volonté de la Turquie de déployer des missiles sol-air Patriot de l’OTAN à sa frontière va « exacerber » les tensions en Syrie, a déclaré hier le président russe Vladimir Poutine au cours d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à l’issue d’une brève visite de travail en Turquie. M. Poutine a eu recours à une maxime de la sagesse populaire russe pour expliquer l’opposition de son pays au déploiement de ce système : « On dit que si un fusil est accroché à votre mur au début d’un jeu, alors à la fin il sera sûrement utilisé pour tirer. » Le dirigeant russe a donc conseillé « la retenue » à la Turquie, en concédant toutefois « comprendre » ses préoccupations en matière de sécurité. Redoutant un débordement du conflit syrien, Ankara avait en effet réclamé à ses partenaires de l’OTAN le déploiement de missiles sol-air Patriot après la chute de plusieurs obus syriens sur son territoire au cours des dernières semaines. L’OTAN doit répondre favorablement dans les prochains jours à la demande de la Turquie, inquiète des débordements du conflit syrien sur son territoire.
À l’issue de son premier déplacement à l’étranger depuis deux mois, M. Poutine a également constaté ses divergences avec M. Erdogan sur le conflit syrien, entré dans son vingt et unième mois, mais a promis de poursuivre sa coopération pour y trouver une solution.

De même, M. Poutine s’est une nouvelle fois défendu hier d’être un « défenseur invétéré » du régime syrien, se disant d’abord préoccupé par « l’avenir » du pays. Depuis des mois, la Russie a systématiquement mis son veto à tout projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la Syrie.
De son côté, M. Erdogan s’est abstenu de souligner ses différences d’opinion avec M. Poutine sur le conflit syrien, en éludant toute question de la presse à ce sujet. Depuis plusieurs mois, ce conflit a alimenté les tensions entre les deux pays, notamment après l’interception en octobre par l’aviation turque d’un avion civil syrien qui effectuait la liaison Moscou-Damas et qu’Ankara soupçonnait de transporter de l’armement à destination du régime syrien. Les autorités turques y avaient saisi du matériel radar susceptible de servir à des fins militaires.

Armes chimiques
Autre signe d’une tension croissante, les États-Unis ont de nouveau affirmé hier s’inquiéter d’un éventuel recours du pouvoir du président syrien Bachar el-Assad à des armes chimiques contre sa population, selon le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney. Selon un responsable américain cité par le New York Times, « l’activité que nous voyons suggère une potentielle préparation d’armes chimiques ». En visite à Prague, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a elle aussi lancé un « avertissement très sévère » à la direction syrienne, rappelant que pour Washington, l’éventuelle utilisation d’armes chimiques contre la population syrienne était « une ligne rouge ». Notons qu’une « task force » d’environ 150 militaires américains, essentiellement des forces spéciales, se trouve depuis plusieurs mois en Jordanie prête à agir si le régime syrien perdait le contrôle de ses armes chimiques.

(Pour mémoire : La panoplie d’agents chimiques de Damas « est assez robuste »)
Damas a aussitôt réagi en répétant sa position constante. « La Syrie réaffirme qu’elle ne fera pas usage de ce genre d’armes, si elle en possède, contre son peuple, quelles que soient les circonstances, car elle est en train de défendre son peuple », a déclaré une source au ministère des Affaires étrangères, citée par l’agence officielle SANA.
Toujours au plan diplomatique, le secrétaire général de la Ligue arabe Nabil el-Arabi a déclaré hier lors d’un entretien avec l’AFP que le régime de Damas pouvait tomber « à n’importe quel moment ».

Chasseurs turcs
Sur le terrain, l’artillerie et l’aviation bombardaient hier les quartiers sud de Damas et sa banlieue, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), proche de l’opposition. Le journal syrien proche du pouvoir al-Watan avait promis dimanche « l’enfer » à ceux qui songeraient à attaquer la capitale. Hier, il faisait état de nouvelles « opérations de qualité de l’armée » qui a tué de nombreux « terroristes ». L’aviation syrienne aurait frappé à deux reprises Beit Saham, une localité proche de la route menant à l’Aéroport international de Damas, selon l’OSDH.
À la lisière de la Turquie, au moins 12 personnes, dont huit rebelles jihadistes, ont été tuées dans un raid aérien de l’aviation de Damas à Ras el-Aïn, selon l’OSDH. Des avions de chasse turcs ont été dépêchés vers la frontière après le raid, « par mesure de précaution », d’après un diplomate turc sous le couvert de l’anonymat.

(Lire aussi : De la difficulté de distinguer un jihadiste d’un rebelle)
À Alep, l’armée syrienne a lancé l’assaut sur le nord-est d’Alep aux mains des rebelles, progressant pour la première fois dans Boustan el-Bacha, un quartier tenu par les jihadistes, notamment du Front el-Nosra et d’Ahrar el-Cham, ont rapporté hier une source militaire et des habitants de la métropole du Nord. En ville, en proie depuis plus de quatre mois à une guerre urbaine, les forces de l’armée sont désormais suppléées par les « Kataëb el-Baas », les bataillons du parti au pouvoir en Syrie qui se sont organisés début novembre et patrouillent désormais en uniforme.
En outre, des combattants rebelles ont abattu hier un avion de combat MiG dans la province de Damas, entre Doumeir et Rahiybeh, ont indiqué des militants.
Un bilan provisoire de l’OSDH et de plusieurs sources parmi les militants faisait état de 132 morts au moins pour la journée d’hier. L’OSDH a recensé plus de 41 000 morts dans le pays en 20 mois de violences.

Flux d’immigrés
Au niveau humanitaire, l’ONU a annoncé hier vouloir retirer de Syrie son « personnel international non essentiel », soit 25 personnes sur une centaine, et limiter les déplacements de ses employés dans le pays à cause de l’aggravation des conditions de sécurité, d’après une agence de presse onusienne, IRIN, qui dépend du Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA). Certaines agences de l’ONU vont aussi se retirer de la ville d’Alep, qui est le théâtre de combats entre l’armée syrienne et les opposants. Au moins une agence de l’ONU maintiendra une présence dans chaque grande région de Syrie en dehors de Damas, en fonction de la disponibilité du personnel local.
Même son de cloche pour l’Union européenne (UE), dont un responsable a annoncé hier que le bureau de l’UE à Damas allait réduire ses activités au strict minimum dans la capitale syrienne en raison de la dégradation des conditions de sécurité.
Toujours du ressort de l’humanitaire, le Premier ministre jordanien Abdallah Nsour a affirmé hier que son pays accueillait plus de 250 000 réfugiés syriens, un « fardeau énorme » pour le royaume, voisin de la Syrie. Par ailleurs, le camp de Zaatari, situé non loin de la frontière syrienne, accueille désormais 45 000 réfugiés, avec l’afflux de centaines de personnes fuyant la Syrie, a annoncé hier un responsable jordanien. Pour alléger la pression sur Zaatari, un nouveau camp sera prêt avant la fin de l’année en Jordanie pour accueillir les réfugiés syriens, ont indiqué les autorités.

source

Syrie – Réponse à Bahar Kimyongür et aux paléo-marxistes


Pierre Piccinin (Alter Info, 2 décembre 2012)   

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Prise d’écran du site Investig’Action (16 novembre 2012)

Le 16 novembre 2012, Bahar Kimyongür publiait à mon encontre un pamphlet au titre incroyable : Pierre Piccinin, négociant en sang syrien ?

Le site Investig’Action qui héberge ce texte m’ayant refusé un droit de réponse, j‘ai donc publié cette réflexion sur le site AlterInfo, qui a eu l’amabilité de le diffuser.

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[Photo : avec le Commandant Abou Abdou, de la katiba al-Sultan Ahmed al-Fatah de Liwa al-Towheed, à Alep, dans le quartier de Sheikh Qudur, le 29 octobre 2012 – © Benoit De Freine]

Il semble qu’il soit devenu commun, désormais, dans le cadre de la crise syrienne, de la part de l’extrême gauche paléo-marxiste héritière du stalinisme (et de certains milieux tiers-mondistes ou anti-américanistes des plus primaires) de commettre à mon encontre pamphlets outranciers et billets assassins.

Preuve en est, s’il en faut encore, la dernière saillie de Bahar Kimyongür, sur le site de Michel Collon (Investig’Action), et ce à mon grand regret car, si le second, depuis mon appel à venir en aide aux révolutionnaires syriens, m’a fermé sa porte, le premier m’avait habitué à plus de modération, à une parfaite honnêteté intellectuelle et à un sens du débat équilibré et respectueux qui l’honorait admirablement. Il rejoint donc, à présent, le troupeau de son camp (pour rappel, la dernière attaque en date ; le méchant petit libelle de Diana Johnstone, dans Le Grand Soir : Fabrice à Waterloo : l’Occident humanitaire et la Syrie –et ma réponse, sur AlterInfo : Réponse à Diana Johnstone et aux néo-négationnistes).

Et il est commun, également, dans le chef des sites qui abritent la prose de mes détracteurs, de me refuser un droit de réponse, pratique qui m’apparaît pourtant comme des plus saines dans le débat intellectuel et dont la presse mainstream, dont nos amis des médias alternatifs n’ont de cesse de dénoncer la « censure », ne m’a jamais frustré, quant à elle (à l’exception, pour être juste, du quotidien La Libre Belgique qui, confronté à mon conseil juridique, s’est cependant finalement exécuté).

Ainsi, de même que Le Grand Soir m’avait refusé un doit de réponse aux attaques ad hominem que me portait Diana Johnstone, de même, l’équipe du site Investig’Action, suite à ma requête, m’a fait cette réponse révélatrice d’une certaine schizophrénie latente : « Monsieur Piccinin, comme vous le savez, vos nouveaux amis du Soir nous ont comparés à Goebbels. Nous sommes certains que vous aurez beaucoup insisté auprès d’eux pour qu’ils publient le droit de réponse que nous leur avons envoyé. Mais nous restons toujours dans l’attente de leur réponse. On constate donc que les médias dominants relaient complaisamment les thèses de votre camp et censurent les nôtres en refusant le débat. Pourquoi devrions-nous ajouter encore notre site pour héberger des contre-vérités que tout le monde peut lire partout ? »

Comme je le leur ai rétorqué, je ne suis pas membre de la rédaction du journal Le Soir, et je n’y ai aucune influence. Surtout, je ne vois pas ce que cette histoire qui les oppose au Soir aurait en rapport avec ma demande d’un droit de réponse après que j’ai fait l’objet, sur leur site, d’attaques personnelles, d’une stupéfiante véhémence.

Il fut un temps, cependant, où Investig’Action n’hésitait pas à publier mes scoops de terrain, quand toutefois les faits que j’y révélais abondaient dans le sens de sa ligne éditoriale (cf., par exemple, Syrie : un million de manifestants. Vraiment ? ou Syrie : autant en emporte le vent…).

Un désaccord sur le dossier syrien, et me voilà donc diabolisé, « excommunié », confronté à l’intransigeance doctrinaire du grand manitou de la boîte, et interdit de tribune…

Sera-t-il donc dit que les champions autoproclamés de la vérité et de la transparence médiatique, dès que le vernis est un peu gratté, se révèleraient n’être en somme que de vulgaires « fachos de gauche », comme les qualifieraient certains ? C’est là, quoi qu’il en soit, une grande déconvenue pour moi, qui créditais de ma parfaite considération ces publications en ligne… Fort heureusement, Internet permet aujourd’hui de contourner cette forme patente de censure et d’en dénoncer largement toute la malhonnêteté.

Auparavant, toutefois, je voudrais m’interroger sur les raisons de cet acharnement mis, depuis quelques mois, à me vilipender.

Peut-être cette attitude doit-elle s’entendre par le fait que, sur bien des dossiers, sur la Lybie notamment, mes détracteurs paléo-marxistes et moi partageons un même discours et un certain nombre de valeurs identiques. Nous avions également une analyse proche concernant les débuts de la révolution syrienne et nous avions alors été, ensemble, très durement critiqués, à l’époque.

De ce fait –et c’est là le nœud de leur problème-, je n’en suis que plus crédible, aujourd’hui, lorsque je témoigne de l’évolution qu’ont connue les événements en Syrie et lorsque je décris cette révolution devenue populaire et la nécessité de lui porter secours.

En cela, tel un miroir, mes analyses leur renvoient l’image de leurs postulats surannés et révèlent le caractère sclérosé de leur démarche, l’obsolescence de leurs prismes d’approche.

Et, surtout, je suis susceptible de toucher leur propre public, auquel je ne suis pas étranger.

Or, de cela, ils ne peuvent en convenir.

Je suis donc, pour eux, l’homme à abattre désormais : je suis celui qu’il faut faire taire, qu’il faut discréditer. C’est un impératif « économique », mais aussi une conviction : si mes analyses et mon témoignage ne correspondent plus à leurs schémas, c’est « forcément » que je suis tombé dans l’erreur et que je mens, puisque leurs postulats, eux, sont « évidemment » vrais. Je suis le traitre, le « déviant », le « vendu ».

Car c’est bien là le propre des intellectuels paléo-marxistes, agrippés à leurs certitudes, qu’ils ne sauraient remettre en question sans voir renversés tout leur univers mental, toute leur structure d’entendement et, ce qui serait plus grave encore pour eux, tout le sens même de leur combat et de leur action.

Leur lecture de l’histoire et, en l’occurrence, leur interprétation de la crise syrienne procèdent de ces postulats que j’évoquais, fermement enracinés dans leur pensée, des dogmes qu’ils tentent de préserver envers et contre toute raison, le plus souvent inconscients des biais que génère le cheminement qu’il leur faut parcourir pour préserver leurs croyances.

Le phénomène le plus caractéristique de ce cheminement est ainsi la manière dont ils sélectionnent, inconsciemment disais-je, mais pas toujours, les informations et faits qu’ils produisent dans leurs « démonstrations » : ne sont retenus que les éléments susceptibles de conforter leur thèse ; bien sûr, le reste, tout le reste qui contredit leur représentation des choses, c’est évidemment de la « propagande impérialiste ».

De la sorte, dès qu’un média « mainstream » propose une information qui leur convient, ils s’empressent de la répercuter sur la toile, sur une myriade de sites qui la reprennent, la ressassent, la relaient, la montent en épingle, faisant d’un fait, parfois très mineur, voire anodin, « l’info » du moment qui prouve bien que… Et (vous voyez bien !) même la presse impérialiste le dit ! Donc… Etc.

Ils produisent ainsi une image tronquée, voire tout à fait virtuelle de l’objet de leur étude.

Et la révolution du peuple syrien, revue et corrigée à l’aune de leur idéologie, redistillée par maints alambics savamment entortillés, devient, sous leur plume, le complot de l’Occident contre le dernier pays arabe qui résiste à l’Empire (entendez « les États-Unis d’Amérique ») et à son allié sioniste (« Israël »).

Le soulèvement légitime d’une population opprimée par une des pires dictatures encore en exercice se change en « invasion fasciste » de la Syrie par des « bandes d’égorgeurs », par des milliers de « mercenaires étrangers » à la solde des « puissances atlantiques » (l’OTAN).

Et ces magiciens du verbe n’ont aucune hésitation à qualifier les révolutionnaires de « terroristes sanguinaires », reprenant à leur compte, sans s’en émouvoir outre mesure, la dialectique d’un régime ignoble. C’est à peine, d’ailleurs, s’ils prennent la précaution oratoire de rappeler, de temps en temps, que le gouvernement syrien et son président, Bashar al-Assad, n’ont rien de très sympathique ; mais on les sent si peu convaincus, surtout lorsque suit une litanie de bonnes raisons de préférer le dictateur et son allié soviétique (je veux dire « russe » ; pardonnez le lapsus) au Grand-méchant-loup impérialiste.

Celui qui contrevient à la règle ou qui en montre toute l’absurdité apparaît dès lors comme l’inventeur d’un ineffable danger, et il doit être combattu par tous les moyens et coûte que coûte.

Ainsi, dans sa diatribe du 16 novembre, intitulée de la plus incroyable des façons Pierre Piccinin, négociant en sang syrien ?  (!!! -et qui a été republiée le 18 novembre par Le grand Soir ; tiens donc ?), Bahar Kimyongür, abandonnant toute déontologie intellectuelle et toute éthique scientifique, s’en prend personnellement à moi, sans la moindre vergogne, tandis que le propos est illustré d’une photographie judicieusement choisie (voire la prise d’écran), qui me représente brandissant une kalachnikov, une photographie qui avait été prise lors d’un moment de relâche, en compagnie de miliciens, au Liban (et non pas en Syrie), où je couvrais les combats, à Tripoli, en mai 2012, pour le magazine Afrique-Asie.

Concernant ce genre de méthodes déloyales et manipulatrices, je conseillerais bien à l’équipe d’Investig’Action de relire l’excellent ouvrage de Michel Collon, Attention, médias ! Les Médiamensonges du Golfe. Manuel anti-manipulation. Elle y découvrirait certainement quelques exemples explicites, pour sa plus grande honte…

Et Bahar Kimyongür de se lâcher sans frein : me reprochant d’avoir réagi sur ma page Facebook à l’un de ses nombreux articles de plus en plus surréalistes sur le conflit syrien, il m’accuse tout d’abord implicitement de l’avoir empêché de me répondre puisque, lui, n’est « pas membre de la communauté Facebook » (sic).

Je confesse volontiers avoir commis quelques lignes, postées à la hâte, dans lesquelles je déplorais que mon adversaire développât de la crise syrienne « une vue de l’esprit, aménagée et tronquée, à la faveur d’un prisme paléo-marxiste qui plie la réalité des faits aux impératifs propagandistes d’une idéologie surannée »…

De là à écrire en réponse un article de dix pages…

Par contre, je nie avoir jamais empêché Bahar Kimyongür d’utiliser le fort bel outil de communication que constitue Facebook, et de s’y inscrire. Cela dit, peut-être ce symbole de l’impérialisme d’outre-Atlantique lui est-il odieux. En suis-je fautif pour autant ?

Mais c’est son argumentaire qui, ensuite, surprend le plus… Il parle de lui-même :

« (Pierre Piccinin) fait mine de réfuter mes affirmations par une démonstration absurde visiblement motivée par ses seules pulsions narcissiques » (sic).

« Mon argumentation repose pourtant sur les canaux d’information de l’adversaire comme l’AFP ou la CNN ou encore sur des sources mieux informées car plus objectives que Piccinin  » (sic).

« Mais reprocher aux anti-impérialistes leur idéologie surannée, poursuit Bahar Kimyongür, c’est aussi en quelque sorte mettre la charrue avant les bœufs. »

À ce stade, on se demande où veut en venir mon distingué collègue. Mais l’explication, presque « téléphonée », ne se fait pas attendre :

« Jusqu’à preuve du contraire, nous explique-t-il (remarquez au passage la pirouette rhétorique), nous sommes tous nés sur une planète où domine un Empire doté d’une puissance jamais égalée, un Empire qui a le droit de vie et de mort sur n’importe quel être humain, n’importe quel leader politique, n’importe quel peuple, un Empire qui nous impose son mode de vie et de pensée. »

Qui parlait de postulats viscéralement prégnants dans le chef de notre ami ? Voilà donc les bœufs que notre paléo-marxiste-type veut que nous mettions avant chaque charrue… CQFD. Et, merci, Monsieur Kimyongür.

Qui n’interprète pas l’histoire et n’en produit pas une lecture en fonction de ce théorème ne profère qu’absurdités, motivées par ses pulsions narcissiques. Dont acte…

Et Bahar Kimyongür de poursuivre en se présentant comme la victime des grands médias et en se comparant à Martin Luther King (alors que, moi, je « hurle avec les loups »), avant de m’attaquer sur quelques points précis, qu’il aura cru pouvoir trouver à se mettre sous la dent.

Comme, par exemple, la communication que j’avais faite lors d’une conférence, à propos de Liwa al-Towheed, la principale organisation de révolutionnaires à Alep et dans sa région, que Bahar Kimyongür qualifie d’islamiste radicale, ce que j’avais réfuté.

« Sa méconnaissance de l’Islam et de la langue arabe lui joue des tours. Piccinin ignore qu’al-Towheed signifie ‘Unicité’ ou ‘Monothéisme’, une référence religieuse de facto discriminante car elle exclut toute possibilité d’adhésion de certaines communautés non musulmanes ou musulmanes hétérodoxes comme les alaouites. Pour rappel, poursuit notre docte redresseur de torts, désireux de montrer qu’il connaît l’Islam, lui, l’alaouisme est une religion trinitaire qui s’articule autour de trois personnages : Ali serait Dieu, Mohamed, le hijab, c’est-à-dire le voile dissimulant le secret de l’essence divine d’Ali et Salman Al Farsi, la ‘porte’ qui ouvre sur le secret. »

Le fait est, malheureusement pour Bahar Kimyongür, que j’ai passé trois semaines à Alep et dans sa région, principalement en compagnie des katibas (brigades) de Liwa al-Towheed. J’en connais de nombreux commandants et combattants. En octobre et novembre, j’ai vécu nuit et jour dans une de ces katibas. Et j’ai assisté à toutes ses opérations militaires.

Les combattants de Liwa al-Towheed sont des paysans, des artisans, des ouvriers, des pères de familles, qui n’aspirent qu’à une chose : retrouver la paix de leur foyer et vivre avec leurs enfants. Tous sont issus des quartiers d’Alep ou des villages du gouvernorat. Et on est bien loin des djihadistes fanatiques qu’il plairait d’y trouver à notre grand connaisseur de l’Islam.

Quant à l’appellation « al-Towheed », elle n’a rien de religieux (sauf si on cherche absolument à y trouver quelque chose de tel, bien sûr). S’il est vrai que le terme désigne l’unité de Dieu, il peut aussi tout simplement signifier l’unité, l’union ; c’est d’ailleurs son acception première.

The-Brigade-Liwa--At-Tauhid

Or, c’est bien là la raison d’être de ce mouvement révolutionnaire, qui est constitué de groupes à l’origine indépendants, qui s’étaient formés de voisins et d’amis, dans les quartiers et les villages, soucieux de se défendre de la répression exercée par les autorités syriennes, et qui se sont unis, précisément, pour coordonner leurs forces, lorsqu’Alep s’est insurgée. L’emblème de l’organisation représente deux mains qui se serrent, symbole d’union et d’entente.

Mais, cela, Monsieur Kimyongür de l’ignorer, semble-t-il, préférant fermer les yeux sur cette simple réalité pour entraîner ses lecteurs sur le sentier tortueux de son raisonnement et, par un tour de magie dissimulé derrière un flot de détails inopportuns mais sensés asseoir son autorité, changer des braves gens, de pauvres bougres en révolte contre une sale dictature, en de sanguinaires terroristes islamistes.

Et de confirmer la théorie ainsi échafaudée en montant en épingle une unique vidéo montrant la décapitation d’un homme par des combattants supposés appartenir à Liwa al-Towheed, et ce dans des circonstances indéfinies. Et la boucle est bouclée (de mon point de vue, j’entends).

Le reste de son pamphlet est du même acabit.

L’auteur renvoie ainsi dos à dos, pour la énième fois, les rebelles et l’armée régulière, tous étant également coupables, selon lui, de crimes odieux. Comme si les insurgés, qui se battent pour leur liberté, avec les seules armes dont ils ont pu s’emparer dans quelques casernes du régime, pouvaient commettre les mêmes « crimes » que le gouvernement, dont les tanks, les avions de guerre et les hélicoptères de combat bombardent quotidiennement les villes et villages en révolte ! Comme si les quelques exactions commises par les révolutionnaires, lorsqu’ils mettent la main sur un agent de la police secrète du régime, par exemple, pouvaient être mises sur le même pied que les arrestations, tortures, exécutions sommaires, toutes ces pratiques érigées depuis des décennies en système de gouvernement par la dictature baathiste, qui n’hésite pas, aujourd’hui, à détruire des zones d’habitations civiles et des hôpitaux !

Ah, mais, nous répond Bahar Kimyongür, les rebelles aussi ont attaqué un hôpital ! Oui, bien sûr, ce n’était qu’une fois seulement et puis, ben, disons-le, c’était un hôpital militaire…

Ainsi, on saura tout…

Oui, mais, quand même, on peut donc dire que « les rebelles bombardent aussi les (un) hôpitaux »…

Et nous revoilà dans l’information sélective, montée en épingle, pour soutenir des thèses absurdes et par le fait indéfendables…

Même procédé (tout à fait symptomatique) pour contredire mon propos, lorsque j’affirmais que les Palestiniens ne soutiennent pas al-Assad, bien conscients que ce dernier les instrumentalise dans le discours et, dans les faits, s’est révélé un allié objectif d’Israël : alors que les plus hautes instances du Hamas et du Fatah, d’accord, pour une fois, ont proclamé soutenir la révolution en Syrie, Bahar Kimyongür nous propose les exemples de quelques dizaines d’individus, palestiniens certes, qui se sont déclarés en faveur du dictateur…

Mais, le plus extraordinaire, peut-être, dans la rhétorique employée par les tenants de ce courant de pensée qui m’attaque, c’est l’absence totale de discernement concernant les composantes des forces révolutionnaires, absence de discernement que l’on retrouve, de manière récurrente, dans les thèses de Bahar Kimyongür sur la Syrie.

Ils ne font pour ainsi dire jamais de distinction entre le corps de la révolution, incarné par l’Armée syrienne libre, et les autres mouvements, certains très importants, comme Liwa al-Towheed ou Jabhet al-Nosra, d’autres moins, comme certains groupuscules salafistes. Non, pour eux, tous sont « les rebelles », comme s’ils ne formaient qu’un seul mouvement homogène. Et les exactions, qui sont surtout le fait de quelques groupes fanatiques très minoritaires (et même combattus, parfois, par l’Armée syrienne libre), sont ainsi attribuées « aux rebelles ». Tous coupables !

Évidemment, ce procédé (lui aussi inconscient) sert abondamment la thèse qu’ils soutiennent…

Bref, ayant pris la peine de décortiquer l’exemple « Liwa al-Towheed » et d’en déconstruire quelques autres, je m’en tiendrai là : le lecteur qui ne s’en serait pas déjà rendu compte au premier passage pourra sans peine, en seconde lecture, éviter les pièges que Bahar Kimyongür tend bien involontairement à son publique. Bien involontairement, puisqu’il croit lui-même à ses thèses biscornues et à son argumentaire alambiqué (je ne remets pas son honnêteté en question sur ces points), seuls moyens par lesquels il peut encore essayer de sauvegarder la représentation qu’il s’est faite de la révolution syrienne, en accord avec ses croyances politiques et sa vision imaginaire du Moyen-Orient.

Ainsi donc, de Bahar Kimyongür et ses amis paléo-marxistes à l’affabulateur Thierry Meyssan, il n’y aurait qu’un tout petit pas. Les premiers, tels de vieux shamans, rabâchent leurs « vérités », leurs certitudes, sans plus faire cas des faits, des réalités observables ; le second (se jouant de ceux-là) assène sans y croire lui-même la propagande distillée par le régime qui le paie et à l’élaboration de laquelle il participe objectivement.

Mais le résultat, sur les opinions publiques qui leur prêtent l’oreille, est le même, hélas : ils parviennent à jeter le doute et contribuent au malheur de ceux qui souffrent.

C’est bien dommage. C’est surtout très horrible.

Mais peut-être resterait-il un espoir d’éclairer leur lanterne… Peut-être, en les sortant de leur puits, en leur faisant voir le monde et l’objet qu’ils avilissent… En les mettant face à face avec ceux qu’ils dénigrent…

Je m’interroge donc. Ne serait-il pas temps d’inviter Bahar Kimyongür et ses mentors à m’accompagner à Alep, lors de mon prochain séjour d’observation dans l’Enfer que le régime baathiste a créé pour punir son peuple révolté ?

Mais, probablement, s’ils n’ont pas jugé utile de prendre eux-mêmes l’initiative de s’y confronter, c’est donc qu’ils savent très bien, déjà, par un éclat de lucidité refoulé tout au fond d’un recoin de leur raison, ce qu’ils vont y trouver.

Aussi, assurément, à l’avenir, serait-il plus profitable d’ignorer cette littérature viciée et ces attaques personnelles et, sans mépris toutefois, de ne cependant plus répondre à ces détracteurs doctrinaires qui, de toute façon, refusent le débat et censurent leurs adversaires.

Lien(s) utile(s) : Alter Info 

À lire également : la dernière production de Bahar Kimyongür (Syrie : Reuters commet une erreur de traduction qui cache une horreur de tradition, Investig’Action, 3 décembre 2012) ; ainsi donc, selon lui, le fait qu’un Shabiha (homme de main du régime) fait prisonnier se présente à un rebelle comme sunnite pour demander sa grâce serait la preuve que le conflit a pris une tournure communautariste et islamiste; le fait que le Shabiha soit néanmoins exécuté, malgré son appartenance à la communauté sunnite, ne prouve rien aux yeux de B. Kimyongür, en revanche, et certainement pas que les révolutionnaires ne voyaient pas en ces hommes des Sunnites, mais bien des tortionnaires au service de la dictature. Encore une fois, on trouve les travers caractéristiques de la méthode du courant paléo-marxiste : l’information sélective et un raisonnement spécieux qui plie la réalité des faits aux impératifs de ses postulats.

Lire aussi :

SYRIE – La Révolution syrienne s’organise, mais se débat, seule, face à la machine de guerre du régime baathiste

SYRIE – Chroniques de la révolution syrienne

source

Témoignage de Damas, plongée dans le quotidien de la guerre


Le Monde.fr | 28.11.2012 à 19h41 Par Hélène Sallon

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Jaramana, dans la banlieue de Damas, mercredi 28 novembre.

Un habitant de Damas, la capitale syrienne, a accepté de raconter au Monde – sous couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité –, le quotidien des habitants de la ville. Fin observateur du soulèvement syrien, il nous livre un témoignage précieux, mais difficile à recouper, du fait de l’impossibilité faite aux médias, et au Monde en l’occurrence, de couvrir le conflit dans la capitale syrienne.

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Comment préférez-vous les Syriennes : voilées ou… violées ?


Hier, j’ai envoyé un article sur la Syrie à des connaissances. Une amie m’a fait parvenir la réaction de l’un de ses proches : « L’Occident souhaite aider le peuple syrien, mais la menace islamiste est trop forte. Regardez l’Égypte et les autres pays arabes ». A en croire cette personne, le blocage russo-chinois complique un peu la situation, mais elle ne la bloque pas totalement. Si les Occidentaux avaient la garantie que les islamistes ne seraient pas au pouvoir après Bachar, ils auraient trouvé le moyen d’intervenir.

Ce n’est pas la première fois que j’entends ce genre d’argument. Il m’apparaît inacceptable. Et je me demande : « Devrons-nous mourir jusqu’au dernier avant d’être aidés ? »

Mesdames et Messieurs, que devons-nous faire pour vous rassurer sur l’avenir de notre pays, alors que nous vivons déjà au jour le jour, avec la peur au ventre à chaque instant ?

Je ne sais pas si les islamistes gouverneront en Syrie. Je ne sais pas non plus s’ils resteront au pouvoir. Je ne suis pas devin. Peut être… Probablement… Mais j’ai envie de dire : « Et alors ? Est-ce une raison pour ne pas aider des gens qui meurent ? Il y a une urgence humanitaire, tout de même ! »

Vous connaissez ma « ferveur religieuse ». Vous savez que je me bats pour une Syrie démocratique et laïque. Je me demande simplement pourquoi l’Islam vous fait tant peur ? Est-ce l’image de nos filles voilées demain ? Car, aujourd’hui, elles sont simplement torturées, violées et massacrées.

Si l’Islam prenait le pouvoir en Syrie, solution que je ne souhaite guère, il serait difficilement plus cruel que le régime actuel ! Alors, avant de vous imaginer les talibans en train de déverser de l’acide sur les visages des jeunes Syriennes, laissez-nous une chance de vivre tout simplement. A moins que votre peur de l’Islam ne dissimule en réalité autre chose qu’une crainte profonde pour l’avenir des Syriens…

Racha

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La Syrie au jour le jour


1 / L’âge colonial

Aurélien PIALOU

C’est l’histoire d’une rencontre, devenue ordinaire en Syrie. C’est le récit de choses banales et anodines. Ce matin-là, le vieil homme a rallié son travail comme à l’accoutumée. Les barrages et les fouilles ont rallongé quelque peu son parcours. Mais il assure depuis tant d’années le fonctionnement de la motopompe, que rien ne peut l’empêcher de rejoindre son poste. La soixantaine bien sonnée, le corps épuisé par le temps et les conditions de vie difficiles, il doit faire son boulot. Plus que jamais en cette période de crise, où l’inflation s’aggrave tous les jours, il lui faut pourvoir aux besoins d’une partie au moins de sa famille. Sa tâche est simple : s’assurer que la motopompe est correctement branchée et qu’elle marche aux heures fixées. Au sud de Damas, à la lisière entre ville et campagne, quelque part dans les environs de Sbineh, il fait son devoir.
Eux aussi, leur travail les occupe. Qui sont-ils ? Difficile à dire, avec leur treillis, leurs baskets et leur bandana. Fiévreux, les yeux rougis de fatigue, ils rejoignent les champs qui entourent Sbineh. Les nuits écoulées n’ont pas été faciles pour ces jeunes partisans de Bachar al-Assad. Fanatisés par les discours de leur président, ils se battent contre un ennemi qu’ils ne comprennent pas. Heureusement, pour repousser les terroristes en provenance de l’étranger avec l’aide du Qatar et de l’Arabie Saoudite, le régime leur laisse carte blanche. Soudain, ils se déploient sur un nouveau théâtre d’opération, autour de la motopompe, persuadés d’avoir entendu des tirs. Le vieil homme qui vient d’arriver à son travail pourra répondre de ce qui se passe. Ils fouillent rapidement les lieux. Dans un hangar, ils débusquent une antique pétoire, un fusil de chasse rouillé par la pluie, rongé par les années. La preuve est établie : le gardien fait partie du complot. Il faut qu’il parle. Ils l’aspergent d’essence…, pourtant une denrée rare en ce moment. Mais il ne dit rien. Son silence confirme son implication. Une allumette suffira à remporter une victoire décisive sur l’impérialisme et le sionisme.

De sa fenêtre, ce ne sont plus les champs que cet homme observe depuis plusieurs semaines. Les lieux sont les mêmes, mais aussi différents. Les cultures ont laissé place à des vieillards, des femmes et des enfants. Ils ont abandonné derrière eux, fuite après fuite, tout ce qu’ils possédaient. Ils restent là, espérant être enfin débarrassés des agressions aériennes.
Mais depuis peu, les obus ont commencé là aussi à tomber. Il y a quelques jours, le régime a décidé de lever les barrages installés à l’est de la capitale. Il a fait de même dans plusieurs zones rurales du pays. Les militaires affectés à leur défense étaient épuisés par les escarmouches à répétition qui s’y déroulaient, et moralement éprouvés par le dédain affiché à leur égard par les populations. Elles voyaient en eux des forces d’occupation et, rudoyées et insultées, parfois martyrisées, elles les haïssaient désormais. Puisqu’il fallait préserver les hommes, économiser les armes et ménager les blindés, mieux valait donc procéder contre les zones rebelles à des bombardements massifs et permanents.
Les bombardements de populations ont de nombreux avantages. Le sifflement des bombes et le bruit des explosions empêchent tout le monde de dormir. A l’instar des coups répétés dans le creux de l’oreille, ils abrutissent l’esprit et fragilisent l’être tout entier. Ils peuvent – on l’a observé au cours de certaines guerres mondiales – développer des chocs post-traumatiques qui brisent l’individu et altèrent ses facultés mentales. Les impacts sont autant de sanctions et leur signification est immédiatement compréhensible : qui réside dans des zones contestatrices, s’expose par le fait même à un déluge de feu et risque en permanence l’annihilation. Et pour intensifier les bombardements, aujourd’hui, tout est bon : les canons positionnés sur les hauteurs, les mitrailleuses lourdes des hélicoptères, les bombes des avions et, de plus en plus, cette arme de destruction massive du pauvre, les barils de TNT lâchés du ciel, imprécis mais redoutables, qui pulvérisent en un instant des bâtiments et incendient de vastes espaces. Pour l’homme qui observe depuis sa fenêtre, les champs paisibles d’antan sont le symbole de l’agression vécue par ses compatriotes au quotidien.

Pourquoi ces deux images, ces deux récits ?

Dans leur mode de fonctionnement et leurs pratiques journalières, les troupes du régime syrien recourent à présent, avec sa bénédiction si ce n’est ses encouragements, à des modes d’action bien connus dans l’histoire. Le paradoxe veut que le président Bachar al Assad ait lui-même évoqué – pour le dénoncer… – le modèle utilisé.
Au cours des années 1920, les puissances coloniales françaises et britanniques mettent en œuvre des modes de répression faiblement coûteux en hommes et en moyens. Pour mater une révolte tribale, par exemple, il suffit de procéder à des bombardements aériens. S’ils n’écrasent pas la rébellion et ne tuent pas les insurgés, ils casseront au moins leur volonté de se soulever. Quand l’aviation et les bombardements à distance ne suffisent pas, on dépêche des troupes au sol, sur les débordements desquelles on ferme les yeux au nom de la « pacification ». Ce mode de violence est connu en Syrie. La France mandataire y a eu recours en son temps contre ce qui est devenu le symbole de la résistance nationale syrienne : la Grande Révolte Syrienne de 1925-1927.
Etrange retour de l’histoire. La Ghouta, qui avait accueilli les maquisards en lutte contre les Français, offre maintenant un abri aux combattants de l’ombre désireux de libérer leur pays d’une autre autorité d’occupation. Ils y subissent à nouveau – mais dans des proportions inconnues jusque là – le déluge de mitraille, de métal et de feu censé briser la volonté des plus déterminés.

Comme il le fait depuis le début de l’intifada, le régime syrien utilise contre sa population des moyens de violence aussi disproportionnés… que contre-productifs. Destinées à casser le moral de ceux qui mettent en cause son autorité et à purger le pays de ceux qu’il présente comme des monstres, ces attaques renforcent chaque jour dans l’esprit des Syriens la conviction qu’ils vivent, depuis de trop longues décennies, sous le joug d’une « force d’occupation étrangère et barbare » dont il est urgent et nécessaire de se débarrasser.

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11/12/12 Paris- Strasbourg: Train pour la liberté du peuple syrien


20 novembre 2012

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 « Train pour la liberté du peuple syrien »

 

Paris-Strasbourg-Paris

 

Mardi 11 décembre 2012

Des personnalités du monde de la culture et du spectacle ont publié dans Libération du 16 novembre un appel à participer à cet événement destiné à faire pression sur l’Union européenne pour prendre des mesures concrètes d’aide au peuple syrien sur le terrain politique, logistique et humanitaire.

Votre présence dans ce train est un signe de solidarité. Il partira pour Strasbourg à 10 heures de la gare de l’Est. Une animation Vague Blance aura lieu sur le quai. Un tramway conduira les participants de la gare au Théâtre national de Strasbourg où un accueil est prévu et animé par les militant de la région. Après un rendez-vous-débat à 13h entre les voyageurs et les amis alsaciens du peuple syrien, des délégations pluralistes et internationales iront entre 15h30 et 18h30 à la rencontre des élus et des autorités du Parlement européen pour leur transmettre des propositions d’action. Les autres participants seront conviés à visiter le marché de Noël où ils pourront faire part de leur mission. Retour prévu à Paris  à 22 h.

Réservation pour le « Train de la liberté » (aller-retour dans la journée) : train@souriahouria.com (participation aux frais :
20 €). Une collation sera offerte pour le déjeuner

 

A l’initiative de cet événement : l’Appel d’Avignon, la Vague blanche et Souria Houria soutenus par le CentQuatre, le Théâtre du Rond-Point, le Montfort théâtre, l’Association Alsace-Syrie (action parrainée par le Syrian Business Forum).

sur facebook : https://www.facebook.com/events/455165534536945/

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