Conte de printemps


Mohamad Omran a participé au premier festival de courts-métrages organisé sur Facebook, dont le gagnant était désigné en fonction du nombre de « like » obtenus. L’idée lui a beaucoup plu :

« La vidéo permet de transmettre un message court, qui correspond au temps immédiat de la révolution. C’est très différent d’une sculpture ou d’un tableau. Là, on est davantage dans le temps de la réalité. »

Car il s’agit bien de cela : l’art révolutionnaire se nourrit de la réalité vécue au quotidien. Dans le court-métrage qu’il a présenté, « Conte de printemps », Mohamad Omran a décidé d’inclure à la fin une vidéo de Homs qu’il a trouvée sur YouTube :

« Il s’agissait de dire que la réalité est plus forte que tout le reste. »

Syrie : le récit du massacre de Daraya


Que s’est-il passé à Daraya « la pacifiste » ? Dès dimanche, l’Organisation syrienne des Droits de l’Homme (OSDH) annonçait qu’au moins 320 corps avaient été retrouvés. Les comités de coordination locale recensaient de leur côté près de 440 victimes. Mercredi, un nouveau bilan faisait état de 675 victimes.

Appelons-le C. A. (lire notre Boîte noire). Il est membre fondateur du mouvement pacifiste de Daraya, sa ville natale, et responsable au sein du mouvement révolutionnaire de cette banlieue de Damas. À partir de témoignages recueillis, depuis l’étranger, auprès d’activistes et de proches sur place, il raconte l’offensive du régime contre l’Armée syrienne libre (ASL) et comment les civils se sont retrouvés piégés et livrés à la terreur exercée par les milices du régime et de ses collaborateurs. Il dénonce enfin les conséquences dramatiques de l’absence d’appui extérieur et en particulier des moyens de communication. Entretien.

Peut-on retracer ce qui s’est passé à Daraya ? Quand a commencé l’offensive ? 

Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut revenir sur le statut particulier de Daraya. C’est l’une des villes les plus pacifiques de Syrie : c’est là qu’est né le mouvement pacifique syrien, qui s’est fait connaître, à partir de 2002, pour ses activités non violentes. Pendant la révolution, la ville a joué un rôle clé dans la mobilisation pacifiste, mais les habitants ont fini par accepter la présence de l’Armée syrienne libre en tant que force de protection. L’ASL ne menait pas des opérations contre les forces du régime, sa mission à Daraya consistait à protéger les habitants. Elle empêchait ainsi les chabiha (milices du régime – ndlr) de pénétrer dans la ville.

Même avec l’évolution des combats dans la capitale, l’ASL à Daraya s’est contentée de protéger la population et les manifestations nocturnes qui s’y déroulaient, en surveillant les entrées de la ville. Depuis deux mois, il n’y avait plus de morts lors des manifestations ; les seules victimes étaient le résultat des affrontements aux barrages, aux portes de la ville, entre l’ASL et les milices. Les manifestants venaient des localités voisines, Qataniyé, Moadamiyé… Daraya était devenue le lieu de rassemblement de toute la région.

C’était surtout un modèle de ville « libérée » où la population, et les révolutionnaires en particulier, avaient pris en charge la sécurité et la gestion de la vie quotidienne en toute harmonie. Cela explique l’acharnement du régime contre Daraya qui le défiait de la sorte.

L’une des manifestations de Daraya, au mois de juillet 2012 réunissant les habitants de Daraya ainsi que ceux de al-Qaddam.

La semaine dernière (dimanche 20 août – ndlr), le régime a massé ses forces – notamment les militaires de la 4e brigade (dirigée par Maher al-Assad), les hommes des services de renseignement de l’armée de l’air et les chabiha – autour de la ville. Elles se sont positionnées à toutes les entrées, bloquant les accès, jusqu’aux petites artères où se sont déployées les chabiha. Plus personne ne pouvait entrer ni sortir. Deux jours après, mardi 22 août, ils ont commencé à bombarder la ville, avec l’artillerie lourde, les hélicoptères. Les bombardements ont duré trois jours, jusqu’à vendredi.

Nous, les activistes des comités locaux de coordination, les révolutionnaires et relais de l’ASL, avons demandé à l’ASL de sortir de la ville, car la stratégie du régime est claire. Ils bombardent, puis reculent selon la résistance qu’ils rencontrent avant de bombarder à nouveau pour contraindre l’ASL à se replier. Il était inutile que l’ASL épuise ses rares munitions et nous voulions éviter les représailles de l’armée et la vengeance du régime. Les médiations que nous avons menées, à l’intérieur et depuis l’extérieur, ont abouti à un accord sur la nécessité d’un repli : vendredi à 17 heures, les deux Katibats de l’ASL de Daraya nous ont informés de leur intention de partir dans la nuit. Et dès qu’elles sont parties, dans la nuit de vendredi à samedi, à 2 heures du matin, les bombardements ont cessé. Ces trois jours de bombardement avaient déjà fait près de cent morts.

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Trois journalistes étrangers détenus par les forces de sécurité syriennes


Source: Reporters Without Borders

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(RSF/IFEX) – Le 31 août 2012 – Reporters sans frontières exprime sa vive inquiétude quand au sort de trois journalistes étrangers : Cüneyt Ünal et Bashar Fahmi Al-Kadumi, de la chaîne Al-Hurra, ainsi qu’Austin Tice, freelance américain.

Le 27 août 2012, Cüneyt Ünal, le cameraman turc de la chaîne Al-Hurra, dont on était sans nouvelles depuis le 20 août dernier, est apparu dans un programme de la chaîne pro-gouvernementale Al-Ikhbariya. Il apparaît fatigué, avec des ecchymoses sous les deux yeux. Le journaliste semble clairement contraint de faire des déclarations, affirmant avoir été capturé par des soldats de l’armée régulière à Alep et s’accusant d’avoir été accompagné lors de la couverture des combats par des personnes d’origine étrangère « qui avaient tous une arme à la main », notamment des Saoudiens, Tchétchènes, Libyens et Qataris. La chaîne Al-Ikhbariya a aussi montré le journaliste turc brandissant un lance-roquettes. Reporters sans frontières condamne le recours à ces aveux forcés, filmés et retransmis à la télévision, qui s’inspire des pratiques utilisées par les autorités iraniennes.

Dans cette vidéo, aucune mention n’est faite du reporter jordanien de la chaîne, originaire de Jérusalem-Est, Bashar Fahmi Al-Kadumi, disparu en même temps que son confrère. Dans une déclaration à l’Agence France Press (AFP) le 30 août 2012, le frère du journaliste, Majed Al-Kadumi, a indiqué que le Comité international de la Croix Rouge à Jérusalem avait confirmé à la famille que Bashar Fahmi Al-Kadumi avait été arrêté par l’armée syrienne. Interrogée par l’AFP, la Croix Rouge a refusé de confirmer ou d’infirmer ces déclarations, en raison du caractère confidentiel du travail de l’organisation. D’après l’Armée syrienne libre, le journaliste aurait été blessé à l’épaule au moment de sa capture.

Par ailleurs, l’organisation est sans nouvelles du journaliste freelance américain, Austin Tice, disparu en Syrie depuis le 11 août dernier. D’après certaines sources diplomatiques, le journaliste, qui collabore avec le « Washington Post », Al-Jazeera English et McClatchy serait actuellement détenu par des forces pro-gouvernementales syriennes.

En effet, l’ambassadeur de la République tchèque en Syrie, qui représente les intérêts américains dans le pays, a déclaré, dans une interview avec la télévision tchèque, qu’Austin Tice était vivant et qu’il était détenu par les forces gouvernementales dans la banlieue de Damas.

Si ces informations sont avérées, Reporters sans frontières exhorte les autorités syriennes à libérer ces trois journalistes étrangers ainsi que l’ensemble des professionnels des médias syriens actuellement détenus. A ce jour, au moins 31 journalistes et citoyens-journalistes syriens croupissent dans les geôles du régime.

Reporters sans frontières a appris l’arrestation, le 24 août dernier, de Mohamed Omar Oussou, célèbre écrivain et acteur, avec d’autres membres de sa famille, au cours d’une perquisition à son domicile. Le 23 août 2012, le cinéaste et documentariste Orwa Nyrabia, membre du jury du festival international du film documentaire d’Amsterdam en 2011 et directeur du festival Dox-Box en Syrie, a quant à lui été arrêté à l’aéroport de Damas, alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour le Caire. La compagnie aérienne a indiqué qu’il n’avait pas pris l’avion.

Quant au procès contre les collaborateurs du Syrian Center for Media (SCM), une quatrième audience s’est tenue le 29 août dernier. Il semblerait que les autorités souhaitent transférer l’examen de ce dossier à une Cour civile. Le juge doit rendre sa décision le 6 septembre prochain. Reporters sans frontières exprime ses plus vives inquiétudes au sujet de Mazen Darwish et des autres collaborateurs du SCM. Nous rappelons que les charges, qui pèsent contre le président du centre et ses compagnons d’infortune, restent toujours inconnues jusqu’à ce jour, ainsi que le lieu de leur détention.

Non-Alignés: dossier nucléaire et Syrie, trouble-fête du sommet


Le nouveau président islamiste égyptien Mohamed Morsi, pour sa première visite en Iran, a créé un incident en dénonçant "le régime oppressif" devenu "illégitime" en Syrie, ce qui a provoqué le départ de la délégation syrienne.Le nouveau président islamiste égyptien Mohamed Morsi, pour sa première visite en Iran, a créé un incident en dénonçant « le régime oppressif » devenu « illégitime » en Syrie, ce qui a provoqué le départ de la délégation syrienne.

Le sommet des Non-Alignés de Téhéran s’est achevé vendredi soir après deux jours d’échanges parfois conflictuels sur la question nucléaire et la crise syrienne, qui ont éclipsé les efforts iraniens pour obtenir son soutien face aux Occidentaux.

Les représentants des 120 pays membres ont adopté une déclaration finale affirmant notamment le droit de tous les pays à l’énergie nucléaire pacifique, le refus de toutes sanctions unilatérales et menaces militaires contre un pays, le soutien à la création d’un Etat palestinien et la nécessité du désarmement nucléaire, ont indiqué les médias iraniens.

Le texte de cette déclaration n’était pas immédiatement disponible vendredi soir sur le site officiel iranien dédié au sommet.

En pointe sur tous ces sujets, l’Iran qui va assurer la présidence du Mouvement des Non-Alignés pour trois ans n’a pas caché son ambition d’en faire un outil dans sa lutte anti-occidentale.

Bien que seuls une trentaine de chefs d’Etat ou de gouvernement aient fait le déplacement, Téhéran a présenté ce sommet comme une preuve de l’échec des efforts occidentaux pour l’isoler en raison de son programme nucléaire controversé.

Mais le dossier nucléaire a malgré tout perturbé cette grand-messe.

Répondant aux critiques du Guide suprême iranien Ali Khamenei contre la « dictature » du Conseil de sécurité de l’ONU qui a condamné et sanctionné l’Iran à plusieurs reprises, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a fermement demandé à Téhéran de respecter les résolutions du Conseil lui enjoignant notamment de cesser l’enrichissement d’uranium au coeur des inquiétudes internationales.

Faute de quoi une « spirale de violence » pourrait aboutir « rapidement » à un conflit militaire, a averti M. Ban, dénonçant les menaces israéliennes de frapper les sites nucléaires iraniens mais aussi la rhétorique belliqueuse « inacceptable » de l’Iran qui a menacé de détruire l’Etat hébreu s’il était attaqué.

L’avertissement du chef de l’ONU a été renforcé par la publication simultanée jeudi d’un nouveau rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) relevant que l’Iran avait doublé récemment la capacité de son site d’enrichissement nucléaire souterrain de Fordo, le seul considéré comme à l’abri de frappes militaires.

L’agence onusienne a également ravivé les doutes sur les objectifs nucléaires de Téhéran, accusé « d’entraver » ses efforts de vérification en procédant à un « nettoyage » du site militaire de Parchin où elle a décelé des activités suspectes mais n’a toujours pas pu se rendre.

L’ayatollah Khamenei a toutefois réaffirmé que l’Iran ne cherchait pas à se doter de l’arme atomique et ne cèderait rien sur ses « droits » nucléaires.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Ali Akbar Salehi a rejeté de son côté vendredi les accusations de l’AIEA, qualifiées de « prétextes » pour justifier les sanctions contre l’Iran.

Les Etats-Unis ont réagi en avertissant à nouveau Téhéran que le temps de la diplomatie pour résoudre le problème nucléaire ne durerait pas « indéfiniment ». La France a appelé de son côté à un nouveau renforcement des sanctions contre Téhéran.

La crise syrienne a également placé l’Iran sur la défensive lors du sommet, en illustrant l’isolement de Téhéran dans son soutien inconditionnel au gouvernement du président Bachar al-Assad.

Le nouveau président islamiste égyptien Mohamed Morsi, pour sa première visite en Iran, a créé un incident en dénonçant « le régime oppressif » devenu « illégitime » en Syrie, ce qui a provoqué le départ de la délégation syrienne.

L’ayatollah Khamenei n’en a pas moins réaffirmé vendredi le soutien iranien à Damas, accusant à nouveau « l’Amérique et le régime sioniste » d’avoir provoqué la crise pour affaiblir le front des pays opposés à Israël.

A cet égard, M. Ban a sévèrement épinglé durant le sommet la rhétorique « raciste » et « outrageante » des dirigeants iraniens qui appellent régulièrement à la destruction d’Israël ou nient la réalité de l’Holocauste.

Et il a également profité de sa visite à Téhéran pour réclamer la libération des centaines de prisonniers politiques iraniens, avertissant le régime que ses atteintes aux libertés dénoncées par l’ONU « ne font que semer les germes de l’instabilité » dans le pays.

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La France veut diriger l’aide vers les « zones libérées » en Syrie


vendredi 31 août 2012, par La Rédaction

La France projette d’affecter l’aide humanitaire aux zones de Syrie tenues par les rebelles afin que ces « zones libérées » puissent s’administrer elles-mêmes et endiguer le flot des réfugiés, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.
Le chef de la diplomatie française a indiqué jeudi soir à New York que la France et la Turquie avaient identifié des zones dans le nord et le sud de la Syrie qui avaient échappé au contrôle du président Bachar al Assad, créant l’opportunité pour les communautés locales de se gouverner elles-mêmes sans se sentir obligées de fuir dans les pays voisins.
« On constate que l’opposition a pris des positions fortes dans des zones libérées à la fois dans le nord et le sud », a indiqué Laurent Fabius après une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu, sous présidence française, qui s’est tenue jeudi soir à New York. « Ces résistants qui ont pris le contrôle de certaines zones et municipalités doivent administrer ces zones », a-t-il ajouté.
« Peut-être que dans ces zones libérées, les Syriens qui veulent fuir le régime trouveront un abri, ce qui, du coup, rend moins nécessaire le fait de passer la frontière, que ce soit en Turquie, au Liban, en Jordanie ou en Irak », a indiqué le chef de la diplomatie française.
Il a également appelé à fournir une aide plus importante à ces zones contrôlées par les rebelles syriens.
« Il faut les aider sur le plan financier, sur le plan administratif, sur le plan sanitaire et en terme d’équipements et nous le faisons directement, ainsi que la Turquie », a précisé Laurent Fabius.
Paris et Ankara travaillent notamment à identifier dans ces zones des individus à même de faire partie d’une future autorité syrienne.
« Dans la Syrie du futur, ces personnalités joueront un rôle important parce qu’elles sont issues du conflit et qu’elles ont la confiance de la population », a-t-il ajouté.
Le ministre n’a néanmoins pas précisé comment la promesse d’allouer la plus grande partie des cinq millions d’euros d’aides supplémentaires consenties par la France à ces zones libérées protégerait les civils et les empêcherait de fuir le pays alors même qu’ils sont fréquemment soumis à des attaques aériennes meurtrières.
Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les conditions de vie des civils syriens se détériorent dramatiquement.
« La situation dans de nombreuses parties de la Syrie s’approche désormais d’une détérioration irréversible. Aider le nombre de personnes dans le besoin, qui augmente à grande vitesse, est une priorité absolue », a précisé l’organisation humanitaire dans un communiqué vendredi.

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Les conditions de vie des civils syriens empirent dramatiquement
Les conditions de vie des civils syriens se détériorent de façon spectaculaire alors qu’il devient de plus en plus dur pour eux de se procurer de la nourriture et de fuir les combats qui ont causé un record de 1.600 morts sur la semaine écoulée, ont annoncé vendredi des organisations humanitaires.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dont les 50 bénévoles présents en Syrie sont confinés à Damas pour des raisons de sécurité, n’a pas pu envoyer de convois ces deux dernières semaines, selon le porte-parole de l’organisation, Hicham Hassan.
« La situation dans de nombreuses parties de la Syrie s’approche désormais d’une détérioration irréversible. Aider le nombre de personnes dans le besoin, qui augmente à grande vitesse, est une priorité absolue », a indiqué le CICR dans un communiqué.
Des dizaines de milliers de civils forcés de fuir les combats ont été déplacés ces dernières semaines et la plupart sont complètement dépendants de l’aide humanitaire, ajoute le communiqué.
« Les gens souffrent tous les jours. Beaucoup ont perdu leur travail, d’autres la personne qui assurait leur subsistance. Il est difficile de répondre même aux besoins alimentaires de base et d’obtenir d’autres objets indispensables », poursuit l’organisation humanitaire.
Selon Marianne Gasser, qui dirige la délégation du CICR en Syrie, les combats à Damas se sont intensifiés sans relâche depuis la mi-juillet. Le Croissant-Rouge arabe syrien (Cras) continue de porter assistance aux personnes déplacées à Damas, Alep, Homs, Idlib et ailleurs.
« Les gens craignent pour leur vie à chaque minute », a-t-elle déclaré.
Selon le CICR, un nombre croissant de blessés succombent à leurs blessures, parce qu’ils ne peuvent recevoir des soins médicaux en raison du conflit ou du manque de matériel médical ou de services de santé. « Les centres de soins médicaux qui fonctionnent encore trouvent de plus en plus difficile de faire face au nombre de patients blessés », précise le CICR. On estime à environ 1,2 million le nombre de personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie, dont 150.000 à Damas et dans les zones environnantes, selon l’Onu.
« La Syrie a été témoin la semaine passée d’une escalade de la violence, en particulier à Damas. Un nombre record de 1.600 personnes tuées a été rapporté, dont des enfants », a déclaré Patrick McCormick du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) lors d’une conférence de presse à Genève, citant un document de l’Onu.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a indiqué vendredi que près de 229.000 Syriens avaient fui à l’étranger au cours des dix-sept mois du conflit syrien, passant dans quatre pays frontaliers (Irak, Jordanie, Liban et Turquie), avec un bond de 100.000 réfugiés pour le seul mois écoulé.
« Nous continuons à observer à travers la région une augmentation constante du nombre de personnes quittant la Syrie. Cette augmentation a été particulièrement sensible dans la vallée de la Bekaa, au Liban, la semaine dernière », a précisé Adrian Edwards, porte-parole du HCR.
« Trois mille personnes par jour traversant les frontières (syriennes) vers d’autres pays, c’est une crise de réfugiés vraiment, vraiment importante », a-t-il ajouté.
Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a annoncé vendredi que la France projetait d’affecter l’aide humanitaire aux zones de Syrie tenues par les rebelles afin que ces « zones libérées » puissent s’administrer elles-mêmes et endiguer le flot des réfugiés.
« L’Unicef est très préoccupé par le fait qu’en Syrie et dans les régions environnantes, nous puissions observer ou soyons en train d’observer l’une des situations d’urgence humanitaire les plus importantes de ces dix dernières années », a poursuivi Patrick McCormick, évoquant des défis majeurs pour fournir abris, eau potable et installations sanitaires.
« Nous ne pouvons manifestement pas affronter cette urgence de la façon que nous souhaiterions jusqu’à ce qu’une solution politique soit trouvée », a-t-il ajouté.

(31 août 2012 – Avec les agences de presse)

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Que faire en Syrie ?


mercredi 29 août 2012, par Alain Gresh

La crise syrienne s’éternise. Pour l’instant, en tout cas, ni les discours du pouvoir annonçant qu’il va écraser l’opposition, ni les espoirs des Occidentaux que le régime s’effondre ne se sont réalisés. Et le pays paie un prix élevé pour cette impasse, coût qu’il est difficile de chiffrer – des dizaines de milliers de morts, un nombre incalculable de blessés, bientôt 200 000 réfugiés à l’étranger. Cette descente dans l’abîme érode la fabrique même de la société, dressant les communautés les unes contre les autres, les villageois contre leurs voisins.

On l’a dit à plusieurs reprises ici : le pouvoir porte la responsabilité majeure du bain de sang et de la spirale de violence qu’il a largement alimentée. Mais la crise syrienne se réduit-elle à un pouvoir dictatorial affrontant l’ensemble de son peuple ? Si tel était le cas, le régime serait tombé depuis longtemps. D’autre part, peut-on comprendre la crise en dehors de sa dimension géopolitique, en dehors de l’action d’acteurs aux motivations diverses ?

C’est qu’il se déroule, sur la scène syrienne, plusieurs guerres parallèles. D’abord, comme ailleurs dans le monde arabe, s’est exprimée une aspiration à la liberté, à la fin de la dictature. Mais la militarisation de l’opposition – favorisée par les ingérences extérieures et par la brutalité du régime –, son incapacité à présenter un programme rassembleur, ses profondes divisions ont ouvert de larges fractures dans le peuple syrien. Le régime a pu s’assurer le soutien d’une partie de la bourgeoisie sunnite avec laquelle il était allié depuis des décennies, celui de représentants de minorités qui pouvaient se sentir menacées (alaouites, chrétiens, etc.). Il a pu aussi compter sur le désarroi grandissant d’une partie de la population, qui, notamment à Damas et à Alep, avait l’impression que les combattants de l’opposition la prenaient en otage. Des journalistes de Libération, de The Independent (« Aleppo’s poor get caught in the crossfire of Syria’s civil war », 24 août), de The Economist (« Part of the problem is that the rebels are failing to win hearts and minds among the urban middle class in Aleppo »), ont rendu compte de ce désarroi d’une partie de la population sans que le discours dominant dans les médias sur la Syrie ne change : un peuple uni face à une dictature sanglante.

La question des combattants étrangers a souvent été soulevée. Pourquoi s’étonner que des jeunes Libyens ou Tunisiens veuillent partir se battre en Syrie contre une dictature ? Est-ce le fait qu’ils soient islamistes qui disqualifie leur combat ? Non, le problème – au-delà de la présence de groupes comme Al-Qaida – tient aux ingérences étrangères et à la manière dont l’Arabie saoudite et le Qatar notamment, mais aussi la Turquie, arment, financent et mobilisent ces groupes. Et on peut douter que le moteur de l’action des monarchies du Golfe soit l’instauration de la démocratie en Syrie. Bien sûr, l’affirmation du ministre des affaires étrangères syrien Mouallem à Robert Fisk, selon laquelle les Etats-Unis sont responsables pour l’essentiel de ce qui se passe en Syrie (« We believe that the USA is the major player against Syria and the rest are its instruments »), est outrancière, mais qu’il y ait des ingérences étrangères, qui peut en douter ?

C’est Kofi Annan, l’envoyé de l’ONU pour la Syrie (« Sur la Syrie, à l’évidence, nous n’avons pas réussi », LeMonde.fr, 7 juillet 2012), qui le déclarait : aucune des deux parties n’a vraiment essayé, en avril 2012, lors de l’envoi d’observateurs internationaux, de mettre fin aux combats. Et si l’appui de l’Iran, de la Russie et de la Chine à Damas a durci la position du président Bachar Al-Assad, le refus des Occidentaux, Français compris, d’appeler l’opposition à respecter un cessez-le-feu a aussi mis de l’huile sur le feu. A aucun moment ni les Occidentaux, ni Paris n’ont cru en la mission Annan et n’ont fait le moindre effort pour qu’elle réussisse.

Pourquoi ? Parce que l’objectif prioritaire de nombreux protagonistes (Occidentaux, pays du Golfe) est de faire tomber le régime dans le but d’atteindre l’Iran. Leur stratégie s’inscrit dans une jeu géopolitique dangereux, dont les droits humains ne sont qu’une dimension. La Russie et la Chine, favorables à des pressions sur Téhéran mais hostiles à une aventure militaire, s’opposent, bien évidemment, à cette stratégie. « Tout cela est un jeu géopolitique joué avec le sang syrien, m’expliquait, ulcéré, un intellectuel de Damas. Poutine et Obama devraient rendre des comptes devant la justice internationale. »

Aujourd’hui encore, les Occidentaux sont dans l’incapacité de regrouper l’opposition, et la demande du président François Hollande de voir se créer « un gouvernement provisoire inclusif et représentatif » pour « devenir le représentant légitime de la nouvelle Syrie » (lire « Hollande cherche à se placer en pointe sur la Syrie », LeMonde.fr, 28 août) relève de l’utopie – comme l’ont confirmé les Etats-Unis – et montre la difficulté du gouvernement français à reconnaître que le Conseil national syrien a perdu une grande part de sa légitimité.

En attendant, combats et massacres se poursuivent. La seule initiative un peu sérieuse est celle qu’a esquissée le président égyptien Mohammed Morsi, qui veut créer un groupe de quatre pays, le sien, l’Iran, l’Arabie saoudite et la Turquie (« Egyptian Leader Adds Rivals of West to Syria Plan », The New York Times, 26 août). Ce groupe aurait l’avantage de tenir à l’écart, au moins dans un premier temps, les parties étrangères à la région. Mais il s’appuie sur une idée, celle de la négociation entre le pouvoir et l’opposition. On ne négocie pas avec ceux qui ont du sang sur les mains ? Rappelons que dans les années 1980, la transition vers la démocratie en Amérique latine s’est faite en assurant l’impunité aux généraux coupables des pires exactions (il a fallu vingt ans supplémentaires pour les faire comparaître devant la justice ; c’était le prix à payer pour une transition pacifique).

Un dernier mot sur les médias. Le Monde diplomatique de septembre publie un article sur la manière pour le moins biaisée dont un certain nombre de médias ont rendu compte de cette crise (« Syrie, champ de bataille médiatique »). Au-delà de la discussion sur la déontologie, cette manière de rendre compte de la crise contribue à paralyser les autorités politiques et à les priver de toute capacité d’action réelle : qui oserait aujourd’hui encore appeler à la négociation, à une sortie de la violence, sans se faire taxer d’agent de la dictature syrienne (voire de Moscou, de Pékin ou de Téhéran) ?

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A Téhéran, M. Morsi défend la révolution syrienne et les traducteurs font semblant de ne pas entendre


Le sommet des pays non-alignés à Téhéran, le 30 août

Les traducteurs chargés de retranscrire en persan, en direct, le discours très attendu de Mohamed Morsi, président égyptien, lors du sommet des non-alignés à Téhéran, ont probablement vécu un cauchemar aujourd’hui. M. Morsi a déçu ses hôtes iraniens lorsqu’il a dit : « La révolution en Egypte était un pilier du printemps arabe, elle a commencé quelques jours après la Tunisie, a été suivie par la Libye et le Yémen et aujourd’hui la révolution en Syrie [vise] le régime oppressif [de ce pays]« . Pourtant, les traducteurs simultanés du sommet, retransmis en direct sur deux chaînes de la télévision nationale, n’ont pas hésité à remplacé « la Syrie » par « le Bahreïn ». Quand Morsi a appelé l’opposition syrienne à serrer les rangs, encore une fois, c’est l’opposition du Bahreïn qui a été mentionnée.

Le site conservateur Baztab, qui se félicite d’avoir annoncé la possibilité selon laquelle M. Morsi prononcerait un discours ferme à l’égard du régime de Bachar Al-Assad, fait valoir que les organisateurs du sommet, bien préparés à ce risque, ont utilisé « la technologie de traduction » pour que « les bonnes prises de position de la part de Morsi soient relayées pour l’opinion publique »« Le traducteur a remplacé le mot ‘Syrie’ par ‘Bahreïn’, alors que Morsi n’avait pas du tout abordé la question du Bahreïn », confirme Baztab.

Tandis que l’Iran soutient sans relâche le régime de Damas et dénonce une ingérence étrangère dans ce pays depuis le début des révoltes, il reste très critique face au régime du Bahreïn, qui réprime un mouvement de contestation mené par des chiites.

La censure et la transformation des déclarations de M. Morsi s’étendent également sur certains sites et agences d’informations iraniens. A en croire le site conservateur Farda, M. Morsi aurait porté un soutien sans faille au régime syrien : « Il faut avoir l’espoir qu’en Syrie, le régime populaire persiste et nous devrons faire de notre mieux pour que les réformes soient réalisées en Syrie ». M. Morsi aurait également ajouté: « Le peuple syrien est libre et peut résister face aux complots [étrangers]« , selon Farda.

L’agence officielle ISNA est l’une des seules à avoir relayé les déclarations de Morsi sur son soutien à l’opposition syrienne, mais elle évite tout de même de publier le passage sur la nature oppressive du régime de Bachar Al-Assad. Certains sites conservateurs ont également préféré critiquer les propos du président égyptien plutôt que les censurer. C’est le cas du site Jahan News qui qualifie les déclarations de Morsi de « prématurées », « insensées » et « bizarres ».

Ce discours « mal-traduit » ou « mal-compris » a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. « Nous sommes aussi traducteurs et nous comprenons ce qu’il raconte. Vous croyez faire une traduction de bonne qualité ? J’ai la tête qui tourne… », disait l’un des journalistes présents au sommet sur sa page Facebook.

« A partir de demain, Morsi sera le deuxième Moubarak [figure détestée par l’Etat iranien], et peut-être que les médias nationaux [la télévision et la radio publiques] surnommerons la révolution égyptienne, ‘le printemps israélien’ dès aujourd’hui », a également réagi une autre journaliste sur sa page Facebook.

Assal Reza

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