Des vétérans libyens entraînent les insurgés syriens


mardi 14 août 2012, par La Rédaction

D’anciens combattants de la guerre civile libyenne, à l’issue de laquelle l’ancien dirigeant Mouammar Kadhafi a été tué en octobre 2011, entraînent militairement les rebelles syriens, et les aident à s’organiser, a déclaré mardi à Reuters un combattant libyen.

Houssam Najjar, né de père libyen et de mère irlandaise, a fait partie du bataillon qui a investi le quartier général de Mouammar Kadhafi lors de la prise de Tripoli en août 2011, sous les ordres du chef milicien Mahdi al Harati.

C’est Mahdi al Harati, désormais à la tête d’une compagnie de rebelles syriens contre le président Bachar al Assad, qui a demandé à Houssam Najjar de quitter Dublin pour le rejoindre.

« J’ai presque pleuré quand j’ai vu leurs armes », raconte le vétéran de la guerre civile libyenne. « Les armes à feu sont absolument inutiles. On nous vend des restes de la guerre d’Irak, des restes d’ici ou de là. »

L’arsenal rebelle est devenu « cinq fois plus puissant » depuis son arrivée, selon Houssam Najjar, qui cite l’arrivée d’armes anti-aériennes de gros calibre, et de fusils à lunettes.

Le Libyen regrette le manque d’organisation des insurgés qui obéissent à des commandements locaux et peu coordonnés entre eux, même si beaucoup revendiquent leur appartenance à l’Armée syrienne libre (ASL).

« L’un des facteurs les plus importants dans le ralentissement de la révolution, c’est le manque d’unité parmi les rebelles », déclare Houssam Najjar. « Malheureusement, ce n’est que lorsqu’ils ont le dos au mur qu’ils s’en rendent compte. »

Houssam Najjar juge la situation plus dure que lors de la guerre civile libyenne, en raison d’une répression, selon lui, plus sévère que celle de Mouammar Kadhafi, et de l’absence d’une zone d’exclusion aérienne, comme celle que l’Otan avait imposé en mars 2011.

« En Libye, avec la zone d’exclusion aérienne, nous étions capables de rassembler entre 1.400 et 1.500 hommes au même endroit, et d’avoir des brigades et des pelotons », souligne-t-il. « Ici, nous avons des hommes dispersés ça et là. »

Source

Un diplomate syrien à l’ONU a fait défection


Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 13.08.2012 à 09h21 • Mis à jour le 14.08.2012 à 09h26

Des habitants fuient les bombardements dans le quartier de Salaheddine, à Alep, le 6 août.
  • 18 heures : un diplomate syrien à l’ONU fait défection

Un diplomate syrien, Dany Al-Baadj, accrédité aux Nations unies à Genève, a fait défection. Il était le troisième secrétaire de la mission permanente de la Syrie au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (CDH). « La situation continue de s’aggraver. J’ai senti que je ne pouvais plus servir mon pays dans le camp du gouvernement« , a expliqué le diplomate à l’agence de presse suisse ATS. Dany Al-Baadj a précisé qu’il n’allait pas demander l’asile politique en Suisse mais que ses parents étaient avec lui à Genève.
Lire la suite ici

La vie sans Bachar


REPORTAGE – À l’ouest d’Alep, des milliers de personnes habitent une région libérée. Justice, police, santé, vie en société, il leur faut tout inventer : « Assad voulait qu’on se déchire. C’est le contraire qui est arrivé »

Lire l’article ici

 

Mourir à Alep


Rédaction en ligne

dimanche 12 août 2012, 15:31

C’est une guerre longue qui s’annonce ici, une guerre d’usure. Chroniques de la révolution syrienne (VI et fin)

Mourir à AlepArchives Reuters

Alep (2 et 3 août 2012) – Le gouvernement a repris l’offensive, avec toute la puissance de son arsenal, continuellement réalimenté par son allié russe. Mais les combattants de la révolution, s’ils manquent de tout, sont implantés partout dans la population ; les chars peuvent passer, ils ressurgiront derrière eux.

Ce matin, je repars pour Salaheddine, vaste quartier du sud-ouest d’Alep. La bataille y fait à nouveau rage ; on entend d’ici les obus qui s’abattent tout autour de la Mosquée de Saladin. Et l’on attend pour ce soir ou demain les colonnes de blindés qui se sont mises en route de Damas et d’Idlib et foncent sur Alep à toute allure.

Mon ami Abdul Rhaman, vétérinaire devenu médecin par le fait de la guerre, me demande d’être prudent : « à Salaheddine, depuis des jours, il tombe toujours quelque chose du ciel ; et, si ce ne sont pas des bombes, ce sera la pluie, ou la neige… « . Domenico, reporter à La Stampa, mon compagnon de voyage, a accepté de prendre à nouveau le risque d’y entrer aussi, pour ne pas me laisser y aller seul. Même si son journal lui a signifié que, pour la Syrie, c’est terminé : « les gens sont sur les plages », m’explique-t-il, désabusé, et l’air plutôt agacé. « Ils veulent lire des choses légères ; alors, les morts, la guerre, et la révolution syrienne… »

Mais, ici, les gens sont loin des plages. Le cortège des blessés, des morts, a repris à l’hôpital, où les corps sont amenés par tous les moyens ; beaucoup proviennent de Salaheddine.

Les troupes du gouvernement sont déployées au-delà de l’autoroute, qui délimite le quartier au nord-ouest. Elles ont été repoussées par les rebelles, par plusieurs jours de combats, depuis l’insurrection d’Alep, le 20 juillet. Seuls quelques pâtés de maisons, au-delà de la rue Hamdanieh, au nord, sont encore occupés par l’armée régulière.

Nous « profitons « du départ d’une ambulance, qui vient à peine de déposer son chargement, pour regagner avec elle Salaheddine. Abdul Rhaman veut aussi être du voyage : « je commence à te connaître, Pierre ; tu vas encore te mettre en danger, je vais avec toi ». Il nous accompagne donc, ainsi que deux miliciens de l’ASL, en armes. Je monte à bord en m’appuyant sur la civière, elle est couverte de sang. Je m’essuie la main, comme je peux, sur le bas de mon pantalon.

« Nous sommes en train de violer la Convention de Genève », nous dit Domenico. « Cette ambulance est armée ; il ne s’agit plus de secours, mais d’un transport de troupes, même s’ils ne sont que deux : si les autres veulent tirer, légalement, ils ont le droit de le faire. »

« C’est parce que les hommes de Bashar tirent sur les ambulances que nous devons les protéger », répond Abdul Rhaman.

Je ne suis pas rassuré : Domenico a raison ; mais je suis loin de ma salle de cours et de la théorie du droit international. Les hélicoptères, en effet, visent les ambulances ; nous sommes donc une cible toute désignée.

Nous allons ainsi rejoindre le quartier général de la rébellion à Salaheddine, où nous nous trouvions hier. Cette fois, l’objectif est de gagner le front, la rue Hamdanieh, que les rebelles ont rebaptisée la « 10ème rue ».

Auparavant, cependant, les rebelles veulent nous montrer quelque chose. Ils nous emmènent dans la « 15ème rue », un peu en retrait du front. Elle débouche sur l’autoroute. C’est par l’extrémité ouest de cette rue que les troupes gouvernementales avaient fait irruption dans le quartier au moment de l’offensive de l’ASL, le 20 juillet. Les rebelles les en ont chassées avant-hier, après dix jours de lutte.

La découverte qu’ils y ont faite est macabre : une dizaine de civils, des habitants du quartier, ont été massacrés par les soldats du régime. Leurs corps n’ont pas été évacués pendant ces dix jours de combats ; ils gisent encore là, en décomposition, grouillant de vers et couverts de mouches, suractivées par la chaleur torride de l’été. Je m’approche du premier cadavre, le corps d’un homme, étendu au milieu de la rue, les bras en croix, devant sa camionnette mitraillée. Les dents apparaissent, sous les lèvres rongées par la vermine. Je photographie. Je progresse plus avant dans la rue : un jeune homme, couché sur le dos, a été tué sur le pas de la porte de son immeuble. Je photographie. Plus loin encore, dans le hall d’entrée d’un autre bâtiment, quatre ou cinq corps enchevêtrés pourrissent. J’entre. Une nuée de mouches me fait reculer. L’odeur est pestilentielle. Le sang s’est écoulé jusque dans la rue en une longue traînée noire. Je respire profondément, et j’y retourne. Je photographie à nouveau. Je dois ressortir. Je prends une autre pleine poumonée d’air, et je parcours une troisième fois le couloir qui mène à ces malheureux ; je photographie toujours. Cela ne fait aucun doute : il s’agit d’un crime de guerre. Un de plus…

« Un crime de guerre »; l’expression, que j’enseigne depuis des années, m’apparaît soudainement absurde, après tout ce que j’ai vu depuis mon arrivée à Alep ; plus exactement, elle m’apparaît vide de tout sens et presqu’indécente.

Au bout de la rue, deux autres cadavres sont étendus ; cette fois, il s’agit de soldats du régime.

Nous remontons dans l’ambulance, qui nous conduit au QG du quartier, en compagnie de deux pillards que les rebelles viennent d’arrêter dans les ruines.

Je demande à voir le commandant : hier, j’avais remarqué plusieurs des combattants rebelles, qui ne parlaient pas l’arabe. Je veux lui poser la question clairement : qui sont-ils ? S’agit-il de djihadistes ? De mercenaires ? Ont-ils quelque chose à voir avec al-Qaeda ?

Le commandant, Abou Bakri, me reçoit très aimablement. Alors que je m’attendais à rencontrer un barbu à la peau burinée, je me retrouve face à un jeune homme, coiffé à l’européenne, rasé, étudiant en économie. Il parle un peu le français. Assis près de lui, un autre jeune homme, tout aussi « bon chic, bon genre »; c’est un de ses amis d’université, aussi étudiant en économie, qui l’a rejoint dans la lutte contre la dictature baathiste.

Nous discutons de la question. Ses réponses sont franches, sans détour, et confirment ce que j’avais pu constater à chacun de mes séjours syriens, depuis le début des événements : des groupes djihadistes circulent, en relation avec al-Qaeda. Mais les rebelles syriens ne les acceptent pas. « Ils n’ont rien à faire en Syrie. »

Par contre, Abou Bakri m’explique que, dans son groupe, il y a quelques étrangers, qui se battent aux côté des Syriens insurgés : quelques Tchétchènes, un Irakien, des Afghans… Ils ne sont pas plus d’une vingtaine à Alep, sur environ deux mille combattants, et ils n’ont aucun lien avec al-Qaeda. Ce sont des électrons libres, qui sont venus aider la révolution ; après quoi ils rentreront chez eux.

« Face à ce régime assassin, nous avons besoin de toutes les aides possibles », précise Abou Bakri. « Il y a aussi des Chrétiens dans notre mouvement. Et nous acceptons tout le monde, y compris les étrangers. Ce n’est pas comme l’ASL. »

Ainsi donc, nous n’avons pas affaire à l’ASL. De question en question, les choses deviennent plus claires : il s’agit d’une autre organisation résistante, Jabhet al-Nosra (Les Vainqueurs de la Première Ligne), qui aurait des ramifications dans tout le pays et se composerait essentiellement de jeunes et d’étudiants.

« C’est que nous ne faisons pas pleinement confiance à ceux qui dirigent l’ASL », poursuit le jeune commandant. « Nous coordonnons nos efforts avec l’ASL, mais nous ne prenons pas nos ordre de leurs généraux : avant de changer de camp, ces hommes occupaient des fonctions importantes dans l’armée de Bashar al-Assad ; ils travaillaient pour le système. Je ne crois pas qu’ils vont changer de mentalité et renoncer à leurs ambitions du jour au lendemain. »

« Et quels sont les objectifs de votre organisation ? Qu’adviendra-t-il, après la révolution ? »

« Nous n’avons pas d’autre objectif que de renverser la dictature pour permettre à notre pays, là où nous vivons, de mettre en place un gouvernement élu, démocratique, qui travaille dans l’intérêt des gens. Nous n’avons aucun agenda caché ; et nous n’avons aucun projet concernant l’Islam, contrairement à ce que beaucoup de journalistes étrangers insinuent lorsqu’ils parlent de la révolution syrienne. Lorsque la révolution sera terminée, nous laisserons nos armes à l’armée et nous rentrerons chez nous ; mon ami et moi, nous reprendrons nos études à l’université. »

C’est avec Abou Bakri et deux de ses hommes que nous avons gagné la ligne de front, la « 10ème rue ». Il a fallu traverser quelques carrefours transformés en champs de tir par les snipers du gouvernement, pour finalement aboutir dans la rue Hamdanieh.

Les combattants des deux camps s’y affrontent face à face, séparés par une quinzaine de mètres à peine, la largeur de la rue. On tire depuis les fenêtres, depuis les trottoirs. Le seul moyen de faire reculer l’adversaire est de prendre immeuble après immeuble, qu’il reconquerra le lendemain.

J’ai accompagné un petit peloton de soldats dans ces combats de rue, cette guérilla urbaine. J’ai ressenti avec eux la peur d’être frappé par la balle d’un tireur embusqué. J’ai vu le courage qu’il faut avoir pour se découvrir et courir à l’assaut de la position adverse. J’ai compris l’effroi de celui qui se retrouve plaqué au sol et, blessé, regarde couler son propre sang, incapable de se relever tout seul…

« Tu as pris de grands risques, aujourd’hui » m’a reproché Domenico. « Et pourquoi ? Ce n’est pas notre guerre. Ici, n’oublie pas que nous sommes des intrus. »

Pour cette fois, je n’étais pas d’accord avec lui. Oui, c’est aussi ma guerre. C’est ma guerre de citoyen du monde, à chaque fois que la justice et la vérité sont contestées et qu’on torture des gens pour les faire taire. C’est ma guerre de chrétien, de témoigner de la souffrance des humbles. C’est enfin ma guerre d’homme, de ne pas rester indifférent à ce qui se passe derrière une frontière, parce que, au-delà de la frontière, ce sont aussi des hommes.

Avec ses moyens militaires, le gouvernement du président Bashar al-Assad pourrait raser la ville en quelques heures seulement. Il hésite cependant, car, après un tel acte, qu’adviendrait-il de l’État ?

Mais la peine est immense ; le supplice est cruel ; et le combat, inégal.

Ma tâche est terminée. J’ai témoigné de mon mieux, pendant six jours, de la réalité journalière de la bataille d’Alep ; de ce quotidien qui accompagnera les habitants de la ville pendant de longues semaines encore, pendant des mois peut-être ; du courage et de l’abnégation des médecins de l’hôpital Dar al-Shifaa et de la souffrance de ses salles d’opération ; de la douleur de la guerre urbaine ; de l’indécence de la guerre, et plus encore lorsqu’elle est organisée par un gouvernement contre son peuple.

Je quitterai donc Alep, demain. Les médecins le regrettent. Je le lis bien sur leur visage. Ils voudraient que nous restions, que nous ne les laissions pas seuls, que nous continuions à témoigner. Nous étions un lien avec le monde. Ils avaient ainsi l’impression de ne pas être isolès dans leur Enfer, dont la porte va se refermer derrière nous. Ils nous souhaitent bon voyage, que notre route, que nous parcourrons en une traite jusqu’à la frontière turque, soit sans danger. Moi, je pense déjà à ma campagne et au confort de ma maison.

Il reste certes quelques formalités : retrouver notre passeur ou tenter de nous présenter à un poste de la frontière turque ; mais les Turcs ne laissent pas rentrer les journalistes sortis sans recevoir le tampon de la douane, pas sans leur infliger préalablement quelques désagréments : quelques heures ou quelques jours de prison, et une amende de sept-cents euros. Je trouve ce comportement parfaitement ignoble, à l’égard de ceux qui risquent leur vie pour témoigner de la souffrance du monde.

Demain, les chars d’assaut qui montent de Damas et d’Idlib seront ici. Depuis le début de la nuit, les bombardements ont repris avec intensité…

J’ai le sentiment d’abandonner des amis. Je pense à Reda et à Ahmed. Au commandant de Salaheddine. À Abdul Rahman. Je pense à Manhal, à Nori, à ceux de Tal-Biseh…

Je pourrais rester ; je devrais rester.

Ce matin du 3 août, nous sommes réveillés par des explosions toutes proches. Domenico entre en trombe dans ma chambre : il faut partir ; les soldats sont à trois cents mètres de l’hôpital, à deux rues d’ici.

Nous descendons au rez-de-chaussée et sortons dans la rue : les miliciens de l’ASL sont en embuscade, mitrailleuses tournées vers l’ennemi ; c’est le silence de l’attente angoissante.

Alors que nous quittons Alep et que je monte dans une ambulance qui évacue des blessés vers la Turquie, Abdul Rhaman et moi nous disons adieu.

Ainsi furent ses derniers mots : « Les Arabes disent : les montagnes ne vont pas les unes vers les autres ; mais les hommes ont été créés pour se rencontrer. »

Pierre PICCININ (Historien – Politologue), en Syrie, juillet-août 2012

Source

Cinquième partie

La Jordanie, aride terre d’accueil pour les exilés syriens


LE MONDE | 11.08.2012 à 11h48 • Mis à jour le 12.08.2012 à 13h10

Par Véronique Falez (Zaatari, Jordanie, envoyée spéciale)

Deux réfugiés syriens dans le camps de Zaatari près de la ville de Mafrak, en Jordanie, le 31 juillet.

Le camp jordanien de Zaatari a été installé dans l’urgence à la frontière syrienne, près de la ville de Mafrak, sur une plaine désertique. Le vent brûlant soulève du sable qui irrite les yeux et dont les réfugiés syriens tentent de se protéger avec leurs voiles et leurs foulards. Des tentes fouettées par des bourrasques s’étendent à perte de vue. Les familles syriennes se rassemblent à l’entrée du camp, cherchant l’ombre sous deux grands abris de toile, assises sur des tapis ensablés.
Les combattants rebelles et les militaires de l’armée syrienne régulière qui ont fait défection sont regroupés dans un autre camp, à proximité de Mafrak également, sous la garde bienveillante du gouvernement jordanien. A Zaatari ne sont accueillies que des familles ; venues d’Homs, de Damas mais surtout de Deraa, le berceau de la révolution syrienne. »L’armée syrienne a resserré son étau autour de Deraa », témoigne Abou Moussab, qui a quitté la ville il y a huit jours pour fuir en Jordanie. « Ils nous terrorisent, ils coupent l’eau, le gaz et l’électricité. Ils imposent des couvre-feux de plusieurs jours. Même quand j’allais faire des courses au magasin, je disais adieu à ma famille de peur de ne pas revenir. Et puis on m’a menacé parce que j’ai manifesté contre le régime, les militaires ont saccagé ma maison. J’ai décidé de partir », raconte-t-il.

Beaucoup de réfugiés échoués à Zaatari disent avoir perdu leur maison, brûlée ou bombardée par l’armée syrienne, ce qui les a décidés à franchir illégalement la frontière. « Le passage est dangereux, il se fait en général de nuit et il arrive que des civils soient blessés par les tirs syriens », souligne un diplomate européen en Jordanie.

CHALEUR ACCABLANTE, POUSSIÈRE, INSTALLATIONS RUDIMENTAIRES

Après les épreuves, l’arrivée dans le camp jordanien est un nouveau choc. Les exilés découvrent la chaleur accablante, la poussière et les installations extrêmement rudimentaires du camp.

« Je ne m’attendais pas à trouver des tentes comme ça, explique une vieille femme en pleurs. Il n’y a pas d’électricité, le soir j’ai peur de sortir dans l’obscurité pour aller aux toilettes… Si j’avais su, je serais restée en Syrie. » « On doit se bagarrer pour obtenir une bouteille d’eau, renchérit une jeune fille. Le risque en Syrie, c’est une mort rapide. Ici, c’est la mort lente. »

Une maman s’inquiète pour ses trois jeunes enfants. Le sable qui pénètre dans la bouche et le nez les rend malades, et les journées sont longues. « Il n’y a aucun moyen de passer le temps. Tout ce qu’ils font, c’est jouer dans la poussière avec les cailloux », déplore-t-elle.

A 14 heures, en plein mois du ramadan, les familles mangent sous les tentes centrales les repas distribués par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Du riz, du poulet et des jus de fruits. « Dans ces conditions, nous n’arrivons pas à jeûner », se désole Abou Moussab.

« NOUS AVONS BESOIN DE 2 500 MOBIL-HOMES »

Plusieurs camions rentrent dans le camp. Ils apportent du matériel humanitaire et un hôpital de campagne envoyés par le Maroc. La France, de son côté, a envoyé jeudi, une antenne chirurgicale, où se rendra le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, lors d’une visite du camp prévue jeudi 16 août.

Ali Bibi, un des responsables du HCR, coordonne l’arrivée de l’aide sur le terrain. Il reconnaît « que la situation est très difficile, qu’il manque de tout à Zaatari » : « Nous avons besoin de 2 500 mobil-homes pour remplacer les tentes qui ne sont pas adaptées, besoin de nourriture, de générateurs, de caissons réfrigérés, de réservoirs d’eau, de bennes à ordures… J’appelle la communauté internationale à soutenir le HCR », plaide le jeune homme.

Désorientée, avec son bébé de 4 mois dans les bras, Noujoud veut obtenir du Haut-Commissariat le droit de quitter le camp. Pour se protéger du soleil, elle s’est adossée au conteneur qui sert de bureau au personnel de l’ONU. Elle explique qu’elle n’a pas assez d’eau pour ses enfants. Mais les réfugiés syriens ne peuvent pas sortir du camp sans l’accord du royaume hachémite, le sésame étant le parrainage d’une famille jordanienne.

A 12 kilomètres de Zaatari, assis derrière son large bureau, le gouverneur de Mafrak, Salim Raouahneh, reçoit par piles des propositions de garanties de ses administrés, qui cherchent à faire venir en ville des proches venus de Syrie.

« Chaque jour, on me communique les noms d’environ 150 Syriens à transférer hors du camp. Les Jordaniens sont très accueillants, ils sont prêts à ne pas manger à leur faim pour venir en aide à leurs frères syriens, mais il faut bien reconnaître que les réfugiés commencent à constituer un fardeau pour l’économie jordanienne », note M. Raouahneh, qui estime aujourd’hui à 40 000 le nombre de Syriens dans sa petite ville de Mafrak.

600 SYRIENS  FRANCHISSENT CHAQUE JOUR LA FRONTIÈRE

« La main-d’œuvre syrienne n’est pas chère, alors on embauche plus facilement un Syrien qu’un Jordanien. Et puis ces exilés ont besoin de soins, d’éducation, d’eau, d’électricité. » Un diplomate précise que la Jordanie étant « l’un des pays les plus pauvres en ressource aquatique, et sous contrainte budgétaire, la pression est actuellement forte sur les réserves d’eau ».

Selon des autorités jordaniennes, plus de 150 000 Syriens vivraient aujourd’hui en Jordanie, même si seuls 40 000 sont inscrits comme réfugiés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies. En juillet, avec le durcissement des combats en Syrie, l’afflux des exilés s’est accéléré, et ce sont désormais 600 Syriens en moyenne qui franchissent chaque jour la frontière jordanienne.

Le royaume s’est donc résolu à ouvrir le camp officiel de réfugiés à Zaatari, géré par les Nations unies, le 29 juillet. Il rassemble à ce jour plus de 3 500 réfugiés venus directement de Syrie ou du camp jordanien de transit de Bachabcheh, à Ramtha.

Mais le terrain désertique de 9 kilomètres carrés pourra à terme abriter 113 000 exilés. Aucun des habitants du camp ne se voit un avenir à Zaatari. Ils prédisent la chute prochaine de Bachar Al-Assad et rêvent déjà de leur retour en Syrie.

source

Une Syrienne parle


J’avais 7 ans lorsqu’une amie de l’école m’a rendue visite chez nous où elle a entendu mon père se plaindre des convocations répétitives des services de renseignements du régime. D’un ton accusateur, elle m’a demandé « Ton père n’aime pas le Président ?!!!». Je n’ai même pas essayé de nier et je me suis plongée aussitôt dans une peur profonde. Une peur que m’a mère a toujours entretenue par une phrase terrorisante « Laila, si tu répètes à l’école ce que tu entends à la maison, ils viendront enlever ton Papa et on le reverra plus jamais ».

J’ai pleuré à l’école chaque jour en imaginant des hommes en noir débarquant à la maison pour enlever mon papa .. J’ai supplié mon amie de ne dire à personne ce qu’elle a entendu de mon père et je lui ai cédé mon goûter à chaque récréation sans même qu’elle le demande. Elle ne m’a jamais dit si elle allait ou non nous dénoncer et s’est contentée de mon goûter et de me brûler à feux doux. Ma mère de son coté a refusé de me changer d’école me laissant passer l’année de CE1 à la merci de la petite tortionnaire.Vingt ans après, je me suis effondrée en larmes lorsqu’elle j’ai reçu d’elle une invitation d’amitié sur Facebook. J’ai décidé de lui écrire une longue lettre lui rappelant tout le mal qu’elle m’a fait. J’ai parcouru sa page pour découvrir une maman toute simple à l’extrême opposé de l’image du monstre qui m’a terrorisée. Soudainement, l’ancienne haine s’est dispersée et avec elle l’envie de lui en parler ..

Toute injustice est éphémère même celle des arrivistes corrompus qui se sont nourris de notre de peur. Il nous suffit pour justice qu’ils ne connaitront jamais le plaisir de se libérer de la peur !

Maître Laila Alodaat
Avocate Syrienne et militante des Droits de l’Homme
La Haye, le 10 aout 2012

L’improbable instauration d’une « zone d’exclusion aérienne » en Syrie


Le Monde.fr | 09.08.2012 à 20h06 • Mis à jour le 09.08.2012 à 20h56

Par Shahzad Abdul

Après une journée marquée par de violents bombardements à Alep, l’ASL réclame l’instauration d’une « zone d’exclusion aérienne ». Sa mise en place comme son efficacité restent incertaines.

La station de police de Salheen, dans le sud d'Alep, après une attaque de l'ASL, le 31 juillet.

En Libye déjà, l’installation d’un couloir aérien protégé, ou « zone d’exclusion aérienne », était l’une des principales revendications des opposants au feu Mouammar Kadhafi. On connaît la suite : la surveillance aérienne du pays par la coalition s’est transformée en appui militaire pour les forces au sol. Poussés hors du quartier symbolique de Salaheddine, à Alep, par une journée d’intenses bombardements aériens des forces armées syriennes, les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL, opposition) en appellent à leur tour à cette « no fly zone », qui impliquerait une interdiction de survol de son propre territoire par les aéronefs du régime.
Lire : Syrie : les rebelles ont quitté leur bastion de Salaheddine

Cette initiative requerrait un mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies, impliquant un consensus peu évident sur une intervention internationale en Syrie. Les vetos russe et chinois à répétition condamnent a priori cette issue. « Passer outre [ce mandat] – comme on l’a déjà fait au Kosovo en 1999, laisserait forcément la France de côté, qui a martelé ne pas souhaiter agir en dehors du cadre de l’ONU. En réalité, cela signifie que les Etats-Unis et leur allié Britannique iraient seuls sur ce front. Mais là encore, la Maison Blanche n’interviendrait sûrement pas en période électorale », explique Philippe Migault, spécialiste des questions de défense à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Une telle intervention nécessite également un déploiement militaire considérable. « Les bases pour les avions chasseurs sont rares dans la région. La première se trouve en Turquie. Mais le précédent irakien de 2003 montre que sa coopération avec les Etats-Unis reste fragile. Et Israël, pour des questions politiques, ne prêtera pas ses bases. Il faudrait donc frapper de plus loin, depuis des porte-avions dans l’océan Indien ou la Méditerranée », poursuit le chercheur. L’autre solution consiste à anéantir les bases de l’armée de l’air syrienne à l’aide de missiles de croisière.

« S’ENGAGER, C’EST ACCEPTER QU’IL Y AIT DES PERTES »

L’efficacité d’une telle zone d’exclusion reste aussi incertaine. Car même sans aviation, l’armée de Bachar Al-Assad compte des milliers de chars et d’hommes. « Seule, elle ne suffira pas », estime Philippe Migault. Il y a quelques mois, l’ASL a déjà demandé une sorte de couloir aérien humanitaire, vers la frontière turque, qui lui aurait permis d’y établir une sorte d’état-major. Une version que Jean-Claude Allard, directeur de recherche à l’IRIS, juge « plus réaliste ». Déjà mis en place après la première guerre du Golfe (1980-1988), lorsque Saddam Hussein lançait des offensives contre les chiites au sud ou les kurdes au nord, « le ‘outhern watch’ et le ‘northern watch’ avaient été efficaces », se souvient le  chercheur et spécialiste de la défense aérienne.

Les combattants de l’ASL pris sous les bombardements voient toujours peser au-dessus de leurs têtes la menace aérienne. Wassel Ayoub, commandant de la brigade Nour Al-Haq, a affirmé avoir subi un bombardement « inouï » ce matin. Mais pour Philippe Migault, l’armée syrienne n’a rien de comparable avec celle de la Libye : « Ici, décider de s’engager, c’est accepter qu’il y ait des dommages collatéraux, et des pertes en hommes. »

Shahzad Abdul

source

Les Syriens fuient les combats


Le Point.fr – Publié le 07/08/2012 à 17:53

De nombreux habitants d’Alep ont tout abandonné pour fuir les combats et se diriger vers le nord. Reportage.

À Alep, le 2 août 2012.
À Alep, le 2 août 2012. © AFP
  • Par Sophie Bartczak

Ses yeux fixent la camionnette qui s’éloigne. Sur le pas de sa porte, cet homme à la djellaba blanche voit partir sa famille et une partie de son mobilier. Toute sa vie. Lui reste sur le palier de sa petite maison à Alep, au nord de la Syrie, à surveiller l’avion de combat qui survole la zone. Les fumées blanches des obus fendent le ciel. Son souffle se coupe. Il rentre, le temps que le bruit sourd de l’explosion retentisse. Cet homme âgé, à la barbe blanche, préfère rester chez lui, là où il a toujours vécu, dans ce quartier de Sakhur à l’est d’Alep. De peur d’être pillé. Depuis le 4 août, la capitale économique du pays est pilonnée par l’armée loyaliste.

L’essence flirte avec les 4 dollars

Sur la route menant au nord du pays, une voiture, les amortisseurs pliés par le poids, est arrêtée sur le bas-côté. Mohamed remet de l’essence coupée à l’eau, vendue dans des bouteilles en plastique. Le fuel manque et les prix flambent. Le coût du litre flirte avec les 4 dollars. Lui aussi a fui la deuxième ville du pays avant l’assaut de l’armée de Bachar el-Assad. La nuit précédente, avec sa famille, il dit avoir dormi dans un champ, à l’ombre des oliviers, pour se cacher des hélicoptères et des avions qui survolent la zone. « On est plus en sécurité dehors », pense-t-il.

Difficile de déterminer le nombre de familles qui ont pris la fuite d’Alep pour regagner la Turquie ou le nord du pays. Selon le ministère turc des Affaires étrangères, quelque 47 500 Syriens auraient franchi la frontière. Dans les villages du nord de la Syrie, les écoles ont souvent été réquisitionnées par l’armée syrienne libre et transformées en abri. Comme à Souran.

« Nous ne sommes pas habitués à une telle violence »

Un drapeau aux couleurs de la révolution syrienne (vert, blanc et noir, frappé de trois étoiles) flotte en haut d’une ligne à haute tension. Au pied du pylône, malgré la chaleur écrasante, des enfants jouent dans la cour de cette école. Ils viennent du quartier de Tarik el-Bab, à Alep. Et sont arrivés au début des violences, le 20 juillet, lorsque des hélicoptères ont commencé à tirer sur leur quartier. « Nous ne sommes pas habitués à une telle violence. Nous sommes partis vite, avec nos enfants sous les bras », raconte Raba Hani, 60 ans, une jupe à fleurs et un foulard crème. Dans les salles de classe, des enfants dorment sur des matelas. Des femmes ont improvisé une cuisine dans une autre avec des ustensiles emportés à la va-vite. Pas de travail, pas d’argent, les hommes présents dans le couloir énumèrent les difficultés, et n’omettent pas de remercier l’armée syrienne libre de les aider en leur distribuant de la nourriture. « On espère que la révolution va nous apporter une vie meilleure », souhaite Abou Djassem, 30 ans, père de quatre enfants et mécanicien qui vivait avec moins de 250 euros par mois pour plus de 12 heures de travail par jour.

Du linge sèche sur les grilles du couloir de l’école. Alors que sa grand-mère se montre peu loquace, Abdellatouf est plus bavard. Du haut de ses cinq ans, un visage poupin, il s’exprime remarquablement bien. Lui « n’aime pas Bachar el-Assad ». « Il nous tue », répète-t-il. Entouré de ses frères et soeurs et de ses cousins, ce bout de chou en jogging noir imite le bruit de l’avion et des bombardements. La tête haute, il avoue avoir eu peur, et même avoir pleuré. Mais ce qui l’a le plus marqué reste sûrement le fait d’avoir vu sa famille ne pas savoir comment fuir : « On ne trouvait pas d’endroit où aller. » Le soir, il entend les hélicoptères au-dessus de sa tête, comme la veille, lorsqu’il a voulu s’acheter une glace. Il l’a vu, assure-t-il. En fin de journée, alors que l’heure de l’iftar, la rupture du jeûne, est annoncée par le chant du muezzin, un hélicoptère survole plusieurs villages au nord d’Alep. Parfois, quelques lumières rouges fendent le ciel noir. « Des roquettes », disent les habitants, mais difficile de savoir.

« Un hélicoptère tirait sur nous »

Les déplacements ne concernent pas que les Aleppins. Et des familles des villages du Nord ont aussi pris la fuite, il y a plusieurs mois, à l’image d’Abderrahman. Âgé de 64 ans, cet homme aux cheveux blancs a quitté le village d’Azzaz il y a cinq mois, conduisant toute sa famille sur un tricycle à moteur à Toukli, une petite bourgade. « Un hélicoptère tirait sur nous. Notre maison a été détruite par des obus quand on est partis », raconte-t-il depuis la petite école municipale. Les villageois leur ont donné de la vaisselle, des matelas et quelques vêtements. Quelques bouteilles d’huile, sur lesquelles sont collées les étiquettes du Programme alimentaire mondial, sont posées dans une salle où un large tableau noir est accroché au mur, qui sert désormais de cuisine. Sans gaz, sa femme cuisine à l’extérieur, dans un pot en terre cuite, comme le faisait sa mère, il y a plus de 50 ans, dit-elle. Les chaises et tables d’écoliers sont entassées les unes sur les autres à l’extérieur. Un de leurs fils, Hassan, parti sans chaussures, était importateur de prêt-à-porter. Son magasin a également été la cible des tirs.

À Azzaz, une des premières villes du nord du pays à être libérée le 19 juillet, les habitants réinvestissent les rues. Nettoient les dégâts, balaient les rues. Certains rentrent chez eux pendant que les enfants jouent sur les chars de l’armée de Bachar el-Assad, encore stationnés sous les décombres. Abderrahman, lui, aimerait rentrer : « Mais comment on reconstruit ? On n’a pas de travail et pas d’argent… »

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑