Manaf Tlass (en Arabe)


Voir cet article du Figaro (A Paris, Manaf Tlass critique le pouvoir syrien et appelle à la « transition »)

 

La Revolution Syrienne en Français

En gros .. Il s’adresse aux syriens en tant que « citoyen » et non pas en tant que « responsable » en appelant à l’unité du pays face à la tyrannie et le corruption du régime Assad .. Il s’adresse aussi aux officiers qui restent fidèles aux valeurs fondamentales de l’armée syrienne et les appel à ne pas sacrifier le pays pour une personne .. Il parle aussi d’une Syrie libre et démocratique après-Assad .

A Alep : “Ce matin, quand on a ouvert les yeux, l’ASL était partout”


LE MONDE | 24.07.2012 à 10h55 • Mis à jour le 24.07.2012 à 11h39

Par Florence Aubenas, envoyée spéciale à Alep (Syrie)

Un combattant de l’ASL montre un char de l’armée syrienne détruit, dans les rues d’Alep, le 23 juillet.

“Ce n’est pas la chute d’Alep mais le début”, annonce Abdallah, un des commandants de l’Armée syrienne libre (ASL), mardi 24 juillet au matin. La veille encore, remonter une rue ressemblait à une opération commando pour sa troupe de trente rebelles.

Maintenant, des pans entiers de la cité sont tombés sous le contrôle des différentes brigades de l’ASL, des check-points sont dressés à quinze minutes du centre historique et des combats de rue ont lieu notamment dans le quartier de Bab Al-Hadid, dans la vieille ville. Ce revers pour l’armée du président Bachar Al-Assad dans la deuxième ville du pays paraît pour la première fois faire basculer la situation en faveur de la rébellion.

Lundi et toute la nuit, les événements se sont enchaînés de manière confuse sans que personne n’ait une vision d’ensemble claire depuis l’entrée, samedi soir, des rebelles en ville. Toutefois, il est rapidement apparu que les renforts militaires envoyés par le régime n’auraient pas l’impact annoncé.

Deux hélicoptères ont été abattus, deux chars détruits. Un troisième a été capturé avec son chauffeur. Il trône maintenant devant l’école du centre-ville, où une partie des troupes rebelles a installé son QG. Comme au champ de foire, tout le quartier s’y succède pour poser à la place du tireur et chacun se prend en photo. Dans la nuit, quatre véhicules sur quatorze du convoi de l’armée régulière étaient à leur tour détruits dans une embuscade.

PRIS DE COURT

“Le soir, on a fermé les yeux. Quand on les a rouverts, l’ASL était partout”, explique, mardi, vers 9 h 30, un étudiant. Cette rapidité du mouvement a pris tout le monde de court. Dans les rues, les visages sont intrigués, inquiets, personne ne sait trop à quoi s’en tenir. Il faut se trouver dans certains quartiers acquis à la cause de la “révolution” pour que l’on se réjouisse ouvertement.

Des groupes de gens se rassemblent, crient : “Allah akbar !” Des échanges de tirs les interrompent. On se met à l’abri dans les rues alentours. On appelle au téléphone des voisins à cent mètres de là. Ici, on ne sait pas ce qui se passe à l’autre coin de la rue. Alors, à Damas ? “Personne n’est au courant. On s’occupe d’abord de se libérer nous-mêmes, déclare un habitant d’Alep. Pour la suite, cela viendra tout seul.”

Florence Aubenas, envoyée spéciale à Alep (Syrie)

A Alep, en Syrie : « Mais c’est la révolution ! »


LE MONDE | 23.07.2012 à 11h20 • Mis à jour le 23.07.2012 à 14h53

Par Florence Aubenas, à Alep (Syrie), envoyée spéciale

Dans le quartier de Sarul, à Alep, le 22 juillet, les combattants de l'Armée syrienne libre installent des barrages.

Sur la voie rapide, qui contourne le centre-ville d’Alep, le trafic ressemble à celui de tous les jours, un embarras de voiture, de bus, de camion et d’une infinie variété de véhicules transportant tout ce qui peut l’être, humains, biens ou bêtes. Comme d’habitude aussi, les sept soldats de l’armée de Bachar Al-Assad montent la garde, là-bas au bout du pont. A 100 m de là – peut-être même moins –, un camion commence par se mettre en travers, bouchant à moitié la chaussée. D’abord, ça klaxonne. Ça peste contre l’embouteillage. Puis, un peu plus bas, c’est un autre camion – bleu cette fois avec des rayures dorées tout le long du pare-brise – qui provoque un nouveau bouchon. « Mais ce n’est pas un embouteillage, c’est la révolution ! », s’exclame soudain le conducteur d’un minibus.

Dimanche 22 juillet, l’Armée syrienne libre (ASL) a lancé une nouvelle opération, qui l’implante un peu plus dans la ville d’Alep, la deuxième de Syrie. C’est peu dire que la bataille est cruciale pour le régime du président Bachar Al-Assad.

Dans les campagnes alentours, déjà tenues par l’ASL, chaque village s’est mobilisé pour envoyer à Alep des combattants pris sur ses propres troupes. Samedi, à minuit, un chef militaire et un religieux dispensent leurs conseils au dernier convoi qui démarre : « Ne faites pas de mal aux femmes, ne coupez pas les arbres, n’attaquez ni les civils ni les supermarchés. N’essayez pas de récupérer les armes tout de suite : combattez d’abord. » Autour, les enfants font une haie d’honneur, éblouis, tellement transis d’admiration qu’ils n’osent plus approcher ces hommes, qui, il y a quelques instants encore, étaient leur père, leur frère ou leur cousin.

Alep est à moins de 20 km mais on roule pendant plus d’une heure dans la nuit pour y entrer, convoi fragile de combattants, tout juste munis de quelques pauvres armes antichars et rien contre les hélicoptères. La révolution – comme l’appellent ici ses partisans – n’est pas de celles qui se racontent dans les livres d’histoires, du moins jusqu’ici. Rien de spectaculaire ou d’éclatant : ni prise de la Bastille ni déferlement populaire qui submergerait la ville. Elle avance à petits pas, en claquettes et tee-shirt, façon camouflage troué, de succès modestes en débandades cuisantes, portée par la certitude inébranlable en sa victoire.

RIVALITÉS RELIGIEUSES ET SOCIALES

A Alep, les troupes sont dirigées vers une école de la ville et, entre les fresques de Mickey Mouse ou Bob l’Eponge, on mange, on dort, on meurt. Devant la porte, défile de temps en temps des groupes d’hommes qui scandent « Allah akbar! » et puis s’en vont. « On le fait pour saluer notre armée et aussi parce qu’on avait jamais osé crier cela en public auparavant », dit l’un. Et un autre : « C’est la première fois que je sors dans la rue sans qu’on me tire dessus. » Le quartier musulman sunnite, comme la majorité du pays, s’est soudé autour de l’ASL.

A vrai dire, les événements actuels échappent difficilement à l’univers obsessionnel des rivalités religieuses et sociales dans lesquelles se débat la Syrie. Un exemple, même tout petit ? Avec l’arrivée récente des soldats de l’ASL dans l’école, le commissariat de la zone s’est divisé en deux : d’un côté, les cinq policiers sunnites ont rallié l’ASL tandis que les quarante autres se sont barricadés dans les locaux, jurant d’en découdre. Ceux-là, en revanche, appartiennent à la minorité alaouite, accusée de se partager les meilleurs postes du pays.

Dimanche, au fil de la journée, le campement de l’ASL devient un point de ralliement. Une femme avec son enfant vient demander justice au commandant : son mari l’a chassée alors que c’est elle qui gagne tout l’argent de la famille. Quand on la reconduit, elle s’étonne : « Il faut m’aider. C’est vous les maîtres maintenant. » Et le commandant, soudain très doux : « Il faudra attendre encore un peu. » L’usine de textile, qu’il dirige habituellement, se trouve à moins de 500 m à vol d’oiseau.

« ET, EN PLUS, ILS ONT LE DROIT DE PILLER »

Un homme traverse la cour de l’école, pantalon rouge à la mode, des lunettes de soleil qui dépassent de la poche, mais le visage cabossé et sanglant. Deux soldats le traînent plus qu’ils ne le conduisent. C’est un prisonnier, accusé par la population d’être membre des chabiha, ces hommes de main que le régime paye 15 000 livres syriennes (un peu moins de 200 euros) pour effectuer les plus basses besognes. « Et, en plus, ils ont le droit de piller », dit quelqu’un. Une quinzaine d’entre eux sont déjà enfermés dans la salle des professeurs, et d’autres sont transférés ici toute la journée.

Et puis, d’un coup, on court dans tous les sens. Des chars s’avancent vers l’école. Un hélicoptère commence à survoler la zone. Il reste dans les airs des heures durant. On tire. On brûle des pneus, faute de mieux. Là-bas, sur la voie rapide, le check-point du matin et ces deux camions ont été pulvérisés. Dans la débandade, on ramène des blessés, dont une petite fille. Chacun s’attend à une riposte des militaires dans la nuit. Déjà, une équipe se prépare pour aller rétablir le check-point. S’il le faut, ils recommenceront le jour d’après, et le jour d’après…

Lire aussi le reportage de Florence Aubenas à Aktarine en édition abonnés : La Syrie qui a déjà basculé tente d’organiser l’après-Assad

Florence Aubenas, à Alep (Syrie), envoyée spéciale

source

Réapparition de Farouq Chareh en poseur de chrysanthèmes en Syrie


Les funérailles officielles du général Asef Chawkat, qui se sont déroulées vendredi 20 juillet à Damas avant que sa dépouille soit transportée dans sa région natale de Tartous pour être enterrée dans son village d’al Madhaleh, ont permis de faire plusieurs constatations intéressantes. Elles reposent sur l’observation d’une photo circulant sur internet, qui supplée en partie à la discrétion observée sur cette cérémonie par les médias officiels.

Farouq Chareh (3ème à partir de la gauche) aux funérailles nationales du 20 juillet

La première constatation est celle d’une double absence, d’autant plus remarquable qu’elle concerne les deux beaux-frères du défunt. Personne ne s’attendait à ce que Bachar Al Assad quitte son palais à cette occasion, quelques jours à peine après l’attaque qui, dit-on, aurait visé le convoi au sein duquel il se déplaçait dans Damas. Sur les photos diffusées le 19 juillet pour démontrer, à la faveur de la prestation de serment du nouveau ministre de la Défense, que le chef de l’Etat était toujours en vie et qu’il était à son poste à Damas, il ne portait aucune blessure apparente. Mais on peut présumer que, tirant les conséquences des capacités d’infiltration des plus hautes instances de l’Etat démontrées par les auteurs de l’opération menée contre le Bureau de la Sécurité Nationale, il limitera durant quelques temps ses apparitions publiques.

De toutes manières, s’il était effectivement à Damas et s’il y tenait vraiment, il a eu tout le loisir, depuis les larges baies vitrées du Palais du Peuple, d’observer la cérémonie qui se déroulait au Monument du Martyr, situé lui aussi sur un promontoire, de l’autre côté de la vallée du Barada.

Maher Al Assad

En revanche, contrairement à ce qui avait été annoncé, le général Maher Al Assad ne s’est pas montré. La télévision Al Manar du Hizbollah a affirmé que le patron de la 4ème division a assisté à cette cérémonie, mais on est d’autant moins porté à la croire que, si un film a été diffusé – par la chaîne russe Russia Today… – pour que personne n’ignore rien des obsèques du général Dawoud Al Rajiha, celles de son suppléant, Asef Chawkat, ont été beaucoup plus discrètes.

A la décharge de Maher, on notera que la situation dans la capitale, en ce premier jour du mois de Ramadan, n’a guère laissé de loisirs à celui qui joue un rôle majeur dans le « rétablissement de l’ordre », c’est-à-dire dans le bombardement et la dévastation des quartiers de la capitale dont les habitants ne veulent plus de l’autorité de son frère. Mais ce fâcheux contretemps ne l’a certainement pas affecté. Comme l’aîné de la fraterie, Basel (mort en 1994), Maher n’a jamais éprouvé beaucoup d’affection pour le mari de sa soeur Bouchra, sur lequel, avant le décès de leur père Hafez Al Assad, il avait ouvert le feu à bout portant.

Depuis lors, leurs relations avaient connu des hauts et des bas, ce qui avait poussé Bouchra à quitter momentanément son pays avec les 5 enfants du couple, des triplés nés en septembre 1996 et des jumeaux nés en mai 2000, en compagnie desquels elle s’était réfugiée aux Emirats Arabes Unis. Elle n’était revenue à Damas qu’après la conclusion d’un accord intrafamilial garantissant la prise en compte des intérêts matériels – à défaut des ambitions politiques – de son mari, dont l’influence à Tartous lui assurait des revenus consistants… On ajoutera qu’Asef Chawkat laisse derrière lui d’autres enfants, issus d’un premier mariage, et que, pour conforter son ancrage dans la famille présidentielle, il avait marié son fils aîné, Ziyad, à l’une des filles de Mohammed Makhlouf, oncle maternel de Bachar Al Assad, dont le fils aîné, l’homme d’affaires Rami Makhlouf, n’a plus besoin d’être présenté.

Farouq Chareh

La seconde constatation est celle d’une double présence. Plus exactement d’une double réapparition. Maintenu dans les coulisses par le chef de l’Etat dont il est théoriquement le premier collaborateur, le vice-président Farouq Chareh n’avait plus été aperçu depuis longtemps. L’évocation de son nom par ceux qui avaient un temps imaginé pouvoir convaincre Bachar Al Assad de répondre aux revendications d’une partie des Syriens et de céder sa place pour le bien du pays et de sa population, avait conduit le président à lui imposer une nouvelle occultation. L’expression de sa désapprobation par l’ancien ministre des Affaires étrangères, pour la férocité manifestée par le régime dès le début de la protestation au mois de mars 2011, contre les contestataires de manière générale et contre les habitants de sa ville natale de Sanamaïn en particulier, avait failli lui être fatale. Irrité de l’entendre élever la voix contre son frère, Maher Al Assad avait – encore une fois… – dégainé son arme. Farouq Chareh n’avait pas été touché, mais, psychologiquement ébranlé, il avait été temporairement absent de la scène publique.

On ne se hâtera pas de conclure de cette exhumation que le vice-président est destiné à tenir dans la période à venir un rôle qu’en réalité il n’a jamais occupé. Les circonstances ne jouent guère en sa faveur. Plus la nécessité s’imposera de rechercher une voie de sortie à l’impasse politique dans laquelle Bachar Al Assad s’est engagé depuis bientôt 18 mois, entraînant derrière lui son pays et son régime, plus Farouq Chareh, vétéran de la politique et baathiste convaincu mais également – ce qui est moins ordinaire en Syrie – politicien étranger aux affaires et responsable non corrompu, apparaîtra à certains comme une alternative au chef de l’Etat, moins les piliers du régime seront tentés de lui octroyer une visibilité et de lui concéder des prérogatives qui lui ont été jusqu’ici chichement mesurées.

Mohammed Saïd Bakhitan

A la faveur de la cérémonie, une autre personnalité officielle, Mohammed Saïd Bakhitan, a démontré sa remarquable capacité de survie. Annoncé comme mort, suite à une tentative d’empoisonnement collectif… dont les victimes semblent avoir toutes survécu, il apparait (en 5ème position en partant de la gauche) sur la photo figurant plus haut. A la différence du beau-frère du chef de l’Etat, de son conseiller militaire Hasan Tourkmani, du ministre de la Défense Dawoud Al Rajiha et du directeur du Bureau de la Sécurité Nationale Hicham Al Ikhtiyar, à la différence également des morts et blessés de second rang dont personne n’a jugé utile ou n’a été autorisé à divulguer les noms, il est encore une fois sorti indemne de l’épreuve.

Cela ne lui garantit pas un avenir radieux. Il est douteux qu’il soit réinstallé à la tête de la Cellule centrale de gestion de crise, dont la présidence lui avait été retirée il y a quelques mois pour être confiée à Hasan Tourkmani, aujourd’hui décédé. Outre que sa gestion n’avait pas fait l’unanimité, son action de secrétaire régional adjoint du Parti Baath, qui en fait le premier collaborateur du chef de l’Etat au sein du parti au pouvoir, est depuis quelque temps mise en cause. A la fin du mois de juin, le nom de l’ancien ministre de l’Information Mehdi Dakhallah a même été avancé pour occuper son poste. Mais cette substitution suppose que Bachar Al Assad convoque le 11ème congrès… qui aurait dû être réuni depuis le mois de juin 2010. Si, à cette époque, « les circonstances n’étaient pas favorables »… comme disent les responsables syriens quand ils sont dans l’impasse, elles le sont encore beaucoup moins aujourd’hui.

La troisième et dernière remarque concerne la hiérarchie en vigueur au sein des institutions de l’Etat. On avait cru comprendre que la nouvelle Constitution, promue par Bachar Al Assad après son « approbation » par référendum, le 26 février 2012, avait retiré au Parti Baath les privilèges dont il bénéficiait depuis 1973 en tant que « parti dirigeant de l’Etat et de la société ». Or, à y regarder de près, il n’en est rien. Comme il est habituel en Syrie, où ce n’est pas la Loi mais la décision arbitraire  des responsables qui s’impose, la modification du texte n’a rien changé aux comportements. La même chose a été auparavant relevée à de multiples occasions. En particulier lors de la suppression de l’état d’urgence en vigueur dans le pays depuis 1962. Certes, elle a été abolie le 21 avril, mais les Syriens n’ont constaté depuis lors aucun changement, bien au contraire, dans les agissements que le régime justifiait auparavant en s’abritant derrière cette disposition aussi illégale que liberticide.

Si Jihad Lahham (1er sur la gauche de la photo), président de l’Assemblée du Peuple et chef du législatif, est à sa place comme première personnalité civile à la droite du représentant du chef de l’Etat, on ne peut que s’étonner de constater que le nouveau Premier ministre, Riyad Hijab (6ème à partir de la gauche), chef de l’exécutif, est précédé dans l’ordre protocolaire auquel le régime syrien attache une importance considérable par le même Mohammed Saïd Bakhitan. Ce positionnement n’est pas justifié par le fait que le premier nommé, membre du Comité central du parti, n’appartient pas au Commandement régional du Baath, dont son camarade Bakhitan est le deuxième personnage après Bachar Al Assad, secrétaire régional (c’est-à-dire syrien) en titre. Certes, il devrait être rapidement admis au sein de cette instance, puisque, en vertu d’une décision prise lors du 10ème congrès de juin 2005, les Premiers ministres et les présidents de la Chambre en sont désormais membres de droit. Il s’explique, tout simplement, par le fait que, dans l’esprti des décideurs syriens, le Parti Baath reste au pouvoir et que celui qui le représente, s’il n’a plus le pas désormais sur le chef du législatif, n’en continue pas moins de bénéficier de plus de considération que celui qui est censé, à la tête du gouvernement, mettre en oeuvre les décisions politiques.

L’après-Assad : c’est trop tôt mais qui n’y songe ?


BAUDOUIN LOOS

jeudi 19 juillet 2012, 07:01

Un attentat à la bombe à Damas, des morts, des blessés… et d’innombrables Syriens qui se réjouissent ! Le « succès » de l’opération menée mercredi contre le bâtiment de la Sécurité nationale a suscité une vague d’enthousiasme ahurissante. Une « amie » syrienne sur Facebook disait ceci, en français, dans le texte : « Je crois que de toute ma vie, c’est le seul attentat suicide qui a soulevé en moi autant d’espoir. »

Cet espoir s’explique par la symbolique de l’attaque, qui a frappé le sommet de l’appareil répressif du régime dictatorial, dont le mari de la sœur du « raïs » Bachar el-Assad, le sinistre Assef Chawkat.

Les signes abondent qui montrent un régime aux abois. Damas est désormais le théâtre de combats et même d’un attentat déstabilisateur, les désertions se multiplient, des pans du territoire échappent au contrôle du régime. Des défections de caciques ont aussi été signalées, comme celle du général Manaf Tlass, un proche de Bachar.

Il y a gros à parier sur l’effet galvanisant que l’attentat de Damas devrait produire sur les contestataires. Ceux-ci, rappelons-le, n’avaient pas l’intention de défier le régime les armes à la main. Si une petite minorité des contestataires s’est décidée à défendre leurs proches par tous les moyens, c’est en raison du jusqu’au-boutisme sanguinaire opté par le régime. Dans « l’archipel de la torture », comme l’a désigné Human Rights Watch, la peur a commencé à changer de camp.

On ne peut encore parler de l’après-Assad, mais tout le monde y songe très fort. Avec les craintes qu’il charrie. Dans l’Histoire, la plupart des révolutions violentes n’ont pas débouché sur des transitions pacifiques mais sur des périodes parfois longues de sanglant chaos.

Les Occidentaux craignent cette possible peste. Ils courtisent l’opposition, tentent sans doute de la contrôler. Mais, comme le dit sur le site du Monde le politologue Ziyad Majed, « la Syrie aura, comme tous les pays qui sortent d’une dictature qui a pesé longtemps sur la société, besoin de beaucoup de temps pour s’en remettre et pour se reconstruire. Et c’est aux Syriens eux-mêmes, après, de décider de quel modèle politique ils ont besoin pour la reconstruction de leur Etat ».

La bonne nouvelle, c’est que les innombrables « comités de coordination » qui articulent la résistance font émerger une société civile solidaire peut-être promise à fleurir un jour sur cette terre de souffrances. A nous, les Occidentaux, d’aider ceux-là avec compassion et discernement.

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DÉBAT AVEC ZIAD MAJED – 2/2 / Le Monde 17 juillet 2012


par Aïcha Arnaout, mercredi 18 juillet 2012, 02:12 ·

Combats à Damas : « La forteresse sécuritaire du régime est secouée »

Le Monde.fr | 17.07.12

L’INTÉGRALITÉ DU DÉBAT AVEC ZIAD MAJED, POLITOLOGUE LIBANAIS, SPÉCIALISTE DU MOYEN-ORIENT, PROFESSEUR À L’UNIVERSITÉ AMÉRICAINE DE PARIS, MARDI 17 JUILLET 2012

Suite 2/2

Benji : Certains disent que la Syrie est en train de basculer dans une guerre entre Alaouites et Sunnites. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que c’est un schéma qui simplifie beaucoup la situation. C’est vrai que dans le Moyen-Orient, la question communautaire se pose de plus en plus entre sunnites et chiites, vu la montée politique de l’Iran d’un côté, la lutte avec l’Arabie saoudite de l’autre. Mais ce qui se passe en Syrie est loin d’être réduit à cet angle. Il y a un pouvoir, d’une famille, de père en fils, qui est sur place depuis 1970. Il y a un pouvoir qui est basé sur le principe du parti unique, avec un état d’urgence dans le pays qui a interdit pendant quatre décennies la création de partis politiques, d’organisations de la société civile, des médias libres. Et il y a des services de renseignement qui interviennent violemment dans tous les aspects de la vie publique. Donc la révolution syrienne est contre ce régime-là, qui a essayé de souder la communauté alaouite de laquelle il est issu, pour se présenter comme le protecteur de cette communauté. Et cela a créé et crée toujours des tensions confessionnelles ou communautaires. Mais la révolution, dès le début, dans tous les articles, les discours politiques et les positions officielles de ses représentants, a essayé d’éviter la question confessionnelle et de présenter cette dimension politique et humaniste. Donc je pense que, même s’il y a des éléments de tension communautaire, la révolution est avant tout un soulèvement pour la liberté et la dignité, et pour en finir avec le despotisme d’Assad.

em : De quelle obédience religieuse est la majorité des insurgés ?

La société syrienne est une véritable mosaïque communautaire et ethnique. Ethniquement, il y a des Arabes et des Kurdes, mais aussi des Turkmènes et d’autres petites minorités. Et religieusement, il y a une majorité sunnite, mais il y a aussi des alaouites, des chrétiens, des druzes, des ismailites. Et la révolution reflète la réalité de la société, démographiquement parlant, ce qui fait qu’une majorité des citoyens syriens dans la rue sont aujourd’hui sunnites. Mais ce n’est pas par conviction religieuse qu’ils sont mobilisés, c’est par volonté politique, tout comme leurs concitoyens des autres communautés.

Chahen : Quelle est la position des communautés chrétiennes, en particulier arméniennes ? Attentiste, participative ?

Il y a des individus de toutes les communautés, chrétienne ou autres, qui participent activement à la révolution. Mais au niveau de la communauté en tant que telle, étant une petite minorité en Syrie, ils sont plutôt dans l’attente de la fin de la violence. Et je pense que, comme leurs concitoyens syriens, ils souhaitent la stabilité et la liberté. Sachant que durant les dernières décennies, l’immigration, chrétienne et arménienne en particulier, de la Syrie a été très importante. Donc ils sont aujourd’hui une toute petite communauté, et comme les autres communautés, ils souhaitent la paix dans le pays.

jamila : L’ex-ambassadeur syrien en Irak a déclaré à la BBC que le régime syrien détenait des armes chimiques et qu’il pourrait s’en servir. Est-ce vrai qu’il dispose d’un tel arsenal ? Et si oui, pensez-vous qu’il serait prêt à en faire usage ?

Oui, le régime syrien dispose d’arsenal chimique. D’ailleurs c’est une des questions souvent soulevées par des chercheurs et des diplomates sur la manière de gérer les armes chimiques dans une phase de transition ou de chute de pouvoir. En revanche, leur usage est techniquement très compliqué, et il signifierait que le régime souhaite effectuer un suicide collectif. Je ne pense pas que nous en soyons là, et je ne l’espère pas, en tout cas.

ElyesTunisie : Bonjour, pouvez-vous nous éclairer sur la situation des djihadistes en Syrie ? Sont-ils nombreux ? D’où viennent-ils ?

Depuis le début de la révolution, le régime syrien et ses alliés ont soulevé un danger djihadiste pour effrayer la société syrienne d’un côté, et l’Occident de l’autre. Mais jusqu’à maintenant, dix-sept mois après le début de la révolution, il n’y a que très peu de preuves sur la présence de djihadistes en Syrie. Il y a certainement des groupes islamistes syriens qui font partie de la révolution, et certains sont armés. Il y a également, après des mois de souffrance et de rituel de mort, et de tortures, et de cadavres, et de sentiment que les Syriens sont livrés à une machine de mort, il y a à cause de tout cela une montée du ressentiment religieux chez les Syriens, qui se traduit par des slogans, par des prières, par des présences dans les mosquées. Mais tout cela ne signifie pas que le djihadisme contrôle aujourd’hui le terrain, ni même des enclaves à l’intérieur du pays. Il faut juste signaler que le régime syrien a, pendant des années, manipulé des cellules djihadistes en les envoyant en Irak et au Liban, et que ses services de renseignement ont souvent présenté des dossiers sur les djihadistes dans la région à plusieurs services de renseignement occidentaux et arabes. Donc ils connaissent très bien les structures djihadistes de la région, et s’ils avaient vraiment des preuves importantes sur leur présence en Syrie, ils les auraient montrées jour et nuit. Cela dit, si le conflit armé continue, et si la barbarie dans le pays n’est pas contenue, et si le régime continue ses crimes et ses massacres, il y aura des risques de voir des djihadistes et des groupes armés de plusieurs pays arriver en Syrie avec des justifications différentes. Mais nous n’en sommes pas encore là, et les combattants de l’armée libre sont des anciens soldats de l’armée syrienne soutenus par des volontaires et des jeunes des villes et des villages encerclés par l’armée du régime.

Dhia : Si le régime Assad tombe, que deviendra la Syrie ?

Il est difficile de prévoir l’état des choses après la chute d’Assad. Premièrement, tout dépend de la façon dont cette chute va s’effectuer et quels dégâts il y aura durant cette chute au niveau des relations sociales et au niveau des infrastructures de l’Etat, de son économie, etc. Deuxièmement, je pense que la Syrie aura, comme tous les pays qui sortent d’une dictature qui a pesé longtemps sur la société, besoin de beaucoup de temps pour s’en remettre et pour se reconstruire. Et c’est aux Syriens, après, de décider de quel modèle politique ils ont besoin pour la reconstruction de leur Etat.

GuiggZ : Les islamistes pourraient-ils prendre le pouvoir en Syrie ?

Je pense que ceux qui vont prendre le pouvoir en Syrie vont le prendre dans les urnes. Si les Syriens choisissent pendant un mandat de quatre ans une tendance islamiste, c’est leur choix, et aux laïques et aux libéraux de s’organiser pour essayer de gagner les élections suivantes. Mais peut-être faut-il préciser que la démographie syrienne et la mosaïque ethnique et religieuse que nous avons évoquée réduisent les chances des islamistes et les poussent, eux et les autres formations, à s’ouvrir sur le champ politique et à être beaucoup plus pragmatiques et modérés qu’idéologiques. Tout cela, bien sûr, dans une phase de transition pacifique. Malheureusement, nous n’en sommes pas encore là, il y a toujours du sang qui coule et un régime qui refuse de céder à sa population.

Bil : Le régime syrien pourrait-il perdre le contrôle de Damas ?

Peut-être pas dans les prochains jours. Mais avec le temps, oui. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les banlieues et les quartiers périphériques de la ville qui commencent à se mobiliser. Il y a également des quartiers au centre de Damas qui connaissent des combats et, peut-être plus important encore, des initiatives de solidarité avec les insurgés. Elles se traduisant par des barricades, par des pneus brûlés, par des manifestations, afin de ralentir les mouvements des troupes du régime et montrer que même les quartiers où il n’y a pas de combat soutiennent leurs voisins sous les balles et le feu. Le ramadan commence dans quelques jours, son importance sociale permettant aux gens de se rencontrer et de se retrouver pourrait être aussi une opportunité pour les insurgés et les citoyens qui les soutiennent de renforcer leur mobilisation. Et c’est un cauchemar pour le régime. Celui-si souhaite à tout prix étouffer la contestation dans les villes avant le ramadan.

Visiteur : Ne pensez-vous pas que l’arrivée prochaine du ramadan ralentisse plutôt la révolution et soit bénéfique pour le régime Assad ?

Non, pas du tout. L’expérience de l’année dernière a montré l’inverse : les manifestations avant le ramadan 2011 avaient lieu chaque vendredi, durant le ramadan, les manifestations sont devenues quotidiennes. De plus, le fait que beaucoup d’administrations ferment tôt durant la journée fait qu’il y a encore plus de gens qui peuvent participer à des rassemblements ou à des manifestations. Et il y a aussi tout l’aspect symbolique de ce mois qui peut booster le moral des insurgés et créer beaucoup de craintes chez le régime.

…………………………. FIN ……………………..

DÉBAT AVEC ZIAD MAJED – 1/2 / Le Monde 17 juillet 2012


par Aïcha Arnaout, mercredi 18 juillet 2012, 02:09 ·

Combats à Damas : « La forteresse sécuritaire du régime est secouée »

Le Monde.fr | 17.07.12

L’INTÉGRALITÉ DU DÉBAT AVEC ZIAD MAJED, POLITOLOGUE LIBANAIS, SPÉCIALISTE DU MOYEN-ORIENT, PROFESSEUR À L’UNIVERSITÉ AMÉRICAINE DE PARIS, MARDI 17 JUILLET 2012

L’INTÉGRALITÉ DU DÉBAT AVEC ZIAD MAJED – 1/2

Ziad Majed : Bonjour.

Nabil : Pensez-vous que les combats à Damas marquent un tournant dans le conflit ?

Oui. Il y a certainement un grand développement. C’est la forteresse sécuritaire du régime qui est cette fois secouée par la révolution. En plus, c’en est fini avec toute la rhétorique du régime selon laquelle les deux grandes villes, Alep et Damas, et leur banlieue, où résident près de 25 % de la population, sont à l’abri de la contestation. D’autre part, les combats à Damas montrent que l’armée syrienne libre et les combattants de l’opposition ont un soutien populaire important et un travail de renseignement assez efficace. Et tout cela affaiblit encore plus le régime Assad. Mais cela ne veut pas dire que la chute de ce régime s’annonce dans les jours prochains. C’est le début d’un nouveau processus dans la révolution syrienne.

Underwriter : Les insurgés sont-ils vraiment assez équipés et organisés pour pouvoir tenir tête à l’armée régulière et parvenir à leurs fins ?

Ils ne sont pas assez équipés. Mais ils ont adopté une tactique de guérilla et ils sont organisés en groupes mobiles afin d’éviter les confrontations où la puissance de feu de l’armée du régime s’impose. Cela leur donne un avantage important dans plusieurs régions, et l’aspect psychologique de la guerre commence à basculer en leur faveur. On estime aujourd’hui que les forces du régime ne contrôlent que 50 % du territoire syrien. Cela permet aux insurgés de circuler dans une grande zone et de se procurer, à travers les déserteurs et leurs contacts au sein de l’armée du régime, des munitions et des lance-roquettes antichars qui apparaissent assez efficaces pour l’instant.

Visiteur : Y a-t-il une grande ville syrienne qui soit sous contrôle permanent des forces rebelles ?

Non, mais le régime syrien ne s’impose qu’en tant que force d’occupation dans la majorité des villes du pays, il encercle les villes, les bombarde, et essaie à travers les check-points de les étouffer. Mais dans chaque grande ville du pays, il y a de plus en plus de quartiers qui échappent à son autorité, et dans le nord, du côté de la ville de Idlib, les forces de l’armée libre contrôlent de larges zones. De même que dans la ville de Homs, au centre, et dans les zones rurales autour de la ville de Hama, et dans d’autres régions périphériques du pays.

ssoufs : Quelle est la chaîne d’approvisionnement en armes des rebelles ?

Jusqu’à maintenant, il y a eu trois chaînes. Il y a les déserteurs qui prennent avec eux le plus d’armes possible. Et puis il y a un marché interne en Syrie, surtout à côté des frontières, où les armes étaient déjà présentes avant la révolution. La troisième chaîne est un trafic qui se fait à travers certaines frontières : la frontière irakienne, un peu moins la frontière libanaise, et, depuis quelques semaines, la frontière turque. Mais jusqu’à maintenant, les armes fournies de l’intérieur de la Syrie sont probablement plus présentes dans les combats et dans les accrochages que celles qui viennent de l’extérieur.

GuiggZ : Est-il vrai que certaines puissances occidentales forment, entraînent et participent à la guerre civile ?

Jusqu’à maintenant, les capitales occidentales hésitent beaucoup par rapport à la forme d’intervention en Syrie. Elles ne souhaitent pas du tout un long conflit armé qui pourrait avoir des conséquences sur les pays voisins de la Syrie. Mais en même temps, ces capitales n’arrivent pas à élaborer une politique claire envers la Syrie, vu les positions russe et chinoise et vu certains doutes qu’elles ont sur les alternatives au pouvoir actuel. Par ailleurs, nous ne pouvons pas vraiment qualifier ce qu’il se passe en Syrie de guerre civile. Il y a certes des aspects de guerre civile, mais nous sommes toujours dans une configuration de révolution, car les combats se déroulent entre une partie de l’opposition, qui s’est militarisée il y a presque un an, et les forces du régime, qui réprime et qui bombarde des quartiers résidentiels et des villages pour les punir. Mais si la situation dure très longtemps, on peut craindre de plus en plus des accrochages ou des réactions de la population, qui peuvent s’approcher des conflits civils.

Arnaud : Est-il possible, selon vous, que les rebelles puissent renverser le pouvoir sans une aide internationale ?

Je pense que oui. Il faut rester prudent sur la façon dont les choses vont évoluer sur le terrain dans les prochains jours et les prochaines semaines, surtout avec le mois du ramadan, qui va connaître de grandes mobilisations à la fois pacifiques, mais en même temps des opérations militaires. Ce qui est sûr, c’est que la base sociale du régime – ses capacités économiques, son autorité symbolique – sont en train de s’effondrer, et la puissance de feu toute seule ne peut pas vaincre la révolution. Donc je pense qu’il est plus simple de dire que le pouvoir n’a aucune chance de remporter sa lutte contre sa société, mais que la société aussi a besoin de plus de temps. Malheureusement, il y aura plus de dégâts pour en finir avec ce pouvoir. En tout cas, les Syriens, depuis quelque temps, répètent qu’ils comptent beaucoup plus sur eux-mêmes que sur l’extérieur qui, jusqu’à maintenant, a été très lent dans ses initiatives et ses pressions sur le régime.

Colette : Le clan au pouvoir ne montre aucun signe de déstabilisation… Est-il réellement ébranlé selon vous ?

Ce n’est pas vrai que le clan au pouvoir ne montre pas de signe de déstabilisation. Mais le pouvoir a changé un peu la structure sécuritaire et militaire qui dirige la répression, parce qu’il ne fait plus confiance à beaucoup de généraux et de responsables qui ne font pas partie de la famille Assad ou des familles et groupes les plus rapprochés au niveau parental. Il faut aussi comprendre que le clan Assad essaie de souder de plus en plus le noyau dur de la base sociale qui le soutient en propageant en série une atmosphère de peur et de menace, pour se maintenir et pour continuer à exercer un chantage sur certains groupes et communautés, en prétendant qu’il est le garant de leur survie. Mais avec les défections et la perte de contrôle de plusieurs régions, on va certainement voir de plus en plus des fractures au sein même du clan et de son noyau dur.

Boul : Les pressions sur la population dont vous parlez sont-elles efficaces ?

Elles sont efficaces dans le sens où Bachar Al-Assad adopte parfois ce que son père avait adopté comme stratégie de violence dans les années 1980. Il engage des forces de différentes divisions pour qu’il y ait du sang sur les mains d’une bonne partie des officiers autour de lui, et pour qu’ils se sentent tous, avec leurs familles, leurs proches et leurs réseaux sociaux, liés au destin d’Assad et sur le même bateau. Donc il est évident qu’une partie de sa communauté et de certains centres de pouvoir dans le pays se sent avec lui sur ce même bateau. Mais même cela peut évoluer et changer si, sur le terrain et au niveau des négociations internationales entre Moscou et les autres capitales occidentales et arabes, il peut y avoir une décision ferme pour son départ. Les gens autour de lui sentiront ainsi qu’il est lâché et qu’il faudra négocier leur sort à eux indépendamment du sien.

jebril : Est-il vrai que la Russie fournit des armes au régime ?

Certainement. Ce ne sont pas des rumeurs, c’est officiel. L’armée syrienne est équipée d’armes russes. Il y a eu récemment un navire russe qui est arrivé sur la côte syrienne et qui a livré aussi des armes. Et la Russie continue, de même que l’Iran, à fournir un matériel d’espionnage au régime et à ses services de renseignement.

denistrasbourg : Pouvez-vous expliquer les intérêts qui poussent la Russie et la Chine à soutenir jusqu’à ce point un tel régime ?

Pour la Chine, il y a, je pense, deux principes. Le premier, c’est un refus catégorique de ce que les Chinois appellent l’ingérence externe dans un pays. Et le deuxième, c’est qu’ils suivent Moscou pour affaiblir un peu l’hégémonie américaine, ou ce qu’ils considèrent comme la suprématie américaine dans les relations internationales. Il y a également des enjeux économiques. Mais je ne pense pas que ce soit la priorité chinoise, parce qu’ils savent que, dans tous les cas, ils auront une part du marché syrien comme des marchés de la région. Pour la Russie, les choses sont plus compliquées. Il y a au début la volonté russe de se montrer comme une superpuissance face à l’Occident. Il y a d’autre part le fait que la Syrie est le dernier allié de Moscou dans tout le Moyen-Orient. Il y a également la volonté de Moscou d’avoir des cartes de négociation, et la Syrie est une carte précieuse dans ce sens, car il y a plusieurs dossiers de tension avec l’Occident en général. On parle des boucliers antimissile de l’OTAN, des questions de concurrence et d’autorité dans l’Europe de l’Est et l’Asie centrale, le dossier nucléaire iranien. Les Russes utilisent donc la scène syrienne pour régler des comptes et se montrer incontournables, surtout après ce qui s’est passé en Libye. On peut ajouter à cela une certaine réticence russe face à la montée de ce que Moscou appelle l’islam sunnite dans la région, et Lavrov essaie toujours de parler des minorités religieuses et des soucis de Moscou par rapport à ces minorités. Sachant que cette propagande russe n’a pas de crédibilité, parce qu’avant l’arrivée de la famille Assad au pouvoir en Syrie, aucune minorité n’a été menacée ou persécutée, et ce n’est pas vrai que toutes les minorités soutiennent le régime de Damas.

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