Quand la RTBF perd toute décence journalistique 2 – La suite


Suite à la publication de cet article la semaine dernière, les réactions suscitées m’ont poussé à revenir sur le sujet dans un second article et explorer la suite des événements.

La publication de mon article a connu une diffusion que je n’avais absolument pas anticipée. Cela a permis que celui-ci trouve son chemin jusqu’à la rédaction de La Première. Des connaissances au sein de celle-ci m’ont rapporté qu’il y avait clairement eu un malaise suite aux critiques à leur endroit. Le reste des reportages faits durant le voyage en Syrie devait maintenant comprendre plus de « précautions »  dans leur formulation.

Nouveau reportage, la désinformation continue

Mais le 8 septembre, rebelote, Matin Première nous sert à nouveau un reportage issu du même voyage, reportage ne comprenant aucune précaution journalistique une nouvelle fois.

Jean-Paul Marthoz, Professeur de journalisme et membre du CPJ (Comittee to Protect Journalists) que j’interrogeais sur la question du journalisme embedded en Syrie m’a répondu ceci : « Ce type de voyage est par définition un piège. Le premier critère est d’indiquer qui a invité et les conditions de l’invitation. Le deuxième est de savoir qu’un régime cherche d’abord à montrer qu’il est acceptable et donc visitable. Et qu’aucune mise en scène ne devrait être tolérée. Enfin, tous les constats doivent être relativisés, c’est-à-dire mis dans un contexte. Les Syriens ont peur de parler et se référer à leur opinion n’a aucun sens.  Je pense que sur ce conflit, la rigueur doit être absolue car il se prête à toutes les peurs et à tous les clichés. »

Aucun des trois critères minimaux à mettre en place selon-lui ne sont d’après moi respectés dans ce nouveau reportage. Des témoignages sont livrés bruts, souvent de manière difficilement compréhensible, même pour un expert de la Syrie. Le premier témoignage par exemple, comprend cette allégation « les voisins les ont vu décapiter un bébé ». Premier élément intéressant, tous les témoignages parlent en « ils » sans jamais citer personne. Donc on ne sait pas qui est « ils » mais on nous dit qu’ils ont « décapité un bébé » soit le genre d’histoires dont les sites d’hoax raffolent. Pour le moment, la seule image que l’on a d’un enfant décapité en Syrie est celle évoquée dans le point 2 de cet article du Monde. Cela a eu lieu à l’occasion d’un bombardement du régime.
Que les témoignages soient dans l’émotif et parfois loin du réel, cela peut se comprendre. Charge aux journalistes de replacer dans le contexte et d’établir les faits. Là encore c’est raté. Lors d’une rare précision sur un témoignage, Françoise Wallemacq explique que la personne interrogée vient d’Idlib récemment « tombée aux mains de Daesh ». On a une nouvelle fois du mal à comprendre comment la RTBF peut envoyer sur un terrain aussi complexe que la Syrie quelqu’un qui semble avoir si peu connaissance de celui-ci. Idlib n’est pas tombée aux mains de Daesh, mais a été reprise par une coalition appelée « l’armée de la conquête » dont Daesh est absent et qu’il combat vigoureusement. Si cette coalition est loin de rassembler majoritairement des modérés, elle est malgré tout relativement plurielle. Lors de la prise d’Idlib, des exactions ont bien été commises mais cela est resté très marginal. Par contre, dès le lendemain de la perte de la ville, l’aviation de Bachar Al-Assad a commencé le largage de barils de TNT sur Idlib. En tout depuis lors, les bombardements du régime ont tué 2382 civils (chiffre à la fin août). On voit bien ici la différence d’échelle entre les horreurs des uns et des autres. Un rapport complet sur la situation à Idlib est disponible ici, il est édité par une association qui documente les atteintes aux droits humains dans le conflit syrien.Capture du 2015-09-11 14:38:16

Conclusion : aucune prise en compte des critiques dans les reportages suivants

Le résultat, il fallait s’y attendre : la RTBF servant la propagande assadienne sur un plateau, les grands adeptes de celle-ci commencent à diffuser les reportages de notre chaîne publique. Qui sont-ils? Les représentants de tout ce que le web compte de sites web conspirationnistes reprennent les podcasts de la rtbf et les diffusent: arretsurinfo, le comité Valmy, l’axe de la résistance, et d’autres encore (ici et ici par exemple).

Cela me pousse à interpeller à nouveau la chaîne publique, qui me répond alors ceci dans un post facebook:

Cette semaine, la RTBF a diffusé plusieurs reportages réalisés par nos envoyés spéciaux en Syrie. Il nous semble utile de préciser Dans quelles conditions notre équipe est-elle partie en Syrie ? Un préalable : partir en reportage en Syrie est devenu pratiquement impossible pour les journalistes. Les zones tenues par les rebelles ou l’Etat islamique sont devenues des zones de « non-droit », où tout étranger prend le risque d’être tué ou pris en otage. Ces zones sont de facto inaccessibles depuis plus d’un an. Le seul endroit où les journalistes peuvent travailler en jouissant d’un minimum de sécurité sont donc les zones contrôlées par le gouvernement. Damas délivre difficilement des visas aux journalistes occidentaux. Cela fait deux ans que la RTBF en a fait la demande. Après mûre réflexion sur les conditions de sécurité de notre équipe, nous sommes partis à l’invitation de la communauté arménienne de Syrie. c’est une minorité chrétienne qui redoute une nouvelle émigration, 100 ans après le génocide qui a chassé les Arméniens de Turquie, qui les a poussés à se réfugier notamment en Syrie. Durant son séjour en Syrie, notre équipe a pu se rendre a Damas, Lattaquié et Kessab, a la frontière turque. 3 zones sous contrôle de l’armée syrienne. Elle était accompagnée d’un employé du ministère de l’Information, chargé de faciliter le passage des checks points , et de veiller à ce que l’on ne prenne aucune photo d’objectif militaire. Comme dans tout pays en guerre, chaque déplacement doit faire l’objet d’une autorisation préalable. Ce qui n’a pas empêché l’équipe de modifier son programme quand elle le souhaitait, soit pour réaliser des interviews , soit par mesure de sécurité. Le seul contact avec des officiels a été une rencontre avec le gouverneur de Lattaquié. Ce genre de visite de « courtoisie » n’a rien d’inhabituel lors de reportages à l’étranger. Le but de nos journalistes était de rendre compte du vécu de la population. Certaines rencontres avec des familles ont été organisées au préalable, d’autres ont été fortuites, au hasard des rencontres dans certains quartiers. Notre équipe a été témoin de bombardements sur des quartiers de Damas occupés par l’opposition syrienne, comme Douma ou Adra, sans pouvoir rendre compte de la situation sur place, toujours pour des raisons de sécurité. Côté gouvernemental, certains quartiers de Damas ont aussi été la cible de dizaines de roquettes, et deux véhicules piégés ont explosé à Lattaquié durant notre reportage.

Francoise Wallemacq Direction journaliste Journal parlé

Il est intéressant de voir que la RTBF décrit les conditions de ses reportages (un des trois critères émis par Jean-Paul Marthoz): à savoir qu’ils étaient accompagnés en permanence d’un membre du ministère de l’information et n’étaient pas libres de leurs mouvements. Mais ce descriptif ne m’est adressé qu’à moi seul. Pourquoi n’accompagne-t-il pas d’office tous les fragments de reportage? Ce n’est pas à moi qu’il faut expliquer cela (je le savais déjà) mais bien au grand public. [edit: depuis la fin de la rédaction de ce billet, un article de la RTBF sur leur périple en Syriementionne le texte ci-dessus. Cela ne change pas pour autant la donne]
Ensuite, vu les conditions décrites, il devient vraiment surréaliste de diffuser après des « témoignages ». Connaissez-vous un tout petit peu la Syrie? Vous croyez que quiconque va tenir autre chose qu’un discours pro-régime dans ces conditions? Je me permets ici de reprendre les mots du journaliste Pascal Fenaux qui dans unrécent article pour la Revue Nouvelle affirmait ceci à cet égard: « si la situation n’était à ce point insoutenable et si les rapports relatifs aux exactions de masse commises par le régime n’étaient à ce point terrifiants, cette dernière précision aurait de quoi provoquer un fou rire nerveux. Mais il n’y a pas de quoi rire. »

Second élément, la RTBF semble justifier le bien fondé de son invitation en jouant sur la carte arménienne. Or comme déjà expliqué dans mon article précédent quand un représentant d’une communauté invite des journalistes en Syrie, c’est toujours  sous demande du régime. Feindre de l’ignorer ne grandit pas la RTBF. Le président du Comité de défense de la cause arménienne de Belgique, Peter Petrossian, qui a accompagné la « délégation belge », n’a jamais montré une analyse très critique du conflit syrien. Si je respecte et soutiens sans réserve son combat pour la reconnaissance du génocide arménien, je ne peux en dire de même de son traitement de la crise syrienne. Si la RTBF avait vérifié préalablement son « accompagnateur », elle aurait vu que les sources que M. Petrossian consulte et diffuse sur le conflit syrien s’appellent Michel Collon, Pierre Piccinin ou Bahar Kimyongür. Soit ce que l’on peut qualifier de sources belges les moins fiables sur le sujet.
Enfin ce qui est frappant dans ce texte, c’est que la RTBF ne fait à aucun moment un aveu, même partiel, d’erreur. Cela l’aurait sorti grandie. Comme je le disais dans mon article précédent, je ne pense pas qu’il y ait eu intention de mal faire à aucun moment. Mais lorsque l’on est mis face à ses erreurs, les reconnaître excuse déjà beaucoup.
Au contraire, chaque jour amène son nouveau fragment de reportage et demain (samedi 12 septembre), une émission entière devrait être consacrée au voyage en Syrie de Françoise Wallemacq. Autant dire qu’au vu de ce qui a été fait précédemment, le pire est à craindre.

Tahar Ben Jelloun – Cet enfant, c’est l’humanité échouée !


En Syrie, un dictateur prêt à tout pour rester en place a pris son peuple en otage, dans l’indifférence du monde. C’est de cela que ce petit garçon est mort.
Par Tahar Ben Jelloun
Publié le 03/09/2015 à 11:54 | Le Point.fr

photo Un policier porte le corps d’Aylan Kurdi retrouvé mort sur la plage de Bodrum, en Turquie. Son frère âgé de 5 ans et sa mère seraient morts noyés eux aussi en tentant de rejoindre Kos en Grèce. Ils venaient de Kobane.
i Un policier porte le corps d’Aylan Kurdi retrouvé mort sur la plage de Bodrum, en Turquie. Son frère âgé de 5 ans et sa mère seraient morts noyés eux aussi en tentant de rejoindre Kos en Grèce. Ils venaient de Kobane.AFP PHOTO / DOGAN NEWS AGENCY©STR

 

Des enfants meurent tous les jours de maladie ou d’accident. Ce malheur est le plus terrible dans la vie. Mais là, c’est un enfant de trois ans assassiné par Bachar el-Assad. Il aurait pu vivre, aller à l’école, danser et rire, jouer et dessiner des rêves.

Quel âge ont les enfants de Bachar el-Assad ? Dorment-ils bien ? Ont-ils vu le dentiste pour éviter les caries ? On est inquiet, on voudrait savoir s’ils se portent bien, s’ils ne manquent de rien. Parce que tout autour de leur maison des citoyens en armes tentent de renvoyer leur père à son premier métier, la médecine. Mais il est très occupé. Il n’est pas sûr que le soir il trouve le temps d’aller leur raconter une petite fable avant de s’endormir et de faire de beaux rêves. Peut-être qu’il les a envoyés loin, à Londres par exemple, où ils devraient vivre en toute sécurité avec leur maman.

« Moi ou le chaos islamiste »

Il y a la guerre et puis il y a l’exil. Des réfugiés syriens errent dans le monde. L’Europe ne peut pas aujourd’hui se détourner des conséquences de cette guerre. Lorsque le peuple syrien est descendu dans les rues de Damas manifester pacifiquement contre la dictature que Bachar a héritée de son père Hafez, il fut reçu non pas par des jets d’eau, mais par des rafales de mitraillettes qui ont fait des centaines de morts. C’était en mars 2011. Le monde savait de quoi était capable cette famille de malheur pour rester au pouvoir. Le père avait donné l’exemple en tuant, en février 1982, 40 000 opposants à Hama, en toute impunité. Cela s’est passé dans un huis clos absolu.

Avec l’appui de la Russie et de l’Iran, Bachar a entamé une guerre sans merci contre son peuple. Depuis, les choses se sont compliquées et l’islamisme radical s’en est mêlé, ce qui arrangeait bien la stratégie de Bachar, qui dit au monde : c’est moi ou le chaos islamiste !

Puis il y eut l’utilisation en août 2013 d’armes chimiques. Obama s’est énervé. Juste un petit énervement, une mauvaise humeur. Sans plus. Les Européens attendaient de voir ce qu’allait faire l’Amérique. Elle ne fit rien. Ainsi fut délivré « le permis de tuer » à un grand assassin, Bachar el-Assad.

Il rappelle notre silence et notre impuissance

Des millions de Syriens ont fui. Un million au Liban. Et un peu plus de trois autres millions éparpillés dans le monde, dont la famille du petit garçon retrouvé le visage contre le sable sur la plage de Bodrum en Turquie. L’embarcation devait aller à Kos, en Grèce. Le malheur s’est abattu sur elle et voilà un naufrage non seulement d’une dizaine de citoyens syriens expulsés de leur maison par la guerre et par l’indifférence du monde, mais d’une humanité meurtrie, trahie, dont le sort fait honte au monde. Comme l’a écrit quelqu’un en voyant cet enfant, le corps inanimé, c’est « l’Humanité échouée ». C’est la civilisation dans tous ses échecs. C’est la victoire de la barbarie, qu’elle vienne des rangs de Daesh ou de la tête de Bachar.

Cet enfant jeté par les flots rappelle la petite Vietnamienne qui courait nue fuyant les bombardements. Il rappelle le silence des uns, l’impuissance des bonnes âmes, mais surtout il nous dit que le monde est ainsi : la barbarie a pignon sur rue. On tue, on égorge et on filme le carnage. Le peuple syrien est abandonné de tous. Demain, ce sera un autre peuple qui subira le même sort. C’est cela, l’avenir du monde. Avant on croyait à la solidarité, à la bonté, à l’humanité. Tout cela est bien fini. Bachar, après bien d’autres massacreurs de leur peuple, nous dit calmement « c’est moi ou le chaos », un chaos mis en scène par ses services. Et le tour est joué.

La photo du petit garçon hantera ses nuits. Mais, vidé de toute humanité, il n’aura aucune émotion, aucun geste et passera une bonne nuit jusqu’au jour où il n’y aura plus de peuple syrien en Syrie.

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Quand la RTBF perd toute décence journalistique


Ce matin en allumant mon poste radio pour écouter Matin Première, comme tous les matins, l’effroi m’a saisi à l’écoute du reportage de Françoise Wallemacq sur la Syrie.  Je savais depuis plusieurs jours qu’une délégation belge était présente en Syrie à l’invitation du régime. Celui-ci n’avait pas manqué de le faire savoir via deux articles (ici et ici), mentionnant la présence de La Libre Belgique et expliquant que « les membres de la délégation ont assuré que l’objectif de leur visite en Syrie est de se solidariser avec elle [entendez le régime de Bachar Al-Assad] face au terrorisme qui la vise ». Si La Libre, à l’image du Figaro en France, nous avait habitués aux visites de courtoisie à Damas, voilà qui est bien plus étonnant de la part de la RTBF.

Embedded mais critique?

Bien sûr, vu la difficulté d’accès au terrain syrien, il peut être tentant de devenir journaliste embedded (ou journaliste embarqué en français) du régime syrien (c’est à dire un journaliste qui est là à l’invitation d’un parti au conflit et sous sa surveillance). L’espoir étant que malgré cette surveillance, la sagacité et l’esprit critique du journaliste lui permettent quand même de ramener des informations dignes d’intérêt et vérifiées.  Le problème étant que dans le cas du régime syrien, il a été prouvé à maintes reprises que les visites de journalistes sont organisées dans les moindres détails. Les rencontres « fortuites » ne le sont en fait jamais et les témoins « rencontrés aux hasard » sont la plupart du temps des agents du régime. Cela est remarquablement expliqué par de grands journalistes et experts de la Syrie. Je pense à Jean-Pierre Perrin de Libération qui le décrit très bien dans son livre « la mort est ma servante« . Et je pense surtout à l’excellent « Attentat express » de Caroline Poiron, Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian, qui raconte comment l’obstination de Gilles Jacquier, journaliste embedded de France 2, à vouloir faire son reportage comme il l’entendait, l’a amené à se faire tuer par le régime Assad.
Françoise Wallemacq de la RTBF savait-elle tout cela? Au moins partiellement, car au début du conflit syrien, elle avait déjà participé à un voyage de ce type à l’invitation de la sulfureuse Mère Agnès. Si à l’époque il était encore possible de plaider l’ignorance, ça devient difficile maintenant. La none a été impliquée dans différents assassinats en Syrie et diffuse la propagande du régime partout où elle peut en Europe et aux USA, jouant la carte « chrétienne » (quelques articles sur elle ici, ici, ici, ici et ici).  Elle est évidemment l’égérie de tout ce que le web compte de sites complotistes, de égalité et réconciliation de Alain Soral au Réseau voltaire de Thierry Meyssan. Pour être de bon compte, Françoise Wallemacq n’avait pas été la seule à se faire entraîner dans ce voyage, mais avec d’autres collègues elle avait assuré qu’on ne l’y reprendrait plus. Pourtant la voilà repartie. Les méthodes du régime sont les mêmes: on passe par un représentant chrétien (ici arménien) pour jouer clairement la méthode confessionnelle. C’est gros mais ça marche. Le reportage radio commence par « je suis ici à l’invitation de la communauté arménienne ». Pas un mot sur le régime, qui est pourtant bien évidemment l’instigateur de l’invitation. Elle ne peut pas feindre de l’ignorer vu que la délégation a été reçue par plusieurs officiels syriens. Le mentionner aurait été un début de déontologie journalistique. Cela n’a pas été fait.

Quel contenu au reportage? Complètement déconnecté du terrain et de la réalité

L’écoute de l’intervention de Françoise Wallemacq à la radio est un crève-cœur pour toutes les personnes qui suivent de près le conflit syrien. C’est de la désinformation pure et simple. Un copié-collé du discours du régime. Je vais passer ici en revue différents éléments:
1/ « Damas est calme » « la vie y suit son cours » « les habitants vivent quand même un peu dans la peur des quelques roquettes qui tombent chaque jour ».
Vous savez qu’il y a des habitants de Damas qui vivent dans des parties non tenues par le régime? Que dans ces parties les bombardements par l’aviation du régime sont constants et quotidiens? Que là, non la vie n’est pas « normale ». Ces Syriens ne sont pas Damascènes? On leur a retiré ce droit? Pas un mot sur le plus grand massacre de cette année en Syrie il y a quelques semaines dans la banlieue de Damas par l’aviation du régime.

Voilà la
Voilà la « vie normale » dans les parties de Damas sous bombardements du régime.

2/ « j’ai rencontré de nombreux Syriens » « ils nous disent d’ouvrir les yeux, que ce n’est pas Bashar Al-assad le problème ». Sur la première assertion, je rappelle qu’il n’y a pas de « rencontres au hasard » quand on est embedded par le régime. Sur la deuxième partie, aucune mise en perspective. Aucun rappel de la réalité des chiffres: le régime tue beaucoup plus que tous les autres acteurs réunis du théâtre syrien (je n’y reviens pas une fois de plus, mais vous renvoie à mon article précédent).

3/La question de Mehdi Khelfat est ensuite la suivante: « vous êtes dans un pays en guerre, avez-vous senti la pression de Daesh? ». On reprend ici en plein le récit de la situation que veut donner le régime: un pays civilisé et organisé se ferait attaquer par Daesh et sa horde barbare. C’est passer à côté de la réalité complètement. Daesh ne possède que la partie désertique de la Syrie. La Syrie « utile » dans laquelle le régime mène quasi toutes ses opérations militaires est divisée entre les territoires tenus par le régime et ceux tenus par différents groupes rebelles. Les combats qui opposent directement Daesh et le régime sont minoritaires pour les deux acteurs. Autrement dit, Daesh passe bien plus de temps à se battre contre le rebelles syriens que contre le régime et cela est aussi vrai pour ce dernier. Les chiffres de différents instituts d’analyse militaires disent tous la même chose en la matière. Dès lors, contribuer à colporter cette image de « guerre à deux camps », « civilisation vs barbarie », c’est colporter tel quel le récit que le régime de Bachar Al-Assad veut nous faire avaler, en dépit total de la réalité.

4/Je mentionnerai en dernier point l’allusion De Françoise Wallemacq par rapport au musée de Bagdad et au régime qui « cherchent à sauver l’Histoire de la Syrie, notre Histoire ». Là encore, c’est affligeant de naïveté quand on sait combien le régime utilise le commerce d’œuvres d’art pour se financer (voir par exemple ce rapport du Parlement européen), notamment via la fameuse Mère Agnès. Et surtout quand on connaît toutes les destructions culturelles dont il est lui-même responsable (voir même rapport). Mais là encore, Françoise Wallemacq nous sert le récit du régime en plein: « civilisation vs barbarie ».

Méconnaissance affligeante et dégâts énormes

Je veux ici préciser très clairement quelque chose:  je ne pense pas une seconde que Françoise Wallemacq et la RTBF aient voulu faire le jeu du régime. Non, c’est clairement un manque total de connaissance de la région, de la Syrie et surtout des méthodes du régime syrien. La RTBF mériterait d’avoir au moins un journaliste qui maîtrise vraiment ce conflit. Le Soir par exemple, avec bien moins de moyens, a un journaliste avec le degré de connaissance suffisant pour traiter du conflit (Baudouin Loos).

Car quelles sont les conséquences maintenant? Tout le travail de sensibilisation à la question syrienne tombe à l’eau. Les clichés se voient tous renforcés par un reportage d’un grand média belge. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour voir Raoul Hedebouw du PTB diffuser l’interview. PTB qui en 2012 avait déjà effectué le même voyage et qui se pose en défenseur inconditionnel de Bachar Al-Assad depuis le début de la révolution syrienne en 2011.

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Djihad au pays de Cham 1/Les Marocains


Début de la refonte de ma série sur les combattants étrangers en Syrie, côté insurrection, baptisée désormais Djihad au pays de Cham. Je commence avec les Marocains, contingent que je n’avais pas encore traité.

En novembre 2013, Fernando Reinares, spécialiste espagnol des djihadistes nationaux partis se battre en Syrie et en Irak, estimait à 900 les Marocains présents en Syrie. En avril 2014, plusieurs spécialistes portaient le nombre à 1 5001, voire 2 000 en ajoutant les Belges, Français ou Espagnols d’origine marocaine, qui ne seront pas traités ici. Le centre israëlien Meir Amit, en mai 20142, estimait leur nombre à quelques douzaines seulement (!). Les autorités marocaines évoquent jusqu’à 2 000 Marocains partis se battre en Irak et en Syrie ; le ministère de l’Intérieur donnait le chiffre de 1 122 en 2014, avec 200 morts au combat et 128 qui sont revenus et font l’objet d’une surveillance. En novembre 2014, des chiffres font état de 219 Marocains tués en Syrie, 32 en Irak, dont 20 dans des attaques suicides3. Mais les autorités expliquent aussi que seulement 18% de ces derniers ont un casier judiciaire avant leur départ en Syrie, ce qui rend difficile la surveillance une fois qu’ils sont revenus. La réputation des Marocains sur le théâtre du djihad n’est plus à faire : ils occupent des fonctions importantes, notamment au sein de l’Etat Islamique, à la fois politiques, militaires et logistiques. Comme combattants, ils sont particulièrement redoutés, et on les dit plus volontaires pour les attaques suicides. D’autres sources pourtant expliquent qu’au sein de l’Etat Islamique, les trois quarts des Marocains seraient pluôt des combattants de base, servant pour la protection des convois ou comme seconde vague lors des assauts4. Le gouvernement marocain est persuadé que les djihadistes nationaux accumulent une expérience destinée à être réinvestie dans leur pays d’origine5.

Pour Romain Caillet, le djihad syrien n’a pas pris l’ampleur, au Maroc, d’un phénomène de société, comme cela peut être le cas en Tunisie6. Néanmoins, comme pour beaucoup d’autres pays, le djihad syrien dépasse déjà par ses proportions tous les autres phénomènes historiques comparables, jusqu’à celui en Afghanistan contre les Soviétiques. Ahmad Rafiqi, qui avait été le chef du djihad marocain en Afghanistan contre l’URSS, est d’ailleurs mort en Syrie le 13 mars 2014. Les Marocains, en outre, privilégient la Syrie et l’Irak comme terre du djihad par rapport au Mali, un autre « point chaud » en particulier depuis l’intervention française (opération Serval) de janvier 2013.
Comme c’est le cas là encore pour d’autres contingents, la présence des Marocains en Syrie est difficile à tracer jusqu’à l’été 20127. Les premiers ont probablement combattu au sein de Jabat al-Nosra, venant d’al-Qaïda en Irak8. En août 2012, on voit un premier martyre marocain, Abu Mus‘ab ash-Shamali, qui se jette contre un bâtiment de l’armée syrienne à Nayrab, entre Alep et Idlib. En septembre 2012, 8 Marocains auraient été tués dans la province d’Idlib au sein du bataillon al-Furqan9. En mars 2013, un autre kamikaze, Abu Ayman, lui aussi de Jabat al-Nosra, se jette sur un checkpoint du régime près de Qusayr (province de Homs). Abu Hajaral Maghribi (Yassin Buhurfa), ancien militant islamiste et commandant de brigade d’al-Nosra, est mort le 26 janvier 2013 au nord de Jish ash-Soughour, dans la province d’Idlib. En février 2013, on parle de plus de 40 Marocains partis faire le djihad en Syrie, venus essentiellement du nord du pays. Les autorités évoquent 80 départs en juillet 2013, chiffre alors probablement sous-estimé10.

Syrie : raids sanglants du régime près de Damas


La ville de Douma, près de Damas, a été visée par des frappes du régime de Bachar Al-Assad, le 16 août.

Au moins 82 personnes, en majorité des civils, ont été tués dimanche 16 août par des frappes aériennes du régime de Bachar Al-Assad sur un fief rebelle près de Damas, et 250 autres ont été blessées.

L’armée de l’air a frappé à plusieurs reprises Douma, une ville située à 13 km au nord-est de Damas et presque quotidiennement touchée par des raids aériens, principale arme du régime contre les insurgés.

« Un massacre délibéré »

« Il s’agit d’un massacre délibéré », a réagi Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une ONG qui dispose d’un large réseau de sources à travers la Syrie. La Coalition de l’opposition syrienne en exil a également dénoncé l’attaque sur Twitter, en estimant que « Assad commet un nouveau massacre à Douma, en visant un marché bondé ».

Les frappes de dimanche coïncident avec la visite du patron des affaires humanitaires de l’ONU, Stephen O’Brien, qui effectue son premier déplacement en Syrie. Arrivé samedi, M. O’Brien a affirmé qu’il venait « évaluer les besoins du peuple syrien afin de lui offrir de l’aide humanitaire », selon la traduction en arabe de l’agence officielle syrienne Sana.

Mercredi, un rapport d’Amnesty international avait accusé le gouvernement syrien de commettre des « crimes de guerre » dans cette région, parlant d’« attaques directes, aveugles et disproportionnées ».

En savoir plus

Comment sortir de la guerre et recréer un Etat en Syrie


POSTÉ PAR JEAN-CHRISTOPHE PLOQUIN LE 9 JUILLET 2015

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« Une solution politique négociée est l’unique voie pour sauver la Syrie »

Haytham Manna, opposant syrien

Le 9 juin 2015

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La guerre en Syrie n’en finit pas. Les batailles se succèdent, et les attentats, les bombardements, les exécutions. Les populations civiles continuent de subir les violences. Au moins 230.000 personnes ont été tuées depuis mars 2011, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). La moitié des Syriens ont dû fuir de chez eux : l’ONU estime en effet à plus de 4 millions le nombre de réfugiés hors des frontières et à 7,6 millions le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays, sur une population totale de 23 millions.

Pas facile, dans ces conditions, d’imaginer la fin de la guerre, de se projeter dans un scénario où les adversaires se retrouveront autour d’une même table. C’est pourtant ce que tente inlassablement Haytham Manna, un défenseur des droits de l’homme qui vit entre Paris et Genève après avoir dû fuir le régime de Hafez el-Assad. « La Syrie est composée de 23 millions d’habitants. Ceux qui sont directement impliqués dans le conflit armé sont moins d’un million. Malheureusement, 22 millions de personnes n’ont pas le droit de parler », expliquait-il dans une récente interview au Figaro.

> Lire le portrait de Haytham Manna, paru dans La Croix le 4 avril 2014

Ce fervent avocat de la laïcité a été l’un des principaux organisateurs d’un rassemblement de plus de cent soixante-dix personnalités politiques, associatives, sociales et militaires syriennes les 8 et 9 juin au Caire. La moitié des participants à ce congrès vivaient en exil, l’autre était venue de Syrie. La Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution, soutenue par la plupart des pays opposés au régime de Damas, avait boycotté cette rencontre mais plus d’une vingtaine de ses membres étaient venus à titre personnel.

L’objectif du congrès réuni au Caire avec le soutien de la Ligue arabe et du gouvernement égyptien : adopter une « Feuille de route pour une solution négociée en Syrie » ainsi qu’une « Charte nationale syrienne » résumant les principes fondamentaux d’un régime de transition. Une fois approuvés, ces deux documents ont été notamment transmis à Staffan de Mistura, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon pour la crise syrienne, que Haytham Manna doit rencontrer le 11 juillet. Un jour, peut-être, ils seront officiellement sur la table des négociations.

> Lire l’article de Rémy Pigaglio paru le 10 juin 2015 dans La Croix : « Des opposants syriens prônent une solution politique »

En présentant dans le détail la Feuille de route, cet article vise à montrer que l’avenir n’appartient pas qu’aux islamistes et aux tenants du régime Assad. Les opposants laïques et démocrates peuvent proposer une troisième voie vers « un régime démocratique, pluraliste, générant la liberté, la dignité, la justice et l’égalité ».

« Le président actuel ne saurait avoir sa place, à l’avenir, en Syrie »

» Notre point de vue se fonde sur une analyse concluant à une double impossibilité », préviennent les signataires : « Impossibilité d’une solution militaire fondée sur une victoire de l’un ou de l’autre camp; impossibilité que perdure au delà de ce conflit le système de gouvernance actuel et son président, qui ne saurait avoir sa place, à l’avenir, en Syrie.  Il en découle que la solution politique négociée est l’unique voie pour sauver la Syrie ».

« Une résolution du conseil de sécurité de l’ONU »

» Des négociations entre une délégation de l’opposition et le régime doivent se tenir sous l’égide de l’ONU et avec  la caution des pays ayant une influence sur la situation en Syrie », poursuivent-ils. « Les deux délégations concluront un accord prévoyant un programme de mise en œuvre du «communiqué de Genève» (DOC), assorti d’un calendrier et de mécanismes clairs, ainsi que de garanties contraignantes pour s’assurer de sa bonne exécution. Ces garanties et obligations nécessiteront un plein engagement des États  de la région, agissant sous couvert d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui fera office d’une couverture juridique à leur implication en même temps qu’elle dressera le cadre général en appui à la feuille de route ».

Muter vers un régime de démocratie parlementaire

« L’objectif des négociations directes est de muter vers un régime de démocratie parlementaire, pluraliste, pratiquant l’alternance », précisent les opposants. « Ses contours seront dessinés par un Pacte National Fondateur reposant sur le principe de la citoyenneté égale en droits et obligations à tous les Syriens, indépendamment de toute considération de sexe, de nationalité, de croyance ou de confession ».

« Criminaliser le confessionnalisme »

« L’État sera doté d’institutions pour tous les citoyen(ne)s et pour l’ensemble de ses éléments constitutifs », ajoutent-ils. « Cet État de Droit sera seul habilité légitimement à détenir les armes. Sa mission sera d’établir sa souveraineté sur l’ensemble du territoire national, de le défendre et de défendre son peuple, de lui fournir des prestations, d’ancrer le principe de séparation des pouvoirs, d’aménager les droits et obligations, le principe du respect de la constitution, de criminaliser le confessionnalisme, de combattre le terrorisme dans toutes ses formes, quelle qu’en soit sa provenance ».

« La principale victime de ce conflit, le peuple syrien »

« Certes, il n’est pas possible d’engager le processus de négociations sans un minimum d’accord entre les parties aux négociations », reconnaissent les auteurs de la Feuille de route. « Il est même difficile de parvenir à un accord détaillé et d’en définir les mécanismes en l’absence d’un geste à destination de la principale victime de ce conflit, le peuple syrien. Il est nécessaire que les deux parties conviennent, dès le début des négociations, des mesures suivantes ».

« Geler les hostilités et déployer des observateurs »

« 1-L’annonce immédiate d’une cessation du conflit armé de la part de tous les protagonistes sur l’ensemble du territoire syrien, tout opposant à cette mesure comme se plaçant ipso facto hors de la légalité nationale et internationale », détaillent-ils. « Toutefois, les forces armées régulières et les groupements armés ayant opté pour une solution politique du conflit seront maintenus dans leur position afin de geler les hostilités, avec le droit d’autodéfense contre les groupes hostiles à cet accord. Elles se prépareront au retrait ou au redéploiement, selon un programme exécutif convenu entre les deux parties, sous supervision directe de l’ONU et  d’un groupe d’observateurs, composé de pays non impliqués dans le conflit, qui se déploiera dans les zone syriennes ayant souscrit au gel des opérations militaires ».

« Exiger le départ de tous les combattants étrangers »

« 2-Engagement clair et collectif, tant des parties syriennes que des protagonistes régionaux et internationaux, de condamner la présence de tous les combattants non syriens », insistent les signataires. « Exiger de tous les étrangers opérant à titre individuel ou dans le cadre des groupements armés combattant, tant du côté du régime (comme Hizbollah et Failaq al Quds) que contre lui (Comme Da’ech et Jabhat al Nosra), de quitter le territoire syrien. Les pays impliqués aussi bien à l’échelle régional qu’international  doivent s’engager à respecter cette obligation, de même que les conséquences pénales découlant de la violation de ce principe. Un groupe d’observateurs s’assurera du respect de cette disposition et de sa bonne application ».

« Faire parvenir partout les secours aux nécessiteux »

« 3-Engagement à autoriser les organisations internationales de secours à opérer à l’intérieur de la Syrie dans toutes les provinces et de les aider à faire parvenir les secours aux nécessiteux », ajoutent-ils. « 4-Engagement de créer un climat propice dans toutes les zones situées sous le  contrôle d’une des parties aux négociations, de manière à permettre à tous les Syriens de retourner dans leurs foyers et leurs lieux de travail. Veiller à assurer un logement provisoire urgent, des structures d’enseignement et de gestion administrative, prélude nécessaire à un retour digne garant de la sécurité et des conditions de vie élémentaires ».

« Garantir le travail des journalistes »

« 5-Autoriser le retour de tous les nationaux syriens, les opposants résidant à l’extérieur pour diverses raisons, sans le moindre questionnement à leur égard tant du point de vue sécuritaire que juridique que politique, avec  la garantie des libertés fondamentales : liberté d’expression, liberté d’organisation et liberté de rassemblement pacifique. 6-Garantir le travail des journalistes et des médias, des activistes de la société civile et des juristes ainsi que les opérateurs sur le plan des secours humanitaires dans toutes les provinces ».

« Libérer les prisonniers »

« 7-Entreprendre la libération des prisonniers, des personnes enlevées du fait des événements auprès des divers protagonistes. (…) 8-Abroger tous les jugements des tribunaux du terrorisme et des juridictions d’exception rendus à l’occasion des événements du 18 mars 2011 (…).  9-Traiter les dossiers de compensation aux victimes de l’arbitraire ».

« Réunir toutes les forces qui soutiennent une transition démocratique »

« Les deux parties conviennent de la constitution d’une structure du pouvoir transitoire et de la nomination de leurs membres et président dans un délai de 2 mois, sous garantie internationale », reprennent les signataires de l’accord du Caire.  « 1- Le Conseil National Transitoire (CNT) :  sa mission est d’assurer une fonction législative en même temps qu’une fonction de contrôle du gouvernement dans la période transitoire. Il est constitué des représentants de toutes les composantes, des alliances et des forces et partis politique qui soutiennent la transition démocratique, ainsi que des représentants de la société civile, de manière à être représentatif du peuple syrien de manière efficiente et juste. Le CNT adoptera le Pacte National pour la Syrie d’avenir et une constitution provisoire ».

« Être en conformité avec le «communiqué de Genève» »

« 2-Le Haut Conseil de la Magistrature. (…). 3-Gouvernement de la période transitoire. Il devra jouir des pleines compétences exécutives, tant sur le plan civil que militaire, habituellement détenues par le Président de la République et le Conseil des ministres sous la constitution en vigueur et cela en conformité avec le «communiqué de Genève» ».

« 4- Le Conseil Militaire Provisoire (CMP). Il sera constitué d’officiers de toutes les forces militaires ayant opté pour la solution politique et la transition démocratique. Il aura autorité sur toutes les formations militaires qui lui devront obéissance. (…) Il veillera à la fusion des factions militaires convaincues par la solution politique, de même qu’au maintien de le sécurité et de la stabilité, ainsi que le combat contre le terrorisme (…) ».

« Un programme de réconciliation nationale »

« 5- Le Haut Conseil pour l’Équité, la Justice et la Réconciliation. Il met au point un programme de réconciliation nationale en vue de la restauration de la paix civile. Il a en outre la charge de superviser les programmes de justice pour la période transitoire, de veiller à réhabiliter le tissu social syrien déchiqueté par les événements passés ».

« Détacher le parti Baas de tout l’appareil d’État »

« Le Conseil National Transitoire annoncera le gel des activités de la constitution actuelle et des instances qui en émanent, ainsi que la suppression de toutes les lois d’exception, les projets et décisions discriminatoires ainsi que le détachement du parti Baas de tout l’appareil d’État y compris de l’armée et des forces de sécurité », prévoient-ils. « La période transitoire se termine en deux ans et s’achève par l’organisation d’élections générales locales, législatives et présidentielles, selon la nouvelle constitution, et sous la supervision des organisations internationales et régionales concernées.

« Des puissances témoins et garantes de l’accord »

« En raison de la complexité du conflit syrien, les ingérences qu’elle a suscitées sur le plan régional et international, particulièrement la complexité résultant du conflit armé dans le pays, de la difficulté d’obtenir un arrêt des opérations militaires du fait de la volonté des combattants… », concluent-ils. « Il est nécessaire que tout accord entre les deux parties soient nécessairement garanti par les cinq membres du conseil du sécurité de l’ONU, de l’Union européenne, des pays arabes et des puissances régionales, de manière à ce que les États précités soient en même temps témoins et garants de la bonne exécution de cet accord ».

 

POUR ALLER PLUS LOIN

L’interview de Haythem Manna paru dans le Figaro du 8 juin 2015 : « La Syrie est détruite, il est urgent d’arrêter l’hémorragie »;

Le texte intégral de la « Feuille de route pour la solution politique négociée en Syrie » qui a été adoptée le 9 juin 2015 au Caire par le « Congrès de l’opposition syrienne pour une solution politique »,  ainsi quele communiqué final du Congrès;

La « Déclaration du Caire », adoptée le 24 janvier 2015 par un précédent rassemblement composé en partie des mêmes représentants;

Le communiqué final de la réunion du groupe d’action pour la Syrie, à Genève, le 30 juin 2012, dit « Communiqué de Genève » (Genève I);

le dossier de La Croix posté le 6 juillet 2015 : « Alep, au cœur de la guerre en Syrie »;

L’article posté le 17 mars 2014 sur le blog Paris Planète avec Haytham Manna : « Pourquoi la violence n’est pas une solution en Syrie »;

L’article posté le 28 septembre 2014 sur le blog Paris Planète avec Anthony Cordesman : « En Syrie et en Irak, la guerre sera longue pour les États-Unis »;

L’article posté le 4 septembre 2014 sur le blog Paris Planète avec Elias Muhanna : « L’Irak et la Syrie, deux pays, deux histoires millénaires »;

– L‘article : « Qui constitue l’opposition syrienne », paru le 26 avril 2013 sur le site Les clés du Moyen Orient;

POSTÉ PAR JEAN-CHRISTOPHE PLOQUIN LE 9 JUILLET 2015

Expressions Syriennes


A propos

Depuis le début du soulèvement syrien en mars 2011, des journalistes citoyens et des blogueurs se mobilisent pour rendre compte de la situation dans le pays. Seuls témoins sur un territoire où la presse internationale n’a plus accès et où l’information est instrumentalisée par les différentes parties impliquées dans le conflit, ces médias sont confrontés à une répression violente.
Pour les soutenir face à ce défi majeur pour l’avenir de leur pays, CFI, avec le partenariat financier de l’Union européenne, contribue, à travers le projet d’incubateur des médias syriens, à la professionnalisation de ces nouveaux médias.
Expressions Syriennes représente une sélection de documents produits par ces médias, traduits en français, pour comprendre un peu mieux le quotidien des Syriens qui survivent chaque jour à l’intérieur du pays.
http://www.cfi.fr

Syrie(s) – D’autres combats

Reportage photo à Alep de Rami Jarrah, rédacteur en chef de la radio et agence de presse ANA, créée au début de 2012 et visant à renforcer une plate-forme libre des acteurs des médias syriens d’aujourd’hui. Son contenu dépend  fortement des journalistes citoyens du terrain qui ont prouvé leur capacité…

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Syrie: Daech perd le contrôle de tous les villages chrétiens assyriens


Publication: 27/05/2015 14h47 CEST Mis à jour: Il y a 1 heure
DAECH

« A l’issue d’une offensive de dix jours les combattants kurdes ont pris le contrôle, en début de semaine, des 14 villages assyriens que l’EI contrôlait depuis février », a affirmé à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

Le 23 février, l’EI s’était lancé à l’assaut de la région de Khaddour, qui compte 35 villages assyriens, et les jihadistes avaient pris le contrôle de quatorze d’entre eux, poussant à la fuite plus de 5.000 personnes. L’EI garde toujours en otage 210 Assyriens. Les Assyriens, une communauté parmi les plus anciennes converties au christianisme, sont environ 30.000 en Syrie, soit 2,5% des 1,2 million de chrétiens du pays.

Des maisons piégées par Daech

Ils vivent en majorité dans 35 villages de la province de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie. Ces villages sont aujourd’hui tenus par les forces kurdes et quelques uns par le régime. Selon Oussama Edward, directeur du réseau assyrien des droits de l’homme (RADH) basé à Stockholm, « le contrôle des villages par les Kurdes a été rendu possible à la suite de violents raids de la coalition internationale » anti-jihadiste conduite par les États-unis.

Il a précisé à l’AFP que les photos qu’il a pu avoir entre les mains « montrent un grand nombre de destructions de maisons et d’églises ». « La majorité des habitants ont peur de revenir car ils craignent que l’EI ait piégé leur maison avant de s’enfuir », a-t-il ajouté. L’EI a profité de la guerre qui fait rage en Syrie depuis 2011 pour s’implanter dans le pays, qu’il contrôle désormais à 50%, selon l’OSDH.

Par ailleurs, toujours selon l’OSDH, les forces kurdes ont pris le contrôle mercredi de la cité de Mabrouké, au sud-ouest de la ville frontalière de Ras al-Aïn, dans la province de Hassaké et qui comptait environ 50.000 habitants avant la guerre.

La localité dispose d’un point de passage menant à Ceylanpinar en Turquie, et les villages alentours sont contrôlés par les Unités de protection du peuple kurde (YPG), la principale force kurde en Syrie. Mabrouké est un fief important de l’EI dans la zone, selon l’OSDH.

« Ce contrôle ouvre la route vers Tal Abyad », localité à la frontière turque utilisée par l’EI pour le passage de combattants en provenance de la Turquie, a dit Rami Abdel Rahmane, ajoutant que les forces kurdes s’étaient emparées de 4.000 km2 en vingt jours dans le nord de la Syrie.

Syrie : les rouages de la répression au grand jour


Plusieurs actes d’accusation pour crimes de guerre contre Bachar al-Assad et ses collaborateurs ont été de nouveau établis par une commission internationale financée par les Occidentaux. Ces actes se fondent sur des documents officiels sortis clandestinement de Syrie, selon un rapport de Commission internationale pour la justice et la responsabilité (Cija) dontThe Guardian se fait largement l’écho. Le quotidien britannique ajoute que la Cija, financée par plusieurs gouvernements occidentaux, a également établi des actes d’accusation contre la rébellion pour crimes contre l’humanité.

Ce matériel accumulé par la Cija ne peut pour le moment être déposé devant la Cour pénale internationale (CPI), la Chine et la Russie, un des meilleurs alliés d’Al-Assad, bloquant systématiquement à l’ONU toute possibilité de saisine du procureur sur le cas de la Syrie.

«Manie». Les preuves présentées dans les actes d’accusation sont fondées sur des documents gouvernementaux sortis de Syrie par une équipe de 60 enquêteurs syriens au péril de leur vie. Environ 500 000 pages ont été rassemblées par la Cija, à tel point qu’il a fallu recruter des employés pour visionner des heures de vidéos de crimes présumés commis par l’opposition ou les groupes jihadistes, dont l’Etat islamique (EI).

Si les trois actes d’accusation portent principalement sur les premiers mois du soulèvement contre le régime, à partir de mars 2011, ils mettent surtout en lumière la machine administrative de la répression. Les documents officiels subtilisés montrent des «ordres précis pour écraser le soulèvement populaire qui s’étendait de Damas aux différentes provinces», selon la Cija. Ainsi, la «manie du régime de donner des ordres écrits à travers la chaîne de commandement et de rapporter aussi par écrit ce qu’il s’est passé montre que tout remonte au plus haut du pouvoir à Damas».

Jihadistes. Ces documents permettent de connaître les rouages du régime, qui a voulu démontrer, mercredi, par une photo publiée par l’agence officielle Sana, qu’Ali Mamlouk, chef des services de sécurité, ne serait pas assigné à résidence, contrairement à ce qu’ont avancé mardi par des journaux européens. Ceux-ci faisaient état de contacts d’Ali Mamlouk avec les services secrets turcs et du fait qu’il ait dénoncé l’envahissante présence iranienne. Pour démonter cette thèse, Mamlouk est montré aux côtés de Bachar al-Assad et du chef la commission du Parlement iranien pour la politique étrangère et la sécurité nationale, Alaeddine Boroujerdi. A en croire cette mise en scène, Ali Mamlouk serait toujours une pièce maîtresse du système Al-Assad, qui chaque jour ne peut que constater la perte de pans entiers du territoire. Mercredi, les jihadistes de l’EI ont pris une grande partie d’une localité située sur une route stratégique de la province de Homs (centre) après des combats ayant fait 48 morts.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) le groupe extrémiste s’est emparé de larges parties d’Al-Soukhna et de ses environs après des combats commencés dans la nuit de mardi à mercredi. Le gouverneur de Homs, Talal Barazi, a confirmé à l’AFP que les jihadistes étaient entrés «dans certains quartiers de la ville». Selon l’Observatoire, au moins 28 soldats et supplétifs ainsi que 20 jihadistes de l’EI ont été tués et 100 belligérants ont été blessés. Aujourd’hui, la capitale provinciale de Homs est quasiment sous le contrôle du régime mais assiégée par les insurgés et l’EI.

Une atmosphère de fin de règne


 

Diffusion : vendredi 15 mai 2015
A la Une : une atmosphère de fin de règne

« Ça craque à Damas » : c’est le grand titre de Libération avec une photo de Bachar al-Assad, le portrait du président syrien mitraillé dans les rues d’Idleb, ville conquise il y a moins de deux mois par ses opposants. « Revers militaires, pouvoir divisé, économie exsangue » : d’après Libé, « une atmosphère de fin de règne gagne la capitale. Le régime Al Assad sent le vent tourner ». Précisons que l’article est signé d’Hala Kodmani, journaliste franco-syrienne qui milite ouvertement pour le renversement du pouvoir à Damas… Reste que depuis mars, l’Armée de la conquête, une nouvelle coalition rebelle « enchaîne les succès ». Elle réunit des groupes islamistes, nationalistes, opposés aussi bien au régime syrien, qu’aux djihadistes de l’Etat Islamique. Des succès que Libération explique par un changement de politique de l’Arabie Saoudite. Son nouveau Roi s’est rapproché de la Turquie et du Qatar, deux des principaux soutiens des rebelles. Une manière de contrer l’Iran, allié de Bachar Al Assad.

« Les caisses sont à sec », confie un fonctionnaire syrien, désormais à la retraite. « Quand les salaires des militaires ne sont plus payés depuis quatre mois, c’est que l’heure est grave ». La chute vertigineuse de la Livre syrienne aurait semé la panique dans la population. Un commerçant de Damas, cité par Libé, annonce le départ de nombreux habitants favorables au régime. « Le comble », écrit enfin le journal dans son éditorial, « c’est que l’on est réduit à se demander si c’est une bonne nouvelle. Ce pays a connu tant de changements d’alliance qu’il devient difficile de distinguer les bourreaux des victimes. »

article réservé aux abonnés de Libé

Trafic de joyaux

Pendant ce temps, en Syrie et en Irak, les djihadistes pillent les trésors historiques. Le Figarofait sa Une sur ce « carnage culturel, le dossier noir de Daech », accusé par l’UNESCO de crimes contre l’Humanité. Le groupe Etat islamique menace Palmyre, un joyau antique dans le désert syrien. On peut voir une photo d’archive des vestiges de cette ville gréco-romaine, et sur la montagne, un château-fort du XVIè siècle. L’objectif des destructeurs, on le sait, est d’effacer toute trace du passé, mais il s’agit aussi d’un trafic. Un expert en contre-terrorisme nous explique que pour financer la guerre, les objets volés sont revendus, dans les pays du Golfe, et en Occident. Via plusieurs intermédiaires, ils passent par la frontière turque, l’Europe de l’est, avant d’arriver à Paris, Berlin ou Londres. En cas de contrôle, on présente un faux catalogue, un certificat falsifié, en trichant sur l’âge de l’objet. D’après cet expert américain, « la police est bien davantage à l’affût d’argent en liquide, de drogue, ou de migrants clandestins ».

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