Moncef Marzouki s’engage à être le président de tous les Tunisiens


Publié par Associated Press le mardi 13 décembre 2011 à 11h22.
Moncef Marzouki s'engage à être le président de tous les Tunisiens

Moncef Marzouki. Hassene Dridi / The Associated Press

Au lendemain de son élection par une forte majorité de l’assemblée nationale constituante (ANC) à la magistrature suprême, le nouveau président tunisien Moncef Marzouki s’est engagé mardi à être « le président de tous les Tunisiens », après avoir prêté serment la main sur le coran.

« Nous vivons un tournant dans l’histoire de la Tunisie », a-t-il lancé, en insistant sur l’impératif de rompre avec le système « dictatorial » précédent dont il a longuement énuméré les dépassements. Il en a dénoncé la politique oppressive, la torture, les procès politiques, l’emprisonnement de dizaines de milliers d’opposants et d’islamistes, la corruption, l’atteinte à l’identité arabo-musulmane du pays.

Dans sa première adresse à la nation retransmise en direct par la télévision nationale prononcée lors d’une séance extraordinaire de l’assemblée, l’ancien opposant notoire de Ben Ali s’est voulu rassurant à l’endroit de l’opposition qui a voté blanc. Celle-ci nourrissait des appréhensions face à ce qu’elle considère comme une concentration des pouvoirs aux mains du futur chef du gouvernement qui devrait être l’islamiste Hamadi Jebali, au détriment du chef de l’Etat. Elle protestait aussi contre la non délimitation de la durée du mandat de la Constituante initialement prévu pour un an.

L’ANC a pour mission essentielle d’élaborer une nouvelle Constitution qui doit conduire à terme à des élections générales.

Moncef Marzouki a assuré qu’il mènera des concertations aussi bien avec le gouvernement qu’avec l’opposition qu’il a invitée à « faire preuve de fair play et de proposer des solutions » aux problèmes qui se posent.

En militant ardent des droits de l’Homme, Moncef Marzouki s’est fixé pour objectif « d’asseoir les fondements d’une République civile et démocratique » qui garantit aux Tunisiens le droit à l’emploi, à l’enseignement, à la santé et « tous les droits de la femme, notamment à l’égalité » avec les hommes.

A l’instar du président de l’ANC, Mustapha Ben Jaâfar, il a tenu à rendre un hommage appuyé à son prédécesseur Fouad Mébazzaâ et au Premier ministre sortant Béji Caïd Essebsi pour avoir conduit le pays aux « premières élections démocratiques » en Tunisie, ainsi qu’à l’armée et au corps de la sécurité pour leur « loyauté ».

« Aujourd’hui, nous sommes confrontés à des défis énormes » qui nécessitent « des décisions audacieuses », a-t-il déclaré sur un ton résolu. Il a cité les « réformes urgentes » que nécessite une situation socio-économique préoccupante dont, en premier lieu, la création du plus grand nombre d’emploi possible pour atténuer l’acuité du problème du chômage qui affecte plus de 700.000 jeunes dont quelque 200.000 diplômés du supérieur.

Son programme prévoit également d’encourager les investissements « loin de toute exploitation », de rétablir l’équilibre entre les régions développées et celles démunies et de conforter l’identité arabo-musulmane, s’agissant notamment de « protéger les femmes voilées ».

Pour « réaliser les objectifs de la révolution », il a invité les Tunisiens à « faire preuve de patience » et ne pas exiger des solutions immédiates.

« Les Tunisiens ont prouvé au monde qu’ils étaient un peuple civilisé et qu’ils ont les compétences et les ressources de relever tous les défis », a-t-il insisté.

Selon lui, « le monde arabe observe l’expérience tunisienne dont le succès servira de modèle et l’échec aura des répercussions négatives ».

Il a terminé en s’inclinant, les larmes aux yeux, à la mémoire « des jeunes tunisiens qui sont tombés sous les balles pendant la révolution pacifique » qui a fait chuter le régime répressif de Ben Ali. « Sans le sacrifice des martyrs de la révolution, je ne serais pas là », a-t-il lâché, la gorge serrée par l’émotion.

Le nouveau président devait ensuite se rendre au palais de Carthage, dans la banlieue nord de Tunis, pour y prendre ses quartiers lors d’une cérémonie de passation des pouvoirs avec le président intérimaire sortant Fouad Mébazzaâ.

Il devait avoir dans l’après-midi des concertations avec les chefs des partis et autres personnalités politiques, en prélude à la désignation prévue mercredi du chef du gouvernement pressenti qui aura à former son cabinet avant la fin de la semaine. AP

Tunisie: réunion de l’Assemblée constituante, la rue réclame des actes


TUNIS | L’Assemblée constituante tunisienne s’est réunie en plénière mardi pour examiner un projet d’organisation des pouvoirs publics, dont l’adoption permettra la formation d’un exécutif, une « urgence » selon plusieurs députés qui ont pointé l’aggravation de la situation dans le pays.
AFP | 06.12.2011 | 12:40

L’Assemblée constituante tunisienne devait examiner mardi un projet de « mini-constitution » permettant la formation d’un gouvernement, une « urgence absolue » selon plusieurs élus qui ont souligné la situation explosive dans la rue.

Les 217 députés doivent examiner un texte de 26 articles sur l’organisation des pouvoirs publics qui permettra le démarrage effectif des institutions de l’Etat, un mois et demi après les élections du 23 octobre, et alors que la situation économique et sociale se dégrade de jour en jour.

Mais plus d’une heure après le début de la séance, l’examen du texte n’avait pas encore commencé.

A l’extérieur, quelque 300 personnes manifestaient dans le calme en scandant notamment les slogans de la révolution tunisienne: « Liberté et dignité ». Plusieurs élus se sont dits conscients de « l’urgence ».

« Le peuple en a marre d’attendre! Commençons à travailler, assez d’atermoiements », a lancé un député du parti islamiste Ennahda, Amar Larayedh, peu après le début de la séance.

La chef du Parti démocrate progressiste (PDP), opposition, Maya Jribi, a quant à elle mis en garde contre « les risques d’explosion sociale et la détérioration de la situation sécuritaire dans le pays ».

Sit-in, grèves et éruptions de violences se multiplient en Tunisie, où tous les indicateurs sont au rouge: croissance nulle voire négative en 2011, et un taux de chômage qui dépassera les 18%, selon le gouverneur de la Banque Centrale tunisienne Mustapha Kamel Nabli.

Le tout sur fond de vacance du pouvoir.

« Entre un gouvernement démissionnaire et un gouvernement qui n’est pas encore formé, qui gère le pays ? », s’est interrogé un élu d’Ennahda, Abdelkarim Harouni. Le gouvernement sortant de Béji Caïd Essebsi, formé fin février dans le sillage de la chute du régime de Ben Ali le 14 janvier, n’est plus qu’en charge des affaires courantes.

L’élection du président de la République et la formation d’un gouvernement ne pourront intervenir qu’après l’adoption du texte sur l’organisation des pouvoirs publics, qui définit notamment les prérogatives de chacun.

Laborieusement élaboré en commission, le projet a fait l’objet d’âpres discussions pendant quinze jours, particulièrement entre les trois vainqueurs du scrutin, les islamistes d’Ennahda et les deux partis de gauche CPR (Congrès pour la République) et Ettakatol.

La présidence doit normalement revenir à Moncef Marzouki, dirigeant du CPR, et le gouvernement à Hamadi Jebali, numéro 2 d’Ennahda. Mais au vu de la tournure des débats, la formation d’un exécutif pourrait encore prendre plusieurs jours.

« Nous sommes fatigués d’attendre. A la limite on s’en fout de qui sera au gouvernement. Qu’ils se partagent le gâteau, nous on veut du travail! » a déclaré à l’AFP Nizar Jeridi, un chômeur de 23 ans.

Venu du bassin minier, une région déshéritée du centre en proie à de régulières éruptions de violence, il campe avec plusieurs autres chômeurs depuis près d’une semaine devant l’Assemblée. Ils resteront « jusqu’à la formation d’un gouvernement qui puisse prendre des décisions urgentes », a affirmé un autre chômeur Ali Jedlaoui.

« Nous sommes conscients de l’urgence de la situation, et de la tension dans la rue et le pays. Il faut donner un coup de fouet au processus », a déclaré à l’AFP le porte-parole du CPR Abdelawab Matar, peu avant l’ouverture de la séance.

Mais en fin de matinée, la séance a été suspendue et la reprise des travaux était prévue à 16H00 (15H00 GMT).

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Tunisie : Moncef Marzouki refuse de recevoir une délégation du lobby pro-israélien américain


publié le mardi 22 novembre 2011

La délégation du comité juif américain venue en éclaireur en Tunisie, le 14 novembre, afin de sonder les réelles intentions de la nouvelle équipe dirigeante sur la rupture des relations diplomatiques avec Israël, susceptible d’être incluse dans la future Constitution tunisienne, a eu droit à deux comités d’accueil, à l’attitude diamétralement opposée.

Hamadi Jebali, secrétaire général d’Ennahda et, depuis peu, chargé de la direction du gouvernement temporaire, a ouvert sa porte au groupe emmené par Jason F. Isaacson, directeur du gouvernement et des Affaires internationales, tandis que celle de Moncef Marzouki, le président du CPR et récemment nommé président de la République, est restée hermétiquement close, en signe de fidélité aux principes qui l’honorent.

Après la chute vertigineuse de l’autocrate Ben Ali, allié indéfectible de l’entité sioniste, le lobby pro-israélien américain, habitué à faire la pluie et le beau temps en terre tunisienne conquise – servant à la fois d’arrière-garde pour la base américaine Africom et autorisant les flottes US à voguer dans ses eaux territoriales – s’aventure aujourd’hui en terrain inconnu et plutôt miné, si l’on en juge par les premières déclarations sans ambages d’Ennahda, hostiles au maintien de toutes relations diplomatiques avec Israël.

Une limpidité dans le discours officiel qui n’a pas été traduite par l’accueil en demi-teinte d’Hamid Jebali, alors que le veto de Moncef Marzouki l’a pleinement reflétée.

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Tunisie : Le message de justice sociale basé sur l’islam a fait mouche


Les raisons d’une victoire

LOOS,BAUDOUIN

LeSoir

Jeudi 27 octobre 2011

La scène se passe à Foussana, dans le sud-ouest tunisien, mais elle s’est répétée ailleurs. Alors que nous demandions la couleur de son vote à un vieux monsieur très digne, ancien éleveur de moutons, illettré et patriarche d’une famille de huit enfants, il nous répondit comme si cela coulait de source : « Ennahda, car ce sont de bons musulmans. »

Cette perception n’est sans doute pas qu’intuitive. L’imposant succès du parti islamiste tunisien repose sur une série d’éléments parmi lesquels la bonne réputation de ses membres. Beaucoup des cadres d’Ennahda jouissent d’une réputation de gens honnêtes, dévoués. Ce sont souvent des personnes qualifiées (avocats, médecins, pharmaciens, instituteurs, etc.) connues pour aider les plus nécessiteux.

D’autres perceptions populaires ont fondé le succès islamiste. Comme celle qui fait d’eux les vrais résistants à Ben Ali, l’autocrate honni, qui les a en effet poursuivis de sa vindicte, avec une cruauté sans merci. Dans les quartiers, chacun savait que telle personne, par exemple, avait été emprisonnée pendant huit ans et abominablement torturée, le plus souvent sans avoir même commis le moindre délit. Une empathie naturelle s’ensuivait.

Enfin, en sus d’une discipline sans faille et d’un zèle militant de tous les instants, les membres d’Ennahda véhiculent un message de justice sociale basé sur l’islam, cette référence perçue comme endogène, comme provenant des entrailles mêmes d’une société profondément croyante.

Cela fait-il un programme politique ? Non. L’honnêteté, certes, constituerait déjà un changement considérable par rapport au système Ben Ali bâti sur la corruption. Mais encore ? L’islamisme, en général, malgré son aspiration à la justice sociale, n’a rien, bien au contraire, contre le libéralisme. Le programme officiel d’Ennahda n’innove guère. Il promeut ainsi « une économie de marché sociale et solidaire, fondée sur la complémentarité des secteurs privé, public et solidaire »…

Bonnes intentions

Le volet économique comporte surtout une brochette d’excellentes intentions. Et peu de chiffres. L’un d’eux interpelle : 590.000. C’est le nombre d’emplois, qui résorberait presque tout le chômage, que le parti veut créer d’ici à 2016. A financer « à 67 % par l’épargne nationale ».

Là où « on » l’attend, à savoir sur la coercition religieuse, Ennahda se présente comme un modèle de vertu, si l’on ose dire. « L’islam constitue un référentiel fondamental et modéré. » Le programme veut « préserver et consolider les acquis de la femme (…) », « assurer l’égalité des chances entre la femme et l’homme pour l’occupation des postes à responsabilités administratives et politiques », « protéger la liberté de la femme contre toute imposition de style vestimentaire ». Etc.

A croire qu’il conviendrait de leur accorder le bon Dieu sans confession ! Sous bénéfice d’inventaire, tout de même…

Tunisie : « Le système Ben Ali est toujours là »



C’est le premier véritable test du printemps arabe. Neuf mois après la chute de l’ex-président Ben Ali, les Tunisiens sont appelés à élire leur première assemblée constituante de la Tunisie nouvelle. Plus qu’une simple élection, le scrutin, qui vise à terme à adopter une nouvelle Constitution, a été arraché de haute lutte. Des semaines de manifestations sur la place de la Kasbah ont été nécessaires pour obtenir la tête du Premier ministre Mohamed Ghannouchi, un ancien du clan Ben Ali, ouvrant la voie à l’annonce du vote historique. « Cette élection est celle du peuple », se souvient avec émotion la blogueuse Lina Ben Mhenni, auteur de Tunisian Girl : blogueuse pour un printemps arabe (éditions Indigène).

Mais, six mois et un report plus tard, l’excitation a cédé la place à la désillusion. « Rien n’a changé pour nous, Tunisiens, lâche la cyberactiviste. Au contraire, tout est toujours plus cher et la police politique est de retour. » Le 15 août, des manifestants pacifiques opposés à la corruption en vigueur ont été tabassés. « Les deux institutions à la base de la répression sous Ben Ali, à savoir les forces de sécurité et le système judiciaire, n’ont toujours pas été réformées », indique Said Haddadi, chercheur au programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International. Pire, d’après le militant, la torture serait toujours pratiquée.

Parité homme-femme

La Tunisie nouvelle a pourtant eu droit à son lot de réformes. En un temps record, le pays a vu l’éclosion d’une cinquantaine de partis politiques remplaçant l’unique RCD de Ben Ali. Des dizaines de journaux et d’ONG sur les droits de l’homme ont également vu le jour. Nommée à l’instance nationale indépendante pour le secteur de l’information et de la communication, Lina Ben Mhenni a démissionné au bout de deux mois. « Exprimez-vous, mais on fera toujours ce que l’on veut : voici en substance le message que l’on nous a transmis », explique la Tunisienne, qui ne voulait plus servir de « vitrine ».

La mesure la plus sensationnelle du gouvernement transitoire concerne le droit des femmes. Tandis que les Saoudiennes viennent d’obtenir leur droit de vote, les Tunisiennes ont obtenu en avril la parité homme-femme sur les prochaines listes électorales. Une décision qui ne réjouit qu’à moitié la blogueuse. « Le système Ben Ali est toujours là. Avides de pouvoir, les membres du parti RCD n’ont fait que se reconvertir dans une vingtaine d’autres partis. Au lieu d’être jugés, ils vont s’atteler à écrire notre future Constitution », déplore-t-elle. Pour s’assurer de la mise en oeuvre des promesses de réforme, Amnesty International a demandé à l’ensemble des candidats de signer un « manifeste » de dix engagements relatifs aux droits humains. « Nous souhaitons profiter de cette période historique pour que le plus grand nombre de candidats signent les points qui ne font pas débat dans la société », indique Said Haddadi. Font l’unanimité l’abolition de la torture et la réforme judiciaire. Toujours taboues, la peine de mort et l’homosexualité.

Double discours

Profitant de la fragmentation des candidatures, avec près de 1 500 listes électorales, le parti islamiste Ennadha (de la Renaissance), pourtant absent de la révolution du jasmin, arrive aujourd’hui en tête des sondages, avec au moins 20 % des suffrages, loin devant le RCD et la gauche. « Ce parti très organisé a été le plus intelligent de tous en misant sur le social », explique Lina Ben Mhenni. « Depuis le retour d’exil de son fondateur Rached Ghannouchi, ses partisans parcourent les provinces en jouant sur le sentiment religieux de la population et en distribuant de l’argent. » Et, judicieusement, le parti islamiste s’est retiré de la commission chargée des réformes dès qu’a été évoquée la question du financement des partis.

« Ennadha se déclare favorable aux droits que les Tunisiennes ont acquis depuis l’indépendance », signale Said Haddadi, qui a pu s’entretenir en mars avec plusieurs membres du parti islamiste. « Il a ainsi désigné plusieurs femmes sur ses listes. » Cela ne convainc pas Lina Ben Mhenni, qui avertit : « Ennadha pratique le double discours. Pendant qu’ils affichent une certaine modération dans leurs programmes et dans les médias, ils diffusent un tout autre discours dans les mosquées. Lors de la prière du vendredi, ils louent la polygamie et appellent au meurtre des laïcs, qu’ils considèrent comme des athées. »

Tunisie: le couple Ben Ali sera jugé « dans les jours ou semaines à venir »


le 03.06.11 | 15h04

Le président déchu tunisien Zine el Abidine Ben Ali et son épouse Leila Trabelsi seront jugés par contumace "dans les jours ou les semaines à venir" pour deux premières affaires, a déclaré vendredi à la presse un porte-parole du ministère de la Justice.

Le président déchu tunisien Zine el Abidine Ben Ali et son épouse Leila Trabelsi seront jugés par contumace « dans les jours ou les semaines à venir » pour deux premières affaires, a déclaré vendredi à la presse un porte-parole du ministère de la Justice.
Deux dossiers contre l’ex-président et sa femme sont « prêts à être jugés, alors qu’ils sont en fuite » en Arabie Saoudite depuis la chute du régime autoritaire le 14 janvier dernier, sous la pression de la rue, a déclaré Kadhem Zine El-Abidine.
« Les juges d’instruction ont terminé leurs enquêtes. Elles seront transférées à la cour pénale « dans les jours ou les semaines à venir », a-t-il ajouté.
Le premier procès portera sur « la découverte d’armes et de drogues dans le palais présidentiel de Carthage », selon lui.
Le ministère tunisien de la Justice avait annoncé le 10 mars la saisie de près de deux kilogrammes de stupéfiants – sans doute du haschich – dans le bureau privé du président déchu au palais de Carthage.
La deuxième action en justice portera sur les 27 millions de dollars en liquide découverts en février par la commission tunisienne anti-corruption dans un palais de Ben Ali à Sidi Bou Saïd, dans la banlieue nord de Tunis.
Au total, 88 enquêtes sont en cours concernant le couple Ben Ali, sa famille et d’anciens ministres et responsables du régime déchu, a indiqué le porte-parole du ministère de la justice. Leur état d’avancement est de « 70% à 80% », a-t-il ajouté.
Ces affaires concernent des cas d’homicides volontaires, d’abus de pouvoir, de malversation, de trafic de pièces archéologiques, de blanchiment d’argent et de violation de la réglementation sur les marchés publics.
Plusieurs pays européens ont gelé les avoirs de l’ex-président tunisien et ceux de sa famille, qui s’était considérablement enrichie pendant ses 23 ans de pouvoir.
M. Ben Ali a fait appel à un avocat libanais de renom pour assurer sa défense devant les tribunaux tunisiens et internationaux, a-t-on appris vendredi.
Trente-trois membres de son clan et de celui de son épouse Leila Trabelsi avaient été interpellés dans les jours suivant la chute de son régime.
Vendredi, l’une des soeurs de l’ex-président, Najet Ben Ali, a été entendue par un juge d’instruction à Sfax (sud) sur son implication présumée dans plusieurs affaires, dont l’incendie prémédité d’un dépôt de marchandises de contrebande, selon l’agence officielle TAP.
Elle a été remise en liberté en attendant la fin des enquêtes.

AFP source

La Tunisie vit sous la menace mafieuse des hommes de main de l’ancien régime


LEMONDE | 04.05.11 | 13h45  •  Mis à jour le 04.05.11 | 14h22

Avec le calme que donne la certitude, Ali lâche : « Dégueulasse est un mot propre pour dire ce qu’ils ont fait. » 48 ans, dont 23 sous Ben Ali, Ali a honte. Depuis son poste d’observation, vingt-huit ans de taxi, il a tout vu, tout entendu, tout ressenti. La saloperie humaine, le vice et la perversion qu’autorise l’argent roi des mafieux. La suprématie du fort, financièrement parlant, sur le laborieux qui chaque matin courbait l’échine sous peine de prison, d’interdiction de travail, de confiscation de sa marchandise. Pour Ali, rien n’est fini.

« Ils sont encore là », jauge-t-il, les yeux plissés. Ce qu’il dit sans ambages, ils sont de plus en plus nombreux à le murmurer. Lorsque le despote quitta le pays, le 14 janvier à 17 h 52, les klaxons retentirent dans tout le pays. Deux heures plus tard, des 4×4 déboulèrent, vitres baissées, chargés de miliciens armés du dernier cri. Les desperados du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) avaient pour ordre de brûler le pays. Cinq jours de crimes suivirent le départ de Zine El-Abidine Ben Ali. Cinq jours entre enfer et espoir. Cinq jours durant lesquels la population tunisienne érigea des barrages de fortune, des barricades de bric et de broc. Avec des planches, des voitures calcinées, des meubles, chaque quartier s’organisa pour enfreindre le « à tombeaux ouverts » des partisans de M. et Mme Ben Ali. Un élan de courage, de solidarité que le peuple tunisien ne doit jamais oublier.

La révolution s’est jouée le 14 janvier et les cinq jours qui suivirent. Hommes, femmes, vieillards, jeunes, handicapés et enfants, tous furent des comités de quartier. Une vigueur nationale dont ils n’eurent pas le souffle de se rendre compte. Personne n’a pu fêter la grande victoire. Aucun, aucune, n’a pu danser, chanter le triomphe du peuple sur la force. Une révolution confisquée par cinq jours de terreur. Résultat : aucune union nationale. Et une grosse fatigue que les partisans de Ben Ali et des Trabelsi entretiennent.

Règne de la peur

Désormais, la Tunisie vit sous la menace des hommes de main de l’ancien régime. Policiers, mafieux, voyous, notables de l’ex-RCD : tous s’unissent pour salir, casser, tabasser le pays. Leur objectif : instaurer le règne de la peur. Se venger. Tuer la révolution. Chaparder le pouvoir. Quelques exemples : samedi 30 avril, ce sont trois prisons qui sont incendiées afin que 800 détenus s’échappent. Samedi encore, ce sont 500 salafistes qui font violence, avec la complicité de la police politique, avenue Bourguiba. Dimanche 1er mai, c’est un hôtel international de Tunis qui est attaqué comme dans le plus mauvais des westerns. Total : la multiplication des opérations coup-de-poing menée par de petits mercenaires rémunérés par les ex du RCD.

On s’explique difficilement que certains Trabelsi puissent encore faire du business à distance. On ne comprend pas que les prisonniers du type d’Imed Trabelsi bénéficient d’un régime digne d’un palace. L’armée et ses 43 000 soldats ne peuvent tout faire. La police de Ben Ali comptait 200 000 membres, sans compter les indics, vigiles et espions du quotidien. Ils n’ont pas disparu. Ajoutons au tableau le voisin libyen qui tente d’exporter sa guerre sur le sol tunisien avec force obus, mortiers… Kadhafi n’a jamais pardonné que son ami Ben Ali soit viré comme un voleur. Alors il frappe, via ses mercenaires, le grand sud.

Pour les amateurs de symboles, la Tunisie est devenue une destination de choix. On y fait du tourisme de grandes déclarations. A Tunis, le défilé continu de dirigeants étrangers donne lieu à des multitudes de déclarations, d’encouragements. Mais de concret, peu. Pour parler cash, il faut déverser des tonnes de flouz sur la frêle démocratie. L’aider sans compter. Les besoins immédiats sont estimés à 4 milliards de dollars par la Banque mondiale. Le prix à payer pour remettre le pays sur les rails de la croissance. Et le sauver définitivement des complots fomentés par ceux qui firent fortune sous Ben Ali et perdraient tout sous un régime démocratique.

Située entre l’Algérie et la Libye, la Tunisie occupe une place géostratégique qu’il serait idiot de sous-estimer. Si l’on ne veut pas assister à la mise à sac de la révolution, si l’on ne souhaite pas le come-back de la mafia, si l’on a un minimum de respect pour un peuple qui a su s’affranchir de la peur pour déloger un mafieux, un clan, ses gangs, alors il faut aider la Tunisie. Aujourd’hui. Sans attendre une minute de plus. Demain, il sera peut-être trop tard.

© Benoît Delmas

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