A Tunis, l’audition bouleversante d’une victime de la torture sous Ben Ali


Le 17 novembre 2016, pendant les témoignages de victimes des tortures sous le regime de Ben Ali devant l’Instance vérité et dignité.Crédits : FETHI BELAID/AFP

Le 17 novembre 2016, pendant les témoignages de victimes des tortures sous le regime de Ben Ali devant l’Instance vérité et dignité.Crédits : FETHI BELAID/AFP

Sami Braham, prisonnier politique dans les années 1990, a levé le voile, devant l’Instance vérité et dignité, sur l’« enfer » des prisons du dictateur tunisien.

Ces mots-là, ces faits-là, cette émotion-là, n’avaient jamais eu droit à une telle résonance médiatique en Tunisie. La révolution de 2011 a bien eu lieu, la page de la dictature de Zine El-Abidine Ben Ali a bel et bien été tournée. Mais la fracture de la société tunisienne autour de l’islamisme, béante en 2013, puis les déceptions sociales et économiques de la révolution ont insidieusement nourri le désintérêt, l’oubli, voire le déni de ce que fut l’horreur carcérale de la dictature passée.

Un homme, Sami Braham, a peut-être changé le regard que la Tunisie portera désormais sur ces années de plomb et de chaînes. Jeudi 17 novembre, il a livré son témoignage d’ancien prisonnier politique lors d’une audition publique organisée à Sidi Dhrif (nord de Tunis) par l’Instance vérité et dignité (IVD), l’institution phare de la justice transitionnelle en Tunisie. Comme les six autres témoignages de la soirée, dont ceux de mères de jeunes protestataires tués par les forces de sécurité durant les troubles révolutionnaires qui précédèrent le départ forcé de Ben Ali le 14 janvier 2011, l’audition de Sami Braham a été retransmise en direct par plusieurs chaînes de télévision tunisiennes (Al-Wataniya 1, Al-Hiwar Ettounsi, Hannibal TV, Attessia TV). Une grande première en Tunisie.

« Torture pragmatique »

C’est dans l’ancienne résidence luxueuse de l’épouse de Ben Ali, Leïla Trabelsi, le Club Elyssa, que l’auditoire a recueilli le témoignage de Sami Braham : « Je suis prêt à pardonner à condition qu’ils viennent admettre les faits et s’expliquent. » Représentants de partis politiques et syndicaux, un membre du gouvernement, Mehdi Ben Gharbia, le ministre des relations avec les instances constitutionnelles,associations de victimes de la répression, militants de la société civile et invités étrangers ont écouté le sobre récit.

« Ils », ce sont les tortionnaires qui ont meurtri la chair et l’âme de Sami Braham durant les huit ans qu’il a passés dans « quatorze prisons » au fil des années 1990. Sami Braham avait été arrêté à une époque où, jeune étudiant, il avait manifesté des « penchants islamistes ». Vingt ans plus tard, il est apparemment un homme rétabli, reconstruit, à la notoriété bien assise dans le petit milieu de la recherche en sciences sociales. L’intellectuel affilié au Centre d’études et de rechercheséconomiques et sociales, un cercle de réflexion qui a pignon sur rue à Tunis, est régulièrement consulté pour son expertise sur la question du salafisme. A ses interlocuteurs il explique que la dimension sociale n’est pas centrale dans la dérive djihadiste d’une frange de la jeunesse tunisienne. « Il n’y a pas de relation mécanique entre pauvreté et terrorisme », insiste-t-il. A ses yeux, le djihadisme est un « phénomène identitaire » puisant dans une « interprétation rétrograde de l’islam », ce qu’il appelle « un ordre référentiel », formule qu’il affectionne.

Son secret, il le gardait pour lui. S’il admettait face aux visiteurs qu’il avait « passé des années en prison sous Ben Ali », c’était pour s’« excuser » de son français hésitant, pas pour s’épancher sur le détail de l’horreur qu’il avait subie. Jeudi soir, à Sidi Dhrif, il a tout dit, ou presque. Il a dévoilé son martyre passé, sans haine et avec pudeur. Il a raconté l’« enfer ». Il a dépeint l’« énorme machine d’humiliation » centrée sur de la torture, généralisée et systématique. L’intellectuel, familier des catégories, établit une différence entre la « torture pragmatique » en vigueur au ministère de l’intérieur et la « torture chaotique » pratiquée dans la prison relevant des services de renseignement. Il avoue qu’il « préférait » la première à la seconde, car les tortionnaires « pragmatiques » savaient au moins s’arrêter une fois l’aveu extorqué.

Le pardon pour « cicatriser »

Sami Braham a raconté comment on lui plongeait la tête dans les toilettes. Comment on mélangeait les prisonniers politiques avec des détenus atteints de maladies mentales. Il a narré l’humiliation d’être dénudé, soumis à des violences sexuelles. A l’infirmerie, il entend une voix s’écrier : « Il est toujours vivant, ce chien ? » Là, on lui a versé de l’éther sur les parties génitales dans le but de le « rendre stérile ». « Il y avait une stratégie de castrer les prisonniers », révèle-t-il. L’homme qui supervise ces violences est un psychologue, officiellement chargé d’un programme de déradicalisation. « Ils disaient que leur but était d’enlever l’extrémisme de nos têtes », sourit presque aujourd’hui Sami Braham. « Beaucoup de prisonniers finissaient fous », ajoute-t-il. « A l’époque, je me demandais : pourquoi font-ils cela ? Leur motivation était-elle idéologique ? Ou cherchaient-ils juste une promotion ? »

Près de six ans après la révolution, qui est censée avoir tiré un trait définitif sur ces années d’arbitraire, une idée taraude Sami Brahem : « Eviter que ça recommence. » « Or je ne suis pas sûr à 100 % que de telles horreurs ne puissent pas se reproduire. » D’où l’importance à ses yeux de ce processus de justice transitionnelle incarné par l’IVD qui devrait permettre « à nos enfants de ne plus revivre cela ». Il demande juste aux bourreaux de l’époque de venir demander « pardon », qu’il sera le premier à accorder. « Nous avons besoin de cette thérapie pour cicatriser nos plaies, a-t-il lancé en guise de conclusion. Alors seulement nous pourrons avancer. »

 

Âgée de 8 ans, la mariée est morte après nuit de noces


Hoaxbuster a mené l’enquête. ( une variante de cette histoire se passe au Yémen)

Deux camps s’affrontent autour d’une histoire sordide : une jeune fille de 8 ans, mariée de force à un religieux afghan forcément bien plus âgé et qui succombera à ses blessures dès leur nuit de noces.

Selon tout ce que le web a d’islamophobe, cette histoire prouve par le glurge que l’Islam est une religion barbare !

L’histoire devient « affaire » et se retrouve brandie telle un étendard par des acteurs politiques antagonistes. Alors qu’un site francophone lui donne du crédit, un autre crie à l’élucabration et à la désinfo…

Où donc est la vérité ?

Hoaxbuster a mis les mains dans le cambouis des idées nauséabondes pour mener une investigation en terre afghane. Or, il n’est pas simple de trier le bon grain de l’ivraie, notamment en période de fortes tensions politiques suite à l’affaire Méric – la menace de suppression de l’article Wikipedia s’y référant l’illustre bien.

Le verdict de notre enquête

Comme souvent, la vérité est à mi-chemin : oui, un homme pervers a probablement abusé d’une fillette jusqu’à provoquer sa mort. De là à extrapoler sur son appartenance à une communauté religieuse comme catalyseur ayant permis le passage à l’acte, il y a un gouffre qui ne pourra être franchi par quiconque aura un minimum de jugeotte. Est-il utile de rappeler que chaque religion compte en son sein des courants différents qui peuvent aller de la pratique la plus modérée jusqu’à l’intégrisme ? Un mormon polygame et violeur peut-il être pris comme exemple permettant de définir le christianisme au sens large ? Un curé pédophile comme révélateur du catholicisme ?

Oui, le fait divers a très vraisemblablement eu lieu, mais il est instrumentalisé à des fins clairement politiques.

A l’origine : une source jugée fiable

La personne qui a la première diffusé cette histoire l’a fait sur sa page Facebook et non sur un site d’extrême-droite comme il a pu être dit.

Cette personne est en fait un journaliste reconnu par ses pairs : Mustafa Kazemi.

Voici ce qu’en dit par exemple Grégoire Lemarchand de l’Agence France-Presse (AFP), qui l’a employé en 2010-2011 : « c’est un jeune journaliste qui lorsqu’il travaillait chez nous a donné satisfaction en étant encadré par nos éditeurs et guidé par nos très strictes règles de vérification de l’info. »

Tout ce qu’il a pu être trouvé pour contester cette réputation, c’est une page de forum et une rumeur selon laquelle l’agence Deutsche Presse-Agentur (DPA) l’aurait licencié pour tweets mensongers… Mmm, un peu léger.

D’après Mustafa Kazemi, le forum en question « est tenu par quelqu’un qui a un contentieux avec Michael Yon », un de ses amis, et il s’est donc retrouvé accusé (à tort, selon lui) de mensonge par contrecoup. Quant à son départ de DPA, il était dû à « des raisons familiales », le journaliste souhaitant se rapprocher de ses parents.

Une info néanmoins recoupée

Ceci dit, même les meilleurs peuvent trébucher, mais est-ce le cas ici ? Les soupçons peuvent être légitimes si l’on considère le côté indirect du témoignage, ainsi que sa prétendue unicité.
Les Romains disaient jadis : « testis unus, testis nullus »
(= un seul témoin ne vaut rien !)

Sauf que Mustafa Kazemi, comme tout bon journaliste qui se respecte, doit aussi protéger ses sources et Hoaxbuster, à qui il a accepté d’en dire plus, ne peut que le suivre sur ce terrain.

Tout ce qu’il est possible de préciser sans mettre personne en danger, c’est :
1) que la source principale de Mustafa Kazemi est quelqu’un avec qui il a l’habitude de travailler et qui ne l’a jamais induit en erreur ;
2) qu’il a pu vérifier les faits auprès d’autres personnes et ainsi recouper l’information. Sans cela, il n’aurait jamais publié l’histoire. Chose qu’il a été obligé de faire dans d’autres cas par le passé, nous rapporte-t-il.

Qui sont les protagonistes ?

Revenons-en aux sites internet sur lesquels les avis divergent. Quels sont-ils ?
Dreuz.info, un cybermag ouvertement pro-israélien et aux propos souvent ambigus que d’aucuns qualifient d’islamophobes, fait le premier une traduction francophone et « libre » de la brève journalistique sur cette petite afghane.
La réaction ne s’est pas faite attendre par le biais de Debunkersdehoax.org, un site anti-rumeurs qui s’est donné pour objectif de « démonter les hoax (…) que fabriquent et diffusent les partisans de l’extrême-droite pour semer la haine et gagner en influence », qui affirme que cette histoire est abusivement narrée pour nous tromper et qu’elle ne repose sur rien.

Le combat de ces derniers est tout à fait louable… à condition de ne pas tomber dans l’excès inverse.

Car la désinformation ne sert aucune cause ! Et dans le cas présent, force est de constater que des évènements comme celui-là arrivent parfois dans cette région du monde et le nier ne permettra pas de résoudre la situation.

Des interpolations douteuses

Quiconque prend la peine de lire la brève dans sa forme originelle (très différente de la version de Dreuz !) pourra constater qu’elle est écrite sur un ton modéré, quasiment sans porter de jugement si l’on excepte un passage évoquant le « comportement animal » du mollah.

L’adaptation française, elle, regorge de qualificatifs mélodramatiques et de détails sanglants qu’il serait faux d’imputer à Mustafa Kazemi, comme le font par erreur les Debunkers. Le journaliste ne les a jamais employés et il ne cautionne nullement la reprise de son texte par des sites islamophobes.

Religion vs traditions

Pire encore, le sens même de l’histoire a complètement changé. Mustafa Kazemi expliquait ce crime par le poids des traditions locales, en rappelant qu’il est « courant dans les zones rurales de l’Afghanistan ou les provinces/villes de troisième zone de marier des jeunes filles à des hommes âgés, et de vendre ses filles pour ses dettes ou d’autres raisons ». Un phénomène qui ne se retrouve quasiment pas dans les grandes villes, qui ne sont pourtant pas moins musulmanes que les campagnes.

La version française de Dreuz, elle, fait de ce type de mariage une coutume religieuse (à tort), ce qui lui permet de se lancer dans une violente diatribe contre l’Islam, qu’elle émaille de faits approximatifs. Par exemple, elle mentionne sans citer aucune source le chiffre de 600 femmes condamnées en Afghanistan pour crime moral (elles seraient en fait 400). Elle prétend aussi que les législateurs ont « bloqué » une loi fixant à 16 ans l’âge légal du mariage dans le pays, alors que les débats à l’Assemblée pour l’adoption de cette loi, pourtant déjà approuvée par décret présidentiel, ont encore été ajournés dans des conditions houleuses (source : le Monde).

Et c’est là que les conclusions d’Hoaxbuster rejoindront celles des Debunkers : un fait divers de ce type ne saurait être interprété comme une preuve de la nocivité intrinsèque d’une religion.

Sinon, peu de religions passeraient le filtre…

Sources :
L’article de Dreuz (attention, détails très crus !)
L’article des Debunkersdehoax

© Crédit photo : Steve McCurry, National Geographic (1985)
Publication revue et validée par la rédaction de Hoaxbuster

François Burgat : « En Syrie, la posture des Occidentaux face à Daech est celle du taureau devant la muleta »


 
LE MONDE | 21.10.2016 à 10h53 |Propos recueillis par Christophe Ayad, Cécile Hennion et Madjid Zerrouky
François Burgat, politologue et directeur de recherches au CNRS, vient de publier Comprendre l’islam politique : une trajectoire sur l’altérité islamiste 1973-2016 (La Découverte, 310 p. 22 €), fruit d’une carrière qui l’a conduit en Algérie, en Egypte, au Yémen et en Syrie. l Il a a dirigé l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo), de 2008 à 2013 depuis Damas d’abord puis à .partir de 2012 et la fermeture de la représentation diplomatique et culturelle française en Syrie, depuis Beyrouth.

Quelle est la nature du conflit en Syrie ?

C’est, et cela restera, la révolte d’un peuple contre une dictature. Depuis cinq ans, cette crise est devenue plus complexe, elle s’est internationalisée. Il est apparu, de surcroît, que la révolution populaire initiale « cachait » deux autres mobilisations, celle des Kurdes et celle des djihadistes, aux objectifs et aux modes d’actions bien différents.Les Kurdes veulent « moins » : leur objectif n’était pas de prendre la place de Bachar Al-Assad à Damas, mais d’accéder à ce rêve qui leur avait été refusé à la fin de l’Empire ottoman, c’est-à-dire la consécration étatique de leur identité culturelle. Les groupes islamistes radicaux, eux, veulent « davantage » : le territoire syrien mais, plus encore, la constitution d’un « Sunnistan » transnational libre de toute ingérence occidentale et chiite.Le régime s’est servi de ces deux « révolutions parasites » pour amener la grande révolution populaire dans l’impasse où elle se trouve actuellement. Avec les Kurdes, en alternant concessions et confrontations, il est parvenu à diviser les rangs du reste de l’opposition. Et il a utilisé les djihadistes comme un épouvantail, pour discréditer ses opposants aux yeux de l’opinion arabe régionale et internationale.Ceux qui avaient choisi de faire « révolution à part » ont ainsi progressivement confisqué l’entière visibilité du combat de la majorité de l’opposition. Et cette crise, un temps si complexe, est revenue à une sorte de simplicité : celle de l’écrasement militaire, par le régime, les Russes et l’Iran, de la quasi-totalité de la résistance porteuse d’une volonté de libération. Certes, la communauté internationale proteste, mais elle refuse d’interférer autrement qu’en paroles avec ce processus que ses atermoiements ont pourtant largement contribué à initier.

Comment qualifier les stratégies de ces acteurs internationaux en Syrie ?

L’internationalisation de ce conflit s’est opérée de façon terriblement dissymétrique. Ceux qui sont entrés au service du régime se sont montrés constants, cohérents, et sont allés à l’essentiel : verrouillage diplomatique du Conseil de sécurité des Nations unies et maintien de la suprématie militaire de Damas. Dans ce camp, l’Iran craint l’émergence dans son voisinage d’acteurs sunnites radicaux. La Russie, elle, n’avait pas de penchant idéologique particulier au départ ; sa posture est réactive. Moscou veut faire payer aux Occidentaux leurs incursions dans son « pré carré » ukrainien, ainsi que leur surenchère interventionniste en Libye.Pour leur part, les soutiens étrangers de l’opposition se sont irrésistiblement détournés de la révolte populaire, pour se focaliser, égoïstement, sur le traitement, à leur avantage, de ses deux « avatars » kurde et djihadiste. Les Turcs ne regardent plus la crise que par le prisme de leur crainte de l’irrédentisme kurde. Les Occidentaux ne la regardent plus qu’en fonction de leur stratégie – au demeurant contre-productive – de réduire le risque terroriste sur leurs territoires nationaux respectifs. Ils se sont ainsi focalisés sur l’option du « Tous contre Daech, et seulement contre Daech », une posture guère plus réfléchie que celle du taureau devant la muleta. Car en allégeant les efforts militaires que devait consacrer Bachar Al-Assad à sa défense, les membres de la coalition dirigée par les Etats-Unis lui facilitent l’existence et, donc, prolongent la crise. Pour satisfaire leurs intérêts à court terme, tous sont désormais en train de laisser – voire aider en coulisses – les Russes écraser l’opposition.

Y avait-il, au début, un aspect confessionnel : l’esprit de revanche d’une majorité sunnite contre une minorité au pouvoir, perçue comme alaouite, et ses soutiens chrétien et druze ?

La réponse ne peut être qu’ambivalente. Le spectre du confessionnalisme en Syrie se « fonde » notamment sur l’assassinat de 83 cadets alaouites de l’Académie militaire d’Alep, en 1979, organisé par un officier baasiste qui sera ultérieurement récupéré par les Frères musulmans [épisode qui se solda, trois ans plus tard, par la destruction et le massacre de la ville de Hama par l’armée syrienne]. Les statistiques établissent cependant que les alaouites, alors 10 % de la population, constituaient une très large majorité des cadets de l’académie ! Il faut tenir les deux bouts de cette réalité.Dès 1980, les Frères musulmans ont explicitement condamné le principe d’une guerre sectaire contre les alaouites, insistant sur le fait qu’ils ne luttaient que contre les détenteurs du pouvoir et de l’appareil sécuritaire, que le régime, loin des ambitions laïques du parti Baas, avait construit sur des bases confessionnelles. De là sont nées des tensions avec cet appareil répressif, identifié aux « aayn » – de l’initiale arabe du mot alaouite que l’on n’osait même pas prononcer. Discréditer la révolte populaire de 2011 au nom de ce passif du régime serait donc emprunter un raccourci trompeur. C’est le régime qui a instillé le confessionnalisme, assumant le risque de la guerre sectaire pour, banalement, diviser le front de ses opposants.

Le régime a-t-il gagné ce pari de la division confessionnelle ?

En partie au moins ! Il a réussi à « sunniser » l’image de la révolte, en poussant les sunnites à se militariser, sachant, bien sûr, qu’ils constituent la majorité démographique. Au bout de huit mois, fin 2011, la quasi-totalité du commandement militaire de la rébellion était détenue par des sunnites. Pour accélérer ce processus, le régime a fait un usage très sélectif de la répression : les manifestants druzes ont eu droit à l’odeur, rare en Syrie, du gaz lacrymogène, tandis que les manifestants pacifiques des quartiers sunnites recevaient, dès le début, des rafales d’armes automatiques. Sans parler des djihadistes de Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique], qui étaient mystérieusement épargnés !Mais iI est faux de dire que le régime a survécu grâce au soutien des minorités effrayées par le radicalisme sunnite. Il ne doit sa survie qu’à la perfusion militaire, iranienne d’abord (par troupes libanaises du Hezbollah interposées) puis russe, dont il a bénéficié. Sans compter les milices chiites irakiennes et afghanes, qu’il a lui aussi mobilisées, tout en continuant à se présenter comme le « défenseur de la laïcité » ! Et sans compter, non plus, la focalisation exclusive des occidentaux sur la défense des « minorités », au détriment de celle de la majorité !

L’opposition a accusé l’organisation Etat islamique (EI) d’être une créature du régime. Quels sont leurs liens ?

Le régime a manipulé des groupes djihadistes au profit de sa politique en Irak et au Liban, dans les années 2000 notamment, d’une manière comparable à celle de l’armée en Algérie dans les années 1990. Dès mai 2011, Bachar Al-Assad a aussi libéré massivement des prisonniers, dont il était persuadé qu’ils rejoindraient les djihadistes. Or, ils sont allés dans d’autres groupes islamistes, mais pas Daech.L’EI est une création du régime, seulement au sens où ce dernier, tout en nourrissant la radicalisation par la répression aveugle, l’a laissé prospérer en toute tranquillité. Ceux qu’Assad voulait éliminer, c’était les opposants présentables, pas les épouvantails à qui il souhaitait longue vie ! Il s’est ainsi manifestement retiré sans combattre de la ville de Palmyre [le 27 mars 2015], pour s’offrir le plaisir de montrer aux Occidentaux Daech démolissant des temples ! Les tout premiers attentats à Damas, à la mise en scène grossière, ne pouvaient pas non plus être l’œuvre de Jabhat Al-Nosra ou de Daech.Cela dit, Daech a une existence historique indéniable. Elle est le produit de l’autonomisation de l’aile radicale de l’opposition irakienne à l’armée américaine d’abord, au régime « confessionnel » du [premier ministre] Nouri Al-Maliki à Bagdad ensuite. Le groupe issu du terrain afghan s’est ensuite « irakisé » puis exporté en Syrie. Il a également été renforcé parce que l’Occident a lâché ceux qu’il ne trouvait pas assez « laïques », nourrissant ainsi le désespoir de tous ceux qui sont allés grossir les rangs djihadistes.

Comment la France est-elle passée du soutien franc à l’opposition à une politique centrée sur la lutte antiterroriste ?

La France a abordé les printemps arabes en confirmant son soutien traditionnel aux vieux leaders autoritaires. « Voulez-vous une matraque plus courte pour taper plus précisément sur vos manifestants ? », avait proposé en substance la ministre des affaires étrangères Michèle Alliot-Marie à « notre ami » Ben Ali [président tunisien déchu le 14 janvier 2011]. En recevant une double « gifle », tunisienne puis égyptienne [avec la chute de Hosni Moubarak le 11 février 2011], Paris a pris conscience de son erreur de diagnostic. La France est alors entrée dans la crise libyenne avec un logiciel radicalement différent, allant presque jusqu’à se substituer à l’opposition.La ligne « le tyran va tomber » a perduré au début de la crise syrienne. Mais les premiers résultats des urnes arabes, malgré des signes d’ouverture en direction des vainqueurs islamistes, ont fait vaciller cet enthousiasme initial. Paris – cette fois, sans trop le dire – a entrepris de changer, une deuxième fois, son fusil d’épaule. Le premier revers de l’opposition démocratique syrienne a peut-être bien été… la victoire des islamistes en Tunisie puis en Egypte ! La perception française des printemps arabe en a été, à tort, irrémédiablement affectée.

Pourquoi « à tort » ?

L’attitude ambiguë, hésitante, contradictoire des gouvernants français dans le printemps syrien, et dans beaucoup d’autres crises régionales, est inefficace pour une raison centrale : leur inaptitude structurelle – et celle des intellectuels qui les enferment dans leur erreur – à percevoir, rationnellement les forces dites islamistes qui sortent régulièrement des urnes arabes. La France persiste, de manière aveugle et désespérée, à ne considérer légitimes que ceux qui, en politique, usent de la religion selon un modèle calqué sur sa propre construction républicaine. Le pouvoir français a une impuissance pathologique à comprendre que les sociétés musulmanes, dans le prolongement post-colonial de la réaction du « Sud » à la domination du « Nord », font de leur culture religieuse un usage identitaire qui n’a jamais eu d’équivalent dans la révolution modernisatrice occidentale. Le résultat de ces tergiversations est que Paris a soutenu la révolution syrienne, suffisamment pour déclencher, à l’encontre de celle-ci, un discrédit réactif dans des pans entiers des gauches arabes et occidentales dites « anti-impérialistes », mais jamais assez pour contrer l’ampleur décisive de l’ingérence militaire iranienne et russe.

L’autre tournant du changement de la politique française est lié à l’apparition du groupe Etat islamique…

Le second déclic, c’est bien sûr la prise inattendue de Mossoul par l’EI [en juin 2014]. Cette percée spectaculaire, rendue possible par l’effondrement de l’armée irakienne, est venue démontrer que ces djihadistes, que l’on pensait n’être qu’une frange extrême, marginale et périphérique du spectre politique, étaient en réalité capables d’entrer en empathie plus ou moins profonde avec des segments entiers de la population irakienne.Avant même d’être ciblée par le moindre attentat, la France s’est alors affranchie de ses réticences à s’impliquer militairement, fût-ce seulement en armant sérieusement l’opposition syrienne. Et elle est… entrée en guerre. Mais contre Daech, c’est-à-dire en intégrant de facto le camp de ceux qui prorogeaient l’existence du régime syrien et, donc, la crise. A partir du moment où le spectre de « l’hiver islamiste » s’est imposé, Damas a repris en effet toute son arrogance et n’a plus été disposé à faire la moindre concession susceptible de rendre crédible une porte de sortie négociée. Cette décision a été une erreur stratégique et tactique. Elle n’a pas relevé le niveau de sécurité des Français. Au contraire. Les « performances » des pilotes de nos Rafales, mobilisés en Syrie et en Irak dans un contexte électoraliste trouble en France, ont en fait contribué à compromettre celles des fantassins de « Vigie Pirate ».

Combattre militairement l’EI n’est-il pas une nécessité ?

On ne peut évidemment pas rejeter cette option. Pourvu qu’elle ne soit pas la seule ! Une victoire seulement militaire sur Daech ne fera que disséminer dans l’espace, et reporter dans le temps, les problèmes qui ont conduit à son émergence. Combien de fois la ville de Fallouja a-t-elle été « libérée » des djihadistes depuis 2004 ? Que se passe-t-il quand vous ne laissez pas, derrière cette « libération », une alternative politique crédible ? Le même tissu militant reprend vite le contrôle, ou exporte sa lutte… Tant que ses adversaires ne lui opposent pas une alternative locale crédible, ils fabriquent autant de djihadistes qu’ils en éliminent.L’erreur a été de perdre de vue la matrice de la crise : Daech est une conséquence du « permis de tuer » qui perdure aux mains du régime syrien, il n’est pas l’origine de la crise. Pendant que Daech égorge « en couleur et au ralenti », avant de nous envoyer les vidéos, le régime tue dix fois plus, en rejetant cyniquement la responsabilité sur ses opposants. C’est dans ce piège que nous sommes tombés. Quant au refus américain de sanctionner le régime pour son usage des armes chimiques, il a sans doute constitué le plus formidable cadeau qu’a reçu Daesh, qui a alors recueilli en masse les déçus des fausses promesses du président Barack Obama.

Comment l’Occident peut-il soutenir une opposition dont il renie aujourd’hui la majorité des acteurs militaires ?

Les Etats-Unis Unis et l’Europe condamnent vertueusement le déplacement du centre de gravité de l’opposition armée vers les groupes radicaux, en oubliant que c’est leur passivité face à l’ingérence irano-russe massive qui a contribué à nourrir ce processus ! Ils se refusent ensuite à faire une distinction essentielle entre les groupes qui ont un agenda anti-occidental, et ceux qui se battent dans un cadre national. Si nos interlocuteurs, dits modérés, ont choisi début août de s’allier avec Fatah Al-Cham [anciennement Front Al-Nosra affilié à Al-Qaida], c’est qu’ils avaient de bonnes raisons que nous n’avons pas voulu entendre.Les Nations unies ne font pas mieux : leur premier médiateur, Lakhdar Brahimi, était l’ancien ministre des affaires étrangères des généraux éradicateurs responsables de l’écrasement du « printemps algérien » de 1991 ! Staffan de Mistura, son successeur, n’a pas renouvelé cette équation : le soutien qu’ont apporté les Russes à son plan de démilitarisation d’un seul des deux camps qui s’affrontent à Alep l’a démontré avec éloquence. Nous n’avons pas fini de payer le prix de ce dangereux tournant syrien de notre histoire contemporaine.

Aujourd’hui, pour Alep


Smoke rises over the Salah al-Din neighbourhood in central Aleppo during clashes between Free Syrian Army fighters and Syrian Army soldiers. GORAN TOMASEVIC/REUTERS
Smoke rises over the Salah al-Din neighbourhood in central Aleppo during clashes between Free Syrian Army fighters and Syrian Army soldiers. GORAN TOMASEVIC/REUTERS

Le groupe ActionSyrie en collaboration notamment avec Amnesty international Belgique organise mardi prochain un rassemblement de protestation contre le bombardement de la ville d’Alep.
Nous vous invitons à venir nous rejoindre mardi 4 Octobre à 17h15 sur le Rond-Point Schumann pour nous adresser à nos dirigeants européens et leur dire que nous ne pouvons plus accepter leur manque de réaction !

Informations pratiques sur le lien ci dessous :

https://www.facebook.com/events/1576846385958007/

Leila Shahid : « Shimon Peres a aussi contribué à tuer le camp de la paix »


L’ancien président d’Israël a certes permis la reconnaissance mutuelle entre les deux peuples avec les accords d’Oslo. Mais, selon la Palestinienne Leila Shahid, il a finalement abandonné le camp de la paix.

ila Shahid est ancienne ambassadrice de la Palestine en France. A ce titre, elle a côtoyé de nombreuses fois Shimon Peres, en particulier dans le cadre des négociations de paix israélo-palestiniennes. Elle revient sur la carrière de celui qui, selon elle, a certes voulu amener une reconnaissance mutuelle entre les deux peuples mais a finalement abandonné le camp de la paix.

C’est, avec la mort de Shimon Peres, le dernier « père fondateur » d’Israël qui disparaît, est-ce une page qui se tourne ?

Il est évident que nous venons de perdre en quelque sorte le « dernier Mohican ». Il est l’un de ces fondateurs du parti travailliste qui ont été les grands personnages politiques d’Israël depuis Ben Gourion jusqu’à lui en passant par Dayan, Rabin, Begin, Shamir…

Shimon Peres a joué un grand rôle dans l’histoire d’Israël, sur le plan politique et surtout diplomatique. Ce Polonais d’origine savait parler à l’Occident et s’intéressait bien davantage à la diplomatie qu’à la chose militaire

voir l’article ici

La culture est un droit fondamental !


A vos ordres Monsieur Erdogan?

Ainsi donc, Monsieur Mayeur, bourgmestre de Bruxelles, a interdit aux citoyens belges d’origine kurde d’organiser un événement de leur « Semaine Culturelle » à la place d’Espagne… s’associant en cela à Monsieur Kir, son camarade bourgmestre de St Josse, qui avait lui aussi interdit à l’Institut kurde d’organiser des activités culturelles sur son territoire.

La décision de Monsieur Kir n’étonnera que ceux qui ignorent ses sympathies pour le régime de Monsieur Erdogan, sympathies qui l’ont mené à participer, en juillet dernier en Anatolie, à la « mobilisation populaire » initiée par le dictateur turc.

Du moins Monsieur Kir a-t-il notifié dans les règles, sans tergiverser, son refus de laisser s’exprimer la population d’origine kurde.
Ce n’est pas vraiment le cas de Monsieur Mayeur qui a fait part de son refus à un moment où les organisateurs n’avaient plus le temps de trouver une solution alternative… Soit trois mois après la demande et juste à quelques jours avant le début de l’évènement.

Les mauvais esprits, partisans du dictateur turc ça va de soi, diront que c’est bien joué d’avoir enfumé les organisateurs en leur laissant entendre pendant trois mois qu’il n’y aurait pas de problème, les services communaux donnant même leur accord pour la location de matériel technique et des mesures de sécurité ayant été concertées avec la police…
Et au dernier moment, pan!
Un rien pervers comme stratégie, non?

Monsieur Mayeur était pourtant parfaitement au courant qu’il s’agissait d’un spectacle de danses folkloriques, d’animations pour les enfants, de dégustation de mets typiques du Kurdistan… Et que la place d’Espagne est un lieu quasiment clos et facilement contrôlable.
Alors pourquoi cette interdiction de dernière minute?

Pas de réponse de Monsieur Mayeur, aucune motivation dans sa lettre de refus… Même le danger terroriste n’est pas invoqué, c’est vous dire.
L’effet de surprise, mon cher! L’effet de surprise… C’est imparable!

Pour mémoire, c’est le même bourgmestre qui avait, en 2015, autorisé le rassemblement des partisans islamistes d’Erdogan en arrêtant la circulation des trams dans l’avenue Louise… Et c’est la police de ce même bourgmestre qui, en juillet dernier, a autorisé un manifestant à utiliser le haut-parleur de leur voiture de patrouille, lors du rassemblement en soutien à Erdogan devant l’ambassade turque.

Il reste à l’Institut Kurde à déposer plainte au Conseil d’Etat… Ça doit rappeler des souvenirs aux militants de la Plate-forme Palestine de Charleroi qui avaient aussi déposé plainte à ce même Conseil après une interdiction du même ordre de Monsieur Magnette, bourgmestre de la ville.

Est-ce une nouvelle technique concertée de lutte contre la liberté d’expression?

Hé Jaurès! Reviens, ils ont perdu leur âme!

Rudi Barnet
(Septembre 2016)

Après l’interdiction non justifiée de quelques activités culturelles de la Semaine Culturelle du Kurdistan à Saint-Josse-ten-Noode, celles de la Place d’Espagne ont aussi été interdites. Le Collège du Bourgmestre et des Echevins de Bruxelles n’a donné aucune motivation pour cette décision. L’Institut Kurde n’accepte pas une telle décision injuste et tardive et a déposé une plainte auprès du Conseil d’Etat

voir texte en NL ici 

En exil, en prison, au chômage… que sont devenus les lanceurs d’alerte ?


En exil, en prison, au chômage… que sont devenus les lanceurs d’alerte ?

Daniel Ellsberg est considéré comme l'un des premiers lanceurs d'alerte. Les charges portées contre cet ancien analyste employé par l’administration américaine pendant la guerre du Viêt Nam ont été abandonnées. © Leon Neal, AFP

Daniel Ellsberg est considéré comme l’un des premiers lanceurs d’alerte. Les charges portées contre cet ancien analyste employé par l’administration américaine pendant la guerre du Viêt Nam ont été abandonnées. © Leon Neal, AFP

Vidéo par Marc PAUPE

Edward Snowden, Chelsea Manning, Stéphanie Gibaud… Que sont devenus les lanceurs d’alerte, dont la vie a changé radicalement le jour où ils ont fait leurs révélations ? Tour d’horizon des figures les plus marquantes de ces dernières années.

Ils ont en commun d’en avoir trop dit. Héros des temps modernes pour les uns, traîtres agissant au nom de la tyrannie de la transparence pour les autres, les principaux lanceurs d’alerte sont devenus de vraies célébrités. Quelques semaines après les révélations des « Panama Papers » et à l’heure où s’ouvre le procès d’Antoine Deltour, à l’origine du scandale des « Luxleaks », mardi 26 avril à Luxembourg, voici un petit tour d’horizon des lanceurs d’alerte à travers le monde.

N’est pas lanceur d’alerte qui veut. D’après la définition des sociologues français Francis Chateauraynaud et Didier Torny émise en 1999 dans l’ouvrage « Les Sombres précurseurs », le terme « lanceur d’alerte » désigne une personne qui estime avoir découvert des éléments qu’il considère comme menaçants pour l’homme, la société, l’économie ou l’environnement et décide, de manière désintéressée, de les porter à la connaissance d’instances officielles, d’associations ou de médias, parfois contre l’avis de sa hiérarchie.

Une définition qui reste tout de même large et prend aussi bien en compte des journalistes, chercheurs ou militants associatifs comme Denis Robert – journaliste à l’origine de l’affaire Clearstream -, Irène Frachon – médecin au CHU de Brest, à l’origine de l’affaire du Mediator – ou Erin Brockovich, qui a dévoilé l’affaire du chrome hexavalent dans l’eau potable de Hinkley, en Californie. En limitant les lanceurs d’alerte aux seules personnes qui se sont mises à dos les administrations ou entreprises dans lesquelles ils travaillaient, restent quelques grands noms à travers le monde.

Daniel Ellsberg, le précurseur

L’ancien analyste employé par l’administration américaine est considéré comme l’un des pionniers du genre. Après avoir alerté des sénateurs, sans succès, ce fonctionnaire fournit en 1971 au New York Times les « Pentagon Papers » : une somme de 7 000 documents top secret appartenant au Pentagone, qui révélent la face sombre de l’intervention américaine pendant la guerre du Viêt Nam. Il est alors poursuivi par l’État pour « vol, divulgation de secret d’État, conspiration et espionnage », mais les charges portées contre lui sont finalement abandonnées. Son intervention contribue au retrait des troupes américaines du Viêt-Nam deux ans plus tard. Daniel Ellsberg a été depuis auréolé de plusieurs prix, dont le prix Nobel alternatif en 2006. Son combat a également été porté à l’écran par Michael Mann sous le titre « The Insider », en 1999.

Chelsea Manning, l’auteur des révélations sur la guerre en Afghanistan, en prison

Chelsea Manning, née Bradley Manning, ancienne analyste militaire de l’armée des États-Unis de nationalité américano-britannique, est accusée en juillet 2010 d’avoir transmis à WikiLeaks des documents militaires classés secret-défense sur la guerre d’Afghanistan. Bradley Manning est condamné le 21 août 2013 à 35 ans de prison. L’ancien miliaire se déclare transgenre au lendemain de sa condamnation et entame des démarches pour changer d’identité et prendre le prénom de Chelsea. La lanceuse d’alerte est toujours en prison, même si son nom a été proposé par son cercle de soutiens au prix Nobel de la paix. Selon eux, Chelsea Manning aurait largement participé au retrait des troupes américaines en Irak.

Chelsea Manning a été condamnée le 21 août 2013 à 35 ans de prison. © Armée américaine, AFP

Edward Snowden, l’ennemi n°1 de la NSA en exil

Ce jeune consultant de la NSA, employé comme administrateur système, apporte de nombreuses révélations sur les programmes de surveillance de masse de l’agence de sécurité américaine en 2013, 2014 et 2015 par l’intermédiaire de journaux comme The Guardian, Washington Post, Der Spiegel ou The New York Times. Edward Snowden a notamment permis de porter à la connaissance du public en juin 2013 le système d’écoutes appelé PRISM, lancé en 2007 par le gouvernement américain pour surveiller les données des internautes sur des sites comme Google, Facebook, YouTube, Microsoft, Yahoo!, Skype, AOL et Apple.

Exilé en juin 2013 à Hong Kong, Edward Snowden a obtenu le 31 juillet 2013 l’asile temporaire en Russie, où il est toujours réfugié. Edward Snowden est toujours recherché par les États-Unis, où il risque trente ans de prison. Ses révélations ont déclenché une prise de conscience mondiale sur les techniques d’espionnage employées par la NSA.

L’ex-consultant de l’Agence de sécurité américaine (NSA), Edward Snowden, encourt une peine de 30 ans de prison aux États-Unis. Il vit actuellement en exil en Russie. © The Guardian, AFP

Stéphanie Gibaud, le cauchemar d’UBS, au chômage

L’Europe n’est pas en reste question lanceur d’alerte. Stéphanie Gibaud, embauchée en 1999 par UBS France comme directrice de la communication, dénonce dès 2008 auprès de l’Inspection du travail puis auprès du procureur de la République les pratiques d’évasion fiscale et de blanchiment de fraude fiscale en bande organisée d’UBS AG (Suisse), avec la complicité d’UBS France. Licenciée, la lanceuse d’alerte vit alors des minimas sociaux et se consacre aux lanceurs d’alerte. En 2014, elle devient membre fondateur et secrétaire générale de l’association Pila, une plateforme internationale des lanceurs d’alerte. Le 10 septembre 2015, Stéphanie Gibaud est nommée pour le Prix Sakharov 2015, aux côtés d’Edward Snowden et Antoine Deltour.

Stéphanie Gibaud, après avoir dénoncé des pratiques frauduleuses d’UBS, se retrouve aujourd’hui sans emploi. © Philippe Huguen, AFP

Antoine Deltour, le timide déclencheur du LuxLeaks, en procès

Le lanceur d’alerte Antoine Deltour encourt actuellement une peine de dix ans d’emprisonnement et plus d’un million d’euros d’amende pour avoir fourni à la presse des documents révélant des accords entre le fisc luxembourgeois et certaines multinationales. La révélation de l’ex-auditeur de la filiale luxembourgeoise du cabinet comptable PriceWaterhouseCooper, portée au petit écran par l’émission Cash Investigation diffusée sur France 2, déclenche le scandale des « Luxleaks ». À la suite de ce scandale, la Commission européenne a lancé en juin 2015 un plan d’action pour tenter d’harmoniser les 28 systèmes européens d’impôt sur les sociétés et pour lutter contre l’évasion fiscale des multinationales. Antoine Deltour comparaît depuis le 26 avril 2016 et jusqu’au 4 mai devant la justice luxembourgeoise.

 

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