Réactions à la mort de Ben Laden


ISAF : Un « coup énorme »
L’opération qui a visé Oussama Ben Laden (…) a clairement porté un coup énorme à el-Qaëda et ses membres », s’est félicitée la force de l’OTAN en Afghanistan (ISAF). Le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen a néanmoins tenu à souligner que « le terrorisme continue de menacer directement notre sécurité et la stabilité internationale », et que « les alliés de l’OTAN et leurs partenaires devaient donc continuer à mener leur mission » en Afghanistan « afin de s’assurer que ce pays ne redevienne jamais un havre pour l’extrémisme ».

Iran : Plus de raison à une présence militaire US dans la région
L’Iran a estimé que la mort de Ben Laden enlevait aux États-Unis et à leurs alliés toute « excuse pour déployer des forces au Moyen-Orient sous prétexte de lutter contre le terrorisme ». L’Iran à majorité chiite a toujours considéré el-Qaëda comme une menace pour sa sécurité. Téhéran n’avait pas protesté et avait même coopéré avec les forces occidentales lorsqu’elles étaient intervenues en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001.

Les talibans pakistanais crient vengeance
« Si (Ben Laden) a connu le martyre, nous vengerons sa mort et lancerons des attaques contre les gouvernements américain et pakistanais ainsi que leurs forces de sécurité, ces gens sont en fait les ennemis de l’islam », a déclaré le porte-parole du Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), Ehsanullah Ehsan, dans un entretien téléphonique avec l’AFP depuis un lieu inconnu.

Karzaï appelle les talibans à cesser le combat
« Oussama a payé pour ses actes, puisse Dieu faire cesser ainsi les actions terroristes », a déclaré le président afghan, Hamid Karzaï. « Nous appelons les talibans à tirer les leçons de ce qui s’est passé hier et à cesser le combat, à cesser de détruire leur pays et de tuer leurs frères musulmans et les fils de ce pays, et de prendre le parti de la paix et de la sécurité », a-t-il ajouté.

Haniyeh condamne
« Nous condamnons l’assassinat de tout moujahid (combattant islamique) et de tout individu, musulman ou arabe, et nous demandons à Dieu de lui accorder sa miséricorde », a déclaré le chef du gouvernement du mouvement palestinien Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh. M. Haniyeh a exprimé cette condamnation « malgré les différences d’interprétation entre nous », en allusion au jihadisme mondialisé d’el-Qaëda, qui se distingue de l’objectif des mouvements palestiniens, y compris islamistes, concentrés sur la lutte contre Israël.

Le Caire : « Pas de commentaire »
« Concernant la mort annoncée de Ben Laden, l’Égypte est contre toutes les formes de violence. Le gouvernement égyptien n’a pas de commentaire », a déclaré le chef de la diplomatie égyptienne Nabil al-Arabi à l’issue d’une rencontre au Caire avec son homologue britannique William Hague.

Forums jihadistes : incrédulité, colère et menaces
Sur les forums jihadistes, les premières réactions, traduites en anglais par les instituts américains SITE et Jihadology, à la mort annoncée d’Oussama Ben Laden allaient de l’incrédulité à la colère, en passant par les menaces contre l’Amérique.
« Si c’est vrai, c’est un moment de honte pour le peuple pakistanais qui n’est pas parvenu à protéger un héros de l’islam », a posté l’un des contributeurs. « Si Dieu le veut, l’information est fausse », écrit un autre internaute. « Si c’était vrai, c’est une catastrophe. » Sur le forum Shumukh al-islam, un contributeur a posté : « Les lions resteront des lions et continueront sur les traces d’Oussama. Ô Allah, l’Amérique ne connaîtra pas la sécurité aussi longtemps que nous ne la connaîtrons pas en Palestine. »
Un autre internaute écrit : « Si c’est vrai, nous devons remercier Allah que l’Amérique n’ait pas été capable de le capturer vivant. Sinon, ils l’auraient humilié comme Saddam Hussein. Au moins il a vu s’exaucer son plus grand désir, mourir en martyr. »
Un autre, commentant les images de foules américaines en liesse à New York et Washington, a posté : « Ces réjouissances sont amusantes. Fêtez la nouvelle tant que vous voulez, kouffar (mécréants). Car vous n’avez que peu de temps ici-bas pour le faire. Puis vous serez confrontés à la réalité. »
Un autre contributeur, incrédule, assure penser que « les Américains font cela pour avoir une bonne excuse pour quitter l’Afghanistan cette année ».

AQPA : « une catastrophe »
Un membre de l’AQPA, branche saoudo-yéménite d’el-Qaëda, a affirmé que la mort de Ben Laden constituait une « catastrophe ». « Au début, nous n’avons pas cru à cette information, mais nous sommes entrés en contact avec nos frères au Pakistan qui nous l’ont confirmée », a déclaré à l’AFP un membre qui a refusé d’être identifié. Il a indiqué que les responsables de l’AQPA allaient tenir une réunion dans le sud du Yémen où le réseau est fortement implanté pour publier un communiqué sur « l’avenir du jihad dans la période à venir ».
Un chef local de groupes intégristes dans la province sudiste d’Abyane, cheikh Khaled Abdel Nabi, un vétéran de la guerre d’Afghanistan, a affirmé à l’AFP que « mille Oussama Ben Laden » prendront la relève du chef d’el-Qaëda pour « combattre les juifs et les chrétiens ».

Au Yémen, politisation de l’affaire
« Nous espérons que la mort de Ben Laden sera le début de la fin pour le terrorisme », a déclaré à l’AFP un responsable de la présidence yéménite qui a requis l’anonymat. Mais ses détracteurs l’accusent de brandir la menace d’el-Qaëda pour continuer à jouir de l’appui de l’Occident. Les jeunes contestataires qui campent sur une place à Sanaa depuis le 21 février pour réclamer le départ du président Saleh ont ainsi estimé que « l’éradication du terrorisme n’est possible qu’en renversant les régimes despotiques qui poussent certains jeunes, par désespoir, vers la lutte armée ».

Riyad soulagé
« L’Arabie saoudite espère que l’élimination du chef de l’organisation terroriste el-Qaëda constituera un pas vers le renforcement des efforts internationaux visant à lutter contre le terrorisme et démanteler ses cellules », a affirmé un communiqué officiel.
Dans la rue, les sentiments au sujet de Ben Laden, fils d’une riche famille saoudienne déchu de sa nationalité saoudienne en 1994, étaient partagés. « Oussama Ben Laden était responsable de la mort de milliers de gens à travers le monde, pour la plupart des musulmans », affirmait Abou Firas, un fonctionnaire. « Et la voie qu’il a tracée a répandu la haine et accolé à l’islam l’image de terrorisme », ajoute-t-il. « Il est mort en martyr, et c’est ce qu’il recherchait depuis les années du jihad contre les Soviétiques en Afghanistan. Que son âme repose en paix », affirmait, pour sa part, Abdallah Mohammad, un employé de 33 ans. Quant à Ismaïl Nasser, un étudiant, il est tout à la fois « triste en raison de la manière dont il a été tué par les forces américaines, et soulagé car j’espère que les sentiments de haine à l’égard des musulmans vont s’atténuer ».

L’Irak « ravi »
« Comme de nombreuses nations du monde, nous sommes ravis de voir la fin de sa mentalité et de son idéologie déviantes », a déclaré le ministre des Affaires étrangères irakien Hoshyar Zebari à l’AFP, soulignant que des milliers d’Irakiens étaient morts « à cause de son idéologie ».

Paris : « Justice est faite »
La France « salue la ténacité des États-Unis » après la mort de Ben Laden, un « événement majeur de la lutte mondiale contre le terrorisme », a déclaré le président Nicolas Sarkozy dans un communiqué. La France estime que « pour les victimes (de Ben Laden), justice est faite ».

Inde : Le Pakistan est un « sanctuaire » du terrorisme
« Nous prenons note avec une grande inquiétude de la partie du communiqué dans laquelle le président Obama déclare que l’opération dans laquelle Oussama Ben Laden a été tué a eu lieu à Abbotabad profondément à l’intérieur du Pakistan », a déclaré le ministre indien de l’Intérieur, P. Chidambaram. « Ce fait souligne notre préoccupation selon laquelle des terroristes appartenant à différentes organisations trouvent un sanctuaire au Pakistan », a-t-il ajouté.

Frères musulmans : L’une des causes de la violence dans le monde a disparu
« Avec la mort de Ben Laden, l’une des causes de la violence dans le monde a disparu. (…) Le moment est venu pour Obama de retirer ses troupes d’Afghanistan et d’Irak, et de mettre fin à l’occupation des forces américaines et occidentales à travers le monde, qui nuit depuis longtemps aux pays musulmans, a déclaré Essam al-Erian, membre de la direction des Frères musulmans. Il est temps que le monde comprenne que violence et islam ne sont pas liés et qu’établir un lien entre les deux est une erreur intentionnelle des médias. »

Pour le Kenya, « un acte de justice »
Le président kényan Mwai Kibaki a salué la mort de Ben Laden comme « un acte de justice » pour les victimes de l’attentat meurtrier contre l’ambassade des États-Unis à Nairobi en 1998. Le 7 août 1998, deux véhicules piégés avaient explosé quasi simultanément près des ambassades des États-Unis à Nairobi et Dar es-Salaam en Tanzanie, faisant au total 224 morts et plus de 5 000 blessés.

Ban : Tournant dans la lutte antiterroriste
« La mort d’Oussama Ben Laden constitue un tournant dans notre lutte commune et globale contre le terrorisme », a déclaré le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, devant la presse.

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« Bush en Irak, c’était formidable. Vous en reprendrez bien un peu en Libye ? »




Michel Collon

L’Otan se déclare prête à intervenir en Libye.
Nous voilà tout émus. Ainsi, ceux qui bombardent les civils en Afghanistan, veulent au contraire les protéger en Libye. Ceux qui n’ont pas levé le petit doigt quand Israël massacrait Gaza, se prennent tout à coup d’un amour immense pour les Arabes !

La larme à l’oeil, Bernard-Henri Lévy appelle à nouveau à la guerre, comme il le fit contre l’Irak. Mais la guerre humanitaire n’existe pas. La guerre pour le pétrole, si. Henry Kissinger (chef de la diplomatie US sous Nixon) avoua, un jour de franchise : « Les grandes puissances n’ont pas de principes, seulement des intérêts. »

Même si on veut que ça cesse, les Libyens ne souffriront pas moins sous une occupation par les Etats-Unis. Bush l’a prouvé en Irak, Obama en Afghanistan. Drogues, violences, terreur…

Tout en soutenant les revendications légitimes des peuples, et en réprouvant toute violence dictatoriale, on se souviendra que toutes les guerres des USA ont été bâties sur des médiamensonges. Chaque info ou prétendue info sera donc analysée avec l’émotion de la solidarité, mais aussi avec la raison de l’expérience…

Si la guerre humanitaire existait, les USA et l’Europe seraient intervenues pour sauver Gaza.

Pour en débattre : notre forum

Pour approfondir :
Les cinq grands « principes de la propagande de guerre » : 1. Occulter les intérêts économiques. 2. Se présenter en humanitaire. 3. Occulter l’Histoire. 4. Diaboliser l’adversaire. 5. Monopoliser l’info.
ont été exposés dans le livre Israël, parlons-en ! Voir : <<Nos livres et DVD>>

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Libye : Des Tripolitains divergent sur l’origine des tirs


lundi 21 février 2011, par La Rédaction

Des Tripolitains ont fourni lundi des versions divergentes sur les violences dans la capitale libyenne, certains faisant état de tirs, tandis qu’un militant politique déclarait à la chaîne de télévision Al Djazira que l’armée de l’air libyenne bombardait la ville.
« Nous ne savons pas ce qui se passe, tout ce que nous pouvons entendre, ce sont des coups de feu sporadiques », a dit à Reuters un habitant qui vit non loin de la place Verte, dans le centre de la ville.
« J’ai seulement entendu des coups de feu de temps à autre. Je suis chez moi avec ma famille car la situation est instable. Personne ne sait ce qui va arriver », a dit un autre.
Mais Adel Mohamed Saleh, qui se présente comme un militant politique, a déclaré qu’un bombardement aérien avait au départ pris pour cible un cortège funèbre.
« Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est inimaginable. Des avions et des hélicoptères de l’armée de l’air bombardent aveuglément un secteur après l’autre. Il y a de nombreux, nombreux morts », a déclaré cet habitant.
Prié de dire si le bombardement se poursuivait, il a répondu : « Ça continue, ça continue. Ils prennent pour cible tout ce qui bouge, même ceux qui circulent en voiture ».
Il n’a pas été possible de confirmer cette information de source indépendante, mais à Genève, Fathi al Warfali, militant libyen à la tête du Comité libyen pour la Vérité et la Justice, basé en Suisse, a dit avoir entendu des récits similaires.
« Des avions militaires attaquent en ce moment des civils, des manifestants à Tripoli. Les civils ont peur », a-t-il déclaré à Reuters devant le Palais des nations, siège européen de l’Onu, où il participait à une manifestation.

Selon Caracas, Mouammar Kadhafi serait toujours à Tripoli
Le chef de la diplomatie vénézuélienne, Nicolas Maduro, a annoncé que son homologue libyen, Moussa Koussa, lui avait confié lundi au téléphone que le colonel Mouammar Kadhafi était toujours à Tripoli pour faire face à l’agitation qui secoue la Libye.
« Moussa Koussa a dit (…) que Mouammar Kadhafi était à Tripoli, jouissant de tous les pouvoirs conférés par l’Etat et s’occupant de la situation dans son pays, réfutant ainsi les propos tenus à la presse de façon irresponsable par le secrétaire au Foreign Office, William Hague », a déclaré le ministre vénézuélien dans un communiqué.
Peu auparavant, le gouvernement vénézuélien avait démenti des informations selon lesquelles le dirigeant libyen se rendrait au Venezuela à la suite d’un soulèvement contre son régime.
Le vice-ministre libyen des Affaires étrangères, Khalid Kayem, a lui aussi opposé un démenti à ces informations.
Séduit par les thèses révolutionnaires de Kadhafi, le président vénézuélien Hugo Chavez entretient avec lui des relations chaleureuses.
Lundi à Bruxelles, William Hague avait déclaré être au courant d’informations suggérant que Kadhafi aurait fui la Libye et serait en route pour le Venezuela.
Le gouvernement vénézuélien « dément de telles informations », a dit à Reuter une source gouvernementale haut placée.
Il a ajouté qu’il était improbable que Kadhafi vienne au Venezuela. « Ce n’est pas prévu », a-t-il dit.
S’exprimant à la télévision publique libyenne, Khalid Kayem a déclaré que les rumeurs de départ de Kadhafi au Venezuela étaient « dénuées de tout fondement ».

L’UE condamne la répression des manifestations en Libye
Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont condamné lundi la répression des manifestations en Libye et ils ont promis leur soutien à la transition démocratique résultant des soulèvements populaires en Afrique du Nord et au Proche-Orient.
Lors d’un conseil des ministres à Bruxelles, ils se sont inquiétés des violences et de la possibilité d’un afflux d’immigrants clandestins d’Afrique du Nord à la suite de la menace brandie la semaine dernière par la Libye de suspendre sa coopération dans le contrôle des migrants.
Le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a exhorté les autorités libyennes à assurer une protection adéquate aux ressortissants étrangers et à fournir assistance à ceux qui souhaitent quitter le pays.
Selon un bilan établi par l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch auprès de sources dans des hôpitaux, au moins 233 personnes ont été tuées ces quatre derniers jours en Libye lors d’affrontements entre forces de sécurité et manifestants hostiles au régime du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.
Dans un communiqué, les ministres de l’UE affirment que le Conseil et les Etats de l’UE condamnent la répression en cours contre des manifestants en Libye et déplorent les violences et la mort de civils.
« La liberté d’expression et le droit de se réunir pacifiquement sont des droits de l’homme et des libertés fondamentales de tout être humain qui doivent être respectées et protégées », dit le communiqué.
Il souligne que le bloc est prêt à lancer un nouveau partenariat dans ses relations avec les pays méditerranéens du Sud afin de soutenir le processus vers la démocratie, l’état de droit, le développement économique et social et une stabilité régionale renforcée.
Le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini a déclaré que les pays de l’UE demanderaient probablement au Parlement européen, qui a déjà approuvé un fonds de développement d’un milliard d’euros, de soutenir une stratégie de moyen à long terme visant à soutenir le développement d’infrastructures, d’investissements et du secteur privé dans la région.
Il s’est dit préoccupé par les risques d’augmentation de l’immigration clandestine en raison des troubles en Libye.
Tout en réclamant un plan Marshall en faveur de l’Afrique du Nord et du Proche-Orient, Frattini, dont le président du Conseil, Silvio Berlusconi, entretient des liens étroits avec Kadhafi, a souligné que l’Europe ne devait pas donner l’impression de tenter d’exporter sa démocratie. Nous devons aider, nous devons soutenir une réconciliation pacifique, a-t-il dit.
Des milliers de migrants tentent de rejoindre chaque année les îles du sud de l’Italie à partir des côtes nord de Libye ou de Tunisie.
La Libye a menacé fréquemment de suspendre sa coopération avec l’UE en matière d’immigration clandestine.
Sa dernière menace en date est intervenue après que Catherine Ashton, Haute Représentante pour la politique extérieure de l’Union, eut déclaré la semaine dernière que la Libye devrait autoriser la liberté d’expression.
Ashton, qui devait se rendre lundi en Egypte, a déclaré lors d’un point de presse que des initiatives spécifiques destinées à aider la région et à promouvoir la démocratie et les droits de l’homme dans la région ferait l’objet de discussions dans les prochains jours.
L’Allemagne a souligné lundi la nécessité d’une ouverture adéquate des marchés de l’UE aux pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient afin d’assister la région de manière efficace.
Cependant, les tentatives de création d’une zone de libre échange dans la région euro-méditerranéenne, qui inclurait des productions nord-africaines telles que l’huile d’olive, les agrumes ou les textiles, ont été bloquées par les pays d’Europe du Sud, qui craignent la concurrence pour leurs propres produits.

Le sénateur Joe Lieberman « révolté » par la répression en Libye
Le sénateur américain Joe Lieberman s’est dit lundi à Tunis « révolté » par la répression des manifestations qui a fait plus de 200 morts en Libye.
« Quand on voit la manière dont le gouvernement libyen et les militaires traitent leur peuple, c’est révoltant. Nous devons les condamner », a lancé M. Lieberman, membre de la commission sénatoriale des forces armées.
Il parlait lors d’une conférence de presse tenue en compagnie de son collègue John McCain. Les deux sénateurs américains sont en visite en Tunisie dans le cadre d’une tournée dans plusieurs pays de la région.
M. Lieberman s’est félicité que « plus de 150 militaires libyens aient refusé de tirer sur la foule ». Il s’est dit « fasciné » par l’attitude de l’armée tunisienne qui n’a pas obtempéré à l’ordre (de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali) d’ouvrir le feu sur les manifestants.
« Le président (américain Barack) Obama condamne ce qui s’est passé en Iran et en Libye et il a appelé à punir les responsables », a ajouté Joe Lieberman.
Les deux sénateurs ont déclaré qu’ils étaient venus pour « féliciter la Tunisie à la suite de la révolution faite par et pour le peuple tunisien ».
Ils ont précisé avoir discuté avec le Premier ministre Mohamed Ghannouchi, d’autres membres du gouvernement et des représentants de la société civile « du rôle que peuvent jouer les Etats-Unis pour apporter leur assistance dans la transition démocratique » que vit la Tunisie.
John McCain a jugé « important que la révolution tunisienne réussisse pour servir d’exemple dans d’autres pays ». Il a dit craindre « des conséquences désastreuses » dans le cas contraire.
Le sénateur républicain de l’Arizona et ancien candidat à la Maison Blanche a situé cette assistance d’abord dans l’organisation « d’élections libres, crédibles et transparentes » et ensuite dans un soutien à la relance économique du pays.
Il a parlé d’une aide financière à court terme et d’une action à long terme pour renforcer les investissements américains en Tunisie.

(Lundi, 21 février 2011 – Avec les agences de presse)

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Egypte : les mouvements sociaux, la CIA et le Mossad


James Petras

on MyCatBirdseat.com, 16 février 2011

http://mycatbirdseat.com/2011/02/james-petras-egypt-social-movements-the-cia-and-mossad/

L’image d’invincibilité du Mossad et de la toute-puissance de la CIA que veulent donner la plupart des auteurs, universitaires et journalistes a été mise à rude épreuve par leur échec avoué à déceler l’ampleur, la profondeur et l’intensité du mouvement de plusieurs millions de citoyens égyptiens ayant réussi à chasser la dictature de Moubarak.

Les limites des mouvements sociaux

Les mouvements des masses qui ont imposé le limogeage de Moubarak révèlent à la fois la force et les faiblesses de toute insurrection spontanée. D’un côté, les mouvements sociaux ont démontré leur capacité de mobiliser des centaines de milliers, voire des millions de personnes, en vue d’un combat incessant et couronné de succès, qui a culminé dans le limogeage du dictateur d’une manière dont les partis et les personnalités d’opposition préexistants ne voulaient pas entendre parler.

D’un autre côté, en raison de l’absence totale de tout leadership politique, les mouvements n’ont pas été en mesure de s’emparer du pouvoir politique et de mettre en œuvre leurs revendications, ce qui a permis au haut commandement de l’armée de Moubarak de s’emparer du pouvoir et de définir le processus « post-Moubarak », en garantissant ainsi la continuation de la subordination de l’Egypte aux Etats-Unis, la protection de la fortune illicite du clan Moubarak (estimée à 70 milliards de dollars), celle des nombreux trusts appartenant à l’élite militaire et la protection de la classe dominante. Les millions de personnes que les mouvements sociaux ont mobilisées afin de renverser la dictature ont été de fait exclues par la nouvelle junte militaire se disant « révolutionnaire » lorsqu’il s’est agi de définir les institutions politiques et les politiques à suivre, sans parler des réformes socio-économiques requises afin de satisfaire les besoins vitaux de la population (dont 40 % vit avec moins d’un dollar par jour, le chômage dépassant les 30 % de la main-d’œuvre disponible).

Le cas égyptien, comparable aux mouvements sociaux estudiantins et populaires contre les dictatures de la Corée du Sud, de Taiwan, des Philippines et de l’Indonésie, démontre que l’absence de toute organisation politique permet à des personnalités de la soi-disant « opposition » néolibérale et conservatrice de se substituer au régime. Ils s’emploient alors à mettre sur pied un régime électoral qui continue à servir les intérêts de l’impérialisme, à défendre l’appareil d’Etat existant et à en dépendre. Dans certains cas, ils remplacent les vieux capitalistes crounis par de nouveaux capitalistes. Ce n’est pas un hasard si les mass media encensent la nature « spontanée » des luttes (et absolument pas les revendications socio-économiques) et si ils enjolivent le rôle de l’armée (en balayant sous le tapis son rôle de pitbull de la dictature, trente années durant). Les masses sont célébrées pour leur « héroïsme », les jeunes le sont en raison de leur « idéalisme », mais on n’envisage en aucun cas qu’ils jouent le rôle des principaux acteurs dans le nouveau régime. Une fois la dictature renversée, l’armée et les électoralistes de l’opposition ont « célébré » le succès de la révolution, après quoi ils se sont occupés prestement de démobiliser et de démanteler le mouvement spontané afin de faire de la place à des négociations entre les politiciens libéraux électoralistes, Washington et l’élite militaire dirigeante.

Si la Maison Blanche peut tolérer, voire encourager des mouvements sociaux à pousser dehors (à « sacrifier ») des dictatures, elle a la ferme intention de préserver l’Etat. Dans le cas égyptien, le principal allié stratégique de l’impérialisme US était non pas Mubarak, mais l’armée, avec laquelle Washington était dans une collaboration constante avant, pendant et après la poussée vers la sortie de Moubarak, s’assurant que la « transition » vers la démocratie (sic) soit de nature à garantir la perpétuation de la subordination de l’Egypte aux politiques et aux intérêts israéliens et américains au Moyen-Orient.

La révolte populaire : double échec de la CIA et du Mossad

La révolte arabe démontre, encore une fois, plusieurs échecs stratégiques de la police secrète la plus introduite, les forces spéciales et les agences de renseignement des appareils d’Etat des Etats-Unis et d’Israël, dont aucun n’a anticipé (intervenir, n’en parlons même pas) afin d’empêcher tout succès de la mobilisation et d’influencer la politique de leurs gouvernements respectifs dans un sens favorable à leurs gouvernants-clients en difficulté.

L’image que donnent la plupart des auteurs, universitaires et journalistes, l’image de l’invincibilité du Mossad israélien et de l’omnipotente CIA, a été sévèrement mise à l’épreuve par leur échec avoué à déceler l’ampleur, la profondeur et l’intensité du mouvement de plusieurs millions de personnes déterminées à évincer la dictature de Moubarak. Le Mossad, qui fait la fierté et la joie des réalisateurs de cinéma de Hollywood et qui est présenté comme un « modèle d’efficacité » par ses collègues des organisations sionistes, n’a pas été capable de détecter la montée d’un mouvement de masse dans un pays voisin. Le Premier ministre israélien Netanyahu a été choqué (et désappointé) par la situation précaire de Moubarak et par l’effondrement de son client arabe le plus éminent – et cela, à cause du renseignement frelaté collecté par le Mossad. De même, Washington avait été totalement impréparée par ses 27 agences du renseignement américaines et le Pentagone, avec ses centaines de milliers de fonctionnaires et ses budgets se chiffrant en milliards de dollars aux soulèvements populaires massifs et aux mouvements émergents qui allaient se faire jour.

Plusieurs observations théoriques sont de mise. Le caractère erroné de la  notion selon laquelle des dirigeants hautement répressifs recevant des milliards de dollars en aide militaire et disposant de près d’un million de policiers, de soldats et de miliciens seraient les meilleurs garants de l’hégémonie impérialiste a été démontré. La présupposition selon laquelle des liens étendus, de longue date, avec de tels dirigeants dictatoriaux garantiraient les intérêts impérialistes des Etats-Unis a été démentie.

L’arrogance et la prétention de la supériorité organisationnelle, stratégique et politique juive sur les « Arabes » ont été sérieusement dégonflées. L’Etat israélien, ses experts, ses agents secrets et ses universitaires de la Ivy League ont été aveugles aux réalités en train de se dérouler sous leurs yeux, ils ont ignoré la profondeur de la désaffection et incapables d’éviter une opposition massive à leur client le plus précieux. Les publicistes sionistes aux Etats-Unis, qui résistent rarement à l’opportunité de promouvoir la « brillance » des forces de sécurité israéliennes, que ce soit quand elles assassinent un dirigeant arabe au Liban ou à Dubaï, ou lorsqu’elle bombarde une installation industrielle en Syrie, sont restés sans voix, cette fois-ci.

La chute de Moubarak et la possible émergence d’un gouvernement indépendant et démocratique signifieraient qu’Israël pourrait perdre son principal « flic en patrouille ». Un peuple démocrate ne saurait coopérer avec Israël au maintient du blocus contre Gaza, qui vise à affamer les Palestiniens afin de briser leur volonté de résister. Israël ne pourra pas compter sur un gouvernement démocratique pour soutenir ses violentes confiscations de terres en Cisjordanie et son régime palestinien fantoche. Les Etats-Unis, eux non plus, ne sauraient compter sur une Egypte démocratique pour soutenir leurs intrigues au Liban, leurs guerres en Irak et en Afghanistan et leurs sanctions contre l’Iran. De plus, l’insurrection égyptienne a servi d’exemple pour des mouvements populaires contre d’autres dictatures liges à Washington, en Jordanie, au Yémen et en Arabie Saoudite. Pour toutes ces raisons, Washington a soutenu le coup d’Etat militaire (en Egypte) afin de ménager une transition politique correspondant à désirs et à ses intérêts impérialistes.

L’affaiblissement du principal pilier du pouvoir impérial américain et du pouvoir colonial israélien en Afrique du Nord et au Moyen-Orient révèle le rôle essentiel que jouent les régimes collaborationnistes de l’impérialisme. Le caractère dictatorial de ces régimes résulte directement du rôle qu’ils jouent au service des intérêts impérialistes. Et les packages d’aide militaire qui corrompent et enrichissent les élites au pouvoir ne sont que les récompenses qu’on leur accorde pour avoir été des collaborateurs zélés des Etats impérialistes et colonialistes. Etant donnée l’importance stratégique de la dictature égyptienne, comment expliquer l’incapacité des services de renseignement américains et israéliens à anticiper ces insurrections ?

Tant la CIA que le Mossad travaillaient en étroite collaboration avec les services de renseignement égyptiens et ils se fiaient à eux en matière d’information, confiant à leurs rapports internes que « tout était sous contrôle » : les partis d’opposition étaient affaiblis, décimés par la répression et l’infiltration, leurs militants croupissant dans les geôles ou subissant des « crises cardiaques fatales » en raison de « techniques d’interrogatoire » particulièrement énergiques. Les élections étaient falsifiées afin d’aboutir à l’arrivée au pouvoir de clients d’Israël et des Etats-Unis : aucune (mauvaise) surprise, donc, ni dans l’immédiat, ni à moyen-terme.

Les services égyptiens du renseignement sont formés et financés par des officines israéliennes et américaines, l’on peut donc compter sur eux pour suivre la volonté de leurs maîtres. Ils ont été tellement complaisants en remettant des rapports rédigés de manière à plaire à leurs mentors qu’ils ont ignoré toutes les informations relatives à des troubles populaires montants ou encore à l’agitation sur Internet. La CIA et le Mossad étaient tellement intégrés au sein du vaste appareil sécuritaire de Moubarak qu’ils étaient incapables d’assurer une quelconque information alternative sur les mouvements de base, décentralisés et bourgeonnants, totalement indépendants qu’ils étaient de l’opposition électorale traditionnelle « sous contrôle ».

Quand ces mouvements de masse extraparlementaires ont fait irruption, le Mossad et la CIA ont compté sur l’appareil d’Etat de Moubarak pour en prendre le contrôle via la politique classique de la carotte et du bâton : des concessions à deux balles, d’un côté, et la mobilisation de l’armée, de la police et des escadrons de la mort. Tandis que le mouvement populaire grossissait, passant de quelques dizaines de milliers à plusieurs centaines de milliers, puis à des millions de participants, le Mossad et les membres du Congrès américain partisans d’Israël les plus en vue exhortèrent Moubarak à « tenir bon ». La CIA en fut réduite à présenter à la Maison Blanche des profiles politiques d’officiers de l’armée de confiance et de personnalités politiques traditionnelles « de transition » achetables susceptibles de succéder à Moubarak. Mais, là encore, la CIA et le Mossad ont démontré leur dépendance vis-à-vis de l’appareil du renseignement de Moubarak en matière de connaissance de qui pourrait être une alternative « viable » (aux yeux des américano-israéliens), ignorant les exigences élémentaires des masses révoltées. La tentative de coopter la vieille garde électoraliste des Frères Musulmans via des négociations avec le vice-président Suleiman a échoué en partie parce que les Frères ne contrôlaient pas ce mouvement et parce qu’Israël et ses soutiens américains y étaient opposés. De plus, la jeune garde des Frères ont obligé leurs aînés à se retirer de ces négociations.

Ce flop en matière de renseignement a compliqué les efforts de Washington et de Tel-Aviv visant à sacrifier le régime dictatorial en vue de sauver l’Etat : la CIA et le Mossad n’ont développé de lien avec aucun des nouveaux leaders (égyptiens) émergents. Les Israéliens ont été incapables de trouver ne serait-ce qu’un seul « nouveau visage » disposant d’un certain soutien populaire pour servir de collaborateur zélé de l’oppression coloniale. La CIA était totalement impliquée dans l’utilisation de la police secrète égyptienne pour torturer des suspects de terrorisme (« exceptionnal rendition ») et dans le flicage des pays arabes voisins. Résultat : tant Washington qu’Israël ont anticipé et promu la prise du pouvoir par l’armée afin de prévenir toute radicalisation ultérieure. En fin de compte, l’échec de la CIA et du Mossad à détecter et à empêcher l’émergence du mouvement démocratique révèle la précarité des fondements du pouvoir impérial et colonial. Sur le long terme, ce n’est ni les armes, ni les milliards de dollars, ni les polices secrètes et les chambres de torture qui décident de ce que sera l’Histoire. Les révolutions démocratiques se produisent quand l’immense majorité d’un peuple se lève et dit « ça suffit ! », quand elle descend dans les rues, paralyse l’économie, démantèle l’Etat autoritaire et exige la liberté et des institutions démocratiques exemptes de toute tutelle impériale et de toute soumission coloniale.

[James Petras est professeur émérite de sociologie à l’Université de Binghamton, New York Il a écrit soixante-quatre ouvrages, publiés en vingt-neuf langues, et plus de 560 articles publiés dans des revues professionnelles, dont The American Sociological Review, The British Journal of Sociology, Social Research, Journal of Contemporary Asia et Journal of Peasant Studies. Il a publié plus de 2000 articles. Son dernier ouvrage est : War Crimes  in Gaza and the Zionist Fifth Column in America (Atlanta, Clarity Press, 2010) (Les crimes de guerre à Gaza et la Cinquième colonne sioniste en Amérique)].

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

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Toujours intéressant : René Naba | 02.01.2011 | Paris


Agenda diplomatique janvier 2011

La capitulation de Barack Obama, président de la première puissance militaire de la planète, devant le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu sur les conditions de déroulement des négociations israélo-palestiniennes, la pression permanente exercée par Israël sur les Etats-Unis et l’Europe, tant en ce qui concerne la neutralisation du potentiel nucléaire iranien que sur les conclusions de l’enquête internationale du Tribunal spécial sur le Liban concernant l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, illustrent la prédominance du fait israélien dans la détermination de la diplomatie occidentale, au point de brider sa marge de manœuvre entraînant, par contre coup, sa perte d’autonomie; Un fait qui explique une part du rejet occidental dans la sphère arabo musulmane.

renenaba.com revient, dans une série de trois papiers, sur les ressorts de cette prééminence israélienne, comme en témoignent les révélations du site en ligne WikiLeaks du 1er décembre 2010.

05 janvier 2011 | Israël: De la propagande part 1/3

Du bon usage de la Bible, la terre promise, le peuple élu et la controverse avec l’Eglise d’Orient
Pour la première fois dans le débat public international, l’Eglise d’Orient a mis en question le bien fondé théologique de la mise en œuvre de la notion de «terre promise» pour « justifier le retour des Juifs en Israël et l’expatriation des Palestiniens ».
Sujet tabou s’il en est, cette position a été affirmée par Mgr Cyrille Salim Bustros, Archevêque de Newton (Etats-Unis) à l’occasion du synode des Eglises d’Orient, qui est tenu du 14 au 24 octobre 2010, au Vatican. Véritable électrochoc, cette déclaration inhabituelle tant sur le fond que sur la forme, en tout cas dans les sphères occidentales a entraîné une réplique du Centre Simon Wiesentahl accusant son auteur d’ «antisémitisme». La controverse suscitée à propos de cette déclaration épiscopale témoigne de la sensibilité du sujet.

10 janvier 2011 | Israël: De la propagande part 2/3

Hasbara, Kiss, GIYUS. ORG, Spot and Shoot, Vade-mecum des outils de la stratégie israélienne de communication.

La place prépondérante qu’occupe Israël en termes d’ «unités de bruit médiatique» s’explique aussi par sa maîtrise des outils de la stratégie de communication moderne grâce à des techniques qui ont pour nom Hasbara, Kiss, termes abscons pour le grand public. Mais L’argumentaire de base contenu dans “The Israël Project’s 2009, Global Language Dictionary» repose sur l’axiome selon lequel le langage d’Israël et le langage des Etats-Unis sont synonymes, s’articulant sur des mots basiques: «démocratie», «liberté», «sécurité».

15 janvier 2011 | Israël: De la propagande part 3/3

La Soft Warfare” (La douce guerre): Al Jazira en exemple et les Sayanim à contribution.

Israël considère qu’il fait l’objet d’une campagne de dénigrement, laquelle si elle venait à persister «érodera la légitimité d’Israël sur la scène internationale», à l’effet de créer les conditions d’un boycott tous azimuts contre Israël, sur le modèle du boycott de l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid.

Pour neutraliser cette campagne de délégitimation, «Le document de travail pour la Conférence de 2010 Herzliya», préconise de lancer une chaîne de télévision similaire à la chaîne transfrontière arabe «Al Jazira», en quatre langues anglais, français, arabe et russe, premier cas de retournement de tendance pour Israël dont la tendance habituelle est de mépriser plutôt que d’imiter les Arabes.

Israël compte aussi sur les «Sayanim», les informateurs recrutés au sein des juifs de la diaspora qui, par «patriotisme», acceptent de collaborer ponctuellement avec le Mossad.

Pour aller plus loin

Sur la stratégie globale de l’occident
Cf à ce propos «La fin de l’histoire militaire? Les Etats-Unis, Israël et l’échec de l’art occidental de la guerre par Andrew J. Bacevich, Professeur d’Histoire et de relations internationales à la Boston University, mis en ligne le 27 Décembre 2010 sur tom dispatch.com. Texte traduit en français par Albert Caillé.
https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=gmail&attid=0.1&thid=12d2e2f02a282719&mt=application/ Dernier ouvrage de cet auteur, paru en juillet 2010, «Washington rules America’s path to permanent war».

Golfe / Armement

Sur fond de grande incertitude sur la succession politique au sein des deux pays arabes, alliés majeurs de l’Occident, l’Arabie saoudite et l’Egypte, fragilisés par la santé de leurs dirigeants octogénaires, le Roi Abdallah (87 ans), et, le président Hosni Moubarak (84 ans), où la guerre de succession fait rage, les révélations du site américain Wikileaks sur la position belliqueuse des pétromonarchies face à l’Iran illustre la logique de vassalité des «émirats mirage» face à l’Amérique, particulièrement dans le domaine de la défense, en ce qu’ils incitent les Américains à faire la guerre à leur voisin iranien pour neutraliser son potentiel nucléaire, plutôt que de doter le Monde arabe d’une capacité d’autosuffisance stratégique, comme en témoigne le contrat de l’ordre de 123 milliards de dollars, conclu à l’automne entre l’Amérique et quatre pays du Golfe, en vue de renforcer leur capacité défensive «face à l’Iran».

renenaba.com revient sur ce singulier contrat, à tous égards, qui outre passe les capacités d’absorption des bénéficiaires de même que les capacités d’assimilation de cet armement par ses servants locaux, où l’Iran sert de croquemitaine à d’effroyables gâchis arabes pour éponger les déficits américains. En une série de deux papiers s’articulant selon la thématique suivante:

20 janvier : Golfe – Armement ; Autant en emporte le vent Part 1/2

Le Golfe, une gigantesque base flottante américaine, une pompe à finance des déficits américains.

Face à l’Iran, la constellation des pétromonarchies du Golfe s’est transformée en une véritable base flottante américaine, au point que se pose la question de la viabilité stratégique et de la pertinence politique du plus important contrat d’armement de l’histoire, jamais conclu, en temps de paix, entre les Etats Unis et quatre pays membres de la zone. Un singulier contrat à tous égards, de l’ordre de 123 milliards de dollars, qui outrepasse les capacités d’absorption des bénéficiaires de même que les capacités d’assimilation de cet armement par ses servants locaux.

25 janvier : Golfe – Armement ; Autant en emporte le vent Part 2/2

La victoire des marchands d’armes sur les producteurs de pétrole.

Le Monde arabe a engagé près de deux mille milliards de dollars au titre des dépenses militaires depuis le dernier tiers du XX me siècle, soit environ 50 milliards de dollars par an en moyenne, sans avoir pu se doter ni d’une capacité de projection de puissance, ni d’une capacité de dissuasion nucléaire, encore moins de la capacité spatiale du renseignement, autant d’attributs de la puissance moderne qui lui font cruellement défaut à l’ère de la société de l’information et de son application militaire, l’info guerre.

En contrepoint Israël a bénéficié de cinquante et un (51) milliards de dollars de subventions militaires depuis 1949, la majeure partie depuis 1974, plus qu‘aucun autre pays de la période postérieure à la II me Guerre mondiale, selon une étude du spécialiste des affaires militaires Gabriel Kolko, parue dans la revue «Counter punch» en date du 3O mars 2007. Une telle disparité de traitement entre Israéliens et Arabes au regard des Américains, l’un s’équipant à l’œil, alors que les autres sont contraints de payer cash, en dépit de la contribution financière et humaine des pays arabes aux équipées américaines tant en Afghanistan qu’au Nicaragua contre le bloc soviétique, de même que leur comportement erratique à l’égard de leurs alliés naturels (l’Union soviétique et l’Iran), expliquent le discrédit du monde arabe sur la scène internationale et une part de son collapsus stratégique.

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La sauvagerie de l’impérialisme états-unien


Noam Chonsky

Vendredi 10 décembre 2010

1. L’empire des États-Unis, le Moyen-Orient et le monde

Il est tentant de reprendre depuis le début. Le début c’était il y a bien longtemps, mais il est utile de revoir certains points d’histoire qui pourront être comparés à la politique actuelle des États-Unis au Moyen-Orient. Les États-Unis sont un pays très particulier par bien des aspects. Ils sont probablement le seul pays au monde qui soit né empire. C’était un empire enfant – comme George Washington l’a appelé –, et les Pères fondateurs étaient très ambitieux. Le plus libéral d’entre eux, Thomas Jefferson, pensait que l’empire enfant devait s’étendre davantage et devenir le « nid » à partir duquel le continent entier serait colonisé. Cela signifiait se débarrasser des « rouges », les Indiens, lesquels ont effectivement été déplacés ou exterminés. Les Noirs devaient être renvoyés en Afrique dès qu’on n’aurait plus besoin d’eux et les Latins seraient éliminés par une race supérieure.

La conquête du territoire national

Les États-Unis ont été un pays très raciste pendant toute leur histoire, et pas seulement à l’encontre des Noirs. Les idées de Jefferson étaient assez communes, les autres étaient globalement d’accord avec lui. C’est une société de colons. Le colonialisme de peuplement c’est ce qu’il y a de pire comme impérialisme, le genre le plus sauvage parce qu’il requiert l’élimination de la population indigène. Ce n’est pas sans relation, je crois, avec le soutien automatique des États-Unis à Israël, qui est aussi une société coloniale. La politique d’Israël d’une certaine façon fait écho à l’histoire états-unienne, en est une réplique. Et, il y a plus, les premiers colons aux États-Unis étaient des fondamentalistes religieux qui se considéraient être des enfants d’Israël répondant au commandement divin de peupler la terre et de massacrer les Amalécites, etc. C’est tout près d’ici, les premiers colons, au Massachusetts.

Tout cela était fait avec les meilleures intentions. Ainsi, par exemple, le Massachusetts (le Mayflower et toute cette histoire) à reçu sa Charte de la part du roi d’Angleterre en 1629. La Charte chargeait les colons de sauver les populations locales des affres du paganisme. D’ailleurs si vous regardez le sceau de la Bay Colony du Massachusetts vous voyez un Indien qui tient une flèche pointée vers le bas en signe de paix. Et devant se bouche il est écrit « Come over and help us » [« Venez et aidez-nous »]. C’est l’un des premiers exemples de ce qu’on appelle aujourd’hui l’interventionnisme humanitaire. Et ce n’est qu’un exemple, il y a bien d’autres cas au cours de l’histoire, et cela dure jusqu’à nos jours. Les Indiens demandaient aux colons de venir et de les aider et les colons suivaient gentiment le commandement leur demandant de venir et de les aider. En fait nous les aidions en les exterminant.

Après coup on a trouvé ça bizarre. Dans les années 1820, un membre de la Cour suprême a écrit à ce propos. Il dit qu’il est assez étrange que, malgré toute notre bienveillance et notre amour pour les Indiens, ils dépérissent et disparaissent comme les « feuilles d’automne ». Comment était-ce possible ? Il a fini par en conclure que la volonté divine est « au-delà de la compréhension humaine ». C’est simplement la volonté de Dieu. Nous ne pouvons pas espérer comprendre. Cette conception – appelée le providentialisme – selon laquelle nous suivons toujours la volonté de Dieu existe encore aujourd’hui. Quoi que nous fassions nous suivons la volonté de Dieu. C’est un pays extrêmement religieux, unique en son genre en matière de religiosité. Une grande partie de la population – je ne me souviens plus du chiffre, mais il est assez élevé – croit littéralement ce qui est écrit dans la Bible. Le soutien total à Israël est l’une des conséquences de tout cela, parce que Dieu a promis la terre promise à Israël. Donc nous devons les soutenir.

Les mêmes personnes – une part importante des plus importants défenseurs d’Israël – sont des anti-sémites, parmi les plus extémistes du monde. À côté d’eux Hitler semble assez modéré. Leur perspective est l’élimination des Juifs après Armageddon. Il y a tout un tas d’histoires à ce propos, lesquelles sont crues, littéralement, jusqu’à un très haut niveau – probablement des gens comme Reagan, George W. Bush, et d’autres. Cela n’est pas sans lien avec l’histoire colonialiste du sionisme chrétien – il précède le sionisme juif, et il est beaucoup plus puissant. C’est l’une des raisons qui expliquent le soutien automatique et inconditionnel à Israël.

La conquête du territoire national est une histoire assez laide. Certaines des personnes les plus honnêtes l’ont reconnu, comme John Quincy Adams, qui était l’un des grands stratèges de l’expansionnisme – le théoricien de la Destinée manifeste, etc. À la fin de sa vie, longtemps après ses propres crimes, il se lamentait sur le sort de ceux qu’il appelait « la malheureuse race des indigènes américains, que nous exterminons sans pitié et avec une perfide cruauté ». Il a dit que ce serait l’un des péchés pour lesquels le Seigneur allait nous punir. Nous attendons encore.

Ses idées sont jusqu’à nos jours tenues en haute considération. Il y a un livre de référence, universitaire, écrit par John Lewis Gaddis, un grand historien états-unien, qui concerne les racines de la doctrine Bush. Gaddis, avec raison, présente la doctrine Bush comme héritière de la grande stratégie de John Quincy Adams. Il dit que c’est un concept qui existe tout au long de l’histoire des États-Unis. Il en fait l’éloge, il considère que c’est la conception correcte – nous devons assurer notre sécurité, l’expansion est le moyen de la sécurité, et vous ne pouvez pas vraiment assurer votre sécurité sans tout contrôler. Donc nous devons nous déployer, non seulement dans l’hémisphère, mais partout dans le monde. C’est la doctrine Bush.

Au moment de la Deuxième Guerre mondiale, sans entrer dans les détails… Bien que les États-Unis aient été depuis longtemps et de loin le pays le plus riche du monde, ils jouaient un rôle secondaire sur la scène mondiale. L’acteur principal c’était la Grande-Bretagne – et y compris la France avait une plus grande présence dans le monde. La Deuxième Guerre mondiale a changé tout cela. Les stratèges états-uniens durant la Deuxième Guerre mondiale, les planificateurs de Roosevelt, ont dès le début de la guerre très bien compris qu’au bout du compte les États-Unis allaient se retrouver dans une position de supériorité absolue.

Alors que la guerre se déroulait – les Russes terrassaient les Allemands, ils ont à ce moment presque gagné la guerre en Europe – on avait compris que les États-Unis seraient dans une position de domination encore plus nette. Et ils ont donc élaboré des plans pour la configuration du monde de l’après-guerre. Les États-Unis auraient le contrôle total d’une zone qui comprendrait l’hémisphère occidental, l’Extrême-Orient, l’ex-Empire britannique, la plus grande partie possible de l’Eurasie, incluant donc l’Europe occidentale et son importante infrastructure commerciale et industrielle. C’est le minimum. Le maximum c’est le monde entier ; et bien entendu c’est ce dont nous avons besoin pour notre sécurité. Dans cette zone les États-Unis auraient le contrôle incontesté et empêcheraient tous les pays d’aller vers davantage de souveraineté.

Les États-Unis se trouvent à la fin de la guerre dans une position de domination et de sécurité sans équivalent dans l’histoire. Ils ont la moitié de la richesse mondiale, ils contrôlent tout l’hémisphère occidental et les deux rives des deux océans. Ce n’était pas un contrôle total. Les Russes étaient là et il y avait encore quelques parties hors de contrôle, mais l’expansion avait été remarquable. Juste au centre se trouvait le Moyen-Orient.

Adolf A. Berle, une personnalité libérale, qui fut très longtemps le conseiller du président Roosevelt, mettait l’accent sur le fait que contrôler le pétrole du Moyen-Orient signifierait dans une bonne mesure contrôler le monde. Cette doctrine reste inchangée, elle est encore en vigueur actuellement et c’est l’un des facteurs essentiels pour décider des orientations politiques.

Après la Deuxième Guerre mondiale

Durant la Guerre froide les décisions politiques étaient invariablement justifiées par la menace russe. C’était dans une bonne mesure une menace fictive. Les Russes géraient leur propre petit empire avec un prétexte similaire, la menace états-unienne. Ce rideau de fumée n’existe plus depuis la chutte de l’Union soviétique. Pour ceux qui veulent comprendre la politique étrangère de États-Unis, un point qui de toute évidence devrait être observé c’est ce qui est arrivé après la disparition de l’Union soviétique. C’est naturellement le point qu’il faut observer, et il s’ensuit presque automatiquement que personne ne l’observe. On en parle à peine dans la littérature universitaire alors qu’il est évident que c’est ce que vous devez regarder pour comprendre la Guerre froide. En fait si vous regardez vous obtenez des réponses tout à fait claires. Le président à l’époque était George Bush I. Immédiatement après la chute du mur de Berlin, il y a eu une nouvelle stratégie de sécurité nationale, un budget de la défense, etc. C’est très intéressant. Le message principal est le suivant : rien ne va changer sauf les prétextes. Donc nous avons encore besoin, disaient-ils, d’une force militaire gigantesque, non pas pour nous défendre des hordes russes parce que ça n’existe plus, mais à cause de ce qu’ils ont appelé la « sophistication technologique » de certains pouvoirs dans le Tiers monde. Maintenant si vous êtes une personne bien éduquée, bien formée, qui vient de Harvard, etc., vous n’êtes pas supposé rire quand vous entendez ça. Et personne n’a ri. En fait je pense que personne n’en a rendu compte. Donc, disaient-ils, nous devons nous protéger de la sophistication technologique des puissances du Tiers monde et nous devons maintenir ce qu’ils ont appelé la « base industrielle de la défense » – un euphémisme pour parler de l’industrie high-tech (les ordinateurs, Internet, etc.), qui dépend principalement du secteur étatique, sous le prétexte de la défense.

Concernant le Moyen-Orient… Ils disaient que nous devions maintenir nos forces d’intervention, la plupart d’entre elles au Moyen-Orient. Puis vient une phase intéressante. Nous devons faire barrage pour contenir l’ennemi. Nous devons maintenir les forces d’intervention au Moyen-Orient pour défendre nos intérêts, la région qui « ne pouvait pas être offerte en cadeau au Kremlin ». En d’autres termes, désolés les gars, nous vous avons menti pendant 50 ans, mais maintenant que le prétexte n’existe plus, nous vous dirons la vérité. Le problème au Moyen-Orient est ce qu’on appelle le nationalisme radical. « Radical » signifie simplement indépendant. C’est un terme qui signifie « ne suit pas les ordres ». Le nationalisme radical peut être de différentes sortes. L’Iran en est un bon exemple.

La menace du nationalisme radical

En 1953 la menace iranienne c’était un nationalisme laïque. Après 1978 c’est le nationalisme religieux. En 1953 on a renversé le régime parlementaire et on a installé un dictateur beaucoup plus à notre goût. Ce n’était pas un secret. Le New York Times, par exemple, dans un éditorial, se réjouissait du renversement du gouvernement iranien, estimant qu’il s’agissait d’une bonne « leçon de choses » pour les petits pays qui devenant fous, emportés par le nationalisme radical, rejettent toute autorité et veulent contrôler eux-mêmes leurs ressources. Ce sera une leçon de choses pour eux : n’essayez pas ce genre de bêtises, et certainement pas dans cette région dont nous avons besoin pour contrôler le monde. C’était en 1953.

Depuis le renversement du tyran imposé par les États-Unis en 1979 l’Iran a continuellement été attaqué par les États-Unis. Au début Carter a essayé de répondre au renversement du shah en organisant un coup d’État. Ça n’a pas marché. Les Israéliens – l’ambassadeur… il y avait des relations très proches entre Israël et l’Iran sous le shah, bien que théoriquement il n’y eût pas de relations formelles – ont fait savoir que si nous pouvions trouver des officiers disposés à tuer 10 000 personnes dans les rues, nous pourrions rétablir le régime du shah. Zbigniew Brzezinski, le conseiller de Carter à la sécurité nationale, avait à peu près les mêmes idées. Mais ça n’a pas vraiment marché. Les États-Unis ont alors immédiatement soutenu Saddam Hussein, pour qu’il envahisse l’Iran. Et ce n’est pas une mince affaire. Des centaines de milliers d’Iraniens ont été massacrés. Les gens qui sont à la tête de l’Iran actuellement sont des vétérans de cette guerre et ils ont une claire conscience du fait que l’ensemble du monde est contre eux – les Russes, les États-Uniens, tout le monde soutenait Saddam Hussein, tout le monde voulait renverser le nouvel État islamique.

Ce n’est pas peu de choses. Le soutien des États-Unis à Saddam Hussein est allé très loin. Les crimes de Saddam – comme le génocide d’Anfal, massacre de Kurdes – étaient niés. Le gouvernement Reagan les démentait et les attribuait à l’Iran. À l’Irak on a même donné un privilège rare. C’est le seul pays, avec Israël, qui a pu attaquer un navire états-unien et s’en sortir impunément. Dans le cas d’Israël c’était le USS Liberty en 1967. Dans le cas de l’Irak c’était le USS Stark en 1987 – un navire qui appartenait à la flotte états-unienne protégeant les convois irakiens des attaques iraniennes pendant la guerre. Ils ont atttaqué le navire avec des missiles français, ils ont tué plusieurs dizaines de marins – et ils n’ont reçu qu’une petite tape sur la main, rien de plus.

Le soutien des États-Unis était tel que c’est quasiment eux qui ont remporté la guerre pour l’Irak. Une fois la guerre finie, le soutien des États-Unis à l’Irak a continué. En 1989 George Bush I a invité des ingénieurs nucléaires irakiens aux États-Unis, pour qu’ils reçoivent des formations de pointe dans le domaines des armes nucléaires. C’est l’une de ces petites choses qu’on cache parce que quelques mois plus tard Saddam est devenu un mauvais garçon. Il a désobéi aux ordres. Juste après cela il y a eu de terribles sanctions, etc.

La menace iranienne

Pour en revenir à notre époque, dans la littérature sur la politique étrangère et dans les commentaires généraux ce que vous lisez généralement c’est que le problème le plus important pour les États-Unis était et reste la menace iranienne. Qu’est-ce que c’est que cette menace iranienne au juste ? Nous disposons d’une source qui fait autorité sur ce point. C’était il y a quelques mois : un compte rendu au Congrès des États-Unis émanant du département de la défense et des services d’intelligence. Tous les ans ils font un compte rendu au Congrès sur la situation mondiale en matière de sécurité. Le dernier compte rendu, celui d’avril dernier, comporte une partie qui concerne l’Iran, bien sûr, la plus grande menace. Il est important de lire ce compte rendu. Ce qu’ils disent c’est que, quoi qu’il en soit de la menace iranienne, ce n’est pas une menace militaire. Ils disent que les dépenses militaires iraniennes sont plutôt basses, y compris si on les compare aux pays de cette région ; et si on les compare à celles des États-Unis, elles sont insignifiantes – probablement moins de 2% de nos dépenses militaires. Par ailleurs ils disent que la doctrine militaire iranienne est basée sur le principe de la défense du territoire national, elle est conçue pour contenir une invasion pendant un temps suffisant pour rendre possible le passage à l’action diplomatique. Voilà la doctrine militaire des Iraniens. Ils disent qu’il est possible que l’Iran pense aux armes nucléaires. Ils ne vont pas plus loin que cela, mais ils disent que si les Iraniens développaient des armes nucléaires ce serait dans le cadre de leur stratégie défensive, afin de prévenir une attaque, ce qui est une éventualité assez réaliste. Le plus grand pouvoir militaire de l’histoire – c’est-à-dire nous –, qui leur a toujours été extrêmement hostile, occupe deux pays frontaliers de l’Iran et menace ouvertement d’attaquer ce pays. Israël, État client des États-Unis, lance les mêmes menaces. Voilà pour le côté militaire de la menace iranienne telle qu’identifiée dans le Military Balance.

Ils disent par ailleurs que l’Iran est une menace majeure parce que ce pays tente d’étendre son influence dans les pays voisins. On appelle cela déstabilisation. Ils œuvrent à la déstabilisation dans les pays voisins en tentant d’augmenter leur influence et cela est un problème pour les États-Unis, parce que les États-Unis tentent d’apporter la stabilité. Lorsque les États-Unis envahissent un pays c’est pour apporter la stabilité – un terme technique dans la littérature des relations internationales qui signifie obéissance aux ordres des États-Unis. Donc lorsque nous envahissons l’Irak ou l’Afghanistan, c’est pour créer de la stabilité. Si les Iraniens essaient d’accroître leur influence, juste chez leurs voisins, c’est déstabilisant. Cette doctrine, comme tant d’autres, est élaborée dans les universités. Un commentateur libéral et ex-éditeur de Foreign Affairs, James Chase, a même pu dire sans crainte du ridicule que les États-Unis devaient déstabiliser le Chili d’Allende pour apporter la stabilité – c’est-à-dire la soumission aux États-Unis.

Qu’est-ce que le terrorisme ?

La deuxième menace iranienne c’est le soutien au terrorisme. Qu’est-ce que le terrorisme ? On nous donne deux exemples du soutien de l’Iran au terrorisme : son soutien au Hezbollah libanais et son soutien au Hamas palestinien. Quoi que vous pensiez du Hezbollah et du Hamas – vous pensez peut-être que c’est ce qu’il y a de pire au monde –, qu’est-ce qui fait qu’on les considère terroristes ? Bon, le « terrorisme » du Hezbollah est fêté tous les ans au Liban le 25 mai, fête nationale libanaise qui célèbre l’expulsion des envahisseurs israéliens du Liban en 2000. La résistance du Hezbollah et sa guerre de guérilla avaient fini par obliger Israël à se retirer du Sud-Liban, mettant fin à une occupation de 22 ans, avec son lot de terreur, de violence, de torture – occupation maintenue en violation des ordres du Conseil de sécurité de l’ONU.

Donc Israël a finalement quitté le Liban et c’est le jour de la Libération au Liban. Voilà globalement ce qui est considéré comme le terrorisme du Hezbollah. C’est comme ça qu’il est décrit. En fait, en Israël c’est même décrit comme une agression. Vous pouvez lire la presse israélienne ces jours-ci et des politiciens de premier plan disent que c’était une erreur de se retirer du Sud-Liban parce que cela permet à l’Iran de poursuivre son « agression » contre Israël, agression qui a commencé en 2000 avec le soutien à la résistance contre l’occupation israélienne. C’est considéré comme une agression contre Israël. Ils ont les mêmes principes que les États-Unis, nous disons la même chose. Voilà pour le Hezbollah. Il y a d’autres actes que vous pourriez critiquer, mais voilà ce qu’est le terrorisme du Hezbollah.

Un autre crime commis par le Hezbollah c’est que la coalition dont il est l’élément principal a largement emporté les dernières élections parlementaires ; mais en raison du principe communautariste qui prévaut pour l’assignation des sièges ils n’ont pas reçu la majorité des sièges. Thomas Friedman [du New York Times] a donc versé des larmes de joie, comme il l’a lui-même expliqué, lors de ces merveilleuses élections libres au Liban, le président Obama ayant battu le président iranien Ahmadinejad. D’autres se sont joints à cette célébration. Autant que je sache personne n’a rendu compte des véritables résultats électoraux.

Et le Hamas ?

Hamas est devenu une menace sérieuse – une organisation terroriste importante – en janvier 2006 lorsque les Palestiniens ont commis un crime vraiment grave. C’était au moment des premières élections libres jamais tenues dans le monde arabe et les Palestiniens ont voté comme il ne fallait pas. C’est inacceptable pour les États-Unis. Immédiatement, sans la moindre hésitation, les États-Unis et Israël ont fait savoir qu’ils prenaient la décision de punir les Palestiniens pour ce crime. Juste après vous avez pu lire dans le New York Times deux articles qui se côtoyaient – l’un des deux parlant de notre amour pour la démocratie, ce genre de choses, et l’autre parlant de nos projets de punition contre les Palestiniens parce qu’ils avaient mal voté aux élections de janvier. Aucune contradiction.

Les Palestiniens avaient dû subir bien des punitions avant les élections, mais elles ont été accentuées après – Israël est allé jusqu’à couper l’alimentation en eau à la bande de Gaza, si aride. Au mois de juin Israël avait déjà lancé 7 700 roquettes sur Gaza. Tout cela s’appelle défense contre le terrorisme. Puis les États-Unis, et Israël, avec la coopération de l’Autorité palestinienne, ont essayé d’organiser un coup pour renverser le gouvernement élu. Ils ont échoué et le Hamas a pris le contrôle de Gaza. Après cela le Hamas est devenu l’une des principales forces terroristes au monde. Vous pouvez leur faire beaucoup de critiques – leur façon de traiter leur propre population par exemple – mais le terrorisme du Hamas est assez difficile à prouver. Les accusations actuelles concernent les roquettes lancées de Gaza sur les villes israéliennes frontalières. C’est la justification qui a été donnée pour l’opération « plomb durci » (l’invasion israélo-états-unienne de décembre 2008) et aussi pour l’attaque israélienne contre la Flotille de la paix en juin 2010, dans les eaux internationales. Neuf personnes avaient alors été tuées.

Il n’y a que dans un pays très endoctriné que vous pouvez entendre ces choses ridicules et ne pas rire. Passons sur la comparaison entre les roquettes Qassam et le terrorisme que les États-Unis et Israël pratiquent constamment. L’argument n’a absolument aucune crédibilité pour une raison bien simple : Israël et les États-Unis savent très bien comment arrêter les tirs de roquettes : par des moyens pacifiques. En juin 2008 Israël a accepté un cessez-le-feu avec le Hamas. Israël ne l’a pas vraiment respecté – ils étaient supposés ouvrir les frontières et ils ne l’ont pas fait – mais le Hamas l’a respecté. Vous pouvez vérifier sur les sites officiels israéliens ou écouter leur porte-parole officiel, Mark Regev : ils sont d’accord pour dire que durant le cessez-le-feu le Hamas n’a pas lancé une seule roquette.

Israël a rompu le cessez-le-feu en novembre 2008 en envahissant Gaza et en tuant une demi-douzaine de militants du Hamas. Quelques roquettes ont alors été lancées, puis Israël a lancé une attaque bien plus importante. Il y a eu des morts, tous palestiniens. Hamas a proposé le retour au cessez-le-feu. Le gouvernement israélien a évalué l’offre, puis l’a rejetée, optant pour le recours à la violence. Quelques jours plus tard il y a eu l’attaque israélo-états-unienne contre Gaza.

Aux États-Unis, et en Occident de façon générale, y compris les organisations de défense des droits humains, y compris le rapport Goldstone, on considère comme une évidence le droit d’Israël à se défendre en utilisant la force. Il y a eu des critiques disant que l’attaque était disproportionnée, mais cela est secondaire par rapport au fait qu’Israël n’avait absolument pas le droit d’utiliser la force. Vous n’avez aucune justification pour l’utilisation de la force tant que vous n’avez pas épuisé les recours pacifiques. Dans ce cas les États-Unis et Israël n’avaient non seulement pas épuisé les recours pacifiques, ils avaient rejeté tout recours aux moyens pacifiques, alors que c’était parfaitement possible et ils le savaient bien. Ce principe selon lequel Israël a le droit de lancer des attaques militaires est tout bonnement un fascinant cadeau.

Quoi qu’il en soit, que l’Iran essaie d’étendre son influence et que l’Iran soutienne le Hezbollah et le Hamas c’est, du point de vue des services d’intelligence et du département de la défense, ce qui constitue son soutien au terrorisme.

Noam Chomsky

Source : http://www.zcommunications.org/u-s-…

Traduction : Numancia Martínez Poggi

Interview de Helen Thomas


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Helen Thomas est la journaliste vétérante de la Maison Blanche qui a eu l’audace de répondre à la question : un commentaire sur Israël ? Elle a répondu : qu’ils partent, en Pologne ou en Allemagne, ou n’importe où. Ce fut le tollé ! La disgrâce immédiate. Le boycott etc.

Voici la fameuse video

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