Avec grâce et humour, une jolie chorégraphie à l’intérieur d’un magasin vendant du matériel HP (Hewlett Packard), une firme qui vend des équipements à l’armée israélienne.
HP vend notamment à l’armée israélienne le « système Basel », qui lui permet de contrôler par la biométrie les mouvements des Palestiniens en Cisjordanie, comme à Gaza.
La vidéo rappelle que des centaines de check-points israéliens pourrissent la vie des Palestiniens, les empêchent de travailler, d’étudier et ont obligé une cinquante de femmes palestiniennes à accoucher à ces barrages militaires, qui quadrillent les territoires palestiniens.
On les voit danser, chanter, faire des acrobaties, et expliquer aussi bien à la clientèle, qu’aux vigiles dans le magasin, comme à la police, qu’il n’est pas question de verser un sou à une entreprise qui se rend complice de ces crimes.
Et de rappeler qu’un tel boycott avait été mené de la même manière contre IBM du temps de l’Afrique du Sud, et pour les mêmes raisons, c’est à dire s’opposer au racisme et à l’apartheid.
La Troisième Guerre mondiale se prépare : Objectif Iran
par Michel Chossudovsky
1ère partie : La guerre planétaire
L’humanité est à un carrefour dangereux : la guerre contre l’Iran est à un « stade de préparation avancé » et des systèmes d’armes de haute technologie, incluant des ogives nucléaires, sont complètement déployés.
Cette aventure militaire est sur la planche à dessin du Pentagone depuis le milieu des années 1990. D’abord l’Irak, ensuite l’Iran, peut-on lire dans un document déclassifié de l’US Central Command.
L’escalade fait partie du programme militaire. Alors que l’Iran représente la prochaine cible, avec la Syrie et le Liban, ce déploiement militaire stratégique menace également la Corée du Nord, la Chine et la Russie.
Depuis 2005, les États-Unis et leurs alliés, incluant leurs partenaires de l’OTAN et Israël, ont été impliqués dans le vaste déploiement et le stockage de systèmes d’armes perfectionnés. Les systèmes de défense antiaérienne des États-Unis, des pays membres de l’OTAN et d’Israël sont totalement intégrés.
Plus d’un quart des Américains pensent, à tort, que Barack Obama n’est pas né sur le sol américain. Ils sont également de plus en plus nombreux (18 % de la population américaine aujourd’hui, contre 12 % à son arrivée à la Maison Blanche) à croire que ce dernier est musulman.
Ces chiffres étonnants seraient liés, d’une part, à une mauvaise communication de Barack Obama, notamment au sujet de sa personnalité et de ses croyances, d’autre part, à une campagne massive de désinformation menée par ses opposants politiques, explique Le New York Times.
Une désinformation rendue d’autant plus facile que le président, soutenant le projet de mosquée près de Ground Zero, s’est attiré les foudres de nombreuses associations et hommes politiques. Mais cette prise de position n’est pas à l’origine de ces erreurs : les études montrent que les Américains ignoraient déjà un certain nombre de choses au sujet de leur président avant celle-ci.
Même parmi les démocrates ayant répondu à un sondage repris par le journal, seuls 46 % croient savoir qu’Obama est chrétien, alors qu’ils étaient 55 % en mars.
Des chiffres qui n’inquiètent pas outre mesure la Maison Blanche : celle-ci estime avoir mieux à faire que de s’inquiéter au sujet du lieu de naissance du président.
En ce qui concerne l’Irak, 65% des Américains sont également opposés à la guerre
Près de six Américains sur dix (58%) sont opposés à la guerre en Afghanistan, selon un sondage GfK pour l’Associated Press qui traduit les doutes de la population, après neuf ans de conflit et alors que le président Obama envoie des dizaines de milliers de soldats supplémentaires au combat.
Plus de 1.100 militaires américains ont trouvé la mort en Afghanistan depuis l’invasion en octobre 2001, dont 66 pour le seul mois de juillet. A l’automne 2009, Barack Obama a autorisé le déploiement de 30.000 hommes de plus, pour porter l’effectif total à 100.000, soit trois fois plus qu’en 2008. Mais de plus en plus de parlementaires s’interrogent sur la possibilité d’un succès militaire sans une campagne vigoureuse contre la corruption, qui sape la confiance des Afghans dans leur gouvernement.
A dix semaines des élections de mi-mandat en novembre, 38% des personnes interrogées soutiennent la stratégie du président en Afghanistan, contre 46% en mars. Seules 19% pensent que la situation devrait s’améliorer la semaine prochaine, contre 29% qui tablent sur une dégradation et 49% qui s’attendent à ce qu’elle ne change pas.
Cette perception pourrait coûter cher au chef de l’Etat et à la majorité démocrate, confrontés à un chômage élevé (9,5% en juillet), une reprise économique poussive et un déficit budgétaire qui devrait dépasser les 1.300 milliards de dollars (1.015 milliards d’euros). Une forte opposition à la guerre en Afghanistan pourrait décourager les sympathisants de la majorité alors que le Parti démocrate, majoritaire aux deux chambres du Congrès, a désespérément besoin de mobiliser ses partisans pour le scrutin de novembre.
En ce qui concerne l’Irak, 65% des Américains sont également opposés à la guerre (31% sont pour), après sept ans de conflit, mais 68% approuvent la décision de Barack Obama de mettre fin aux opérations de combat. La dernière brigade de combat américaine a quitté le pays jeudi, devançant la date-butoir du 31 août fixée par le président.
Ce sondage a été réalisé par téléphone du 11 au 16 août auprès de 1.007 adultes. Marge d’erreur de plus ou moins 4,5 points de pourcentage.
La communauté du renseignement poursuit ses activités dans les banlieues de la nation. Si son travail est invisible, son impact se fait réellement ressentir.
ReOpen911 : La National Security Agency (NSA) est l’organisme spécialiste par excellence de la cryptologie – le chiffrement et le déchiffrement des données. Son impressionnant réseau de stations d’écoute et de satellites intercepte et analyse les communications (les émissions radio, la TV, les satellites, le téléphone, les réseaux sans fils, la messagerie électronique) du monde entier au prétexte de prévenir toutes sortes d’agressions. Elle s’est dotée de systèmes informatiques de reconnaissance vocale et d’ordinateurs comme le « CRAY » dernière génération. Ces machines des plus puissantes au monde, seraient donc capables de déchiffrer les moindres données.
Bien que le complexe de Fort Mead, l’un des sites de la NSA, occupe déjà l’équivalent de la superficie du Pentagone, il rogne un peu plus chaque année sur les terres agricoles. 38 000 employés y travaillent régulièrement. 10 000 autres devraient venir renforcer l’effectif d’ici 15 ans. Dans quel but ? Pallier à la hausse du chômage ? Curieusement, les habitants de la région ne semblent rien voir de tout cela, comme si ce monde à part, cette superpuissance autoproclamée dans leur voisinage immédiat n’existait pas. Pourtant une gêne ambiante, sourde, pèse sur les habitants.
Le Washington Post, dans cet article tiré de son dossier Top Secret America que nous avons récemment abordé, nous invite à faire le tour du propriétaire de la NSA et ses environs à Fort Meade, Maryland.
L’entrepôt de brique n’est pas que cela. Franchissez la porte et là, caché un peu plus loin, on découvre un détail sur le personnel de la sécurité : une flotte de véhicules utilitaires sportifs noirs, blindés pour résister aux tirs et aux explosions.
Sur le terre-plein central le long de la rue principale, les panneaux ne sont pas des publicités pour des maisons à vendre ; ils invitent les employés ayant l’accréditation top-secret sécurité à un salon d’embauche au Café Joe, qui est tout sauf un lieu normal de restauration.
Le nouvel immeuble de bureaux couleur bronze est réellement une sorte d’hôtel où les entreprises peuvent louer des chambres protégées des écoutes.
Même la plaque d’égout entre deux bâtiments de faible hauteur n’est pas que cela. Entourée de béton cylindrique, il s’agit du point d’accès à un câble du gouvernement. « TS / SCI », chuchote un fonctionnaire, soit les abréviations pour « top secret » et « information sensible compartimentée » – ce qui signifie que peu de gens ont le droit de connaitre les informations qui transitent par le câble.
Tous ces lieux existent hors de Washington, ce qui équivaut à une géographie alternative des États-Unis, celle que dessinent la concentration des organisations gouvernementales top-secret et les entreprises qui travaillent pour elles. Ce faisceau de Fort Meade est le plus important parmi la douzaine de groupes (de ce genre) à travers les États-Unis, les centres nerveux du Top Secret America aux 854.000 employés.
D’autres (groupes) se situent à Dulles-Chantilly, Denver-Aurora et Tampa. Ils correspondent tous à la version des villes traditionnelles sous antenne militaire : ils dépendent financièrement du budget fédéral et sont culturellement définis par leur tâche exceptionnelle.
La différence, bien sûr, c’est que l’armée ne relève pas de la culture du secret. Dans les groupes du Top Secret America, une carte à puce numérique liée au cordon tour de cou de la société, est souvent le seul indice du lieu de travail. Le travail n’est pas discuté. Pas plus que les interventions. Les débats sur le rôle de l’Intelligence dans la protection du pays se produit uniquement lorsque quelque chose se passe mal et que le gouvernement enquête, ou lorsqu’une information classifiée est divulguée sans autorisation et qu’elle se transforme en nouvelles.
L’existence de ces groupements est si peu connue, que la plupart des gens n’en prennent pas conscience lorsqu’ils approchent de l’épicentre de Fort Meade ; même lorsque le GPS sur le tableau de bord de leur voiture se met soudain à donner des instructions erronées, piégeant les conducteurs dans une série de demi-tours, parce que le gouvernement trouble les signaux dans les proches environs.
Lorsque cela se produit, c’est que le point zéro – La National Security Agency- est proche. Mais, difficile de dire où. Les arbres, les murs et le paysage vallonné occultent la présence de la NSA de la plus part des points de vue ; les barrières en béton, les postes de garde fortifiés et les panneaux d’avertissement arrêtent ceux qui n’ont pas l’autorisation d’entrer sur les terres de la plus grande agence de renseignement des États-Unis.
Dans notre arrière-cour / Galerie photos
De nombreux Américains ne se rendent pas compte que le travail top-secret pourrait s’exercer dans leur voisinage.
Par delà les obstacles se trouvent de gigantesques immeubles imposants, rangées après rangées. Derrière les vitres opaques résistant aux explosions, 30 000 personnes environ, lisent écoutent et analysent pour la plupart le flot continuel de conversations interceptées, vingt quatre heures par jour, sept jours par semaine.
De la route, il est impossible de définir l’étendue de la NSA, même si ses bâtiments occupent une surface de 6,3 millions de pieds carrés – environ la taille du Pentagone – et si elles sont entourés de 453.247 m2 de places de stationnement. Aussi massive qu’elle puisse paraître, des documents indiquent que la NSA est destinée à s’étendre avec l’intégration de 10.000 employés de plus au cours des 15 prochaines années et 2 milliards de dollars pour financer la première phase d’expansion, soit une augmentation globale d’envergure qui portera l’espace immobilier du groupement de Fort Meade à près de 14 millions de pieds carrés.
Le siège de la NSA se trouve sur la base militaire de Fort Meade qui accueille 80 locataires du gouvernement, dont plusieurs grandes organisations du renseignement.
Chaque année, celles -ci injectent 10 milliards de dollars dans les salaires et les contrats dans l’économie de la région – un chiffre qui permet d’expliquer le reste de Fort Meade, qui s’étend sur plus de 16.000 m dans toutes les directions.
Les entreprises qui prospèrent hors de l’agence et à proximité des autres organismes du renseignement se situent juste au-delà du périmètre de la NSA.
Dans certaines parties du groupe, elles occupent des quartiers entiers. Dans d’autres, elles forment des parcs d’affaires sur plus d’un kilomètre. Un chemin privé, contrôlé par des panneaux d’interdiction aux « avertissements » en jaune, les relie au campus de la NSA.
L’un des plus grands parcs est le National Business Park – de larges tours de verres angulaires se répartissent, dissimulés, par blocks sur 1 153 354 m2. Les occupants de ces bâtiments sont des sous-traitants. Ailleurs, là où ils sont mieux connus du public, ils minimisent volontairement leur présence. Mais dans le National Business Parc, un lieu où seuls d’autres entrepreneurs auraient une raison de se rendre, les enseignes de leurs bureaux sont énormes. Elles brillent dans la nuit de rouge vif, de jaune et de bleu : Booz Allen Hamilton, L-3 Communications, CSC, Northrop Grumman, General Dynamics, SAIC. Le groupe de Fort Meade représente plus de 250 entreprises – soit 13 % de toutes les entreprises Top Secret America. Certaines ont plusieurs bureaux, : Northrop Grumman en possède 9, SAIC en a 11. Les entreprises effectuent un travail top-secret dans les 681 sites du groupe Fort Meade.
Sur les sites, les employés doivent se soumettre à des règles strictes, envahissantes. Ils passent régulièrement par le détecteur de mensonge, signent des formulaires de non-divulgation, remplissent de longs rapports après un voyage à l’étranger. Ils sont entrainés pour gérer les voisins fouineurs et les amis curieux. Certains sont formés pour endosser de fausses identités.
S’ils boivent trop, empruntent trop d’argent ou sympathisent avec des citoyens de certains pays, ils peuvent perdre leur accréditation secret, celle-ci étant le passeport pour un emploi à vie à la NSA tout comme dans les organismes de renseignement apparentés.
Par chance, ils excellent en mathématique : pour être capable de faire ce qu’elle fait, la NSA s’appuie sur le plus grand nombre de mathématiciens au monde. Elle a besoin de linguistes et d’experts en technologie, ainsi que de cryptologues, surnommés « Crippies. » Beaucoup se savent être des ISTJ, les initiales pour « introversion, sentiment, pensée, jugement », un ensemble de traits de la personnalité repéré par le test de personnalité Myers-Briggs qui prévaut dans le groupe de Fort Meade.
La bonne blague : « Comment décririez-vous un extraverti à la NSA ? C’est le seul à regarder les chaussures des autres. »
« Elles font partie des personnes les plus brillantes au monde », a déclaré Ken Ulman, cadre au département de Howard, l’un des six départements de la sphère d’influence géographique de la NSA. « Elles exigent de bonnes écoles et une qualité de vie élevée. »
Les écoles, en effet, sont parmi les meilleures, et certaines vont adopter un cursus cet automne qui enseignera à des élèves âgés de 10 ans le style de vie nécessaire à l’obtention d’une accréditation secret et le genre de comportement qui pourrait le disqualifier.
Près d’une école, des bus scolaires jaunes sont alignés le long d’un bâtiment où le personnel des alliés, la « Surveillance des Cinq » – les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande – partagent les informations top-secret concernant le monde entier.
Les bus déposent les enfants dans les quartiers les plus riches du pays ; l’aisance est un autre attribut du Top Secret America. Selon les données du service de recensement, 6 des 10 plus riches comtés des États-Unis se trouvent dans ces groupes.
Le comté de Loudoun, classé le plus riche du pays, contribue à fournir de la main-d’œuvre pour le National Reconnaissance Office à proximité qui gère les satellites espions. Le comté de Fairfax, en deuxième position- accueille la NRO, la CIA et le Bureau du directeur du renseignement national (DNI). Le Comté d’Arlington, classé au neuvième rang, accueille le Pentagone et les agences de renseignement majeures. Le Comté de Montgomery, classé 10e, est le foyer de l’Agence Nationale du Renseignement Geospatial- (NGIA). Et le comté de Howard, classé troisième, est le foyer de 8.000 employés de la NSA.
« S’il s’agissait d’une usine Chrysler, on parlerait Chrysler sur les pistes de bowling, Chrysler aux réunions du Conseil, Chrysler, Chrysler, Chrysler » dit Kent Menser, employé au ministère de la défense qui soutient le comté de Howard pour une adaptatation à la croissance aux environs de Fort Meade. « Les gens qui ne font pas partie de l’effectif de la NSA n’apprécient pas totalement son impact sur leur vie. »
* * * *
L’impact de la NSA et autres organisations secrètes de ce groupe ne sont pas seulement financiers. Ils régulent même la fluidité du trafic un certain jour, lorsqu’ une camionnette blanche sort d’un parking pour se fondre dans la circulation à midi.
Cette camionnette blanche est suivie de cinq autres identiques.
Dans chacune d’elles, deux agents du gouvernement qui suivent des cours à l’Académie de Formation du Contre-Espionnage, tentent de ne pas se perdre sur les routes locales lors de leur « surveillance discrète » – il s’agit ici de suivre un formateur qui joue le rôle de l’espion. Le véritable travail de ces agents issus de l’Armée, des Douanes et autres agences gouvernementales, consiste à identifier les espions et terroristes étrangers qui visent leurs organisations, à localiser les espions et recueillir des preuves pour prendre des mesures à leur encontre.
Mais aujourd’hui, ce sont des stagiaires reliés les uns aux autres par des radios et des plans de rues spécialement conçus à leur intention. Chaque année, environ 4000 agents fédéraux et militaires participent à des cours de contre-espionnage dans l’agglomération de Fort Meade ; en tant qu’agents, ils se déplacent sans éveiller l’attention des habitants qui vaquent à leurs occupations.
L’agent qui voyage sur le siège passager dans l’une des camionnettes blanches tient les cartes sur ses genoux tandis qu’il déplace frénétiquement des pastilles jaunes pour tenter de suivre les positions des autres camionnettes et celle du suspect, surnommé « le lapin ».
D’autres agents accélèrent et font la course à 90km/h pour tenter de suivre le lapin tout en se prévenant les uns les autres de la présence de la police locale : elle ne sait pas que ces camionnettes qui slaloment dans la circulation sont conduites par des agents fédéraux.
Soudain, le lapin n’est plus qu’à un pâté de maisons devant la camionnette la plus proche. Il grille le feu à l’orange puis disparaît tandis que les agents se retrouvent coincés au feu rouge.
Feu vert.
Un agent hurle alors en vain devant le pare-brise « Allez ! » à la voiture qui traîne devant. « Dégage ! Dégage ! Dégage ! »
« On l’a perdu, » râle sa partenaire tandis qu’ils s’efforcent de le rattraper.
Finalement, les agents terminent leur filature à pied devant la librairie Borders à Columbia où le lapin est réapparu. Six hommes en polos et pantalons aux dégradés kakis inspectent les rayons de magazines et déambulent dans les allées.
Leur instructeur est embarrassé. « La partie la plus difficile, c’est l’attitude », confie-t-il, tout en observant les agents entrain de suivre le lapin dans le magasin rempli de femmes en baskets et d’enfants en tongs. « Certains n’arrivent pas à se détendre suffisamment pour adopter le bon comportement… Ils devraient avoir l’air de flâner, mais ils restent là, à observer par-dessus un livre, sans bouger. »
Ailleurs dans le quartier, Jerome James, l’un des résidents, parle du bâtiment qui a surgi juste à la limite de son jardin. « Avant, il n’y avait que des terres agricoles, puis un jour ils ont commencé à creuser, » dit il. « Je ne sais pas ce qu’il s’y passe, mais cela ne me dérange pas. Je n’y pense pas. »
Le bâtiment protégé par des barrières et des grillages, est plus grand qu’un terrain de football. Aucune enseigne ou panneau pour l’identifier. Il y a bien une adresse, mais Google Maps ne la reconnaît pas. Si vous la saisissez, une autre adresse apparait systématiquement : « 6700 ».
Pas de nom de rue.
Juste « 6700 ».
Bill Brown, à gauche, et Jerome James s’occupent de la propriété de James dans une banlieue de Maryland, qui jouxte un bâtiment sécurisé. (Photo by Bonnie Jo Mount / The Washington Post) | Galerie Photos
Justin Walsh est dans l’un de ces bâtiments ; chaque jour, il passe des heures juché sur une échelle pour inspecter les faux plafonds d’une des plus grandes organisations du Top Secret America. Walsh est spécialiste en sécurité industrielle au sein du Département de la Défense. Chaque groupe a son propre Walsh, que ce soit à Fort Meade, ou dans le dédale souterrain des bâtiments de Crystal City à Arlington, près du Pentagone, ou dans les parcs d’affaires high-tech près du Centre National de Renseignement Spacial à Dayton, Ohio.
Quand il n’est pas sur une échelle, Walsh trifouille la photocopieuse pour s’assurer qu’elle ne puisse reproduire les secrets stockés dans sa mémoire. Ou bien il teste le démagnétiseur, un aimant géant qui efface les données des disques durs classifiés. Ou alors, il dissèque le système d’alarme, sa fibre optique et le codage utilisé pour envoyer des signaux à la salle de contrôle.
Dans l’Amérique Top Secret, tout est réglementé par le gouvernement : l’épaisseur de l’acier des barrières, la qualité des sacs en papier pour le transport des documents classifiés, l’épaisseur des murs et la hauteur des faux planchers insonorisés.
Autour de Washington, 4000 bureaux de sociétés privées gèrent l’information classifiée, soit 25% de plus que l’an dernier, selon le superviseur de Walsh, et l’équipe de Walsh a en permanence 220 bâtiments à contrôler dans son programme d’inspection. Le moindre bâtiment doit faire l’objet de contrôles ; tout nouveau bâtiment doit être inspecté de fond en comble avant que la NSA n’autorise ses occupants à ne serait-ce qu’établir une connexion téléphonique avec l’agence.
Il y aura bientôt un nouveau bâtiment de quatre étages à Fort Meade, près d’un quartier tranquille et sécurisé de pavillons haut de gamme. Son constructeur affirme qu’il peut résister à un attentat à la voiture piégée. Dennis Lane affirme que ses ingénieurs ont mis plus de boulons dans chaque poutrelle d’acier de la charpente que ne l’exige la norme pour garantir que la structure ne s’effondrera pas en cas d’imprévu.
Lane, vice-président de la société de construction Ryan Commercial, est devenu lui-même une sorte de fouineur lorsqu’il s’agit de travailler pour la NSA. A 55 ans, il a vécu et travaillé toute sa vie dans l’ombre de la NSA et s’est adapté à sa présence croissante au sein de sa communauté. Il recueille des informations commerciales par le biais de son propre réseau d’informateurs, des cadres dirigeants comme lui qui espèrent faire une bonne affaire sur le dos d’une organisation dont la plupart des voisins n’ont jamais entendu parler.
Il repère le moment où la NSA ou d’autres organisations secrètes du gouvernement louent un bâtiment, embauchent d’avantage de sous-traitants ou font appel aux entreprises locales. Il suit les projets de construction, les délocalisations, les changements au sein des sociétés privées. Il sait que les planificateurs locaux estiment que 10.000 emplois seront créés par la NSA , tout comme 52.000 autres par le biais d’agences de renseignement qui s’installeront à Fort Meade.
Lane était déjà au courant de toutes les rumeurs avant l’annonce officielle disant que le prochain commandement militaire géant, US Cyber Command, serait dirigé par le général quatre étoiles actuellement à la tête de la NSA. « Ce cyber-machin sera énorme, » dit-il. « Un cyber commandement pourrait intégrer tout l’immobilier actuellement disponible sur la zone ».
Lane le sait, car il a été témoin de la croissance post-11/9 de la NSA. A présent elle absorbe chaque jour 1,7 milliards de communications : courriers électroniques, forums, messageries, adresses IP, numéros de téléphone, appels téléphoniques et conversations sur téléphones mobiles.
A sa manière, Jeani Burns en a été témoin aussi.
Burns, une femme d’affaires à Fort Meade, prend un verre un soir après le travail. Elle fait un geste en direction de quelques hommes qui se tiennent près du comptoir.
« Je peux les repérer, » dit-elle. Le costume. La coupe de cheveux. Le comportement. « Ils ont ce regard, comme s’ils avaient peur que quelqu’un vienne leur poser une question à leur sujet. »
Des agents secrets viennent ici aussi, chuchote-t-elle, pour les surveiller, « pour s’assurer que personne ne parle trop. »
Burns est bien placée pour le savoir – elle vit avec un de ces hommes secrets depuis 20 ans. Avant, il travaillait pour la NSA. A présent, il est l’un de leurs sous-traitants. Il a fait la guerre. Elle ne sait pas où. Il fait quelque chose d’important. Elle ne sait pas quoi.
Elle raconte qu’elle est tombée amoureuse de lui il y a 20 ans et, que depuis, elle a passé sa vie à s’adapter. Lorsqu’ils sortent avec des amis, dit-elle, elle les appelle avant pour les prévenir : « Ne lui posez pas de questions. » Parfois les gens le comprennent, mais lorsque ce n’est pas le cas, « c’est dur à dire, mais nous ne sortons plus avec eux. »
Elle le décrit comme un « observateur. C’est moi la suspecte, » dit-elle. « Cela me gêne qu’il ne m’emmène jamais en voyage, ne pense jamais à quelque chose d’excitant à faire… J’ai l’impression d’être trompée. »
Mais elle dit aussi : « Je le respecte vraiment pour ce qu’il a fait. Il a consacré sa vie pour maintenir notre mode de vie, et il n’en retire aucune reconnaissance du public ».
Pendant ce temps, à l’extérieur du bar, le bourdonnement est continu. La nuit, aux confins du Parc d’Affaires National, des fenêtres de bureaux sont encore éclairées ci et là. Les 140 chambres de l’hôtel Marriott Courtyard sont toutes louées, comme d’habitude, à des clients tel cet homme à la réception qui dit seulement qu’il « travaille pour l’armée ».
A l’intérieur de la NSA, il y a un va-et-vient permanent de mathématiciens, de linguistes, de techniciens et de cryptologues. Ceux qui partent descendent par l’ascenseur au rez-de-chaussée. Chacun porte une petite boite en plastique avec un code-barres. Elle contient une clé de porte qui résonne à chaque pas. Pour ceux qui travaillent ici, ce son signale le changement d’équipe.
Tandis que les employés qui prennent leur poste passent le tourniquet, ceux qui partent glissent leur badge d’identification dans une fente. Une trappe s’ouvre. Ils déposent leur boite contenant la clé puis sortent en passant par un tourniquet. Ils quittent le parking et roulent lentement vers les barrières et portails qui protègent la NSA, où ils croisent une longue file de voitures qui roulent en sens inverse. Il est presque minuit à Fort Meade, la capitale du Top Secret America, un lieu qui ne dort jamais et qui s’étend un peu plus chaque jour.
Processus de Paix . A l’heure où Washington fait pression pour une solution, de nombreux cercles influents aux Etats-Unis relèvent que les intérêts américains sont en contradiction avec ceux d’Israël.
La campagne bat son plein pour un retour à des négociations directes entre Palestiniens et Israéliens, une manière d’avancer un peu dans le règlement d’une question qui perdure et qui ne semble guère voir de résolution. S’il y a des pressions, elles viennent de l’Occident, les Etats-Unis en l’occurrence, qui multiplie les initiatives de manière intense ces derniers mois. Et s’il est toujours bien établi que Washington est le principal soutien de l’Etat hébreu contre qui que ce soit, certains indices montrent que les choses commencent à changer. Et même une question majeure s’est posée : Israël est-il un atout stratégique ou un handicap pour les Etats-Unis ? C’est tout récemment, c’est-à-dire le 20 juillet dernier, que des cercles américains importants se sont interrogés sur cet aspect des choses.
Le centre Nixon organisait un déjeuner/débat sur ce thème, au cours duquel Chas Freeman Jr., ambassadeur des Etats-Unis pour l’administration H. W. Bush en Arabie saoudite de 1989 à 1992, a prononcé un discours où il a fait le point sur les différents aspects stratégiques et même économiques où Israël constitue un fardeau pour l’Amérique. « Le gouvernement américain ne ménage pas sa peine pour protéger Israël des conséquences politiques et juridiques internationales de sa politique et de ses actes dans les territoires occupés et contre ses voisins, ou — comme on l’a vu récemment — en haute mer. Les quelque 40 veto que les Etats-Unis ont opposés, afin de protéger Israël au Conseil de sécurité des Nations-Unies, ne sont que la partie visible de l’iceberg. Nous avons bloqué un nombre autrement plus important de réactions potentiellement dommageables pour Israël venant de la communauté internationale, suite à la conduite israélienne. Le coût politique pour les Etats-Unis, internationalement, pour avoir gaspillé de cette manière tant de notre capital politique, est exorbitant », mentionne-t-il.
Cet état des lieux est bien alarmant, et si les Etats-Unis ont des intérêts réels dans la région, Israël les compromet de manière grave. Si l’opinion arabe est dressée contre les Etats-Unis, c’est justement pour cet appui aveugle pour Israël qui a occupé les terres palestiniennes et rejette toutes les tentatives de paix. La guerre meurtrière contre Gaza est l’exemple le plus récent. Et avant, les choses étaient aussi graves et les Américains n’ont jamais hésité de soutenir Israël même contre toute l’opinion mondiale. D’ailleurs, de nombreux analystes relèvent que des actes terroristes, comme ceux d’Al-Qaëda, ont été expliqués par ce parti pris pour Israël. Sans vouloir trouver de justification à de tels actes, il est certain que la politique pro-israélienne de l’Amérique a encouragé la naissance de tels mouvements.
De plus, comme l’affirme Freeman, qui est un connaisseur de la région et qui a même opéré sous George W. Bush, celui qui a le plus porté tort à l’image de l’Amérique, relève d’autres aspects aussi concrets et surprenants : « Là où Israël n’a pas de relations diplomatiques, les diplomates américains prennent régulièrement sa défense. Comme je le sais par expérience personnelle (j’ai été remercié par le gouvernement israélien d’alors pour mes efforts couronnés de succès déployés pour son compte en Afrique), le gouvernement américain a été le promoteur constant, et souvent le financier, des différentes formes de programmes de coopération israéliens avec les autres pays ».
Même sur le plan économique, les chiffres ne manquent pas de prouver cette théorie où Israël est un vrai fardeau et qu’il reçoit beaucoup d’aides alors qu’il n’en a pas besoin. Freeman cite arguments et exemples : « Les contribuables des Etats-Unis financent entre 20 et 25 % du budget Défense d’Israël (selon la méthode de calcul). 26 % des 3 milliards d’aides militaires que nous garantissons à l’Etat juif chaque année sont dépensés en produits de défense par Israël. Exclusivement, les entreprises israéliennes sont traitées comme des entreprises états-uniennes pour l’accès aux marchés publics de défense des Etats-Unis ».
Et de relever : Les subventions visibles accordées par le gouvernement US à Israël montent à plus de 140 milliards de dollars depuis 1949. Une telle somme fait qu’Israël est de loin le premier bénéficiaire des largesses américaines depuis la Deuxième Guerre mondiale. (…) Le revenu par habitant en Israël est aujourd’hui d’environ 37 000 dollars — à égalité avec le Royaume-Uni —, et Israël n’en est pas moins le plus grand bénéficiaire de l’aide étrangère US, laquelle rentre pour plus d’un cinquième dans ce revenu.
Sans aucun doute, les torts portés par Israël à l’Amérique deviennent objet de débat. Selon Foreign Policy, une partie des cadres américains estiment que les rebuffades enregistrées par l’administration américaine sur le dossier israélo-palestinien du fait de la détermination israélienne, portent atteinte désormais à sa crédibilité. Et des spécialistes, tel Stephan Walt, affirment que « les intérêts d’Israël et des Etats-Unis ne sont pas nécessairement convergents, ils peuvent même être au contraire antagonistes » =.
Dans l’histoire récente de l’occupation de l’Irak par l’armée américaine, la bataille de Falloujah restera certainement l’un des épisodes les plus noirs. Du 6 au 29 novembre 2004, des milliers de soldats américains réduiront en cendres cette localité située à 70 km à l’ouest de Bagdad dans laquelle des centaines de djihadistes et de résistants irakiens avaient trouvé refuge. Véritable bastion de l’insurrection sunnite, la ville avait été soumise à un déluge de feu pendant des semaines. Le bilan fut très lourd : à côté de la centaine de soldats américains ce sont près de 4 000 personnes qui tomberont du côté irakien dont plusieurs centaines de femmes et enfants.
Aujourd’hui, la chaîne Al Jazerra nous apprend que les retombées de cette offensive sont désastreuses au niveau de la santé publique : dans toute la région de Falloujah, le nombre de nourrissons nés avec des malformations ne cesse d’augmenter de façon alarmante et les cas de cancer et de maladies génétiques graves se multiplient.
L’émission Bila Houdoud (“Sans limites“), un des programmes phares de la chaîne qatarie, a en effet consacré son émission fin juin à ce drame. L’invité du jour était le Professeur Chris Busby, un des spécialistes britanniques les plus réputés en matière de maladies cancerigènes[1]. Son constat est sans appel : son enquête de deux mois menée auprès de 711 foyers de la région de Falloujah regroupant plus de 4 000 personnes l’amène à la conclusion suivante : les effets dévastateurs de l’utilisation démesurée d’armes de destruction massive, chimiques et radiologiques ont engendré des rétombées terribles sur la population locale.
Il faut dire que l’armée américaine ne s’était pas gênée. Pendant son offensive, les Marines avaient largement fait appel à toute la panoplie d’armes chimiques pourtant interdites par les conventions internationales : des centaines de tonnes de bombes au phosphore blanc (les mêmes que l’armée israélienne utilisera à Gaza quelques années plus tard), au napalm, à fragmentions et à l’uranium appauvri avaient été déversées sur la ville. De nombreux témoignages faisant état de corps humains trouvés « fondus » dans les rues attestaient déjà à l’époque de l’utilisation de ces armes prohibées. Comme souvent, le Pentagone avait d’abord nié avant de se rétracter devant les preuves accumulées par de nombreux journalistes.
Aujourd’hui c’est une équipe médicale occidentale qui confirme ces faits en y ajoutant l’information frappante selon laquelle des générations entières d’Irakiens sont désormais condamnées à vivre avec des maladies atroces. Selon le Professeur Busby, les conséquences de l’attaque de Falloujah sont proportionnellement plus dramatiques que celles causées par l’utilisation de l’arme atomique à Hiroshima et Nagasaki[2]…
Dans un pays aux infrastructures sanitaires sinistrées, on imagine le mal que peut causer ce genre de pathologies. Car l’Irak est exsangue : depuis le début de la guerre, des milliers d’universitaires, intellectuels, et médecins ont été exécutés et des dizaines de milliers d’autres ont fui le pays le vidant de ses principales forces vives. Véritable bombe à retardement, les maladies et malformations qui touchent un taux anormalement élevé de la population de Falloujah et de ses alentours obèreront pendant longtemps le développement d’une ville-martyr que l’armée américaine à voulu punir pour donner une leçon à tous ceux qui contesteront son occupation.
Plus largement, c’est tout l’Irak d’aujourd’hui qui souffre dans l’indifférence générale. Le pays qui figurait dans les années 70 comme l’un des espoirs du monde arabe et où les indicateurs de développement humain se rapprochaient de ceux des pays occidentaux, est aujourd’hui, après deux décennies de guerre, renvoyé au Moyen-âge.
Dans n’importe quel endroit du monde, la révélation de telles pratiques et de telles conséquences auraient soulevé un tollé et nombreux sont ceux qui les auraient qualifiés de crimes contre l’humanité. Mais il s’agit de l’Irak dont peu de monde semble désormais s’intéresser et quasiment aucun des grands médias occidentaux n’a relayé les conclusions du Professeur Busby. Les habitants de Falloujah sont désespérés de l’omerta mondiale sur leur drame et indignés par cette impunité collective octroyée à l’armée américaine. Comme pour l’agent orange qui causa des ravages pendant et après la guerre du Viet-Nam, l’US Army ne paiera pas.
Pourtant, à Falloujah comme ailleurs en Irak et dans le monde arabe, tout est malheureusement mis en place pour que les habitants, révoltés, n’expriment leur frustration et leur colère par le seul moyen mis à leur disposition et qui effraie tant l’Occident : la résistance légitime que d’autres appellent “terrorisme“.
Jeffrey D. Feltman, assistant de la secrétaire d’Etat américaine et responsable du bureau des affaires du Proche-Orient, et Daniel Benjamin, coordinateur du bureau de lutte contre le terrorisme, ont témoigné devant une commission du Sénat le 8 juin 2010. Il s’agissait d’évaluer la force du Hezbollah.
Concluant leur témoignage, ils ont déclaré :
« Les Etats-Unis continuent de prendre très au sérieux les menaces que le Hezbollah fait peser sur les Etats-Unis, le Liban, Israël et l’ensemble de la région. Nous avons déployé de grands efforts diplomatiques, à travers la lutte antiterroriste et une aide matérielle, pour réduire cette menace et cette influence du Hezbollah dans la région et promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité à travers le Proche-Orient. »
L’ensemble du développement reprend les analyses de l’administration précédente sur le Hezbollah, définissant celle-ci comme une organisation terroriste responsable notamment de la guerre de l’été 2006. Elle est aussi « l’une des milices les mieux armées et les plus dangereuses dans le monde ».
Mais le plus intéressant, c’est la reconnaissance de l’aide directe apportée par les Etats-Unis aux forces libanaises qui luttent contre le Hezbollah.
« Les Etats-Unis fournissent une assistance et un appui à tous ceux qui, au Liban, travaillent pour créer des alternatives à l’extrémisme et réduire l’influence du Hezbollah dans la jeunesse. (…) A travers l’USAID et la Middle East Partnership Initiative (MEPI), nous avons contribué depuis 2006 à hauteur de plus de 500 millions de dollars à cet effort. Cette assistance substantielle représente l’une des facettes de notre soutien inaltérable au peuple libanais et à l’instauration d’un Liban fort, souverain, stable et démocratique. Depuis 2006, notre aide totale au Liban a dépassé le milliard de dollars. Si nous laissions tomber les millions de Libanais qui veulent un Etat représentant les aspirations de tous les Libanais, nous créerions les conditions par lesquelles le Hezbollah pourrait remplir le vide et devenir encore plus fort. »
Que des pays étrangers s’ingèrent dans les affaires libanaises, on s’en doutait. Le Liban est, depuis longtemps, un champ d’affrontements de puissances régionales, de l’Iran à Israël, de la Syrie à l’Arabie saoudite. Plus inhabituel est le fait qu’une grande puissance reconnaisse ouvertement qu’elle mène une action permanente contre l’une des principales forces du pays, force qui participe, par ailleurs, au gouvernement. Ces pratiques américaines rappellent les interventions des Etats-Unis en France ou en Italie durant la guerre froide contre les partis communistes.
Le Hezbollah, qui a rendu public son nouveau programme le 1er décembre 2009, est la seule force libanaise qui maintient une milice armée.
La déclaration américaine a soulevé un vif débat au Liban quand elle a été connue, à partir du 22-24 juin. Le Hezbollah a affirmé qu’il déposerait plainte contre les Etats-Unis devant les tribunaux.
Dans le quotidien libanais Al-Safir du 29 juin, Nabil Haitam affirme qu’une liste de 700 noms de personnes et d’organisations ayant bénéficié de l’aide américaine circule, et que certains ont reçu des sommes comprises entre 100 000 et 2 millions de dollars. Le journaliste s’interroge :
« Quelles clauses du code pénal ces groupes ou personnes ont-ils violées ? Est-ce que contacter ou agir avec un Etat étranger, et travailler avec cet Etat en échange d’argent à une campagne visant l’une des composantes de la société libanaise – une campagne qui pourrait avoir déstabilisé la société –, est légal ? » (…)
Et Haitam se demande pourquoi Feltman a rendu cette information publique, d’autant qu’elle risque d’embarrasser des alliés des Etats-Unis au Liban. Selon lui, l’ambassade américaine à Beyrouth a rassuré ses alliés en leur affirmant que Feltman voulait simplement montrer au Congrès que les Etats-Unis agissaient au Liban et qu’il n’est pas question qu’ils révèlent des noms.
Autre son de cloche avec l’éditorial de Tariq Alhomayed, rédacteur en chef du quotidien panarabe pro-saoudien Al-Sharq Al-Awsat (23 juin) : « Hezbollah wants transparency ? ». Il cite le député Nawaf Al-Moussaoui, qui a déclaré que « si l’ambassade américaine veut être transparente, alors qu’elle donne la liste des noms de ceux qui ont reçu la plus grande partie de cet argent, dont il est dit qu’il a aidé le peuple libanais ».
Alhomayed soulève la question du financement du Hezbollah, que le secrétaire général de ce parti, Hassan Nasrallah, qualifie « d’argent pur ».
« Comment cet argent arrive-t-il au Liban ? Qui le reçoit ? Qui le distribue ? Combien a été dépensé pour les médias et pour acheter des journalistes et des politiciens ? Combien a été dépensé pour acheter des armes ? Combien a été dépensé pour dédommager les victimes de la guerre de 2006, comme le Hezbollah s’y était engagé ? »
Questions intéressantes venant d’un journal notoirement financé par l’Arabie saoudite, qui a arrosé le Liban pour y acheter journalistes et responsables politiques…
Et Alhomayed pose un autre problème :
« Si le Hezbollah veut la transparence, alors il devrait y avoir la transparence sur tous les sujets. (…) Et le Hezbollah doit faire ce qu’il demande aux Américains. » Le journaliste demande que le Hezbollah fasse la lumière sur un scandale financier lié à l’homme d’affaires Salah Ezzedine, dont la faillite a provoqué la ruine de nombreux Libanais. Or, cet homme d’affaires, selon le journaliste, avait de nombreuses connexions avec des membres du Hezbollah.
Notons aussi qu’aux Etats-Unis, certains se prononcent pour un dialogue avec le Hezbollah. Ainsi, William Crocker, ancien ambassadeur en Irak entre 2007 et 2009 (nommé par le président George W. Bush), s’est prononcé en ce sens devant le comité des affaires étrangères du Sénat (« Former US envoy favors talking to Lebanese resistance », The Daily Star, 10 juin).