Tariq Ramadan


IL Y A EXACTEMENT 6 ANS, le 31 janvier 2018, j’entrais en garde à vue, pour finalement rester 9 mois et demi en prison. Six ans d’instruction qui ont confirmé les mensonges des plaignantes qui se connaissaient et étaient en contact avec mes opposants idéologiques.

L’acquittement en Suisse a confirmé chacune de mes premières affirmations : les mensonges des plaignantes, leurs concertations frauduleuses, etc. Ce matin, six ans plus tard, j’apprends que Ian Hamel, le soi-disant journaliste qui fut le premier, le 15 octobre 2017, à inviter des femmes à m’accuser (avant même la première plainte du 20 octobre 2017), vient d’être définitivement condamné en Suisse. Il avait écrit un article pour Le Point dans lequel il affirmait que le rapport du Conseil d’État genevois confirmait que j’aurais eu par le passé des relations avec des élèves.

Après investigation, le rapport concluait, au contraire, qu’il s’agissait « de rumeurs ». Ian Hamel a menti, tronqué la vérité, et au-delà de la lourde amende, c’est enfin la vérité qui éclate sur les méthodes de cet individu.

Les médias français ont rapporté le mensonge avec délectation, sans rien vérifier : l’Obs, Libé, Le Figaro, Le Monde, Le Parisien etc. De surcroît, l’été dernier, un consortium de médias internationaux (NewYorker, le Soir, RadioTeleSuisse, Mediapart etc.), avait révélé que ce même Ian Hamel avait reçu de l’argent de la société Alp Services, basée à Genève, laquelle recevait près de 7 millions de dollars des Émirats Arabes Unis (EAU) pour détruire la réputation de leaders musulmans basés en Europe. Dans un enregistrement, on entend le directeur de Alp Services parler de briser ma réputation et préciser à Ian Hamel : « La cible, c’est Ramadan ».

Une réunion a eu lieu aux EAU en août 2017, trois mois avant la première plainte et le premier tweet posté par Ian Hamel. J’ai porté plainte contre Alp Services et le Gouvernement suisse (Ministère Public de la Confédération) a dernièrement ouvert une instruction (charges retenues : infraction et calomnie, actes exécutés sans droit par un État étranger et service de renseignement politique, diffamation).

La concordance des dates, la cible, les noms, les acteurs politiques… Un hasard ? Vous avez le choix entre la naïveté et l’évidence. Tout en sachant, au-delà de votre idéologie, que votre aveuglement devant ladite évidence fait de la victime un coupable, et des menteuses des soi-disant victimes.

Ainsi salit-on les causes les plus justes. Si votre idéologie ou votre parti pris vous permet de laisser condamner ceux que vous savez être innocents, alors il n’y a rien à espérer ni de votre pensée, ni de votre idéologie, ni de vous, au demeurant. Je n’ai rien à vous dire, ni rien à ajouter.

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En Cisjordanie, des pacifistes israéliens tentent d’aider les Bédouins


Rachida El Azzouzi

Dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie occupée, la violence des colons est telle que des bergers palestiniens appellent à l’aide des militants israéliens anti-occupation pour les protéger, ainsi que leurs troupeaux. Comme Sigal Harari, que Mediapart a suivie

2 janvier 2024 à 17h28

Mediapart

Vallée du Jourdain (Cisjordanie occupée).– « Vol de moutons par des colons en présence de l’armée, confiscation d’un bassin et de barils d’eau, présence de militants souhaitée d’urgence »… : depuis le 7 octobre 2023, les boucles WhatsApp de Sigal Harari et de ses camarades anti-occupation se multiplient.

« La guerre à Gaza donne des ailes aux colons. Ils sont encore plus agressifs et violents », constate la quinquagénaire, membre du mouvement israélien Regarder l’occupation dans les yeux. 

Cet après-midi de décembre, elle arpente, en tenue ample et chaussures de randonnée, un village bédouin palestinien aux allures de bidonville, au cœur de la vallée du Jourdain, en Cisjordanie occupée. Sous haute surveillance israélienne depuis 1967, la vallée porte le nom du fleuve qui la traverse, principale ressource en eau de la région.

Le regard en alerte, tourné au loin vers les avant-postes et autres implantations illégales où se sont stratégiquement établis des colons pour accaparer de vastes étendues de terre, Sigal Harari vérifie que « tout va bien ».

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Jamal Amlihat, sans cesse aux aguets face à la violence des colons (vallée du Jourdain, Cisjordanie, décembre 2023). © Photo Rachida El Azzouzi / Mediapart

Elle tente aussi de rassurer, malgré la barrière de la langue, l’hébreu pour elle, l’arabe pour lui, l’homme qui marche à ses côtés, un keffieh enroulé autour de la tête : Jamal Amlihat, un berger plusieurs fois attaqué ces derniers mois par des partisans d’Eretz Israel, le Grand Israël, qui entendent bien coloniser ses collines arides.

Depuis l’aube, Sigal Harari, employée dans une crèche pour enfants près de Tel-Aviv, le « sécurise » avec sa collègue Hava, actrice, ce qui leur a valu une descente de l’armée et de la police israéliennes, qui sillonnent la région en véhicule blindé.

« Comme ils n’avaient rien à nous reprocher, ils ont fouillé notre voiture et ils nous ont infligé une amende de 300 euros pour des broutilles. Ils ne comprennent pas notre engagement, surtout en cette période de guerre. Pour eux, comme pour les colons, nous sommes des traîtres à la nation israélienne, des alliées des terroristes du Hamas. » 

Plusieurs membres de leur mouvement ainsi que d’autres pacifistes ont été agressé·es physiquement ces derniers mois par les colons, comme en attestent des vidéos virales sur les réseaux sociaux ou les cicatrices sur les jambes de Hava.

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Sigal Harari, activiste israélienne anti-occupation, se relaie avec ses collègues chaque semaine pour protéger le village bédouin de Jamal Amlihat des attaques de colons (vallée du Jourdain, Cisjordanie, décembre 2023). © Photo Rachida El Azzouzi / Mediapart

« Ils n’hésitent pas à nous frapper, souvent avec des pierres et des bâtons, raconte Sigal Harari. Notre présence les dérange. Ils ne peuvent plus agir impunément lorsque nous sommes là. On filme leur violence. En retour, eux aussi nous filment pour nous faire peur. » 

Jamal Amlihat, visage émacié, ne cesse de la remercier pour sa présence. Il ne dort plus depuis plusieurs semaines. « Tout va mal ici. On doit rester en veille en permanence. Nous dépendons des activistes. Sans eux, nous serions morts. Vous vous rendez compte que je ne peux pas sortir mes bêtes dans les pâturages alentour sans eux car j’ai peur des colons ? »

Jamal a 38 ans, cinq enfants qui vont à l’école, située à quelques minutes à pied quand les colons ne les tétanisent pas sur le chemin, au volant d’un SUV blanc, d’un tracteur ou à cheval, en hurlant des insultes, une arme en bandoulière.

« Même un chien est mieux traité que nous ! Les enfants pleurent la nuit au moindre bruit, ils ont besoin de soutien psychologique. Ils ont cassé le bras de mon aîné », témoigne le père de famille en faisant défiler des vidéos sur son téléphone portable, dans lesquelles on le voit sortir de l’hôpital de Jéricho avec son fils qui a le bras plâtré. Ce dernier lui colle aux basques, un pistolet à eau en plastique bleu dans les mains : « C’est notre seule arme », dit-il en riant pour détendre l’atmosphère.

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Village bédouin dans la vallée du Jourdain (Cisjordanie, décembre 2023). © Photo Rachida El Azzouzi / Mediapart

L’attaque la plus violente a eu lieu le 28 novembre, en soirée. « Ils sont arrivés à plusieurs, armés, et ils ont commencé à détruire nos hangars, nos panneaux solaires qui servent à produire de l’électricité. Ils ont volé plusieurs moutons, à moi, mon frère, mon cousin, 35 au total, puis ils sont entrés dans ma maison, ils ont frappé ma femme, mon fils. J’avais notre bébé d’à peine un mois dans les bras. »

Jamal Amlihat se remémore la scène en tremblant. Il a porté plainte, donné les noms de leurs agresseurs, « des jeunes des collines », assure-t-il, ces colons radicaux de moins de 30 ans qui sèment la terreur à travers la vallée et comptent « dégager les Arabes » de la Cisjordanie, qu’ils considèrent comme la terre sacrée d’Israël.

« La police m’a répondu qu’elle ne pouvait rien faire, que ces jeunes des collines ont des problèmes psychologiques, que leur place est à l’asile. » Il a peur que ses enfants deviennent comme eux, « des sauvages », et qu’ils pensent que « tous les juifs sont ainsi ».Cette nuit d’effroi,les activistes de Regarder l’occupation dans les yeux étaient absents. Ils s’affairaient à quelques kilomètres de là, dans un autre campement bédouin.

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Craignant la violence des colons, Jamal Amlihat préfère s’endetter pour nourrir son bétail plutôt que de le conduire dans les pâturages alentour (vallée du Jourdain, Cisjordanie, décembre 2023). © Photo Rachida El Azzouzi / Mediapart

« Malheureusement, nous ne pouvons pas être partout, tout le temps, nous ne sommes pas assez nombreux au regard du nombre exponentiel d’agressions », regrette Sigal Harari. Elle tient à relativiser leur rôle de bouclier : « Notre présence rassure les villageois mais face à la violence des colons, nous ne faisons pas le poids. S’ils décident de les frapper, ils frapperont, peu importe notre présence. Nous restons minoritaires, encore plus depuis le 7 octobre. »

Elle a « ouvert les yeux » sur « l’extrême violence de l’occupation » israélienne lorsque le gouvernement le plus dur de l’histoire d’Israël, qui fait la part belle aux suprémacistes et aux ultraorthodoxes, a pris ses fonctions à l’automne 2022. 

Un film, réalisé par des militants, qu’elle a visionné à cette époque a joué un rôle déclencheur : il décrit en quelques minutes la privation d’eau imposée aux Palestinien·nes par les colons dans la vallée du Jourdain. « J’en avais entendu parler mais je n’avais encore jamais rien vu de mes propres yeux depuis toutes ces décennies. J’ai été si choquée que le lendemain je m’engageais dans le mouvement anti-occupation. » 

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Alors qu’il vit près du Jourdain, Jamal Amlihat se ruine pour acheter de l’eau, accaparée par l’occupant israélien (vallée du Jourdain, Cisjordanie, décembre 2023). © Photo Rachida El Azzouzi / Mediapart

Conduits et réserves d’eau sabotés, béton coulé dans les puits, eaux usées versées dans les citernes, accès à l’eau sévèrement restreint… Les colons, « mais aussi l’armée », insiste Sigal Harari, se comportent « comme des criminels avec les Palestiniens ».

« Ils ne cherchent pas à les priver d’eau pour les tuer mais pour les forcer à se déplacer, à abandonner leurs terres, afin de pouvoir les leur confisquer,explique la militante. L’eau coûte une fortune aux Bédouins. Ils doivent acheter plusieurs mètres cubes, faire de longs trajets pour cela à cause des barrages militaires. Plusieurs ont été fermés, au nord, depuis le 7 octobre, rallongeant les détours et l’attente de plusieurs heures pour que l’armée leur ouvre les barrières à l’arrivée puis à nouveau au départ. Tout est fait pour leur rendre la vie impossible. » 

Parfois, l’armée confisque aux Palestiniens un tracteur servant à remplir leurs citernes, « dans le seul but de pourrir encore plus leur quotidien ». « Lorsque cela arrive, on essaie de le récupérer. On fixe aussi dans les villages des pompes à eau, car ils n’ont pas le droit de le faire. On fait pression sur l’armée également pour l’ouverture des check-points »,détaille Sigal Harari.

Elle pointe du doigt, près de l’école, le château d’eau aux couleurs de Mekorot, la compagnie israélienne qui exploite les eaux en Cisjordanie occupée, et s’indigne : « J’ai honte de mon pays ! Mekorot vole l’eau des Palestiniens pour la leur revendre ensuite ! »

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La présence d’activistes israéliens aux côtés des bergers palestiniens n’empêche pas toujours la violence des colons (vallée du Jourdain, Cisjordanie, décembre 2023). © Photo Rachida El Azzouzi / Mediapart

L’État d’Israël n’accapare pas seulement la terre de Palestine. Il accapare aussi son eau naturelle pour approvisionner les Israélien·nes, y compris celles et ceux qui vivent dans les colonies illégales, à des fins domestiques, agricoles et industrielles.

L’eau représente plus de la moitié des dépenses mensuelles de Jamal Amlihat, qui tire de maigres revenus de la vente de fromage, de lait de brebis et de viande de mouton. Elle sert à subvenir aux besoins essentiels de sa famille mais aussi à ceux de son troupeau qu’il peine à nourrir. 

« Les colons nous empêchent d’accéder à nos pâturages. Je préfère ne pas prendre le risque d’être frappé ou tué mais cela nécessite que j’achète de la nourriture pour mes bêtes. La vie est très dure mais grâce à Dieu, nous sommes vivants »,confie-t-il en s’arrêtant devant la bergerie, escorté par ses deux chiens de berger, pour donner du foin au bétail.

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Agressé plusieurs fois par des colons, le fils de Jamal Amlihat avait encore récemment le bras droit dans le plâtre (vallée du Jourdain, Cisjordanie, décembre 2023). © Photo Rachida El Azzouzi / Mediapart

Sa famille, autrefois nomade du désert, s’est sédentarisée il y a plusieurs décennies, sans qu’il ait le souvenir précis de la genèse, sinon que l’exode était dû aux guerres successives. Depuis les années 1980, elle vivote dans les replis de cette plaine désertique, aujourd’hui ciblée par les colons, aux côtés de quelque soixante-dix autres familles. Elles s’entassent dans la misère et la poussière sous des amas de tôles et derrière des bâches en plastique en guise de maisons. 

Ces derniers temps, Sigal Harari séjourne à leurs côtés en moyenne trois fois par semaine, rapporte quelques fruits, des pommes et des kakis, quelques crayons aux enfants pour qu’ils dessinent, évacuent par l’art la violence subie. Elle ne pensait pas son pays capable de tels « crimes ».Elle vit avec son mari et leurs quatre enfants dans un kibboutz près de Tel-Aviv, « une bulle » qui lui a permis pendant longtemps de fermer les yeux et de se boucher les oreilles.

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Les colons n’hésitent pas à détruire les maisons aux toits de tôle lors de leurs attaques (vallée du Jourdain, Cisjordanie, décembre 2023). © Photo Rachida El Azzouzi / Mediapart

« Comme beaucoup d’Israéliens, nous vivons dans un narratif où les Palestiniens sont tous des terroristes,déplore Sigal Harari. Nous sommes les bons, ils sont les méchants. On a grandi avec cela. Pour ouvrir les yeux, il faut le vouloir. Même moi, je ne l’ai pas voulu pendant des décennies alors que je suis de gauche, progressiste. La réalité n’est pas celle que l’on nous vend. » 

Autour d’elle, tout le monde n’a pas compris son engagement, à commencer par son mari. « Il a mis du temps à l’accepter mais contrairement à d’autres autour de nous, qui ont abandonné la lutte anti-occupation après les massacres du Hamas le 7 octobre, il n’a pas remis en cause mon combat. » Quant à leurs enfants, « ils ne veulent pas savoir. Ils [lui] disent que tout cela est bien trop violent ».

Rachida El Azzouzi

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Tombés encore plus bas : les Israéliens préconisent d’affamer la population de Gaza


Analyse:

Dahlia Scheindlin

Pour les extrémistes israéliens, rien n’est hors limites lorsqu’il s’agit de Gaza : lutte contre l’acheminement de l’aide humanitaire, rétablissement des colonies juives, décence humaine. Mais ce serait une erreur de les considérer comme un mouvement marginal

Right wing activists blocking aid trucks to Gaza at the Kerem Shalom border crossing on Sunday, January 28, 2024.

Des militants de droite bloquent les camions d’aide à Gaza au poste frontière de Kerem Shalom, le dimanche 28 janvier 2024. photo : Eliyahu HershkovitzDahlia Scheindlin

Jan 30, 2024 10:14 pm IST

C’est par un vendredi après-midi froid et humide en Israël que la présidente de la Cour internationale de justice, la juge Joan Donoghue, a lu ces mots, retransmis en direct par les médias israéliens : « Israël doit prendre des mesures immédiates et efficaces pour permettre la fourniture des services de base et de l’aide humanitaire dont les Palestiniens de la bande de Gaza ont un besoin urgent, afin de remédier aux conditions de vie difficiles auxquelles ils sont confrontés.

Mais quelle que soit la morosité qui règne en Israël, la situation est pire à Gaza.

La température est la même à Gaza qu’à Tel Aviv, mais le froid n’est pas le même. Ici, nous avons des chauffages et de l’électricité ; là-bas, des gens comme moi vivent dans des tentes plantées sur la boue. Ici, nous avons de l’eau et de la nourriture, des toilettes et du papier hygiénique. Ils sont exposés au risque de choléra, une maladie dangereuse qui se propage par les matières fécales. À Gaza, les gens comme moi n’ont pas accès aux médicaments habituels, aux soins de santé, ni à la nourriture : Au moins la moitié des habitants de Gaza risquent de mourir de faim, et la plupart sautent des repas tous les jours. Lorsque les gens insistent sur le fait qu’Israël doit simplement continuer à pilonner Gaza, j’ai envie de leur demander quand ils se sont fait amputer un bras sans anesthésie pour la dernière fois.

La catastrophe humanitaire de près de 2 millions de Palestiniens déplacés était au cœur de la décision de la CIJ, a écrit le juriste Aeyal Gross. Pourtant, de nombreux Israéliens sont furieux de l’ordre donné à Israël de fournir une aide humanitaire aux civils de Gaza (même si Israël est soulagé que la Cour internationale n’ait pas ordonné un cessez-le-feu). Selon les sondages de l’Institut Agam, près de 60 % des Juifs israéliens s’opposent à l’aide humanitaire – un chiffre stable dans le temps.

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Camions transportant de l’aide humanitaire à destination de Gaza arrivent du côté israélien du poste frontière de Kerem Shalom au début du mois. Photo : Jack Guez/AFP

Permettez-moi de délaisser les artifices de l’analyse : s’opposer à l’approvisionnement en eau, en médicaments et en fournitures des populations les plus misérables de la planète semble grotesque, un comble pour Israël ou pour n’importe qui d’autre. Pourquoi le faire ?

Une logique tortueuse

La semaine dernière, avant même la décision de la plus haute juridiction des Nations unies, un groupe d’Israéliens s’est rassemblé à Kerem Shalom, le point de passage sud entre Israël et Gaza, pour bloquer en personne les camions transportant l’aide humanitaire limitée qu’Israël autorise à passer.

  • Ne posez pas de questions aux Israéliens sur les victimes palestiniennes à Gaza.
  • Le monde veut-il vraiment résoudre le conflit israélo-palestinien ? Il faut l’espérer
  • Les Israéliens ne comprennent pas comment ils peuvent être accusés de génocide

Ils ont bloqué le point de passage pendant plusieurs jours ; vendredi, le groupe israélien de défense des droits de l’homme Gisha a indiqué que seuls neuf camions avaient pu passer, tandis que plus d’une centaine avaient été retardés et réacheminés par le point de passage égyptien de Rafah. Enfin, cette semaine, les forces de défense israéliennes ont déclaré la région zone militaire fermée, bloquant les manifestants et laissant passer l’aide. « Pas d’aide aux meurtriers », a écrit le groupe, qui se fait appeler Tzav9 (du nom des appels d’urgence de l’armée israélienne). « Nous ne nous arrêterons pas tant que le dernier otage ne sera pas revenu. Cette semaine, ils ont bloqué l’aide au point de passage de Nitzana.

Tzav 9 prétend représenter un échantillon représentatif de la société israélienne, en particulier les familles des otages, mais les vidéos des manifestations ont montré que nombre d’entre eux étaient habillés comme les activistes religieux d’extrême droite. Il y a donc deux sous-catégories : la partie qui représente les membres des familles des otages pense qu’affamer toute la population de Gaza est le moyen le plus efficace d’obtenir la libération des captifs. La seconde des idéologues d’extrême droite a un autre objectif : faire passer tous les civils de Gaza pour des membres du Hamas, les transformant en cibles légitimes.

Mais il n’y a pas de distinction nette entre ce que pensent les uns et les autres. C’est le gouvernement Netanyahou qui a commencé par couper les vivres à tous les civils au début de la guerre pour faire pression sur le Hamas, dont on connaît le profond et constant souci pour le bien-être de son peuple. Les livraisons ont été interrompues presque hermétiquement jusqu’à la mi-novembre, lorsqu’Israël a commencé à autoriser un peu de carburant pour alimenter les usines de traitement des eaux usées et de dessalement de l’eau – dans l’intérêt même d’Israël, a déclaré le Premier ministre. Puis vint l’accord sur le cessez-le-feu et la libération des otages, au cours duquel Israël a autorisé de l’aide humanitaire en plus grande quantité mais qui était loin d’être suffisante.

Beaucoup en Israël ont conclu (et le gouvernement confirme) que l’énorme pression humanitaire et les bombardements physiques de cette première phase ont « ramolli » la cible, créant ainsi les conditions de l’accord.

Dans la sphère publique, l’ancien chef du Conseil national de sécurité, Giora Eiland, est devenu un défenseur acharné de la création d’une catastrophe humanitaire à Gaza. Il a présenté cet argument dans le journal Globes le 8 octobre, et l’a encore développé et repris dans les studios de télévision et de radio. Il a affirmé qu’une catastrophe humanitaire – y compris des épidémies – n’était pas un problème, dans une article publié dans le journal Yedioth Ahronoth en novembre. Un groupe de responsables de la santé publique, inquiets, a écrit une lettre ouverte pour demander à Israël de ne pas s’engager dans cette voie, qui serait désastreuse sur le plan régional et moral.

Bien entendu, Eiland n’est pas le seul à considérer tous les habitants de Gaza comme des cibles légitimes. L’Afrique du Sud a réussi à rassembler de nombreuses citations de ministres et de législateurs israéliens dans ce sens pour son procès devant la Cour mondiale, laissant les Israéliens insister, penauds, sur le fait qu’il s’agissait de paroles en l’air prononcées par des fanfarons sans importance.

ISRAEL-PALESTINIANS/KEREM SHALOM-PROTEST

Un manifestant portant un obus et un T-shirt sur lequel on peut lire « Seule la colonisation apportera la sécurité », lors d’une manifestation au point de passage de Kerem Shalom, dimanche.

Mais certains coupables savent précisément pourquoi c’est une erreur.

En 2009, un ministre du gouvernement Olmert a été chargé de coordonner les besoins humanitaires de Gaza pendant ce que nous considérions alors comme la mère de tous les bombardements : l’opération « Plomb durci ». Le ministre a rencontré les chefs des délégations de l’ONU et a tenu des propos convaincants pour soutenir les besoins civils des habitants de Gaza. Pourtant, à la fin de l’opération, Gaza était en ruines et une commission nommée par l’ONU a enquêté sur les crimes de guerre commis par les deux parties.

Le ministre, qui a une formation juridique, a déploré que le rapport Goldstone ait trouvé des preuves de crimes de guerre à cause de déclarations incendiaires de politiciens : « Le rapport a établi que le gouvernement d’Israël avait sciemment entrepris de détruire Gaza (…) sur la base de déclarations de dirigeants israéliens qui ne comprennent pas que leurs bavardages ont de graves conséquences. Il s’agit de personnes qui ont des titres respectables mais qui n’ont aucune influence sur les [décisions] de combat. Il s’agit d’une culture de la langue de bois qui n’a aucun sens. Nous devons comprendre que tout ce qui est dit peut en fin de compte nuire aux intérêts d’Israël ».

On peut donc se demander à quoi pensait Isaac Herzog lorsqu’en tant que président de l’État – et non simple ministre du bien-être, comme en 2009 – il a déclaré devant une salle remplie de journalistes étrangers que « c’est toute une nation qui est responsable ». Cette rhétorique des « civils inconscients et non impliqués » n’est pas vraie. Aujourd’hui, il affirme que la Cour mondiale a déformé ses propos, mais l’arrêt dit simplement : « Le 12 octobre 2023, M. Isaac Herzog, président d’Israël, a déclaré, en se référant à Gaza » – et cite l’intégralité du long paragraphe, mot pour mot.

La situation empire

Et pourtant, ce sont les voix les moins dangereuses de la société israélienne qui s’opposent à l’aide humanitaire. Les plus dangereuses représentent ce qui était autrefois une frange idéologique, qui se trouve aujourd’hui au cœur du pouvoir. Cette idéologie s’est manifestée de manière hystérique lors de la conférence de dimanche, prônant la prise de contrôle définitive de Gaza par Israël et la reconstruction des colonies juives qui s’y trouvent. Les orateurs n’ont pas moins plaidé pour l’expansion ou la reconstruction des colonies de Cisjordanie.

Le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, s’exprimant lors de la conférence « recoloniser Gaza », dimanche. Son parti, Otzma Yehudit, obtiendrait huit à neuf sièges à la prochaine Knesset, selon des sondages récents. Photo : Ronen Zvulun/Reuters

La salle était bondée d’hommes aux papillotes flottantes et aux couvre-chefs exagérément immenses – une démonstration ostentatoire d’un judaïsme matérialiste, cultuel et triomphaliste qui viole toutes les valeurs que je chéris. Les orateurs ont hurlé au rétablissement du Gush Katif, à la victoire sur les ennemis, à la destruction d’Amalek – et à la « destruction des ennemis de Dieu ». Ils parlaient peut-être des Palestiniens, mais peut-être que la prochaine fois, ils adopteront l’idéologie takfiri et s’en prendront à d’autres Juifs.

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En attendant, comment réaliser ces plans de colonisation de Gaza ? Des participants enthousiastes brandissaient des banderoles avec la réponse : « Seul le transfert apportera la paix ! « Seul le transfert apportera la paix ! » « Trence-fer » signifie « expulsion » en hébreu. Itamar Ben-Gvir, l’un des orateurs les plus appréciés de la conférence et l’un des principaux ministres du gouvernement actuel, a obtenu dernièrement huit, voire neuf sièges dans les sondages – une progression constante par rapport aux six ou sept sièges qu’il obtenait il y a quelques mois (depuis les dernières élections de novembre 2022, son parti, ainsi que le Sionisme religieux, avaient perdu un grand nombre de leurs 14 sièges à la Knesset dans la plupart des sondages). Aujourd’hui, il est en pleine ascension, et il lui reste beaucoup de temps pour continuer à grimper avant les prochaines élections.

L’excuse de la « frange insignifiante » est morte. En Israël, ce qui paraît insensé un instant devient une politique officielle le lendemain. À partir du milieu des années 2010, le mouvement « souverainiste » – un groupe d’extrême droite et de colons prônant l’annexion par Israël des territoires occupés dans un magazine sur papier glacé, des conférences et des soutiens politiques de haut niveau – a précédé les grandes politiques annexionnistes de l’ère Nétanyahou qui a suivi. Le plan d’élimination du pouvoir judiciaire publié par le Sionisme religieux deux semaines avant les élections de novembre 2022 était un avant-goût du plan dirigé par le Likoud en janvier 2023 – après une décennie d’incitation à l’élimination du pouvoir judiciaire. Un grand nombre de personnalités du Likoud ont participé avec enthousiasme à la conférence sur la « recolonisation de Gaza ».

C’est le cas des législateurs du Likoud Boaz Bismuth, Moshe Saada, Amichai Chikli (ministre dans le gouvernement actuel) et Dan Illouz (anciennement du Kohelet Policy Forum pendant une décennie, et avant cela, un homme d’Im Tirtzu). La semaine dernière, ces quatre personnes ont envoyé une lettre à M. Netanyahou et au ministre de la défense Yoav Gallant, exigeant l’arrêt immédiat de toute aide humanitaire à Gaza dans le cadre des accords actuels. Leur raisonnement : l’aide est distribuée par l’intermédiaire de l’agence pour les réfugiés UNRWA, qu’ils considèrent comme synonyme du Hamas.

Vous ne trouverez aucune différence entre Smotrich et le Plan décisif pour le Hamas des membres du Likoud ; seulement des cartes détaillées et des flèches expliquant comment Israël va regrouper plus de 2 millions de Palestiniens dans des zones exiguës de la bande de Gaza.

Le dossier israélien accusant les employés de l’UNRWA d’avoir participé aux attaques du 7 octobre est à la fois dépravé s’il est vrai, et exploité de manière déraisonnable pour défendre la destruction de l’UNRWA et l’aggravation du supplice collectif des habitants de Gaza. Selon eux, la distribution de l’aide renforce le Hamas. Cela nous ramène à la conférence « recoloniser Gaza », car ce qu’ils proposent pour la distribution de l’aide jette les bases de la réoccupation de Gaza.

Les quatre membres du Likoud font part de leurs réserves générales quant à l’entrée de l’aide, mais s’il doit y en avoir une, ils soutiennent le transit par les zones contrôlées par Israël,  » proposé dans notre plan décisif contre le Hamas ». Il s’agit d’une brochure PDF courte et élégante qu’ils ont publiée sur leurs réseaux sociaux à la mi-janvier ; c’est un bref manifeste pour la prise de contrôle militaire complète de Gaza par Israël.

Le terme « Plan décisif » pourrait vous rappeler quelque chose. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, du sionisme religieux, a publié son propre « Plan décisif » en 2017 – un discours visant l’annexion par Israël de toute la Cisjordanie. Les Palestiniens pouvaient rester et se soumettre, partir ou être tués. Il n’y avait pas grand-chose à propos de Gaza dans le plan de l’époque ; ces jours-ci, Smotrich propose d’annexer la totalité de la Cisjordanie.

ISRAEL-PALESTINIANS/SETTLERS

Participants à la conférence de dimanche à Jérusalem appelant Israël à réinstaller les habitants de la bande de Gaza. Photo: Ronen Zvulun/Reuters

Vous ne trouverez aucune différence entre Smotrich et le Plan décisif pour le Hamas des membres du Likoud ; seulement des cartes détaillées et des flèches expliquant comment Israël va regrouper plus de 2 millions de Palestiniens dans des segments étriqués de la bande de Gaza. Les couloirs entre ces zones seront surveillés par l’armée et personne ne sera autorisé à les traverser. La ville de Gaza ne sera pas reconstruite, mais « purifiée des nids de résistance », tandis qu’Israël contrôlera tout le nord, les couloirs et le périmètre à perpétuité. Deux minuscules sous-bandes au nom insupportable de « zones de désescalade » serviront de sites de distribution d’aide, comme des mangeoires. Pour tous ceux qui ne souhaitent pas vivre comme un « animal humain », les Israéliens débattent depuis des mois des options et des incitations au « départ volontaire ».


Il n’y a pas d’échappatoire, pas de défense « juste des franges sauvages ». En temps de guerre, c’est ce que nous sommes. Israël doit mettre fin à l’assaut fou contre l’aide humanitaire maintenant, et réhabiliter son âme lorsque tout cela sera terminé.

Source

Traduction par DEEPL relue par Annie Goossens

Mourir de soif


Khuloud Rabah Sulaiman and Salma Yaseen The Electronic Intifada 29 January 2024

Des Palestiniens remplissent leurs jerrycans d’eau à partir d’un point de collecte d’eau public en octobre. (Naaman Omar / APA Images)

Il est pratiquement impossible de trouver de l’eau potable à Gaza.

Aref Abed, 60 ans, vit dans le quartier al-Yarmouk de la ville de Gaza. Habituellement, Abed remplit son baril de 1 500 litres avec de l’eau dessalée provenant d’un camion de dessalement.

Mais ce n’est plus possible.

Les usines de dessalement sont entièrement fermées ou fonctionnent à une capacité extrêmement limitée en raison du manque d’électricité et de carburant. Israël a également détruit une grande partie des infrastructures d’assainissement et d’approvisionnement en eau de Gaza ou a délibérément interrompu l’acheminement de l’eau.

Les options d’Abed pour obtenir de l’eau potable étant inexistantes, il s’est rendu à un puits situé à proximité. Abed savait que ces puits ne fournissent pas d’eau potable et qu’ils sont plutôt utilisés pour l’irrigation ou d’autres besoins en eau, mais il était désespéré.

Lorsqu’il est arrivé au puits, il avait tellement soif qu’il a bu sans réfléchir.

Il savait que l’eau était sale à son goût. Puis, lorsqu’il s’est lavé les mains, il a vu qu’elles étaient couvertes de sédiments.

« J’ai vu que l’eau n’était pas pure et qu’elle était sale », a-t-il déclaré. « Je pense qu’elle n’a pas été traitée à partir d’eaux usées et qu’elle ne convient pas pour se laver, se nettoyer ou même se baigner.

Il a vomi à cause de l’eau. Il a vomi à cause de l’eau, mais il s’est quand même forcé à continuer à boire.

Puis, à la mi-janvier, Abed s’est rendu à l’hôpital parce qu’il avait une forte fièvre et une diarrhée constante. Il était gravement déshydraté.

Les médecins ont diagnostiqué une typhoïde, une infection bactérienne potentiellement mortelle. En l’absence de traitement, il pourrait souffrir d’une insuffisance rénale.

L’eau potable coûte cher

La grande majorité des Palestiniens de Gaza n’ont pas d’accès adéquat à l’eau potable.

Abed a reçu des antibiotiques pour traiter sa typhoïde, mais comme il buvait continuellement de l’eau contaminée, son état ne s’améliorait pas.

« Mon frère achète toujours de l’eau en bouteille pour moi, juste pour que je puisse guérir et pour qu’il évite la maladie », a-t-il déclaré.

Pourtant, les frères peuvent à peine se permettre d’acheter de l’eau en bouteille. Une petite bouteille d’eau, d’une valeur d’environ 500 millilitres, coûte aujourd’hui près de 3 dollars, soit dix fois plus qu’avant le mois d’octobre.

« L’eau en bouteille n’est pas toujours disponible dans la ville, et si elle existe, est-elle suffisante ? Comment vais-je sauver ma vie s’il n’y a pas d’eau potable dans la ville ?

Comment puis-je fournir de l’eau alors que même l’UNRWA ne le peut pas ?

La plupart des quelque 2 millions de personnes qui ont été déplacées à Gaza se trouvent maintenant dans le sud. Le manque d’eau potable y est particulièrement aigu.

Kanz Sulaiman, 7 ans, est réfugié dans une école de l’UNRWA dans la ville de Khan Younis, au sud de la bande de Gaza. Sa famille a été déplacée de la ville de Gaza il y a deux mois.

Kanz recevait de ses parents de l’eau en bouteille, mais lorsque celle-ci n’était pas disponible, elle buvait au robinet de l’école de l’UNRWA.

« J’avais soif à en mourir », dit-elle. « Chaque fois que je ne trouvais pas [d’eau] dans nos gallons, je buvais [au robinet].

Au début du mois, Kanz a eu de la fièvre, a vomi et a eu une diarrhée sévère pendant plusieurs jours. Au centre de santé de l’école, on lui a diagnostiqué un catarrhe intestinal.

Le médecin a conseillé à son père d’essayer de lui fournir de l’eau potable, car le robinet de l’école est pollué. Il a ajouté que l’ingestion de l’eau pouvait entraîner des complications plus graves, comme le choléra ou la typhoïde.

Hamza Sulaiman, le père de Kanz, a déclaré qu’il avait demandé au médecin : « Comment puis-je lui fournir de l’eau propre si [l’UNRWA] n’est pas en mesure de nous en fournir à l’école ?

Le médecin n’a pas répondu. Il a demandé à Hamza de se rendre à la clinique principale de l’UNRWA à Khan Younis pour obtenir des médicaments puisque l’école n’en avait plus. Malheureusement, la clinique principale – ainsi que les sept pharmacies dans lesquelles Hamza s’est rendu – était également à court de médicaments.

En l’espace d’une semaine, toute la famille, y compris Yazan, le fils de Hamza âgé de 11 ans, était malade.

Heureusement, un proche avait les médicaments nécessaires et Kanz s’est rétabli après une semaine de maladie.

« J’ai été reconnaissant à mon parent qui a sauvé la vie de ma fille en nous donnant le médicament », a déclaré Hamza. « J’avais peur de la perdre car je ne pouvais rien faire pour elle.

Pourtant, l’accès à l’eau potable est un combat quotidien. Hamza remplit leurs bidons d’eau à l’UNRWA, lorsque l’eau est disponible, mais ce n’est souvent pas le cas.

« L’eau dessalée n’est pas propre à 100 % comme avant la guerre », explique-t-il. « Son goût est un peu salé. Je pense qu’elle est à moitié dessalée à cause du manque de carburant ».

Se tourner vers l’eau de mer

Fadia Waleed et ses cinq enfants se sont tournés vers la mer pour s’approvisionner en eau, même s’ils savent qu’elle est polluée par les eaux usées.

Elle lave la vaisselle et les vêtements avec de l’eau de mer, et ses enfants se baignent dans l’océan. Ils n’ont pas d’autre solution, car l’école de l’UNRWA où ils sont hébergés ne fournit plus d’eau au robinet.

Ce mois-ci, Yaseen, le fils de Fadia, est tombé malade, avec de la fièvre et des douleurs abdominales. Ils sont allés à l’hôpital et on lui a diagnostiqué une hépatite A. Il a pris des médicaments pendant deux semaines.

Il a pris des médicaments pendant deux semaines et son état s’est progressivement amélioré.

« Pendant ces 14 jours, j’ai eu peur de le perdre », a déclaré Fadia. « Je suis restée éveillée toute la nuit pour surveiller son état de santé.

« J’ai emprunté de l’eau en bouteille à mes voisins de l’école. Cette eau propre a contribué à lui sauver la vie.

Après la maladie de Yaseen, la famille a cessé d’utiliser l’eau de mer pour les tâches quotidiennes, mais elle n’a toujours pas d’accès régulier à l’eau.

« S’ils boivent de l’eau de mer, ils mourront, et s’ils ont soif sans eau propre, ils mourront aussi. Alors quelle est la solution ? »

Khuloud Rabah Sulaiman est un journaliste vivant à Gaza.

Salma Yaseen est étudiante en littérature anglaise à l’université islamique de Gaza.

Source

Traduction par DEEPL relue par Annie Goossens

Une grande conférence israélienne à Jérusalem prévoit l’installation de squatters dans la bande de Gaza une fois que le nettoyage ethnique sera terminé


JUAN COLE 01/30/2024

Ann Arbor (Informed Comment) – Le journal israélien Arab 48 rapporte que dimanche soir, 12 membres du cabinet israélien et 15 membres du Parlement (la Knesset) ont assisté à une conférence à Jérusalem sur la recolonisation de la bande de Gaza par les colons israéliens. Ils ont été accueillis par des cris de « Expulsez les Palestiniens et colonisez la terre en long et en large ».

Les participants et les intervenants n’ont manifestement pas été impressionnés par l’injonction préliminaire prononcée vendredi dernier par la Cour internationale de justice à l’encontre d’Israël, lui demandant de mettre fin à ses actes et à ses politiques génocidaires.

La conférence a été organisée par des organisations de squatters afin de promouvoir l’implantation de colonies sur les terres palestiniennes de Gaza après la fin de la guerre actuelle, qui a tué plus de 26 000 personnes et endommagé ou détruit la plupart des bâtiments et habitations de Gaza.

La conférence a été inaugurée par le chef du conseil régional des colonies de Shomron, Yossi Dagan. Il a déclaré : « Les accords d’Oslo sont morts. Nous retournons dans le Gush Katif ».

Entre 1967 et 2005, des squatters israéliens ont établi 17 colonies dans le sud de la bande de Gaza, près de Khan Younis et de Rafah, appelées Gush Katif. L’armée israélienne a ramené les squatters en Israël en 2005 parce qu’elle ne pouvait pas les protéger sur place.

Les milliers de personnes qui sont venues ici ce soir, dont 12 ministres du gouvernement (du Likoud et du parti sioniste religieux) et plus de 15 membres de la Knesset, sont venues commémorer un événement important dans le processus de réforme globale de l’État israélien », a poursuivi M. Dagan.

« Nous avons lutté ensemble, a-t-il dit, pendant 16 ans pour réparer la honte de la rupture des liens, du déplacement et de la déportation des colonies. Il faisait référence au retrait de 2005 sous le Premier ministre de droite Ariel Sharon. À l’époque, M. Sharon avait également retiré quatre colonies du nord de la Cisjordanie palestinienne.

Le ministre de la défense, Yoav Gallant, a rejeté l’idée de renvoyer les squatters israéliens dans la bande de Gaza après la guerre.

Aljazeera English Video : Conférence « Retour à Gaza » : Les ministres du gouvernement disent qu’Israël devrait construire à Gaza »

https://youtu.be/y12mQrhrcEg?si=QB-xrtBE0r-ylMev

Les participants ont brandi une pancarte portant le slogan « Seul le transfert apportera la paix ». Le « transfert » signifie le nettoyage ethnique des Palestiniens.

Les ministres et les membres du Parlement ont signé une déclaration intitulée « Pacte pour aider et renouveler les colonies dans la bande de Gaza et le nord de la Samarie » en réponse à l’attaque du Hamas du 7 octobre, estimant que cette mesure apportera la sécurité à la puissance occupante.

Le plan présenté lors de la conférence prévoit la création de noyaux de colonies dans la bande de Gaza, appelés « yeshi », un acronyme hébreu pour « Tribus unies d’Israël ». Un noyau serait établi à la périphérie de Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, en plus d’un autre, « Maoz », sur la rive sud. Un troisième serait établi à Khan Younis. À Rafah, dans le sud, il y aurait une colonie de squatters pour les juifs ultra-orthodoxes (Haredim).

Les organisateurs ont distribué des rubans orange aux participants en souvenir des colonies du Gush Katif.

Le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, est ensuite entré en scène. Il a commencé sa carrière dans le groupe terroriste kahaniste Kach. Les participants, en le voyant, ont commencé à crier « transfert, transfert ». Il a répondu : « Ils ont raison. Ils [les Palestiniens] doivent être encouragés à partir volontairement. » C’est alors que des membres des forces de sécurité ont commencé à arracher les affiches appelant à l’expulsion des Palestiniens.

(L’utilisation par Ben-Gvir du terme « volontaire » pour l’expulsion des Palestiniens était bien sûr malhonnête, et visait à se protéger de l’accusation d’incitation raciste ou même de promotion du génocide, étant donné que la Cour internationale de justice venait de demander au procureur général israélien de prendre des mesures contre les personnalités politiques prônant des politiques génocidaires).

Ben-Gvir a déclaré : « Le retrait amène la guerre. Nous avons besoin de retourner chez nous, de contrôler la terre, de trouver une solution pour encourager l’émigration et de promulguer une loi punissant le terrorisme de la peine de mort ».

Parmi les autres participants à la conférence figuraient le ministre des finances, Bezalel Smotrich, le ministre des communications, Shlomo Karhi, le ministre de la construction et du logement, Yitzchak Goldknopf, le ministre du tourisme, Haïm Katz, et l’ancien ministre de l’égalité sociale, Amichai Chikli, qui avait récemment présenté sa démission. Le ministre du pouvoir juif pour le Néguev et la Galilée, Yitzhak Wasserlauf, était également présent, ainsi que plusieurs autres ministres de la cabine. Ils sont issus du parti d’extrême droite, le Likoud, ainsi que du sionisme religieux et d’autres petits partis.

Bezalel Smotrich a déclaré : « Le peuple israélien se trouve à un carrefour important et fatidique. Nous devons décider si nous allons fuir le terrorisme une fois de plus et permettre à un nœud de tueries de se développer une fois de plus derrière une clôture ? Ou tirerons-nous la leçon en nous installant sur toute la longueur et la largeur de notre pays, en le dominant, en combattant le terrorisme et, avec l’aide de Dieu, en apportant la sécurité à l’ensemble de la terre d’Israël ?

Il a rappelé qu’il avait été battu en classe de quatrième pour s’être opposé aux accords de paix « stupides et scandaleux » d’Oslo en 1993 et qu’il avait payé le prix de sa liberté personnelle pour avoir protesté contre le démantèlement du Gush Katif en 2005.

Le ministre du tourisme, M. Katz, a déclaré qu’il était le fils de survivants de l’Holocauste qui ont choisi de venir en Israël et de construire la terre plutôt que d’aller au Canada. Il a indiqué qu’il faisait partie d’un « groupe rebelle » qui s’opposait au démantèlement des colonies de Gaza en 2005. Il a ajouté que les Israéliens avaient aujourd’hui, 18 ans plus tard, l’occasion de réparer cette erreur.

M. Goldknopf, ministre de la construction et du logement, a accusé le retrait de Gaza et la fin des colonies d’être à l’origine des effusions de sang contre les Israéliens.

Ces expansionnistes du Grand Israël, qui auraient été mis au ban de la politique israélienne il y a seulement quelques années, sont aujourd’hui des membres éminents du gouvernement. Tout leur discours ignore ce que les Israéliens ont fait à la population de Gaza depuis 1967. Gaza a été soumise à un siège économique illégal, empêchée de cultiver une grande partie de ses terres et de pêcher, avec 10 % d’enfants souffrant de malnutrition et un taux de chômage de 54 %. 70 % de la population est constituée de familles expulsées du sud d’Israël par des bandes sionistes, qui se sont ensuite installées dans leurs maisons et ont cultivé leurs terres. 40 % vivent encore dans des camps de réfugiés. Ils sont illégalement empêchés de rentrer chez eux.

S’imaginer que ces politiques à l’égard des Palestiniens, plus l’arrivée en masse pour le vol de terres et l’installation de colonies de squatters israéliens – s’imaginer que tout cela augmenterait la paix et la sécurité pour les Israéliens est une idée vraiment insensée.

Source

Auteur

Juan Cole est le fondateur et le rédacteur en chef d’Informed Comment. Il est professeur d’histoire Richard P. Mitchell à l’université du Michigan. Il est l’auteur de nombreux autres ouvrages, Muhammad: Prophet of Peace amid the Clash of Empires and The Rubaiyat of Omar Khayyam. Follow him on Twitter at @jricole or the Informed Comment Facebook Page

Ils ont osé


“Blasphème ! Menteur ! Comment ose-t-il ? Antisémite ! C’est indigne !“

C’est sans doute le genre d’invective qui attend le texte qui suit.

Les tenants de l’idéologie sioniste et la droite “bien-pensante“ occidentale ne manqueront pas d’appeler à la condamnation — certains même, je n’en doute pas, au  lynchage — pour avoir osé ce parallèle entre les ghettos de Varsovie et Gaza.

Et pourtant, à travers le temps, au-delà des différences “techniques“ ou de la densité humaine, de nombreux aspects factuels font apparaître des similitudes effrayantes.

Alors où est le scandale ? Où est l’ignominie?

POLOGNE – JANVIER 01 1944: Six bataillons SS entrent dans le ghetto de Varsovie pour le détruire. L’ordre a été donné par HIMMLER au général SS Jurgen STROOP. La défense juive s’effectue pratiquement sans armes et ne sert à rien face aux SS. Au premier plan, des habitants du ghetto poursuivis par des soldats allemands. (Photo par Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)

Ils ont osé !

Tout semblait calme pourtant.

Ça faisait presque vingt ans, qu’on les surveillait derrière leurs grilles.

Il y avait bien parfois de petites manifestations et nos vaillants snippers devaient alors abattre les gamins qui s’approchaient d’un peu trop près… Mais sinon, tout était tranquille.

Et puis, de quoi pouvaient-ils se plaindre ?

Ils avaient le soleil et la mer… ils pouvaient même y faire trempette.

Bien sûr, nos canonnières les empêchaient d’aller pêcher au large et coulaient parfois leurs barques, mais ils étaient certainement mieux lotis que les Polonais de la rue Twarda qui n’avaient qu’un haut mur pour horizon.

Aucune raison de protester, donc !

Certains disent que Gaza est surpeuplé, que ces Arabes sont encaqués dans leur bande de terre, que c’est une “prison à ciel ouvert“.

C’est vrai qu’ils sont 6.000 par km2, presqu’autant que les Chinois de Hong Kong… mais ceux du ghetto de Varsovie étaient 450 000 à vivre sur 3 km2 !

C’était autrement terrible, non ?

En plus, là-bas, ils étaient obligés de porter un brassard blanc avec l’étoile de David

Absolument rien de comparable avec Gaza !

Jeudi 12 octobre 2023: Des Palestiniens cherchent des corps et des survivants dans les décombres d’un immeuble résidentiel rasé par une frappe aérienne israélienne, dans le camp de réfugiés d’Al Shati.Fatima Shbair/AP

Ces Polonais avaient de vraies raisons de se plaindre alors qu’ici, les Arabes disposaient d’un bel espace pour vivre leur petite vie… En plus on en laissait quelques milliers venir chaque jour ramasser nos poubelles, cueillir nos tomates ou maçonner notre mur de protection.

L’horrible attaque du 7 octobre 2023 était donc totalement injustifiable !

Pour faciliter le travail de nos chars Merkava Mark 4 nous dû dégager le terrain en rasant Gaza city et refouler un bon million de ces Palestiniens vers le sud.

Pareil qu’à Varsovie ? Pas tout à fait.

Là-bas rien n’a été rasé mais on a mis la main sur leurs maisons et ce qu’il y avait dedans… et toute la population a été regroupée dans le quartier de Murnanow.

Un mur de 18 kms, surmonté de barbelés, avait aussi été érigé pour les empêcher de bouger.

Une passerelle a même été fabriquée au-dessus de la rue Chlodna pour aller du petit au grand ghetto.

Tout le monde voulait la photographier.

Ah ! Ces Polonais !

C’est vrai que ces sous-hommes étaient moins nombreux qu’ici, seulement un peu plus de 400.000.

Pourtant, ça n’a pas été facile de les obliger à déménager et il a fallu abattre ceux qui se rebellaient.

Faut dire qu’à cette époque l’armée était moins bien équipée, question missiles et tanks.

Mais on y est arrivé et la paix s’est installée pour un bon bout de temps.

Bizarre ce bégaiement de l’Histoire, non ?

A Gaza, depuis seize ans nous décidons de ce qui entre et sort et éliminons ceux qui ne respectent pas nos ordres, comme le 11 janvier dernier dans la rue Al-Rashid quand nous avons neutralisé quelques dizaines de ces soit-disant civils qui attendaient de recevoir l’aide dite humanitaire.

Pour ce qui est du contrôle de la bouffe, des médicaments, de l’eau, de l’électricité ou de l’essence, on a fait pareil qu’à Varsovie et respecté l’ordre de Yaov Galant, notre ministre de la défense “Pas d’électricité, pas de nourriture, pas d’eau, pas de carburant. Tout est fermé ! Nous combattons les animaux humains et nous agissons en conséquence !« 

Grâce à notre blocus, les maladies infectieuses se sont aussi allègrement propagées, surtout chez les enfants. L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) dit que plus de 150.000 gosses Palestiniens sont contaminés.

A Varsovie aussi, le blocus a permis d’éliminer plusieurs dizaines de milliers de ces “untermenschen“ en les affamant et en facilitant la propagation du typhus et de la tuberculose.

Ainsi, plus de 60.000 Juifs mourront de faim ou de maladie et chaque jour les charrettes ramasseront jusqu’à 200 cadavres jonchant les trottoirs.

Quand on vous dit que l’Histoire bégaie !

Côté communication, il y a évidemment de sacrées différences entre aujourd’hui et les années 40.

Pendant la seconde guerre mondiale il n’y avait pas, par exemple, beaucoup de journalistes en Pologne, pas d’internet, pas de smartphones… Pas tous ces moyens d’informer qu’on a maintenant.

Pendant des années, personne n’a été dérangé ou critiqué et on a pratiquement dû attendre la fin de la guerre pour avoir des informations sur ce qui s’était passé.

Ici, pour avoir la paix et éviter les témoignages, nous avons interdit l’entrée du territoire à tous les journalistes ou observateurs étrangers… même ceux que l’ONU voulait envoyer.

Nous avons aussi abattu les reporters et cameramen — une bonne centaine ! — qui vivaient sur place et contredisaient notre parole… Sans que leurs confrères occidentaux, toujours complaisants avec nous, ne protestent.

Ça nous a permis de répandre nos “fake news“, comme on dit, comme quoi, il y aurait eu un pogrom le 7 octobre, que des dizaines de bébés auraient été décapités, que des tas de femmes avaient été violées, qu’une rescapée d’Auschwitz avait été assassinée…etc.

A partir de ce jour, les médias occidentaux ont docilement relayé notre “point de vue“ et continuent d’ailleurs de le faire… faisant silence sur les révélations de la presse indépendante israélienne et les aveux de l’armée elle-même !

Mais comme un certain ministre de la propagande le disait il y a un peu plus de 80 ans “Plus le mensonge est gros, mieux il passe“.

Et puis, contre toute attente, ces Polaks ont osé se révolter !

Oh, ils n’étaient pas très nombreux, on parle de seulement deux à cinq cent hommes armés, des jeunes dont certains avaient moins de quinze ans.

Pareil pour leurs deux meneurs qui avaient un peu plus de vingt ans.

Et vous savez quoi ?

Ici comme à Gaza, ces terroristes avaient construit des tunnels !

Oh ! Pas aussi nombreux ni aussi sophistiqués que ceux des Palestiniens, mais quand même.

Ils les appelaient les “bunkers“ et il y en avait plusieurs dizaines dont un pouvait accueillir jusque 300 personnes !

Certains avaient même l’électricité et l’eau courante.

On y avait accumulé des armes et des vivres pour plusieurs mois… Comme à Gaza.

C’est de là qu’ils ont surgi pour attaquer les Allemands.

La Wehrmacht a évidemment réagi.

Elle avait bien le droit de se défendre, non ?

Ils n’avaient que des revolvers, de vieux fusils et quelques mitraillettes à opposer aux lance-flammes et aux mitrailleuses des 2.000 policiers et aux SS de la section d’assaut.

On croyait qu’ils ne tiendraient pas longtemps mais ces terroristes ont quand même résisté un mois. L’état-major a alors décidé de raser tout le ghetto.

Durant l’opération, 7 000 résidents ont été tués par balles et 6 000 brûlés vifs ou gazés dans le nettoyage des “bunkers“.

Ça fait bizarre de penser que, près d’un siècle plus tard, les milices palestiniennes sont aussi sorties de leurs tunnels pour attaquer les casernes israéliennes et les kibboutz… Non ?

A Varsovie, quelques rares terroristes ont pu s’échapper, dont Marek Edelman, leur dernier chef.

Ce mauvais Juif, antisioniste de surcroît, refusera ensuite de vivre en Israël et soutiendra la lutte des terroristes palestiniens… qu’il appellera “partisans“.

Il dira même “Chez moi, il n’y a de place ni pour un peuple élu, ni pour une terre promise. Quand on a voulu vivre au milieu de millions d’Arabes, on doit se mêler à eux, et laisser l’assimilation et le métissage faire leur œuvre

C’est Jürgen Stroop, le SS-Gruppenführer qui a été chargé de “brûler les habitations, quartiers par quartiers, maisons par maisons et de tuer ou déporter l’ensemble des habitants“.

Cinquante mille résidents périront… Les autres finiront dans les chambres à gaz de Treblinka.

Dans son rapport à Himmler, Stroop écrira “Le quartier juif de Varsovie n’existe plus !“

Ici aussi ils ont osé !

Et comme la Wehrmacht face aux terroristes , notre premier ministre l’a bien proclamé, nous avons le droit de nous défendre !

C’est Herzi Halevi, notre chef d’état-major qui a été chargé d’appliquer les ordres, d’imposer un blocus total et de raser la bande de Gaza.

Trois mois plus tard, le bilan est positif.

Fin janvier 2024, on constate que plus de vingt-six mille terroristes ont été éliminés, dont 70% de femmes et d’enfants !

Toutes les cultures ont été incendiées ou arrachées, les puits détruits ainsi que la grandes majorité des hôpitaux, écoles et maisons.

Bientôt Halevi pourra, lui aussi, dire à Bibi “Le ghetto de Gaza n’existe plus !“… Et sans doute ajouter “Au tour de la Cisjordanie, maintenant !“

Aujourd’hui, ils sont nombreux — salauds d’antisionistes ! — à vouloir nous traîner devant un tribunal pour, osent-t-ils dire, “crimes contre l’humanité“.

Heureusement, on n’est plus en 1945 et, surtout, nous ne sommes pas seuls…

Rudi Barnet

(30 janvier 2024)

Opinion |  C’est le courant dominant d’Israël qui nous a conduits à La Haye, et non ses franges lunatiques


Israeli President Isaac Herzog signs a munition near the Gaza Strip border.           Credit: Haim Tzach / GPO

Gideon Levy

Isaac Herzog, Yoav Gallant, Israel Katz : le président, le ministre de la défense et le ministre des affaires étrangères d’Israël. La présidente de la Cour internationale de justice de La Haye, Joan Donoghue, a choisi de les citer tous les trois comme preuves de soupçons d’incitation au génocide en Israël.

La juge n’a pas cité les franges de l’extrême droite, ni Itamar Ben-Gvir, ni Eyal Golan, ni les généraux à la retraite Giora Eiland (laisser les épidémies se propager à Gaza), ni Yair Golan, l’homme de paix et diagnosticien des processus (laisser Gaza mourir de faim).

La troisième des mesures provisoires émises par le tribunal vendredi, signée par l’ancien président de la Cour suprême israélienne Aharon Barak, juge ad hoc d’Israël dans cette affaire, ordonne à Israël de prendre toutes les mesures en son pouvoir pour empêcher et punir l’incitation directe et publique au génocide des Palestiniens de la bande de Gaza.

  • Même le président israélien ne sait pas quel est le plan d’Israël pour Gaza
  • L’aile droite d’Israël a effacé la Ligne verte et amplifié le discours du Hamas.
  • Un obus d’artillerie signé par le président israélien aurait pu toucher un enfant à Gaza.


Il semblerait qu’Israël doive maintenant enquêter, et éventuellement punir, son président et ses deux ministres les plus importants, et ils auraient dû être convoqués par la police dès dimanche matin. Israël ne le fera pas, bien sûr, mais il est impossible d’ignorer les soupçons soulevés par le tribunal concernant le cœur même d’Israël.


L’arrêt de la CIJ est un chef-d’œuvre de prudence et de modération. Il n’y a qu’en Israël, qui se trompe lui-même et nie jusqu’à la distraction, que l’on peut « pousser un soupir de soulagement » et même « faire la fête » dans son sillage. Un État qui fait l’objet d’un procès pour génocide devant le tribunal des Nations unies devrait avoir honte et ne rien célébrer.

Un État dont le président et les principaux ministres sont soupçonnés d’avoir incité au génocide devrait porter un sac, et non s’émerveiller de sa propre grande réussite imaginaire. Chaque Israélien aurait dû se tortiller sur son siège vendredi du simple fait du procès, et ressentir un profond sentiment de honte et d’humiliation en entendant les explications de la décision.

Un char israélien prend position à l’entrée ouest du camp de réfugiés de Khan Yunis, alors que les Palestiniens fuient avec quelques effets personnels vers des zones plus sûres plus au sud de la bande de Gaza, jeudi. Crédit AFP

l est un peu plus difficile d’accuser ce tribunal d’antisémitisme maintenant, après qu’il n’a pas ordonné à Israël d’arrêter la guerre. Cela n’a pas gêné la correspondante politique de Channel 13 News.

Moriah Asraf Wolberg, qui portait un collier avec un pendentif en forme d’Israël incluant la Cisjordanie, n’a pas cédé aux antisémites de La Haye ; elle a continué à réciter le mantra selon lequel le tribunal est hypocrite, le monde est hypocrite et Israël mène la guerre la plus juste et la plus morale au monde. Quiconque veut croire cela, même après l’ordre du tribunal de La Haye, est le bienvenu ; on peut croire à n’importe quelle fiction.


Une maison détruite par une frappe israélienne meurtrière en janvier 9. L’inscription est la suivante : « Enfants restés sous les décombres : « Enfants restés sous les décombres, Oman, Abdullah et Massa »  Crédit : Mohammed Salem / Reuters


Cependant, nous devons avant tout prêter attention à la sagesse de la Cour, qui s’est concentrée sur le courant principal d’Israël, et non sur ses franges. Herzog, ancien président du parti travailliste et homme d’État le plus fédérateur d’Israël, Gallant, dont le licenciement a été physiquement empêché par les protestations du centre-gauche, et Katz, qui, bien qu’il ait appelé samedi à poursuivre le chef de l’agence pour les réfugiés UNRWA ( !), est considéré comme relativement modéré.

Ils sont les principaux suspects dans l’incitation au génocide. L’incitation au génocide du peuple palestinien a peut-être été inventée par Meir Kahane, mais elle est déjà presque dans le domaine public.

Dans l’Israël de l’après-7 octobre, la réaction appropriée à la punition de Gaza est la suivante : « C’est toute une nation qui est responsable », selon les mots du président qui signe les obus ; « J’ai relâché toutes les contraintes. Nous combattons des animaux humains », a déclaré le ministre de la défense – lorsqu’il était à la tête du commandement sud de Tsahal, il aimait appeler à couper « la tête du serpent » – ou encore : « Ils ne recevront pas une goutte d’eau ni une seule pile », a menacé le 13 octobre le premier diplomate israélien, le ministre des affaires étrangères Katz, alors qu’il était ministre de l’énergie.

Les juges de La Haye ont parfaitement diagnostiqué ce que nous refusons d’admettre ici : le problème d’Israël, c’est son courant dominant, pas ses franges lunatiques. C’est le courant dominant qui nous a amenés à La Haye, c’est le courant dominant qui a incité au génocide, après qu’Israël se soit convaincu avec une facilité incroyable qu’après le 7 octobre, tout est permis. Heureusement, à La Haye, on semble penser différemment, très différemment.

Source (version originale)

Traduction Annie Goossens via Deepl

Opinion : Israël n’a plus rien à gagner de la guerre. Cessez d’envoyer nos enfants mourir à Gaza


Funérailles d’un des 21 soldats israéliens tués lors de l’incident meurtrier à Gaza, mardi. Credit : Naama Greenbaum
Uri Misgav

24 janvier 2024

Yair Netanyahou est retourné cette semaine à The Slate, le prestigieux complexe d’appartements où il vit à Miami. Il ne sera pas tué à Khan Yunis. Quand son père, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, déclare : « Nous poursuivons la guerre jusqu’à la victoire absolue », il veut dire que ce sont les enfants des autres qui la mènent.

Le fils du ministre des finances Bezalel Smotrich a atteint l’âge de 20 ans et n’a toujours pas jugé bon de s’engager ; il est dans une yeshiva. Quand son père déclare que « l’arrêt de la guerre est un geste dangereux », il veut dire que ce sont des jeunes d’autres familles, par exemple la famille Eisenkot, qui feront le travail.

Après les familles d’otages, c’est au tour des familles de soldats de secouer Israël
Enverriez-vous votre enfant se battre dans la guerre de Netanyahou ?
La journée la plus sanglante d’Israël à Gaza soulève des questions sur la suite des événements.
Bien sûr, il n’est pas obligatoire que les fils de nos dirigeants politiques participent à la guerre qui passionne leurs parents, mais ne serait-il pas approprié qu’ils fassent preuve d’un peu d’humilité ?

La rhétorique qui domine en Israël est insupportable. Il n’y a pas de plus grande insolence que de parler au nom de ceux qui sont tombés au combat. Personne ne sait ce qu’ils ont légué à leur mort. D’ailleurs, même si certains d’entre eux ont laissé des vœux écrits ou oraux concernant la guerre, cela ne s’applique pas au sort des autres soldats. Déclarer automatiquement qu’il faut continuer la guerre à l’infini, sinon « la mort de ceux qui sont tombés au combat aura été vaine », est d’une logique tout à fait ridicule. La signification est que ce n’est qu’au moyen de plus de morts qu’il sera possible de justifier les morts précédentes, dans une boucle sans fin.

Bien sûr, il n’est pas obligatoire que les fils de nos dirigeants politiques participent à la guerre qui passionne leurs parents, mais ne serait-il pas opportun qu’ils fassent preuve d’un peu d’humilité ?

Le ministre de la guerre Gadi Eisenkot étreint les personnes en deuil lors des funérailles de son fils, Gal Meir Eisenkot, tué au combat à Gaza.

La « victoire totale », c’est du bla-bla, le slogan de campagne d’un vendeur de matelas. Cela n’existe pas. Qui décide ? En tout cas, Israël n’a aucune chance de remporter une victoire, totale ou non, après le coup d’envoi du 7 octobre, le nombre de morts civils et militaires et la saga des captifs.

Presque toute personne sensée comprend qu’il était indispensable de réagir militairement à l’invasion barbare du Néguev occidental, d’exiger un prix élevé du Hamas et de faire comprendre à ses partisans dans la bande de Gaza et ailleurs qu’il n’est pas possible de massacrer des gens en Israël sans payer au décuple. Mais les combats eux-mêmes ne sont pas une valeur sacrée. La mort d’un nombre croissant de soldats et de captifs ne l’est pas non plus. L’État d’Israël n’est pas né d’une culture du djihad et des shahids (martyrs en arabe).

Rester dans une zone urbaine occupée rend les forces encombrantes et statiques, une cible commode pour les attaques furtives et les opérations de guérilla. Il n’existe aucun livre d’histoire militaire dans lequel ce schéma ne se répète pas au point de devenir lassant, y compris les guerres d’Israël de Tyr en 1982 à Khan Yunis en 2024.

Fumée au-dessus de Khan Yunis. Credit: IBRAHEEM ABU MUSTAFA/ REUTERS

Gaza est apparemment la cible la plus fortifiée de l’histoire du monde. Nous n’avons rien d’autre à y accomplir. Une autre jetée démolie et un autre bâtiment piégé ne changeront pas la donne. Elle a été suffisamment détruite, le message a été transmis. Il faut sortir les soldats de là, ramener les otages, se redéployer fermement le long de la frontière et laisser les puissances régionales et internationales s’en occuper. La seule victoire totale qu’il est possible de souhaiter sera la destitution du gouvernement de la débâcle et de la destruction, et son jugement par l’électeur et le jugement de l’histoire.

Précision : Contrairement à ce qui a été affirmé dans une version précédente de cet article, le fils du ministre de la défense Yoav Gallant est bien rentré en Israël après avoir quitté Chicago pour s’engager dans l’armée de réserve.

Source : Haaretz

Traduction ; Annie Goossens via Deepl

La victoire d’Israël à Gaza devient pyrrhique alors qu’une majorité de jeunes et de démocrates la qualifient de génocidaire



JUAN COLE
01/26/2024


Ann Arbor (Informed Comment) – Israël est en train de perdre sa campagne contre Gaza, non pas tant sur le champ de bataille – bien qu’il ne soit pas certain qu’un grand nombre de ses objectifs militaires aient été atteints – mais devant le tribunal de l’opinion publique. L’extrême droite israélienne a longtemps ignoré ces revers en matière de relations publiques, convaincue que tant que le gouvernement américain la protège aux Nations unies, elle conserve son impunité.

L’administration Biden ne peut cependant pas s’opposer à l’opinion publique. Un nouveau sondage You.gov révèle que 34 % des Américains pensent qu’Israël commet un génocide contre les Palestiniens de Gaza. Je ne peux pas vous dire à quel point cette statistique est incroyable. Au cours des décennies précédentes, les sondages montraient généralement que la plupart des Américains n’éprouvaient aucune sympathie pour les Palestiniens, qui auraient tout aussi bien pu être du chewing-gum collé à la semelle des bottes des troupes israéliennes.

Ces Américains ne se contentent pas de dire que les Israéliens oppriment les Palestiniens (ce que la plupart d’entre eux n’auraient même pas admis il y a 20 ans). Ils disent qu’ils pensent que les Israéliens essaient d’éliminer les Palestiniens de Gaza.

En outre, ce n’est pas seulement qu’un tiers des Américains pensent qu’il y a un génocide israélien en cours à Gaza. Une majorité absolue – 55 % – des Américains âgés de 18 à 30 ans considèrent qu’il s’agit d’un génocide. Ce n’est pas un bon signe pour l’avenir d’Israël.

En outre, une majorité simple de démocrates estime que la campagne israélienne à Gaza est un génocide, soit 51 %. Là encore, l’impunité d’Israël a résulté d’un soutien bipartisan aux États-Unis, qui est en train de changer.

Il est également vrai que 39 % des Américains pensent que le Hamas a tenté de commettre un génocide contre les Israéliens le 7 octobre. Le gouvernement israélien ne devrait toutefois pas considérer comme un compliment le fait que tant d’Américains considèrent ses tactiques et ses objectifs comme identiques à ceux du Hamas.

Il est également significatif que 20 % des républicains pensent qu’Israël commet un génocide. Le ton au sein du parti républicain est donné par les chrétiens évangéliques sionistes qui pensent généralement qu’Israël ne peut pas faire de mal et que sa brutalité contre les Palestiniens est nécessaire pour ouvrir la voie au second avènement du Christ. (Accuser Tel-Aviv de génocide n’est pas seulement une critique, c’est une condamnation sévère.

Ces chiffres annoncent au moins quelques problèmes pour le très impopulaire Joe Biden, dont l’adhésion enthousiaste à la campagne israélienne et le déni des morts palestiniens sont profondément aliénants pour les jeunes et les progressistes. S’il est vrai qu’ils ne voteront pas pour Trump, ils pourraient tout simplement rester chez eux en novembre prochain par apathie, ce qui ne serait pas une bonne nouvelle pour la campagne de Joe Biden.

Le roi Pyrrhus d’Épire (nord de la Grèce et de l’Albanie) a donné son nom à une campagne militaire où l’on gagne à un coût si dévastateur que le triomphe se transforme en poussière dans la bouche et devient une sorte de défaite. Pyrrhus, qui combattait sur la côte italienne, a remporté deux batailles initiales contre les Romains, mais a tellement épuisé son armée de 25 000 hommes qu’il a perdu le troisième affrontement, décisif.

Le gouvernement extrémiste du Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou, rempli de fascistes et de racistes invétérés, a mené une guerre contre l’organisation terroriste Hamas en ciblant ses cadres moyens et inférieurs connus dans leurs immeubles d’habitation, en faisant exploser les complexes entiers et en tuant tous ceux qui y vivaient – femmes, enfants, hommes non-combattants. Ils n’ont pas pu faire la même chose avec les hauts dirigeants à cause des otages ou parce que ces derniers étaient mieux cachés. Le gouvernement israélien a également désigné les institutions de la société civile telles que les écoles, les universités, les hôpitaux, les cliniques, les centres administratifs municipaux et les organisations non gouvernementales comme étant ce qu’il appelle des « centres de pouvoir » et les a soumis à des bombardements aériens et à des tirs d’artillerie intensifs, sans se soucier du bien-être des civils innocents. Apparemment, la théorie veut que les présidents d’université, les doyens, les professeurs, le personnel et les étudiants soient tous des agents du Hamas ayant du sang sur les mains et que toutes les universités doivent donc être détruites. Cette théorie, bien sûr, est monstrueuse et ne diffère pas de la déclaration d’Oussama Ben Laden selon laquelle aucun Américain n’est un civil. Le magazine israélien +972 Mag a qualifié cette tactique d' »usine d’assassinats de masse ». Ces actes de sauvagerie ont jusqu’à présent fait plus de 25 000 morts et plus de 60 000 blessés parmi les Palestiniens, dont environ 70 % de femmes et d’enfants et la plupart des autres hommes non combattants. Sur les 25 000 combattants du Hamas, il n’est pas certain qu’un nombre significatif ait été tué.

En plus de raser des quartiers résidentiels entiers avec des bombes de 2 000 livres, les règles d’engagement fixées pour les troupes israéliennes au sol leur ordonnaient apparemment de tirer pour tuer toute personne se déplaçant dans les rues, qu’elle agite ou non un drapeau blanc.

Une vidéo de ce crime de guerre a été rediffusée sur la chaîne britannique ITV mercredi, provoquant l’indignation générale du public et des condamnations au Parlement.

C’est un crime de guerre : la vidéo d’ITV News sur Gaza suscite l’indignation des organisations caritatives, des Etats-Unis et de Westminster | ITV News Video

Les atrocités commises par Israël à l’encontre des Palestiniens ces dernières années ont de plus en plus souvent été enregistrées sur des vidéos de smartphones et n’ont été dissimulées que par la négligence des principaux organismes d’information européens et américains, qui ont largement refusé de les diffuser. Le Meta (Facebook et Instagram) de Mark Zuckerberg a intentionnellement utilisé des algorithmes pour occulter les nouvelles concernant les Palestiniens (et, de plus en plus, les nouvelles en général).

Cependant, la situation est tellement horrible aujourd’hui que même les médias grand public, comme la chaîne britannique Sky TV, commencent à signaler qu’Israël tire des obus de chars sur un centre de formation de l’ONU utilisé comme abri pour les réfugiés, tuant 9 personnes et en blessant 75 autres.

Vidéo de Sky News : « UNRWA : Au moins neuf personnes ont été tuées dans l’attaque d’un centre de l’agence de l’ONU.

Source

Les colons israéliens ont trouvé un nouveau moyen de maltraiter les bergers palestiniens : Les mettre en faillite



Des moutons ont été libérés cette semaine après que leurs propriétaires, des bergers de la vallée du Jourdain, ont été contraints de payer une somme exorbitante.
C’est la dernière méthode utilisée par les colons pour gâcher la vie des Palestiniens.

Gideon Levy et Alex Levac

27 janvier 2024

2:21 am IST

Sept cents moutons s’élancent vers la liberté. Quelques-uns s’arrêtent pour grignoter des herbes, d’autres boitent. Cette course vers la liberté évoque le galop des antilopes en Afrique lorsqu’elles traversent les rivières à gué. Il y a autant de joie illimitée que d’agitation. Les moutons viennent d’être libérés de l’enclos construit spécialement pour les accueillir après avoir été saisis par les forces de sécurité israéliennes. Les animaux sont tombés dans une embuscade alors qu’ils traversaient une zone déclarée interdite. Leurs propriétaires, des bergers palestiniens résidant de l’autre côté de l’autoroute, ont dû payer la somme inconcevable et draconienne de 150 000 shekels (près de 40 000 dollars) en espèces au Conseil régional de la vallée du Jourdain, dirigé par les colons, afin de récupérer les animaux.

Pendant des heures, les troupes de la police des frontières ont surveillé les moutons et les bergers, jusqu’à ce que les représentants de ces derniers soient en mesure de réunir la rançon. Ce n’est pas la première fois que des amendes aussi gargantuesques sont infligées à des bergers palestiniens. On peut supposer qu’aucune amende de ce type n’a jamais été imposée aux colons propriétaires de troupeaux.

Cette nouvelle mesure – une punition disproportionnée visant à ruiner les bergers – s’inscrit parfaitement dans le cadre des autres méthodes utilisées récemment contre les communautés pastorales du nord de la vallée du Jourdain, dans le but de rendre leur vie misérable et, à terme, de nettoyer la région de leur présence. La violence des colons, les arrestations, les clôtures, les expropriations de terres, les démolitions de maisons, l’interdiction de faire paître les animaux et tous les autres moyens ont été complétés par cette nouvelle méthode. Nous les laisserons sans le sou et peut-être qu’alors ils quitteront leurs terres. Il va sans dire que l’argent va directement dans les caisses des colons, avec l’appui de la police.

Tôt dans la matinée du lundi de cette semaine, Aiman Ada’is et quelques-uns de ses frères sont partis au pâturage avec les moutons de la famille. C’est la coutume en cette saison, lorsque la vallée du Jourdain est spectaculairement recouverte d’un vert vif. La maison de la famille élargie – un ensemble de huttes, de cabanes en tôle, de tentes et d’enclos pour animaux, sans électricité ni eau courante – se trouve en face du village de Masua, dans la partie nord de la vallée. Le mouvement Ha’oved Hatzioni (Travailleur sioniste) a établi cette colonie en 1974, après qu’elle ait été un avant-poste de la brigade Nahal des Forces de défense israéliennes, et l’a nommée ainsi en référence à l’ancienne coutume juive d’allumer des torches (masu’ot) sur le mont Sartava, situé à proximité.

Bergers et police des frontières près de la colonie de Masua. L’argent va directement dans les coffres des colons, avec le soutien de la police.

Vers 8h30, les bergers ont traversé les terres rocheuses au sud de Masua pour se rendre dans les pâturages des montagnes, à l’ouest de l’autoroute de la vallée du Jourdain. Une force de la police des frontières, qui les attendait déjà, leur a ordonné de s’arrêter et a escorté le grand troupeau de quelque 700 moutons jusqu’à un enclos érigé par le conseil régional le matin même. Les animaux ont été rassemblés dans l’enclos bondé, les bergers ont reçu l’ordre de se retirer vers l’est sur quelques centaines de mètres jusqu’au bord de l’autoroute, et les festivités ont commencé. Les familles des bergers sont arrivées, ainsi qu’une équipe de télévision palestinienne. Ces derniers n’ont pas été autorisés à s’approcher des moutons – ils ont dû se tenir sur un monticule éloigné pour les filmer. Nous n’avons pas non plus été autorisés à nous approcher des moutons. L’enclos des animaux était désormais une zone militaire fermée.

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La sanction était claire et douloureuse : paiement immédiat de 150 000 shekels au conseil régional, faute de quoi les moutons seraient emmenés vers une destination inconnue dans les deux gros camions qui avaient été amenés sur le site plus tôt. Les bergers craignaient pour le sort de leurs moutons. Certains d’entre eux avaient laissé des agneaux à la maison, attendant leurs mères, et en l’état actuel des choses, les moutons sont restés des heures sans eau ni nourriture, serrés les uns contre les autres et probablement effrayés. Les bergers n’étaient pas moins effrayés. La police des frontières était arrivée à bord d’au moins cinq gros véhicules, accompagnée d’un certain nombre de colons locaux en uniforme qui se pavanaient avec l’élégance habituelle. Guerre ou pas guerre à Gaza, ici les moutons ne passeront pas sans une réponse sioniste appropriée.

Les assignations ont été délivrées rapidement : deux demandes de paiement au conseil de la vallée du Jourdain, d’un montant de 75 000 shekels chacune, à payer par Ada’is Shehadeh et Ada’is A’id, les frères bergers. « Détails de l’accusation : capture et transport d’animaux. Capture de 150 moutons [bien que les bergers en revendiquent 700]. Après le 22 janvier 2024, une somme supplémentaire sera ajoutée pour le déplacement, la garde, la nourriture. Exécuté par Roman Pasternak. À payer avant le 22 janvier 2024. »

Vaches dans la ferme des frères Darajma à Ein Hilwa. Au cours de l’année écoulée, ils ont perdu 200 têtes de bétail, racontent-ils.
Pas un mot sur la raison de la saisie des moutons, si tant est qu’il y en ait eu une, ni sur la légalité douteuse de cette action. Les membres de la communauté savaient que s’ils ne payaient pas l’amende immédiatement, l’avenir de leurs moutons serait en jeu et le montant de l’amende ne ferait qu’augmenter. Une opération de crowdfunding a immédiatement été lancée parmi les communautés pastorales de la région et, en l’espace de quelques heures, une grande enveloppe noire contenant 150 000 shekels en espèces a été apportée sur le site. Mais le Conseil régional de la vallée du Jourdain, dirigé par David Alhayani, a refusé d’accepter un tel paiement en espèces.

Le temps commence à manquer. Certains bergers étendent des tapis de prière sur le sol et commencent à réciter des prières. Le désespoir se lit sur tous les visages. Des volontaires de l’organisation israélienne Looking the Occupation in the Eye se trouvaient sur le site, parmi lesquels Rachel Abramovich, épouse du commentateur de télévision Amnon Abramovich, qui, avec les autres femmes du groupe, accomplit un travail édifiant en faveur des bergers. Le rabbin Arik Ascherman, de l’organisation Torah of Justice, qui œuvre ici avec un dévouement infini en faveur des droits des bergers, est également arrivé et a proposé une solution. L’ONG paierait l’amende par chèque et les bergers la rembourseraient en espèces.

Après un certain temps, au cours duquel des appels téléphoniques ont été passés et des virements bancaires effectués, l’affaire a été réglée. Lorsque 150 000 shekels sont entrés sur le compte du conseil régional, la police des frontières a autorisé les bergers à récupérer les moutons. L’enclos a été ouvert, les moutons se sont précipités vers la liberté. « Nous sommes ici pour séparer les camps », dit l’un des policiers, sans préciser de quels camps il s’agit. « Nous sommes la police des frontières.

La police israélienne n’a pas répondu à une demande de commentaire de Haaretz.

À quelques dizaines de kilomètres au nord, près de la ligne verte et de Beit She’an, se trouve la communauté pastorale d’Ein Hilwa. À côté de chacune des dalles de béton que les FDI ont installées il y a quelques années à l’entrée de cette communauté et de toutes les autres communautés de bergers dans toute la vallée du Jourdain, portant le message « Zone de tir, entrée interdite », quelqu’un a également planté récemment des drapeaux israéliens dans le sol. Les terres de ces communautés ont été annexées depuis longtemps à Israël aux yeux de ces colons, qui n’aiment pas être appelés colons – certains d’entre eux sont, après tout, de bons kibboutzniks et moshavniks, des gens du mouvement travailliste.

Bergers palestiniens près de Masua.
Les frères Adel et Kadri Darajma, âgés respectivement de 61 et 57 ans, vivent à Ein Hilwa avec leurs familles et leurs animaux. Au cours de l’année écoulée, ils ont perdu 200 têtes de bétail, racontent-ils. Certaines ont été saisies, d’autres ont été volées, d’autres encore ont été tuées par des colons. À l’extérieur de leurs tentes, quelques vaches broutent – les vaches les plus osseuses et les plus maigres que j’aie jamais vues, si ce n’est dans des films sur la sécheresse en Afrique. Comme les vaches sont mises en fourrière chaque fois qu’elles sortent pour brouter, les propriétaires ont peur de quitter leur enceinte et le bétail meurt de faim. Dans un cas, racontent les frères, et le rabbin Ascherman se joint à eux, des vaches ont été enlevées par une main mystérieuse en pleine nuit des zones de pâturage et transportées loin sur les terres de la colonie de Hemdat, où elles ont été mises en fourrière par les inspecteurs du conseil régional en tant qu’animaux errants.

Là aussi, les éleveurs ont été contraints de verser des sommes considérables au conseil régional pour racheter leur bétail. Le 1er janvier, ils ont payé 49 000 shekels, et le 15 janvier, 143 910 shekels supplémentaires en guise de paiement pour la « capture et le transport de bétail ». L’avocat Michael Sfard, qui représente Hilwa, a envoyé la semaine dernière une lettre au chef du conseil Alhayani, affirmant que les actes de saisie du bétail par le conseil étaient illégaux, qu’ils avaient été exécutés sans la moindre explication, qu’ils découlaient d’une politique de discrimination grave à l’égard des éleveurs palestiniens qui vivent dans la région depuis des générations, qu’ils s’accompagnaient de considérations étrangères visant à déplacer les communautés de la région et qu’ils faisaient partie d’un harcèlement systématique et délibéré de la part du conseil local et d’autres autorités gouvernementales.

Si l’argent et les animaux ne sont pas restitués immédiatement, menace Sfard, il engagera une procédure judiciaire contre le conseil régional. Sfard raconte également que dans au moins le cas mentionné ci-dessus, les vaches ont été volées par des colons et emmenées dans d’autres régions, où elles ont été saisies par des inspecteurs du conseil régional en tant qu’animaux errants. Dans un autre cas, un piège a été tendu aux éleveurs palestiniens. Un colon les a appelés la veille au soir et leur a dit que leurs animaux pourraient pâturer dans une certaine zone le lendemain. Lorsque les éleveurs sont arrivés le lendemain, des inspecteurs les attendaient sur place et ont saisi le bétail.

Le chef du Conseil, M. Alhayani, s’est contenté cette semaine d’une réponse sèche à la question posée par Haaretz : « Les inspecteurs ont agi conformément au règlement intérieur du conseil ». À la question de savoir ce qui justifiait cette punition draconienne, Alhayani n’a pas pris la peine de répondre.

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