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Le 16 mars prochain, le Tribunal Russell sur la Palestine organise une grande soirée culturelle avec la participation de Pierre Galand, Christiane Hessel, Roger Waters, Mairead Maguire, Cynthia McKinney, Dennis Banks, et des interventions musicales de Miguel Angel Estrella et de Zebda. La soirée débutera à 19h30. Ouverture des portes à 18h00. Prix d’entrée : 10€ – 5€ pour les chômeurs et étudiants. Tickets en prévente à la Fnac et Ticketnet. 15€ à l’entrée. Le 17 mars, le jury du Tribunal prononcera les conclusions générales des travaux menés depuis 5 ans au cours des sessions de Barcelone, Londres, Le Cap et New York. Cette présentation sera produite par des personnalités de renom telles qu’Angela Davis, John Dugard, Michael Mansfield, Ronald Kasrils, Anthony Gifford et José Antonio Martin Pallin. Plus d’infos sur www.russelltribunalonpalestine.com
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Sionisme : « Pas en notre nom »
Yiddishland – Les fantômes du Shtetl
paru dans CQFD n°107 (janvier 2013), rubrique Le dossier, par Gilles Lucas, illustré par Nardo
mis en ligne le 13/03/2013 – commentaires
Pierre Stambul, militant libertaire et antisioniste, vient de publier Israël/Palestine, Du refus d’être complice à l’engagement [1] . Il raconte ici ses racines juives et athées et, en opposition au colonialisme israélien, évoque un judaïsme multiethnique et sans frontières, ainsi que le souvenir du Yiddishland de ses ancêtres, vecteur d’une culture, d’un état d’esprit et de courants d’idées prônant une émancipation universelle.
CQFD : Tu viens de publier un livre de six cents pages qui rassemble des textes et des interventions commis depuis une vingtaine d’années. Ce sont tes œuvres complètes ?
Pierre Stambul : Non, pas tout à fait… J’ai dû écrire trente ou quarante pages inédites et retranscrire également des textes antérieurs à l’existence de l’ordinateur. Mais l’essentiel était déjà rédigé. Ce sont des analyses, des articles ou des brèves, la plupart publiés depuis moins de dix ans, et pour certains vieux de trente ans.
Tu es un contributeur de CQFD. Mais tu es surtout co-président de l’Union juive française pour la paix (UJFP). On connaît tes positions antisionistes radicales. Une technique de propagande usuelle veut que dès l’instant où l’on critique l’État d’Israël, on soit accusé d’antisémitisme. Peut-on inverser le propos en disant que le sionisme est antisémite ?
D’une certaine manière, oui. Le sionisme, comme le dit Michel Warschawski, préfacier de mon bouquin, est une théorie de la séparation. À la fin du XIXe siècle, à l’époque où il y avait un large consensus antisémite en Europe, et où dans l’Empire russe, État où vivaient peut-être les deux tiers des Juifs du monde entier, il y avait une politique antisémite officielle, une majorité des Juifs se sont tournés vers les mouvements révolutionnaires aspirant à une émancipation universelle. Les sionistes étaient une petite minorité, qui affirmait que le mélange avec les autres populations était impossible et que l’antisémitisme est un mal inéluctable. Pour eux, la seule solution était la séparation et la création d’un État juif. Cette idéologie aboutit à l’état actuel des choses. Car elle a impliqué de fait une conquête coloniale.
C’est à ce propos que l’on peut dire que les sionistes sont profondément anti-Juifs : pour fabriquer l’Israélien, il a fallu tuer la figure du judaïsme née essentiellement au cours des deux derniers siècles, un judaïsme mêlé à une population à majorité non juive. Les Juifs d’alors voulaient à la fois conserver leur différence et lutter pour l’égalité des droits, ils pensaient que c’était la seule façon d’accéder à leur émancipation. Dans toutes ces figures du Juif, il n’y a ni colonialisme, ni exclusion du non-Juif, ni nationalisme, ni revendication d’une terre, ni militarisme, ni racisme. Ce qu’a construit le sionisme est complètement antijuif, à la fois pour le judaïsme athée – qui est mon origine –, mais aussi pour le judaïsme religieux, pour qui la conquête d’une terre est impie et aller à Jérusalem avant le retour du Messie un péché.
Quelle différence fais-tu entre antijuif et antisémite ?
Il y a eu quinze siècles d’antijudaïsme chrétien. Quand au IVe siècle, le christianisme triomphe dans un empire romain où énormément de citoyens étaient

- par Nardo
devenus juifs, le judaïsme cesse d’être prosélyte. Il va se replier sur lui-même et, pendant quinze siècles, les chrétiens vont inventer tout un tas de stéréotypes racistes. On est là sur un terrain de concurrence religieuse. Dans son étude sur le Moyen Âge, Robert I. Moore explique que la société féodale avait besoin de populations identifiables à détester et sur lesquelles concentrer la haine : il n’y avait pas que les Juifs, il y avait aussi les hérétiques, les prostituées, les lépreux… À partir de 1850, l’antijudaïsme chrétien cède la place à l’antisémitisme racial, qui résulte de l’émancipation des Juifs, du fait qu’ils sont sortis du ghetto et qu’ils sont « parmi nous ». Toutes ces « nouveautés » vont à l’encontre de l’explosion nationaliste en Europe qui affirme qu’« un peuple égale un État » et que ces États doivent être ethniquement purs. L’antisémitisme frappe spécifiquement le Juif intégré et invisible sur lequel se concentre la haine, parce que justement il est semblable à tous tout en étant différent. C’est ce qui explique qu’il n’y a pas d’antisémitisme contre le tankiste israélien et qu’aujourd’hui l’extrême droite européenne, foyer traditionnel de la stigmatisation des Juifs, est pro-israélienne. Il y a une véritable mutation. Lord Balfour, homme d’État britannique et artisan de la création du foyer national juif devenu ensuite État d’Israël, était très violemment antisémite. Il disait que les Juifs étaient des pouilleux, des révolutionnaires et des asiatiques inassimilables dont il fallait se débarrasser. Arrivés en Palestine, ces parias sont devenus des colonisateurs européens.
Shlomo Sand [2] , qui critique radicalement le sionisme en démontant notamment les mensonges fondateurs, affirme que cette idéologie a été favorisée par le christianisme et plus particulièrement par le protestantisme.
Il est vrai qu’aujourd’hui, les évangélistes chrétiens sionistes – ils sont plusieurs dizaines de millions aux USA, et pas seulement – disent que les Juifs doivent revenir en Terre sainte pour y chasser le mal – Armageddon, c’est-à-dire les Arabes –, puis se convertir au christianisme sous peine d’être anéantis. Mais, surtout, la sanctification de la Terre promise est d’origine chrétienne et ne correspond pas à la tradition juive, qui n’a pas d’attachement à la terre.
Le sionisme est un colonialisme très particulier. Il ne vise pas à asservir le peuple, il vise à l’expulser. C’est un nationalisme original parce qu’il a dû créer la terre, le peuple et la langue. C’est une idéologie qui a exercé une gigantesque manipulation de l’histoire, de la mémoire et des identités juives et qui raconte une histoire fantastique, complètement fausse. Les fondateurs du sionisme n’étaient pas croyants. Ils ont utilisé la bible comme un livre de conquête coloniale.
Lorsque l’on parle de ou des cultures juives, tu y considères un aspect ethnique, ou religieux ?
Il y a plusieurs peuples ayant en commun la religion. Il y avait un peuple yiddish entre mer Noire et Baltique, il y avait un peuple juif espagnol sépharade établi à Salonique, Izmir, et en Afrique du Nord, il y a un peuple judéo-arabe descendant de Berbères convertis, il y a un peuple falacha venu d’Éthiopie… C’étaient des peuples différents avec une tradition, une culture, une cuisine, une musique liées à l’endroit où ils vivaient. La langue maternelle de ma mère était le yiddish, elle était athée et quand j’étais petit, en Picardie, on mangeait la cuisine du shtetl – ces petites bourgades d’Europe orientale – qu’elle avait réussi à concocter ici. Et sur le tourne-disque, j’écoutais des chants en russe, en roumain ou en yiddish, auxquels je ne comprenais rien, mais que je connaissais par cœur.
Ce serait donc plus une culture ethnique qu’une culture religieuse ?
Bien sûr. Il y a cette question : est-ce que lorsque l’on cesse d’être religieux, on reste juif ? Sur les six millions de morts de la Shoah, il ne faut pas oublier que la moitié n’était pas croyante. Le judaïsme n’est pas une religion. À partir de la fin du XIXe siècle, l’abandon de la religion s’est beaucoup développé. L’antisémitisme nazi ne s’adressait pas aux rabbins, mais à l’entièreté de ce que les nazis avaient défini comme une race.
Que reste-t-il, selon toi, des courants messianistes venus pour une grande part du Yiddishland et qui ont profondément influencés les mouvements d’émancipation en Europe ?
Aujourd’hui les restes de ce messianisme ne se retrouvent plus que, de façon falsifiée, chez les pires colons israéliens. Le génocide nazi n’a pas simplement tué la moitié des Juifs européens. Il a fait disparaître le Yiddishland, et après guerre tout a été fait par toutes les parties pour qu’il ne soit pas reconstitué. À l’Est, il y a eu le pogrom de Kielce (en Pologne), en 1946, où quarante-six survivants des camps ont

- Affiche de propagande soviétique pour l’installation juive au Birobidjan (1929)
été massacrés. Les dirigeants juifs des nouvelles démocraties populaires ont été emprisonnés ou exécutés pour sionisme ou cosmopolitisme. À l’Ouest, des milliers de survivants rassemblés dans d’anciens camps de concentration ont attendu pendant six ans après la fin des hostilités des visas pour les USA, l’Angleterre, le Danemark. Certains d’entre eux se sont révoltés et ont été immédiatement expulsés en Palestine. En fait, l’Europe s’est défaussée sur le dos des Palestiniens, en entérinant la liquidation du Yiddishland, qui représentait un danger pour elle. Et les sionistes ont pris leur part dans cette volonté de faire disparaître une culture que les Européens considéraient comme séditieuse.
Le fait de se dire juif est important pour toi ?
Ma sœur et moi, nous avons été élevés comme des rescapés, car mes parents avaient été persuadés qu’ils ne survivraient pas à la guerre. À la maison, mes parents parlaient une autre langue. Tous leurs amis avaient un accent yiddish à couper au couteau. J’ai toujours eu ce sentiment de venir d’ailleurs. Mon identité juive est là. Un jour, alors que j’avais sept ou huit ans, je répète des propos anti-juifs que j’avais entendus dans la cour de l’école. Dans mon souvenir, mes parents m’ont chopé dans une pièce et pendant une heure j’ai eu droit à tout : au Moyen Âge, à l’Espagne, à Auschwitz… Je savais que nous étions un peu différents, mais j’avais l’impression que la nourriture que nous mangions était ce que tout le monde mangeait, que tout le monde devait entendre des langues différentes à la maison. Quand j’entendais déblatérer contre les Juifs, je n’avais pas l’impression que l’on parlait de moi.
Après le mouvement de mai 68 et avoir lutté pour de très nombreuses causes, j’ai commencé à prendre position sur la question Israël-Palestine. Je n’avais alors pas du tout envie de le faire en tant que juif. Avant d’adhérer à l’UJFP, le J m’indisposait fortement. Je me suis aperçu que parler de cette guerre en tant que juif a une efficacité sans commune mesure. C’est le sionisme qui m’a fait juif…
Jusqu’à ta rencontre avec l’UJFP, ton identité juive t’était secondaire ?
Mes parents étaient profondément juifs et laïques. Cela n’a jamais été un sentiment d’appartenance, mais de connaissance d’un monde dont je suis issu.
Comme le serait un jeune d’origine maghrébine ou asiatique ?
Tout à fait. Les premières réunions de l’UJFP ressemblaient à une espèce d’outing. On entendait dix ou vingt histoires différentes. Mais le dénominateur commun, quelles que soient les raisons de chacun, était que ce qui se passe en Israël ne se fasse « pas en notre nom ». Ce militarisme raciste et suffisant de l’État d’Israël, les colons, Tsahal, ce n’est pas nous. Nous, en tant que personnes ayant une relation avec le judaïsme. Cela insulte notre identité.
Qu’en est-il aujourd’hui de cette culture juive ?
La plus grande partie des Juifs qui vivent en France, en Angleterre ou encore en Allemagne, ne font plus rien d’autres que d’être des supports inconditionnels de l’État d’Israël, de son militarisme et de son racisme. La fonction historique qui était celle de mêler émancipation singulière et émancipation universelle est morte, sans doute définitivement. En transformant une partie de la main-d’œuvre persécutée d’Europe en colons, cette disparition-là a profité à l’Occident, qui détient aujourd’hui un porte-avion en plein Moyen-Orient. Quand le président américain G.W. Bush a déclaré le choc des civilisations, cette guerre du bien contre le mal – le mal étant les Arabes et les musulmans –, les Israéliens l’ont totalement reprise à leur compte et se sont vus comme la pointe avancée de l’Occident dans la lutte contre les Arabes.
Ton père a visiblement suivi ce grand écart historique qui va de positions révolutionnaires de type prolétariennes au sionisme le plus réactionnaire…
Mes parents avaient côtoyé des dirigeants de la résistance comme Artur London, Boris Holban, qui ont tous, après guerre, subi les purges antisémites menées par les partis communistes. Mais le grand virage a été la guerre de 1967, où la propagande a rabâché le fait que les Juifs allaient être encore une fois jetés à la mer. Si mes parents sont devenus sionistes, c’est aussi parce qu’une énorme partie du judaïsme européen qui avait versé dans la révolution s’est vu confronté au stalinisme, qui a lui aussi contribué de façon décisive au succès du sionisme.
Et aujourd’hui ?
Shlomo Sand dit que même un enfant né d’un viol a droit à l’existence. Bien sûr, les Juifs vivants en Israël resteront, mais ils resteront sur la base d’une égalité des droits. Quand on parle d’un État juif et démocratique, Sand dit qu’il s’agit là d’un oxymore. Si on y supprime la discrimination, la colonisation, ce pays-là n’est plus Israël… Il ne pourra pas y avoir de paix avec le sionisme, de même qu’en Afrique du Sud, il ne pouvait pas y avoir de paix avec le maintien de l’apartheid.
Voir aussi « Révolutionnaires au cœur de l’Europe ».
Notes
[1] Pierre Stambul, Israël/Palestine. Du refus d’être complice à l’engagement, Acratie 2012.
En Syrie, nous devons avancer
13 mars 2013 à 19:06
Plus de 70 000 morts et d’un million de réfugiés, la destruction systématique d’un pays : le deuxième anniversaire du déclenchement de la révolution syrienne est un anniversaire de sang et de larmes. Les milices du régime frappent indistinctement hommes, femmes, enfants. Les corps ensanglantés, allongés sur des lits d’hôpitaux, de trois enfants – 7, 9 et 11 ans – tués par un tir de missile sur le village d’Abou Taltal, dans la province d’Alep, sont devenus un des symboles de ce peuple qu’on assassine. Ceux qui survivent voient disparaître leur passé et leur avenir, anéantis par la mécanique meurtrière d’un clan. L’antique cité de Homs, «capitale de la révolution», assiégée depuis plus de huit mois par l’armée du régime, n’est plus qu’un champ de ruines. L’eau, l’électricité, les médicaments, la nourriture manquent. Tout un peuple est pris en otage par un dictateur qui bombarde, torture, assassine, avec pour seul objectif sa propre survie.
Depuis le début, le gouvernement français est solidaire de la révolution syrienne. Sur le plan humanitaire, comme sur le plan politique, nous avons pris nos responsabilités et, plus que d’autres sans doute, notre part du fardeau, dans un contexte où une intervention directe terrestre en Syrie n’était et n’est toujours pas praticable. Notre aide humanitaire aux populations civiles atteint plusieurs dizaines de millions d’euros, auxquels s’ajoute notre quote-part de l’aide européenne. Nous avons été pionniers dans l’aide directe aux conseils révolutionnaires civils et aux réseaux locaux de solidarité. Comme beaucoup, face au drame humanitaire et au scandale de cette répression sanguinaire, j’aurais, nous aurions voulu faire davantage. Mais l’action de l’opposition et la mobilisation de tous ceux qui la soutiennent permettent de garder espoir. A condition qu’on admette que le moment est venu d’avancer pour passer à une nouvelle étape.
Il est aujourd’hui largement reconnu que Bachar al-Assad n’aura personnellement plus sa place dans la Syrie de demain, y compris par ceux qui avaient jusqu’ici soutenu son régime en invoquant l’absence d’alternative crédible. Dorénavant, celle-ci existe. Depuis novembre 2012, la Coalition nationale syrienne s’est structurée – nous avons été les premiers à la reconnaître. Son président, Moaz al-Khatib, s’est révélé être un chef courageux et un leader à l’écoute du peuple syrien et de ses souffrances. Il n’a pas hésité à tendre la main à certains adversaires pour tenter de mettre fin à cette boucherie. Pour l’instant, Bachar al-Assad a répondu par un surcroît de bombardements et en posant des conditions inacceptables. Mais l’offre politique de la Coalition est toujours présente : un chemin peut se dessiner en vue d’une solution politique pour sortir la Syrie du chaos.
La Coalition nationale travaille également à la formation d’un gouvernement provisoire ayant autorité sur les zones libérées, même si des divergences doivent encore être surmontées pour aboutir. Sa Constitution représentera une nouvelle étape vers une solution politique en vue d’une Syrie unie, pacifique, démocratique, où toutes les communautés auront leur place. La France soutiendra l’action de ce gouvernement s’il est constitué, ainsi que le président de la République l’a indiqué dès août 2012.
Mais le processus politique risque de rester bloqué si la situation sur le terrain n’évolue pas. Or, à ce stade, le combat du peuple syrien pour la liberté est terriblement inégal. Le régime de Bachar al-Assad – qui dispose en outre d’armes chimiques – est ravitaillé en armes puissantes et en munitions par Téhéran et Moscou. L’opposition, elle, ne dispose pas des moyens suffisants pour protéger la population.
L’offre de négociation de la Coalition nationale ne sera prise au sérieux par Bachar al-Assad que s’il n’a pas d’autre choix. Pour qu’une solution politique prenne réellement corps, la Coalition ne peut pas continuer à se battre à armes inégales.
En ce deuxième anniversaire, nous devons tirer toutes les conséquences de cette situation. Un consensus international croissant reconnaît notre responsabilité dans la protection des populations civiles. Nous devons aller plus loin et permettre au peuple syrien de se défendre contre ce régime sanguinaire. Il nous revient d’aider par tous les moyens la Coalition, son état-major et l’Armée syrienne libre (ASL). Sinon, la tuerie continuera, sans autre issue probable que le renforcement des groupes les plus extrémistes et l’effondrement de la Syrie. Avec des conséquences ravageuses pour ce pays et toute la région.
Nous devons convaincre nos partenaires, notamment en Europe, que nous n’avons désormais plus d’autre choix que de lever l’embargo sur les armes, en faveur de la coalition. Sur le plan international, la France a été la première à soutenir à chaque étape la cause du peuple syrien. Elle doit l’être également en ce moment charnière. L’embargo européen sur les armes partait d’une idée généreuse : ne pas ajouter des morts aux morts, et des combats aux combats. Mais, aujourd’hui, cet embargo se retourne contre ceux qu’il avait l’ambition de protéger : il ne contraint pas ceux qui livrent des armes au régime Assad et il empêche de soutenir ceux qui luttent légitimement contre lui. Les modalités de cette levée de l’embargo sont à définir en urgence. C’est lorsqu’il mesurera qu’il ne peut survivre par la force des armes que Bachar al-Assad bougera ou que la situation bougera sans lui.
Reste à traduire rapidement ce constat en actes pour mettre fin aux souffrances du peuple syrien : c’est cela, avancer.
Aller plus loin Lire tous les articles du dossier Syrie, l’horreur à huis-clos
La Foire du livre 2013
Nouveau clip réalisé par Noudouchka
Secrets de table et de soie
Une émission de 58 minutes de France Culture en podcast; passionnante de bout en bout. Et j’ai adoré tout à la fin la profession de foi de l’auteure, Florence Ollivry, à l’égard du peuple syrien et sa confiance, que je partage, sur son avenir malgré l’enfer total qui le submerge actuellement.
Secrets de table et de soie
01.02.2013 – 15:00
Notre invitée a vécu en Syrie (Alep, puis Damas) pendant cinq ans, dans les années 2000. De ce séjour, elle nous rapporte une belle enquête sur la cuisine alépine, célèbre dans tout le Proche-Orient. Elle a circulé de table en table parmi les multiples communautés (chrétienne, sunnite, arménienne, kurde, turque). Elle soumet les mets qu’elle déguste à ce qu’il peut en être dit dans le manuel de cuisine ayyubide al-Wusla dont l’un des auteurs, Ibn al-‘Adîm (1192-1260) est un petit-neveu de Saladin qui a vécu à Alep où il fut célèbre comme poète, calligraphe, chroniqueur, vizir. Florence Ollivry remonte jusqu’au Moyen Age dans sa tentative de reconstituer la généalogie des saveurs à travers le croisement et la fermentation de multiples apports d’origines ethniques ou religieuses diverses. Elle nous rapporte ainsi un savoir-faire prolongé par un savoir-vivre à la fois pratique et livresque. Elle nous révèle bien des secrets de cette cuisine alépine. Pendant son séjour à Damas, elle oriente son énergie investigatrice vers les survivances de l’art de la soie dont elle suit les étapes de l’élevage au filage et de la teinte au tissage. Elle évoque aussi bien son traitement millénaire à mains nues que son passage par les machines qui datent du premier âge manufacturier. Et ses mots sont accompagnés par les belles images qui apparaissent sur les magnifiques et fort suggestives photographies de la libanaise Rima Maroun. Entre les secrets de cuisine et de soie, la parole de Florence Ollivry témoigne d’un monde qui était en cours d’extinction avant de subir la terrible destruction qui est en train de l’anéantir lors de la présente guerre civile. L’expérience de notre invitée est due à l’impressionnante immersion d’une jeune étrangère dans la société qui lui a accordé l’hospitalité. Et le rôle de l’étranger c’est de révéler les identités et les différences qui colorent les singularités locales cohabitant dans l’entretien d’une méconnaissance mutuelle.
Bibliographie :
Florence Ollivry, Les secrets d’Alep, Une grande ville arabe révélée par sa cuisine, illustration de Georges Coussa, Sindbad/Actes Sud, 2006
Florence Ollivry, La soie et l’orient, photographies de Rima Maroun, Editions du Rouergue, 2011
Un général allié de Bachar al-Assad en villégiature à Genève
Syrie • Issam Nassif Khayrbik séjourne depuis mercredi dans la région genevoise. En Syrie, il est actif dans l’appareil de répression du pouvoir.
C’est un des cerveaux du système de répression en Syrie. Le général syrien Issam Nassif Khayrbik séjourne depuis mercredi dans la région genevoise. «Ce haut responsable syrien est arrivé avec sa femme à Genève en provenance de Beyrouth. Il a franchi la frontière suisse avec un visa Schengen», affirme un diplomate arabe qui a croisé le dignitaire syrien dans les rues de Genève. Le couple Nassif n’a pas cherché à se cacher puisqu’il a été vu également par plusieurs Syriens en pleine séance de shopping dans la cité de Calvin.
Faute de place dans les palaces genevois – Salon de l’auto oblige –, cet acteur majeur du pourvoir de Bachar al-Assad s’est installé à Ferney-Voltaire, dans un hôtel de la commune française à la frontière suisse, à 8 km au nord de Genève. «Nous confirmons que Nassif Khayrbik est arrivé à la Résidence la Réserve Ferney-Voltaire le mercredi 6 mars. Il nous a quittés le 11», nous affirme la réception de l’établissement hôtelier. Le général a-t-il regagné la Syrie ou se trouve-t-il toujours en Suisse?
«Je ne pense pas qu’il va regagner la Syrie. Issam Nassif va certainement tenter de rejoindre la ville de Bonn, en Allemagne. C’est dans cette cité allemande que vit une grande partie de sa famille et que le puissant clan alaouite des Nassif s’est établi depuis les années 50», explique une source syrienne qui a fréquenté les cercles du pouvoir. Malgré ses 68 ans, le général Issam est un personnage clé dans le système de Bachar al-Assad. Il a été directeur du Cabinet du ministre de la Défense pendant plusieurs années.
Actif dans la répression
Aujourd’hui, il est actif au côté de son puissant frère Muhammed Nassif Khayrbik dans l’appareil de répression dont le but est le maintien du régime, affirme un militaire syrien qui a fait défection et qui vit aujourd’hui en France. Muhammed n’est autre que le général et chef du puissant service de la sécurité intérieure et du contre-espionnage. Le nom de Muhammed Nassif Khayrbik figure en bonne place sur la liste des personnalités syriennes dont les avoirs ont été gelés par la Suisse.
Connu sous le nom d’Abou-Waël, le général Muhammed, 73ans, occupe la fonction de «vice-président adjoint de la république syrienne». Il est le plus haut conseiller de la famille de Bachar al-Assad. Il est du premier cercle du pouvoir alaouite. Il est même présenté comme l’homme fort du pays au même degré que Bachar al-Assad ou son frère Maher.
Et pour cause: «Les frères Nassif, Muhammed comme Issam, détiennent les dossiers sensibles de sécurité et coordonnent la politique de répression depuis le déclenchement de la révolte syrienne, il y a deux ans», explique un connaisseur du sérail de Damas. «Ils sont également les hommes de l’Iran dans le pays. L’aide de Téhéran, évaluée à plus de six milliards de dollars depuis la révolte, passe essentiellement par le réseau de Muhammed Nassif Khayrbik. Ces derniers mois, face à la résistance farouche de l’opposition armée, les Nassif sont allés chercher du renfort du côté du Hezbollah libanais, qui a envoyé ses meilleurs éléments combattre en Syrie».
Beaucoup de questions
La présence en France et en Suisse du général Issam Nassif Khayrbik a de quoi interpeller. Paris appuie ouvertement la rébellion et appelle au départ de Bachar al-Assad. Quant à la Suisse, elle est à la tête d’une initiative aux Nations Unies pour la traduction du régime syrien devant la Cour pénale internationale pour crimes de guerre. «Issam Nassif bénéficie de la complaisance des autorités européennes qui lui ont accordé un visa. Cherchent-ils à retourner ce général pour faire tomber le régime de Bachar de l’intérieur? Participe-t-il à des négociations secrètes à Genève? Est-il dans la cité du bout du lac pour rencontrer les banquiers d’un régime à court de dollars?», se demande un opposant syrien résidant en Suisse qui s’inquiète de la présence de ce haut dignitaire. I
La voix de Damas
Une belle brochette de personnalités pro Bachar a séjourné la semaine dernière en Suisse. Nabil Fayed, Cherif Chahada et le Père Michel Naaman ont fait le déplacement de Damas à Genève pour défendre le régime devant les instances des droits de l’homme de l’ONU. Ils ont été rejoints par la religieuse Mère Agnès-Mariam de la Croix. Ils ont dénoncé le complot contre la Syrie et affirmé que Bachar fait face à la terreur salafiste.
Sid Ahmed Hammouche
Mort et torture, quotidien des enfants en Syrie, dit un rapport

mercredi 13 mars 2013, par La Rédaction
Un enfant de douze ans a vu un de ses camarades prendre une balle en plein coeur. Un autre, âgé de quinze ans, a été détenu dans une cellule avec 150 personnes et brûlé chaque jour avec des mégots de cigarettes.
Les enfants syriens sont peut-être les plus grandes victimes du conflit qui déchire leur pays, le traumatisme psychologique s’ajoutant à la violence physique, souligne l’organisation Save the Children, basée à Londres, dans un rapport publié mercredi.
Selon l’ONG, deux millions de mineurs syriens souffrent de malnutrition, de maladies, de traumatismes et sont exposés aux brutalités et aux mariages forcés, victimes innocentes d’une guerre qui a déjà fait plus de 70.000 morts.
« C’est une guerre dont les femmes et les enfants sont les plus grandes victimes », a dit à Reuters le directeur de Save the Children, Justin Forsyth, à l’occasion d’une visite au Liban, où 340.000 Syriens ont trouvé refuge.
Justin Forsyth a rencontré un enfant de 12 ans dont le meilleur ami a été tué devant une boulangerie. « Son ami a reçu une balle en plein coeur. Au début, il a cru qu’il lui faisait une plaisanterie, parce qu’il ne saignait pas. Il n’a compris qu’il était mort que quand on lui a retiré sa chemise », raconte-t-il.
Le rapport de Save the Children cite une étude de l’université Bahcesehir, en Turquie, réalisée auprès des réfugiés syriens, selon laquelle un enfant sur trois dit avoir reçu des coups ou avoir été la cible de tirs.
Deux-tiers des enfants interrogés disent avoir été séparés de membres de leur famille en raison du conflit et un tiers ont été confrontés à la mort d’au moins un de leurs proches.
« Tous ces enfants vous racontent cela sans émotion apparente, puis vous réalisez qu’il y a des couches et des couches de traumatisme émotionnel », précise Justin Forsyth.
Les soldats gouvernementaux comme les rebelles ont été accusés de prendre pour cible les civils et de commettre des crimes de guerre. Selon certains réfugiés, les forces du président Bachar al Assad visent délibérément les enfants.
Parmi les enfants qu’il a rencontrés, le directeur de Save the Children se souvient d’un adolescent de 15 ans qui dit avoir été détenu avec environ 150 autres personnes, dont une cinquantaine d’enfants.
« On le sortait chaque jour de la cellule et il était attaché à une roue géante et brûlé avec des cigarettes. Le traumatisme que subit un enfant est terrible. »
Le viol est devenu un instrument de punition collective, poursuit Justin Forsyth, déplorant que ces violences soient souvent passées sous silence, en particulier dans un pays conservateur comme la Syrie.
« Dans la plupart des conflits, plus de 50% des victimes de viols sont des enfants. Je suis certain que c’est aussi le cas dans ce conflit. »
La peur des violences sexuelles est l’une des raisons les plus souvent invoquées par les réfugiés pour expliquer leur fuite, selon le rapport.
Autre conséquence de ces abus, les mariages arrangés de jeunes filles, parfois dès l’âge de 14 ans.
Des réfugiés syriens au Liban ont expliqué à Justin Forsyth avoir décidé pour cette raison de marier leur fille de 16 ans à un homme âgé.
« La mère m’a dit que sa fille était jolie et qu’à chaque fois que des soldats (syriens) entraient dans sa maison, elle avait peur qu’ils la violent. »
L’énorme mensonge du régime syrien
Pendant des décennies nous, Arabes et musulmans de tous horizons, avions cru à l’énorme mensonge d’une Syrie, ou plutôt d’un régime syrien fer de lance de la lutte anti sioniste et impérialiste. Mais c’était avant que le clan Assad ne prenne le pouvoir sous couvert du même impérialisme qui a imposé une minorité inaugurant une ère de terreur et d’exclusion semée de crimes sanglants et de pervertissement de toutes les valeurs qui faisaient la caractéristique d’un peuple à l’histoire millénaire. Oui, endoctrinés, aveuglés par les faux semblants, nous n’avions pas remarqué que depuis 40 ans c’est une autre Syrie, un autre pouvoir et une autre armée, une armée tétanisée, soumise qui n’a pas tiré la moindre balle contre l’ennemi commun alors qu’une partie de la mère patrie (le Golan) demeure sous les bottes de l’occupant.
Une armée qui, comme au Liban avec le hizbchaïtan, nous a pourtant envoyé des signaux d’éveil en tournant ses armes vers l’intérieur. Les massacres de Hama en 1982 constitueront un faible signal dans les esprits vite occulté par l’invasion durant la même année du Liban par l’entité sioniste.
Etranges parallèles que ces deux situations l’ancienne et la présente :
Le 2 février 1982, la population de Hama, à majorité sunnite, menée par 150 officiers, s’insurge contre le pouvoir en place, suite à l’arrestation d’imams fondamentalistes. Les forces armées syriennes répliquent en assiégeant et en bombardant la ville 27 jours durant, faisant plus de 35 000 victimes et pratiquant la politique de la terre brûlée. Un tiers de la ville — comptant de nombreux joyaux architecturaux — est alors détruit. Ces événements n’ont pas été, ou peu, relayés dans la presse occidentale et n’ont pas soulevé l’indignation à l’étranger car ils ont été occultés par la fermeture du pays et par la guerre du Liban.
La répression a été décrite comme étant « l’acte isolé le plus meurtrier par un gouvernement arabe contre son propre peuple dans le Moyen-Orient moderne ».
N’est-ce pas ce qui se passe actuellement : Massacres de masses et politique de la terre brûlée ?
Faut-il encore pour certains demeurer encore sous endoctrinement alors que l’histoire ne fait que nous donner des leçons ?
Un dernier commentaire évocateur des techniques d’endormissement des peuples:
Après ces tragiques évènements de Hama dont l’écho n’est même pas parvenu à nos contrées, l’invasion sioniste du Liban est passée quasi inaperçue de la plupart des Algériens. En ces moments où la nation arabe se faisait une fois de plus agresser sous le blanc-seing tacite de l’occident, nous nous pâmions pour notre équipe nationale engagée pour la première fois dans la coupe du monde de football…
(MB)
Libérez Andrey Pshenichnikov

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